Royaume du Danemark
Danemark

2) Données historiques

Plan de l'article

1 Les origines de la langue danoise

1.1 Le vieux nordique
1.2 L'élaboration du danois

2 L'expansion-régression danoise

2.1 l'union de Kalmar
2.2 La Réforme protestante
2.3 La perte de la Scanie
2.4 Les colonies danoises

3 La normalisation du danois

3.1 Les emprunts linguistiques
3.2 Le danois standard

4 La langue danoise actuelle

4.1 Les réformes linguistiques
4.2 L'intrusion de l'anglais
4.3 Le défi de l'immigration

 

1 Les origines de la langue danoise

Comme c'est le cas de toutes les langues scandinaves, le danois provient d'une langue commune, le proto-norrois, remontant aux inscriptions runiques du IIIe siècle de notre ère. Cette langue, appelée aujourd'hui le vieux norrois, était parlée par les Vikings, soit entre 800 et 1050 de notre ère. Par la suite, le vieux norrois subit de nouveaux changements qui ne se répandirent pas partout de la même manière en Scandinavie. Avec l’ère viking, des différences régionales se sont développées au sein du vieux norrois, et la langue des Danois a dominé dans les territoires occupés par les Vikings à l’ouest, tels que les îles Féroé, le Groenland, l’Islande, la Normandie et le Danelaw en Angleterre. En Angleterre, le vieux danois/vieux norrois en est venu à influencer l’anglais émergeant à tel point que de nombreux mots de l’anglais moderne ont des origines scandinaves.

1.1 Le vieux nordique
 
Il en résulta l'élaboration de deux grands groupes similaires: le «vieux nordique occidental» (ou «vieux norrois occidental») parlé en Norvège et en Islande, et le «vieux nordique oriental» (ou «vieux nordique oriental») parlé au Danemark et en Suède. Ces deux ensembles sont appelés «runiques» en raison du système alphabétique dit le futhark germanique qui, bien qu'apparu avec la civilisation chrétienne, fut employé par les Vikings jusqu'au VIIIe siècle. Cette langue était appelée par les Vikinks dönsk tunga et désignait la «langue danoise».

Dans la carte de gauche, la zone en vert représente la répartition du vieux nordique occidental; la zone orange correspond à la diffusion du vieux nordique oriental (ou vieux norrois). Quant à la zone mauve, elle témoigne de la diffusion des autres langues germaniques avec lesquelles le vieux nordique conservait toujours des liens d'intercompréhension mutuelle. Enfin, la zone jaune représente le vieux gotlandais limité à l'île de Gotland dans la mer Baltique (Suède) et à un îlot au sud-ouest de la Norvège.

L'expansion des langues nordiques favorisa la fragmentation linguistique, et ce, d'autant plus qu'elles furent favorisées par l'insularité et la dispersion géographique des peuples scandinaves, notamment en Suède, en Islande, aux îles Féroé et en même Angleterre où les Danois s'étaient installés (région appelée Danalagu, signifiant la «région où sévit la loi danoise», en anglais, le Danelaw). Le danois fut parlé durant tout le Moyen Âge dans les comtés du nord-ouest de l'Angleterre.

1.2 L'élaboration du danois

Les caractères latins pénétrèrent en Scandinavie, donc aussi au Danemark, avec l’avènement du christianisme à la fin de l’ère viking. Vers 1100, des ouvrages littéraires apparurent au Danemark, inaugurant ainsi une nouvelle période de l’histoire linguistique. À cette époque, l’Église catholique romaine était une institution culturelle au Danemark et, bien sûr, un facteur dominant dans le développement linguistique et culturel. Du christianisme et du latin virent de nombreux mots dans le danois, principalement liés à des contextes ecclésiastiques. Au cours de cette période, le danois fut également sous une importante influence du bas-allemand ou Niederdeutsch, terme générique employé pour désigner les dialectes des plaines du Nord, que ce soit ceux du bas-allemand occidental (WestsächsischNordniedersächischWestfälischOstfälischPlattdeutsch, etc.) ou ceux du bas-allemand oriental (NordmärkischMittelmärkischBerlinish, etc.). La Ligue hanséatique (l'association historique des villes marchandes de l'Europe du Nord autour de la mer du Nord et de la mer Baltique) fut un facteur culturel et linguistique dominant, et de nombreuses réalisations techniques et culturelles de l’époque furent désignées par des concepts bas-allemands, car ceux-ci pénétrèrent dans le danois grâce aux activités de la Ligue hanséatique dans les pays nordiques.

Le danois a commencé à être employé à l’écrit à la fin du XIIe siècle. Vers 1200, les plus anciennes lois provinciales écrites furent rédigées. En étudiant les premières sources écrites, on peut constater que le danois à cette époque avait commencé à se distinguer du norvégien et du suédois, mais on peut également observer des indices de variations dialectales au sein du danois; le danois oriental en Scanie (sud de la Norvège), le danois des îles en Zélande et le danois occidental dans le Jutland. Essentiellement, ces parlers danois furent plus conservateurs dans l'Est et plus enclins au changement dans l'Ouest. Ces caractéristiques se retrouvent également dans les formes dialectales d’aujourd’hui, dans la mesure où un dialecte local est encore parlé.

2 L'expansion-régression danoise

L'histoire du Danemark fut particulièrement influencée par sa situation géographique entre la mer du Nord et la mer Baltique, un emplacement stratégique et économique important entre la Suède et l'Allemagne. Au début du Moyen Âge, le Danemark devint une grande puissance en mer du Nord et en mer Baltique. En 1219, le Danemark avait conquis le Schleswig du Sud au nord de l'Allemagne, le sud de la Suède (la Scanie danoise) et le nord de la Livonie (l'actuelle Estonie) en 1238. Grâce à son lien étroit avec le continent, les variétés dialectales danoises purent changer plus rapidement que les dialectes suédois. Le Jutland et les îles danoises en particulier ont changé rapidement, mais dans une certaine mesure, la Scanie danoise (sud de la Suède) et l'île Bornholm firent de même.

Plus tard au Moyen Âge (1350-1500), le latin continua à influencer le danois. Avec la Ligue hanséatique et les nombreux Allemands qui vivaient au Danemark, le danois a hérité de certaines terminaisons de l’allemand dont -bar, -eri et -het.

2.1 l'union de Kalmar

En 1397, l’union de Kalmar réunit les royaumes du Danemark, de Suède et de Norvège, une grande partie de la Finlande actuelle, ainsi que les colonies norvégiennes d’outre-mer comprenant l'Islande, le Groenland, les îles Féroé et les îles du nord des Orcades et des Shetlands. La Norvège devint une province du Danemark avec le luthéranisme comme religion officielle. La rupture de l’union de Kalmar en 1523 n’entraîna pas l’indépendance de la Norvège, mais la plaça sous la domination de fait du Danemark; elle dura trois siècles. La Norvège, en tant que «province» ("lydrike") du Danemark, fut négligée par les rois scandinaves au profit de la Suède et du Danemark, plus étendus et plus riches.

Durant toute cette période, qui s’étendit de 1380 à 1814, l’influence de la langue danoise fut déterminante, car la seule langue écrite demeura le danois aux dépens du norvégien écrit qui cessa progressivement d'être employé. Le danois fut généralement parlé par les classes supérieures de la société norvégienne, tandis que les parlers locaux norvégiens, très différents du danois, continuèrent d’être employés dans les régions rurales et, dans les villes, par la classe ouvrière et la bourgeoisie.

2.2 La Réforme protestante

La Réforme, née dans les pays allemands au début du XVIe siècle à partir des idées de Martin Luther (1483-1546), eut un impact considérable sur le Danemark où elle a commencé au milieu des années 1520. Certains Danois voulaient avoir accès à la Bible dans leur langue; en 1524, sur ordre royal de Christian III, Hans Mikkelsen et Christiern Pedersen traduisirent le Nouveau Testament en danois; c'est devenu instantanément un «best-seller». Les réformateurs utilisèrent l’art de l’imprimerie pour diffuser la littérature religieuse en danois et, en général, cette langue acquit une place importante comme langue véhiculaire dans l’église et l’administration, au détriment du latin.

Au cours de cette période, le Danemark s'unifia plus étroitement en étant dominé par la Zélande et Copenhague. C’est cette région qui, aujourd'hui, sert de moteur du développement linguistique. La traduction de la Bible en danois en 1550 et l'imprimerie accentuèrent cette pression.

2.3 La perte de la Scanie
 

Le Danemark et la Suède s'affrontèrent dans cinq guerres entre 1523 et 1658; lors de la cinquième, qui se conclut par le traité de Roskilde, le Danemark dut céder la Scanie (au sud de la Suède) à la Suède. Or, la Scanie était la province la plus riche et la plus importante du Danemark de telle sorte que l'archevêque du Danemark y siégeait (à Lund) et que la première université danoise était également dans cette région. Après le traité de Roskilde de 1658, la Suède obligea les Scaniens à adopter les coutumes et les lois suédoises, et ce, en contradiction avec les termes mêmes du traité. Le suédois devint la seule langue autorisée dans la liturgie religieuse et à l'école et les livres en danois furent interdits. Tous les membres de l'administration et du clergé durent être des Suédois. L'Université de Lund fut rouverte en 1666 en suédois et les Scaniens n'eurent pas le droit d'aller étudier à Copenhague avant le XIXe siècle. La dernière révolte en Scanie eut lieu au XIXe siècle encore, mais à la fin de ce siècle, la province était considérée comme pleinement assimilée à la Suède. Enfin, le Danemark essaya plusieurs fois de reconquérir la province, mais échoua à chaque fois; la dernière tentative date de 1710.

Le danois a beaucoup de similitudes avec le norvégien bokmål, car ce dernier est à l’origine basé sur la langue écrite danoise. Cela est dû au fait que la Norvège a longtemps fait partie du royaume danois (1536-1814) et que le danois a été employé comme langue écrite jusque dans les années 1850. Par la suite, les Norvégiens ont commencé à «norvégianiser» l'écriture norvégienne. En même temps, d’autres voulurent une langue écrite basée sur les dialectes norvégiens, et c’est ainsi que le nynorsk a été construit. À certains égards, le nynorsk est similaire au suédois.

2.4 Les colonies danoises

 Comme d’autres nations maritimes, le Danemark établit des stations commerciales et des colonies dans plusieurs régions du monde à partir du XVIIe siècle. On oublie souvent que le Danemark maintenait un certain nombre de colonies en dehors de la Scandinavie.
 

Géographiquement, elles étaient réparties dans l’Atlantique Nord, dans l’Atlantique Sud et en Asie. Les zones de l'Atlantique Nord comprenaient le Groenland, l'Islande et les îles Féroé; dans l'Atlantique Sud, elles comprenaient les Antilles danoises dans les Caraïbes et la "Gold Coast" («Côte d'Or») au Ghana; en Asie, le Danemark avait des intérêts commerciaux dès 1620 à Tranquebar sur la côte sud de l'Inde et à Serampore en 1755 au nord de Calcutta. Dans les Caraïbes, le Danemark avait fondé une colonie à Saint-Thomas en 1671, à Saint-Jean en 1718 et avait acheté l'île de Sainte-Croix à la France en 1733. Le Danemark réussit à maintenir sa colonie indienne de Tranquebar et de Serampore (Bangladesh), ainsi que plusieurs autres colonies plus petites, pendant environ deux cents ans.

À leur apogée, la Compagnie danoise des Indes orientales et la Compagnie suédoise des Indes orientales importaient plus de thé que la Compagnie britannique des Indes orientales. Les deux compagnies des Indes orientales basées en Scandinavie fermèrent leurs portes au cours des guerres napoléoniennes. Le Danemark entretenait également d'autres colonies, des forts et des bases navales en Afrique occidentale, principalement à des fins de traite des esclaves.

3 La normalisation du danois

En raison de l’usage intensif du danois dans l’imprimé, il parut nécessaire de «nettoyer» l’orthographe «décorative» précédemment employée. Comme Copenhague et la Zélande étaient déjà les centres administratifs du royaume à cette époque, la langue danoise de la Zélande devint la norme nationale, d’abord pour la langue écrite, mais plus tard aussi pour la langue parlée (au cours du XVIIe siècle). Après la Réforme, le bas-allemand fut remplacé par le haut-allemand en tant que source la plus importante pour les mots d’emprunt, mais le français eut également une grande influence.

3.1 Les emprunts linguistiques

Les nouvelles idées des Lumières devinrent populaires parmi les classes moyennes du Danemark, suscitant un intérêt accru pour les libertés personnelles. En même temps, de nombreux Danois réagirent contre l’influence «étrangère» sur leur langue, notamment de la part du français; ils voulurent purger les emprunts au français, au latin et au grec. Le nationalisme danois se développa et entraîna une hostilité accrue contre les Allemands et les Norvégiens présents à la cour royale. Finalement, une loi interdit aux «étrangers» d'occuper des postes au sein du gouvernement, ce qui n'arrêta nullement l'augmentation des emprunts à l'allemand et au français, qui étaient les sources les plus importantes du renouveau lexical. La plupart des emprunts furent adaptés à la phonétique et à la structure flexionnelle du danois. Le danois fut codifié et reçut son statut officiel en 1875.   

- Le latin et le grec

Comme nous l'avons vu précédemment, la première influence massive sur la langue danoise est venue avec l’introduction du christianisme. C'est ainsi que du latin et du grec, le danois a emprunté des mots tels que biskop (< épiskopos: «évêque»), kristen (< kristianos: «chrétien»), kirke (< ekklesia: «église»), præst (< presbutéros: «prêtre»), degn (< graphium: «greffier»), engel (< angelus: «ange»), påske (< pascha: «Pâques») et pinse (< pentêkostê: «Pentecôte»).

- Le bas-allemand

Au Moyen Âge, c’est surtout la langue allemande, plus précisément le bas-allemand qui a marqué le vocabulaire danois: borger (< borg: «citoyen»), arbejde (arbejder: «métier»), murer (< murer: «maçon»), skomager (< scho + mager : «cordonnier»), regnskab (< rekenscop: «comptable»), kejser (< keizer: «empereur»), hertug ( < hertoch: «duc»), bukser (< buxe: «pantalon»), krig (< krîch: «guerre»), tallerken (< tallorken : «assiette»), køkken (< kȫke : cuisine»), hof (< hof: «cour»), skørt (<schorte: «jupe»), strømper (< tromper: «bas»), lykke (< (ge)lucke : «bonheur»). L’influence allemande a été assez massive et, dans certains cas, les mots allemands ont même supplanté le vieux norrois. Selon les historiens de la langue danoise, celle-ci aurait emprunté quelques centaines de mots provenant du bas-allemand.

- Le français

Au cours des années 1600 à 1700, c’est au français que le danois a emprunté. Ce sont surtout des mots reliés à l’art et à la culture : kulisse < décor de théâtre; debutant < débutant; operette < opérette. Des mots relatifs à la vie commerciale: branche < branche; chef < chef; direktør < directeur. Des soins infirmiers: ambulance < ambulance; klinik < clinique; bandage < bandage; pincet < pince (< à épiler). Des mots de la presse : journalist < journaliste; redaktør < rédacteur; avis < avis; jaloux < jaloux. Comme on s'y attend, des mots concernent la cuisine: dessert < dessert; bouillon < bouillon; bøf < boeuf; kotelet < côtelette; croissant < croissant.

Le Danemark a une longue tradition de danoisisation des mots français: portræ est proche de «portrait», comme turist avec «touriste», nervøs avec «nerveux», kontor avec «comptoir», avec «file d'attente» ou «queue», etc. La lettre [ø] renvoie en français au son [eu] comme dans euphorie.

3.2 Le danois standard 

Au début du XIXe siècle, le Danemark était divisé linguistiquement en trois zones:

1) le Danemark urbain où l'on parlait le danois standard (rigssproget) dans les villes;
2) le Danemark rural ou dominaient les variétés dialectales paysannes (rigssmolet);
3) la cour danoise et les duchés de Schleswig et Holstein, ou l'on s'exprimait seulement en allemand.

Après 1848 et le décès du vieux roi Christian VIII, son fils Frédéric VII s'allia à la bourgeoisie et instaura un régime constitutionnel marginalisant la noblesse et la cour, toutes deux de langue allemande. Mais les conflits avec l'Allemagne suscitèrent un nationalisme linguistique qui favorisa l'émergence de la langue danoise. Les lettrés danois combattirent les germanismes et s'alignèrent sur les mouvements «scandinavistes» qui privilégiaient la concertation avec les autres peuples nordiques pour des réformes en faveur de solutions orthographiques communes.

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le latin et l’allemand comme langues véhiculaires furent supprimés, car ils étaient considérés comme des langues de classe supérieure trop éloignées de celle du peuple. À l’époque du grand écrivain Hans Christian Andersen (1805-1875), le danois était si florissant qu'il influença le suédois et le norvégien sous la forme d’emprunts danois. L’union réelle dano-norvégienne de 1536-1814 fit du danois la langue écrite officielle en Norvège et avantagea le développement du bokmål à base du danois, et ce, jusqu’à la réforme linguistique norvégienne en 1907. En réalité, la situation linguistique du royaume danois se caractérisait par le fait que les Danois, les Norvégiens, les Islandais, les habitants des îles Féroé et ceux de quelques provinces allemandes avaient tous une même langue officielle, le danois. Cette pratique valait même si tous, sauf pour les germanophones, avaient leurs propres langues particulières appartenant à la même racine linguistique nordique.

Après le référendum du Schleswig en 1920, le Danemark perdit une partie de son territoire au profit de l'Allemagne. Un afflux important de germanophones s'était installé dans la région, dépassant finalement en nombre les Danois, pendant qu'un certain nombre de Danois restèrent minoritaires sur le territoire allemand. La perte politique du territoire du Schleswig du Nord déclencha une période de nationalisme intense au Danemark, coïncidant avec ce qu'on a appelé «l'âge d'or» de la culture danoise. Aujourd'hui, lSchleswig du Nord fait partie du Danemark, alors que le Schleswig du Sud fait partie de l'Allemagne.

4 La langue danoise actuelle

Au début du XXe siècle, le Danemark connut un changement rapide de la prononciation, ce qui accentua la différence entre le danois et le suédois. De plus, à la fin de ce siècle, le pays connut une influence considérable de la langue anglaise.

4.1 Les réformes linguistiques

Lors de la grande réforme de l’orthographe de 1948, la lettre [å] fut introduite, tirée du suédois; elle remplaçait la double lettre [aa] (avec la prononciation de [o] en français) dans les mots. L’orthographe danoise antérieure au son [å] avec deux [aa] signifie, par exemple, que le nom de la ville «Aarhus» est orthographié «Aarhus» sur les cartes plus anciennes. La municipalité d’Aalborg a officiellement choisi de continuer à écrire le nom de la ville selon des traditions plus anciennes et écrit donc toujours le nom de la ville comme Aalborg. À partir du 1er janvier 2011, les noms autres que les noms propres ont pris une minuscule initiale, alors qu'auparavant tout cela était écrit à la manière allemande, avec une majuscule initiale. En allemand, la vieille usine s'écrit "die alte Fabrik"; en ancien suédois: "den gamle Fabrik"; en suédois aujourd'hui: "den gamle fabrik".

Même après la réforme de l’orthographe de 1948, il reste une plus grande liberté en danois (par rapport au suédois) en ce qui concerne l’orthographe des titres d’œuvres. Par conséquent, même aujourd’hui, nous pouvons épeler des titres de livres, d’œuvres d’art, de lois et autres avec seulement les premiers mots et le prénom avec une minuscule initiale: la Loi sur la procédure administrative peut s'écrire "Forvaltningsloven" ou "forvaltningsloven".

4.2 L'intrusion de l'anglais

Bien sûr, comme beaucoup d'autres langues, le danois a emprunté de nombreux mots à l'anglais, soit environ 5% à 10% de son vocabulaire. En voici quelques exemples: weekend («week-end»), okay («ok), starte («démarrage»), fabrik («fabrique»), gudmoder («marraine»), fisker («pêcheur»), computer («ordinateur»), harmonika («harmonica»), medly («mélange»), harddisk («disque dur»), download («téléchargement»), software («logiciel»), jurist («avocat»), manager («gestionnaire»), assistant («assistant»), purchaser («acheteur»), analyst («analyste»), controller («contrôleur»), producer («producteur»), timer («minuterie»). Le total des mots empruntés varie autour de 10 000 à 12 000, pour le moment.

Contrairement au suédois, et plus encore au norvégien, le danois a une forte tendance à conserver ces mots dans leur forme originale. Une proposition de réforme mineure de l’orthographe, dans laquelle l’orthographe danoise était autorisée comme alternative à la graphie anglaise, dans des mots tels que "mayonnaise" en "majonæse" (la lettre [æ] correspondant à [è] en français), a suscité de grandes résistances de la part d'écrivains et de journalistes danois. Cette tendance à conserver plus souvent l’orthographe originale de l’anglais dans les mots d’emprunt est facilitée par le fait que le danois et l’anglais ont plus de correspondances similaires qu’en suédois.

À l'instar de plusieurs langues européennes, le danois puisa à nouveau dans les langues mortes telles que le latin et le grec ancien: demokrati (démocratie), ortodontist (orthodontiste), katekismus (catéchisme), hekatomb (hécatombe), polygami (polygamie), atmosfære (atmosphère), termometer (thermomètre), rotation (rotation), satellit (satellite), radioaktiv (radioactif), yod (iode), dekantering (décantation), etc. 

En ce qui concerne les relations internationales, le danois est l'une des langues officielles de l'Union européenne depuis 1973. De plus, le Danemark est un petit pays constituant une petite zone linguistique; la langue danoise est donc constamment sous la pression des langues étrangères parlées par un nombre croissant de personnes et employées dans des contextes internationaux. À l’heure actuelle, l’anglais est en train de devenir la seule langue internationale, notamment en raison de la domination américaine dans le monde occidental. Cela se voit dans tous les domaines, notamment là où il est impossible de limiter son usage dans le monde de la mode, de la modernité et du culte de la mode. Aujourd’hui, personne ne peut lire les journaux et magazines danois ou regarder la télévision danoise sans être envahi par les mots et expressions en anglais.

4.3 Le défi de l'immigration

De plus, au XXIe siècle, le débat sur les immigrants devint une priorité politique et, lors de plusieurs campagnes électorales précédant les élections parlementaires et municipales, le débat sur l'immigration et l'intégration fut dominant. La politique d’immigration figure en tête des préoccupations politiques depuis plus de vingt ans, de façon positive comme négative. Le Parti populaire danois (Dansk Folkeparti), une formation nationaliste anti-immigration, a constamment mis l'immigration à l'ordre du jour, notamment en avertissant que l'immigration constituait une menace pour la culture et les valeurs danoises ainsi que pour l'économie. Les différences entre l'islam et le christianisme occupèrent également une place importante dans le débat. De leur côté, les entreprises danoises ont longtemps invité elles-mêmes de nombreux travailleurs étrangers au Danemark parce qu'il y avait une pénurie de main-d'œuvre. Cependant, lorsque l'économie s'est redressée et que les besoins en main-d'œuvre ont diminué, le gouvernement danois a décidé d'introduire un gel de l'immigration.

Jadis ouvert à l’immigration, le Danemark est devenu l’un des États les plus fermés d’Europe. La Loi sur les étrangers a été modifiée et renforcée 135 fois depuis 2002. Aujourd’hui, le pays ne compte plus que 800 demandeurs d’asile, contre 20 000 en 2015. Le discours anti-immigration demeure majoritaire au Parlement danois. Par conséquent, le pays s’attire les foudres du Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, du Conseil de l’Europe ou d’Amnistie internationale, mais les étrangers ne sont plus les bienvenus au Danemark. Les Danois ont une nouvelle position fondamentale selon laquelle il ne devrait pas y avoir trop de réfugiés et d'immigrants au Danemark, mais ceux qui arrivent doivent être traités correctement. Le débat, tant parmi les politiciens que parmi les citoyens en général, est souvent émotionnel et pas toujours fondé sur des faits.

Il faut aussi ajouter que l'apport de l'immigration entraîne des conséquences linguistiques, telles que l'émergence d'un multilinguisme dans les zones urbaines, sans compter l'influence importante de la langue anglaise qui continue d'alimenter les inquiétudes dans la société danoise.

Par ailleurs, le conflit en Ukraine a ramené le Danemark dans le giron européen. En effet, l'attachement des Danois à l'Union européenne est au plus haut, ce qui n'a pas été le cas depuis longtemps. Cette nouvelle donne se confirme dans les urnes lors du référendum pour rejoindre la politique de défense commune de l'Union européenne.

Dernière révision: 17 février 2024

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(1) Situation générale
 


(2) Données historiques
 


(3) La politique linguistique
 

(4) Bibliographie
 

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