République du Soudan

Soudan

(Jumhūrīyat as-Sūdān)

 
Capitale: Khartoum
Population: 36,3 millions (est. 2011)
Langue officielle: arabe classique
Groupe majoritaire: arabe soudanais (72,6 %)
Groupes minoritaires: environ 125 langues (couchitiques, nilo-sahariennes, tchadiques et nigéro-congolaises)
Langue coloniale: anglais
Système politique: fédération sous régime de dictature militaire
Articles constitutionnels (langue): art. 8, 31, 82 et 185 de la Constitution du 9 juillet 2005
Lois linguistiques: Southern Regional Self Government Act (Loi sur l'autonomie régionale des provinces du Sud de 1972); article 2 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (18 mars 1986), la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme (19 septembre 1981), article 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (18 février 1986); Loi sur la nationalité (2003); Loi sur les organisations non gouvernementales (2003).

1 Situation géographique et politique

Situé au nord-est de l'Afrique, à la charnière des mondes arabo-musulman et africain, la république du Soudan (en anglais: Republic of the Sudan; en arabe: Jumhūrīyat as-Sūdān) est un vaste pays du continent africain avec 1,8 million de km², ce qui en fait un pays 3,2 fois plus grand que la France, 55 fois plus vaste que la Belgique. En Afrique, l'Algérie couvre une superficie de 2,3 millions de km², le Congo-Kinshasa, 2,3 millions de km², la Libye, 1,7 million de km².

Le Soudan est limité au nord par l'Égypte, au nord-ouest par la Libye, à l'ouest par le Tchad et la Centrafrique, au sud par le Soudan du Sud et le Kenya, à l'est par l'Éthiopie et l'Érythrée (voir la carte du pays). Le Soudan possède une seule frontière naturelle: la mer Rouge, sur une longueur d’environ 700 km au nord-est. Parmi les pays voisins, plusieurs sont des pays «francophones»: l'Algérie, le Congo-Kinshasa, la République centrafricaine et le Tchad.

Le Soudan forme une sorte de fédération apparemment décentralisée et composée de 15 États appelés wilaya : Nil, Mer-Rouge, Al Djazirah, Darfour du Nord, Darfour du Sud, Kordofan du Nord, Kordofan du Sud, Khartoum, Sinnar, Darfour-Occidental, Al Gaddarif, Kassala, Nil-Blanc, Nil-Bleu (voir la carte).

Chacun de ces États possède son gouvernement particulier (wali et gouvernement wilayal) et son propre corps législatif (le Conseil wilayal). De plus, les États sont eux-mêmes divisés en provinces (avec un gouverneur et un conseil provincial). Le personnel dirigeant (gouverneur, gouverneur-adjoint et ministres) est entièrement désigné par le pouvoir central, ce qui réduit de beaucoup l’autonomie dont disposent les instances régionales. La capitale, Khartoum, est composée de Khartoum-Nord, de Khartoum-Sud et d’Omdurman; elle abrite une population estimée à trois millions d'habitants.

Bien que le Soudans soit en principe une fédération, les parlements régionaux ont souvent été suspendus par le pouvoir central. En 1996, le Conseil révolutionnaire fut aboli, alors que le Front national islamique au pouvoir prenait le nom de Congrès national. Après 1997, le Souda compta 26 États. Les membres des exécutifs régionaux étaient désignés par le président de la République et le budget des États dépendait entièrement du pouvoir central de Khartoum.

Soudan: régions négligées Compte tenu des nombreux conflits qu'a connu le Soudan entre le Nord et le Sud depuis plus de quarante ans, il peut être utile de mentionner le nom des États du Sud: Bahr el Ghazal du Nord, Bahr el Ghazal occidental, Équatoria central, Équatoria occidental, Équatoria oriental, Jonglei, Lacs, Nil supérieur, Unité et Warab (voir la carte).

De plus, la région du Darfour (Darfour du Nord, Darfour du Sud et Darfour-Occidental), au nord-ouest du Soudan, est ravagée depuis le mois de février 2003 par un conflit, apparemment entre les milices arabes et la population noires africaine, qui a provoqué la mort de plusieurs milliers de personnes et un exode massif de réfugiés au Tchad. Cette catastrophe humanitaire a été appelée par les Nations unies de «nettoyage ethnique», car elle a occasionné au moins quelque 200 000 morts et près de trois millions de réfugiés. En réalité, la région du Darfour a toujours été négligée, comme toutes les provinces périphériques, alors que les dirigeants se sont aliéné une population qui n’était pas contre eux à l’origine. Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud a déclaré son indépendance, séparant en deux la république du Soudan.

2 Données démolinguistiques

En 2011, la population du Soudan était estimée à 36,7 millions d’habitants. Étant donné que le Soudan partage ses frontières avec plusieurs autres pays — l’Égypte au nord, l'Éthiopie à l'est, le Kenya, le Soudan du Sud, la République centrafricaine, le Tchad et la Libye à l'ouest —, toutes les diversités ethniques et culturelles des États voisins se retrouvent à l'intérieur du Soudan, ce qui fait du pays un microcosme afro-arabe. Le Soudan est inévitablement un pays très multilingue: on y dénombre plus de 160 langues, ce qui correspond à une langue par tranche de 230 000 habitants: c'est beaucoup. Par comparaison, le France, avec une population de 61 millions (2004) et quelque 25 langues, aurait une langue par tranche de 2,4 millions d'habitants. 

Le tableau qui suit présente les ethniques et les langues comptant 10 000 locuteurs ou plus.

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Arabe soudanais

arabe soudanais

sémitique

10 437 000

28,6 %
Gaaliin (Jaaliyin)

arabe soudanais

sémitique

2 879 000

7,9 %

Bedja

bedja

couchitique

1 995 000

5,4 %

Guhayna

arabe soudanais

sémitique

1 743 000

4,7 %

Fur (Forok)

fur

nilo-saharienne

985 000 2,7 %
Shaikia arabisés

arabe soudanais

sémitique 845 000 2,3 %
Gawamaa (Jawamaa)

arabe soudanais

sémitique 838 000 2,3 %
Kawahia (Fezara)

arabe soudanais

sémitique 835 000 2,3 %
Bederia

arabe soudanais

sémitique 810 000 2,2 %
Haoussa

haoussa

tchadique 664 000 1,8 %
Dar Hamid

 arabe soudanais

sémitique

 648 000

1,7 %
Hasania

arabe soudanais

sémitique

615 000 1,6 %
Arabes égyptiens

arabe soudanais

sémitique

585 000 1,6 %
Baggara messiria

arabe soudanais

sémitique

515 000 1,4 %
Rufaa

arabe soudanais

sémitique

495 000 1,3 %
Yazeed

arabe soudanais

sémitique

388 000 1,0 %
Hamar

arabe soudanais

sémitique

387 000 1,0 %
Kababish

arabe soudanais

sémitique

357 000 0,9 %
Baggara

arabe soudanais

sémitique

318 000 0,8 %
Kanuri (Yerwa)

kanuri du Centre

nilo-saharienne

312 000 0,8 %
Rizeigat

arabe soudanais

sémitique

299 000 0,8 %
Fezara (Juhayna)

arabe soudanais

sémitique

284 000 0,7 %
Berti

arabe soudanais (berti)

sémitique (nilo-saharienne)

277 000 0,7 %
Nubiens (Dongolawi) kenuzi-dongola

nilo-saharienne

254 000 0,6 %
Masalit masalit nilo-saharienne 243 000 0,6 %
Batahin

arabe soudanais

sémitique

230 000 0,6 %
Zaghawa

zaghawa

 nilo-saharienne

229 000 0,6 %
Arabes marocains

arabe marocain

sémitique

219 000 0,6 %
Hawawir

arabe soudanais

sémitique

208 000 0,5 %
Kadugli arabisés

arabe soudanais

sémitique

200 000 0,5 %
Shukria

arabe soudanais

sémitique

198 000 0,5 %
Tungur

arabe soudanais

sémitique

197 000 0,5 %
Fulani soudanais

fulfulde

nigéro-congolaise 183 000 0,5 %
Lahawin

arabe soudanais

sémitique

168 000 0,4 %
Sherifi

arabe soudanais

sémitique

168 000 0,4 %
Husseinat

arabe soudanais

sémitique

146 000

0,4 %
Ama ama nilo-saharienne 142 000 0,3 %
Kimr tama nilo-saharienne 139 000 0,3 %
Gimma

arabe soudanais

sémitique

139 000 0,3 %
Nyimang arabisés

arabe soudanais

sémitique

132 000 0,3 %
Nubiens nobiin nobiin nilo-saharienne 129 000 0,3 %
Dzaghawa arabisés

arabe soudanais

sémitique 123 000 0,3 %
Tira arabisés

arabe soudanais

sémitique

116 000 0,3 %
Awlad Hassan

arabe soudanais

sémitique

114 000 0,3 %
Mimi (Amdang)

amdang

nilo-saharienne 111 000 0,3 %
Maalia

arabe soudanais

sémitique

103 000 0,2 %
Rashaida

arabe soudanais

sémitique

101 000 0,2 %
Lomon

lumun

nigéro-congolaise 98 000 0,2 %
Mararit arabisés

arabe soudanais

sémitique

93 000 0,2 %
Koalib

koalib

nigéro-kordofanienne

93000 0,2 %
Gaam

gaam

nilo-saharienne

93 000

0,2 %
Tagale arabisés

arabe soudanais

sémitique

90 000 0,2 %
Arabes shuwa arabe soudanais sémitique 90 000 0,2 %
Tagales arabisés arabe soudanais sémitique 90 000 0,2 %
Éthiopiens amhara amharique sémitique 89 000 0,2 %
Daju daju nilo-saharienne 88 000 0,2 %
Arabes syriens arabe leventin du Nord sémitique 86 000 0,2 %
Oromo oromo du Centre-Ouest couchitique 86 000 0,2 %
Ngile ngile nigéro-kordofanienne 82 000 0,2 %
Midob arabisés arabe soudanais sémitique 80,000 0,2 %
Gumuz gumuz nilo-saharienne 79,000 0,2 %
Midobi midob nilo-saharienne 76,000 0,2 %
Togole tegali nigéro-kordofanienne 72,000 0,2 %
Amri arabisés arabe soudanais sémitique 71,000 0,1 %
Jumjum jumjum nilo-saharienne 70,000 0,1 %
Daju (Dar Sila) daju nilo-saharienne 69,000 0,1 %
Dilling arabisés arabe soudanais sémitique 69,000 0,1 %
Berta berta nilo-saharienne 65,000 0,1 %
Moro moro nigéro-kordofanienne 65,000 0,1 %
Tama tama nilo-saharienne 65,000 0,1 %
Bedja (Hadendoa) bedawiyet couchitique 63,000 0,1 %
Katcha-Kadugli-Miri katcha-kadugli-miri nilo-saharienne 61,000 0,1 %
Manasir arabe soudanais sémitique 60,000 0,1 %
Rubatab arabe soudanais sémitique 60,000 0,1 %
Baggara arabe soudanais sémitique 56,000 0,1 %
Awlad Mana zaghawa nilo-saharienne 55,000 0,1 %
Dagik dagik nigéro-kordofanienne 55,000 0,1 %
Wali arabisés arabe soudanais sémitique 47,000 0,1 %
Krongo krongo nilo-saharienne 44,000 0,1 %
Laro laro nigéro-kordofanienne 44,000 0,1 %
Kadaru arabisés arabe soudanais sémitique 43,000 0,1 %
Tigrinia tigrinia sémitique 43,000 0,1 %
Tumma katcha-kadugli-miri nilo-saharienne 41,000 0,1 %
Burun burun nilo-saharienne 41,000 0,1 %
Ghulfan arabisés arabe soudanais sémitique 41,000 0,1 %
Kerarish arabe soudanais sémitique 41,000 0,1 %
Ngala bangala nilo-saharienne 40,000 0,1 %
Temein arabisés arabe soudanais sémitique 38,000 0,1 %
Kuraan arabe algérien sémitique 35,000 0,1 %
Ghulfan ghulfan nilo-saharienne 33,000 0,0 %
Bedja (Bisharin) bedawiyet couchitique 31,000 0,0 %
Shatt shatt nilo-saharienne 30,000 0,0 %
Mararit mararit nilo-saharienne 30,000 0,0 %
Katla katla nigéro-kordofanienne 29,000 0,0 %
Gulud arabe soudanais sémitique 29,000 0,0 %
Tira tira nigéro-kordofanienne 28,000 0,0 %
Mandala arabe soudanais sémitique 28,000 0,0 %
Kineenawi arabe soudanais sémitique 27,000 0,0 %
Karko karko nilo-saharienne 26,000 0,0 %
Moro Hills tocho nigéro-kordofanienne 25,000 0,0 %
Tagoi tagoi nigéro-kordofanienne 24,000 0,0 %
Koalib (Umm) koalib nigéro-kordofanienne 23,000 0,0 %
Arabes yéménites arabe yéménite sémitique 23,000 0,0 %
Karko arabisés arabe soudanais sémitique 23,000 0,0 %
Maba maba nilo-saharienne 23,000 0,0 %
Kunama kunama nilo-saharienne 22,000 0,0 %
Uduk uduk nilo-saharienne 19,000 0,0 %
Tigré tigréen (tigré) sémitique 17,000 0,0 %
Tingal tingal nigéro-kordofanienne 17,000 0,0 %
Tulishi tulishi nilo-saharienne 17,000 0,0 %
Temain temein nilo-saharienne 15,000 0,0 %
Kanga kanga nilo-saharienne 14,000 0,0 %
Tumtum tumtum nilo-saharienne 14,000 0,0 %
Gbaya-Bossangoa gbaya  nilo-saharienne 13,000 0,0 %
Nyangatom nyangatom nilo-saharienne 13,000 0,0 %
Otoro otoro nigéro-kordofanienne 13,000 0,0 %
Gbaya gbaya  nilo-saharienne 12,000 0,0 %
Fertit arabe soudanais sémitique 11,000 0,0 %
Ngambai ngambay nilo-saharienne 11,000 0,0 %
Logol logol nigéro-kordofanienne 11,000 0,0 %
Delen / Dilling dilling nilo-saharienne 11,000 0,0 %
Acheron acheron nigéro-kordofanienne 10,000 0,0 %
Wali wali nilo-saharienne 10,000 0,0 %
Autres langues - - 1 628 000 4,4%
 Population totale (2012) : 36 372 000

Il reste une bonne trentaine de petites langues parlées par moins de 10 000 locuteurs. La plupart sont parlées par quelques centaines de locuteurs.

2.1 L'arabe soudanais

La population est composée d’une vingtaine d’ethnies dont la plus importante est celle des Arabes, toutes catégories confondues. Parmi les Arabes, il faut distinguer les Arabes soudanais, les plus nombreux, puis un très grand nombre de petites ethnies autochtones arabisées: Gaaliin, Guhayna, Haikia, Gawamaa, Gawamaa, Bederia, Dar Hamid, Hasania, Baggara messiria, Rufaa, Yazeed, Hamar, Kababish, Baggara, Rizeigat, Fezara (Juhayna), Berti, Batahin, Hawawir, Kadugli arabisés, Shukria, Tungur, Lahawin, Sherifi, Husseinat, etc. Un total de plus de 50 ethnies arabophones arabisés depuis plus ou moins longtemps. Tous ces groupes parlent l'arabe soudanais, ce qui représente quelque 26, 4 millions d'arabophones parlant cette variété d'arabe, soit 72,6 %. Il faut ajouter aussi divers autres groupes d'arabophones: Égyptiens (500 000), Marocains (219 000), Syriens (86 000), Algériens (35 000) et Yéménites (23 000). La plupart des Égyptiens parlent l'arabe soudanais plutôt que l'arabe égyptien de leur mère patrie. Donc, le Soudan compte aussi des arabophones s'exprimant en arabe marocain, en arabe algérien, en arabe syrien et en arabe yéménite, pour un total de 363 000 locuteurs. Ces variétés d'arabe ne sont pas aisément intelligibles entre elles, sauf entre l'arabe marocain et l'arabe algérien; les Maghrébins se comprennent entre eux, mais éprouvent de grandes difficultés à comprendre les variétés d'arabe proche-oriental. Par contre, un Arabe syrien et un Arabe yéménite peuvent se comprendre davantage, mais l'arabe soudanais demeure unique dans son genre, presque hermétique à tout autre arabophone.

En effet, l'arabe soudanais, par ailleurs plus archaïsant que d'autres variétés, est une langue qui a été grandement influencée par les langues africaines locales, contrairement aux autres variétés d'arabe qui, dans certains cas (Maroc, Algérie et Tunisie), ont subi l'influence du berbère. De plus, en raison de la grande superficie du Soudan, l'arabe soudanais peut être parlé plus ou moins différemment selon les régions. C'est ainsi que l'arabe soudanais peut avoir subi l'influence des langues nubiennes ou d'autres langues nilo-sahariennes, des langues nigéro-kordofaniennes, des langues sémitiques telles que l'amharique, le tigrinia ou le tigréen (tigré). Néanmoins, l'intercompréhension demeure aisée entre les variétés de l'arabe soudanais. Évidemment, l'arabe soudanais sert de langue véhiculaire pour tous les Soudanais. Cela signifie que, pour les Soudanais, la langue officielle, l’arabe classique, n’est jamais utilisée comme langue maternelle, d’autant plus que l’arabe soudanais et l’arabe classique constituent deux langues distinctes. L'arabe classique est une langue étrangère apprise à l'école.

Il n'en est pas ainsi du créole soudanais ("Arabic Sudanese Creole") parlé par moins de 20 000 locuteurs au Soudan du Sud. Ce créole arabe est incompréhensible à un locuteur de l'arabe soudanais et totalement inaccessible à un locuteur de l'arabe standard.

Quant à l'arabe classique, il n'est la langue maternelle d'aucun Soudanais et il n'est pas utilisé comme véhicule spontané de communication, pas plus au Soudan que dans tout autre pays arabe. L'arabe classique demeure pour tout arabophone la langue de la prédication islamique et de l'enseignement religieux (la langue du Coran), puis celle de la langue écrite en concurrence surtout avec l'anglais. Mais c'est également la référence et l'outil symbolique de l'identité arabo-musulmane, une langue supranationale réservée à des usages formels et limités à certaines situations particulières. Aux yeux des nationalistes, l'arabe classique représente le moyen de lutte contre l'oppression linguistique exercée par l'Occident à travers ses langues, que ce soit le français, l'espagnol ou l'anglais. 

Quant à l’arabe moderne standard, simplement «arabe standard», il correspond à la variante moderne de la langue arabe, soit celle qui est enseignée dans les écoles, par opposition à l'arabe classique ancien associé à l'arabe du Coran. Au Soudan, comme dans d'autres pays arabe, l'arabe moderne standard sert de véhicule dans l'enseignement à tous les les niveaux, sauf dans l'enseignement supérieur scientifique. L'arabe moderne standard est également la langue des productions littéraires, de la presse écrite, de la presse électronique, et de toute sorte de brochures et de documents administratifs et judiciaires. Surtout, c'est la langue qui est utilisée dans les manifestations officielles et institutionnelles, notamment au Parlement. Au niveau supranational, l'arabe moderne standard est la langue de communication par excellence dans le monde arabe, à la fois à l'écrit et à l'orale. Pour cette raison, c'est pourquoi une variété de référence pour toute la communauté arabe, parce que, à travers elle, sont véhiculées la culture arabe en général et une partie de la culture marocaine en particulier.

2.2 Les autres langues

Les langues de la famille nilo-saharienne sont très nombreuses au Soudan, près d'une cinquantaine. Certaines comptent un assez grand nombre de locuteurs (le bedja, le fur, le kanuri, le nubien, le kenuzi-dongola, le masalit, le zaghawa, etc.), mais la majorité des autres langues de cette famille sont parlées par moins de 20 000 ou 10 000 locuteurs.

Il existe au Soudan une petite famille de langues appelée la famille nigéro-kordofanienne, langues apparentées à la famille nigéro-congolaise. On y compte une vingtaine de langues parlées dans la région de Kordofan au sud du Soudan (voir la carte linguistique spécifique). Ces langues sont en concurrence avec des langues nilo-sahariennes; aucune de ces langues ne compte 100 000 locuteurs, alors que l'ensemble des langues kordofaniennes n'atteint pas les 500 000 locuteurs. La plupart des langues nigéro-kordofaniennes sont parlées par un millier ou quelques milliers de locuteurs; plusieurs semblent en voie d'extinction. Le koalib (93 000), le ngile (82 000), le tegali (72 000), le moro (65 000), le dagik (55 000), le laro (44 000), le katla (29 000), le tira (28 000) et le tocho (25 000) sont les langues numériquement importantes.

Les langues de la famille nigéro-congolaise s'avèrent peu nombreuses au Soudan: le fulfude (183 000), le lumun (98 000) et le boguru (500).

Les autres langues parlées au Soudan sont des langues sémitiques telles que l'amharique ou le tigninia, des langues couchitiques comme le haoussa ou tchadique comme le bedja.

Par ailleurs, les nombreuses langues nationales sont surtout utilisées pour la communication intra-ethnique, mais la majorité d'entre elles n'est pas encore décrite et n'est pas davantage enseignée.

2.3 La répartition des langues

Lorsqu'on consulte une carte linguistique de la république du Soudan (voir plus bas), force est de constater que la langue arabe (l'arabe soudanais) n'est pas dispersée sur l'ensemble du territoire et qu'elle est surtout concentrée au nord et au sud de Khartoum, le long du Nil et de ses branches, le Nil bleu et le Nil blanc. Pour le reste, l'arabe est dispersé à travers des régions arides au centre du pays, ainsi que tout autour de Kaduqli, la capitale du Kordofan du Sud.

 

Quant aux autres langues, la plupart sont concentrées dans des régions particulières. Ainsi, le bedja, une langue couchitique (comme le somali, le galla, l'afar, le bedawi ou l'oromo), apparenté à l'arabe, est parlé dans presque tout l'État (wilayat) de la Mer-Rouge et de Kassala. De nombreuses langues nilo-sahariennes occupent des territoires périphériques: le tédaga au nord-ouest, le zaghawa dans le Centre-Ouest, puis le fur, le maba, le tama, le youlou, etc. Le Soudan abrite aussi des langues nilo-sahariennes particulières appelées «langues nubiennes» (nobiin, dongolawi, kenzi, kenuzi-dongola, midob, birgid, katla, nding, lafofa, talodi, tira, laro, shawai, otoro, logo, ko, tingal, tegali, etc): celles-ci sont parlée le long du Nil, tout au nord, ainsi que dans le Kordofan du Sud (voir la carte). 

2.4 L'anglais

L'anglais est une langue coloniale au Soudan. C'est pourquoi l'anglais a obtenu le double statut de langue officielle et de langue d'enseignement de 1889 jusqu'en 1956, année où le pays a obtenu son indépendance. Par la suite, l'arabe classique a remplacé l'anglais en tant que langue officielle, mais cette dernière langue a conservé ses prérogatives dans l'enseignement jusqu'en 1966. À partir de cette année-là, l'arabe a remplacé l'anglais dans plus d'une centaine d'établissements d'enseignement au primaire et au secondaire. L'anglais est devenu une langue seconde enseignée aux deux cycles du secondaire et un véhicule d'enseignement dans certaines universités. Même dans les universités où l'anglais était auparavant la langue d'enseignement, l'arabe remplit actuellement cette fonction. C'est aussi à la même époque que le français a été introduit au niveau secondaire.

Depuis 1966, l'anglais a été graduellement remplacé par l'arabe classique. Cependant, l'anglais a continué d'être important comme langue d'enseignement dans les écoles privées et dans le système public dans le sud du pays. Aujourd'hui, l'anglais n'est plus la seule langue européenne privilégiée. Il est un peu concurrencé par le français comme langue seconde.

2.5 Le français

Au Soudan, le français représente la deuxième langue européenne après l'anglais. Il est parlé depuis longtemps à l'ouest et au sud du pays, ainsi que dans les régions voisines des États francophones limitrophes: le Congo-Kinshasa, le Tchad et la République centrafricaine. Le français est enseigné aux niveaux secondaire et universitaire, dans les centres culturels français ainsi que dans les établissements privés. Le Soudan a commencé à intégrer le français dans son système d'éducation au cours des années 1950. En 1955, l'enseignement du français a débuté dans deux universités: l'Université du Caire à Khartoum et l'Université islamique à Omdurman. En 1960, le français fut introduit à la Faculté des lettres de l'Université de Khartoum où le département de français attribue une licence générale ou spécialisée, puis depuis quelques années un programme de maîtrise et de doctorat. Depuis 1965, le français est dispensé à l'École normale supérieure d'Omdurman, qui est devenue en 1974 la Faculté de pédagogie.

En 1970, le français fut introduit dans l'enseignement secondaire; il fait partie des cours cours obligatoires pour les élèves du secondaire. Depuis les dix dernières années, de nombreux établissements privés et plusieurs alliances françaises offrent des cours de français pour adultes.  (Haut Conseil de la Francophonie, 1998: p 58). Au cours des dix dernières années, soit depuis les années 2000, force est de constater qu'il existe une augmentation importante du nombre d'établissements privés enseignant le français. Cette situation peut s'expliquer par le fait que le Soudan ressent le besoin de communiquer avec les pays africains francophones voisins. L'intérêt du Soudan pour le français est surtout d'ordre économique : encourager les pays francophones à investir dans le pays. Déjà, de nombreux organismes internationaux et d'établissements d'enseignement privés installés au Soudan emploient le français: la Banque mondiale, la Banque française, la Banque des pays arabes, l'hôtel Méridien, les ambassades des pays francophones, etc. C'est pourquoi le gouvernement soudanais encourage l'apprentissage du français. Cela étant dit, c’est essentiellement dans l’ouest du pays que le français est parlé, c'est-à-dire aux frontières avec les pays francophones de la région, le Tchad, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo.

Par ailleurs, à la fin des années 1990, le gouvernement de Khartoum a demandé d’adhérer à l’Organisation internationale de la Francophonie. Toutefois, la répression politique et la crise du Darfour sont venues remettre en question cette participation du Soudan au sein de la Francophonie. Mais la question reviendra dans l'actualité un jour, lorsque le Soudan sera capable d'assurer la protection de sa population civile.

2.6 La question religieuse

Le Soudan a connu une histoire houleuse en raison des conflits ethniques et religieux. En effet, avant 2011, les Soudanais du Sud se distinguaient traditionnellement de ceux du Nord par la langue, la religion et la race: le Nord abritait surtout des Arabes musulmans (70 %), le Sud, des Noirs chrétiens (15 % dont 3,5 millions de catholiques) ou animistes (15%). 

Cependant, la réalité s'est avérée plus complexe, car beaucoup de non-arabophones sont musulmans. Par exemple, les Nubiens, les Bedja, les Fur, les Zaghawa, les Masalit, les Daju, les Berti et les Fulani sont islamisés mais non arabisés. Des musulmans non arabisés habitent le Soudan du Sud, alors que plusieurs petites communautés chrétiennes vivent dans le Nord. Par exemple, en raison de la guerre et de la famine, un grand nombre de chrétiens déplacés originaires du Sud ou du Sud-Ouest sont venus trouver refuge au nord, plus précisément dans la région de la capitale (Khartoum), qui compte maintenant au moins un million de catholiques et presque autant de protestants.

Malgré la très grande diversité linguistique, l'État central n'avait reconnu jusqu'en 2005 qu'une seule langue officielle (l'arabe classique) et qu’une seule religion d’État (l’islam). L'arabe soudanais est la langue seconde des peuples non arabophones (Nubiens et Bedjas) du Soudan et aussi une langue véhiculaire. L’anglais, l’ancienne langue coloniale, demeure au Soudan encore largement utilisé comme seconde langue véhiculaire après l’arabe soudanais.

Les questions d’ordre linguistique et religieux se sont révélé une préoccupation fondamentale dans la vie politique soudanaise depuis l'indépendance. Ces questions ont continuellement attisé les tensions entre le Nord (le Soudan de 2012) et le Sud (le Soudan du Sud), à un point tel qu'elles sont devenues l’une des causes du sous-développement économique et de la déstabilisation politique du pays, pour ne pas parler de déliquescence. Toutes les tentatives de négociation entre les deux parties ont échoppé sur la question de l’arabisation et de l’islamisation. La rébellion sudiste exigeait l’abolition de la loi islamique (la Charia) et de l’arabisation, tandis que les nordistes, par la voix du FNI (le Front national islamique), en réclamait une application stricte. Cette situation a entraîné une impasse qui s'est résolue par la scission du Soudan: d'une part, la république du Soudan au nord, d'autre part, le Soudans du Sud au sud.

3 Données historico-linguistiques

L'histoire du Soudan se confond avec celle des Arabes et de l'islam, mais la Grande-Bretagne a joué également un rôle important dans la situation actuelle de ce pays aux prises avec une guerre civile qui a duré presque quarante ans.

Pendant plusieurs siècles (du VIe au XVIe siècle), la nation soudanaise s'est façonné une double identité, d’abord chrétienne, puis arabo-musulmane. En effet, deux royaumes chrétiens se constituèrent vers le VIe siècle: le royaume de Dongola qui s’étendait d’Assouan à Khartoum et celui d’Aloa, au sud de Khartoum. Vers 640, la conquête de l’Égypte par les Arabes coupa ces royaumes du reste du monde chrétien. Les catholiques continuèrent cependant de subsister au sud du Soudan, alors que les autres communautés disparurent partout au Maghreb (Algérie-Maroc-Tunisie) et dans la péninsule Arabique.

Dans la région du Centre-Nord, l'apparition au XVIe siècle d'un sultanat fort, musulman et arabisé, ébaucha le noyau politique, économique et culturel de ce qui allait devenir le Soudan. Cette entité arabo-musulmane n'englobait pas encore le sud du pays (aujourd'hui le Soudan du Sud), de religion catholique, qui restait alors inaccessible.

En 1821, le Soudan fut envahi par les armées de Mehemet-Ali, le vice-roi d'Égypte. La conquête égyptienne unifia le pays pour la première fois et entreprit «l'ouverture au sud», car les Égyptiens avaient besoin de soldats noirs pour leurs projets de conquête de la Syrie et des esclaves pour leurs grands travaux hydrauliques. L'Égypte imposa l'arabisation dans cette partie du pays, mais la centralisation autoritaire finit par provoquer des réactions anti-égyptiennes qui dégénérèrent en conflits armés. Puis, s'ouvrit la période dite turque, la Turkiyya, qui dura jusqu'en 1885 et vit l'unification de l'espace soudanais sous un pouvoir étranger de plus en plus soumis aux intérêts occidentaux.

3.1 La politique linguistique coloniale (1898-1956)

En 1898, le Soudan passa sous contrôle de l'Empire britannique, qui hérita alors de la violence et des conflits entre les Arabes (au nord) et les Négro-Africains (au sud). C’est ainsi que naquit le Condominium anglo-égyptien sur le Soudan (de 1899 à 1956). En principe, le Soudan devait être administré par un gouverneur-général nommé par l'Égypte sur consentement britannique. En fait, ce qui déplut souverainement aux nationalistes égyptiens et soudanais, le Soudan fut administré comme une possession impériale britannique. La colonisation, qui perdura jusqu'en 1956, adopta une politique destinée à éviter les tensions entre le Nord et le Sud, et administra le pays comme deux entités distinctes. C'est pourquoi la colonisation britannique fut essentiellement militaire. Le pouvoir fut exercé par le Soudan Political Service, qui adopta une politique en s'appuyant sur les chefferies locales.
 - Le Soudan du Nord

Dans le Nord, les Britanniques gérèrent la région selon le modèle connu de l’«administration directe» (Direct Rule), telle que développée dans les colonies du Proche-Orient et en Égypte. Ils mirent en place une structure centralisée et unificatrice, notamment dans l’Administration, la formation des cadres locaux, les réseau de chemin de fer, de télégraphe, etc.

Ils imposèrent bien l'anglais dans l'Administration, mais se gardèrent de combattre l'arabe et la religion musulmane. Les cadres soudanais apprirent l'anglais, bien que toute la vie sociale nord-soudanaise continuât de se dérouler en arabe. Les écoles coraniques en arabe furent maintenues. L'anglais ne fut jamais imposé comme seule langue officielle, les membres du Sudan Political Service devaient obligatoirement être arabisants, bien que l'anglais fût la seule langue utilisée par l'Administration. Seule une petite élite soudanaise formée pour servir de cadres à la nation apprenait l'anglais. Les Britanniques favorisèrent le renforcement des relations entre le nord du Soudan et l'Égypte, de telle sorte que la culture égyptienne s'incorpora dans la vie nord-soudanaise.

Cependant, la politique linguistique des Britanniques ne donna pas les résultats escomptés, dans la mesure où, pour l’élite nordiste arabo-musulmane, l’imposition de l’anglais heurta certaines susceptibilités, car elle voyait en l’arabe et en l’islam des valeurs authentiquement soudanaises.

- Le Soudan du Sud

Les Britanniques se désintéressèrent de la partie sud du Soudan (aujourd'hui le Soudan du Sud), mais voulurent néanmoins assurer un minimum d’ordre au moindre coût possible. Cette fois-ci, les administrateurs britanniques gérèrent la région de façon «minimaliste», selon le modèle de l’«administration indirecte» (Indirect Rule). Londres laissa ses gouverneurs administrer cette région du pays comme ils l’entendaient, c’est-à-dire de façon strictement personnelle. Ceux-ci devinrent de véritables «bog barons» (litt. «barons des marais») qui régnaient en maître sans rendre vraiment de compte à leur gouvernement impérial. D’abord qu’ils faisaient respecter l’autorité de l’Empire... tout allait pour le mieux. Les Britanniques isolèrent donc totalement le Sud du nord du pays par une politique appelée «closed districts» («districts fermés»), qui interdisait l’activité économique des commerçants arabes du Nord vers le sud. Il s'agissait pour Londres d'empêcher l’arabisation et l’islamisation du Sud par les commerçants et les prédicateurs venus du Nord. La région du Sud resta donc totalement coupée du Nord.

Les Britanniques en poste laissèrent le système d’éducation aux mains des missions chrétiennes, surtout protestantes, ce qui suscita la concurrence entre les catholiques et les protestants. On estime que les missionnaires protestants convertirent environ 15 % des Soudanais à l’époque. De plus, les gouverneurs britanniques maintinrent la région dans un certain état de dépendance infantile à l’égard des missionnaires et de l’Administration, ce qui eut pour effet d’entraîner la population sudiste dans un sous-développement économique, social et intellectuel. Cette situation n’ira pas sans causer des préjudices graves à la future unité du pays, surtout lors de l’accession du Soudan à l’indépendance.

Par crainte de provoquer le réveil des sensibilités religieuses et nationalistes, la politique linguistique des Britanniques (préconisée dans la Southern Policy) fut d'imposer, du moins symboliquement, l'anglais comme langue officielle et d'enrayer complètement l'arabisation et l'islamisation dans la région. Par ailleurs, six langues locales furent utilisées pour servir de langues administratives, éducatives et religieuses: le dinka, le bari, le nubien (et ses variantes), le latuko, le shilluk et le zande. L’arabe était tout à fait exclu au Soudan du Sud.

Dans la pratique, cette politique linguistique s'est révélée destructrice. Non seulement cette-ci n’a guère modifié les habitudes linguistiques des populations sud-soudanaises, mais elle a cristallisé les attitudes linguistiques conflictuelles entre le Nord et le Sud. Pour les sudistes chrétiens qui ont continué à utiliser leurs langues, ce maintien des langues locales favorisa l’émergence d’un arabe pidginisé (l’arabe de Juba ou «Juba arabic») qui deviendra une langue véhiculaire, tandis que la méconnaissance de l'anglais aura pour effet de sous-scolariser la population sudiste.

- Vers l’intégration politique

Après la Seconde Guerre mondiale, pressentant l’accession du pays à l’indépendance, les Britanniques voulurent aider le Sud à rattraper le niveau de développement du Nord. Afin de favoriser le principe de l'intégration du Soudan du Sud et de constituer un nouvel État avec le Nord, le gouvernement colonial adopta une nouvelle politique linguistique et rendit l'arabe officiel dans tout le pays. Dans le Sud, un «système local» s'implanta: les enfants utilisaient leur langue maternelle (locale) comme langue d'enseignement, l'anglais comme matière d'enseignement, l'arabe en troisième année du primaire. Dans le Nord, le «système national» favorisa l'arabe comme seule langue d'enseignement jusqu'en quatrième année et l'anglais comme matière d'enseignement à partir de la cinquième année.

Pour certains observateurs, cette stratégie fut une erreur des Britanniques qui ne comprirent pas que les peuples négro-africains du Sud n’avaient jamais voulus être politiquement liés aux peuples arabophones du Nord; d’ailleurs, les représentants sudistes avaient plutôt proposé une solution fédérale. Mais, mal préparés, les délégués sudistes furent incapables de défendre les intérêts de leurs peuples au sein du futur État en gestation. Les partis sudistes furent marginalisés et le pouvoir fut monopolisé par les partis nordistes.

En 1954, l’agitation anti-nordiste se répandit dans tout le Sud, surtout lorsque les Britanniques commencèrent à remplacer dans le Sud les fonctionnaires anglais par des fonctionnaires nordistes. En août 1955, les sudistes de la 2e compagnie de l’Equatoria Corps (voir la carte) se mutinèrent et massacrèrent leurs officiers nordistes nommés en remplacement des officiers anglais. À la veille de l'indépendance, le Soudan se retrouvait avec deux élites sociales culturellement très différentes: le Nord était constitué d'une élite arabophone et musulmane; le Sud, d'une élite anglophile et chrétienne. Tout était en place pour un déclenchement des conflits linguistiques et d’une guerre civile qui, sauf pour la parenthèse de 1972-1983, n’a jamais cessé depuis.

3.2 L’arabisation au lendemain de l’indépendance (1956)

Le Soudan devint un État indépendant le 1er janvier 1956. L'élite nordiste, plus nombreuse et mieux formée, s'empara de l'appareil administratif du pays et imposa ses options politiques au nom d’une «unité nationale» qui n’avait jamais existée. En vertu de l'idéologie unitaire, une seule langue nationale parut alors nécessaire. Le Nord prônait l'intégration par l'arabisation et l'islamisation de toute la société soudanaise, mais le Sud préconisait le pluralisme culturel et religieux du Soudan (incluant l’abolition de la Charia), tout en favorisant un système fédéral dans un État laïc.

Mais les régimes autoritaires qui se succédèrent après l'indépendance favorisèrent naturellement l'idéologie nordiste: le projet constitutionnel s’est orienté sur un Soudan unitaire, avec l’arabe pour langue officielle et l’islam pour religion d’État. À partir de 1965, l'arabe remplaça progressivement l'anglais, même dans l'enseignement supérieur. La dictature militaire du régime du général Ibrahim Abboud (1958-1964) imposa l'arabisation et l'islamisation dans tout le Sud: l'enseignement de l'arabe et de l'islam devint obligatoire. Toutes sortes de mesures furent instaurées pour accélérer le processus d'arabisation et d'islamisation, y compris les menaces, les arrestations et les massacres. Le répression systématique envers le Sud aggrava les tensions jusqu'à ce que les conflits armés aboutissent à une véritable guerre civile.

En 1964, une «révolution populaire» mit fin à la dictature et installa un gouvernement de coalition, qui ne parvint pas cependant à rétablir la paix au sud.

3.3 L’accord d’Addis-Abeda (1972) et la fédéralisation du Soudan

En 1969, un autre coup d'État militaire instaura un nouveau régime d'inspiration plus socialiste. Le gouvernement décida de rejeter l'idéologie traditionaliste du Nord qu'il estimait responsable de la guerre civile. Il s'orienta vers une politique progressiste qui tenait compte des aspirations politiques et culturelles du Sud. Entre 1972 et 1983, sous le gouvernement du général Gaafar Mohammed Nimeiry, le Soudan a tenté une expérience d'une plus grande autonomie avec une dévolution des pouvoirs législatif et exécutif à la région Sud. 

Ce fut, en 1972, la signature entre la rébellion sudiste et le gouvernement de Khartoum de l'accord d'Addis-Abeba, qui conféra un statut d'autonomie au Sud. Cet accord instaurait un État fédéral au Soudan, ainsi que, pour le Sud, une Assemblée régionale élue au suffrage universel et un Haut-Conseil exécutif, tous deux installés à Djouba, qui devenait la capitale de la région autonome du Sud. Les forces rebelles du Sud furent intégrées dans l’armée nationale et un effort particulier de développement dut être consenti en faveur du Sud.

Sur le plan linguistique, l'article 6 du chapitre II de la Southern Regional Self Government Act («Loi sur l'autonomie régionale des provinces du Sud») proclamait ce qui suit:

Article 6.

Arabic shall be official language for the Sudan and English the principle language for the Southern Region without prejudice to the use of any language or languages, which may serve a practical necessity for the efficient and expeditious discharge of executive and administrative functions of the Region.

Article 6 [traduction]

L'arabe est la langue officielle du Soudan et l'anglais la langue principale de la région du Sud, sans préjudice de l'utilisation d'une ou de plusieurs autres langues, si celle(s)-ci contribue(nt) au fonctionnement efficace et rapide du gouvernement et de l'administration de la région.

L'accord d'Addis-Abeba ne comportait aucune indication supplémentaire sur la langue, mais laissait toute latitude quant à l'interprétation d'une politique linguistique. Dorénavant, la question linguistique ne relevait plus du seul gouvernement central. Le gouvernement régional du Sud (High Executiv Council) pouvait fixer les grandes lignes de sa propre politique linguistique.

Le Soudan fédéralisé adopta une nouvelle constitution en 1973. Celle-ci contenait trois dispositions à caractère linguistique. L'article 10 proclamait l'arabe comme seule langue officielle:

Article 10

The Arabic language shall be the official language of the Democratic Republic of the Sudan.

Article 10 [traduction]

La langue arabe sera la langue officielle de la République démocratique du Soudan.

La Constitution ne faisait pas mention de l'anglais. L'article 38 précisait que les Soudanais étaient égaux, quelles que soient leur origine, leur langue ou leur religion.

Article 38

All persons in Democratic Republic of the Sudan are equal before Courts of law. The Sudanese have equal rights and duties, irrespective of origin, race, locality, sex, language or religion.

Article 38  [traduction]

Quiconque vit dans la République démocratique du Soudan est égal devant les tribunaux. Les Soudanais ont des droits et des devoirs égaux, indépendamment de leur origine, de leur race, de leur localité, de leur sexe, de leur langue ou de leur religion.

La troisième disposition (art. 139) déclarait que l'arabe était la langue officielle du Parlement, mais que l'on pouvait faire usage d'une autre langue: «Néanmoins, toute langue autre que l'arabe pourra être utilisée avec la permission du président de l'Assemblée ou des présidents des comités.»

Article 139

The deliberations of the People's Assembly, business of its Committees and its correspondence shall be conducted in Arabic. Nervertheless, any language other than Arabic may be used with the permission of the Speaker or Chairmen of Commission.

Article 139  [traduction]

Les délibérations de l'Assemblée du peuple, de affaires de ses comités et de sa correspondance doivent se découler en arabe. Néanmoins, toute autre langue que l'arabe peut être utilisée avec l'autorisation du président de l'Assemblée ou des présidents de commission.

Dans les faits, l'anglais redevint la langue administrative et judiciaire du Soudan du Sud, même si l'arabe continuait d'être utilisé concurremment. Le ministère de l'Éducation nationale opta pour une politique bilingue, afin de permettre une meilleure intégration des élèves sudistes dans le système national et de préserver l'accord d'Addis-Abeba (reconnaissance des langues locales et de l’anglais).

Dans le Nord, la politique d'arabisation semble avoir réussi: les enfants apprirent l'arabe officiel et leur langue maternelle (souvent l’arabe nord-soudanais). Dans les zones urbaines, le bilinguisme fit place à l'unilinguisme arabe. La politique de récupération linguistique s'est révélée un succès.

Dans le Sud, bien que la politique d'arabisation et d'islamisation ait été rejetée, les tentatives de promouvoir les langues locales n'ont pu aboutir. Dès 1980, le gouvernement régional a dû admettre l'échec de ses politiques linguistiques: faute de moyens financiers suffisants, la situation scolaire s’est dégradée et les élèves n’ont reçu une instruction adéquate ni en anglais ni en arabe. La politique de récupération des langues locales n’a pu être menée à terme. Les réalités socio-économiques (exode rural, mariages mixtes, mouvements de population nord-sud, suprématie des marchands arabophones, etc.) ont plutôt contribué à déstabiliser les sociétés traditionnelles et à faire régresser les langues locales.

Au lieu d'implanter l'anglais et les langues locales du Sud, la politique linguistique a eu pour effet de favoriser l'arabe sud-soudanais, une variété dialectale distincte de l'arabe nord-soudanais et de l'arabe officiel, et une langue véhiculaire appelée le Juba-arabic (l’«arabe de la ville de Juba», ex-capitale du Soudan du Sud), une variété d’arabe pidginisé ou créolisé.

La guerre entre le Nord et le Sud a pris fin en 2005. Au terme du conflit, le Sud-Soudanais a obtenu de Khartoum une certaine autonomie politique, économique et religieuse. En majorité chrétiens, les Soudanais du Sud se sont affranchis du régime islamique et de sa Charia. En janvier 2011, les quelques neuf millions de Sud-Soudanais se sont prononcés par référendum sur l'indépendance de leur région. Le OUI  l'a emporté avec plus de 98 % des votes. L'indépendance du Sud était donc désirée par la quasi-totalité des Sud-Soudanais, appuyés notamment par les États-Unis. Juba est devenue la capitale du nouveau pays qui s'appellera le Soudan du Sud (forme longue: république du Soudan du Sud ou Republic of South Sudan). Quant au président de la république du Soudan, Omar el-Béchir, depuis le mois de mars 2009, il est sous le coup d'un mandat d'arrêt international, à la suite d'une décision de la Cour pénale internationale (CPI). Le président soudanais a décidé de ne faire aucun cas de ce mandat qui n’est «qu’un complot néocolonialiste». Pour Khartoum, la CPI ne serait «qu’un instrument d'une guerre» contre le Soudan. Le Soudan est reconnu pour être l'un des pays les plus corrompus de la planète.

3.4 L'indépendance du Soudan du Sud

Après 50 ans de luttes contre le pouvoir central de Khartoum, le Soudan du Sud a accédé à l'indépendance le samedi 9 juillet 2011. Le nouveau pays devra faire face à d'énormes  défis. Après des décennies de guerre, les indicateurs sociaux sont au plus bas, les infrastructures, telles que les routes, sont embryonnaires et les finances de ce nouvel État, qui n'a pas encore de monnaie, dépendent des revenus du pétrole et de la bonne volonté des bailleurs de fonds internationaux. De plus, le Soudan du Sud demeure parmi les pays les plus pauvres de la planète.

4 La politique d'arabisation

En 1977, le général Nimeiry (régime de 1969 à 1985) prit des décisions défavorables au Soudan du Sud. L’accord d’Addis-Abeba fut bafoué et les projets de développement en faveur du Sud furent abandonnés. Puis, Nimeiry déclara son intention d'islamiser le Soudan avec l'introduction de la Charia (loi islamique avec interdiction de l'alcool, amputation des membres des voleurs, lapidation des personnes coupables d'adultère, etc.).

- Le Front national islamique

La situation se compliqua lorsqu’un coup d'État eut porté au pouvoir le Front national islamique (le FNI), qui se lança dans une politique d'islamisation et d'arabisation en cherchant à imposer par la force l'orientation idéologique du gouvernement central. Toutes les langues nationales devaient être remplacées par l'arabe, ainsi que toutes les religions par l'islam. Mieux armés et plus aptes à se lancer à une nouvelle offensive, les rebelles sudistes recommencèrent l’insurrection.

Déjà, en 1983, l’organisme Médecins sans frontières décrivait la situation du Soudan comme «la plus grave et la plus profonde des crises humanitaires que connaisse la planète». Par la suite, la situation ne s'est guère améliorée. Les mots génocide et purification ethnique furent les expressions les plus utilisées par les organismes internationaux pour décrire ce qui s’est passé au Soudan. Le nombre des victimes fut énorme: entre 1,5 million et 1,9 million de morts, selon OXFAM, sans compter les deux millions de personnes déplacées dans la région de Khartoum. Ensuite, plus de la moitié des habitants du Soudan du Sud durent quitter leur foyer. En dix ans, la famine qui faisait déjà 250 000 morts n’était toujours pas éradiquée en 1998, car elle frappait cette année-là 2,6 millions de personnes.

- La dictature militaire

L’instauration en 1989 de la dictature militaire du général Omar el-Béchir paracheva la ruine du pays. Depuis le coup d’État, ce régime autoritaire se veut le champion de l’expansion de l’islam et de l’arabe: il a fait de l’islamisation et de l’arabisation le fer de lance de sa politique et l’applique systématiquement dans les domaines politique, judiciaire, exécutif, législatif, économique et social. Or, toute tentative d'islamisation du Sud est vouée à l'échec; les leaders politiques soudanais ne l'ont jamais compris. Ils n'ont fait qu'attiser les tensions entre le Nord et le Sud, d'autant plus que le Sud n'a jamais cessé de revendiquer un État laïc et démocratique; le Nord, un État islamique et théocratique. L'imposition d'un code pénal islamique sur tout le territoire ne pouvait que heurter les populations non musulmanes et annihiler toute politique d'apaisement. Or, les puissants groupes de pression qui composent le Front national islamiste (FNI) ont toujours réussi à imposer leur politique en faveur d'un Soudan islamiste en dépit de la volonté contraire des Soudanais du Sud. C'est d'ailleurs le FNI qui a porté le général Omar el-Béchir au pouvoir lors d'un coup d'État. El-Béchir n'a jamais cessé de se référer au panarabisme et aux valeurs islamistes afin de rallier les pays arabes à sa cause, notamment l'Irak et l'Iran.

État donné que les ressources du Nord se réduisaient sous l’effet de la désertification, il restait comme solution aux nordistes de favoriser les opérations militaires avec l’objectif d’anéantir les populations civiles du Sud afin d’y installer des colons venus du Nord; il faut dire aussi que le Sud est riche en gisements de pétrole. Le sud du Soudan dut profondément détruit et complètement désorganisé. Le pays est devenu l’un des plus pauvres de la planète à la suite d'une guerre civile qui a duré plus de quarante ans.

Tout espoir d’un règlement pacifique du conflit devint exclus, dans la mesure où le gouvernement central poursuivait toujours sa conquête géographique, religieuse et linguistique sur l’ensemble du territoire. Isolé au plan international, le régime islamique de Khartoum finit par manquer d’armes de haute technologie pour combattre la rébellion chrétienne et animiste au sud du pays. De leur côté, les rebelles du Sud disposaient de solides alliés avec lesquels la région partageait des frontières communes (Kenya, Ouganda, Congo-Kinshasa et République centrafricaine), sans compter l'aide militaire des États-Unis. Une conférence de paix, appuyée par les États voisins (notamment l’Égypte et la Libye) et les États-Unis avec l’aide de l’ONU, s'est réuni régulièrement, sans aboutir à des résultats concrets. Il faut dire que la guerre civile qui a dévasté littéralement le pays depuis l’indépendance fut entretenue aussi bien par le pouvoir islamiste que par la guérilla chrétienne, car les nombreux chefs de guerre, tant nordistes que sudistes, ont eu intérêt à perpétuer le contrôle sur leur territoire respectif.

4.1 Les dispositions constitutionnelles de 1998

À partir de juillet 1997, un projet de Constitution a été préparé au sein de deux comités, l'un composé de parlementaires, l'autre associant la société civile dont les membres furent auparavant agréés par le pouvoir. Accepté le 18 février 1998 par le Congrès national (CN), le parti au pouvoir, le projet de Constitution a été approuvé par l'Assemblée nationale avec quelques modifications, puis adopté par référendum en mai et promulgué le 30 juin 1998.

- L’islamisation

Compte tenu de la position en faveur de l’islam, l'article 1er de la nouvelle Constitution n'est pas clair en ce qui a trait aux libertés religieuses, puisque les chrétiens et autres adeptes de religions traditionnelles «sont pris en considération», une expression très ambiguë :

Article 1

Nature of the State

The State of Sudan is a country of racial and cultural harmony and religious tolerance. Islam is the religion of the majority of the population and Christianity and traditional religions have a large following.

Article 1er

L'État du Soudan est un pays ou règnent l'harmonie culturelle et la tolérance religieuse. L'islam est la religion de la majorité de la population, mais le christianisme et les religions traditionnelles ont un vaste auditoire.

Quant à l’article 21, il consacrait l'égalité de tous les citoyens et interdisait toute discrimination selon la race, le sexe ou la religion. Enfin, l’article 27 garantissait «à chaque communauté ou tout groupe de citoyens le droit de conserver sa culture, sa langue ou sa religion particulière»:

Article 27

Minorities and Cultural Rights Every sect or group of citizens have the right to keep their particular culture, language or religion, and to voluntarily bring up their children within the framework of these traditions. It is prohibited to impose one's traditions on children by coercion.

Article 27

Il doit être garanti pour chaque communauté ou groupe de citoyens le droit de préserver sa culture, sa langue ou sa religion, et élever ses enfants librement dans le cadre de leurs traditions. Il est interdit d'imposer ses propres traditions aux enfants par la contrainte.

Bien que le gouvernement ait affirmé que des chrétiens étaient admis à des postes administratifs élevés, qu’ils étaient libres de pratiquer leur religion et qu’ils étaient dispensés de la loi islamique, etc., la réalité était toute autre. Les chrétiens du Sud furent effectivement dispensés de la loi islamique, mais très souvent cette dispense demeurait théorique. Depuis 1960, les catholiques et les protestants n’ont plus le droit de construire de nouvelles églises; quant aux églises existantes, elles sont souvent détruites, sous prétexte qu’elles se trouvaient là où les urbanistes du Nord prévoyaient construire des routes (par pure coïncidence!). En revanche, on voyait surgir partout de nouvelles mosquées, construites avec l’argent de tous les contribuables soudanais.

Les Églises chrétiennes, par la voix de leurs évêques, dénonçaient «les bombardements systématiques d’objectifs civils» et l’utilisation par les autorités soudanaises «d’avions Antonov volant à grande altitude» dont les objectifs, en plus de semer la terreur, étaient de «détruire les églises, les écoles et les hôpitaux dirigés par les religieux». Par pure coïncidence également, ce sont dans les régions où se trouvaient les gisements de pétrole que le gouvernement de Khartoum opéraient le plus de nettoyage systématique contre des populations civiles (afin de favoriser les compagnies du Canada, de la Malaisie et de la Chine).

De plus, les chrétiens étaient victimes de groupes islamiques fanatiques liés au gouvernement central; ces groupes capturaient des femmes et des enfants pour en faire des esclaves. Les jeunes filles devenaient des concubines au services des miliciens musulmans, les garçons étaient enfermés dans des «camps de la paix» où ils étaient arabisés, islamisés et formés à un entraînement militaire pour ensuite être intégrés dans l’armée nationale afin de combattre les Noirs dans la guerre civile contre le Sud. En janvier 1999, la Christian Solidarity International, une organisation non gouvernementale suisse, a payé 50 $ US par personne pour la libération de plus de 1000 esclaves lors d’une opération de sauvetage dans la province de Bahr el-Ghazal (voir la carte); ce faisant, l’organisme international admet avoir encouragé la vente des esclaves. Des témoignages recueillis auprès des personnes libérées font état de différentes formes de tortures et de mauvais traitements physiques et psychologiques: gorges tranchées, excisions, menaces de mort, conversions forcées à l'islam, coups de fouet, etc. De nombreuses femmes ont été fouettées «pour tenue indécente» (elles n'avaient pas de hijab).

Compte tenu du fait que le gouvernement soudanais a fait l'objet de nombreuses accusations concernant la pratique de l'esclavage, l'Assemblée générale des Nations unies, dans sa résolution de 1995 relative à la situation des droits de l'homme au Soudan, a demandé au gouvernement du Soudan d'enquêter sur ces allégations. La situation était d’autant plus troublante que le Soudan a signé la Convention relative à l'esclavage de 1926 et la Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage de 1956 (ratifiée le 9 septembre 1957). En conséquence, selon la législation soudanaise, nul ne sera tenu en esclavage; en principe, l'esclavage ainsi que la traite des esclaves, sous toutes leurs formes et manifestations, sont interdits.

Par ailleurs, soulignons que le Soudan a signé et ratifié la Convention internationale sur toutes les formes de discrimination raciale (21 mars 1977), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (18 mars 1986), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (16 mars 1986), la Convention internationale sur la suppression et la punition du crime d’apartheid (21 mars 1977), la Convention contre la torture et autres traitement cruels, inhumains et dégradants (signée le 4 juin 1986, mais jamais ratifiée), la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme (19 septembre 1981), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (18 février 1986), etc. Plus particulièrement, la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, composée de 23 articles, ne doit être transgressée par aucun gouvernement islamique; outre le droit à la vie, la Déclaration reconnaît le droit à la liberté, à l'égalité et à la prohibition de toute discrimination, le droit à la justice, à la protection contre l'abus de pouvoir et contre la torture, les droits des minorités linguistiques, le droit à la liberté de croyance, de pensée et de parole, le droit à la liberté religieuse, etc.

Rappelons l’article 2 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 (ratifié le 18 mars 1986 par le Soudan):

Article 2

Les États parties au présent Pacte s'engagent à garantir que les droits qui y sont énoncés seront exercés sans discrimination aucune fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l'opinion politique ou toute autre opinion, l'origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.

Enfin, rappelons également l’article 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (ratifiée le 18 février 1986):

Article 2

Toute personne a droit à la jouissance des droits et libertés reconnus et garantis dans la présente Charte sans distinction aucune, notamment de race, d'ethnie, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

L’application des dispositions des articles 19 et 20 de cette Charte sont particulièrement inquiétante en ce qui a trait au Soudan en tant que Partie prenante de ce pacte international:

Article 19

Tous les peuples sont égaux; ils jouissent de la même dignité et ont les mêmes droits. Rien ne peut justifier la domination d'un peuple par un autre.

Article 20

1) Tout peuple a droit à l'existence. Tout peuple a un droit imprescriptible et inaliénable à l'autodétermination. Il détermine librement son statut politique et assure son développement économique et social selon la voie qu'il a librement choisie.

2) Les peuples colonisés ou opprimés ont le droit de se libérer de leur état de domination en recourant à tous moyens reconnus par la Communauté internationale.

3) Tous les peuples ont droit à l'assistance des États parties à la présente Charte, dans leur lutte de libération contre la domination étrangère, qu'elle soit d'ordre politique, économique ou culturel.

Pour sa part, le gouvernement soudanais nie catégoriquement l’existence de discriminations à l’encontre des chrétiens ou de tout autre groupe habitant le pays et essaie de présenter au monde extérieur une façade rassurante. Cependant, de nombreux faits et plusieurs rapports internationaux contredisent ces pieuses déclarations.

- L’arabisation

Pour ce qui est de la langue, l’article 3 de la Constitution de 1998 officialise l’emploi de l’arabe comme langue de l’État tout en permettant le développement d’autres langues locales et internationales:

Section 3

Language

Arabic is the official language in the Republic of the Sudan; and the State shall allow the development of other local and international languages.

Article 3

Langue

L’arabe est la langue officielle de république du Soudan; et l’État permettra le développement d'autres langues locales et internationales.

Autrement dit, l’arabe est la langue officielle de l’État, alors que l’islam est la religion officieuse, puisqu’il est possible d’utiliser d’autres religions. Mais l’État soudanais s’était engagé dans une véritable guerre destinée à éradiquer à la fois les langues et les religions du Sud. D’ailleurs, le discours officiel du pouvoir central mettait l'accent sur une «nouvelle identité soudanaise» basée sur une «pratique religieuse rénovée» grâce à une «intégration nationale informée par l'islam».

Avec l'indépendance du Soudan du Sud (2011), le président du Soudan (Nord), Omar Hassan al-Beshir, a affirmé aux médias à Khartoum que 98 % de la population soudanaise était musulmane et la nouvelle Constitution prévue devrait refléter cette réalité. Le problème à ce sujet, c'est qu'il est difficile d'affirmer que que 98 % de la population est musulmane, car le recensement soudanais ne demande pas aux citoyens quelle est leur religion d'État. On ignore encore que le sera cette constitution, mais les observateurs estiment que cette constitution devrait reconnaître la diversité culturelle et sociale du peuple soudanais et protéger formellement les minorités non musulmanes du Nord.

4.2 L’emploi des langues

L’emploi des langues au Soudan s’avérait très différent, selon qu’on se trouvait au nord ou au sud. Ainsi, dans le Nord, l’arabe demeurait vraiment la langue officielle de l’État, alors que, dans le Sud, bien que l’arabe soit également la langue officielle, l’anglais est resté une langue véhiculaire normale (depuis les années 1970). Depuis l'indépendance du Soudan du Sud de 2011, la question linguistique ne se pose plus de la même façon.

- Les langues de la législation

Bien que l’Assemblée nationale soudanaise compte des représentants de toutes les origines ethniques, tribales et confessionnelles, seule la langue arabe est admise au Parlement central. Les lois ne sont rédigées et promulguées qu'en arabe classique, mais les députés peuvent s’exprimer oralement en arabe soudanais, car cette langue est comprise par presque tous les Soudanais.

- Les langues de la justice et de l’Administration

Depuis 1991, le Code criminel est basé sur le droit islamique (Charia), ce qui inclut la Cour constitutionnelle, la Cour suprême, les cours civiles normales et les cours criminelles, les tribunaux militaires et les cours tribales. Généralement, l’arabe nord-soudanais est admis dans les cours de première instance. En cas de nécessité, les juges font appel à des interprètes. La langue écrite des cours de justice est généralement l’arabe classique.

Dans les services publics, l’arabe moderne standard est la langue orale la plus employée au sein des institutions nordistes. La langue écrite reste l’arabe classique.

- Les langues de l’éducation

Au Soudan, l'école est gratuite mais non obligatoire. Les écoles coraniques jouent un rôle de premier plan dans la scolarisation des jeunes tout au cours des six années du primaire. Seulement 50 % des élèves accèdent au secondaire où ils apprennent également l’anglais comme langue seconde, parfois le français. En 1995, on estimait que plus de 40 % de la population nord-soudanaise était analphabète, bien que le pays comptait plusieurs établissements d'enseignement supérieur comme l'Université de Khartoum (fondée en 1956), l'Université islamique d'Omdurman (1912) et l'Université de Juba (1975), cette dernière étant demeurée fermée lors de la guerre civile. La politique gouvernementale à l’égard des établissements supérieurs d’éducation oblige les établissements à enseigner en arabe, mais beaucoup de cours se donnent encore en anglais, notamment à l’Université de Khartoum. À peine 3 % des Soudanais ont aujourd’hui accès à l’université.

En décembre 1999, le président soudanais, Omar Hassan el-Béchir, a annoncé un «nouveau» programme en éducation et a affirmé que «son gouvernement avait l'intention de changer la société pour vivre selon l'enseignement du Coran». Ainsi, le gouverneur de l'État de Khartoum a confirmé que son État «projetait de transformer toutes les écoles (primaires) dans l'État de Khartoum en écoles coraniques pour le début de l'année 2002». Le gouvernement central semble bien résolu à appliquer le «projet de civilisation» de son parti (le Congrès national), qui inclut l’islamisation forcée de l’enseignement primaire. Les instituteurs sudistes dénoncent ces déclarations, car ils craignent que les écoles chrétiennes soient en grand danger de disparition: «S’ils veulent changer ces écoles en écoles coraniques, ceci est une violation du droit des chrétiens.» Le président du Soudan a donné l'ordre aux gouverneurs de tous les États de transformer les écoles primaires en écoles islamiques et d’enseigner le Coran aux enfants.

- Les langues des médias

Depuis l’indépendance de 1956, les médias ont servi comme moyen de transmission idéal pour véhiculer la propagande des partis politiques au pouvoir. La radio est restée un quasi-monopole du gouvernement, alors que la télévision est entièrement contrôlée par le pouvoir en place. L’agence de presse officielle, la Sudan News Agency (SUNA), fondée en 1971, diffuse des actualités, au Soudan ainsi que dans les pays étrangers, en arabe, en anglais et en français. La Soudan Television opère trois stations située à Omdurman, Al-Jazirah et Atbarah; toutes utilisent l’arabe standard moderne, Radio-Omdurman diffuse aussi en arabe classique. La radio SPLA émet en arabe, en anglais et en diverses langues du Sud. Presque tous les quotidiens du pays sont publiés en arabe classique, seulement quelques-uns sont rédigés en anglais; à Khartoum, sur 22 quotidiens, 19 paraissent en arabe, trois en anglais. 

4.3 La Constitution de 2005

En juillet 2005, la Soudan a élaboré une nouvelle constitution à la suite des accords de Nairobi, puis un gouvernement d'union nationale a été mis sur pied pour une période de transition. La nouvelle Constitution a été présenté de façon à laisser davantage de place à l'anglais et aux langues nationales du pays. Ainsi, l'article 8 évite dorénavant d'avoir recours à l'expression «langue officielle» en parlant de l'arabe.  L'arabe aurait le statut de «langue nationale largement parlée au Soudan» et, avec l'anglais, celui de «langues de travail officielles du gouvernement national» et de «langues d'enseignement pour l'éducation supérieure». Quant aux langues autochtones (indigènes), elles sont des «langues nationales» qui doivent être respectées, développées et promues:

Section 8

Language

1) All indigenous languages of the Sudan are national languages and shall be respected, developed and promoted.

2) Arabic is a widely spoken national language in the Sudan.

3) Arabic, as a major language at the national level and English shall be the official working languages of the national government and the languages of instruction for higher education.

4) In addition to Arabic and English, the legislature of any subnational level of government may adopt any other national language as an additional official working language at its level.

5) There shall be no discrimination against the use of either Arabic or English at any level of government or stage of education.

Article 8

Langue

1) Toutes les langues autochtones du Soudan sont des langues nationales et doivent être respectées, développées et promues;

2) La langue arabe est la langue nationale largement parlée au Soudan ;

3) L'arabe, en tant que langue principale au niveau national, et l'anglais sont les langues de travail officielles du gouvernement national et les langues d'enseignement pour l'éducation supérieure;

4) En plus de l'arabe et de l'anglais, la législature de tout niveau de gouvernement infranational peut adopter une autre langue nationale comme la langue de travail officielle complémentaire à son niveau;

5) Il n'y aura aucune discrimination contre l'usage de l'arabe ou de l'anglais à n'importe quel niveau de gouvernement ou d'enseignement.

L'article 31 de cette constitution interdit la discrimination pour des questions de langue ou de religion:

Section 31

Equality before the Law

All persons are equal before the law and are entitled without
discrimination, as to race, colour, sex, language, religious
creed, political opinion, or ethnic origin, to the equal protection of the law.

Article 31

Égalité avant la Loi

Tous les citoyens sont égaux devant la loi et ont droit sans aucune discrimination, ni de race, de couleur, de sexe, de langue, de croyance religieuse, d'opinion politique ou autre, d'origine nationale, sociale ou ethnique, de propriété, de naissance ou d'un autre condition, à la protection égale de la loi.

L'article 82 oblige l'État à établir dans le pays un système démocratique décentralisé de gouvernement en tenant compte de la diversité culturelle, ethnique, raciale, religieuse et linguistique ainsi que l'égalité des sexes:

Section 82

Duties of the Government of National Unity

The Government of National Unity shall undertake the following duties:

(a) administration and functioning of the State and the
formulation and implementation of national policies in
accordance with the provisions of this Constitution,

(b) establishment of a decentralized democratic system of
governance taking into account the cultural, ethnic, racial,
religious, and linguistic diversity and gender equality,

[...]

Article 82

Les obligations du gouvernement d'unité nationale

Le gouvernement d'unité nationale doit assumer, entre autres, les obligations nationales suivantes :

(a) L'administration et le fonctionnement de l'État, ainsi que la formulation et la mise en œuvre d'une politique nationale conforme à la présente Constitution,

(b) L'établissement d'un système démocratique décentralisé de gouvernement en tenant compte de la diversité culturelle, ethnique, raciale, religieuse et linguistique ainsi que l'égalité des sexes,

[...]

L'article 185 de la Constitution reconnaîtrait le nécessité de répartir la richesse collective dans toutes les régions du Soudan, sans discrimination pour des motifs de genre, de race, de religion, d'appartenance politique, ethnique, linguistique:

Section 185

1) Resources and common wealth of the Sudan shall be shared equitably to enable each level of government to
discharge its legal and constitutional responsibilities and
duties and to ensure that the quality of life, dignity and living
conditions of all citizens are promoted without discrimination
on grounds of gender, race, religion, political affiliation,
ethnicity, language or region.

2) The sharing and allocation of the resources and common
wealth of the Sudan shall be based on the premise that all
parts of the country are entitled to development.

3) The National Government shall fulfil its obligations to
provide financial transfers to the Government of Southern
Sudan, and shall, except as otherwise provided herein,
apportion revenues equitably among other states;

4) The State recognizes that Southern Sudan, Southern
Kordofan, Blue Nile, Abyei Area and other conflict affected
areas face serious needs; they shall be enabled to perform
basic government functions, establish civil administration,
rehabilitate and reconstruct the social and physical
infrastructure in a post-conflict Sudan.

[...]

Article 185

1) Les ressources et les richesses communes du Soudan doivent être partagées équitablement, afin de permettre à chaque niveau de gouvernement de s'acquitter de ses responsabilités et obligations juridiques et constitutionnelles, et de veiller à ce que la qualité de la vie, la dignité et les conditions de vie de tous les citoyens soient garanties sans discrimination fondée sur le sexe, la race, la religion, l'affiliation politique, l'origine ethnique, linguistique ou régionale.

2)  Le partage et la répartition de la richesse du Soudan doivent être basés sur la prémisse que toutes les parties du pays aient droit au développement.

3) Le gouvernement national doit remplir ses obligations de fournir des transferts au gouvernement du Soudan du Sud et, sauf pour ce qui est prévu, répartir les revenus équitablement parmi tous les États.

4) L'État reconnaît que le Soudan du Sud, le Kordofan du Sud, le Nil bleu, la région d'Abyei et les autres zones touchées par des conflits font face à de sérieux besoins; ils doivent être autorisés à effectuer des fonctions fondamentales d'un gouvernement, à établir une administration civile, remettre en état ou reconstruire l'infrastructure sociale et physique dans un Soudan post-conflit.

[...]

Compte tenu de la suite des événements, dont la signature de l'Accord de paix global (APG) entre le gouvernement central et la rébellion sudiste de 2005 et surtout l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, ces dispositions ne sont plus d'actualité.

Au Soudan, depuis l'indépendance de la partie sud du pays, on ne peut plus parler de deux politiques linguistiques comme auparavant entre le Nord et le Sud, puisqu'une seule s'applique maintenant au nord. Cette politique linguistique, véhiculée essentiellement par le gouvernement central, en est une d’unilinguisme arabe, surtout dans les centres urbains. Ce processus jugé incontournable par beaucoup de Soudanais aurait pour avantage de favoriser l'intégration d'une langue nationale commune. La politique d'arabisation laisse de côté toutes les langues nationales, y compris l'arabe soudanais, compris par presque toute la population, soit comme langue première (70 %), soit comme langue seconde (20 %). L'arabe soudanais reste donc la langue maternelle de la majorité des Soudanais. Cette langue est appelée au Maroc Addarij ou darija, c'est-à-dire «langue courante». Elle sert généralement d'outil de communication entre les locuteurs arabophones et berbérophones. Bien qu'il soit socialement dévalorisé, l'arabe dialectal constitue la langue la plus employée dans tout le Maroc.

En réalité, le Soudan pratique une politique d'arabisation qui fait abstraction des réalités linguistiques du pays. De plus, le gouvernement du Soudan utilise parfois l'anglais et distribue des documents dans un arabe que personne ne veut. L'anglais continue d'être enseigné dans toutes les écoles soudanaises comme langue seconde obligatoire. La visibilité de l'anglais dans l'affichage public et commercial, ainsi que dans la signalisation routière, est présente dans la région autour de la capitale, Khartoum.

Le Soudan doit réussir à concilier la place de l'arabe standard et celle de l'arabe soudanais. Pour le moment, seules les deux langues institutionnelles, l'arabe standard et l'anglais, ont trouvé leur place, de jure dans le premier cas, de facto dans le second. Mais les langues maternelles, l'arabe soudanais et les langues nilo-sahariennes, sont toujours laissées pour compte dans la vie institutionnelle. Or, toute politique linguistique qui dénie les droits d'une partie importante ses citoyens (en l'occurrence, la quasi-totalité des locuteurs du Soudan) à utiliser leur langue est généralement vouée à l'échec. L'arabe standard et l'anglais ne sont pas des langues maternelles, sauf pour quelques Arabes de la capitale. La reconnaissance de l'arabité constitue certainement un aspect fondamental de l'identité soudanaise, mais c'est avec une langue arabe que personne ne parle avec ses tripes. C'est une langue institutionnelle, une langue seconde pour tous les Soudanais, une langue apprise à l'école. L'arabe standard n'est pas adapté aux besoins quotidiens des Soudanais, contrairement à l'arabe soudanais et aux langues nilo-sahariennes. La politique linguistique actuelle du Soudan, semble pour le moment satisfaire le gouvernement. C'est une politique qui consiste à promouvoir l’arabe standard, à ignorer l'arabe soudanais et surtout les langues des minorités nationales.

Dernière mise à jour: 17 juil. 2013
 

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