République de Zambie

Zambie

(Republic of Zambia)

Capitale: Lusaka
Population: 17,2 million (2017)
Langue officielle anglais
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: bemba (26,6 %), tonga (13,4 %), nyanja (10,1 %), lala-bisa (9 %), lozi (6,2 %), nyiha (4,1 %), nsenga (4,1 %), tumbuka (2,8 %), lunda (2,2 %), mambwé-lungu (2,1 %), kaondé (2,1 %), lamba (2 %), luvalé (1,7 %), etc.
Langue coloniale: anglais
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 100, 258 et 267 de la Constitution du 5 janvier 2016
Lois linguistiques: Loi sur le mariage (1918-1994); Loi sur les tribunaux inférieurs (1934-1995); Code de procédure pénale (1934-1997); Loi sur les sociétés (1958); Loi sur la Haute Cour (1960-1994); Loi sur les prisons (1966); Loi sur l'immigration et l'expulsion (1967); Loi sur l'extradition (1968); Loi sur les notaires publics et les fonctions notariales (1968); Loi sur la Cour suprême de Zambie (1973-1979); Loi électorale (1991); Loi sur les collectivités locales (1991); Loi sur les tribunaux des petites créances (1992); Loi sur la citoyenneté zambienne (1994); Loi sur les marchés (1994); Loi sur les assurances (1994); Loi sur les compagnies (1994); Loi sur les brevets (1994); Loi sur l'aviation (1994); Règlement sur l'éducation - langue (1966-1994); Loi sur les services bancaires et financiers (2005); Loi sur l'éducation (2011); Programme-cadre en éducation de la Zambie (2013).

1 Situation géographique

La Zambie, officiellement appelée république de Zambie, est un pays de l’Afrique subtropicale enclavé entre le Congo-Kinshasa au nord-ouest, la Tanzanie au nord-est, le Malawi à l’est, le Mozambique au sud-ouest, le Zimbabwe, le Botswana et la bande de Caprivi appartenant à la Namibie, au sud, et l’Angola à l’ouest. La Zambie est située à la jonction des pays de langue française, portugaise et anglaise. Sa superficie est de 752 614 km² (la France: 547 030 km²) et sa capitale est Lusaka (voir la carte).

Le pays est divisé en neuf provinces:  Centre, Copperbelt, Est, Luapula, Lusaka, Nord, Nord-Ouest, Sud, Muchinga et Ouest (voir la carte détaillée). Ce sont des entités purement administratives dirigées par un ministre provincial nommé par le président. La ville de Lusaka, la capitale, compte plus de deux millions d’habitants (estimation 2007).

Les autres villes principales sont Ndola (467 500), Kitwe (415 700), Kabwe (415 700), Chingola (148 500), Mufulira (120 000), Livingstone (113 800) et Luanshya (112 000). La plupart de ces villes sont situées dans la province de Copperbelt, sauf Lusaka (Lusaka), Kabwe (Centre) et Livingstone (Sud). Jusqu'au moment de l'indépendance, le 24 octobre 1964, la Zambie portait le nom Rhodésie du Nord.

2 Données démolinguistiques

Province Population
2016
Superficie
Lusaka 3 066 903 21 896 km2
Copperbelt 2 480 657 31 328 km2
Est (Eastern) 1 910 782 69 106 km2
Sud (Southern) 1 803 145 85 283 km2
Centrale (Centrale) 1 695 572 94 395 km2
Nord (Northern) 1 387 443  147 826 km2
Luapala 1 185 446 50 567 km2
Ouest (Western) 1 024 505  126 386 km2
Muchinga    971 547 87 806 km²
Nord-Ouest (North-Western)    879 229  125 827 km2
Total 16 405 229  752 614 km2
La population zambienne était estimée à 16,4 millions d'habitants en 2016 (mais 17,2 millions en 2017). Les foyers de peuplement se concentrent dans le Centre, c'est-à-dire les provinces de Lusaka, de Copperbelt, de l'Est, du Sud et du Nord. Plus de 50 % de la population vit dans des zones urbaines, la Zambie étant le pays d’Afrique dont le taux d’urbanisation est le plus élevé. Les provinces de Muchinga, de l'Ouest et du Nord-Ouest sont les moins peuplées du pays.

La Zambie comprend plus de 50 communautés ethniques de langue bantoue. Les Bemba représentent 26,6 % de la population du pays; ils vivent dans le Nord-Est (province du Nord et province de Luapula), mais ils dominent aussi les provinces de Copperbalt et une partie de la province du Centre avec les Lala-Bisa (9 %) et les Lamba (2 %) avec lesquels ils ont des traits communs.

Les Tonga (13,4 %) sont bien implantés dans les provinces du Sud et de l'Ouest. Il faut mentionner les Nyanja (10,1 %) dans la province de l'Est, les Lozi (6,2 %) dans la province de l'Ouest, les Nyanja (4,1 %) dans la province de l'Est, les Nsenga (4,1 %) dans la province de Lusaka, etc.

Les années qui ont suivi l’indépendance ont été marquées par des affrontements entre les Lozi et les Bemba, sans oublier la province de l’Ouest (un ancien protectorat britannique du Barotseland) qui est demeurée un territoire contesté, les Lozi réclamant l’application d’un accord conclu à l’indépendance, ce qui leur garantissait une représentation politique en échange de l’intégration à la Zambie.

2.1 Le statut des langues

Le pays compte plus de 70 langues. La plupart sont des langues zambiennes, mais il faut mentionner l'anglais, seule langue officielle pour tout le pays, et un certain nombre de langues immigrantes de type indo-européen ou asiatique. 

- L'anglais

Seul l'anglais bénéficie d'un statut reconnu juridiquement par l'article 258.1 de la Constitution de 2016. Cette langue est parlée comme langue maternelle par une infime partie de la population, soit 1,7 %, selon les statistiques officielles, mais encore moins en réalité. C'est la langue maternelle de quelque 12 000 Britanniques demeurés en Zambie après l'indépendance, ce qui fait en réalité moins de 1 % de la population actuelle.

Cependant, l'anglais sert de plus en plus de langue véhiculaire pour communiquer entre les ethnies. Peu importe que l'anglais soit parlé par 1,7 % de la population ou moins de 1 %, il est plus important de mentionner son rôle comme langue seconde. Selon les données du recensement de 2000, plus de 26 % des Zambiens parleraient l'anglais comme langue seconde, ce qui signifie qu'en 2017 ce nombre serait de 4,4 millions de locuteurs, tous degrés de connaissance confondus. La plupart des Zambiens, en particulier dans les zones rurales, ne sont pas en mesure de s'exprimer en langue anglaise du fait qu'ils ne l'ont pas maîtrisé pour manque d'exposition et de pratique; ils n'ont pas d'anglophones avec qui parler. De plus, les gens plus instruits connaissent mieux l'anglais que ceux qui n'ont jamais fréquenté l'école secondaire. Néanmoins, on peut affirmer que l'anglais est la deuxième langue la plus couramment utilisée à des fins de communication.  

Il faut préciser que l'anglais zambien possède des traits distinctifs, tels que l'omission de certains pronoms, la simplification de certains verbes auxiliaires, la réduction de certaines voyelles et l'incorporation de particules dérivées des langues zambiennes. L'anglais zambien comprend également des mots sud-africains et des autres langues africaines.

- Les langues zambiennes

Outre l'anglais, les langues zambiennes mentionnées dans un texte de loi sont les sept suivantes: le bemba, le kaondé, le lozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga. Ces langues sont citées à l'article 17 de la Loi sur la citoyenneté zambienne (1994) comme étant celles dont la connaissance donne le droit à un étranger d'être inscrit en tant que citoyens zambien.

Ces langues peuvent également servir de langue d'enseignement dans les écoles primaires. Dans l'ensemble, ce sont les langues principales de chaque province: le bemba (province du Nord, Luapula, Muchinga et Copperbelt), le nyanja (province de l'Est et Lusaka), le lozi (province de l'Ouest), le tonga (province du Sud), le kaondé, le luvalé et le lunda (province du Nord et province de l'Ouest).

Ces sept langues sont utilisées, ainsi que l'anglais, dans les premières années de scolarité primaire et dans certaines publications gouvernementales. Une orthographe commune a été approuvée par le ministère de l'Éducation en 1977.

- Le swahili

On peut aussi mentionner le cas du swahili parlé par 0,2 % de la population comme langue maternelle. Comme pour tous les pays du sud-est de l'Afrique, le swahili est aussi en Zambie une langue importante. Du fait qu'il n'existe pas de langue commune dans ce pays, le swahili, comme l'anglais, sert de langue véhiculaire, notamment dans les régions près de la frontière avec le Congo-Kinshasa et dans les provinces de l'Est.

- Les langues immigrantes

Les langues immigrants ont été apportées plus récemment de l'extérieur par des étrangers. Ce sont principalement le chinois, le gujarati, le grec, l'afrikaans, l'arabe, le français, le portugais, le serbe, etc.

2.2 Les langues zambiennes

Toutes les autres langues n'ont aucun statut reconnu par un texte de loi. Ce sont principalement des langues zambiennes.

Ethnie Population Pourcentage Religion Langue parlée Filiation linguistique
Bemba 4 593 000 26,6 % chrétienne bemba

famille bantoue

Tonga 2 323 000 13,4 % chrétienne tonga

famille bantoue

Nyanja 1 758 000 10,1 % chrétienne nyanja famille bantoue
Lala-Bisa 1 567 000 9,0 % chrétienne lala-bisa famille bantoue
Lozi 1 069 000 6,2 % chrétienne lozi famille bantoue
Nyiha 714 000 4,1 % religion ethnique nyiha famille bantoue
Nsenga 707 000 4,1 % chrétienne nsenga famille bantoue
Tumbuka 498 000 2,8 % chrétienne tumbuka famille bantoue
Lunda du Nord-Ouest 393 000 2,2 % chrétienne lunda famille bantoue
Mambwé-Lungu 362 000 2,1 % chrétienne mambwé-Llngu famille bantoue
Kaondé 360 000 2,1 % chrétienne kaondé famille bantoue
Lamba 350 000 2,0 % chrétienne lamba famille bantoue
Luvalé 299 000 1,7 % chrétienne luvalé famille bantoue
Nyamwanga 236 000 1,3 % chrétienne nyamwanga famille bantoue
Lenjé 224 000 1,2 % chrétienne lenjé famille bantoue
Aushi 175 000 1,0 % chrétienne aushi famille bantoue
Ila 170 000 1,0 % chrétienne ila famille bantoue
Mbunda 145 000 0,8 % chrétienne mbunda famille bantoue
Senga 139 000 0,8 % chrétienne tumbuka famille bantoue
Chokwé 108 000 0,6 % chrétienne cokwé famille bantoue
Bwilé 97 000 0,5 % chrétienne bwilé famille bantoue
Afrikaner 96 000 0,5 % chrétienne afrikaans langue germanique
Nkoya 61 000 0,3 % chrétienne nkoya famille bantoue
Soli 60 000 0,3 % chrétienne soli famille bantoue
Kunda 55 000 0,3 % religion ethnique kunda famille bantoue
Luchazi 52 000 0,3 % chrétienne lucazi famille bantoue
Chinois han 48 000 0,2 % aucune chinois mandarin langue sino-tibétaine
Tabwa 48 000 0,2 % chrétienne taabwa famille bantoue
Simaa 48 000 0,2 % religion ethnique simaa famille bantoue
Swahilien 43 000 0,2 % Islam swahili famille bantoue
Gujarat 41 000 0,2 % hindouisme gujarati langue indo-iranienne
Sala 41 000 0,2 % religion ethnique sala famille bantoue
Shona 38 000 0,2 % chrétienne shona famille bantoue
Masi 33 000 0,1 % religion ethnique mashi famille bantoue
Lambya 17 000 0,0 % chrétienne lambya famille bantoue
Ndébélé 13 000 0,0 % chrétienne ndébélé famille bantoue
Britannique 12 000 0,0 % chrétienne anglais langue germanique
Italien 12 000 0,0 % chrétienne italien langue romane
Yauma 12 000 0,0 % chrétienne yauma famille bantoue
Mbukushu 10 000 0,0 % chrétienne mbukushu famille bantoue
Grec 9 700 0,0 % chrétienne grec langue grecque
Nyika 9 300 0,0 % chrétienne nyika famille bantoue
Iwa 7 400 0,0 % chrétienne nyamwanga famille bantoue
Français 7 200 0,0 % chrétienne français langue romane
Tabwa 7 200 0,0 % chrétienne taabwa famille bantoue
Portugais 5 000 0,0 % chrétienne portugais langue romane
Serbe 4 800 0,0 % chrétienne serbe langue slave
Yao 4 700 0,0 % islam yao famille bantoue
Luyana 4 500 0,0 % chrétienne luyana famille bantoue
Arabe libanais 3 600 0,0 % islam arabe levantin langue afro-asiatique
Yombé 3 500 0,0 % chrétienne tumbuka famille bantoue
Juif anglophone 3 300 0,0 % religion ethnique anglais langue germanique
Subia 2 400 0,0 % religion ethnique kuhane famille bantoue
Shasha 2 100 0,0 % chrétienne nkoya famille bantoue
Totela 2 000 0,0 % religion ethnique totela famille bantoue
Mbowé 800 0,0 % religion ethnique mbowé famille bantoue
Kxoé 600 0,0 % religion ethnique khwedam famille bantoue
Autres langues 133 000 0,0 % - - -
Total 2017 17 238 000 100 % - -

-

On constatera que plusieurs peuples parlent la même langue. Par exemple, le bemba est parlé comme langue maternelle non seulement par les Bamba, mais également par les Ng'umbo, les Kabendé, les Cishinga , les Unga et les Mukulu; le leya est parlé par les Zambezi, les Tonga, les Toka et les Leya; le simaa est la langue des Simaaa, des Makoma, des Nyengo, des Imilangu et des Mwenyi; le shona est la langue des Shona et celle des Korékoré; le tumbuka est parlé par les Tombuka, les Senga, les Yombé. La plupart des grandes langues zambiennes sont fragmentées en de nombreuses variétés dialectales. Beaucoup de Zambiens parlent quatre ou cinq langues (surtout le bemba, le tonga, le nyanja et le lozi, en plus de leur langue maternelle), en les mélangeant lorsqu'ils parlent entre eux.

Le tableau qui suit présente les langues connues comme langue maternelle (L1) et comme langue seconde (L2) en fonction des données du recensement de 2000 :

Langue Langue maternelle (L1 %) Langue seconde (L2 %) Langue Langue maternelle (L1 %) Langue seconde (L2 %)
bemba
nyanja
tonga
lozi
30,1 %
10,7 %
10,6 %
5,7 %
20,2 %
19,5 %
4,4 %
5,2 %

anglais
luvalé
lenjé
namwanga

1,7 %
1,7 %
1,4 %
1,3 %
26,3 %
1,9 %
1,5 %
0,8 %
chewa
nsenga
tumbuka
lunda
4,7 %
3,4 %
2,5 %
2,2 %
2,3 %
1,6 %
1,3 %
1,3 %

ngoni
mambwé
bisa

1,2 %
1,2 %
1,0 %
1,2 %
0,9 %
0,4 %
ala
kaondé
lamba
2,0 %
2,0 %
1,9 %
1,0 %
1,8 %
1,4 %

ila
lungu
senga

0,8 %
0,6 %
0,6 %
0,8 %
0,4 %
0,2 %

Bien que ces chiffres dates de plusieurs années, il est possible de constater que, en termes d'utilisation des langues et du nombre des locuteurs, les langues zambiennes diffèrent considérablement. Les principales langues de la Zambie sont le bemba, le nyanja, le tonga, le lozi et l'anglais, comme le montre le tableau ci-dessus. Quand on cumule les pourcentages des langues L1 et des langues L2, presque toute la population peut communiquer dans les cinq langues suivantes: le bemba (50,3%), le nyanja (30,2%), l'anglais (28%), le tonga (15%) et le lozi (10,9%). Les données de ce tableau montrent que le bemba, le nyanja, le tonga et l'anglais sont parlés de plus de 10 % comme première langue ou comme deuxième langue. Ce tableau montre également qu'un certain nombre de langues plus petites sont utilisées comme langue seconde. Des langues comme le luvalé et le lenjé sont davantage parlées par des locuteurs comme langue seconde que comme première langue, ou qu'elles ont autant de locuteurs de langue seconde, comme c'est le cas de l'ila.

Dans la pratique, le bemba et le nyanja sont utilisés par un grand nombre de locuteurs de langue seconde dans les provinces du nord, de l'est et des parties centrales du pays, avec une augmentation importante du nyanja dans les zones urbaines. Le lozi et le tonga sont des langues parlées dans le Sud et dans l'Ouest avec une légère baisse vers les parties centrales. Les trois langues nationales des provinces du Nord-Ouest, le kaondé, le luvalé et le lunda, reflètent une utilisation plus grande des langues numériquement plus petites.  dans les deux domaines. Parallèlement, l'usage de l'anglais a également augmenté de façon spectaculaire en raison probablement général des niveaux plus élevés de l'éducation formelle.

2.2 Les familles de langues

S'il est vrai que la très grande majorité des langues fait partie de la famille bantoue, on peut remarquer néanmoins que quelques langues immigrantes (sauf pour les langues khoïsanes) appartiennent à d'autres familles telles que l'anglais (langue germanique), l'afrikaans (langue germanique), le gujarati (langue indo-iranienne), le chinois (famille sino-tibétaine), le portugais (langue roman), le serbe (langue slave), le judéo-marocain (famille chamito-sémitique), le xegwi (famille khoïsane) et le kxoe (famille khoïsane). La plupart des langues vernaculaires de la Zambie font partie de la famille bantoue et elles sont étroitement liées les unes aux autres.

Par rapport à la situation géographique, c'est la province de l'Ouest qui est la plus multilingue (19 langues), suivie de la province du Nord-Ouest (11 langues) et de la province du Nord (11 langues); la province de Copperbelt est la plus homogène avec seulement trois langues. 

Luapula
(9)
Nord
(11)
Est
(9)
Centre
(8)
Lusaka
(8)
Copperbelt
(3)
Nord-Ouest
(11)
Ouest
(19)
Sud
(8)
aushi
bemba
shinga
kabendé
luunda
ng'umbo
shila
twa
unga

 

 

 

 

bemba
bisa
inamwanga
iwa
lungu
mambwé
mukulu
nyiha
tabwa
wandya
yombé

 

 

 

ambo
kunda
lala
nsenga
nyanja
senga
tambo
tumbuka
yombé

 

 

 

 

ila
kaondé
lala
lima
lamba
lumbu
sala
swaka

 

 

 


 

chikunda
gova
lenje
luano
nsenga
nyanja
sala
soli

 

 

 

 

bemba
lamba
seba

 

 

 

 

 

 

cokwe
kosa
kaondé
lamba
lucazi
lunda
luvalé
mbunda
mbwela
mashasha
ndembu

 

 


 

cokwe
kwandi
kwandu
kwangwa
liyuwa
lozi
makoma
mashi
mbowé
mbukushu
mbumi
mbunda
mulonga
nkoya
nyengo
simaa
shanjo
subiya
totela
ila
leya
lozi
lumbu
lundwé
nkoya
toka
tonga

 

 

 


 

Pour ce qui est de la religion, les trois quarts des Zambiens sont chrétiens, principalement catholiques (50 % de la population totale). Un peu moins d’un quart de la population est animiste. Les musulmans sont peu nombreux.

3 Données historiques

Au nord de Lusaka (Broken Hill), la découverte en 1921 d'un crâne de «l’homme de Rhodésie» (Homo rhodesiensis), daté de plus de 110 000 ans, témoigne de l’ancienneté du peuplement de la Zambie. Les Bochimans ont précédé les agriculteurs bantous qui s’établirent dans la région au cours du Ier millénaire de notre ère. Au nord, de grands empires se sont constitués dans la savane. La commercialisation du cuivre a fondé la puissance des Lunda. Les Bemba, venus du Congo, se sont installés dans la région vers la fin du XVIIe siècle.

Au XVIIIe siècle, les Portugais, qui cherchaient à relier leurs territoires d'Angola et du Mozambique, pénétrèrent dans la pays. Ils ne furent pas les seuls à s'intéresser à la région. En 1835, les Angonis, une fraction zouloue, s'installèrent entre le lac Malawi et la rivière Luangwa. À la même époque, les Makololos, une tribu basoto, conduite par Sebituane, traversèrent le Haut-Zambèze et s'établirent dans le Barotseland.

Au XIXe siècle, le pays était fragmenté en plusieurs États, parfois de petite taille. Par exemple, les Lozi résidaient au centre et au nord, mais d'autres ethnies, telles que les Chewa dans l'Est, les Bemba et les Lunda dans le Nord, occupaient d'autres régions. La traite des Noirs s’est développée durant tout le siècle, sous le contrôle des marchands de Zanzibar. Ce sont surtout les Portugais qui pratiquèrent l'esclavage dans cette région de l'Afrique.

En voulant vendre leurs marchandises à certains Africains, ils n'avaient qu'à les échanger pour des esclaves noirs, ce qui était encore plus rentable. À leur tour, les Portugais n'avaient qu'à les vendre aux Français, aux Espagnols ou aux Britanniques.

3.1 La colonisation britannique

Dès le XVIIIe siècle, les Portugais, présents en Angola et au Mozambique, pénétrèrent dans le pays par l'intermédiaire des pombeiros (métis de Portugais et d'Africains), car, répétons-le, ils désiraient unir l'Angola et le Mozambique à travers le plateau central. Cette liaison, accomplie officiellement au XIXe siècle par l'explorateur portugais Serpa Pinto, entra en conflit avec les intérêts britanniques.

En 1851, l'explorateur écossais David Livingstone (1813-1873) entreprit l’exploration de la vallée du Zambèze. En 1890, la British South Africa Company, fondée par Cecil John Rhodes (1853-1902), étendit sa domination au Barotseland, à l’ouest, lors de la signature d’un traité avec les Lozis et se vit accorder par la Couronne britannique le droit d’administrer les pays situés au nord du fleuve Limpopo. Les territoires orientaux furent intégrés à l’Empire britannique lors de la conquête du Nyasaland (l'actuel Malawi). La Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie), rattachée à la colonie britannique du Cap, fut créée en 1911 tout en étant administrée par la compagnie de Cecil Rhodes; la capitale devint Livingstone à la place de Victoria Falls. En 1924, l’administration fut confiée à un gouverneur britannique, l’exploitation minière demeurant le monopole de la British South Africa Company. En 1935, l'Administration coloniales fut déplacée à Lusaka. L'exploitation des gisements de cuivre dans le nord du pays s'intensifia au début du XXe siècle, ce qui attira de nombreux Européens, puis des Africains du Nyasaland et de la Rhodésie du Sud (l'actuel Zimbabwe), plus agricole.

Pendant la période coloniale, des missionnaires anglicans s'installèrent dans les diverses régions du pays en ouvrant des églises, des hôpitaux et des écoles. Ils eurent beaucoup de succès dans leur travail d'évangélisation du fait qu'ils employèrent les langues locales. La Bible et d'autres ouvrages chrétiens furent traduits dans ces langues. Même les écoles des communautés religieuses utilisèrent les langues bantoues comme langues d'enseignement, du moins durant les quatre premières années du primaire. La langue anglaise ne fut pas favorisée par les missionnaires parce qu'ils croyaient que les langues locales constituaient des moyens de communication plus puissants auprès des populations indigènes. Pour cette raison, les missionnaires étudièrent les langues zambiennes et firent beaucoup pour les conserver vivantes.

La seule école dirigée par les laïcs britanniques fut l'École nationale de Barotse, fondée en 1907 à Kanyonyo. Elle demeura sous la responsabilité de la British South African Company jusqu'à 1929 tout en poursuivant la politique des missionnaires: le silozi fut employé comme langue d'enseignement de la première jusqu'à la quatrième année, pour ensuite introduire progressivement l'anglais. Pour le reste, l'éducation resta le domaine exclusif des missionnaires. Lorsque le ministère des Colonies (Colonial Office) reprit en mains l'administration de la Rhodésie du Nord en 1924, il institua une commission afin d'examiner le système éducatif dans ses colonies et trouver des moyens d'améliorer la situation. La Commission Stokes (appelée la Phelps) recommanda ensuite au gouvernement britannique de rendre l'anglais la langue officielle de l'éducation et des affaires de l'Administration. En même temps, la Commission considérait que les langues locales ne devaient être employées que pour la conservation des valeurs nationales et identitaires; le Commission estimait aussi son intérêt pour l'enseignement des langues africaines, surtout pour développer la main-d'œuvre dans les secteurs de l'agriculture et d'industrie. En 1928, suite aux recommandations de la Commission Stokes, quatre langues principales locales furent choisies pour servir comme «langues officielles des écoles africaines»: le bemba, le nyanja, le tonga et le lozi. Ces langues devaient être employées dans les écoles publiques en tant que langues d'enseignement durant les quatre premières années du primaire. En 1930, parce qu'il n'y avait aucune langue véhiculaire dans le pays, le Bureau consultatif pour l'Éducation indigène (Advisory Board for Native Education) a trouvé nécessaire d'offrir des cours d'anglais dans les écoles zambiennes une fois que les enfants eurent appris les compétences minimales en lecture et en écriture dans les langues locales.

En 1943, le gouvernement britannique recommanda que, durant les quatre premières années de leurs études, les langues locales soient enseignées aux enfants du primaire. Quant à l'anglais, il devait être employé comme matière d'enseignement en quatrième année du primaire pour être dispensé comme langue d'enseignement par la suite. La politique fut modifiée en 1950 lorsque les langues locales ne furent enseignées que durant les deux premières années du primaire, pour être remplacées par une langue véhiculaire dominante jusqu'en cinquième année. Ensuite, l'anglais remplaçait définitivement les langues locales.

En 1953, le gouvernement britannique créa la Fédération de Rhodésie-Nyasaland (Federation of Rhodesia and Nyasaland) regroupant la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie) et le Nyasaland (l'actuel Malawi), qui favorisait la domination blanche («suprématie blanche»). Au cours de cette période, la responsabilité de l'éducation fut partagée entre le gouvernement fédéral (pour les écoles fréquentées par les Blancs) et le gouvernement territorial (pour les écoles fréquentées par les Noirs). Dès 1956, l'anglais fut dispensé en deuxième année du primaire pour deux cou

À 1956, l'anglais a été lentement présenté dans la première école primaire (deux cours de 30 minutes durant périodes en deuxième année de primaire); en 1962, l'anglais était offert en première année du primaire.

Cette fédération suscita une vive opposition de la part de la population autochtone dans le protectorat, qui redoutait de voir s'étendre à son pays le régime de ségrégation raciale en vigueur dans les territoires voisins. Le gouvernement central, dirigé par lord Malvern et sir Roy Welensky fut calqué sur le système politique de la Rhodésie du Sud. Pour la Rhodésie du Nord, la lutte pour l’indépendance supposait d’abord la dissolution de la fédération.

En 1959, Kenneth Kaunda, surnommé le «Gandhi noir» (ou «Gandhi africain») en raison de sa lutte pacifiste pour l’accession de la majorité noire au pouvoir, fonda l’UNIP (l'United National Independence Party : Parti de l'indépendance nationale unie). Il déclencha, en 1961, une vaste campagne de désobéissance civile. Le nationalisme zambien s'accrut avec Kaunda qui finit par voir raison du système britannique. Vers la fin de 1963, au terme de négociations menées à Londres, la fédération de Rhodésie-Nyasaland fut dissoute.

En 1963, le gouvernement de la Rhodésie du Nord demanda à l'UNESCO d'étudier le système d'éducation et trouver des voies d'amélioration. Selon les recommandations du Rapport Radford, il était prévu d'adopter l'anglais comme unique langue de l'éducation dans toutes les écoles primaires. Le rapport prévoyait une amélioration de la qualité de la langue écrite et parlée, une meilleure connaissance d'une grande langue de communication, une amélioration du niveau de l'éducation en raison de l'apport de la littérature anglaise, un bien-être plus grand dans tout le cursus éducatif, l'avantage de pouvoir transférer les compétences acquises en anglais dans les langues africaines.

5.2 Après l'indépendance

Il semblait évident que l'anglais allait laisser un héritage important à la Zambie. Le rôle de l'anglais a été confirmé après l'indépendance en 1964 lorsqu'il est devenu la langue officielle du nouveau pays.

- Le président Kaunda et l'anglais

Après la victoire de l’UNIP (Parti de l'indépendance nationale unie) de Kenneth Kaunda aux élections portant sur l’autonomie interne, la Rhodésie du Nord accéda, en octobre 1964, à l’indépendance sous le nom de Zambie. Les premières années furent marquées par des rivalités ethniques, les affrontements opposant notamment les Lozi, qui s’estimaient lésés par le pouvoir, et les Bemba, majoritaires. Le président Kaunda, en réaction aux conflits ethniques et aux grèves qui se multipliaient dans les mines, durcit son régime. Les pouvoirs furent massivement concentrés entre les mains du président et un régime de parti unique se dessina. C'était maintenant au nouveau gouvernement de prendre les décisions quant aux recommandations du rapport Radford sur l'éducation. Par la la Loi sur l'éducation de 1966 et la loi n° 312 du 2 novembre 1966, le gouvernement imposait l'anglais comme seule langue d'instruction de la première année du primaire jusqu'à l'université.

Paradoxalement, il aura fallu que la Zambie devienne indépendante, et par surcroît dirigée par un gouvernement nationaliste, pour que l'anglais soit imposé dans tout le système d'éducation, ce que les Britanniques n'avaient jamais fait eux-mêmes auparavant. Les responsables zambiens du ministère de l'Éducation crurent que les élèves seraient ainsi libérés de la «perturbation émotionnelle» qui survient lorsqu'ils passent de la langue vernaculaire africaine à l'anglais, qu'on aiderait les élèves à acquérir une langue plus flexible et au vocabulaire plus riche, que l'étude de l'anglais serait facilitée pour les niveaux secondaire et universitaire, et que le pays assisterait à un développement intensif de l'éducation.

Le gouvernement de l'époque croyait aussi que l'usage officiel de l'anglais favoriserait l'unité nationale puisque l'anglais était considéré comme une langue neutre qui n'appartenait à aucun groupe linguistique ou ethnique en Zambie. Le gouvernement était convaincu que l'anglais pouvait politiquement unir les habitants de la Zambie en empêchant les conflits qui auraient évidemment augmenté si le gouvernement avait choisi l'une des langues zambiennes en tant que langue officielle.

Cependant, l'adoption de l'anglais allait entraîner des effets pervers en divisant les Zambiens en deux catégories: ceux qui ont la capacité de le parler et de l'utiliser couramment, et ceux qui ne peuvent pas l'appendre et ne le comprennent pas. Par voie de conséquence, il y a ceux qui utilisent l'anglais comme un moyen pour supprimer d'autres langues en occupant des postes influents dans les domaines politiques, sociaux, économiques, etc. Certains citoyens responsables ne peuvent occuper certains postes politiques et autres en raison de leur méconnaissance de l'anglais.

- Les langues zambiennes

Tout en mettant en œuvre les principales recommandations du rapport Radford, le gouvernement nationaliste de Kenneth Kaunda n'a jamais abandonné complètement l'enseignement des langues locales. Sept langues nationales furent reconnues comme matières d'enseignement sur une base régionale: le bemba, le kaondé, le lozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga. En fait, les sept langues locales ont été choisies par le gouvernement de Kaunda de manière arbitraire, puis elles ont été imposées à tous. Ce choix ne semblait pas toujours cohérent dans la mesure où, par exemple, le luvalé comptait moins de locuteurs que d'autres langues comme le mambwé et le namwanga qui n'ont pas été «choisies». Le résultat de cette politique en éducation fut que seulement ces sept langues se sont développées un peu plus (mais beaucoup moins que l'anglais) au détriment des autres langues zambiennes. Dans les faits, peu de langues furent utilisées dans les écoles, car le statut des langues zambiennes était peu valorisé par la population, sauf dans des circonstances très spéciales.

En 1968, les sièges réservés aux Blancs à l’Assemblée nationale furent supprimés, puis les partis politiques, à l’exception de l’UNIP (l'United National Independence Party : Parti de l'indépendance nationale unie), furent interdits.  En 1973, le régime de parti unique fut institutionnalisé. En éducation, le ministère de l'Éducation nationale proposa en 1975 un retour à la pratique antérieure lorsque les langues locales étaient enseignées durant les quatre premières années du primaire.


Mais la proposition fut rejetée par le gouvernement et, en 1977, la réforme éducative a réaffirmé l'usage de l'anglais comme seule langue de l'éducation du primaire jusqu'à l'université. Toutefois, le Ministère avisait les enseignants qu'ils pouvaient expliquer, dans l'une ou l'autre des sept langues éducatives reconnues, les concepts difficilement compris par une majorité d'élèves dans une classe. Le président Kenneth  Kaunda encouragea la guérilla nationaliste, financée notamment par la Chine et l’Union soviétique, contre le pouvoir blanc de la Rhodésie du Sud, mais maintint toujours de bonnes relations avec les pays occidentaux. Cependant, la situation intérieure en Zambie ne cessait de se dégrader. Kaunda fut réélu pour un sixième mandat présidentiel en 1988, à l’issue d’une élection sans opposition. Mais la crise économique, l'exode rural et l'essor démographique firent naître la corruption dans l'administration et l'insécurité dans les villes. Kaunda dut faire face, en 1990, à de violentes émeutes, provoquées par la fin du blocage des prix.

Après l’échec d’une tentative de coup d’État en juin, Kaunda accepta de modifier la Constitution pour autoriser le multipartisme. Le MMD (Movement for Multiparty Democracy) de Frederick Chiluba triompha aux élections législatives de 1991, emportant 80 % des sièges, puis l’élection présidentielle (81 % des suffrages) de 1991. Ces premières consultations électorales libres depuis l’indépendance furent toutefois marquées par une forte abstention. Kaunda était resté en fonction durant 27 ans.

- Les autres gouvernements

Le nouveau gouvernement de Frederick Chiluba ne parvint pas à juguler la crise économique, ce qui suscita de vives contestations. Les élections législatives d’octobre 1996 et présidentielle de novembre 1996 reconduisirent néanmoins au pouvoir le président Chiluba et son parti, le MMD. Le régime du président Chiluba se durcit encore davantage avec la déclaration, le 29 octobre 1997, de l’état d’urgence (à la suite d’une tentative de coup d’État militaire) et l’arrestation d’opposants.

En 1996 le Ministère a publié un autre document sur sa politique intitulé Educating Our Futur («Préparons notre avenir»); il était recommandé de donner l'occasion à tous les élèves d'apprendre les compétences de base en lecture et en écriture dans les langues locales, tout en conservant l'anglais comme langue officielle de l'éducation. En 1997, le programme scolaire prévoyait rendre obligatoire l'étude d'une langue locale dans les écoles primaires et facultative au secondaire et dans les lycées. Comme les fois précédentes, la politique est restée lettre morte. Puis, en 2000, le Centre de développement des programmes d'études du ministère de l'Éducation nationale a produit un autre document: The Basic School Curriculum Framework («Structure de base des programmes d'études scolaires»). Il était recommandé d'alphabétiser les jeunes à la fois dans une langue familière («familiar language») et en anglais, alors que les langues zambiennes seront considérées comme des matières supplémentaires. Ainsi, les enfants apprendront l'anglais et développeront leurs compétences en écriture dans les langues zambiennes et anglaise.

En janvier 2002, le président Chiluba fut remplacé par Levy Patrick Mwanawasa. Le président élu en 2002 est Levy Patrick Mwanawasa, issu du MMD (Movement for Multi-Party Democracy). Toutefois, le président Mwanawasa subit un lourd héritage politique et se voit confronté à de multiples contraintes internes et externes. Au sein de la population zambienne, il passe pour une «marionnette de Chiluba» et il lui paraît difficile s’affranchir de cette réputation, à moins qu’il ne change radicalement les anciens cadres politiques du MMD.  Après la mort du président en août 2008, Banda fut élu quatrième président du pays jusqu'en septembre 2011. Le chef de l'opposition Michael Sata lui succéda et devint le cinquième président de la Zambie. Il décéda à son tour, à la suite d'une maladie à Londres (Grande-Bretagne) le mardi 28 octobre 2014. Depuis 2015, Edgar Lungu (né le 11 novembre 1956) est devenu le président de la République de Zambie. Le pays compte une population dans une proportion de 73 % de citoyens vivant sous le seuil de la pauvreté et dépendent pour leur survie du fonctionnement des services publics. 

4 La politique linguistique

La Zambie n'a pas une politique linguistique très développée. L'anglais est la langue officielle de l'État qui reconnaît sept «langues principales» dans l'enseignement primaire. L'article 258 de la Constitution du 5 janvier 2016 déclare que la langue officielle de la Zambie est l'anglais:

Article 258

Langue officielle, usage et statut des langues locales

1) La
langue officielle de la Zambie est l'anglais.

Pour le reste, il s'agit de dispositions ponctuelles portant sur les qualifications à la présidence (art. 100), les langues permises dans l'enseignement (art. 258.2) et la version anglaise de la Constitution (art. 267).

4.1 La langue de la législation

L'anglais reste la seule langue du Parlement. C'est la langue des débats, des lois et des règlements. L'article 100 précise que, pour devenir membre de l'Assemblée nationale, il faut savoir lire, écrire et parler la langue officielle de la Zambie:

Article 100

Q
ualifications et interdictions pour la nomination d'un candidat à la présidence

1) Quiconque se qualifie pour être candidat à l'élection à titre de président si cette personne :

(a) est un citoyen de naissance ou de descendance;
(b) réside habituellement en Zambie;
(c) a au moins trente-cinq ans;
(d) est un électeur inscrit;
(e) a obtenu, à titre de diplôme universitaire minimum, un certificat de douzième année ou son équivalent;
(f)
parle couramment la langue officielle;

Du fait que l'anglais soit obligatoire, beaucoup de députés zambiens n'osent s'exprimer au moment des débats parlementaires en raison de leur méconnaissance de l'anglais. D'ailleurs, des linguistes de l'Université de Zambie, dont Nkolola Wakumelo, se sont dits préoccupés par l'utilisation de l'anglais au Parlement; ils estiment qu'on devrait permettre l'emploi de certaines langues zambiennes lors des débats oraux.

4.2 Les langues de la justice

Dans le domaine judiciaire, la politique se veut pragmatique, mais rigide sur le respect de la langue officielle. Les articles 13, 18 et 26 de la Constitution de 1991 (aujourd'hui abrogée par celle de 2016) prévoyaient le recours aux langues locales lorsqu'une personne ne comprend pas la langue officielle. Autrement dit, quiconque est arrêté ou détenu doit être informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire et dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention. Cette pratique ne constitue pas un droit linguistique, mais une pratique pour permettre un minimum de compréhension de la part des personnes accusées oui détenues. 

- L'emploi des langues dans les tribunaux

les Les articles 170 et 195 du Code de procédure pénale (1934-1997) décrivent la procédure selon laquelle il est possible de s'exprimer dans une autre langue que l'anglais à la condition de recourir à la traduction:

Article 170

Copie du jugement à donner sur demande à un accusé

À la demande de l'accusé, une copie du jugement ou, s'il le désire,
une traduction dans sa propre langue si possible lui sera remise sans délai. Cette copie ou cette traduction doit être gratuite.

Article 195

Traduction du témoignage à accusé ou à son avocat

1)
Chaque fois qu'un témoignage est donné
dans une langue qui n'est pas comprise par l'accusé et qu'il est présent en personne, ce témoignage doit être traduit en audience publique dans une langue qu'il comprend.

2) S'il apparaît à un avocat que le témoignage est donné dans
une autre langue que l'anglais et qu'il n'est pas compris par celui-ci, il doit lui être traduit en anglais.

3) Lorsque les documents sont déposés à des fins de preuve formelle, il relève de la discrétion du tribunal de faire en sorte qu'il y ait
une traduction de ce qui apparaît nécessaire.

Bien que le recours à la traduction soit courant, l'anglais demeure la langue officielle des tribunaux. Il en est ainsi dans les tribunaux inférieurs, selon la Loi sur les tribunaux inférieurs (1934-1995):

Article 4

Interprète


Si, dans une cause ou une affaire, une partie, un témoin ou toute autre personne est
incapable de parler ou de comprendre la langue anglaise, le tribunal peut ordonner à quelqu'un d'approprié et de compétent d'assister et de traduire la procédure, le cas échéant. [...]

Article 20

Règles relatives aux déclarations sous serment


Les commissaires et toute autre personne doivent respecter les règles suivantes auxquelles sont soumises les déclarations sous serment:

g) Le constat d’assermentation doit être rédigé, sans surcharge ni modification, ni effacement (à moins que le même texte soit paraphé par le commissaire), immédiatement dans la marge de l’affidavit sur le côté gauche du papier et être signée par le commissaire.

Lorsque le témoin est analphabète ou aveugle, il doit le déclarer et la déclaration sous serment doit avoir été lue (ou
traduite dans sa propre langue dans le cas d'un témoin n'ayant pas suffisamment connaissance de l'anglais) et que le témoin a comparu en la comprenant.

Selon la Loi sur les tribunaux des petites créances (1992), un procès peut se dérouler en anglais ou dans une autre langue, mais chaque fois qu'une autre langue que l'anglais est utilisée dans la procédure, le tribunal doit faire une traduction en anglais de la procédure dont il est saisi, mais ne doit pas tenir un procès-verbal de cette procédure.

Article 15

Langue d'usage

1)
Tout procès dans un tribunal des petites créances doit se dérouler en anglais ou dans
une autre langue qui, de l'avis du tribunal, convient à la cour et à toutes les parties qui l'ont précédées.

2) Lorsqu'une partie à la procédure n'est pas familière avec
la langue utilisée au tribunal, la partie doit être autorisée à recourir à un interprète.

3) Chaque fois qu'une autre langue que l'anglais est utilisée dans une procédure, le tribunal doit faire une traduction en anglais de la procédure dont il est saisi, mais ne doit pas tenir un procès-verbal de cette procédure.

La procédure concernant les langues est identique dans la Loi sur la Haute Cour (1960-1994):

Article 2

Enregistrement des témoignages

3) Tout enregistrement fait en écriture normale ou en sténographie doit être transcrit en anglais:

À condition que le juge qui préside ou le greffier puisse ordonner qu'en totalité ou une partie du témoignage soit consignée dans une autre langue employée par un témoin. [...]

Lorsque le témoin est analphabète ou aveugle, il doit indiquer le fait et que l'affidavit a été lu (ou traduit dans sa propre langue dans le cas d'
un témoin n'ayant pas suffisamment connaissance de l'anglais) et que le témoin semblait le comprendre.

Article 6

Interprète

Si, dans une cause ou une affaire, toute personne accusée, une partie, un témoin ou toute autre personne est
incapable de parler ou de comprendre la langue anglaise, la cour ou un juge peut ordonner à quelqu'un d'approprié et de compétent aide et traduise les débats dans la mesure du possible si c'est nécessaire.

En vertu de la Loi sur la Cour suprême de Zambie (1973-1979), il ne fallait pas s'attendre à une procédure différente à la Cour suprême:

Article 58

Dossier d'appel

1)
Le dossier d'appel doit être préparé conformément au règlement n° 10 et inclure un mémoire d'appel et des copies de la procédure devant la Haute Cour et dans l'un des tribunaux ci-dessous.

4) Le dossier d'appel doit contenir les documents suivants dans l'ordre dans lequel ils sont présentés:

h) des copies de toutes les déclarations sous serment lues et de tous les documents déposés à la Haute Cour, dans la mesure où ils sont importants à des fins d'appel et, si ces documents ne sont pas en anglais, des copies de leurs traductions certifiées;

- L'emploi des langues dans les lieux de détention

Quel que soit le lieu de détention, c'est-à-dire dans une prison, un centre d'internement ou un centre de rétention d'immigrants clandestins, toute personne a le doit d'être informée dans une langue qu'elle comprend, des motifs de sa détention. L'article 110 de la Loi sur les prisons (1966) oblige de distribuer un résumé des règlements en anglais, mais avec des traductions dans quatre langues, en bemba, en nyanja, en lozi et en tonga :

Article 110

Information aux prisonniers pour l'admission

1)
Tout prisonnier doit, lors de son admission dans une prison, recevoir des informations complètes au sujet des règlements concernant le traitement des prisonniers de sa catégorie, les avantages et les privilèges, la procédure appropriée pour soumettre des requêtes et déposer des plaintes, les règlements concernant la nourriture, les vêtements, la literie et les autres nécessités ainsi que les exigences disciplinaires de l'établissement.

2) Un résumé imprimé de ces règlements
en anglais (y compris les échelles de régime complètes) et approuvé par le commissaire avec des traductions en bemba, en nyanja, en lozi et en tonga, relativement au traitement et à la conduite des détenus, doit rester affiché dans chaque prison en des lieux accessibles pour tous les prisonniers et être lu à un prisonnier dans les vingt-quatre heures suivant son admission en prison.

La Loi sur l'extradition (1968) reprend les dispositions usuelles concernant la détention des individus qui doivent être informés, dans une langue qu'ils comprennent, des motifs de leur arrestation et de leur détention :

Article 8

Mandat d'arrestation

5) Quiconque est arrêté en vertu d'un mandat émis en vertu du présent article doit être informé,
dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation et de sa détention, et il doit être présenté devant un magistrat aussitôt que possible.

Article 9

Mandat provisoire

6) Quiconque est arrêté en vertu d'un mandat émis en vertu du présent article doit être informé, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation et de sa détention et, à moins que le mandat ne soit annulé en vertu du paragraphe 4, il doit être traduit aussi tôt que possible devant un magistrat [...];

Article 22

Procédure après une arrestation

1) Quiconque est arrêté en vertu d'un mandat émis en vertu de l'article 21 doit être informé, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation et de sa détention et, à moins qu'il soit plus tôt libéré, il doit être présenté aussitôt que possible devant un juge au tribunal.

Article 49

Procédure après une arrestation

1) Quiconque est arrêté en vertu d'un mandat émis en vertu d'un mandat externe prévu à l'article 45 ou en vertu d'un mandat provisoire émis en vertu de l'article 47 doit être informé,
dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation et de sa détention, et il doit être présenté aussitôt que possible devant un magistrat.

L'article 35 de la Loi sur l'immigration et l'expulsion (1967) reprend les mêmes dispositions en matière d'arrestation ou de détention:

Article 35

Raisons à donner pour les arrestations ou la détention

1)
Quiconque est arrêté ou détenu en vertu des dispositions de la présente loi doit être informée dans les plus brefs délais
dans une langue qu'il comprend du motif de son arrestation ou de sa détention.

- Les traductions

Un magistrat qui préside un procès en Zambie peut désigner un notaire ou un conseiller juridique pour assurer la conformité des traductions dans les tribunaux. Un notaire public peut superviser des témoignages et des déclarations sous serment. L'article 7 de la Loi sur les notaires publics et les fonctions notariales (1968) décrit le rôle des notaires publics dans les traductions:

Article 7

Fonctions des notaires publics

7)
Un notaire public peut :

(a) vérifier, authentifier et attester, par son sceau officiel, l'exécution des actes et autres documents, des contrats et des procurations;

(b) vérifier, par son sceau officiel, des traductions de documents dans n'importe quelle langue zambienne ou étrangère vers l'anglais ou vice versa;

Dans les faits, la seule langue écrite de la justice est l'anglais, mais plusieurs langues locales peuvent être employées à l'oral dans les régions, surtout le bemba, le lozi, le luvalé, le nyanja et le tonga, mais aussi le kaondé et le lunda. Il ne s'agit pas d'un droit, mais d'une pratique normale parce que jugée nécessaire, beaucoup de Zambiens non instruits ne connaissant peu ou pas l'anglais. Bref, toute procédure judiciaire locale se déroule dans une langue nationale locale, bien que les lois en vigueur imposent l'anglais. De plus, la sentence du juge doit toujours être prononcée en anglais, avec une traduction dans une langue locale au besoin. Un autre exemple est celui de la police; les interrogatoires se déroulent normalement dans la langue locale ou régionale, mais le compte rendu est en anglais. Comme les agents de police deviennent des traducteurs, les erreurs de traduction peuvent être fréquentes. 

4.3 La langue de l'administration publique

Étant donné le grand nombre de langues zambiennes, il est illusoire de croire que l'anglais peut convenir à toutes les situations. En réalité, le bemba, le kaondé, le lozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga sont aussi utilisés dans certaines publications administratives, mais les textes qui autorisent ces langues sont rarissimes. Il s'agit de la Loi sur la citoyenneté zambienne (1994) et de la Loi sur les prisons (1966). Autrement dit, on est encore loin de la zambianisation complète, bien que la plupart des Zambiens ne peuvent guère se situer dans une perspective nationale, parce qu'il n'existe pas de plate-forme pour eux. Les documents constitutionnels et législatifs sont tous rédigés en anglais, sans traduction dans les langues nationales. Le budget de l'État et les autres affaires nationales s'adressent à ceux qui parlent l'anglais et non à ceux qui parlent les langues locales. Jusqu'à un certain point, l'anglais demeure un obstacle dans les affaires du pays, ce qui a affecté tous les secteurs de la nation.

- L'administration locale

Rappelons que la Zambie est divisée en neuf provinces, lesquelles sont administrées par des fonctionnaires désignés par le gouvernement central. Chaque province est elle-même divisée en plusieurs districts, lesquels sont présidés par des secrétaires de district. Les districts administratifs situés à l'extérieur des municipalités et des «districts» (appelés aussi "townships") sont regroupés dans des conseils ruraux composés de membres élus au suffrage universel et d'une minorité de membres désignés principalement par des chefs nommés par le sous-ministre de l'Intérieur. Les conseils ont évolué à partir des anciennes autorités autochtones qui ont été constituées sur une base tribale. Les conseils ruraux ont fréquemment traversé les classes de la société africaine afin d'établir des unités plus vastes et plus viables. Les fonctions et les pouvoirs des conseils ruraux sont semblables à ceux des autorités locales urbaines.

Le gouvernement zambien a approuvé en 1991 sa politique de décentralisation nationale qui devait permettre aux provinces et aux districts de gérer leurs propres affaires pour favoriser un développement économique et social plus efficace. Cette politique de décentralisation a pour effet, en principe, de promouvoir la participation des citoyens à la gouvernance démocratique au plan local. Elle favoriserait également la participation des chefs et d'autres dirigeants traditionnels à la préservation de la culture et du patrimoine régional, tout en respectant la diversité culturelle des citoyens. 

Bref, le gouvernement de la Zambie comprend trois types de conseils: la ville ("city"), la municipalité ("municipality") et le district ("district"). Un octobre 2016, il existait 103 autorités locales dans tout le pays:

• 4 sont désignées comme conseils de ville ("City Councils"): Lusaka, Livingstone, Kitwe et Ndola;
• 15 sont des conseils municipaux ("Municipal Councils");
• 84 sont des conseils de district ("District Councils") ou conseils de cantons ("Township Councils") composés de plus petites autorités rurales.

Dans la  Loi sur les collectivités locales (1991), l'expression “local authority” en Zambie désigne soit un «conseil de ville ("City Council», soit un «conseil municipal» ("Municipal Council"), soit un «conseil de district» ("District Council") ou un «conseil de canton» ("Township Council"). Mais dans la Loi sur les marchés (1994), la même expression désigne un «conseil municipal» ("Municipal Council"), un «conseil de canton» ("Township Council") ou un «conseil rural» ("Rural Council"). 

En général, les conseils de ville sont situés dans les quartiers urbains qui comptent une population importante et une grande diversification dans les activités économiques, tandis que les conseils municipaux couvrent les régions de banlieue. Quant aux conseils de district, ils sont situés dans les districts relativement ruraux qui comptent une faible population, qui dépendent fortement de l'agriculture et qui ont moins de ressources fiscales. Cependant, légalement, tous les conseils ont les mêmes mandats et la même autorité vis-à-vis de leurs résidents et du gouvernement central.

Le gouvernement a fait adopter à cet effet la Loi sur les collectivités locales (1991), mais la loi n'a pu être appliquée qu'en 2002. Cette loi prévoit la création de conseils municipaux et de conseils de district, ainsi que des conseils d'administration et des conseils d'appel pour les administrations provinciales; la loi définit leurs fonctions et leurs pouvoirs, y compris l'acquisition de terres et l'emploi des langues. Les articles 30 et 34 énoncent qu'un conseil doit conserver en anglais les procès-verbaux de la procédure :

Article 30

Procès-verbal

1) Tout conseil doit conserver
en anglais les procès-verbaux de la procédure à chaque réunion du conseil et faire en sorte qu'il y soit inscrit le nom des conseillers présents à cette assemblée.

Article 34

Procès-verbal

1) Tout comité doit conserver
en anglais les procès-verbaux de la procédure à chaque réunion du comité et faire en sorte qu'il y soit inscrit le nom des membres du comité présents à cette réunion.

L'article 77 de la Loi sur les collectivités locales précise que rien de doit être interprété comme empêchant l'emploi d'une autre langue que l'anglais pour traduire le contenu d'un règlement à la connaissance des citoyens:

Article 77

Langue des statuts

Tout règlement établi par un conseil en vertu de la présente loi doit être en langue anglaise:

À condition que rien dans le présent article ne puisse être interprété comme empêchant l'emploi d'une autre langue que l'anglais pour traduire le contenu d'un tel règlement à la connaissance de toute personne concernée.

Effectivement, dans les localités éloignées de la capitale, l'anglais demeure une langue aussi étrangère que peuvent l'être le français et le portugais. Il convient alors de recourir aux langues locales pour faire comprendre aux citoyens les décisions prises par les conseils locaux. Ces langues zambiennes sont les plus employées pour communiquer avec les citoyens, notamment à l'oral et les situations plus ou moins informelles, y compris dans les bureaux des administrations locales. Les langues reconnues sont les suivantes: le bemba, le kaondé, le lozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga. Cependant, les langues les plus utilisées à côté de l'anglais sont le bemba, le nyanja, le lozi et le tonga.

- Les langues utiles pour la citoyenneté

La Loi sur la citoyenneté zambienne (1994) énonce que la connaissance de l'anglais ou de toute langue couramment utilisée par les habitants indigènes, notamment le bemba, le kaondé, le lozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga, peut être prescrite pour obtenir la citoyenneté zambienne:

Article 16

Autres personnes ayant le droit d'être inscrites en tant que citoyens

1) Quiconque applique les dispositions de l'article 6 de la Constitution peut présenter une demande au Bureau d'inscription en tant que citoyen selon la procédure prescrite.

2) Le Bureau peut accepter la demande d'inscription en tant que citoyen de la part de quelqu'un qui demande cette inscription en vertu des dispositions du paragraphe 1 si le Bureau est convaincu qu'il:

(a) est, à la date de la demande, résidant habituellement en Zambie;
(b) a, à la date de la demande, une résidence habituellement en Zambie pour la période de dix ans précédant immédiatement cette date;
(c) est de bon caractère;
(d
) possède une connaissance adéquate de la langue anglaise ou de toute langue couramment utilisée par les habitants indigènes de la Zambie, qui peut être prescrite;

Article
17

Prescription de langues

Les
langues suivantes utilisées couramment par les habitants indigènes de la Zambie sont prescrites aux fins de l'alinéa d) du paragraphe 2 de l'article 16 de la loi, à savoir le bemba, le kaondé, le lozi, le lunda, le luvalé, le nyanja et le tonga.

Il est très rare qu'une loi énumère les langues africaines permises. Ces langues nationale sont les plus utilisées dans les communications orales par l'administration zambienne. L'article 14 de la Loi sur l'immigration et l'expulsion (1967) autorise l'emploi d'une langue couramment utilisée par les habitants indigènes de la Zambie ou la connaissance de l'anglais:

Article 14

Permis d'admission

1)
Sur demande faite selon  la procédure prescrite, l'agent principal de l'immigration peut émettre un permis d'admission à toute personne qui répond à ces critères:

(a) ce n'est pas un immigrant interdit d'admission;
(b) elle possède
une connaissance adéquate d'une langue couramment utilisée par les habitants indigènes de la Zambie, qui peut être prescrite ou une connaissance de l'anglais;

- Le monde des affaires

Dans le monde des affaires, l'anglais domine nettement le paysage zambien, bien que l'usage d'une autre langue ne soit pas interdite.  La Loi sur les marchés (1994) énonce que tous les règlements adoptés par une autorité locale doivent être en anglais, mais rien n'interdit l'usage d'une autre langue:

Article 5

Règlement et statuts

2)
Tous les règlements adoptés par une autorité locale en vertu du présent article doivent être
en anglais:

Pourvu que rien dans le présent paragraphe ne soit interprété comme empêchant
l'usage d'une autre langue ainsi que l'anglais
pour amener le contenu de ces règlements administratifs à l'attention de toute personne concernée

La Loi sur les services bancaires et financiers (2005) autorise une autre langue que l'anglais, sans en mentionner une seule :

Article 117

Utilisation du mot "banque"


Nul autre qu'une banque ne doit, sans le consentement de la Banque de Zambie, utiliser le mot «banque» ou l'un de ses produits dérivés
dans une langue quelconque ou tout autre mot ou symbole indiquant la transaction de l'activité bancaire, en son nom ou dans un document publicitaire ou déclaration de tout genre publié ou fait pour décrire ses activités en Zambie.

Article 119

Restriction dans l'emploi ou l'enregistrement des noms bancaires et connexes

1)
Sous réserve du paragraphe 2, quiconque dirige une entreprise ne doit utiliser de nom indiquant ou pouvant raisonnablement être compris pour indiquer (en anglais ou dans une autre langue) que l'entreprise est un fournisseur de services financiers ou exerce des opérations bancaires ou offre des services financiers, à moins que l'entreprise ne soit autorisée en vertu de la présente loi.

Par contre, dans toutes les autres lois, l'emploi de l'anglais est obligatoire ou une traduction certifiée conforme. C'est le cas à l'article 64 de la Loi sur les assurances (1994), qui exige qu'un document rédigé dans une autre langue que l'anglais soit accompagné d'une traduction en anglais :  

Article 64

Traduction de documents en anglais


Le greffier peut exiger qu'une personne qui, en vertu de la présente loi avec une déclaration, lui fournit un certificat, un document ou autre information
dans une autre langue que l'anglais soit accompagné d'une traduction en anglais à ses frais.

On trouve les mêmes prescriptions dans la Loi sur les sociétés (1958):

Article 5

Demande d'inscription ou d'exemption

3)
Lorsque la constitution ou les règlements de la société n'ont pas été rédigés en anglais, il doit y être adjoint à la demande trois copies d
'une traduction en anglais de ladite constitution ou de ces règlements, en plus des trois copies de ladite constitution ou des règlements dans la langue dans laquelle ils ont été rédigés.

Ainsi que dans la Loi sur les compagnies (1994):

Article 251

Comptes annuels d'une compagnie étrangère

4) Si la compagnie étrangère est tenue, en vertu de ses articles ou d'autres dispositions des statuts qui régissent son comportement ou en vertu des lois du pays dans lequel elle est constituée, de faire circuler des comptes annuels à ses membres ou de les présenter devant ses membres en assemblée générale, la société doit, dans les vingt-huit jours qui suivent le respect de ces exigences, déposer auprès du greffier une copie certifiée conforme des comptes avec, si les comptes sont
dans une autre langue que l'anglais, une traduction certifiée conforme en anglais.

Article 252

Tenue des registres comptables par une compagnie étrangère

5) Les registres comptables de la compagnie doivent être conservés en anglais, sauf si l'usage d'une autre langue est approuvée par écrit par le greffier.

Article 372

Documents dans une langue approuvée

1) Sous réserve de la présente loi, lorsque la loi exige qu'un document ou qu'un registre soit préparé, conservé, maintenu ou déposé, le document doit être rédigé en anglais.

2) Lorsque le greffier approuve le dépôt d'un document dont la totalité ou une partie est rédigée dans une autre langue que l'anglais, il peut exiger une traduction certifiée conforme à l'anglais qui lui est annexée.

La Loi sur les brevets (1994) traite des documents présentés dans une langue étrangère, ceux-ci devant être traduits en anglais:

Article 7

Preuves à l’appui de l’application de la convention

2)
Si une instruction ou un autre document relatif à la requête est rédigé
dans une langue étrangère, celui-ci doit être accompagné d'une traduction en anglais vérifiée à la satisfaction du greffier.

Article 77

Taille et écriture des documents

1)
Tous les documents et copies de document déposés à l'Office, à l'exception des illustrations, doivent être écrits, dactylographiés, lithographiés ou imprimés
en anglais, sauf indication contraire de la part du greffier:

La Loi sur l'aviation (1994) va plus loin, car elle exige qu'un candidat doit pouvoir lire, écrire et converser couramment en anglais:

Article 90

Dispositions générales

2)
Un candidat pour l'octroi d'un permis pour l'une des classes mentionnées au règlement subsidiaire 1 doit pouvoir lire, écrire et converser couramment en anglais.

Article 115A

Âge du candidat et période de permis pour les autorisations en télécommunications et d'aide technicien à la navigation

3)
Un candidat pour l'octroi d'un permis de technicien d'avion ne doit pas avoir moins de 21 ans et doit pouvoir lire, écrire et converser couramment en anglais.

Enfin, la Loi sur le mariage (1918-1994) mentionne que, dans le cas des personnes sourdes et muettes, il leur sera demandé de recourir à un interprète qui comprend la langue des sourds-muets :

Article 5

Cas particuliers


Dans le cas des personnes sourdes et muettes, il leur sera demandé de recourir à un interprète qui comprend
la langue des sourds-muets; en outre, les mots d'une déclaration et d'un contrat doivent être rédigés et signés par les parties en signe de leur consentement.

Dans les faits, les sept langues nationales reconnues de la Zambie sont utilisées à côté de l'anglais dans un grand nombre de situations. Elles sont généralement employées pour diffuser une politique gouvernementale particulière ou pour des informations reliées à la santé, par exemple, des alertes de choléra, d'inondations ou de tout danger pour la population. De façon pragmatique, chacune de ces sept langues est utilisée en fonction d'une base régionale spécifique. Ainsi, le bemba est principalement employé dans la province du Nord, la province de Luapula et la province de Copperbelt; le nyanja est la langue principale de la province de l'Est ainsi que dans la province de Lusaka à côté du bemba et de l'anglais; le tonga est surtout utile dans la province du Sud et le lozi dans la province de l'Ouest. Mais dans la province du Nord-Ouest, le lunda, le luvalé et le kaondé, qui sont parlés dans cette région, ne sont pas majoritaires. De façon générale, les langues nationales jouent un rôle plus important que l'anglais dans les zones rurales, alors qu'elles sont en concurrence avec l'anglais dans les zones urbaines où même les Chinois, qui ont pratiquement envahi les villes, tentent avec bienveillance de s'exprimer en anglais. 

De plus, si l'anglais demeure une langue véhiculaire importante parce qu'il n'est pas identifié à une région en particulier et il peut être utilisé partout dans le pays, surtout dans les milieux urbains; le bemba et le nyanja sont davantage employés comme langue véhiculaire (orale) que l'anglais, même si la majorité des locuteurs de ces langues vivent dans le centre, le nord et l'est du pays.

Néanmoins, l'anglais demeure la langue de l'État, car même les inscriptions sur les billets de banque sont rédigées uniquement dans cette langue. Bref, pour la quasi-totalité des documents écrits, l'anglais règne en maître, sans langues rivales possibles.

4.4 Les langues de l'éducation

Le système d'éducation zambien compte quatre niveaux: l’enseignement maternel, l’enseignement primaire, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. L’enseignement primaire est obligatoire et dure sept ans. Viennent ensuite les études secondaires qui comptent deux cycles: le "junior secondary school" (deux ans) et le "senior secondary school" (trois ans). Enfin, il faut ajouter l’enseignement supérieur qui englobe l’université de Zambie, les écoles normales et les divers instituts spécialisés.

Depuis l'indépendance en 1964, l'anglais est demeuré la langue normalement enseignée à tous les niveaux de l'éducation, du primaire jusqu'à l'université. En 1992, le ministère de l'Éducation nationale a publié un document politique intitulé Focus on Learning («Convergence sur l'apprentissage»), qui remplaçait une réforme de 1977 et mettait l'accent sur les langues zambiennes locales. On y lisait notamment: «L'importance des langues locales doit être mise en évidence pour s'assurer qu'elles contribuent significativement à l'apprentissage jusqu'à la huitième année.» La politique des langues zambiennes n'a pas réellement été appliquée. En 1994, le Centre de développement des programme d'études du ministère de l'Éducation nationale a préparé un autre document concernant le programme d'études des écoles primaires; il était intitulé The Structure of the New School Curriculum («Structure du nouveau programme d'études scolaires») dans lequel il était à nouveau recommandé que les langues maternelles et les grandes langues locales (bemba, kaondé, lozi, lunda, luvalé, nyanja et tonga) soient employées comme langues d'enseignement durant les quatre premières années du primaire. Mais cette recommandation n'a pas été appliquée et elle est demeurée lettre morte.

"familiar language"
"Zambian languages"
"local language"
"vernacular language"
« langue familière »
« langues zambiennes »
« langue locale »
« langue vernaculaire »
Toutefois, en 2000, une réforme a eu lieu afin de mettre en place un enseignement des langues zambiennes, ce qu'on appelle les "familiar Zambian languages", les «langues zambiennes familières» (ou encore «langues zambiennes, «langues locales», «langues vernaculaires». En Zambie, les sept langues régionales officielles, le nyanja, le tonga, le bemba, le kaondé, le lunda, le luvalé et le lozi, ainsi que les langues communautaires largement utilisées dans les zones scolaires spécifiques desservies, doivent être utilisées à des fins d'enseignement au cours des quatre premières années du primaire.

L'anglais restera toujours la langue officielle exclusive de l'enseignement à partir de la 5e année jusqu'au niveau tertiaire. Le Programme-cadre de 2013 (Zambia Education Curriculum Framework 2013) officialise cette politique linguistique en éducation. On y lit ce qui suit:

Langue d'instruction

La politique sur l'éducation reconnaît l'utilisation de langues zambiennes familières comme les langues officielles de l'enseignement dans les établissements préscolaires et les premières années du primaire (de la 1re à la 4e année). Tout l'enseignement et l'apprentissage dans tous les domaines d'apprentissage au niveau primaire du premier cycle doivent être dans les langues zambiennes familières. [...]

En Zambie, les sept langues régionales, le nyanja, le tonga, le bemba, le kaondé, le lunda, le luvalé et le lozi, ainsi que les langues communautaires largement utilisées dans les zones scolaires spécifiques desservies, seront utilisées à cette fin. Il convient également de noter que l'utilisation d'une langue familière devrait être étendue aux élèves ayant des besoins éducatifs particuliers. L'anglais restera toujours la langue officielle de l'enseignement à partir de la 5e année jusqu'au niveau tertiaire.

Or, la Loi sur l'éducation  de 2011 énonce bien à l'article 98 que la langue d'enseignement, à quelque niveau que ce soit du système d'éducation, doit être l'anglais:

Article 98

Langue d'enseignement pour établissement d'enseignement

1) Sous réserve du paragraphe 2, la langue d'enseignement à quelque niveau que ce soit du système d'éducation doit être l'anglais.

2) Nonobstant le paragraphe 1, le Ministre peut, en consultation avec un conseil scolaire ou un conseil de direction :

(a) approuver une langue dans laquelle un élève peut apprendre à lire et à écrire;
(b) choisir une langue à utiliser pour l'enseignement des compétences initiales en alphabétisation et en calcul dans une catégorie fondamentale minimale;
(c) imposer une langue obligatoire pour tout élève de niveau primaire jusqu'au secondaire dans une localité; et
(d) approuver une langue d'apprentissage au niveau du certificat scolaire.

 

Le paragraphe 2 de cet article 98 précise que le Ministre peut, en consultation avec un conseil scolaire ou un conseil de direction, approuver, choisir et imposer une autre langue dans l'enseignement primaire. Encore faut-il qu'il ait des enseignants disponibles et qualifiée, ainsi que des manuels dans diverses langues. Autrement dit, l'anglais demeure toujours en théorie LA langue d'enseignement, mais il est possible de dispenser l'enseignement au primaire dans l'un ou l'autre des sept langues reconnues par le gouvernement: le kaondé, le lunda, le luvalé, le nyanja, le bemba, le tonga et le lozi.

De plus, l'article 99 prévoit qu'un établissement d'enseignement doit utiliser la langue des signes comme moyen d'enseignement pour tout élève qui utilise la langue des signes comme première langue d'apprentissage ou qui a un besoin particulier de la langue des signes.

- L'école maternelle

La fréquentation de la maternelle ou du préscolaire est facultative et elle n'est pas gratuite. On y enseigne dans les langues nationales, sauf dans des cas exceptionnellement isolés. En principe, les enfants reçoivent un enseignement d'une langue zambienne, appelée "familiar Zambian language" («langue zambienne familière»), en raison de 3½ heures/semaine. À ce niveau, beaucoup de temps d'enseignement est consacré à l'interaction sociale qui constitue l'objectif principal de l'enseignement préscolaire. L'interaction sociale consistera en des activités guidées et non guidées de différents types visant à développer diverses compétences, attitudes et valeurs positives.

- L'enseignement primaire

L'enseignement primaire compte deux cycles. Le premier cycle est appelé le "Lower Primary Education": enseignement primaire inférieur) et est offert aux élèves de la 1re à la 4e année. Le second cycle est appelé le "Upper Primary Education": enseignement primaire supérieur) et est offert aux élèves de la 5e à la 7e année. Selon le  Programme-cadre de 2013, les langues zambiennes peuvent maintenant être enseignées jusqu'à la 4e année inclusivement, et ce, en raison de 6½ heures/semaine.

Matières du premier cycle (1-4) Durée Périodes
Alphabétisation et langues 6 ½ heures 13
Mathématiques 5 heures 10
Sciences sociales 2 ½ heures 5
Sciences intégrées 2 ½ heures 5
Études de création et de technologie 4 ½ heures 9
Total 21 heures 42
En principe, l'enseignement des langues zambiennes doit être de 6½ heures/semaine. Au second cycle du primaire (5-7), l'enseignement en langue zambienne baisse à 4 h/semaine et l'anglais est obligatoire en raison de 4 h/semaine.

Le seul problème, c'est qu'il faut avoir des enseignants qualifiés et disponibles. C'est le grand problème à l'heure actuelle, surtout dans les zones rurales, alors que la langue anglaise est généralement inconnue.

- L'enseignement secondaire

Le secondaire est divisé en deux cycles: le "Junior Secondary Education" (premier cycle ou enseignement secondaire inférieur), d'une durée de deux ans (8-9), et la "Senior Secondary School" (second cycle ou école secondaire principale), d'une durée de trois ans (10-11-12).

Au premier cycle (8-9), les matières au programme sont les suivantes: langue anglaise (4 heures), mathématiques, langues zambiennes (3 h 20), sciences intégrées, sciences sociales, études commerciales, informatique, sciences religieuses, langues étrangères (2 h 40), ces dernières étant, au choix, le français, le portugais ou le chinois.

Pour le second cycle (10-11-12), les matières dépendent des orientations professionnelles. En général, ce sont les mathématiques, l'anglais, la biologie, les sciences, la géographie et l'histoire, l'éducation civique, la littérature anglaise. Parmi les disciplines facultatives: les langues zambiennes, les langues étrangères et les sciences religieuses.

Tout l'enseignement se donne en anglais, à l'exception des cours de langues étrangères et des cours facultatifs en langues zambiennes. Dans les écoles secondaires, les sept langues officielles locales sont les seules admises. Dans la pratique, seulement quelques écoles offrent des cours dans ces langues, et la plupart n'en proposent même pas. Les élèves qui veulent étudier dans les langues zambiennes le font à titre personnel.

De plus, la plupart des élèves ne peuvent pas se permettre de payer les frais pour entrer dans les écoles secondaires. Ces frais, qui s'élèvent autour de 400 $ US, correspondent pratiquement à la moyenne du revenu annuel en Zambie. Ni le gouvernement ni les écoles ne fournissent d'aide financière. En conséquence, beaucoup des étudiants parmi les les plus prometteurs sont laissés à eux-mêmes.

- Les langues étrangères

Les langues étrangères sont définies comme étant toute autre langue que l'anglais et les langues  zambiennes. Les langues les plus recherchées en Zambie sont d'abord le français et le portugais, puis le chinois et parfois l'allemand. Au moment de l’indépendance, en 1964, l'enseignement du français avait été introduit dans une douzaine d’écoles secondaires; en 1969, il y avait au moins 80 écoles secondaires où le français était offert et, en 1992, il était enseigné dans plus d'une centaine d'écoles secondaires. Cette croissance spectaculaire a incité le ministre de l'Éducation de l'époque à déclarer ouvertement:

Indeed, the demand for French is greater than the Ministry of Education in Zambia can easily cope with. [En effet, la demande de français est plus grande que ce que le ministère de l'Éducation en Zambie peut entreprendre pour y faire face facilement.]

Aujourd'hui, l'enseignement du français est en déclin dans les écoles publiques au point où cet enseignement est devenu une source importante de préoccupation pour de nombreux éducateurs et pour les autorités gouvernementales. Soulignons que le français est l'une des langues de travail du COMESA (Common Market for Eastern and Southern Africa: Marché commun de l'Afrique orientale et australe), de la SADC (Southern African Development Community: Communauté de développement d'Afrique australe) et de l'UA (Union africaine) auxquels est membre la Zambie. Dans le Programme-cadre de 2013, les élèves doivent choisir entre trois langues étrangères: le français, le portugais et le chinois. Le gouvernement zambien a prévenu que dorénavant tous ceux qui souhaiteront travailler dans les missions diplomatiques devront connaître la langue française. De plus, le développement du tourisme, que le gouvernement essaie de mettre en place, nécessite la connaissance évidemment de l’anglais, mais aussi du français.

- L'université

Il existe une quinzaine d'universités publiques en Zambie et autant d'universités privées, dont la langue d'enseignement est l'anglais. L'Université de la Zambie offre un programme en langues africaines (zambiennes) pour ceux qui veulent devenir des enseignants ou simplement étudier ces langues. En réalité, il se fait peu d'études pour les langues zambiennes considérées comme de simples langues de référence dans les études linguistiques. Il n'y a aucune mesure particulière pour améliorer la disponibilité des ouvrages littéraires ni faciliter ceux qui voudraient produire des manuels d'apprentissage. De plus, tous les cours se donnent en anglais.

- Les difficultés

Le pays compte une dizaine d'établissements de formation pour les enseignants dans les écoles. Chacun de ces établissements possède une section ou un département pour les langues zambiennes. La plupart des futurs instituteurs sont formés dans l'enseignement des langues locales, mais très peu d'entre eux les apprennent. Parmi les établissements qui préparent les enseignants des collèges d'enseignement général, seulement un, le Nkrumah Teachers’ College, offre des langues locales comme choix.

Les langues zambiennes les plus enseignées sont le bemba (Nord, Luapula et Copperbelt), le tonga (Sud), le nyanja (Est et Lusaka) et le lozi (Ouest). Étant donné la pénurie de matériel pédagogique nécessaire, la plupart des enseignants utilisent leur propre compréhension de la langue maternelle pour enseigner aux élèves. Malgré l'introduction des langues locales dans l'enseignement primaire du premier cycle, si de nombreux élèves peuvent parler couramment dans leur langue maternelle, ils éprouvent de grandes difficultés à écrire dans une bonne grammaire. Néanmoins, dans l'ensemble, les élèves semblent heureux de la nouvelle politique, car ils apprennent dans une langue que tous comprennent dans la salle de classe au lieu d'avoir recours à une langue (l'anglais) qui ne peut être compris que par quelques-uns. Dans les zones rurales, il arrive que plusieurs langues locales soient en compétition. Certains écoles introduisent de nouvelles langues qui ne sont pas connues par tous les élèves. Il est donc possible qu'une importante minorité d'élèves ne connaissent pas la langue de l'alphabétisation parce qu'ils ne sont pas familiers avec cette langue. Il ne fait aucun doute que le modèle actuel concernant la langue d'enseignement en Zambie est encore provisoire et qu'il devra être révisé à un moment donné pour être amélioré, non pour être remis en question. L'un des problèmes actuels, c'est qu'en raison du manque de manuels les enseignants se replient sur des manuels anglais, alors que les élèves n'ont jamais appris cette langue.

De façon générale, le système d'éducation zambien semble s'être sérieusement détérioré depuis les vingt dernières années en raison de la pauvreté, du manque de ressources et de l'inefficacité des établissements d'enseignement. Même les politiques pédagogiques du gouvernement semblent rarement disponibles aux principaux intéressés, les enseignants. Seulement les deux tiers des élèves terminent leur primaire, et la persistance des filles aux études paraît inférieure à celle des garçons, surtout dans les zones rurales. L'infrastructure scolaire s'est également détériorée. Le mobilier et les manuels manquent cruellement. L'État zambien consacre à l'éducation primaire six fois moins d'argent qu'il y a dix ans, l'essentiel des frais étant désormais à la charge des parents, avec comme résultat une baisse sérieuse de la fréquentation scolaire.

4.5 Les langues des médias

Il n'existe peu de loi concernant l'emploi des langues dans les médias en Zambie. Ainsi, la Zambia National Broadcasting Corporation Act de 1987 ne contient aucune disposition sur les langues. C'est la même situation pour la Zambia National Broadcasting Corporation (Amendment) Act, 2002. Seule la Electoral Act de 1991 traite des langues sans en nommer une. 

- Les médias écrits

Les trois principaux quotidiens, le Times of Zambia, le Post, le Daily Mail, le Financial Mail, le Lusaka Lowdown, le Monitor, le Sunday Mail, le Zambezi Times, etc., sont tous en anglais. Les médias imprimés dans d'autres langues sont limités aux magazines, donc aux hebdomadaires ou aux mensuels. Certains périodiques sont publiés en kaondé, en lunda, en luvalé, en nyanja et en tonga, mais la diffusion de ces langues demeure faible.

- Les médias électroniques

Les médias électronique sont régis par la Loi électorale (1991) qui impose aux radiodiffuseurs d'attribuer un temps d'antenne égal aux partis politiques pour leurs émissions. Ainsi, un parti ne doit pas acheter plus d'une quinzaine de minutes d'antenne dans une seule langue à la télévision ou à la radio au cours d'une semaine:

Article 9

Temps d'antenne

1) Tous les radiodiffuseurs de télévision et de radio doivent attribuer un temps d'antenne égal aux partis pour leurs émissions politiques.

2) Un parti ne doit pas acheter plus de trente minutes d'antenne à la télévision ou à la radio, sauf si le temps alloué d'un parti est totalement ou partiellement inutilisé, auquel cas les autres partis peuvent acheter ce délai supplémentaire selon le principe du premier arrivé, premier servi.

3) Un parti ne doit pas acheter plus d'une quinzaine de minutes d'antenne
dans une seule langue à la télévision ou à la radio au cours d'une semaine:

Pourvu que, si le temps alloué à un parti est totalement ou partiellement inutilisé, les autres partis peuvent acheter ce délai supplémentaire selon le principe du premier arrivé, premier servi.

En fait, l'anglais est largement employé dans les stations radiophoniques. Les 15 stations de radio FM de Lusaka diffusent principalement en anglais, sauf de courts bulletins d'information dans quelques langues zambiennes. En pratique, seule la radio nationale Radio 1 (ZNBC-Radio) diffuse dans les sept langues nationales. Dans les régions rurales, les langues zambiennes sont couramment employées à la radio.
 

À la télévision, la Zambia National Broadcasting Corporation (la ZNBC) diffuse principalement en anglais avec seulement de courts bulletins de nouvelles dans les langues nationales, surtout en bemba et en nyanja. En outre, des programmes diffusés par satellite et par câble, surtout dans les zones urbaines, par les entreprises de radiodiffusion sud-africaines sont en anglais, même dans les langues nationales sud-africaines, et non pas dans les langues zambiennes.

Malgré les nouvelles libertés dont bénéficient les Zambiens, l'accès aux médias demeure limité en raison de l'analphabétisme, de la pauvreté et de l'incapacité de payer pour des journaux et des coûts engendrés pour la radio et de la télévision. De plus, le manque d'électricité empêche régulièrement les médias électroniques hors de la portée de la majorité des citoyens zambiens. En réalité, beaucoup de Zambiens préfèrent dépenser leur argent pour des besoins de première nécessité, comme l'alimentation et le logement.

En somme, la Zambie n'a pas une politique linguistique très élaborée. En simplifiant un peu, elle pourrait se résumer à la non-intervention, si ce n'était quelques accommodements dans les langues d'enseignement au primaire. Au moment de l'indépendance, le gouvernement a simplement reconduit la politique en vigueur en laissant à l'anglais toutes les prérogatives dont il bénéficiait. Par la suite, il n'a jamais favorisé les langues nationales et, lorsqu'il l'a fait, ce fut au détriment des autres langues laissées pour compte. De plus, jamais les Britanniques n'avaient combattu les langues nationales, mais les gouvernements zambiens qui se sont succédé après l'indépendance les ont littéralement éliminer ou tenté de le faire. Il est difficile de savoir les motivations profondes qui ont joué chez les nouveaux dirigeants, mais ils n'ont pas voulu protéger ni favoriser les langues nationales. Il est probable que l'anglais ait servi d'instrument de pouvoir pour les dirigeants afin de mieux dominer leur peuple.   

Il est vrai qu'en matière des droits humains la Zambie a du travail à faire. En 1996, suite à la suggestion de la Commission Munyama, le gouvernement a apporté des modifications à la Constitution afin qu'elle prévoie la création d'une Commission des droits de l'homme permanente en vertu de l'article 25. La Loi relative à la Commission des droits de l'homme fut adoptée le 13 mars 1997 par le Parlement zambien. Pourtant, la commission est restée un organisme fragile peu disposé à susciter des changements sur le plan des violations courantes les plus graves commises par le gouvernement zambien. Elle n'aurait accordé qu'une attention occasionnelle à certains problèmes tels que les exécutions extrajudiciaires et autres exactions perpétrées par les forces de police, soulevant ainsi des questions quant à la volonté de la commission de défendre les droits face à l'hostilité du gouvernement. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que la question des droits linguistiques soit généralement oubliée. 

Dernière mise à jour: 09 sept. 2017
 

Bibliographie

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ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Zambie», pour la partie historique.
 
KASHOKI, Mubanga E. The Factor of Language in Zambia, Lusaka, Kenneth Kaunda Foundation, 1990, 164 p.
 
MANCHISI, Peter C. «The Status of the Indigenous Languages in Intitutions of learning in Zambia: Past, Present and future» dans The African Symposium, vol. 4, no 1, mars 2004,
[http://www2.ncsu.edu/ncsu/aern/manpisi.html]
 
MARTEN, Lutz et Nancy C. KULA. «Zambia: ‘One Zambia, One Nation, Many Languages’» in Simpson, Delhi, chapter 16, 2007, p. 291-313. 

MINISTRY OF EDUCATION, Focus on Learning, Lusaka, Ministère de l'éducation, 1989.

MINISTRY OF EDUCATION, Educating Our Future, National Policy on Education, Lusaka, Ministère de l'éducation, 1996.

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MINISTRY OF EDUCATION, The Basic School Curriculum Framework, Lusaka, Ministère de l'éducation, 2000.

MINISTRY OF EDUCATION, SCIENCE, VOCATIONAL TRAINING AND EARLY EDUCATION. Zambia Education Curriculum Framework 2013, Lusaka, The Curriculum Development Centre, 2013, 64 p.

 

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