République de l'Inde

(4) Les politiques linguistiques
des États indiens

Plan de l'article

1. Une fédération linguistique

2. Les langues officielles des États

3. Les langues constitutionnelles

4. Les législations linguistiques

5. Le multilinguisme des États
5.1 L'Administration régionale
5.2 L'éducation et les contraintes constitutionnelles
5.3 Le système scolaire indien
5.4 Les langues d'enseignement

6. La formule dite «trilingue»

7. L'alphabétisation

1 Une fédération linguistique

Carte de l'Inde Rappelons que l'Union indienne est une république fédérale formée de 29 États et de sept territoires(avant le 2 nov. 2014). Ces États fédérés sont les suivants: 
 
l'Andhra Pradesh,
l'Arunachal Pradesh,
l'Assam
le Bengale occidental
le Bihar
le Chhatisgarh
Goa
le Gujarat
l'Haryana,
l'Himachal Pradesh,
le Jammu-et-Cachemire
le Jharkhand
le Karnataka
le Kerala,
le Madhya Pradesh,
le Maharashtra
le Manipur,
le Meghalaya
le Mizoram
le Nagaland
l'Orissa (ou l'Odisha)
le Panjab
le Rajasthan,
le Sikkim
le Tamil Nadu,
le Tripura,
l'Uttarakhand
l'Uttar Pradesh

Depuis le 2 novembre 2014, un nouvel État a été créé, le Télanga, à partir de régions de l'Andhra Pradesh. Les sept territoires de l'Union sont les îles Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et-Diu, Delhi, les îles Lakshadweep (ou Laccadive) et Pondichéry. On peut consulter la carte politique détaillée

L'Inde, une ancienne colonie britannique (1799-1947), obtint son indépendance en 1947 au prix de la sécession d'une partie du pays: le Pakistan. L'Inde forma ensuite une fédération appelée l'Union indienne, dont les limites des États membres furent calquées sur les divisions arbitraires de l'ancien régime.

Il en résulta un plurilinguisme enchevêtré dans la plupart des États fédérés, ce qui engendra des conflits sanglants entre les ethnies. L'agitation linguistique provoqua des mouvements de redistribution des États sur une base linguistique.

La Constitution de 1950 créa une véritable fédération linguistique pour résoudre le problème de la non-concordance des limites territoriales et des aires linguistiques. On adopta alors le principe d'une langue par État, bien que la réalité puisse montrer qu'il sera toujours impossible d'en arriver à cet idéal. En 1956, le Parlement indien a adopté la States Reorganisation Act (Loi sur la réorganisation des États), qui modifiait les frontières des États sur une base linguistique. Depuis, de nouveaux États ont été créés, toujours sur une base linguistique.

Cependant, la Constitution de 1950 ni la loi de 1956 n'ont éliminé les tensions entre les différentes communautés: année après année, d'autres conflits aigus apparaissent ici ou là. Certains affirmeront même que les interventions du gouvernement central ont eu plutôt tendance à provoquer des crises entre les États. Il faut régulièrement procéder à des redistributions territoriales parce que les mouvements autonomistes régionaux demeurent toujours très actifs. Les luttes entre les communautés ainsi que la difficile conciliation des intérêts contradictoires des États et du gouvernement central semblent des constantes inévitables de la vie politique indienne.

Ces problèmes n'ont rien d'étonnant dans un pays (le deuxième du monde par la population), dont les dimensions sont analogues à celles de l'Europe. On peut lire les dispositions constitutionnelles de l'Union indienne en matière de langue en cliquant ICI.

2 Les langues officielles des États

Pour mieux saisir le caractère complexe de cette fédération linguistique, on pourra consulter la liste des États fédérés qui présente les 28 États membres avec leur population et leur(s) langue(s) officielle(s) respective(s):

  État Langue(s) officielle(s) Population (2001) Autres langues reconnues
1 Andhra Pradesh télougou 75 727 541 ourdou (co-officiel dans certains districts).
2 Arunachal Pradesh anglais 1 091 117 aucune, sauf les langues tribales à l'école.
3 Assam assamais 26 638 407 bengali et bodo: co-officiels dans certains districts.
4 Bengale occidental bengali 80 221 171 népali: co-officiel dans le district de Darjeeling.
5 Bihar hindi 82 878 796 ourdou: co-officiel dans les services gouvernementaux dans certains districts.
6 Chhattisgarh hindi - chhattisgarhi 20 795 956 aucune, sauf le chhattisgarhi.
7 Goa konkani 1 343 998 marathi reconnu dans les services gouvernementaux.
8 Gujarat gujarati - hindi 50 596 992 langues reconnues dans les écoles primaires: marathi, sindhi, ourdou, anglais, tamoul, télougou et malayalam.
9 Haryana hindi 21 082 989 aucune, sauf le panjabi dans les écoles primaires.
10 Himachal Pradesh hindi 6 077 248 aucune.
11 Jammu-et-Cachemire ourdou 10 069 917 aucune, à l'exception de l'anglais et de l'hindi dans les écoles.
12 Jharkhand hindi 26 909 428 aucune.
13 Karnataka kannada 52 733 958 anglais: co-officiel, certaines langues sont reconnues (15% de la population d'un district) dans certains services gouvernementaux.
14 Kerala malayalam - anglais 31 838 619 tamoul et kannada: co-officiels dans certains districts.
15 Madhya Pradesh hindi 60 385 118 langues régionales reconnues: marathi et ourdou.
16 Maharashtra marathi 96 752 247 ourdou: co-officiel dans certains districts.
17 Manipur meitei (ou manipouri) 2 388 634 aucune.
18 Meghalaya anglais 2 306 069 khasi : co-officiel dans quatre districts; garo : co-officiel dans trois districts.
19 Mizoram mizo 891 058 aucune, sauf l'anglais.
20 Nagaland anglais 1 988 636 aucune.
21 Orissa oriya 36 706 920 aucune, sauf l'anglais.
22 Panjab panjabi 24 289 296 aucune, sauf l'hindi à des fins scolaires.
23 Rajasthan hindi 56 473 122 aucune.
24 Sikkim népalais, bhotia, lepcha, limbo 540 493 langues co-officielles à des fins de préservation de la culture et des traditions: bhotia, lepcha, limbo, newari, gurung, mangar, mukhia, rai, sherpa et tamang. 
25 Tamil Nadu tamoul 62 110 839 aucune, mais le télougou, le kannada et le malayalam sont reconnus dans certains districts.
26 Télanga télougou 35 100 000 (2011) ourdou
27 Tripura anglais - bengali - tripouri 3 191 168 aucune, mais le bishnupriya, le manipouri et le chakma sont autorisés dans les écoles primaires.
28 Uttarakhand hindi - sanskrit - anglais 8 479 562 aucune, sauf l'ourdou dans quelques districts.
29 Uttar Pradesh hindi 166 052 859

ourdou : co-officiel dans certains districts.

Chacun des 29 États a adopté une ou plusieurs langues officielles, mais il en est ainsi des sept territoires de l'Union (Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et-Diu, Delhi, Laccadive et Pondichéry) qui ont tous adopté au moins l'anglais comme l'une de leurs langues officielles, Pondichéry en ayant adopté cinq:

  Territoire Langue(s) officielle(s) Autres langues reconnues
1 Andaman-et-Nicobar anglais - hindi

télougou et tamoul : reconnus dans les services gouvernementaux dans certains districts.

2 Chandigarh panjabi - hindi aucune, sauf l'anglais.
3 Dadra-et-Nagar-Haveli marathi - gujarati aucune, sauf l'anglais.
4 Daman-et-Diu gujarati - anglais aucune, mais le marathi est reconnu dans les services gouvernementaux dans certains districts.
5 Delhi (district fédéral) anglais - hindi ourdou et panjabi: co-officiels.
6 Laccadive (Lakshadweep) malayalam - tamoul aucune, sauf l'anglais.
7 Pondichéry (Puducherry) tamoul - anglais - français malayalam et télougou : co-officiels à Mahé (malayalam) et Yanam (télougou).

3 Les langues constitutionnelles

Depuis 2007, suite à une série de modifications constitutionnelles, l’Annexe VIII de la Constitution reconnaît 22 langues dites «répertoriées» (en anglais: "scheduled"). Ce sont les «langues constitutionnelles» qui correspondent aux principales langues indiennes (''major regional languages''), sauf en ce qui a trait au sanskrit pour des motifs strictement historiques, religieuses et culturelles. Ces langues sont toutes des langues officielles (sauf le sanskrit) dans un ou plusieurs États. Voici la liste des langues dites «constitutionnelles»:
 

Rang Langue Famille État
1 assamais 

indo-européenne

Assam
2 bengali 

indo-européenne

Bengale occidental, Tripura
3 bodo

indo-européenne

Assam
4 dogri

indo-européenne

Jammu-et-Cachemire
5 goujarati

indo-européenne

Gujarat
6 hindi

indo-européenne

Bihar, Haryana, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Rajasthan, Uttar Pradesh, Delhi, Jharkhand, Chhattisgarh, Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Daman-et-Diu, Dadra-et-Nagar-Haveli
7 kannada 

dravidienne

Karnataka
8 kashmiri

indo-européenne

Jammu-et-Cachemire
9 konkani

indo-européenne

Goa, Karnataka, Maharashtra, Kerala
10 maithili

indo-européenne

Bihar
11 malayalam  

dravidienne

Kerala, îles Laccadive, Pondichéry
12 manipouri

indo-européenne

Manipur
13 marathi

indo-européenne

Maharashtra
14 népali

indo-européenne

Sikkim
15 oriya/odia

indo-européenne

Orissa/Odisha
16 ourdou

indo-européenne

Jammu-et-Cachemire, Uttarakhand, Bihar, Jharkhand
17 panjabi

indo-européenne

Panjab
18 sanskrit

indo-européenne

------------------

19 santali

indo-européenne

Assam, Bihar, Bengale occidental, Mizoram, Orissa, Tripura
20 sindhi 

indo-européenne

Panjab
21 tamoul

dravidienne

Tamil Nadu, Pondichéry
22 télougou

dravidienne

Andhra Pradesh, Pondichéry

Dans les faits, le gouvernement central a accordé à ces langues un statut particulier, mais sans vraiment les reconnaître comme langues officielles à part entière. Ce statut constitutionnel semble strictement symbolique, puisqu’il ne s'accompagne pas de privilège ni de droits particulier; ce statut ne garantit pas que ces langues seraient utilisées par les autorités fédérales ni par les pouvoirs des États. Au mieux, ces langues sont «représentées» auprès de la Commission nationale aux langues officielles; le gouvernement central pourrait prendre des mesures pour contribuer à leur développement afin qu’elles demeurent des moyens de communication. Les termes de «langues constitutionnelles» ("constitutional languages") n'apparaissent même pas dans la Constitution: art. 15, 29, 30, 120, 210, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 350, 350-A, 350-B, 351 et 394-A. Seule l'Annexe VIII de la Constitution mentionne une liste de 22 langues, sans indiquer un quelconque statut.

On peut consulter la carte la carte linguistique de l'Inde. De plus, un certain nombre de langues, sans être «constitutionnelles», sont néanmoins des langues officielles et/ou administratives dans les États. On en dénombre 33 dans ce cas dont quelques-unes sont officielles dans plus d’un État (anglais, hindi, ourdou, bengali, etc.): anglais (14), assamais, bengali (4), bhojpouri (2), bhoutia, français, garo, goujarati, haryanvi, hindi (10), kannada, kashmiri, khasi, konkani, kouki, lushai, malayalam (2), manipouri, marathi (3), marwadi, miau, mizo, naga, nepali, oriya, ourdou (8), pahadi (2), panjabi (2), rajasthani, sindhi (2), tamoul (2), télougou, tripouri.

L'article 345 de la Constitution précise que chaque État choisit une ou plusieurs langues officielles pour son parlement, son administration publique, ses cours de justice, l'enseignement et l'affichage. Partout l'usage de l'anglais reste possible, même lorsqu'il s'agit de communiquer entre États:

Article 345

[...] La législature d'un État pourra, par une loi, adopter une ou plusieurs des langues en usage, ou encore l'hindi, pour une ou plusieurs des fins officielles de l'État.

Les langues choisies par les États peuvent être employées à des fins officielles et être inscrites dans la Eighth Schedule ou 8th Schedule (Annexe VIII) de la Constitution. Jusqu'à l'amendement 21 (''Twenty-First Amendment'') de la Constitution de 1967, le pays reconnaissait 14 langues constitutionnelles, puis 18 jusqu'en 1992, avec l'Amendement 71 qui a prévu l'insertion de quelques autres langues (konkani, manipouri, népali). À partir de mai 2007, avec le 100e Amendement, le nombre des langues mentionnées dans la Eighth Schedule (Annexe VIII) a été augmenté à 22 (bodo, dogri, santali et maithili).

4 Les législations linguistiques

La plupart des États de l'Inde, soit 21 sur 28, ont adopté une législation destinée à proclamer une ou plusieurs langues officielles. Même des États qui ont choisi l'hindi comme langue officielle (Bihar, Hayana, Imachal Pradesh, Madhya Pradesh et Rajasthan) ont adopté de telles lois. D'autres États ont tenu à protéger des langues officielles régionales, c'est-à-dire utilisées dans leur propre État: le télougou dans l'Andhra Pradesh, l'assamais en Assam, le bengali et le népali au Bengale occidental, le konkani à Goa, le gujarati au Gujarat, le kannada au Karnataka, le malayalam au Kerala, la marathi au Maharashtra, le metieti au Manipur, le khasi et le garoa au Meghalaya, le mizo au Mizoram, l'oriya en Orissa, le panjabi au Panjab, le tamoul au Tamil Nadu. Voici les États qui ont adopté ces lois, dont certaines sont disponibles sur ce site (en bleu souligné) :

État Loi linguistique Année Langue(s) protégée(s)
Andhra Pradesh

Andhra Pradesh Official Language Act

1966

télougou

Assam

Assam Official Language Act

1960, 1967

assamais, bengali, bodo

Bengale occidental

West Bengal Official Language Act

1961

bengali et népali

Bihar

Bihar Official Language Act
Bihar Official Language (Amendment) Act

1950
1980

hindi, ourdou

Chhattisgarh

Chhattisgarh Official Language (Amendment) Act 2007 hindi, chattisgarhi
Delhi Delhi Official Language Act 2000 hindi, ourdou, panjabi
Goa, Daman-et-Diu

Goa, Daman and Diu Official Language Act

1987

konkani, marathi, anglais

Gujarat

Gujarat State Official Language Act

1960

gujarati

Haryana

Haryana State Official Language Act

1969

hindi

Himachal Pradesh

Himachal Pradesh Official Language Act

1981

hindi

Karnataka

Karnataka Official Language Act

1963

kannada

Kerala

Kerala Official Language (Legislation) Act

1969

malayalam et anglais

Madhya Pradesh

Madhya Pradesh Official Language Act

1957, 1972

hindi

Maharashtra

Maharashtra Official Languages Act

1964

marathi

Manipur

Manipur Official language Act

1979

manipouri (meitei)

Meghalaya

Meghalaya Official Languages Bill

1981

khasi, garo, jaintia et anglais

Mizoram

Mysore Official Language Act

1963

mizo

Orissa/Odisha

Orissa Official Language Act

1954

oriya (odia)

Panjab

Punjab Official Language Act
 Punjab Official Language (Amendment)

1967
2008

panjabi
panjabi

Pondichéry

Pondicherry Official Languages Act

1965

tamoul, malayalam, télougou et anglais

Rajasthan

Rajasthan Official Language (Amendment) Ordinance
Rajasthan Official Language Act
 Rajasthan Official Language (Supplementary Provisions) Act

1954
1956
1970

hindi

Sikkim Sikkim Official Languages Act 1977 népali, anglais, bhotia, lepcha, limbu
+ (local) newar, rai, gurung, manger, sherpa, tamang, sunuwar
Tamil Nadu

Tamil Nadu Official Language Act

1956

tamoul

Tripura

Tripura Official Language Act

1964

anglais, bengali et tripouri (kokborok)

Uttarakhand Uttarakhand Official Language Act 2009 hindi
Uttar Pradesh

Uttar Pradesh Official Language Act

1951, 1969, 1970 et 1989

hindi et ourdou

Dans plusieurs de ces législations, l'État promulgue une langue officielle, parfois deux, mais reconnaît aussi d'autres langues dans des localités ou des secteurs déterminés comme l'école, les services gouvernementaux ou l'affichage. Par exemple, le Kerala a adopté deux langues officielles, le Malayalam et l'anglais, mais il protège aussi le tamoul et le kannada au plan local. L'Andhra Pradesh a rendu le télougou officiel, mais protège aussi l'ourdou dans certains districts. Le Sikkim a quatre langues locales officielles (népalais, bhotia, lepcha et limbo), mais l'hindi et l'anglais ont aussi ce statut à la Législature, dans les tribunaux et dans les écoles.

5 Le multilinguisme des États

Bien que chaque État soit découpé selon une base linguistique, le multilinguisme est généralement la règle au sein d'un même État. Seuls les États de Haryana (ourdou) et de Kerala (malayalam) ainsi que le district fédéral de Delhi sont unilingues à 90 %; sont unilingues à 80 % les États du Bengale occidental (bengali), du Gujarat (goujarati), de l'Uttar Pradesh (hindi), d'Orissa (oriya) et du Tamil Nadu (tamoul). Les autres États sont bilingues ou maintiennent concurremment une langue secondaire comme en Assam, au Cachemire, en Himachal Pradesh, au Manipur ou au Tripura. Pour ne mentionner qu'un seul exemple parmi d'autres, le recensement 1971 comptait 166 langues maternelles dans le seul État du Karnataka, un cas classique d'un État multilingue. 

 

Langue maternelle
(Karnataka)

1961 1971 1981 1991 Augmentation/
Diminution
Kannada 65,17 65,94 65,69 66,2 + 1,03
Ourdou 8,64 9,00 9,53 9,96 + 1,32
Hindi 0,35 0,44 1,78 1,96 + 1,61
Malayalam 1,30 1,41 1,60 1,68 + 0,38
Tamoul 3,64 3,36 3,76 3,84 + 0,20
Télougou 8,68 8,17 8,12 7,39 - 1,29
Marathi 4,55 4,05 3,77 3,64 - 0,91
Konkani 2,08 1,96 1,74 1,57 - 0,51
Toulou 3,61 3,56 3,30 3,06 - 0,55
Kodagou 0,33 0,24   0,21 - 0,12

Lambani/banjari

  1,16
Yerava  soliga   0,04

On peut consulter la liste des États fédérés de l’Union pour avoir une idée des langues officielles et des langues d'usage.

5.1 L'Administration régionale

L'administration publique régionale fonctionne dans la ou les langues officielles de l'État, sauf lorsqu'elle communique avec le gouvernement central; c'est alors obligatoirement l'hindi ou l'anglais. Si les États hindiphones utilisent le plus souvent l'hindi, les autres États préfèrent recourir à l'anglais. Lorsqu'ils communiquent avec d'autres États, ils utilisent leur langue officielle si l'autre État a la même langue, ce qui est relativement fréquent entre États hindiphones: Chattisgarh, Gujarat, Hryana, Himachal Pradesh, Jharkhand, Madhya Pradesh, Rajasthan, Uttar Pradesh et Uttar Pradesh. Lorsque les langues officielles sont différentes, c'est l'anglais qui sert de langue véhiculaire. Ce sont les Règlements fédéraux sur les langues officielles qui régissent l'emploi des langues dans trois régions d'application des langues officielles. 

Avec leurs administrés, les États emploient leur(s) langue(s) officielle(s), mais ils peuvent aussi, dans des villes ou régions spécifiques, utiliser une langue locale.  En principe, la traduction et la publication de règlements importants sont assurées dans toutes les langues parlées par au moins 15 % de la population d'une zone ou d'un district.

De plus, les municipalités peuvent elles-mêmes intervenir dans le domaine linguistique et déclarer co-officielle(s) une langue dans un district donné, là où une ethnie minoritaire est en nombre suffisant, généralement 15 % ou plus. Dès lors, des aménagements concernant les services publics, les écoles et les inscriptions officielles doivent être prévus.

L'affichage se fait également dans la langue de l'État avec l'alphabet correspondant (il existe une douzaine d'alphabets en Inde). La langue de travail est celle de l'État, mais la connaissance de l'hindi et/ou de l'anglais constitue un atout pour obtenir un poste important; la gestion linguistique devient plus compliquée lorsque deux ou trois langues officielles se disputent la dominance au sein d'un même État.

Dans l'affichage commercial, la langue utilisée dans une ville donnée dépend de l'importance de celle-ci. Ainsi, dans les grandes villes, l'unilinguisme anglais constitue l'usage le plus courant; suit le bilinguisme anglais/langue de l'État. Dans les rues secondaires, les commerçants ont tendance à n'employer que la langue de l'État. L'utilisation de l'anglais demeure rare dans les petites villes où une langue locale peut même remplacer la langue de l'État régional (dans le cas où la langue locale est différente de celle de l'État).

5.2 L'éducation et les contraintes constitutionnelles

Dans le domaine de l'enseignement, l'article 350A de la Constitution indienne oblige tout État à assurer, au primaire, l'enseignement de la langue maternelle aux enfants appartenant à des groupes minoritaires:
 

Article 350A

Chaque État et chaque autorité locale de cet État devra faire en sorte de fournir aux enfants appartenant à des groupes linguistiques minoritaires des installations adéquates pour l'enseignement dans leur langue maternelle au niveau primaire; et le président, s'il juge nécessaire ou approprié que ces installations soient fournies, pourra donner des directives à cet effet à tout État.

Pour ces langues minoritaires, il suffit d'une demande de 10 élèves sur 40 pour que l'État soit obligé de fournir un enseignement dans une langue donnée. Il existe aussi un critère de distance pour les «zones tribales», à savoir qu'une école primaire devrait être située à moins de 1,5 kilomètre, mais dans certaines régions rurales cette distance peut atteindre jusqu'à cinq kilomètres. Dans les faits, une bonne soixantaine de langues au total sont enseignées dans les écoles primaires. Le pays a donc la tâche de gérer un système d’éducation qui compte plus de 664 000 écoles primaires, 110 000 écoles secondaires, 300 universités, 8700 collèges universitaires d’enseignement général et 2400 instituts professionnels.

5.3 Le système scolaire indien

En Inde, le système scolaire compte quatre niveaux d'enseignement :

1) le «pré-primaire» (maternelle) appelé "pre-primary school", non obligatoire;
2) le primaire  ("primary"), obligatoire;
3) le secondaire ("secondary"), obligatoire au premier cycle; 
4) l'enseignement supérieur.

L'enseignement primaire et l'enseignement secondaire se divisent en deux cycles :

Lower Primary Upper Primary Secondary Higher Secondary
Primaire inférieur (premier cycle) Primaire supérieur (second cycle)  Secondaire (premier cycle) Secondaire supérieur (second cycle)
1re - 5e année 6e - 7e année 8e - 10e année 11e - 12e année
6 - 10 ans 11 - 12 ans 13 - 15 ans 17 - 18 ans

Le niveau primaire du premier cycle compte cinq classes (ou années); le primaire du second cycle en a deux; le secondaire du premier cycle, trois; le secondaire du second cycle, deux. Les élèves suivent pour l'essentiel un programme commun jusqu'à la fin du secondaire, sauf en ce qui concerne les langues maternelles. Au second cycle du secondaire, les élèves peuvent suivre une certaine spécialisation (d'ordre technique). La durée totale du secondaire est généralement de quatre ans dans la majeure partie des États. L'admission à l'enseignement supérieur se fait en fonction de la réussite aux examens du second cycle du secondaire; cet enseignement est offert dans les universités, les facultés ou les écoles de technologie supérieure. 

L'Inde dispose de trois sortes d’écoles: les écoles publiques, les écoles privées et les écoles privées subventionnées. Chacune d’entre elles doit respecter le programme scolaire imposé par l’État. Les écoles publiques sont appelées "government schools"; elles sont gérées et financées par le gouvernement local. Ces écoles ont le net avantage de requérir de faibles frais de scolarité. Par contre, les écoles privées exigent des frais de scolarité beaucoup plus importants et nécessairement moins accessibles aux classes populaires et rurales. Néanmoins, quelque 60 % des écoles du secondaire sont des établissements privés. Il existe également des écoles privées subventionnées par le gouvernement de l'État, ce qui entraîne des frais moindres et rend ces écoles plus accessibles aux classes moins favorisées.

L'enseignement public indien est perçu négativement par la population. Au chapitre des difficultés, soulignons la surpopulation des classes (plus de 35 élèves/classe en moyenne), le manque de matériel didactique et la faiblesse des infrastructures scolaires, surtout en milieu rural, la pénurie d'enseignants, leur formation souvent inadéquate et leur le taux d’absentéisme élevé (25 % chaque jour), les méthodes pédagogiques souvent désuètes, etc.

Dans ces conditions, les conséquences peuvent être très négatives pour l'école publique. Par exemple, 50 % des élèves de dix ans ne savent pas lire un texte simple, alors que 60 % d’entre eux ne savent pas faire une simple division arithmétiques. De plus, après le premier cycle du secondaire, 50% des jeunes Indiens choisissent une formation professionnelle plutôt qu'une formation post-secondaire.

Les écoles privées, notamment au niveau secondaire, sont mieux perçues que les écoles publiques. Un étude réalisée en 2012 par l'India Institute en collaboration avec l'Université de Newcastle, révélait que, parmi les raisons invoquées par les parents pour lesquelles ils choisissaient d’envoyer leurs enfants dans les écoles privées plutôt que dans le secteur public, c'était d'abord la qualité supérieure de l’enseignement (93,8 %), puis l'enseignement de l'anglais (85,1 %) et la discipline exigée dans ces écoles (85,1 %).

5.4 Les langues d'enseignement

Dans tous le pays, la plupart des élèves doivent apprendre trois langues : leur langue maternelle, l''anglais et l'hindi, à l'exception des régions où l'hindi est déjà la langue maternelle. Selon les enquêtes menées par le gouvernement central, 92,07 % des écoles indiennes de niveau primaire offrent un enseignement dans la langue maternelle des élèves. L'anglais comme langue d'enseignement est enseigné dans les écoles dans une proportion de 12,98 % au primaire et dans une proportion de 25,84 % au premier cycle du secondaire et 33,59 % au seconde cycle. Quant à l'hindi, il est employé comme langue d'enseignement dans les écoles dans une proportion de 46,79 % au primaire et de 41,32 % au premier cycle du secondaire.

Au terme de la fin du premier cycle du secondaire, un certificat d’enseignement secondaire (Secondary School Certificate) est décerné aux élèves qui réussissent les examens prévus par les autorités compétentes de l'État ou la Commission centrale de l’enseignement secondaire (Central Board of Secondary Education ou CBSE). Les élèves qui désirent poursuivre leurs études au niveau supérieur doivent terminer un programme d’enseignement secondaire de deuxième cycle d’une durée de deux ans (11e et 12e années). Ce cycle conduit au certificat d’études secondaires supérieures ou à l’examen du certificat de la 12e année (Higher Secondary Certificate ou Standard XII Examination Certificate). Ce certificat demeure la condition nécessaire pour être admis dans les universités indiennes de premier cycle.

Le tableau qui suit résume les données relatives aux langues enseignées en Inde. Le nombre total dans le choix des langues disponibles est de 320 langues, une moyenne de dix choix de langues par État/territoire, avec des extrêmes de 3 (Himachal Pradesh et Daman-et-Diu) à 25 langues (Uttar Pradesh). Les deux langues les plus fréquemment proposées dans l'enseignement sont l'hindi et l'anglais, qui sont offerts dans tous les États dont les données sont disponibles (voir le tableau des langues enseignées dans les programmes scolaires).

No Langues enseignées Nombre de fois
des langues enseignées
dans les États indiens
1 =

hindi

32
1 = anglais 32
3 = ourdou 21
3 = sanskrit 21
5 bengali 15
6 tamoul 13
7 télougou 12
8 = arabe 11
8 = persan 11
10 = panjabi 10
10 = marathi 10
12 = malayalam 9
12 = kannada 9
12 = gurarati 9
15 français 7
Sous-total - 222
60 autres langues - 98
TOTAL

Source: MEGANATHAN, Ramanujam. "Language policy in education and the role of English in India: From library language to language of empowerment" in Dreams and Realities: Developing Countries and the English Language, British Council, p. 9.

320

Voici la répartition des langues enseignées en fonction du cycle d'études dans les États ou territoires impliqués:
 

Nombre Langue Primaire 
(cycle 1)
Primaire
(cycle 2)
Secondaire Supérieur
1 assamais 3 2 2 1
2 bengali 11 12 10 5
3 gujarati 8 5 5 5
4 hindi 24 25 24 21
5 kannada 6 5 5 2
6 kashmiri 1 1 1 -
7 malayalam 8 7 5 2
8 marathi 7 7 6 5
9 oriya 5 3 2 2
10 panjabi 4 3 3 30
11 sanskrit 2 1 1 -
12 sindhi 5 4 3 2
13 tamoul 10 10 9 5
14 télougou 11 11 9 5
15 ourdou 15 15 12 9
16 anglais 32 32 32 30

On constate que l'anglais est enseigné dès le premier cycle du primaire dans 32 États et territoires (sur 35), l'hindi dans 24, l'ourdou dans 15, le bengali et le télougou dans 11, le gujarati et le malayalam dans 8, le marathi dans 7, le kannada dans 6, l'oriya et le sindhi dans 5, le panjabi dans 4, le sanskrit dans 2 et le kashmiri dans un seul. À l'université, les langues les plus utilisées comme langue d'enseignement sont l'anglais (30), le panjabi (30), l'hindi (21) et l'ourdou (9).

Les langues d'enseignement dans les États indiens

Numéro État/territoire Primaire I Primaire II Secondaire
1 Andhra Pradesh télougou, ourdou, oriya, anglais, hindi, marathi, kannada, tamoul télougou, ourdou, oriya, anglais, hindi, marathi, kannada, tamoul télougou, ourdou, oriya, anglais, hindi, marathi, kannada, tamoul
2 Arunachal Pradesh anglais, hindi anglais anglais
3 Assam assamais, bengali, bodo, anglais assamais, bengali, bodo, anglais, etc. assamais, bengali, bodo, anglais, etc.
4 Bengale occidental bengali, hindi, ourdou, oriya, tamoul, télougou, gujarati, tibétain, népalais bengali, hindi, ourdou, oriya, tamoul, télougou, gujarati, tibétain, népalais bengali, hindi, ourdou, oriya, tamoul, télougou, gujarati, tibétain, népalais
5 Bihar hindi, ourdou, sanskrit, anglais, maithili, bengali, persan anglais, hindi, sanskrit, ourdou anglais, hindi, sanskrit, ourdou
6 Chhattisgarh hindi, ourdou, etc. hindi, ourdou, etc. hindi, ourdou, anglais, etc.
7 Goa anglais, konkani, marathi, ourdou, kannada anglais, marathi anglais, marathi
8 Gujarat gujarati, hindi, anglais, etc. anglais, gujarati, hindi, ourdou, marathi, sindhi anglais, gujarati, hindi, marathi, ourdou, sindhi, etc.
9 Haryana anglais, hindi, etc. anglais, hindi, sanskrit, etc. anglais, hindi, sanskrit, etc.
10 Himachal Pradesh anglais, hindi, etc. anglais, hindi, etc. anglais, hindi, etc.
11 Jammu-et-Cachemire dogri, anglais, hindi, kashmiri, ourdou, etc. dogri, anglais, hindi, kashmiri, ourdou, etc. dogri, anglais, hindi, kashmiri, ourdou, etc.
12 Jahrkand anglais, hindi, sanskrit, etc. bengali, anglais, hindi, sanskrit, etc. bengali, anglais, hindi, sanskrit, etc.
13 Karnataka kannada, anglais, hindi, marathi, tamoul, télougou, ourdou, malayalam, sanskrit, arabe kannada, anglais, hindi, marathi, tamoul, télougou, ourdou, malayalam, sanskrit, arabe kannada, anglais, hindi, marathi, tamoul, télougou, ourdou, malayalam, sanskrit, arabe
14 Kerala malayalam, anglais, tamoul, kannada malayalam, anglais, tamoul, kannada malayalam, anglais, tamoul, kannada
15 Madhya Pradesh hindi, anglais, ourdou, marathi hindi, anglais, ourdou, marathi, etc. anglais, hindi, ourdou
16 Maharashtra marathi, hindi anglais, hindi, marathi, etc. anglais, hindi, marathi, etc.
17 Manipur anglais, hindi, manipouri, etc. anglais, hindi, manipouri, etc. anglais, hindi, manipouri, etc.
18 Meghalaya anglais, garo, khasi, etc. anglais anglais
19 Mizoram anglais, mizo anglais, mizo, etc. anglais, mizo, etc.
20 Nagaland angami, ao, anglais, hindi, konyak, lotha, sema, etc. angami, ao, anglais, hindi, konyak, sema, etc. angami, anglais, hindi, etc.
21 Orissa anglais, oriya anglais, hindi, oriya, etc. anglais, hindi, oriya, sanskrit, etc.
22 Panjab anglais, hindi, panjabi anglais, hindi, panjabi, etc. anglais, hindi, panjabi, etc.
23 Rajasthan hindi, ourdou, etc. hindi, ourdou, etc. hindi, ourdou, etc.
24 Sikkim anglais, hindi, népalais, bhotia, lepcha, limbo anglais, hindi, népalais, bhotia, lepcha, limbo anglais, hindi, népalais, bhotia, lepcha, limbo
25 Tamil Nadu tamoul, télougou, anglais tamoul, télougou, malayalam, kannada, ourdou tamoul, télougou, malayalam, kannada, ourdou
26 Tripura bengali, kokborok, anglais, etc. bengali, anglais, etc. bengali, anglais, etc.
27 Uttar Pradesh hindi, ourdou, anglais, panjabi, etc. hindi, ourdou, anglais, panjabi, etc. hindi, ourdou, anglais, panjabi, etc.
28 Uttarakhand hindi, ourdou, anglais, etc. hindi, ourdou, anglais, etc. hindi, ourdou, anglais, etc.
29 Andaman/Nicobar bengali, hindi, anglais, tamoul, télougou bengali, hindi, anglais, tamoul, télougou bengali, hindi, anglais, tamoul, télougou
30 Chandigarh anglais, hindi, panjabi, etc. anglais, hindi, panjabi, etc. anglais, hindi, panjabi, etc.
31 Dadra Nagar Haveli gujarati, hindi, anglais, marathi gujarati, hindi, anglais, marathi, sanskrit gujarati, hindi, anglais, marathi, sanskrit
32 Daman-et-Diu gujarati, anglais gujarati, anglais gujarati, anglais
33 Delhi hindi, ourdou, panjabi, bengali, télougou, etc. hindi, ourdou, panjabi, bengali, télougou, etc. hindi, ourdou, panjabi, bengali, télougou, etc.
34 Laccadives malayalam, anglais, etc. malayalam, anglais, etc. malayalam, anglais, etc.
35 Pondichéry anglais, tamoul, malayalam, télougou, français anglais, tamoul, malayalam, télougou, français anglais, tamoul, malayalam, télougou, français
  Source: MEGANATHAN, Ramanujam. "Language policy in education and the role of English in India: From library language to language of empowerment" in Dreams and Realities: Developing Countries and the English Language, British Council, p. 22.    

6 La formule dite «trilingue»

L'une des pratiques les plus courantes en Inde correspond à ce qu'on appelle "The Three-Language Formula», c'est-à-dire la «formule des trois langues» ou encore mieux la «formule trilingue»: la langue maternelle (ou la langue régionale), une langue officielle (hindi ou anglais) et une autre langue moderne, indienne ou étrangère : l'hindi, l'anglais et la langue officielle régionale. Cette expression est rarement utilisée dans les documents officiels par les autorités centrales, mais l'expression est connue et largement acceptée dans les États indiens.  Il s'agit d'une sorte de compromis entre la notion d'efficacité et de rentabilité de la communication au sein de la grande diversité linguistique du pays et le respect de la plupart des langues locales. C'est là le résultat de la politique linguistique la plus représentative de l'Inde. Par ordre d'importance, il faut d'abord apprendre la langue officielle régionale (ce qui vaut pour plus de 80 % des Indiens), puis l'hindi (la langue de l'identité et de l'unité nationale) et ensuite l'anglais (la langue des communications internationales). 

Si l'État central privilégie d'abord l'hindi, puis l'anglais, les États indiens favorisent nettement leur langue officielle qui, dans certains cas, est l'hindi: Bihar, Haryana, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Rajasthan, Uttar Pradesh, Delhi, Jharkhand, Chhattisgarh, Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Daman-et-Diu, Dadra-et-Nagar-Haveli. Il reste encore 21 autres langue indiennes: assamais, bengali, bodo, dogri, goujarati, kannada, kashmiri, konkani, maithili, malayalam, manipouri, marathi, népali, oriya, ourdou, panjabi, sanskrit, santali, sindhi, tamoul et télougou. La formule à trois langues a été mise au point comme un moyen d'accommoder l'intérêt de chaque groupe linguistique. En vertu de cette «formule», la politique consiste donc à encourager les enfants à choisir et apprendre trois langues à l'école, en commençant par la langue régionale officielle. Dans les États officiellement hindiphones, les élèves choisissent souvent comme langue étrangère le sanskrit, le persan ou l'arabe. C'est aussi dans ces États où l'anglais est mieux appris.

Sur les douze années d’études au primaire et au secondaire, l’enseignement se fait dans la langue maternelle (ou régionale) de la 1re à la 5e année, la FTL est introduite à partir de la 6e année. On peut résumer la situation de la façon suivante:

(1) Dans les États hindiphones :

(a) l'hindi (avec le sanskrit);
(b) l'ourdou ou une autre langue moderne indienne excluant (a);
(c) l'anglais ou une autre langue moderne européenne.

(2) Dans les États non hindiphones :

(a) la langue régionale;
(b) l'hindi;
(c) l'ourdou ou une autre langue moderne indienne excluant (a) et (b); 
(d) l'anglais ou une autre langue moderne européenne.

Le tableau qui suit présente pour quelques États les langues enseignées dans le cadre de la «formule trilingue»:

État Langue officielle Langue maternelle
(première langue)
Seconde langue Troisième langue
Andhra Pradesh télougou ourdou télougou anglais ou hindi
Bengale occidental bengali bengali, hindi, anglais, népali, ourdou, assamais, gujarati, malayalam, marathi, tibétain, oriya, panjabi, santali, tamoul, télougou, lushai ou soudani anglais, bengali ou népali bengali, hindi, sanskrit, pali, persan, arabe, latin, grec ancien, arménien, français, russe, portugais, espagnol ou italien
Bihar hindi - ourdou hindi, ourdou, bengali, oriya, maithali ou santali hindi (non-hindiphones) ou sanskrit (hindiphones) anglais
Chhattisgarh hindi hindi, ourdou ou anglais anglais ou hindi sanskrit, ourdou, panjabi, marathi, gujarati, tamoul, bengali, télougou ou  malayalam
Delhi anglais - hindi hindi anglais sanskrit ou ourdou, panjabi, sindhi, bengali, malayalam, gujarati, tamoul, télougou, persan, kannada, arabe ou marathi
Goa konkani konkani, marathi, ourdou ou kannada hindi et sanskrit ou hindi et marathi anglais
Gujarat gujarati - hindi hindi, ourdou, marathi ou sindhi anglais sanskrit, persan ou arabe
Haryana hindi hindi anglais télougou, sanskrit, ourdou ou panjabi
Himachal Pradesh hindi hindi anglais ourdou, tamoul, télougou, malayalam et bengali
Madhya Pradesh hindi hindi, anglais, marathi, ourdou, panjabi, sindhi, bengali, gujarati, tamoul, télougou ou malayalam hindi ou anglais hindi, anglais, sanskrit, marathi, ourdou, panjabi, sindhi, gujarati, télougou, tamoul, malayalam, arabe, persan, français ou russe
Karnataka kannada kannada anglais hindi
Maharashtra marathi marathi marathi et hindi; marathi et pali;
marathi et arabe
anglais
Rajasthan hindi hindi anglais sanskrit, ourdou, sindhi, panjabi ou gujarati
Tripura anglais - bengali - tripouri tripouri, anglais, bengali ou kokborok anglais ou bengali hindi ou sanskrit
Uttar Pradesh hindi hindi anglais ou autre langue européenne assamais, bengali, gujarati, kannada, maithili, malayalam, marathi, népali, oriya, panjabi, sanskrit, santali, sindhi, tamoul, télougou ou ourdou

Dans ce pays, il est tellement normal d'apprendre plusieurs langues qu'il n'est pas rare de constater dans des établissements d'enseignement que les enseignants et les élèves communiquent dans une langue, les cours sont donnés dans une autre, les manuels écrits sont rédigés dans une troisième, alors que les devoirs ou travaux sont faits dans une quatrième langue.

De façon générale, toutes les langues parlées par au moins un million de locuteurs sont des langues protégées, de même que pour les 22 langues constitutionnelles et les langues officielles et/ou administratives des États. De plus, les langues comptant plus de 10 000 locuteurs sont en principe enseignées dans les écoles primaires, mais certains États peuvent trouver le moyen de contourner cette obligation.

Évidemment, tout n'est pas parfait dans le merveilleux paradis des langues en Inde. Certains États font en sorte d'interpréter les lois du gouvernement central à leur façon. C'est que la protection des petites minorités a un coût! La règle des 10 élèves pour ouvrir des classes spéciales n'est pas toujours respectée. Bien que la Constitution de l'Union prescrive que l'on doit enseigner à tous les enfants dans leur langue maternelle, il faut tenir compte aussi de la disponibilité des fonds publics et du personnel enseignant. Certains États ont saisi ces prétextes pour supprimer les droits linguistiques. Il peut être en effet difficile d'embaucher un enseignant pour un groupe de 15 élèves appartenant à une minorité linguistique, alors qu'un professeur d'anglais pourra enseigner à 40 élèves. Par exemple, dans l'État d'Oriya, il n'existe aucune traduction des règlements (en oriya et en anglais) dans les langues des minorités, alors que ces langues sont nombreuses dans cet État: ho, koya, khond, télougou, sabar, munda, etc. Le nombre minimal pour une classe minoritaire est de 20 élèves. Des États s'organisent pour ne jamais tenir compte des plaintes des citoyens en matière linguistique. L'une des raisons les plus souvent mentionnées pour faire fi des droits des minorités est le manque de ressources financières. Or, c'est le cas de tous les États, mais certains d'entre eux réussissent tout de même à respecter ces droits. 

7 L'alphabétisation

En 2009, le taux d’alphabétisation des moins de 15 ans atteignait une moyenne de 79,7 %, dont 85,9 % pour les hommes et 73,8 % pour les femmes. Chez les adultes, la proportion d'analphabètes est plus élevée, car elle s'élève en moyenne à 62,3%, dont 73,5 % pour les hommes et 51,3 % pour les femmes.
 

Âge Taux d'alphabétisation total Taux d'alphabétisation des hommes Taux d'alphabétisation des femmes
Moins de 15 ans 79,7 % 85,9 % 73,8 %
Plus de 15 ans 62,3 % 73,5 % 51,3 %

Ce tableau illustre un écart important entre l'instruction des hommes et l'instruction des femmes. L’éducation des femmes est plus négligée en Inde, car elles sont souvent mariées avant leur majorité, alors que des parents ne voient donc pas l'utilité de les envoyer à l’école. Dans bien des cas, les mères font subir à leur fille le même sort qui a été le leur et ne voient pas pourquoi ce serait différent. Par ailleurs, certains parents, eux-mêmes analphabètes, considèrent l’école comme une perte de temps puisqu’elle ne leur a pas servi à eux, puisqu'ils ont pu vivre uniquement leur savoir-faire agricole ou technique. Selon les critères de l'UNESCO, l'atteinte du taux de 85 % d’alphabétisation de la population serait un minimum pour que l'Inde soit considérée comme pays totalement alphabétisé.

En Inde, force est de constater qu'il y a autant de politiques linguistiques que d'États. Chacun a développé sa propre politique à partir des prescriptions constitutionnelles, notamment en matière d'éducation. Malgré le grand nombre des langues dans le pays, les langues régionales officielles du pays semblent bien protégées par le fédéralisme linguistique de l'Union, qui permet la séparation territoriale des langues. Il est vrai que la dominance de l'hindi pourrait s'accentuer. Pour l'instant cependant, on ne voit pas comment l'hindi pourrait réussir à supplanter les langues officielles régionales (''scheduled languages'') tant que l'anglais restera la langue dominante de l'État central. Ces langues conservent toutes les chances de se maintenir: elles disposent d'un État et de frontières linguistiques sécurisantes. La situation apparaît différente pour les plus petites langues, les langues tribales ou ''non-scheduled languages'', davantage laissées à elles-mêmes. Il est probable qu'un jour plusieurs de ces langues seront menacées d'extinction. Pour le moment, le «combat linguistique» se passe entre l'hindi et l'anglais. Anciennement perçu comme la «langue de l'oppresseur», l'anglais est devenu le contrepoids de l'hindi devenu à son tour la «langue de l'oppresseur», surtout de la part des États du Sud, de langues dravidiennes. Néanmoins, les politiques linguistiques élaborées dans les États indiens contribuent à réduire le pouvoir d'attraction d'une langue à la fois dominante et subordonnée, l'hindi.

Dernière mise à jour: 30 nov. 2016

L'Inde


1) L'Union indienne
 


2) Bref aperçu historique


3) La politique linguistique
du gouvernement central


4) La politique linguistique
des États - Liste des États disponibles


5) Bibliographie

Carte Asie 
L'Asie