État d'Hawaï

Hawaï

(USA)

Capitale: Honolulu
Population: 1,3 million (2010) 
Langues officielles: anglais et hawaïen 
Groupe majoritaire: anglais (73,3 %)
Groupes minoritaires: pidgin english, japonais, filipino (tagalog), chinois, espagnol, portugais, samoan, tonguien, hawaïen, etc.
Système politique: 50e État américain depuis 1959  
Articles constitutionnels (langue):
préambule, art. 1, 10, 15, 16 de la Constitution du 16 janvier 1995 (modifiée au 1er janvier 2000)
Textes politiques: ordonnance du 5 juillet 1984 de la City and County of Honolulu, Act relating to the Hawaiian Language Immersion Program (2000), Proclamation du rétablissement de l’indépendance de la nation souveraine de l’État d’Hawaï du 16 janvier 1994,
Lois révisées d'Hawaï (Hawaii Revised Statutes).

1 Situation géographique

Hawaï constitue un archipel de la Polynésie faisant partie géographiquement d’un vaste ensemble qui couvre une grande partie du Pacifique et forme ce qu’on appelle le triangle polynésien, dont les sommets sont Hawaï au nord, l’île de Pâques au sud-est et la Nouvelle-Zélande au sud-ouest.

L’archipel d’Hawaï compte huit îles principales, alignées du nord-ouest au sud-est sur 2400 km: Niihau, Kauai, Oahu, Molokai, Lanai, Kahoolawe, Maui et Hawaï (appelé aussi «Big Island» ou «Grande-Île»). La superficie de l'État est de 16 600 km², ce qui correspondrait à environ la moitié de la Belgique, de la Moldavie ou de l'Arménie.

Au point de vue politique, Hawaï fait partie des États-Unis d’Amérique en tant que cinquantième État depuis 1959. Honolulu, située dans l'île d'Oahu, est la capitale de l'État.  

2 Données démolinguistiques

Le recensement fédéral de 2000 révélait qu’Hawaï comptait 1,2 million d’habitants. L'île Oahu (avec Honolulu) compte à elle seule 45,3 % de toute la population de l'archipel. Suivent l'île Hawaï ou Big Island avec 6,5 %, l'île Maui avec 4,4 %, l'île Kauai avec 2,8 %, l'île Molokai 0,3 %, l'île Lanai avec 0,1 %, l'île Niiihau avec 0,0 1%). 

La composition ethnique se présentait comme suit : 33 % de Blancs (américains ou européens), 22 % de Japonais, 15 % de Philippins, 12 % d’Hawaïens, 6 % de Chinois et 10 % d’autres ethnies d’origine polynésienne, portoricaine, coréenne, sud-américaine, pakistanaise, vietnamienne, etc. Les Hawaïens de souche sont appelés ''Native Hawaiians''.

Le groupe le plus nombreux est constitué d'un ensemble disparate, les Asiatiques (67,5 %); il est suivi des Polynésiens (15,2 %), des Latinos (11,7 %), des Noirs (2,9 %) et des Amérindiens (0,4 %). Les «autres races» forment 2 % de la population. 

Les Hawaïens polynésiens d'origine comptent officiellement pour 12,5 % de la population (138 742 personnes), mais seulement 8000 — soit moins de 1 % de la population — d’entre eux sont considérés comme des «Hawaïens purs» (''pure Hawaiians''), les autres étant des Métis (environ 11 %).

Quoi qu'il en soit, aucune de ces ethnies n'atteint à elles seules la majorité absolue, mais c'est le seul État américain où les coloured people, ceux qui ne sont pas de race blanche, forment la majorité, qu'il s'agisse d'insulaires d'origine japonaise, chinoise, philippine, coréenne, portoricaine ou hawaïenne.

Le tableau qui suit présente la liste des langues parlées dans l'archipel d'Hawaï, ainsi que leur nombre et leur pourcentage:

Langues d'Hawaï (US Census Bureau 2000) Population %
Anglais 832 226 73,37 %
Autres langues des îles du Pacifique 90 111 7,94 %
Tagalog (filipino) 60 967 5,37 %
Japonais 56 225 4,96 %
Chinois 29 363 2,59 %
Espagnol 18 820 1,66 %
Coréen 18 337 1,62 %
Vietnamien 8 270 0,73 %
Allemand 3 986 0,35 %
Français 3 310 0,29 %
Laotien 1 920 0,17 %
Thaï 1 496 0,13 %
Autres langues indo-européennes 1 288 0,11 %
Portugais ou créole portugais 1 238 0,11 %
Italien 826 0,07 %
Autres langues 5 968 0,53 %

2.1 L'anglais et les langues immigrantes

En ce qui concerne les langues, 73,3 % des Hawaïens (habitants d'Hawaï) parlent l'anglais comme langue maternelle. Ce sont, dans l'ordre, l'île d'Oahu, puis celle d'Hawaï, suivies des îles Molokai, Lanai, Kahoolawe et Maui, qui sont les plus anglicisées.  Les îles situées au nord-ouest (Niihau, Kauai) comptent moins d'anglophones. L'île d'Oahu est celle qui comptent aussi le plus nombre de langues immigrantes, notamment le chinois et le japonais.

Les autres langues les plus importantes sont, outre les langues polynésiennes (7,9 %), le filipino (5,7 %), le japonais (4,9 %), le chinois (2,9 %), l'espagnol (1,6 %) et le coréen (1,6 %). Les Hawaïens qui utilisent encore ces langues immigrantes sont ceux de la première et de la deuxième génération; ceux de la troisième génération ont généralement abandonné la langue de leurs ancêtres. L'anglais des Hawaïens ressemble à celui des Américains, mais il compte de nombreux emprunts à l'hawaïen et au pidgin English.

2.2 L'hawaïen

La langue autochtone parlé à l'origine dans l'archipel d'Hawaï est l'hawaïen appelé Olelo Hawai’i, une langue polynésienne de la famille austronésienne étroitement reliée au tahitien, au marquisien et au maori. L'hawaïen s'écrit avec l'alphabet latin. La langue hawaïenne présenterait de nombreuses similitudes lexicales avec le rarotonga (à 79 %) des îles Cook, de la Polynésie française et de la Nlle-Zélande, avec le tuamotu (à 77 %) de la Polynésie française, avec le tahitien (76 %) de la Polynésie française, avec le maori (à 71 %) de la Nouvelle-Zélande, avec le marquisien (à 70 %) de la Polynésie française et avec le rapanui (à 64 %) de l'île de Pâques. L'hawaïen est, depuis 1978, une langue co-officielle avec l'anglais, ce qui fait de l'État d'Hawaï le seul État officiellement bilingue des États-Unis.

Les Hawaïens d'origine sont minoritaires depuis 1890. Au recensement de 1970, quelques 17 000 insulaires avaient indiqué l'hawaïen comme la langue parlée au foyer lorsqu'ils étaient enfants. En 1990, ils étaient moins de 1000. Aujourd’hui, seules les personnes âgées de plus de 60 ans (environ 500 personnes) ainsi que les habitants de l’île Niihau (environ 250 personnes) parlent encore l'hawaïen comme langue maternelle. L'île de Niihau, située à l'extrémité nord-ouest de l'archipel, est une propriété privée dont les propriétaires n'y admettent que les habitants de l'île, les anciens résidents et les descendants des ancêtres hawaïens. Les insulaires y parlent une variante dialectale de l’hawaïen.

La population dite «ethnique» hawaïenne serait, selon l'Office of Hawaiian Affairs de 2003, de 400 000 personnes, soit 18,8 % de la population, mais il faut compter aussi 99 269 «Hawaïens ethniques» aux États-Unis, dont 24 245 dans la seule Californie. Parmi la population appartenant à l'ethnie hawaïenne, seuls 8244 sont considérés comme des «Hawaïens purs» (''pure Hawaiians''). On croit qu'en 1778 (découverte de l'archipel par James Cook) il y avait plus de 500 000 «Hawaïens purs». Selon le rapport du U.S. Census Bureau pour l'année 2000, il y aurait 401 162 individus qui se sont identifiés comme étant des «Hawaïens», dont 140 652 comme des «Hawaïens purs». La plupart des Hawaïens résident dans les États d'Hawaii, de Californie, du Nevada et de  Washington. Les deux tiers vivent dans l'État d'Hawaï, tandis que l'autre tiers est dispersée entre les autres États, avec une forte concentration en Californie.

En réalité, les estimations relatives au nombre d'Hawaïens qui parlent couramment l'hawaïen semblent varier considérablement selon le degré de connaissance de la langue. Ainsi, il est possible que 8000 locuteurs comprennent encore l’hawaïen, même s’ils ne le parlent plus ou ne le connaissent plus très bien; il est également probable que moins de 200 personnes âgées de plus de 60 ans pourraient le parler couramment (en plus des insulaires de l'île de Niihau). Ainsi, l'hawaïen est une langue en voie d'extinction.

Il n'empêche que l’hawaïen est partout présent dans la toponymie, l'odonymie (nom des rues), les noms d’édifices publics, les restaurants et les menus, la musique, la danse, la radio, etc., car il sert d’instrument d’identité commune aux nombreux groupes d'origines ethniques diverses vivant à Hawaï. Ce fait montre qu'une langue peut continuer à survivre comme symbole identitaire, alors qu'elle est en voie d’extinction.

2.3 Le pidgin english

Cependant, plus de la moitié de la population (au moins 600 000 locuteurs) de l’archipel emploie aussi un pidgin english (appelé simplement pidgin ou en anglais Hawaiian Creole English) comme langue véhiculaire afin de communiquer avec les autres ethnies. Il s’agit en fait d'un pidgin à base d’anglais devenu créole depuis environ un siècle. Cette langue est fortement influencée par l'anglais, l'hawaïen, le chinois et le japonais, tant dans sa prononciation que par son vocabulaire. 

Différent de l’anglais standard, il est utilisé dans les conversations informelles, mais aussi dans la publicité commerciale à la radio et à la télévision. Il est même enseigné sur une base expérimentale dans un certain nombre d’écoles primaires. Beaucoup d’Hawaïens préfèrent recourir au «pidgin» (appelé «créole») dans les communications informelles, mais passent à l’anglais standard dans les communications plus formelles et les transactions commerciales. L'avenir de cette langue devrait être assurée tant que les Américains du continent compteront pour moins de 20 % de la population totale de l'archipel.

En dépit de son usage assez répandu, le créole ne bénéficie pas du même prestige que l'hawaïen comme symbole identitaire. Nous voici en présence de deux langues, dont l'une le créole, est parlée par une bonne partie de la population, tandis que l'autre, l'hawaïen, est dans les faits une langue morte. Il y a là un paradoxe: le créole n'a obtenu aucune reconnaissance officielle, ni même officieuse, tandis que l'hawaïen demeure omniprésent comme symbole identitaire.

3 Données historiques

L’archipel d’Hawaï fut peuplé à partir du Ve siècle de notre ère par des Polynésiens qui y ont développé une culture originale. Les îles Hawaii n'ont cependant été découvertes qu'en 1778 par l'explorateur anglais James Cook. Celui-ci les a d'abord nommées îles Sandwich en l'honneur de son protecteur, John Montagu, quatrième comte de Sandwich et premier lord de l'Amirauté, avant d'y être assassiné en 1779. Les navires étrangers se mirent de plus en plus nombreux à fréquenter les îles de l'archipel, constituant ainsi  une étape importante pour les commerçants de fourrures, qui faisaient la navette entre la Chine et l'Amérique. Pendant que les commerçants apprenaient la langue locale de l'archipel, les Hawaïens qui travaillaient sur les bateaux apprenaient l'anglais.

3.1 L'arrivée des Européens et des Américains

L'archipel, alors habité par environ un million de Polynésiens, était partagé en quatre royaumes, mais le roi Kamehameha Ier parvint par la violence et avec l'appui des Européens à conquérir la quasi-totalité de l'archipel en 1795, ayant éliminé les autres titulaires des chefferies. Dès lors, la monarchie hawaïenne dut s'allier aux intérêts étrangers afin de se maintenir au pouvoir. À cette époque, tous les Hawaïens parlaient encore l'hawaïen. En 1820, des missionnaires presbytériens américains s'installèrent dans les îles et ils furent rejoints en 1827 par des catholiques français. Plus de 300 Américains résidaient déjà à Honolulu, capitale de l'archipel depuis 1792. Quant aux Hawaïens, plus de deux milliers d'entre eux travaillaient sur des baleiniers, surtout américains et britanniques. En somme, la population de l'archipel fut dès lors exposée de façon soutenue aux coutumes et aux langues des Occidentaux, en particulier à l'anglais. Seuls les missionnaires apprenaient la langue hawaïenne.

L’indépendance d’Hawaï fut reconnue par les États-Unis en 1842, mais la France (1842) et la Grande-Bretagne (1843) s’y opposèrent. Puis l'archipel devint l'objet d'un intense affrontement entre ces trois puissances tout au cours du XIXe siècle. Pendant ce temps, les colons britanniques développaient les plantations de canne à sucre, qui nécessitaient beaucoup de main-d’œuvre à bon marché.

3.2 L'implantation des immigrants

La Masters and Servants Act ("Loi sur les maîtres et les serviteurs"), une loi britannique adoptée en 1857, favorisa l’importation de travailleurs de Grande-Bretagne et d’Irlande, mais surtout de travailleurs étrangers, notamment de Chine et du Japon. Entre 1851 et 1896, le Hawaiian Board of Immigration fit venir 46 000 Chinois de la province de Kwangtung, qui parlaient le cantonais, le hakka ou le punti. De 1878 à 1887, ce fut le tour de 12 000 travailleurs portugais arrivés de l'île Madère et des Açores (auxquels s’est ajouté un afflux de 6000 immigrants supplémentaires entre 1906 et 1913). L’immigration japonaise a commencé en 1886 et, jusqu’en 1924, ce furent 180 000 travailleurs japonais qui se joignirent à la population locale. Plus tard, ont suivi quelques milliers de travailleurs coréens. Entre 1853 et 1933, on fit venir quelque 46 000 Chinois (avant 1898), 180 000 Japonais, 115 000 Philippins et 7900 Coréens.

Les contacts avec ces milliers de travailleurs étrangers amenèrent cependant des maladies inconnues auparavant et décimèrent rapidement la population autochtone d’origine polynésienne. Avec autant de nationalités, une langue commune s'est avérée nécessaire pour assurer la communication, notamment dans les plantations. Ce fut au début l'hawaïen, puis rapidement le pidgin hawaïen. Au cours des années 1870, une nouvelle variété de pidgin est apparue du fait que les enfants fréquentaient l'école anglaise tout en parlant la langue de leurs parents. Dans les décennies qui suivirent, le pidgin English s'est développé, avec ses particularités provenant des différentes ethnies, mais reflétant la dominance de l'anglais non seulement sur l'hawaïen, mais aussi sur les langues immigrantes. Ce pidgin devint la langue de communication, prévalant même sur l'anglais dans les communications informelles. Avec le temps, ce pidgin est devenu la langue maternelle de beaucoup de citoyens d'Hawaï.

Après moins d’un siècle de contacts avec les Blancs et les autres ethnies «de couleur», soit vers la fin du XIXe siècle, les Hawaïens polynésiens étaient passés d’un million d’habitants à seulement 40 000. À la défection linguistique s'ajoutèrent les épidémies introduites involontairement par les Blancs, qui décimèrent la population autochtone. Mais ce fut surtout l'immigration qui minorisa définitivement les autochtones dans leur archipel. L'État hawaïen avait pris la forme d'une monarchie constitutionnelle fortement influencée par des conseillers américains. La plupart des fonctionnaires étaient n'étaient plus des Hawaïens. Tous les juges étaient des Anglo-Américains. Dans ces conditions, l'anglais était devenu la langue de la justice et de l'administration, mais la majorité de la population demeurait unilingue hawaïenne. La langue autochtone s'est vue confinée aux communications informelles, à la religion et à l'enseignement primaire. Des centaines de mots furent empruntés à langue anglaise.  

3.3 La domination américaine

Par la suite, les luttes d'influence menées avec succès par les Américains — dont l’armée, les fonctionnaires et les chefs d’entreprises — ont finalement abouti, bien sûr au nom de la démocratie, à la déposition en 1893 de la reine hawaïenne Liliuokalani et à la proclamation, le 4 juillet 1894, de la république d’Hawaï. Malgré l’opposition de nombreux citoyens, le nouveau régime fut contraint de demander l'annexion aux États-Unis, laquelle devint effective le 12 août 1898, soit à la fin de la guerre hispano-américaine. En étendant leur domination à Hawaï, les Américains atteignaient l'un de leurs objectifs expansionnistes. L’anglais fut aussitôt proclamé l’unique langue officielle d’Hawaï. Dès lors, il devint illégal, jusqu'en 1987, d'apprendre l'hawaïen dans les écoles publiques de l'île, sauf en tant que que langue étrangère.

Hawaï devint un territoire fédéral autonome en 1900 et prit une importance stratégique capitale au lendemain de la Première Guerre mondiale, au fur et à mesure que s' aggravait la rivalité américano-japonaise. Le développement des infrastructures économiques, maritimes et aériennes, et l'utilisation de l'île comme base militaire, assurèrent ensuite la prospérité d’Hawaï. Au cours de la décennie 1920, le pidgin était devenue la langue parlée par la majorité de la population d'Hawaï. Quant à l' hawaïen,  il était devenu une langue strictement orale utilisée par une population en constante diminution. Les mariages interethniques ont aussi contribué à réduire l'usage de la langue ancestrale.

Devenue le pivot essentiel de la défense américaine dans le Pacifique, la base navale de Pearl Harbor fut victime, le 7 décembre 1941, des forces aériennes japonaises qui infligèrent de graves pertes à la flotte américaine, mais celles-ci eurent pour principal effet d'engager définitivement les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.

3.4 Un État américain

En 1959, une référendum eut lieu dans l’archipel, alors que les milliers de soldats des forces armées américaines bénéficiaient du droit de vote, ce qui eut pour résultat de favoriser une majorité de voix en faveur de l’accession d’Hawaï au rang d’État américain. Hawaï devint, le 21 août 1959, le 50e État américain. Les îles Hawaï, distantes de plus de 4000 km des côtes américaines, constituent pour les États-Unis un enjeu stratégique majeur; elles servent de «vitrine» dans le Pacifique et symbolise la zone d'influence des États-Unis dans toute cette immense région du monde.

En tant que territoire américain, l'archipel d'Hawaï a vu le tourisme augmenter de manière exponentielle. Des 50 000 visiteurs enregistrés en 1951, l'archipel est passé à plus de sept millions de touristes annuels. L’immense majorité des touristes se concentre toutefois à Honolulu dans l'île de Oahu, de sorte que les autres îles sont un peu plus préservées de l’impact du tourisme de masse. Au début des années soixante-dix, de nouveaux immigrants sont venus grossir le nombre des habitants de l’archipel: des Philippins, des Vietnamiens et de nombreux insulaires du Pacifique arrivés de la Micronésie, de la Mélanésie, surtout des îles Tonga et Samoa. Ce n'est qu'en 1978 que la Constitution hawaïenne reconnut l'hawaïen comme l'une des langues co-officielles de l'État avec l'anglais. En 1990, le gouvernement fédéral des États-Unis a adopté une politique reconnaissant le droit des Hawaïens de préserver, d'employer et de soutenir leur langue ancestrale.

4 Le statut juridique de l’hawaïen

La Constitution du 7 novembre 1978 (modifiée au 1er janvier 2000) déclare au paragraphe 4 de l'article 15 que l’anglais et l’hawaïen sont les langues officielles d’Hawaï:

Article 15

Section 4

English and Hawaiian shall be the official languages of Hawaii, except that Hawaiian shall be required for public acts and transactions only as provided by law.

Article 15

Paragraphe 4

L'anglais et l'hawaïen sont les langues officielles d'Hawaï, sauf que l'hawaïen ne doit être utilisé pour les transactions et les actes officiels que dans les cas prévus par la loi.

Ainsi, la langue hawaïenne est devenue avec l’anglais l'une des deux langues officielles de l'État. Le Préambule de la Constitution est très clair à ce sujet tout en employant l'expression hawaïenne «Olelo Makuahine»:

Preamble

We the Kanaka Maoli Nationals and Descendants maintain 'Olelo Makuahine as our official language.

Préambule

Nous, les citoyens et descendants du Kanaka Maoli, maintenons l’Olelo Makuahine comme notre langue officielle.

Les mêmes dispositions sur le caractère co-officiel de l'hawaïen et de l'anglais sont reprises au paragraphe 1-13 des Lois révisées d'Hawaï (Hawaii Revised Statutes):

§1-13

Official languages.

English and Hawaiian are the official languages of Hawaii. Whenever there is found to exist any radical and irreconcilable difference between the English and Hawaiian version of any of the laws of the State, the English version shall be held binding. Hawaiian shall not be required for public acts and transactions.

§1-13

Langues officielles

L'anglais et l'hawaïen sont les langues officielles d'Hawaï. Chaque fois qu'il est trouvé exister une différence fondamentale et inconciliable entre les versions anglaise et hawaïenne de chacune des lois de l'État, la version anglaise prévaudra. L'hawaïen ne sera pas exigé pour les transactions et les actes publics.

En 1990, le gouvernement fédéral des États-Unis a adopté une politique reconnaissant le droit des Hawaïens de préserver, d'employer et de soutenir leur langue ancestrale. Plus précisément, le Congrès des États-Unis entérinait la Constitution et les lois de l'État d'Hawaï, qui réaffirmaient et protégeaient le droit unique du peuple autochtone hawaïen de pratiquer et perpétuer ses coutumes culturelles et religieuses, ses croyances, ses pratiques et sa langue (alinéa 3 du paragraphe 11701 du US Code):

US Code

TITLE 42

CHAPTER 122

§ 1170

§ 11701.

Findings

The Congress finds that:

1) Native Hawaiians comprise a distinct and unique indigenous people with a historical continuity to the original inhabitants of the Hawaiian archipelago whose society was organized as a Nation prior to the arrival of the first nonindigenous people in 1778.

2) The Native Hawaiian people are determined to preserve, develop and transmit to future generations their ancestral territory, and their cultural identity in accordance with their own spiritual and traditional beliefs, customs, practices, language, and social institutions.

3) The constitution and statutes of the State of Hawaii:

(a) acknowledge the distinct land rights of Native Hawaiian people as beneficiaries of the public lands trust; and
(b) reaffirm and protect the unique right of the Native Hawaiian people to practice and perpetuate their cultural and religious customs, beliefs, practices, and
language.

4) At the time of the arrival of the first nonindigenous people in Hawaii in 1778, the Native Hawaiian people lived in a highly organized, self-sufficient, subsistence social system based on communal land tenure with a sophisticated language, culture, and religion.

[...]

Code des États-Unis

TITRE 42

CHAPITRE 122

§ 1170

§ 11701

Décisions

Le Congrès considère que :

1) Les autochtones hawaïens constituent un peuple indigène distinct et unique avec une continuité historique des habitants originaires de l'archipel d'Hawaï, dont la société a été organisée comme une Nation avant l'arrivée des premiers non-autochtones en 1778.

2) Le peuple autochtone hawaïen est déterminé à préserver, développer et transmettre aux générations futures son territoire héréditaire et son identité culturelle, conformément à ses propres croyances spirituelles et traditionnelles, ses coutumes, ses pratiques, sa langue et ses institutions sociales.

3) La Constitution et les lois de l'État d'Hawaï :

(a) reconnaissent les droits territoriaux distincts du peuple autochtone hawaïen comme étant le bénéficiaire des terres publiques protégées; et
(b) réaffirment et protègent le droit unique du peuple autochtone hawaïen de pratiquer et perpétuer ses coutumes culturelles et religieuses, ses croyances, ses pratiques et
sa langue.

4) Au moment de l'arrivée des premiers non-autochtones à Hawaï en 1778, les autochtones hawaïens ont vécu dans un système social de subsistance fortement organisé, autosuffisant, basé sur la propriété foncière commune avec une langue, une culture et une religion raffinées.

[...]

Cette déclaration du caractère co-officiel de l'hawaïen reste relativement symbolique, car l'État ne fonctionne qu'en anglais, l'emploi de l'hawaïen demeurant accessoire. 

5 La politique linguistique

La politique linguistique de l’État a comme but officiel de promouvoir la langue et la culture hawaïenne.  En réalité, l’anglais demeure l’unique langue de l’État, que ce soit au Parlement, dans les cours de justice, l’administration, les écoles, etc. Néanmoins, les citoyens ont le droit d’utiliser un certain nombre de langues même dans leurs relations avec l’État. On peut l'employer sur tous les emblèmes ainsi que sur les symboles représentant l'État, ses ministères, ses organismes et ses subdivisions administratives. Dans les faits, l'État est unilingue anglais, car l'usage de l'hawaïen relève essentiellement du symbole!

5.1 La langue de la législation

Au Parlement, l’anglais reste la langue généralement admise dans la législation, bien que le pidgin english soit également utilisé dans les communications orales. Le paragraphe 44 des Lois révisées d'Hawaï (Hawaii Revised Statutes) précise bien que «toutes les procédures législatives doivent être menées en anglais»:

§ 44

Enacting clause-English language.

[...]

All legislative proceedings shall be conducted
in the English language.

[...]

§ 44

Décret sur la clause de l'anglais

[...]

Toutes les procédures législatives doivent être menées
en anglais.

[...]

5.2 La langue de la justice

Dans les cours de justice, l’anglais est également la langue la plus courante, mais les juges, avocats, accusés, témoins et jurés peuvent recourir sans problème au pidgin English. Cependant, la connaissance langue anglaise reste obligatoire, notamment pour faire partie d'un jury:

§ 612-4

Grounds of qualification and disqualification.

 (a) A prospective juror is qualified to serve as a juror if the prospective juror:

2) Is able to read, speak, and understand the English language.

§ 612-4

Motifs de qualification et de disqualification

(a) Un éventuel juré est qualifié à servir comme juré s'il :

2) est capable de lire, parler et comprendre l'anglais.

Le paragraphe 83 des Lois révisées d'Hawaï (Hawaii Revised Statutes) précise également cette nécessité pour tout membre d'un jury de savoir lire et parler l'anglais:

§ 83

Laws continued in force.

That the laws of Hawaii relative to the judicial department, including civil and criminal procedure, except as amended by this Act, are continued in force, subject to modification by Congress, or the legislature. The provisions of said laws or any laws of the Republic of Hawaii which require juries to be composed of aliens or foreigners only, or to be constituted by impaneling natives of Hawaii only, in civil and criminal cases specified in said laws, are repealed, and all juries shall hereafter be constituted without reference to the race or place of nativity of the jurors; but no person who is not a citizen of the United States and twenty-one years of age and who cannot understandingly speak, read, and write the English language shall be a qualified juror or grand juror in the Territory of Hawaii. [...]

§ 83

Lois prorogées en vigueur

Que les lois d'Hawaï relative au département judiciaire, y compris les procédures civile et criminelle, sauf celles modifiées par la présente loi, soient prorogées en vigueur, sous réserve d'une modification par le Congrès ou la Législature. Les dispositions desdites lois ou de toute autre loi de la république d'Hawaï, qui exigent qu'un jury soit composé d'étrangers ou uniquement d'étrangers, ou devant être constitué par les habitants du pays inscrits seulement à Hawaï, dans les affaires civiles et criminelles indiquées dans lesdites lois, ces dispositions sont abrogées et tous les jurés seront constitués dorénavant sans tenir compte de la race ou du lieu de naissance des jurés. Cependant, toute personne qui n'est pas citoyen des États-Unis et est âgée de vingt et un ans et qui ne peut parler avec compréhension, ni lire et écrire l'anglais ne pourra se qualifier comme juré ou comme grand juré dans le territoire d'Hawaï. [...]

5.3 Les langues de l'Administration locale

Dans l’Administration locale, les fonctionnaires parlent anglais et généralement le pidgin English, quand ce n’est pas l’une ou l’autre des nombreuses langues immigrantes.

- Les services

Les documents et formulaires de l'Administration de l'État sont souvent rédigés en deux langues: l'anglais et le pidgin. D'ailleurs, le paragraphe 371-33 des Lois révisées d'Hawaï prévoit l'usage d'autres langues que l'anglais pour ceux dont les connaissances en anglais sont limitées. Les documents traduits sont prévus pour tout groupe linguistique reconnu comme ayant des connaissances limitées en anglais et représentant au moins 5 % ou 1000 personnes dans un ensemble de population donnée:

§ 371-33

Oral and written language services.

(a) Each state agency and all covered entities shall take reasonable steps to ensure meaningful access to services, programs, and activities by limited English proficient persons, which will be determined by a totality of circumstances, including the following factors:

(1) The number or proportion of limited English proficient persons served or encountered in the eligible service population;

(2) The frequency with which
limited English proficient persons come in contact with the services, programs, or activities;

(3) The nature and importance of the services, programs, or activities; and

(4) The resources available to the State or covered entity and the costs.

(b) Subject to subsection (a), each state agency and covered entity shall provide competent, timely oral language services to limited English proficient persons who seek to access services, programs, or activities.

(c) Subject to subsection (a), each state agency and covered entity shall provide written translations of vital documents to
limited English proficient persons who seek to access services, programs, or activities, as follows:

(1) Written translations of vital documents for each eligible limited English proficient group that constitutes five per cent or one thousand, whichever is less, of the population of persons eligible to be served or likely to be affected or encountered; or

(2) If there are fewer than fifty persons in a
limited English proficient group that reaches the five per cent threshold in paragraph (1), written notice in the primary language to the limited English proficient language group of the right to receive competent oral interpretation of those written materials, free of cost.

(d) To the extent that the State requires additional personnel to provide language services based on the determination set forth in this section, the State shall hire qualified personnel who are bilingual to fill existing, budgeted vacant public contact positions.

§ 371-33

Services à l'oral et à l'écrit

(a) Chacune des agences de l'État et toutes les entités concernées prendront des mesures raisonnables pour assurer un accès significatif aux services, activités et programmes offerts aux personnes dont les connaissances sont limitées en anglais; ces services seront déterminés par un ensemble de circonstances, ce qui comprend les facteurs suivants :

(1) Le nombre ou la proportion des personnes, dont les connaissances sont limitées en anglais, qui sont desservies ou concernées par une population admissible à ces services;

(2) La fréquence avec laquelle des personnes
dont les connaissances sont limitées en anglais entrent en contact avec les services, activités ou programmes;

(3) La nature et l'importance des services, activités ou programmes; et

(4) Les ressources disponibles de la part de l'État ou des entités concernées ainsi que les coûts. 

(b) Sous réserve de l'alinéa a), chacune des agences de l'État et des entités concernées doit dispenser des services linguistiques compétents et adéquats à l'oral aux personnes dont les connaissances sont limitées en anglais, et qui cherchent à avoir accès aux services, activités et programmes.

(c) Sous réserve de l'alinéa a), chacune des agences de l'État et des entités concernées doit prévoir des traductions écrites pour les documents essentiels destinés aux personnes
dont les connaissances sont limitées en anglais, et qui cherchent à avoir accès aux services, activités ou programmes, comme suit :

(1) Les traductions écrites des documents essentiels pour chaque groupe reconnu comme ayant des connaissances limitées en anglais, qui représente 5 % ou 1000 personnes, ou l'un ou l'autre, par rapport à la population de ceux qui ont droit d'être servis ou éventuellement être concernées ou touchées; ou

(2) S'il y a moins de 50 personnes dans un groupe ayant d
es connaissances limitées en anglais, qui atteint le seuil de 5 % prévu à l'alinéa 1, un avis écrit dans la langue maternelle destiné au groupe linguistique ayant des connaissances limitées en anglais dont le droit est de recevoir une interprétation orale de qualité de ces documents écrits, sans coût.

(d) Dans la mesure où l'État exige du personnel supplémentaire pour offrir des services linguistiques basés sur les délimitations présentées dans le présent article, l'État embauchera du personnel bilingue qualifié afin de combler les postes vacants prévus pour le contact avec le public.

Curieusement, le paragraphe 13 de l’article 16 de la Constitution précise que, lorsque c'est possible, tout document gouvernemental destiné au public, peu importe la langue utilisée, doit être rédigé simplement en évitant l'emploi de termes techniques:

Article 16

Section 13

Insofar as practicable, all governmental writing meant for the public, in whatever language, should be plainly worded, avoiding the use of technical terms.

Article 16

Paragraphe 13

Dans la mesure où c'est possible, tout document gouvernemental destiné au public, quelle que soit la langue utilisée, doit être rédigé simplement, en évitant l'emploi de termes techniques.

Dans le cas des transferts de propriété, le gouvernement peut embaucher, en vertu du paragraphe 502-94 des Lois révisées d'Hawaï, des traducteurs spécialisés en anglais et en hawaïen:

§ 502-94

Translation of Hawaiian documents, recording.

The registrar may appoint such number of qualified translators at such compensation as may be provided for by appropriations of the legislature from time to time for the purpose of translating into English, conveyances and other instruments filed or recorded in the bureau of conveyances, including, but not limited to, conveyances and other instruments affecting title to property.

The translators shall be persons expert in the knowledge and usage of both the Hawaiian and the English languages. The translations into English shall be recorded in the bureau of conveyances in books bearing the same book and page numbers as the Hawaiian instruments from which they have been translated and any reference in conveyances or otherwise to such documents by book and page number shall be deemed to refer equally to the Hawaiian and the English versions of such documents.

Each such English translation and copies thereof duly certified by the registrar may be used in evidence in the same manner as the original instrument in the Hawaiian language and shall constitute prima facie evidence as to the true meaning and intent of the Hawaiian instrument from which it has been translated.

§ 502-94

Traduction de documents hawaïens; enregistrement

Le registraire peut désigner un nombre de traducteurs qualifiés à une rétribution prévue pour des allocations périodiques par la Législature à des fins de traduction en anglais, pour les actes de transfert et autres documents classés ou enregistrés au bureau des transferts de propriété, y compris sans en être limité, aux actes de transport d'un bien-fonds et autres documents concernant un titre de propriété.

Les traducteurs doivent être des experts en matière de connaissance et d'emploi et de l'hawaïen et de l'anglais. Les traductions vers l'anglais doivent être enregistrées au bureau des transferts de propriété dans des livres portant le même titre et le même nombre de pages que les documents hawaïens d'où ils ont été traduits et toute référence aux cessions ou autres documents par livre et par nombre de pages doit être considérée comme référant également aux versions hawaïennes et anglaises de ces documents.

Toute traduction anglaise, ainsi que ses copies dûment certifiées par le registraire, peut être employée comme preuve de la même manière que le document original en langue hawaïenne et constituera à première vue la preuve quant à la véritable signification et à l'intention du document hawaïen d'où il a été traduit.

En fait, la législation hawaïenne ne fait que se conformer aux directives fédérales au sujet des services aux non-anglophones:

Part II

Language access

§371-31

Purpose

Most individuals living in Hawaii read, write, speak, and understand English. There are many individuals, however, who are limited English proficient. Language for limited English proficient persons can be a barrier to accessing important benefits or services, understanding and exercising important rights, complying with applicable responsibilities, or understanding other information provided by state-funded programs and activities.

The purpose of this part is to affirmatively address, on account of national origin, the language access needs of limited English proficient persons. In providing the delivery of language accessible services, it is the intent of the legislature that those services be guided by Executive Order 13166 and succeeding provisions of federal law, regulation, or guidance.

Partie II

Langue d'accès

§ 371-31

Objectif

La plupart des individus vivant à Hawaï lisent, écrivent, parlent et comprennent l'anglais. Cependant, beaucoup d'entre eux ont des connaissances limitées en anglais. Pour ceux qui ont des connaissances limitées en anglais, la langue peut constituer une barrière à l'accès aux avantages et services sociaux importants, à la compréhension et à l'exercice de droits considérables, au respect des responsabilités applicables ou à la compréhension de tout autre information fournie à partir des activités et programmes financés par l'État.

L'objectif de la présente partie est de mettre l'accent de façon positive, en raison de l'origine nationale, sur les besoins de la langue d'accès de ceux dont les connaissances en anglais sont limitées. En dispensant des services linguistiquement accessibles, il est dans l'intention de la Législature que ces services soient guidés par le décret présidentiel no 13166 ainsi que les dispositions subséquentes de la législation fédérale, de sa réglementation ou de ses directives.

Rappelons qu'en août 2000 le président Clinton avait signé un décret (EO 13166) intitulé Improving access for people of limited English proficiency («Amélioration de l'accès aux services pour les personnes dont les compétences sont limitées en anglais»). Ce décret obligeait toutes les agences fédérales à s'adresser aux non-anglophones dans leur langue. La raison invoquée était que les non-anglophones avaient droit aux mêmes services que les anglophones.

- Les élections

Lors des élections, un candidat peut indiquer son nom en anglais et en hawaïen:

§11-112

Contents of ballot.

(e) The name of the candidate may be printed with the Hawaiian or English equivalent or nickname, if the candidate so requests in writing at the time the candidate's nomination papers are filed. Candidates' names, including the Hawaiian or English equivalent or nickname, shall be set on one line.

§11-112

Contenu du bulletin de vote

(e) Le nom ou le surnom du candidat peut être indiqué avec l'équivalent hawaïen ou anglais, si le candidat le demande par écrit lorsque le document, lors de sa mise en candidature, est enregistré. Les noms ou surnoms des candidats, y compris l'équivalent hawaïen ou anglais, doivent être placés sur une seule ligne.

Pour se porter candidat à une élection, il faut savoir parler, lire et écrire l'anglais ou l'hawaïen:

§ 60.

Qualifications of voters for representatives (elections).

That in order to be qualified to vote for representatives a person shall--

First. Be a citizen of the United States.

Second. Have resided in the Territory not less than one year preceding and in the representative district in which he offers to register not less than three months immediately preceding the time at which he offers to register.

Third. Have attained the age of twenty-one years.

Fourth. Prior to each regular election, during the time prescribed by law for registration, have caused his name to be entered on the register of voters for representatives for his district.

Fifth.
Be able to speak, read and write the English or Hawaiian language.

§ 60 

Qualifications des électeurs pour les représentants (élections)

Afin de se qualifier pour voter pour les représentants, quiconque doit:

Premièrement: être citoyen des États-Unis.

Deuxièmement: avoir résidé dans le Territoire pas moins d'une année précédente et dans le district représentatif dans lequel il se présente au registre pas moins de trois mois précédant immédiatement le moment où elle se présente. 

Troisièmement: avoir atteint l'âge de vingt et un ans.

Quatrièmement: avant toute élection habituelle, durant le délai prescrit par la loi sur l'enregistrement, avoir procédé à inscrire son nom dans le registre des électeurs pour les représentants de son district.

Cinquièmement:
être capable de parler, lire et écrire l'anglais ou l'hawaïen.

- La santé publique

Le gouvernement de l'État a prévu un Programme bilingue d'aide à la formation socio-sanitaire. En vertu de ce programme, des aides bilingues à la formation sanitaire devront prêter assistance par des mesures de formation sanitaire et des services de santé publique aux personnes qui, vivant dans cet État, sont non anglophones et possèdent des connaissances limitées en anglais:

PART XXIII

HEALTH EDUCATION

§ 321-301

Bilingual health education aide program; establishment.

There is established in the department of health a bilingual health education aide program. Under the program, bilingual health education aides shall assist in the provision of health education and public health services to non-English and limited English speaking persons living in the State. The department, subject to chapters 76 and 77, shall employ bilingual health education aides and other necessary personnel for the program.

PARTIE XXIII

FORMATION SOCIO-SANITAIRE

§ 321-301

Programme bilingue d'aide à la formation socio-sanitaire; établissement

Il est prévu au Département de la santé un programme bilingue d'aide à la formation socio-sanitaire. En vertu de ce programme, des aides bilingues à la formation sanitaire devront prêter assistance par des mesures de formation sanitaire et des services de santé publique aux personnes qui, vivant dans cet État, sont non anglophones et possèdent des connaissances limitées en anglais. Le département, en vertu des chapitres 76 et 77, doit employer des aides bilingues à la formation socio-sanitaire et de tout autre personnel nécessaire pour ce programme.

- La tenue des livres et registres

Tous les documents officiels des entreprises doivent être rédigés en anglais ou dans une autre langue, mais à la condition d'y joindre une traduction en anglais:

§ 412:3-111

Maintenance of books and records.

(e) Records, statements, or reports required or authorized by this chapter may be in a spoken language other than English provided that English translations are also maintained.

§ 412:3-111

Tenue des livres et registres 

(e) Les registres, déclarations ou rapports exigés ou autorisés par le présent chapitre peuvent être rédigés dans une autre langue parlée que l'anglais à la condition que des traductions anglaises soient aussi maintenues.

Le paragraphe 431:1-105 des Lois révisées d'Hawaï reprend les mêmes dispositions à l'égard de l'anglais: 

§ 431:1-105

Records, statements and reports.

(a) All records, statements and reports required or authorized by this code shall be made in writing in the English language.

§ 431:1-105

Registres, déclarations et rapports

 (a) Tous les registres, toutes les déclarations et tous les rapports exigés ou autorisés par le présent code doivent être rédigés en anglais.

Le paragraphe qui suit existe dans des termes similaires dans presque tous les États américains:

§ 414-11

Filing requirements.

(a) A document must satisfy the requirements of this section, and of any other section that adds to or varies these requirements, to be entitled to filing by the department director.

(e)
The document must be in the English language. A corporate name need not be in English if written in English letters or Arabic or Roman numerals, and the certificate of good standing required of foreign corporations need not be in English if accompanied by an English translation under oath of the translator.

§ 414-11

Conditions de classement

(a) Tout document doit satisfaire aux conditions du présent paragraphe et de toute autre paragraphe qui ajoute ou modifie ces conditions pour avoir droit au classement par le directeur du département.

(e)
Le document doit être rédigé en anglais. Il n'est pas nécessaire qu'une raison sociale soit en anglais, si elle est rédigée avec des lettres anglaises ou des chiffres arabes ou romains; et il n'est pas non plus nécessaire que le certificat de bonne réputation exigée de la part des sociétés étrangères soit en anglais, s'il est accompagné d'une traduction anglaise fate par un traducteur assermenté.

Il en est ainsi au paragraphe 238-9 des Lois révisées d'Hawaï:

§ 238-9

Records.

Every person who is engaged in any business in the State and who is required under this chapter to make returns, shall keep in the English language in the State and preserve for a period of three years, books of account or other records in sufficient detail to enable the director of taxation, as far as reasonably practicable, to determine whether or not any taxes imposed by this chapter are payable in respect of the property, services, or contracting concerned, and if so payable, the amount thereof.

§ 238-9

Registres

Toute personne engagée en affaires dans l'État et à laquelle il est demandé en vertu du présent chapitre de faire des rapports doit maintenir en anglais dans l'État et conserver pour une période de trois ans les registres de comptabilité ou autres rapports au moyen de détails suffisants pour permettre au directeur de la fiscalité, en autant qu'il est raisonnable de le faire, de déterminer si toutes les taxes imposées en vertu du présent chapitre sont acquittables dans le respect de la propriété, des services, ou de l'administration contractante et, si elles sont acquittables, le montant de cette somme.

Dans un État officiellement bilingue, il serait plutôt d'usage d'exiger l'emploi de l'une des deux langues officielles, ce qui implique dans le cas d'Hawaï que l'anglais est beaucoup «plus officiel» que l'hawaïen.

- Les dénominations odonymiques

Les inscriptions sur les édifices publics de l’État d’Hawaï paraissent normalement en anglais et en hawaïen, mais beaucoup n'ont qu'une dénomination anglaise: Dept of Agriculture, Dept of Budget & Finance, Dept of Business Econ Dev & Tourism, Dept of Commerce & Consumer Affairs, Dept of Defense, Dept of Hawaiian Home Lands, Dept of Health, Dept of Human Resources Development, Dept of Human Services, Dept of Labor & Industrial Relations, Dept of Land & Natural Resources, Dept of Public Safety, Dept of Taxation, Dept of the Attorney General, Dept of Transportation, Governor of Hawai`i, Hawaii Health Systems Corporation, Hawaii State Ethics Commission, etc.

Dans le cas des toponymes, nombreux sont ceux rédigés en hawaïen. Il en est ainsi des noms de rue (odonymes). Dans la Ville d'Honolulu, il existe des règlements municipaux à ce sujet. Ainsi, un règlement approuvé le 5 juillet 1984 de la City and County of Honolulu exigeait alors que tous les nouveaux noms de rue apparaissent en hawaïen. Aujourd'hui, ce règlement fait partie des Revised Ordinances of Honolulu, c'est-à-dire des Règlements révisés d'Honolulu. Nous reproduisons ici les articles du règlement concernant la désignation des rues:

Section 22-8.3

Further requirements relative to street names.

Street names within the city shall comply with the following requirements:

(a) Street names selected shall consist of Hawaiian names, words or phrases and shall be selected with a view to the appropriateness of the name to historic, cultural, scenic and topographical features of the area.

(b) Street names selected shall not duplicate existing street names in spelling or sound, and shall be as dissimilar as possible in spelling or sound from any existing street names.

[...]

Section 22-9.3

Naming of city parks, sites and facilities.*

(a) The names of all city parks, sites and facilities shall be determined in accordance with requirements set forth herein:

(1) Existing city parks, sites and facilities may retain the name which has been historically accepted through common usage.
(2) New or existing parks, sites and facilities may be named:

(A) For the neighborhood, community, district or region in which the park, site or facility is located;

(B) After the primary street which it abuts; or

(C) In the Hawaiian language with a name which describes the site or its use, function or purpose.

[...]

(b) When Hawaiian names or words are used to name an existing or new park, site or facility, the authoritative Hawaiian spelling and diacritical marks shall be used.

[...]

Article 22-8.3

Nouvelles exigences relatives aux noms de rue

Les noms de rue dans la Ville doivent respecter les prescriptions suivantes:

(a) Les noms de rue choisis doivent être composés de noms, d'expressions ou de mots hawaïens, et doivent être sélectionnés en fonction de l'appartenance du nom aux particularités historiques, culturelles, scéniques et topographiques du district.

(b) Les noms de rue choisis ne doivent pas reproduire des dénominations existantes ni dans l'orthographe ni dans la prononciation et doivent être aussi dissemblables que possible dans l'orthographe ou la prononciation des autres dénominations existantes.

[...]

Article 22-9.3

Dénomination des parcs, sites et équipements de la Ville

(a) Les noms de tous les parcs, sites et équipements de la Ville doivent être désignés selon les conditions présentées ci-dessous :

(1) Les parcs, sites et équipements existants de la Ville peuvent conserver le nom qui a été historiquement accepté dans l'usage commun.

(2) Les parcs, sites et équipements nouveaux ou existants peuvent être désignés:

(A) En fonction du voisinage, de la communauté, du district ou de la région où est situé le parc, le site ou l'équipement;

(B) D'après la première rue à laquelle ils sont adjacents;

(C) En hawaïen avec un nom décrivant le site, son usage, sa fonction ou son objectif.

[...]

(b) Quand des noms ou des mots hawaïens sont employés pour désigner un parc, un site ou un équipement existant ou nouveau, l'orthographe hawaïenne officielle ainsi que les signes diacritiques doivent être employés.

[...]

Cela signifie que le terme générique est en anglais (Street, Boulevard, Avenue, Road, etc.), alors que le spécifique peut être en hawaïen (Waipahu, Kunia, Mahoe, Ahua, Nohonani, etc.). En réalité, la plupart des odonymes sont soit en anglais soit en hawaïen: Kunia Road, Queen Street, Waipahu Street, South Street, Kalakaua Avenue, Pacific Street, Vineyard Boulevard, Kaila Road, Ala Wai Boulevard,  etc.

5.4 Les langues de l'éducation

Dans les écoles, l’anglais est enseigné à tous les niveaux, de la maternelle à l’université. Toutefois, il est possible que l’enseignement soit dispensé dans l’une ou l’autre des langues immigrantes dans le cadre de programmes d’«éducation bilingue». C’est notamment le cas avec le chinois mandarin, le japonais, le samoan et le tonguien.

L’article 10 de la Constitution du 7 novembre 1978 (modifiée au 1er janvier 2000) est consacré à l’instruction publique. Le paragraphe 4 prescrit dans toutes les écoles publiques un programme d’enseignement en hawaïen (Hawaiian Education Program), car l’État doit promouvoir l’étude de la culture hawaïenne, de son histoire et de sa langue:

Article 10

Section 4

1) The State shall promote the study of Hawaiian culture, history and language.

2) The State shall provide for a Hawaiian education program consisting of language, culture and history in the public schools. The use of community expertise shall be encouraged as a suitable and essential means in furtherance of the Hawaiian education program.

Article 10

Paragraphe 4

1) L'État doit promouvoir l'étude de la culture, de l’histoire et de la langue hawaïenne.

2) L'État doit prévoir un programme d’enseignement hawaïen dans les écoles publiques comprenant la langue, la culture et l’histoire. L’usage des compétences de la communauté est encouragée en tant que moyens appropriés et indispensables dans la promotion du programme d’enseignement hawaïen.

Il est donc devenu obligatoire de dispenser un enseignement en hawaïen comme langue seconde dans les écoles publiques de l’archipel. Il s’agit d’une politique visant à donner une éducation bilingue aux enfants de façon à leur assurer un minimum de connaissances linguistiques, culturelles et historiques sur Hawaï et sa langue. Dans les faits, cette prescription constitutionnelle a eu pour effet d’obliger, depuis quelques années, tous les établissements d’enseignement primaire et secondaire (jusqu’en 8e année) à faire apprendre, au moins une heure par jour, les rudiments de la langue seconde qu'est l'hawaïen ainsi que de sa culture.

Le résultat de cette politique s’est concrétisé par un certain engouement pour les cours d’immersion dispensés sur une base facultative dans les écoles secondaires et à l’université; les listes d’attente semblent montrer que ces programmes sont populaires, particulièrement auprès des adultes.

C’est la Loi relative au programme d’immersion en langue hawaïenne (Act relating to the Hawaiian Language Immersion Program) — dont l’entrée en vigueur était prévue pour le 1er juillet 2000 — qui précise les paramètres de l’enseignement bilingue. Voici les objectifs du programme en question:

Hawaiian Language Immersion Program Goals

According to the Long-Range Plan approved by the Board in March 1994, the goal of the Hawaiian Language Immersion Program is to develop a quality education program which will assist students in:

(1) Developing a high level of proficiency in comprehending and communicating in the Hawaiian language;
(2) Developing a strong foundation of Hawaiian culture and values;
(3) Becoming empowered individuals who are responsible and caring members of the community; and
(4) Developing knowledge and skills in all content areas of the curriculum in keeping with the Foundation Program Objectives of the Department of Education.

Objectifs du Programme d'immersion de la langue hawaïenne

Selon le Programme de planification à long terme approuvé par le Conseil en mars 1994, l'objectif du Programme d'immersion de la langue hawaïenne est de développer un programme d'éducation de qualité, qui aidera les étudiants dans:

(1) le développement d'un haut niveau de compétence dans la compréhension et la communication en hawaïen;
(2) le développement d'une forte base de la culture et des valeurs hawaïenne;
(3) le développement des individus autorisés qui sont des membres responsables et soucieux de la communauté; et
(4) le développement des connaissance et des habiletés dans tous les districts satisfaits du programme d'études en conformité avec les objectifs du Programme de base du département de l'Éducation.

Selon le paragraphe 302H-1 des Lois révisées d'Hawaï précise que le Programme d'enseignement de langue hawaïenne peut être considéré comme un programme éducatif complet ou comme une expérience d'études dispensée aux étudiants en langue hawaïenne:

§ 302H-1

Hawaiian language medium education program.

The Hawaiian language medium education program may be established as a complete educational program or schooling experience provided to students in the medium of the Hawaiian language. The educational objectives of this program shall take into consideration how its content integrates with Hawaiian language and culture curricula and Hawaiian language medium curricula offered at the preschool and college levels, may be the same as the English language medium program, and may fulfill unique Hawaiian language medium education program goals.

§ 302H-1

Programme d'enseignement de la langue hawaïenne

Le programme d'enseignement de langue hawaïenne peut être considéré comme un programme éducatif complet ou comme une expérience d'études dispensée aux étudiants en langue hawaïenne. Les objectifs éducatifs de ce programme doivent prendre en considération comment son contenu s'intègre avec les programmes d'études de l'hawaïen et de la culture et les programmes d'études de langue hawaïenne offerts aux niveaux de la maternelle et des écoles, et comment ce contenu peut être le même que celui en anglais et comment il peut correspondre aux objectifs du programme d'enseignement de la langue hawaïenne spécifique.

Lors de l'année scolaire 2000-2001, on dénombrait 1646 étudiants répartis dans 18 établissements d'enseignement et apprenant la langue hawaïenne:

District scolaire - école Année de fondation Nombre d'enseignants Nombre d'étudiants
Honolulu      
Anuenue 1995 18 311
Leeward      
Nanakuli Elementary 1995 7 139
Waiau Elementary 1995 6 131
Windward      
Hauula Elementary

1998

3   80
Puohala Elementary

1990

7 125
Hawaï      
Konawaena Elementary  1995 6 105
Keaukaha Elementary 1987 11 201
Nawahiokalaniopuu 1993 6  82
Waimea Elementary 1996 2  35
Maui      
Kekaulike High 1997 2  28
Kalama Intermediate 1995 3  41
Kualapuu Elementary 1992 7 110
Molokai High & Inter 1999 1  18
Nahienaena Elementary 2000 1  25
Paia Elementary 1989 6 101
Kauai      
Kapaa Elementary 1989 4  90
Kapaa Middle 1996 1  15
Kapaa High 1998 1   9
State Resource Teachers - 3 -
Total   95 1646

Il est possible de s'inscrire dans un programme de langue hawaïenne auprès de familles dont les membres parlent couramment l'hawaïen:

§ 302H-2

Attendance and eligibility.

All children of compulsory school age choosing to enroll in the Hawaiian language medium program in families of fluent Hawaiian-speaking persons may be given preference for admittance. Other persons may enroll at the discretion of individual school sites under the conditions described above and in compliance with applicable state and federal laws. All students and their families shall abide by the special rules of the program with respect to family participation.

§ 302H-2

Présence au cours et admissibilité

Tous les enfants d'âge à fréquenter l'école obligatoire ayant choisi de s'inscrire dans un programme de langue hawaïenne auprès de familles, dont les membres parlent couramment l'hawaïen, peuvent obtenir la priorité pour leur admission.  D'autres personnes peuvent s'inscrire en fonction de l'emplacement particulier des écoles, dans les conditions décrites ci-dessus et en conformité avec les lois applicables de l'État et du gouvernement fédéral. Tous les élèves et leurs familles doivent se soumettre aux règles particulières du programme en ce qui concerne la participation de la famille.

Le Département de l'éducation d'Hawaï peut peut créer un office distinct pour l'enseignement de la langue hawaïenne destiné à l'administration et la gestion du programme:

§ 302H-3

Office of Hawaiian language medium education; personnel.

The department of education may create a separate office of Hawaiian language medium education for the direction and control of the program. The department may employ necessary personnel qualified by training and experience to direct and supervise the types of instruction and special services specified in this chapter. Publicly funded institutions of higher education may create teacher preparation programs to ensure that pre-service training is provided to students interested in teaching elementary and secondary students in the Hawaiian language.

§ 302H-3

Office de l'enseignement de la langue hawaïenne; le personnel

Le Département de l'éducation peut créer un office distinct pour l'enseignement de la langue hawaïenne destiné à l'administration et la gestion du programme. Le département peut employer le personnel nécessaire qualifié pour leur formation et leur expérience afin de gérer et superviser les types d'enseignement et les services particuliers prévus au présent chapitre. Les établissements d'enseignement supérieur financés par les fonds publics peuvent créer des programmes de stage à l'intention des enseignants afin d'assurer qu'une formation avant l'emploi soit dispensée aux étudiants intéressés par l'enseignement en hawaïen dans les écoles primaires et secondaires.

En somme, le gouvernement d'Hawaï a entrepris une politique de restauration de la langue autochtone dans les écoles en tant que langue seconde. Il n'est pas possible de faire autrement. L'hawaïen est une langue considérée comme en voie de disparition, et les locuteurs naturels de cette langue, en constante régression numérique, ne contrôlent plus la situation politique et économique de leur pays, Hawaï étant un État américain comme les autres. La politique linguistique actuelle axée sur l'enseignement de l'hawaïen témoigne d'une politique de l'enseignement d'une langue seconde à forte valeur identitaire

5.5 Les médias et les langues

Dans le domaine des médias écrits et électroniques, l’anglais reste la langue privilégiée, mais deux stations radiophoniques diffusent en japonais et une station de télévision retransmet des émissions provenant du Japon. En outre, d’autres stations de radio et de télévision diffusent des émissions en pidgin English, en chinois, en filipino, en hawaïen et en samoan. Des cinémas projettent exclusivement des films japonais, chinois et, à l'occasion, des productions philippines (en filipino).

Précisons que beaucoup de messages publicitaires sont bilingues sans qu'il s'agisse exclusivement du bilinguisme anglais-hawaïen; on note en effet le bilinguisme anglais-chinois, anglais-japonais ou anglais-filipino. Tous les grands magasins, et même plusieurs commerces plus modestes, ont à leur service des employés bilingues qui peuvent répondre aux clients japonais; certains, moins nombreux peuvent aussi s'adresser aux clients chinois.

Il est peu probable que l’hawaïen redevienne un jour une langue véhiculaire, mais l’État d’Hawaï veut perpétuer son usage et, surtout, développer chez tous les Hawaïens un sentiment d'identité collective, et ce, même chez les locuteurs parlant le filipino, le japonais, le chinois, le créole, le punti, le coréen, etc. C’est pourquoi l’État encourage l’utilisation de l’hawaïen dans la toponymie, l'odonymie (plus précisément la partie spécifique des noms de rue), les raisons sociales, les menus de restaurant, etc.

La politique linguistique de l’État d’Hawaï se révèle différente des autres politiques linguistiques adoptées par les États-Unis. D’abord, elle ne vise pas seulement à assurer une éducation bilingue temporaire destinée à laisser ensuite la place à l’anglais. La législation hawaïenne poursuit un autre objectif que celui de l'intégration, c'est-à-dire l'assimilation linguistique. Il s’agit plutôt d’une politique d'éducation bilingue qui privilégie la conservation de la langue ancestrale. Si la controverse reste très vive aux États-Unis entre les partisans de l'intégration et les partisans de la conservation, ce n’est pas le cas à Hawaï. La population semble accepter le point de vue du gouvernement local, car c’est avant tout une question de sauvegarde d'une identité collective. Il n’est d’ailleurs pas surprenant qu’une certaine partie de la population ait développé des velléités d’indépendance par rapport aux États-Unis. En tout cas, la Proclamation of Restoration of the Independent and Sovereign Nation-State of Hawai'i du 16 janvier 1994 ne laisse aucun doute à ce sujet.

Certes, la politique linguistique hawaïenne ne pourra faire en sorte que l’hawaïen remplace un jour l’anglais comme langue véhiculaire dans l’archipel, mais elle pourra perpétuer l’usage d’une langue seconde qui, jusqu’à récemment, paraissait à son dernier souffle. Parce que l'hawaïen est pratiquement devenu une langue morte qu'il a échappé à l'infériorisation sociale et accédé à une supériorité identitaire qui ne menace pas la langue anglaise. Le modèle hawaïen montre bien qu'une langue, même après sa mort, peut survivre comme symbole identitaire. En définitive, il est peu probable qu'une nouvelle politique linguistique ait pour effet de redonner vie à l'hawaïen, car il est maintenant trop tard pour appliquer une politique de bilinguisme plus systématique dans laquelle les deux langues officielles seraient sur un pied d'égalité.

Dernière mise à jour: 25 oct. 2014

Bibliographie

DALE, Charles V et Mark GUREVITZ. Legal Analysis of Proposals to Make English the Official Language of the United States, 17 octobre 1995, Washington, D.C.: Congressional Research Service.

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GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

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Dernière mise à jour: 25 octobre, 2014
 
 

Les États-Unis d'Amérique

 
(1) Les États-Unis: situation générale
(2) La politique linguistique fédérale
(3) Les États américains: présentation générale
(4) Liste des États disponibles
(5) Bibliographie

 

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