République de Namibie

Namibie

Republic of Namibia

 
Capitale: Windhoek (hiver) et Swakopmund (été)
Population: 1,7 million (est. 2002)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: ndonga (39,5 %), kwanyama (12,1 %), luyana (8,8 %), herero (10,1 %), nama (9,8 %), afrikaans (4,4 %), bochiman vasekela (3 %), kwambi (1,6 %), ju/'hoan (1,4 %), lozi (1,4 %), subiya (1,3 %), allemand (1,1 %), san hai//om (0,9 %), tswana (0,6 %), anglais (0,5 %), diriku (0,5 %), fwe (0,5 %), mbukushu (0,3 %), auen (0,2 %), zemba (0,2 %), yeyi (0,2 %), kxoe (0,2 %), luchazi (0,0 %), kwandu du Nord (0,0 %), mbalanhu (0,0 %), !xóõ (0,0 %), xiri (0,0 %).
Langues coloniales: allemand et anglais
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 3, 11, 19, 24 et 65 de la Constitution du 29 mars 1990
Lois linguistiques: Loi sur les collectivités locales (1992); Loi sur les conseils régionaux (1992); Loi sur la Fonction publique (1995); Loi sur les tribunaux communautaires (2003); Loi sur la formation des enseignants des collèges (2003).

1 Situation générale

orientation map for Namibia La Namibie (off. république de Namibie) est un État de l’Afrique australe bordé à l’ouest par l’Atlantique, au sud par l’Afrique du Sud, à l’est par le Botswana et au nord par l’Angola (voir la carte). La Namibie, une immensité désertique, couvre une superficie de 823 144 km², soit l'équivalent de quatre fois la Grande-Bretagne et plus de deux fois l'Allemagne. La capitale est Windhoek (prononcé comme [vindouk]), une ville de 250 000 habitants, mais le gouvernement se déplace durant l'été à Swakopmund, une station balnéaire de la côte de 30 000 habitants.

Le pays compte plusieurs grandes régions: le Nord (Northern region), le désert de Namib (Namib region), le Centre ou Plateau central (Central region), le Sud (Southern region).

De plus, la Namibie est subdivisée en 13 régions administratives: Omusati, Oshana, Ohangwena, Oshikoto, Okavango, Liambezi, Kunene, Otjozondjupa, Erongo, Omaheke, Khomas, Hardap et Karas. Ancien Sud-Ouest africain, devenu Namibie en 1968, le pays, colonisé par l’Allemagne, puis par l’Afrique du Sud, n’a accédé à l’indépendance qu’en 1990.

2 Données démolinguistiques

La population était estimée à 1,9 million en 2003; lors du recensement de 1991, elle était de 1,4 million d'habitants. La répartition de la population reste très inégale et déséquilibrée puisque 60 % de la population vit au nord, dans les régions administratives de Khomas, Ohangwena, Okavango, Omusati et Oshana:

Région administrative

Capitale

Population (1991) Population (2003) Superficie (km²)
Liambezi (ou Caprivi) Katima Mulilo 90,4 82,7 19 532 km2
Erongo Omaruru 55,5 111,5 63 719 km2
Hardap Mariental 66,5 70,5 109 888 km2
Karas Keetmanshoop 61,2 72,2 161 324 km2
Khomas Windhoek 167,1 259,3 36 804 km2
Kunene Opuwo 64,0 70,7 144 254 km2
Ohangwena Oshikango 179,6 236,0 10 582 km2
Okavango Rundu 116,8 208,4 43 417 km2
Omaheke Gobabis 52,7 69,9 84 731 km2
Omusati Ongandjera 189,9 236,6 13 637 km2
Oshana Oshakati 134,9 198,9 5 290 km2
Oshikoto Tsumeb 128,7 166,5 26 607 km2
Otjozondjupa Grootfontein 102,5 140,6  105 327 km2

Source: recensement en date du 21 octobre 1991

2.1 Les groupes ethniques

Les Noirs forment la grande majorité de la population avec 87,5 %; suivent les Blancs avec 6,6 % et les Métis avec 7,4 %. Au nombre de 70 000 personnes, les Métis appartiennent à deux sous-groupes bien distincts, dont le plus important se compose de ceux qui parlent l’afrikaans, issus du lointain croisement (en Afrique du Sud) entre des pionniers hollandais et des femmes khoïsanes.

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population
(2002)
%
Ndonga ndonga langue bantoue 415 000 23,4 %
Ovambo (Ambo) ndonga langue bantoue 285 000 16,1 %
Kwanyama kwanyama langue bantoue 215 000 12,1 %
Luyana kwangali langue bantoue 157 000 8,8 %
Mbandieru herero langue bantoue 141 000 7,9 %
Damara (Dama) nama langue khoïsane 105 000 5,9 %
Afrikaners afrikaans langue germanique  78 000 4,4 %
Nama nama langue khoïsane  70 000 3,9 %
Bochimans (San) bochiman vasekela langue khoïsane  54 000 3,0 %
Herero herero langue bantoue  40 000 2,2 %
Kwambi kwambi langue bantoue  30 000 1,6 %
Ju/'hoan ju/'hoan langue khoïsane  25 000 1,4 %
Lozi lozi langue bantoue  25 000 1,4 %
Subia subiya langue bantoue  23 000 1,3 %
Allemands allemand langue germanique  20 000 1,1 %
San (Hai//om) san hai//om langue khoïsane  16 000 0,9 %
Tswana tswana langue bantoue  11 300 0,6 %
Britanniques anglais langue germanique  10 000 0,5 %
Diriku diriku langue bantoue  10 000 0,5 %
Fwe fwe langue bantoue    9 950 0,5 %
Mbukushu mbukushu langue bantoue    6 900 0,3 %
Auen auen langue khoïsane    5 000 0,2 %
Dhimba zemba langue bantoue    5 000 0,2 %
Yeye yeyi langue bantoue    5 000 0,2 %
Kxoe kxoe langue khoïsane    4 000 0,2 %
Luchazi luchazi langue bantoue    1 000 0,0 %
Mashi kwandu du Nord langue bantoue      200 0,0 %
Mbalanhu mbalanhu langue bantoue      200 0,0 %
!xóõ !xóõ langue khoïsane      200 0,0 %
Griqua xiri langue khoïsane      100 0,0 %
Total (2002): 1 767 650  

On compte une trentaine de groupes ethniques. Les Ndonga (39,5 %) et les Ovambo (ou Ambo), constituent les deux plus grandes ethnies du pays, et ce, d'autant plus qu'ils parlent la même langue: le ndonga. Cette langue bantoue représente 40 % de la population namibienne. Suivent les Kwanyama, les Luyana, les Mbandieru, les Damara, les Afrikaners, les Nama, les Bochimans (San), les Herero, les Kwambi, les Ju/'hoan, les Lozi, les Subia, les  Kavango, etc. Il faut distinguer les ethnies bantoues des ethnies khoïsanes, et des populations blanches. Celle-ci est composée principalement de Sud-Africains (de descendance afrikaners et britanique) et d'Allemands.

Les plus anciens habitants sont les Bochimans (ou San); il sont au nombre de 160 000 environ, répartis en trois grandes tribus ou ethnies: les San, les Damara et les Nama (50 000). Mais le premier grand groupe ethnique est celui des populations bantoues; il est divisé en cinq ethnies principales, elles-mêmes fragmentées en tribus et en clans.

Au plan religieux, les chrétiens sont nettement les plus nombreux (entre 80 % et 90 %, dont 50 % de luthériens); les religions indigènes animistes sont pratiquées par 10 % à 20 % de la population.

2.2 Les langues

La langue officielle est l’anglais, mais les populations autochtones, on le sait, parlent des langues bantoues et khoïsanes. En effet, seuls 0,5 % des Namibiens ont l'anglais pour langue maternelle (env. 10 000 locuteurs), ce qui oblige toutes les communautés blanches à l'utiliser comme langue véhiculaire. La Namibie compte deux fois plus de germanophones (20 000) que d'anglophones et huit fois plus de locuteurs parlant l'afrikaans. Avant l'indépendance, l'anglais et l'afrikaans étaient les langues officielles, alors que l'allemand avait le statut semi-officiel dans l'Administration des Blancs; depuis l'indépendance, seul l'anglais a obtenu ce statut de langue officielle. Bien que souvent rejeté comme la langue de l'apartheid, l'afrikaans est aujourd'hui la langue maternelle de plus de 78 000 Namibiens (dont beaucoup de Métis), et l'allemand est encore couramment utilisé par certains Blancs. En fait, environ 60 % des Blancs parlent l'afrikaans, 30 % l'allemand et 10 % l'anglais. 

Parmi les langues autochtones du pays, le ndonga est la langue la plus connue. C'est une langue bantoue comme plusieurs autres: le kwanyama (12,1 %), le luyana (8,8 %), le herero (10,1 %), le kwambi (1,6 %), le lozi (1,4 %), le subiya (1,3 %), le tswana (0,6 %), le diriku (0,5 %), le fwe (0,5 %), le mbukushu (0,3 %), le zemba (0,2 %), le yeyi (0,2 %), le luchazi (0,0 %), le kwandu du Nord (0,0 %) et le mbalanhu (0,0 %).

Les langues khoïsanes les plus répandues sont d'abord le nama parlé par 9,8 % de la population botswanaise. Suivent le  bochiman vasekela (3 %), le ju/'hoan (1,4 %), le san hai//om (0,9 %), l'auen (0,2 %), le kxoe (0,2 %), lle !xóõ (0,0 %), le xiri (0,0 %); comme on le sait, ces langues sont dites «à clic» (voir  les symboles utilisés: [/], [=], [!], [//], [@]). Quelques-unes sont en voie d'extinction.

La plupart des langues bantoue sont parlées dans le nord du pays (Omusati, Oshana, Ohangwena, Oshikoto, Okavango, Liambezi, Kunene, Otjozondjupa), alors que les langues khoïsanes sont parlées dans les régions d'Erongo, d'Otjozondjupa et d'Omaheke, mais aussi dans le Hardap et le Karas. Quant aux langues indo-européennes comme l'anglais, l'afrikaans et l'allemand, leurs locuteurs résident dans la région de Khomas, c'est-à-dire la périphérie et le sud de Windhoek. L'afrikaans, l'allemand, l'herero, le nama (damara), l'oshiwambo, le lozi, le kwangali et le twana ont été reconnus comme des langues nationales.

3 Données historiques

Des peintures rupestres attestent de la présence humaine dans le désert du Namib depuis au moins 25 000 ans. Les premiers habitants identifiés sont les ancêtres des Bochimans, qui vivaient traditionnellement de cueillette et de chasse, et qui se sont réfugiés dans la région au début de notre ère. Les éleveurs hottentots firent leur apparition vers le IXe siècle, alors qu'ils venaient d’Afrique orientale, peu avant l’arrivée des Bantous. Parmi ces derniers, certains sont agriculteurs, comme les Ovambo, et d’autres pasteurs, comme les Herero. Ceux-ci entrèrent en conflit permanent avec les Hottentots.

3.1 La colonisation européenne

Le navigateur portugais Bartolomeu Dias contourna le cap de Bonne-Espérance en 1488, ce qui ouvrit la voie aux nombreux explorateurs, missionnaires et autres marchands européens en Afrique australe. Les Allemands occupèrent la côte ouest en 1878, à Lüderitz, et y établirent en 1884 un protectorat appelé Sud-Ouest africain allemand (off.: Süd West Afrika, SWA). Mais à l’intérieur des terres, la résistance fut vive, surtout de la part des Herero. Il faut dire que les Herero n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère: après avoir attaqué le poste d’Okahandja en 1904, ils avaient massacré 123 colons allemands. Les hommes et les enfants avaient été dépecés; quant aux femmes, après avoir été violées, elles avaient été suspendues par les pieds, puis éviscérées. La répression allemande, féroce, fut menée par le général major Lothar von Trotha (1848-1920), débarqué à Swakopmund, le 11 juin 1904, avec 3500 hommes de renfort. Son ordre d'extermination (Vernichtungsbefehl) était ainsi rédigé:

À l’intérieur de la frontière allemande, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple herero. Le grand général du puissant empereur, von Trotha.

Cette répression dura jusqu’en 1908 et prit l’aspect d’un véritable génocide. Elle fit plus de 30 000 morts et faillit anéantir le peuple herero, qui comptait alors une population de près de 100 000 personnes.

3.2 L’occupation sud-africaine

Le traité de Versailles du 28 juin 1919 obligeait l’Allemagne à abandonner ses colonies. En 1920, la Société des Nations (SDN) confia, par mandat, à l’Union sud-africaine (Dominion britannique constituée en 1909, aujourd'hui l'Afrique du Sud), l’administration du Sud-Ouest africain, que les troupes sud-africaines avaient envahi en 1914. Mais l'Afrique du Sud considéra l’ancienne colonie allemande comme faisant partie de son territoire national et perçue comme un dédommagement pour son effort de guerre aux côtés des Alliés. Elle imposa une administration autoritaire et répressive.  Le territoire fut soumis à une colonisation afrikaner, qui commença à le transformer en
«cinquième province». En 1926, à la suite d’un accord entre le Portugal et l’Afrique du Sud, le territoire de l’ethnie ovambo fut coupé par la nouvelle frontière tracée entre l’Angola et le Sud-Ouest africain.

Après que la Seconde Guerre mondiale eût éclaté, une grande partie des hommes d'origine allemande qui avaient adhéré à la section nationale-socialiste du territoire et instauré des pratiques d'apartheid, furent internés par les Britanniques. En 1946, le territoire fut placé sous la tutelle directe de l’Organisation des Nations unies (ONU). Mais l’Afrique du Sud refusa d’obtempérer à cette décision et, par une modification constitutionnelle, étendit sa représentation parlementaire au Sud-Ouest africain en 1949. Elle tenta ensuite d’y appliquer sa politique d’apartheid.

En 1958, les Ovambo, qui peuplaient le nord du pays, fondèrent le Congrès du peuple ovambo (Ovambo’s People Congress ou OPC) pour revendiquer l’indépendance. Le mouvement s’ouvrit, deux ans plus tard, aux autres communautés en devenant l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (South West Africa People’s Organization, ou SWAPO). Tandis que les instances internationales tentaient de régler par des moyens juridiques le sort de la Namibie, la SWAPO, dirigée par Sam Nujoma, décida en 1966 de passer à la lutte armée. L'ONU demanda le retrait des forces d'occupation sud-africaines et déchut de son mandat l'Afrique du Sud. Ce fut le début d’une longue bataille juridique qui aboutit, en 1969, à un vote du Conseil de sécurité de l’ONU, exigeant le retrait immédiat de l’Afrique du Sud du territoire namibien. Depuis 1968, l'ONU avait remplacé l'appellation de «Sud-Ouest africain» par «Namibie» (signifiant «le pays où il n'y a rien»), un territoire devant être décolonisé. Enfin, en juin 1971, la Cour internationale de justice des Nations unies qualifia d’«illégale» l’occupation de la Namibie par l’Afrique du Sud, qui continua néanmoins à l’administrer.

En 1975, l'indépendance de l'Angola permit à la SWAPO de disposer d'une base arrière pour lancer des opérations dans la zone frontalière. Pour lutter contre la SWAPO soutenue par des contingents cubains et un encadrement soviétique, l’armée sud-africaine intervint à plusieurs reprises dans le sud de l’Angola où elle remporta d’incontestables succès. Au mois de mai 1978, le quartier général de la SWAPO fut même investi, et plusieurs centaines de guérilleros trouvèrent la mort. L’armée sud-africaine militarisa progressivement tout le nord du pays, l’Ovamboland (aujourd'hui l'Ohangwena) et la bande de Caprivi (aujourd'hui l'Okavango), où une guerre de guérilla, très meurtrière pour les populations, se déroula pendant près de vingt ans.

Un cessez-le-feu fut signé au mois d’août 1988. Par la suite, l’Afrique du Sud accepta de signer les accords de Brazzaville, qui garantissaient l’indépendance de la Namibie en échange du retrait des troupes cubaines de l’Angola. En novembre 1989, une Assemblée constituante de 72 membres fut élue au suffrage universel au moyen d'un scrutin organisé sous l’égide de l’ONU. La SWAPO recueillit 57,5 % des voix. La Namibie devenait indépendante. À la veille de l’indépendance, les Blancs étaient environ 100 000, composés de deux grands groupes: 25 000 descendent des colons allemands qui vivaient sur le territoire en 1914, et 65 000 de migrants afrikaners. Le territoire était divisé en une «zone de police» réservée aux Blancs, (Afrikaners, Allemands et Britanniques) et aux travailleurs noirs temporaires sous contrat.

3.3 Après l'indépendance

Le 21 mars 1990, la Namibie était née. L’Assemblée constituante promulgua une Constitution inédite sur le continent africain, car elle combinait une représentation majoritaire et une représentation communautaire, et prévoyait pour toute révision constitutionnelle la nécessité de majorités qualifiées. Ainsi, malgré la domination politique de la SWAPO, donc des Ovambo, et en dépit d’une forte identification entre appartenance communautaire et appartenance partisane, la Namibie croyait dépasser les clivages communautaires qu’avaient accentués les politiques des colonisateurs. Au plan linguistique, l’afrikaans demeurait encore la principale langue du pays: c’était la langue des Blancs au pouvoir, alors qu’ils pratiquaient l’apartheid. Seules deux langues avaient droit de cité: l’afrikaans et l’anglais. Mais l'anglais fut choisi comme unique langue officielle, et l'afrikaans se retrouva apparemment sans statut reconnu. Les langues africaines furent considérées comme tout à fait inutiles et impropres aux communications officielles, même dans les écoles. En 1994, l'enclave de Walvis Bay, qui avait été annexée par l'Afrique du Sud, fut rétrocédée à la Namibie.
 

L'ancien leader de la SWAPO, Sam Nujoma, fut élu président de la République.  Il fut réélu démocratiquement en 1994, mais le pouvoir de la SWAPO se renforça, alors que la domination de l'État par les Ovambo réactiva les velléités sécessionnistes . Le pays s'est engagé dans une politique de réconciliation nationale, mais les questions vitales de la redistribution des terres et de la réduction des inégalités raciales (70 % des Namibiens vivent sous le seuil de pauvreté) restent en suspens.

Malgré les protestations de l'opposition et d'une partie de la SWAPO, le président Nujoma fit voter une réforme constitutionnelle qui lui permit de briguer un troisième mandat en décembre 1999; très populaire dans son pays, il fut réélu pour un troisième mandat le 21 mars 2000. En mars 2005, Hifikepunye Pohamba (SWAPO), dauphin de Sam Nujoma, lui succéda officiellement à la présidence de la République.

Cela étant dit, la Namibie n'est pas encore guérie de l'apartheid: le pays reste partagé par une Afrique blanche 20 000 Allemands et 65 000 Afrikaners et une Afrique Noire 1,7 million de personnes séparées par une «barrière vétérinaire» préservant les bovins «blancs» des maladies «noires»! En fait, la Namibie doit trouver des solutions pour redresser les torts infligés aux populations autochtones par les colons blancs. Rappelons que les Allemands, puis les Sud-Africains (dont les Afrikaners) ont en effet, au début du siècle, dépossédé les Namibiens, notamment les Herero, des seules terres fertiles de ce pays très aride. Aujourd’hui, plus de 30 millions d’hectares sont occupés par des fermiers blancs et seulement 2,2 millions par des fermiers noirs. Près de 243 000 paysans attendent qu’on leur attribue un lopin de terre, alors que certains propriétaires blancs laissent 2,9 millions d’hectares en friche. Jusqu'ici, la collaboration de ces grands propriétaires blancs est quasi nulle, car ils font obstruction. On craint qu'une telle situation ne dégénère comme au Zimbabwe où les fermiers blancs ont été expropriés de force.

Notons particulièrement le sort des San, une minorité bochimane: le gouvernement du président Sam Nujoma a refusé d’accorder une reconnaissance formelle à cette ethnie de Bochimans vivant en dehors de leurs terres traditionnelles de l’actuel Botswana voisin (désert du Kalahari). Les San ne semblent pas prioritaires dans le processus de redistribution de la terre engagé par le gouvernement de Windhoek. De plus, la Namibie souffre de l’excessive dépendance économique à l’égard de l’Afrique du Sud, pour laquelle elle reste un marché captif. Le gouvernement namibien s'est engagé dans un effort de diversification économique et de partenariat, d’où le grandiose projet hydroélectrique d’Epupa, prévoyant la construction d’un deuxième barrage sur le fleuve Kunene à la frontière de l’Angola.

4 La politique linguistique

Depuis la proclamation de la nouvelle Constitution du 20 mars 1990, certains faits ont changé: l’afrikaans a perdu sa reconnaissance officielle, car il était perçu comme la langue de l'apartheid et de l'oppresseur, et c’est l’anglais qui paraît avoir pris la relève parce qu'il paraissait plus «neutre» par les nouveaux dirigeants noirs. En effet, l’article 3 (par. 1) de la Constitution proclame que l’anglais est la langue officielle de la Namibie:

Article 3

(1) La langue officielle de la Namibie est l'anglais.

Ce paragraphe laisse croire que l’anglais est la seule langue officielle et que, en conséquence, les autres langues ne sont pas admises. Or, il faut lire le paragraphe 1 de l’article 3 en relation avec le paragraphe 3 de ce même article de la Constitution :
 

Article 3

(3) Aucune des dispositions du paragraphe 1 ci-dessus n'aura préséance sur une loi du Parlement qui permet l'usage d'une autre langue que l'anglais à des fins législatives, administratives et judiciaires, dans les régions ou les secteurs où une telle autre langue est parlée par une partie importante de la population.

Une telle disposition permet d’utiliser toute autre langue que l’anglais avec l’accord du Parlement, et ce, même si l’anglais est la seule langue officielle. D'après certains observateurs, ce serait là une façon qu’ont trouvé les Blancs pour conserver à l’afrikaans certaines de ses prérogatives, tout en faisant semblant de faire disparaître cette langue derrière l’anglais.

4.1 La législation

Nonobstant cette déclaration d’officialité à l’égard de l’anglais, on doit constater que l’afrikaans est utilisé à parité avec l’anglais au Parlement, avec une fréquence toute aussi grande. D’ailleurs, les lois ont toujours été rédigées à la fois en anglais et en afrikaans. Il existe un système de traduction simultanée, mais il faut qu’une personne demande les services d’un traducteur. Depuis 1990, seule la version anglaise des lois demeure toutefois officielle, l'afrikaans demeurant une simple traduction. L'article 65 de la Constitution précise à cet effet:
 

Article 65
Signature et inscription des lois

(1)
Lorsqu'un projet de loi devient une loi du Parlement suite à son adoption par le Parlement, il est signé par le président et publié dans la Gazette; le secrétaire de l'Assemblée nationale produira immédiatement deux exemplaires de ladite loi en langue anglaise pour être inscrite au bureau du Registraire de la Cour suprême et ces exemplaires serviront de preuve formelle des dispositions de la loi.

Par ailleurs, afin d'assurer une certaine décentralisation de sa Fonction public, la Namibie a engagé une réforme administrative et territoriale par la création de conseils régionaux et de collectivités locales. Ce sont la Loi sur les collectivités locales de 1992 (Local Authorities Act), la Loi sur les conseils régionaux de 1992 et, dans une moindre mesure, la Loi sur la Fonction publique de 1995, qui entérinent en quelque sorte le programme de décentralisation adopté par l’Assemblée nationale.

Ainsi, en vertu de la Loi sur les collectivités locales de 1992 (Local Authorities Act), un conseil d'une collectivité locale peut prévoir une autre langue que l'anglais lors des discussions de ses assemblées:
 

Article 14

6)
(a) Un conseil d'une collectivité locale peut prévoir des règlements en rapport avec la convocation et l'ordre du jour, la procédure, les assemblées du conseil de la collectivité locale ou de tout comité fixé par le conseil de la collectivité locale, ce qui comprend les conditions sur lequel une autre langue que la langue officielle peut être employée par un membre au cours des discussions lors des assemblées du conseil de la collectivité locale.

Article 15

1) Le président général ou, s'il est absent d'une assemblée du conseil de la collectivité locale, le président de l'assemblée doit produire le procès-verbal pour être consignés dans la langue officielle pour toutes les procédures aux assemblées du conseil de la collectivité locale; et le président général produira ce procès-verbal pour être consigné dans l'un ou divers livres tenus par par ce dernier à cette fin.

La Loi sur les conseils régionaux de 1992 (Régional Councils Act) énonce qu'un conseil régional peut prévoir des règlements sur les conditions dans lesquelles une autre langue que la langue officielle peut être employée par un membre au cours des assemblées du Conseil régional:

Article 11

Les assemblées des conseils régionaux

6)
(a) Un conseil régional peut prévoir des règlements en rapport avec la convocation et l'ordre du jour, la procédure des assemblées du Conseil régional ou à un comité créé par celui-ci, y compris les conditions dans lesquelles une autre langue que la langue officielle peut être employée par un membre au cours des assemblées du Conseil régional.

Dans la Loi sur la Fonction publique de 1995 (Public Service Act), l'article 5 mentionne «les langues» (''languages'') comme faisant partie des responsabilités qui relèvent du premier ministre de la Namibie:
 

Article 5

Fonctions du premier ministre

2)
Le premier ministre dirige la Fonction publiques et ses responsabilités comprendront en particulier ce qui suit :

(f) la limitation de l'âge, de l'éducation, de la langue et autres qualifications, y compris la formation et l'expérience devant être acquises par une personne à des fins de nomination, de promotion ou de transfert dans la Fonction publique, où ces qualifications ne sont pas prescrites par ou en vertu de la présente loi ou de toute autre loi;

(k) les dispositions sur la formation, y compris la conduite des examens ou des tests, sur ces sujets, y compris les langues, tel qu'il peut être exigée pour toute nomination, promotion ou tout transfert dans la Fonction publique;

Dans tous les cas, il est possible d'utiliser une autre langue que l'anglais, notamment l'afrikaans, mais aucune langue n'est mentionnée.

4.2 La justice

En matière de justice, l’afrikaans et l’anglais sont les deux langues admises dans les tribunaux. En cas de force majeure, il est possible de recourir aux langues africaines avec l’aide d’un interprète (voir l'article 11 de la Constitution). Quoi qu’il en soit, le juge rendra sa sentence en anglais (partout), sinon en afrikaans (dans la région de la capitale). Les dispositions constitutionnelles ne vont pas aussi loin dans le bilinguisme, mais il est clair qu'une personne arrêtée et détenue a le droit, d'après l'article 11 de la Constitution du 29 mars 1990, d'être informée dans une langue qu'elle comprend des motifs de son arrestation:
 

Article 11

Arrestation et détention

(2) Nul ne sera arrêté et retenu en détention préventive sans être informé immédiatement
dans une langue qu'il comprend des raisons de son arrestation.

L'article 24 de la Constitution reprend des dispositions similaires:
 

Article 24

Dérogation

2)
Pour toute personne détenue en vertu de l'autorisation mentionnée au paragraphe 1, les dispositions suivantes s'appliqueront :

a) aussitôt qu'il sera raisonnable de le faire et en tout cas pas plus de cinq jours après le commencement de sa détention, une déclaration écrite sera disponible, dans une langue qu'elle comprend et en détail, des raisons pour lesquelles cette personne est détenue.

b) Pas plus de 14 jours après le commencement de sa détention, une déclaration écrite sera disponible, dans une langue qu'elle comprend et en détail, des raisons de sa détention et, à sa demande, cette déclaration lui sera lue;

Quant à l'article 15 de la Loi sur les tribunaux communautaires de 2003, il énonce qu'un tribunal communautaire peut décider de la langue à utiliser lors de la procédure: la langue officielle (l'anglais), toute autre langue, y compris la langue des signes. Il est aussi possible de recourir à la traduction si l'une des parties ne comprend pas la langue utilisée.
 

Article 15

Langue utilisée dans les tribunaux communautaires

1) La langue officielle ou toute autre langue, y compris la langue des signes, pour laquelle un tribunal communautaire a juridiction peut être choisie d'être utilisée au cours d'une procédure devant ce même tribunal.

2) Si la procédure est menée dans une langue avec laquelle une partie à la procédure devant le tribunal communautaire:

a) prétend ne pas être familière; ou

b) de l'avis du tribunal, la partie ne semble ne pas être suffisamment familière, un interprète qualifié doit être appelé par le tribunal communautaire pour traduire un témoignage dans une langue avec laquelle un partie prétend ou semble suffisamment familière à la cour.

4.3 L'Administration

Dans l’administration publique, tous les services auprès des citoyens ne devraient être assurés qu'en anglais, puisque c'est la langue officielle. La Namibie n'avait aucune raison d'employer l'anglais, mais le gouvernement de Sam Nujoma a craint, après l'indépendance, l'officialisation de l'afrikaans et a cru que la promotion des langues nationales africaines encourage les conflits ethniques. L'imposition de l'anglais comme «langue neutre» fut une décision politique destinée à «unifier tous les Namibiens», sans les inconvénients historiques de l'afrikaans. 

D'ailleurs, le gouvernement namibien a envoyé une circulaire afin d'interdire aux fonctionnaires publics l'usage d'une langue autre que l'anglais dans leurs communications officielles avec les administrés, même au téléphone. Toutefois, des Namibiens ont protesté, notamment ceux qui parlent l'afrikaans. L'article 19 de la Constitution prévoit que tout individu a le droit de pratiquer et de promouvoir sa langue propre: 
 

Article 19
Culture

Tout individu a le droit de jouir, pratiquer, professer, maintenir et promouvoir sa culture, sa langue, ses traditions ou sa religion tel qu'il est prévu en vertu des dispositions de la présente Constitution, mais à la condition que les droits protégés par le présent article n'empiètent pas sur les droits des autres ou ne nuisent pas à l'intérêt national.

Finalement, l'affaire a abouti aux tribunaux en septembre 2000, car un comité des Nations unies était d'avis que l'interdiction d'une autre langue que l'anglais constituait une discrimination contraire à l'article 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques :
 
 

International Covenant on Civil and Political Rights

Article 26

All persons are equal before the law and are entitled without any discrimination to the equal protection of the law. In this respect, the law shall prohibit any discrimination and guarantee to all persons equal and effective protection against discrimination on any ground such as race, colour, sex, language, religion, political or other opinion, national or social origin, property, birth or other status.

Article 27

In those States in which ethnic, religious or linguistic minorities exist, persons belonging to such minorities shall not be denied the right, in community with the other members of their group, to enjoy their own culture, to profess and practise their own religion, or to use their own language.
Pacte international relatif aux droits civils et politiques

Article 26

Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. À cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique et de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

Article 27

Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit d'avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion ou d'employer leur propre langue.

Le Comité a souligné que l'interdiction visait non seulement les communications écrites, mais également les communications orales, que l'État de la Namibie n'a tenté d'apporter aucune justification de la mesure incriminée et que, en l'absence d'une telle justification, le Comité est porté à croire les requérants lorsqu'ils alléguaient que la circulaire visait intentionnellement à prohiber de façon particulière l'afrikaans, plutôt que toutes les langues n'ayant pas de statut officiel. En conséquence, les requérants ont été jugés comme «victimes de discrimination». Cependant, les avocats du gouvernement ont fait valoir que l'État a le droit de choisir une langue officielle et d'exiger que les communications se fassent uniquement dans cette langue.

Une circulaire administrative datée du 14 juillet 2008, en provenance du Bureau du premier ministre (Department Public Service Management), précise ainsi les exigences concernant un poste à la gestion des ressources:
 

DIRECTORATE MANAGEMENT SERVICES DIVISION RESOURCE MANAGEMENT

Candidates for the post must be Namibian citizens, have a valid driver's license and be prepared to travel throughout Namibian. A high standard of written and spoken English is required. Computer literacy is a must. Candidates must have the ability to work on his/her own and as part of a team to prioritize, plan and co-ordinate work. Skills in objective setting and evaluation of performance are important.

DIRECTION DE L'AMÉNAGEMENT DES RESSOURCE
DU SERVICE DE GESTION

Les candidats au poste doivent être des citoyens namibiens, détenir un permis de conduire valide et être préparé pour voyager partout en Namibie. Un niveau élevé de l'anglais écrit et parlé est exigé. L'initiation à l'informatique est une nécessité. Les candidats doivent avoir la capacité de travailler de façon autonome et dans le cadre d'une équipe afin de hiérarchiser, planifier et coordonner le travail. Les habiletés de fixation d'objectifs et d'évaluation des performances sont importantes.

Dans toutes les offres d'emploi, on peut lire des messages comme suit: «Applicants should have the ability to read and write English», autrement dit les candidats doivent avoir la capacité de lire et écrire l'anglais. En Namibie, c'est une donnée incontournable pour tout canditat(e) ;a un poste administratif.

Cela étant dit, les administrations municipales, les conseils régionaux et les collectivités locales peuvent recourir aux langues nationales dans la plupart des communications orales, mais ce n’est pas un droit: c'est plutôt lorsqu'on ne peut pas faire autrement. Les documents administratifs sont généralement bilingues (afrikaans-anglais), mais pas toujours, l'anglais étant toujours présent. Enfin, on peut dire que l’anglais est devenu aujourd'hui la première langue de l’administration gouvernementale en Namibie, aux dépens de l'afrikaans et, évidemment, aux dépens des langues nationales africaines.

4.4 L'éducation

En éducation, les écoles primaires et secondaires offrent un enseignement en anglais et en afrikaans, et plusieurs écoles privées dispensent un enseignement en allemand. Autrement dit, les parents blancs choisissent entre trois écoles possibles: en afrikaans, en anglais et en allemand. Pour les Noirs, les écoles primaires offrent un enseignement en herero, en nama, en fwe, en subia, en tswana, etc. Au total, quelque 13 langues en plus de l'anglais sont autorisées comme langue d'enseignement dans les écoles primaires. Ces pratiques sont conformes au par. 2 de l’article 3 de la Constitution :
 

Article 3

(2) Aucune des dispositions de la présente Constitution n'empêchera l'usage d'une autre langue comme véhicule d'enseignement dans les écoles privées, de même que dans les écoles financées ou subventionnées par l'État, sous réserve du respect des exigences qui pourraient être imposées par la loi, dans le but d'assurer la connaissance de la langue officielle ou pour des raisons pédagogiques.

Bien que ce soit difficile et coûteux d'enseigner un si grand nombre de langues, il semble tout de même important que les Namibiens puissent conserver leur diversité culturelle; l'instruction des citoyens namibiens constitue l'investissement le plus important que le gouvernement puisse faire.

Le Programme national d'action, prévu pour de 2002 jusqu'en 2015, recommande l'usage de la langue maternelle comme moyen d'enseignement de la première année à la troisième; l'anglais est employé comme langue d'enseignement de la quatrième année à la douzième; les langues locales sont aussi enseignées comme matière à partir de la quatrième année.
 

National Plan of Action 2002 - 2015

1.2.1 The structure of the education system

The language policy in education recommends the use of mother tongue as the medium of instruction from Grade 1 to 3. English is used as the medium of instruction from grade 4 to 12. Local languages as taught as subjects from Grade 4 onwards. Only, San languages are not yet fully developed to be used in schools in all the grades.

Programme national d'action 2002 - 2015

1.2.1 La structure du système d'éducation

La politique linguistique en éducation recommande l'usage de la langue maternelle comme moyen d'enseignement pour les années 1 à 3. L'anglais est employé comme langue d'enseignement pour les années 4 à 12. Les langues locales sont aussi enseignées comme matière à partir de la 4e année. Seules les langues
khoïsanes ne sont pas encore entièrement développées pour être employé dans les écoles dans toutes les années.

De fait, dans toutes les écoles du pays, l'enseignement est dispensé en anglais à partir de la 4e année de primaire, ce qui n'est pas toujours facile pour les élèves parlant une langue africaine à la maison. Dans certaines écoles, les langues nationales sont remplacées systématiquement par l'anglais, ce qui contrevient à la politique gouvernementale officielle selon laquelle l'alphabétisation doit se faire dans la langue maternelle. Cela dit, l’apprentissage de l’anglais demeure obligatoire partout et se poursuit progressivement pour devenir l'unique langue d'enseignement au secondaire. Il n'en demeura pas moins que l'enseignement de l'anglais connaît certaines difficultés puisque beaucoup d'enseignants dans les régions rurales ont une piètre connaissance de l'anglais; le gouvernement namibien a dû à plusieurs reprises faire appel à des enseignants anglophones dans les autres pays d'Afrique. Bref, l'enseignement des langues africaines sert avant tout à alphabétiser les enfants dans leur langue maternelle, avant de leur inculquer l'anglais à partir de la 4e année. De toute façon, tous les emplois les moindrement rémunérés en Namibie vont exiger la maîtrise de l'anglais. L'enseignement dans les langues nationales n'est que temporaire et limité à des fins identitaires.

Par ailleurs, le président Nujoma a publiquement annoncé que l'afrikaans devait être réduit dans l'enseignement. Plusieurs collèges et universités ont décidé de promouvoir l'enseignement de l'anglais aux adultes qui ont besoin de cette langue pour leur travail. Un nouveau programme appelé «Practical English» (l'anglais pratique) a été offert depuis 1998 et semble connaître un succès «incroyablement populaire», d'après Mme Laetitia Willemse, la responsable du programme de langue anglaise du NAMCOL (Namibian College for Open Learning), un établissement d'enseignement reconnu par une loi du Parlement en 1994 et comptant plus de 80 centres disséminés dans tout le pays.

Quant à la formation des professeurs, la Loi sur la formation des enseignants des collèges de 2003 précise que la langue d'enseignement dans la formation des professeurs doit être l'anglais:
 

Article 29

Langue d'enseignement 


L'anglais doit être employé comme langue d'enseignement à tous les enseignants des collèges, sauf dans l'enseignement d'une autre langue comme matière dans la formation des enseignants, auquel cas d'autres langues peuvent être employées comme langue d'enseignement.

À l’université, les cours se donnent en afrikaans ou en anglais, parfois plus souvent en afrikaans qu’en anglais, parce que les étudiants ont généralement une connaissance limitée de la langue anglaise. La Loi sur l'enseignement supérieur (Highter Education Act, 2003) de 2003 ne traite pas de la langue.

4.5 Les médias

Dans la vie économique, l’afrikaans et surtout l’anglais demeurent les premières langues du pays. Dans l’affichage tant public que commercial, le bilinguisme afrikaans-anglais est assez répandu dans la région de la capitale. Les langues africaines sont relativement peu employées, sauf à l’oral pour les Noirs où elles règnent en maître. Des Namibiens déplorent que l'ignorance de la langue anglaise entraîne une exclusion dans beaucoup d'emplois dans les domaines administratifs, judiciaires, scolaires, etc.  

Dans les médias, les journaux sont généralement publiés en anglais (The Namibian, Republic of Namibia, The Namibin Economist), mais aussi en afrikaans (Die Republikein) et en allemand (Allgemeine Zeitung). À la radio, la NBC (Namibian Broadcasting Corp.) diffuse surtout en anglais, mais donne des bulletins d'information en allemand et en afrikaans. La chaîne bilingue Kanaal 7 / Channel 7 diffuse ses émissions en deux langues, l'anglais et l'afrikaans. Quant à Radio Kudu, elle n'emploie généralement que la langue officielle, mais ne répugne pas à utiliser parfois l'afrikaans et l'allemand. En ce qui a trait à la télévision, la NBC diffuse en anglais, la MultiChoice Namibia offre plusieurs canaux en langue anglaise (M-NET,SuperSport, CNNi, Discovery et SABC Mix), alors que  la Deukom Television présente des canaux en allemand (RTL, Sat1, DW et ARD). En mais 2002, l'ouverture de Desert TV marqua un événement significatif dans l'industrie de télévision de la Namibie parce que c'était la première fois depuis l'indépendance du pays que l'afrikaans était de retour sur les ondes hertziennes namibiennes. 

Force est de constater que la Namibie est restée en partie tributaire des pratiques de l’apartheid: des langues pour les Blancs (anglais, afrikaans et allemand), d’autres pour les Noirs (les langues nationales). Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour ce pays avant de pratiquer une politique linguistique plus juste et plus équitable envers la majorité de la population. Dans les affaires, la connaissance de l’afrikaans est considérée comme nécessaire, au même titre que l’anglais et l’allemand. Les langues africaines ne sont utiles qu’en famille et dans les communications informelles de la vie quotidienne. Cependant, la politique volontariste du gouvernement namibien depuis l'indépendance est de promouvoir l'anglais aux dépens de toutes les autres langues, que ce soit l'afrikaans, l'allemand ou les langues nationales africaines. Il semble que cette politique soit appelée à réussir, malgré les défenseurs de l'afrikaans. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que le statut des langues africaines s’est notoirement détérioré au cours des 12 dernières années, soit depuis l’indépendance de la Namibie.

Dernière mise à jour: 15 août 2014
 

Bibliographie

BIESELE, Megan. «Creativity and Conservation: Ju/'hoan Language Education Projects» dans The Proceedings of the Khoisan Identities and Cultural Heritage Conference, Cape Town, Institute for Historical Research, University of the Western Cape and InfoSource, Andrew Bank Editions, 1998, p. 314-319.
 
ELLIS, Hugh. «Indigenous Languages Deserve More Respect» dans The Namibian, Windhoek, 19 juin 2003. 

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Namibie», pour la partie historique.
 
LECLERC, Jacques. Les droits linguistiques dans 129 États du monde, tome I: «Description schématique par pays», Montréal, rapport déposé à l'Office de la langue française, 1992, 392 p. 
 

LECLERC, Jacques. Les droits linguistiques dans 129 États du monde, tome II: «Description thématique», Montréal, rapport déposé à l'Office de la langue française, 1992, 402 p.

 
WOEHRLING, José. «Les trois dimensions de la protection des minorités en droit constitutionnel comparé» dans Rapport spécial de droit public interne aux Journées mexicaines de l'Association Henri Capitant, Mexico et Oxaca, 18-25 mai 2002.
 
 
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