République de Gambie

Gambie

Republic of the Gambia

Capitale:  Banjul
Population: 1,4 million (2004)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire:  aucun
Groupes minoritaires:  mandingue (38,3 %), peul (21,2 %), wolof (17,9 %), soninké (9,2 %), jola-fogny  (4,5 %), sérère (2,4 %), mandjaque (1,6 %), bainouk-gunyaamolo (1,6 %), créole portugais (1 %), créole anglais (0,7 %), bamanankan (0,4 %), jahanka (0,2 %), kalanké (0,2 %), khassonké (0,1 %), mansoanka (0,2 %), mankanya et basari

Langue coloniale: anglais
Système politique: république militarisée
Articles constitutionnels (langue):  art. 17, 19, 24, 32, 33 et 36 de la Constitution du 7 août 1996
Lois linguistiques:  Loi sur la nationalité et la citoyenneté (1965); Loi sur les réfugiés (2008); Loi sur l'enfance (2010); Loi sur l'administration locale (2002); Loi sur les zones franches (2001).

1 Situation géographique

La Gambie est un pays d'Afrique de l’Ouest, baigné par l’océan Atlantique, dont les frontières se découpent entièrement à l’intérieur du Sénégal (voir la carte détaillée). Se confondant avec la vallée du fleuve Gambie, auquel il doit son nom, ce pays constitue l’un des plus petits États du continent africain, avec une superficie de seulement 11 295 km² (France: 547 03 km²). Fait très particulier (un héritage du colonialisme), le pays s’étire sur 480 km (à vol d'oiseau) de part et d’autre du fleuve Gambie, depuis sa source jusqu'à son embouchure; la distance du nord au sud n’excède pas 50 km. Cependant, comme son cours est sinueux, la longueur réelle du fleuve Gambie est estimée à 1125 km. La Gambie a pour capitale Banjul, située sur la côte ouest à l'embouchure du fleuve; c'est  la seule grande ville et unique port maritime du pays.

Le pays est divisé en cinq provinces et une municipalité: Banjul, Kanifing, Brikama, Kerewan, Mansakonko, Kuntaur,Janjanbureh et Basse. Contrairement au Sénégal, la Gambie est une ancienne colonie britannique et elle a dû constamment, depuis son indépendance en 1965, résister à la volonté d’unification de son voisin sénégalais, dont elle dépend étroitement. 

2 Données démolinguistiques

Provinces Capitale Population 2004 Superficie
Banjul Banjul    36 100     12 km2
Basse Basse Santa Su  189 900 2 069 km2
Brikama Brikama  407 600 1 764 km2
Janjanbureh Janjanbureh  110 800 1 280 km2
Kanifing Kanifeng  334 400    76 km2
Kerewan Kerewan  179 300 2 256 km2
Kuntaur Kuntaur    82 000 1 614 km2
Mansakonko Mansa Kongo    75 300 1 618 km2
Gambie --- 1 415 400 10 689 km2
La population gambienne était estimée à 1,4 millions d'habitants en 2004, ce qui correspond à une densité assez élevée (de 124,9 habitants au km²) pour un pays d'Afrique. Les provinces les plus peuplées sont le Brikama, le Kanifing, le Basse et le Kerewan.

2.1 Les ethnies

Les Mandingues (ou Malinkés) représentent 38 % de la population. Les autres groupes importants sont les Wolofs (17,9 %), les Falacunda ou Peuls (14 %), les Soninkés (9,2 %) et les Toucouleurs (7,1 %).  Certaines petites communautés (Bambara, Jahanka ou Jahanqués, Kalankés, Khassonkés, etc.) proviennent des pays voisins, mais surtout du Sénégal (francophone) ou de la Guinée-Bissau (lusophone).

 

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population
(2001)
Pourcentage
Mandingues (Malinkés) mandingue nigéro-congolaise 481 953 38,3 %
Wolofs wolof gambien nigéro-congolaise 225 790 17,9 %
Fulacunda peul nigéro-congolaise 177 203 14,0 %
Soninkés soninké nigéro-congolaise 115 793 9,2 %
Toucouleurs peul (tho) nigéro-congolaise    89 976 7,1 %
Jola jola-fogny nigéro-congolaise   56 601 4,5 %
Sérères sérère nigéro-congolaise   30 715 2,4 %
Mandyak mandjaque nigéro-congolaise   20 821 1,6 %
Bainouk bainouk-gunyaamolo nigéro-congolaise   20 700 1,6 %
Créoles (portugais) créole créole (portugais)   13 054 1,0 %
Aku krio créole (anglais)    9 921 0,7 %
Bambara bamanankan  nigéro-congolaise    5 275 0,4 %
Jahanka jahanqué nigéro-congolaise    2 611 0,2 %
Kalankés kalanké nigéro-congolaise    2 611 0,2 %
Khassonkés khassonké nigéro-congolaise    1 305 0,1 %
Maswanka mansoanka nigéro-congolaise    1 305 0,1 %
Mankanya mankanya nigéro-congolaise    1 200 0,0 %
Bassari basari nigéro-congolaise      104 0,0 %
Total ---- ---- 1 256 939 100,0 %

2.2 Les langues gambiennes

La quasi-totalité des 18 langues gambiennes appartient à la famille nigéro-congolaise. Seuls les deux créoles (portugais et anglais) ne font pas partie de cette famille. Les langues les plus importantes sont, dans l'ordre décroissant, le mandingue, le wolof gambien, le peul, le soninké, le jola-fogny, le sérère et le mandjaque. L'anglais est la langue officielle de la Gambie, mais il ne constitue la langue maternelle de personne; il demeure une langue seconde. Comme la Gambie est enclavée dans le Sénégal, un État officiellement francophone, le français reste une langue importante; il est baragouiné par beaucoup de Gambiens. Néanmoins, la présence de plusieurs langues africaines couramment parlées dans cette région de l'Afrique, comme le wolof et le mandingue, permet aux citoyens de pays différents de communiquer dans des langues autres que les langues officielles que sont l'anglais en Gambie et le français au Sénégal. D'ailleurs, le français reste souvent la quatrième langue de certains Gambiens (après la langue maternelle, le wolof et l'anglais). La Gambie est un petit pays anglophone où l'occasion de parler le français n'existe qu'en raison des Sénégalais vivant en Gambie. Bien que l'anglais soit largement employé dans le monde, le français demeure une langue privilégiée à cause de la situation géopolitique de ce petit pays d'Afrique, où presque tous les États voisins sont francophones.

Environ 95 % des Gambiens pratiquent un islam (sunnite) très fortement imprégné des croyances traditionnelles africaines. Seule une petite minorité est de confession chrétienne.

2.3 La langue officielle

L'anglais a toujours été la langue officielle en Gambie, car c'est une ancienne colonie de l'Empire britannique. Mais cette langue est officielle dans les faits (de facto) et non de par la loi (de jure), puisqu'une qu'aucune déclaration n'a été rédigée ni promulguée. Toutefois, le président Yahya Jammeh a décidé de changer la langue officielle, l'anglais, pour l’arabe. Ce choix rapprocherait la Gambie de la Ligue des États arabes. En effet depuis plusieurs années, Yahya Jammeh a entretenu des relations très étroites avec certains pays arabes comme la Libye, l’Égypte, l’Iran et le Qatar. Ce changement de langue officielle est devenu un sujet de discussion dans les casernes de l'armée et les lieux publics. Cette décision vient après que la Gambie eût retiré ses membres du Commonwealth britannique en octobre 2013. Yahya Jammeh a affirmé qu'il ne serait plus jamais «membre d'une institution néo-coloniale» et qu'il ne fera plus partie d'une institution qui représente «une extension du colonialisme». La Gambie a obtenu son indépendance du Royaume-Uni il y a un demi-siècle, et le président a déclaré que le seul vestige britannique dans son pays était aujourd'hui la langue anglaise:

We no longer believe that for you to be a government, you should speak a foreign language; we are going to speak our own language. [Il n'est plus le temps de croire que, pour vous être un gouvernement, vous devriez parler une langue étrangère; nous allons parler notre propre langue.]

Le problème, c'est que l'arabe littéraire n'est la langue maternelle de personne en Gambie.  Le président gambien n'a pas donné de calendrier précis pour abandonner l'anglais, mais il a affirmé que cela arriverait «très bientôt» ("very soon").

Cette nouvelle politique linguistique pourrait être interprétée comme une stratégie visant à apaiser les nouveaux alliés arabes de la Gambie. Le président Jammeh a désespérément besoin d'argent et il fera tout ce qu'il faut pour séduire les Arabes. Il a confié de vastes secteurs de l'économie gambienne à des Syriens, des Libanais et des Jordaniens. De plus, en changeant de langue officielle, par exemple de l'anglais à l'arabe, la Gambie deviendrait une nation islamique. Des observateurs pourraient invoquer les dispositions de la Constitution ou de la législation à cet effet, mais ce serait oublier qu'aucune disposition ne proclame l'anglais comme langue officielle. De plus, la constitutionnalité des lois ou des pratiques n'a aucune importance en Gambie. Les décrets présidentiels font office de Constitution.

Il n'en demeure pas moins que le changement de langue officielle est plus facile à annoncer qu'à réaliser en pratique. Un tel changement entraînerait des conséquences énormes dont les modalités doivent être prévues avant qu'un tel changement ne soit effectué. Pour les spécialistes de la question, le passage de l'anglais à l'arabe pourrait se révéler un processus long et complexe et il y a lieu de croire que le changement serait encore plus long que la propre vie du président Jammeh avant que la Gambie réussisse à faire disparaître complètement l'utilisation de l'anglais. Dans la pratique, il serait plus aisé de passer de l'anglais au français que de l'anglais à l'arabe. Totalement enclavé dans le territoire sénégalais, la Gambie subit beaucoup plus la concurrence du français que du Sénégal.

3 Données historiques

Des outils du néolithique et des morceaux de pierres mégalithiques de l’âge du fer ont été trouvés près de Banjul. À partir du XIIIe siècle, les Mandingues, les Wolof et les Peuls s’établirent dans la vallée du fleuve de Gambie. Formant de petits États, ils payaient un tribut à l’empire du Mali.

En 1455, des Portugais établirent des comptoirs commerciaux le long du fleuve de Gambie, à partir desquels était organisée la traite des Noirs. Ils furent supplantés au XVIIe siècle par des compagnies à charte anglaises et françaises. En 1783, le traité de Versailles accorda les rives du fleuve de Gambie (50 km du nord au sud) à la Grande-Bretagne. En 1816, les Britanniques achetèrent l’île de Banjul au souverain d’un royaume local et fondèrent la ville de Bathurst, devenue Banjul. La Grande-Bretagne parvint à maintenir sa suprématie malgré les autorités françaises, notamment exprimée par le général Gallieni, de réunir en un seul territoire le Sénégal et la vallée inférieure de la Gambie.

3.1 Le protectorat britannique

La région de la Gambie devint un protectorat britannique en 1820 et une colonie de la Couronne en 1886. En 1889 furent fixées, par un accord avec la France, les frontières de la Gambie actuelle. La Gambie bénéficia d’un régime d’administration indirecte, qui maintenait le pouvoir des chefs locaux. La Grande-Bretagne encouragea le développement de la production des arachides. Le gouvernement colonial ne se préoccupa jamais de l'enseignement de l'anglais auprès des autochtones. Il avait laissé la responsabilité de l'éducation aux missionnaires, qui utilisèrent les langues locales. Ce ne fut qu’après la Seconde Guerre mondiale que furent formés en anglais les premiers cadres autochtones aux fonctions administratives. Des partis politiques nationalistes se créèrent dans les années 1950, et, en 1960, furent organisées des élections à l’échelle nationale.

3.2 Après l’indépendance

La Gambie accéda à l'indépendance le 18 février 1965, avec pour premier ministre sir Dawda Kaibara Jawara, à l’issue d’un référendum populaire. En s’appuyant sur le Parti progressiste du peuple (People’s Progressive Party: le PPP), Dawda Kaibara Jawara demeura au pouvoir jusqu’en juillet 1994. En 1981, quelque 500 personnes furent tuées dans une tentative de coup d’État, accompagnée d’émeutes à Banjul, ce qui provoqua l’intervention du Sénégal. L’année suivante, le Sénégal obtenait la création d’une confédération de Sénégambie, que présidait le président sénégalais Abdou Diouf, alors que Dawda Kaibara Jawara était le vice-président. Cette confédération n’eut guère de suites concrètes, que ce soit au point de vue économique que politique. C'est pourquoi elle s’effondra en 1989, mais elle fut suivie d'un traité d’amitié en 1991.

En juillet 1994, un groupe de jeunes officiers renversa le gouvernement de Jawara et prit le contrôle du pays. Un conseil provisoire de gouvernement militaire (Arm Forces Provisional Ruling Military Council : le AFPRC), que dirigeait le capitaine Yahya Jameh, fut mis en place. La Constitution fut suspendue ainsi que les partis politiques. Plusieurs pays de l’Union européenne, surtout la Grande-Bretagne, firent pression sur Yahya Jameh restaure la démocratie. Après la suspension de l’aide internationale qui représentait, en 1993, le quart du revenu national gambien, le PRCPF s’engagea à organiser des élections pluralistes en 1996. L’aggravation de la situation économique convainquit Jameh à devancer la date choisie pour le retour à un régime civil. Le 8 août 1996, la nouvelle Constitution fut approuvée par 70 % des électeurs et, le 26 septembre, Yahya Jammeh remporta l’élection présidentielle avec 56 % des voix, contre 36 % à son adversaire (Ousainou Darbo). Cette élection, à laquelle plusieurs figures de l’opposition n’eurent pas le droit de se présenter, fut entachée par des fraudes massives. En janvier 1997, les élections législatives donnèrent la majorité à l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC) de Yahya Jammeh, l’opposition ne remportant que 10 sièges.

La stabilisation de la situation politique a favorisé une certaine accalmie économique, marquée notamment par une reprise de l’activité touristique. Cependant, la situation est demeurée difficile, en raison de la suspension des programmes internationaux de coopération après le coup d’État de 1994.

Bien qu'elle ait été membre du Commonwealth depuis 1965, la Gambie annonçait en octobre 2013 son retrait de l'organisation qui critiquait le régime du président Yahya Jammeh au sujet des droits de l'homme. Le président n'a jamais hésité à menacer de mort les défenseurs des droits de l'homme, en accusant ceux qui aideraient ces derniers de vouloir «déstabiliser le pays».

4 La politique linguistique

La Constitution du 24 avril fut suspendue en juillet 1994, modifiée et approuvée lors d'un référendum national le 8 août 1996; elle ne fut rétablie qu'en janvier 1997. Aucune disposition ne proclame l'anglais comme langue officielle. Généralement, un État qui n'a pas de langue officielle de jure n'a pas de politique linguistique élaborée. L'article 17 de la Constitution porte sur les libertés fondamentales:

Article 17

2) Indépendamment de sa race, de sa couleur, de son sexe, de sa langue, de sa religion, de son opinion politique ou autre, de son origine nationale ou sociale, de ses biens, de sa naissance ou de tout autre statut, tous les citoyens en Gambie bénéficient des libertés et des droits humains fondamentaux ainsi qu'aux libertés individuelles contenues dans le présent chapitre, mais tous sont tenus de respecter les droits et libertés des autres dans l'intérêt public.

L'article 32 de la Constitution reconnaît aux Gambiens le droit de pratiquer et de préserver leurs culture et langue particulières:

Article 32

Tous les citoyens ont le droit d'aimer, de pratiquer, de revendiquer, de maintenir et de promouvoir une culture, une langue, une tradition ou une religion soumise aux termes de la présente Constitution et à la condition que les droits protégés par la présente disposition n'empiètent pas sur les droits et libertés des autres ou sur l'intérêt national, notamment l'unité nationale.

L'article 33 de la Constitution traite de la discrimination (y compris la langue), mais rien ne précise que celle-ci soit interdite:

Article 33

4) Dans le présent article, le mot «discrimination» désigne un traitement différent à des personnes diverses, attribuable complètement ou principalement à leurs descriptions respectives concernant la race, la couleur, le genre, la langue, la religion, l'opinion politique ou autre, l'origine nationale ou sociale, les biens, la naissance ou tout autre statut par lequel les individus correspondant à cette description sont soumis aux handicaps ou à des restrictions auxquelles ceux qui correspondent à un autre signalement ne sont pas assujettis, ou lorsque la discrimination accorde des privilèges ou des avantages que l'on ne s'accorde pas aux individus correspondant à une autre caractéristique.

4.1 La langue de l'État

À la suite de l'indépendance, les dirigeants de l'époque ont cru plus sage de reconduire la politique linguistique coloniale. L'anglais n'a jamais été promulgué langue officielle; il le fut dans les faits (de facto). La seule langue utilisée au Parlement est l'anglais; c'est même l'une des conditions pour être élu. Comme c'est la langue de l'État, c'est l'anglais qui est employé dans l'Administration et les tribunaux, de même que dans tous les événements officiels.

Curieusement, la Loi sur la nationalité et la citoyenneté (1965) ne prescrit au candidat ou à la candidate aucune langue précise en particulier, sauf la «connaissance suffisante d'une langue d'usage courant en Gambie» :

Article 3

Enregistrement de certaines personnes en tant que citoyens

1) Sous réserve des dispositions du paragraphe 4 du présent article, un citoyen d'un pays auquel l'article 6 de la Constitution s'applique, ou de la république d'Irlande ou de toute personne protégée, être une personne physique majeure et capable de faire une demande au ministre de la manière prescrite pour être enregistrée en tant que citoyen de la Gambie s'il convainc le ministre -

(a) qu'elle est de bonne moralité ;

(b) qu'elle serait un bon citoyen de la Gambie ;

(c) qu'elle a une connaissance suffisante d'une langue d'usage courant en Gambie ;

Il est possible que ce soit l'anglais, mais en principe une langue courante en Gambie ne peut être qu'une langue gambienne, notamment le mandingue, le wolof gambien, le peul ou le soninké. 

Mais l'article 38 de la Loi sur les réfugiés (2008) autorise l'emploi d'une autre langue que l'anglais avec l'aide d'un interprète:

Article 38

Interprétation linguistique


Le formulaire de demande doit normalement être complété en anglais, mais un réfugié :

- analphabète ou non scolarisé en anglais peut compléter le formulaire de demande dans une autre langue de son choix ou être assisté gratuitement des services d'interprétation fournis par la Commission.

Il en est ainsi à l'article 29 de la Loi sur l'enfance (2010) lorsqu'un parent ne peut pas lire ni écrire en anglais:

Article 29

1) Lorsque le père et la mère d'un enfant, qui ne sont pas mariés l'un à l'autre au moment de la naissance de l'enfant, acceptent la responsabilité parentale conjointe de l'enfant, le contrat de responsabilité parentale doit être conforme à la formule 9 à 'annexe au présent règlement.

2) Le contrat doit être attestée par un juge de paix, un notaire ou un commissaire à l'assermentation, qui doit expliquer aux parents dans une langue qu'ils comprennent, s'ils ne peuvent pas lire ni écrire en anglais, le contenu du contrat et de l'état de celui-ci au moment du contrat.

Cependant, l'article 17 de la Loi sur l'administration locale (2002) impose l'usage de l'anglais dans l'administration locale comme membre d'un Conseil :
 

Article 17

Qualification et disqualification des conseillers au Conseil

1)
Toute personne est admissible à l'élection ou à la nomination comme membre du Conseil si elle :

(a) est un citoyen de la Gambie et n'est pas âgée moins de 21 ans;

(b) est un électeur inscrit;

(d) est en mesure de parler l'anglais avec un degré de compétence suffisant pour lui permettre de prendre part aux travaux du Conseil.

Selon la Loi sur les zones franches (2001), la connaissance de l'anglais est aussi exigée pour un opérateur d'une zone franche: 

Article 16

Un opérateur d'une zone franche doit :

(a) gérer et d'administrer une zone franche;

(b) prendre des dispositions pour la circulation des personnes, des véhicules, des navires et les marchandises entrant ou sortant de la zone ;

(c) tenir une comptabilité adéquate et appropriée en anglais ainsi que d'autres documents en rapport avec son activité ;

Ces quelques rares textes juridiques concernant la langue en Gambie démontrent que l'anglais n'est obligatoire que pour les fonctionnaires, non pour les simples citoyens.

4.2 Les langues admises dans les tribunaux

Il existe quelques dispositions concernant les langues employées dans les tribunaux. En effet, certains paragraphes des articles 19, 24 et 36 de la Constitution portent sur ce sujet:

Article 19

2) Quiconque est arrêté ou détenu doit être informé aussitôt qu'il est raisonnablement possible de le faire, et en dans tous les cas dans un délai de trois heures, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention, ainsi que de son droit de consulter un avocat.

Article 24

2) [...]

1. Quiconque est accusée d'un délit :

b) doit être informé du temps au moment où elle est accusé, dans une langue qu'il comprend, et en détail, de la nature de l'inculpation dont il est accusé; [...]

f) peut recourir, sans frais, à l'aide d'un interprète s'il ne peut comprendre la langue employée au procès concernant l'accusation;

Article 36

1) Lorsque quelqu'un est détenue en vertu d'une loi de l'Assemblée nationale mentionnée à l'article 35, les dispositions suivantes s'appliquent :

a) Aussitôt qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans tous les cas, pas plus tard que vingt-quatre heures après le début de sa détention, il lui sera fourni une déclaration écrite expliquant en détails les motifs pour lesquels cet individu est détenu; la déclaration doit être lue et, si c'est nécessaire, traduite dans une langue qu'il comprend.

Autrement dit, un accusé est assuré de recevoir des explications sur son arrestation dans une langue qu'il comprend. Il faut savoir que l'école n'a pas rejoint nécessairement les personnes plus âgées l'école n'étant pas obligatoire et que beaucoup de gens ignorent la langue officielle; ils ne savent ni lire ni écrire. Il faut bien comprendre que l'usage d'une langue gambienne ne constitue pas un droit linguistique au sens strict, mais un recours de dernière instance parce qu'on ne peut pas faire autrement.

4.3 L'éducation

La Gambie est un pays pauvre. L’enseignement primaire est gratuit (les cinq premières années), mais il n’est pas obligatoire. En 2001, l’alphabétisation ne concernait que 59 % de la population; et 40 % des jeunes de 12 à 17 ans étaient scolarisés. Si 75 % des enfants commencent leurs études primaires, seuls quelque 20 % des jeunes accèdent au secondaire. De plus, le pays ne possède pas d’université, mais une proportion de 0,4 % des jeunes réussissent à s'instruire à l'extérieur du pays.

Dans tous les secteurs de l'éducation, l'anglais est la langue d'enseignement, sauf dans les écoles coraniques où la langue enseignée est l'arabe. Un cours de français langue seconde est disponible pour les élèves du secondaire.  Toutes les études sauf l'école Islamique sont effectuées en anglais. Comme la Gambie est un pays pauvre, les écoles ne sont pas toujours pourvues de manuels en quantité suffisante et la formation des enseignants laisse parfois à désirer. Par exemple, il est difficile de trouver des documents en langue française en Gambie, notamment ceux qui pourraient être utiles dans l'enseignement. Pour diverses autres raisons, l'enseignement des langues étrangères n'est peut-être pas toujours adéquate dans ce pays.

4.4 Les médias

Comme c'est souvent le cas dans les pays d'Afrique, la langue officielle est omniprésente dans les médias écrits et électroniques, sauf à la radio où les langues locales demeurent le moyen le plus sûr pour rejoindre les autochtones. En Gambie, 85 % des habitants vivent de l'agriculture ou de la pêche et beaucoup ignorent la langue officielle.

Les principaux journaux du pays, tels que The Daily Observer, The Gambia Daily, The Gambia News, The Independent et The Point (tous de Banjul)ne publient qu'en anglais. Radio Gambia diffuse sa programmation en anglais et dans quelques langues locales (surtout en wolof, en mandingue et en peul). Il en est ainsi pour les stations Citizen FMRadio 1 FM et quelques autres (West Coast Radio, City Limits Radio, Radio Syd, Sud FM, etc.). Le gouvernement opère la seule station de télévision nationale, GRTS, qui rejoint environ 60 % des Gambiens. Il existe d'autres rares stations privées captées par satellite, mais Premium TV Network, une station transmise de Banjul par Arabstat, diffuse en arabe classique. 

La Gambie se caractérise par une politique linguistique de non-intervention, se contentant de perpétuer les usages en cours depuis le protectorat britannique. Aucun effort n'est tenté pour sauvegarder les langues locales qui, de toute façon, ne sont pas en danger. Le mandingue, le wolof et le peul demeurent les grandes langues véhiculaires du pays aux dépens de l'anglais réservé à l'administration de l'État, les écoles et les documents écrits. En somme, il y a peu à dire sur cette politique linguistique, sinon qu'elle correspond sûrement à un coût économique limité par rapport à ce qui pourrait être fait en faveur des langues gambiennes.   
 

Dernière révision: 19 avril, 2014

Bibliographie

CANVIN, Maggie. The educational implications of multilingualism for Cameroon and the Gambia: a comparative study, Whiteknights, University of Reading (Royaume-Uni), mémoire de maîtrise, 1996, 96 p.

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Gambie» pour la partie historique.

MINISTRY OF EDUCATION. The Development of Education: National Report from the Gambia, Banjul, Ministry of Education, 1992.

STEPHENS, David O. Records management in Africa South of the Sahara, Records Management Quarterly, juillet 1993.

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