République de Belau

Belau

Republic of Palau
Beluu er a Belau

Capitale:  Melekeok
Population:  20 500 habitants (2004)
Langues officielles:  paloasien (palauan) et anglais
Groupe majoritaire:  paloasien (66,8 %)
Groupes minoritaires:  anglais (19,3 %), filipino (10 %),
sonsorolais (3 %), angaur (0,7 %), tobien (0,1 %)
Système politique: république autonome associée aux États-Unis
Articles constitutionnels (langue):  art. 5 (titre 4) et art. 1 (titre 10) dans la Constitution de 1981
Lois linguistiques: sans objet

1 Situation géographique

L'État de Belau (ou Palau ou Palaos), appelé officiellement république de Belau ou république des Palaos, est un pays insulaire de l'Océanie, situé dans le Pacifique occidental (Micronésie), au nord de la Nouvelle-Guinée (voir la carte du Pacifique). Située à l'extrémité occidentale de l'archipel des Carolines, la république de Belau comprend 26 îles et plus de 300 îlots. La plus grande des îles est Babelthuap (368 km²), mais la population vit en majorité sur la petite île de Koror (8 km²), où se trouvait l'ancienne capitale, également nommée Koror ou encore Oreor (10 400 habitants), et qui culmine à 628 mètres d'altitude. Une nouvelle capitale est aujourd'hui proclamée depuis la fin de 2006 sur Babelthuap à 20 km au nord-est: Melekeok. L'archipel de Belau est étalé sur 650 km (voir la carte détaillée).

Au plan administratif, l'État de Belau est divisé en 18 districts appelés États («States») : Aimeliik, Airai, Melekeok, Ngaraard, Ngarchelong, Ngardmau, Ngatpang, Ngchesar, Ngeremlengui et Ngiwal sont situés sur l'île de Babelthuap. Les autres constituent des îles et États distincts: Angaur, Hatobohei, Kayangel, Koror, Palau, Peleliu, Sonsoral et Tobi. Chacun des État élit son propre gouverneur et son assemblée.

2 Données démolinguistiques

La population de Belau est d'origine malaise, mélanésienne, philippine et polynésienne. On utilise le terme Paloasiens pour désigner les habitants des îles Belau, avec 70 % de Paloasiens (un composite de Polynésiens, de Malais et de Mélanésiens), 28 % d'Asiatiques et 2 % de Blancs.  Plus précisément, on distingue les Paloasiens proprement dits (66,8 %), les Paloasiens anglophones (16,9 %), les Philippins (10 %), les Sonsorols (3 %), les Américains (2,5 %), les Angaurs (0,7 %) et les Tobiens (0,1 %).

La population indigène parle majoritairement (67,5 %) le paloasien, une langue austronésienne du groupe malayo-polynésien occidental. Le seconde langue importante est l'anglais parlé à la fois par les Paloasiens linguistiquement assimilés et les militaires américains en poste à Belau. Les autres langues sont le filipino parlé par les Philippins, le sonsorolais, l'angaur et le tobien, trois langues parlées par ce qu'on pourrait appeler des minorités linguistiques indigènes.

Ethnie

Langue maternelle Affiliation linguistique Population
Paloasiens paloasien famille austronésienne (occidentale) 13 800
Paloasiens anglophones anglais langue germanique 3 490
Philippins filipino/tagalog famille austronésienne (occidentale) 2 050
Sonsorol sonsorolais (sonsorol) famille austronésienne (centrale) 620
Américains anglais langue germanique 515
Angaur angaur famille austronésienne (occidentale) 150
Tobien tobien famille austronésienne (centrale) 25
Total     20 650

Les langues officielles de la République sont le paloasien et l'anglais. Cependant, les États n'ont pas nécessairement les mêmes langues co-officielles. Seul l'anglais est l'une des langues co-officielles dans les 18 États. Pour les langues locales co-officielles avec l'anglais, mentionnons le sonsorolais à Sonsoral; le tobien à Tobi; l'angaur et le japonais à Angaur; le paloasien dans tous les autres. Voici un exemple de la langue paloasienne (Déclaration universelle des droits de l'Homme):

Article 1

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont dotés de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Got 'l Bades (1)

A rogui 'l chad el mechell a ngarngii a ilmokl er tir ra diosisiu el llemalt. Ngarngii er tir a uldesuir mete mo meruul el mo rar bebil lokiu a ungil 'l omeruul ra klauchad.

3 Données historiques

Les îles Belau sont habitées depuis plus de 4000 ans par des vagues successives de Malais venus de l'Indonésie, de Mélanésiens de la Nouvelle-Guinée, puis par des Philippins et des Polynésiens de Micronésie. Ces îles furent découvertes par les Espagnols (Ruy Lopez de Villalobos) au milieu du XVIe siècle. Les Espagnols utilisèrent leur langue pour administrer l'archipel qu'ils gardèrent sous leur contrôle jusqu’en 1899. À ce moment-là, l'Espagne vendit l'archipel à l'Allemagne qui l'administra peu de temps. En effet, l'archipel passa aux mains des Japonais dès le début de la Première Guerre mondiale; les Japonais avaient décidé d'annexer l'archipel. En 1922, les îles Belau furent placées officiellement sous mandat japonais par la Société des Nations. Les Japonais y établirent une base navale. Durant l'occupation nippone, le japonais fut employé comme une langue commune et son influence dure encore aujourd'hui.  Par exemple, l'État d'Angaur a conservé le japonais comme langue co-officielle avec l'angaur et l'anglais.

Par la suite, au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'archipel de Belau fut conquis par les États-Unis, mais fut placé par l’ONU sous tutelle américaine en 1947. Après avoir refusé, en 1978, de faire partie de la fédération de Micronésie, qui regroupe les autres îles de l’archipel des îles Carolines, Belau est devenue en 1981 une république semi-indépendante associée aux États-Unis. Les relations avec les Américains se sont détériorées lorsque ces derniers ont voulu introduire des armes nucléaire sur leurs bases militaires.

Le 1er octobre 1994, un référendum a consacré l’indépendance de la république de Belau, qui fut admise au sein de l’ONU. Lors des élections de novembre 1996, Kuniwo Nakamura a accédé à la présidence de la République. Depuis l'occupation américaine, l'anglais a pris de plus en plus d'importance dans l'archipel au point d'être devenu une langue co-officielle partout, et la principale langue véhiculaire aux dépens du paloasien. 

4 La politique linguistique

Aux termes de la Constitution de 1981 (titre 4, art. 5): «Tous les citoyens sont égaux devant la loi [...]. Le gouvernement ne doit prendre aucune mesure discriminatoire fondée sur le sexe, la race, le lieu d'origine, la langue, la religion ou la croyance, le statut social ou l'affiliation à un groupe, sauf en vue de faire bénéficier des citoyens d'un traitement préférentiel pour assurer la protection[...].» L'article 1 du titre 19 semble plus important, car il proclame que «les langues paloasiennes traditionnelles sont les langues nationales», alors que «le paloasien et l'anglais sont les langues officielles».

Article IV

Section 5

    Every person shall be equal under the law and shall be entitled to equal protection. The government shall take no action to discriminate against any person on the basis of sex, race, place of origin, language, religion or belief social status or clan affiliation except for the preferential treatment of citizens, for the protection of minors, elderly, indigent, physically or mentally handicapped, and other similar groups, and in matters concerning intestate succession and domestic relations. No person shall be treated unfairly in legislative or executive investigation.

Article XIX

Section 1

    The Palauan traditional languages shall be the national languages. Palauan and English shall be the official languages. The Olbiil Era Kelulau shall determine the appropriate use of each language.

Titre 4

Article 5

Tous les citoyens sont égaux devant la loi et ils ont un droit égal à la protection. Le gouvernement ne prendra aucune mesure discriminatoire  fondée sur le sexe, la race, le lieu d'origine, la langue, la religion ou la croyance, le statut social ou l'affiliation à un group, sauf pour en faire bénéficier certains citoyens pour assurer la protection des mineurs, des personnes âgées ou indigentes, handicapées physiquement ou mentalement, et d'autres groupes semblables, et pour des questions concernant les successions sans testament et les relations intérieures. Nul ne sera traité injustement dans une enquête législative ou exécutive.

Titre 19

Article 1

Les langues paloasiennes traditionnelles sont les langues nationales. Le paloasien et l'anglais sont les langues officielles. L'Olbiil Kelulau déterminera l'usage approprié de chaque langue.

En fait, le gouvernement n'a pas de politique linguistique bien arrêtée, sauf en matière d'éducation.

4.1 Les langues officielles

Les langues officielles de la République sont en principe l'anglais et le paloasien. Cependant, certains États n'ont pas les mêmes langues officielles: pour le Sonsoral, ce sont l'anglais et le sonsorolais; pour Tobi, l'anglais et le tobien; pour Angaur, l'anglais, l'angaur et le japonais. Pour tous les autres, ce sont l'anglais et le paloasien.

Les langues du Parlement national, appelé Olbiil Era Kelulau, sont l'anglais et le paloasien. Ces deux langues sont employées tant au Sénat qu'à la Chambre des délégués, mais de façon différente. Les lois sont normalement rédigées en anglais, mais débattues en anglais et en paloasien. Tous les tribunaux fonctionnent en anglais, mais aussi en paloasien, en sonsorolais (Sonsorol), en tobien (Tobi); en angaur et en japonais à Angaur). L'Administration publique utilise les mêmes langues dans les mêmes districts, mais le paloasien prédomine nettement dans les communications orales. En revanche, les documents écrits ne sont généralement disponibles qu'en anglais. De toute façon, beaucoup de Paloasiens préfèrent lire anglais plutôt qu'en paloasien. Il faut dire de de nombreux Paloasiens éprouvent de la difficulté à s'habituer au nouveau système d'orthographe et de grammaire, qui a été récemment introduit. Quoi qu'il en soit, très peu de textes sont actuellement publiés en palaosien.

4.2 Les langues de l'éducation

Le Belau est un tout petit pays insulaire dont les citoyens sont inégalement répartis sur un territoire étalé sur 650 kilomètres. Or, certaines disparités peuvent exister entre les enfants demeurant dans l'île de Babelthuap ou de Koror et ceux habitant les îles éloignées du Sud-Ouest. Par exemple, on compte près de 800 élèves à Koror, mais seulement trois à l'île de Tobi. Comme on peut s'y attendre, le problème s'accentue au secondaire, car en dehors de Koror (la capitale) on ne compte que trois petites écoles secondaires gérées par des Églises locales. Les enfants qui fréquentent l'école secondaire doivent donc émigrer à Koror, ce qui augmente les coûts. 

Les objectifs éducatifs du ministère de l'Éducation sont précisés dans la Loi relative à l'éducation (Code national, 22.1). Cette loi reflète fidèlement le texte de la Convention relative aux droits de l'enfant : il met l'accent sur le développement des connaissances et des qualifications (notamment la connaissance de la culture et de la langue nationales, ainsi que de la place des Palaosiens dans le monde). Ces objectifs ont été ultérieurement développés dans le cadre de la mission, des objectifs et stratégies élargis fixés dans le «Plan directeur Palaos 2000 pour l'amélioration de l'enseignement».

Le programme des écoles élémentaires des Palaosiens comprend quatre matières «principales» (langues, mathématiques, études sociales et sciences) et plusieurs matières «complémentaires» (santé, agriculture, éducation communautaire, éducation en matière de population). Le programme des écoles secondaires est organisé autour des mêmes matières principales, mais les élèves doivent également suivre au moins un cours de formation professionnelle (agriculture, gestion, économie domestique, techniques commerciales).

En ce qui a trait à l'enseignement des langues, le ministère de l'Éducation n'a pas de politique ferme, sauf celle de maintenir dans le système une éducation bilingue. Traditionnellement, les enseignants d'origine palaosienne utilisent le palaosien avec leurs élèves, alors que les enseignants d'origine étrangère utilisent toujours l'anglais. L'anglais et le palaosien sont enseignés à tous les niveaux, afin de permettre à tous les élèves d'être bilingues, tant à l'oral qu'à l'écrit. En pratique, l'enseignement en palaosien prédomine dans les premières années du primaire, mais l'anglais prend progressivement le dessus à partir du milieu du premier cycle. Bien souvent, les élèves quittent le primaire sans posséder tous les compétences nécessaires pour maîtriser leur langue maternelle.

La question des manuels scolaires est restée un problème de taille. Si l'on fait exception de certains manuels rédigés en palaosien, tous les textes ou documents écrits sont normalement en anglais. Les élèves écrivent et font leurs devoirs en anglais lorsque les volumes sont en anglais. La plupart des manuels scolaires du secondaire sont rédigés en anglais et reproduisent nécessairement des contextes et des modes de vie tout à fait étrangers aux Paloasiens.

Au niveau postsecondaire, peu de jeunes poursuivent leurs études (35 %). On constate que le taux d'abandon scolaire est élevé, ce qui traduit en partie une préparation insuffisante des élèves, notamment en anglais. Les 65 % de la population qui ne poursuivent pas d'études postsecondaires entrent dans le monde du travail avec, comme bagage, les connaissances, l'état d'esprit et les qualifications qu'ont pu leur donner leur famille et l'école.

4.3 Les langues des médias

La Constitution et la législation palaosiennes protègent la liberté de la presse. On peut dire qu'en général les Palaosiens sont bien desservis par les médias. Pour la presse écrite, il existe un bimensuel, le Tia Belau, qui donne les nouvelles locales. Deux quotidiens étrangers anglophones font l'objet d'une large distribution : le Pacific Daily News (publié à Guam) et le Marianas Variety (publié dans les îles Mariannes septentrionales).

En ce qui concerne les médias électroniques, trois stations de radio, une publique et deux privées, diffusent des nouvelles et des informations destinées au public et des programmes récréatifs. Le palaosien et l'anglais sont les langues d'usage. Le Belau possède une société privée de télévision câblée (payante), qui diffuse sur 17 canaux, des nouvelles (CNN), des programmes sportifs et éducatifs (Discovery Channel) et des émissions récréatives (provenant des principales chaînes américaines, ainsi que d'une chaîne de chacun des trois pays suivants : Japon, Hong Kong et Philippines). Une chaîne propose des programmes éducatifs américains (en anglais) ayant beaucoup de succès auprès des enfants. Il existe aussi une chaîne locale qui diffuse des émissions politiques (par exemple, les débats de l'Olbiil Era Kelulau), récréatives (retransmission de manifestations locales) et des informations provenant de toute la région du Pacifique. Bref, la plupart des médias diffusent des programmes étrangers, généralement d'origine américaine, c'est-à-dire en anglais. Ce n'est pas sans causer des problèmes préjudiciables à l'acquisition de la langue palaosienne, surtout chez les jeunes.

Le Belau n'a pas véritablement de politique linguistique, si ce n'est de continuer à appliquer le bilinguisme institutionnel. Les Palaosiens sont habitués au bilinguisme, eux qui ont connu l'occupation espagnole, allemande, japonaise et américaine. Le gouvernement perpétue ce système puisqu'il favorise les communications avec le reste du monde, les langues nationales demeurant de bien petites langues. Cela dit, on peut dire que la non-intervention caractérise la politique linguistique actuelle. En raison des coûts jugés prohibitifs, l'Administration ne traduit pas tous ses documents, le ministère de l'Éducation ne ne cherche pas à tout prix à fournir ses écoles en manuels palaosiens, la télévision publique locale ne produit que fort peu d'émissions en palaosien. Par ailleurs, le gouvernement ne semble pas se soucier que l'exposition sans restriction à des productions étrangères, et dans une langue étrangère, ne peut que porter préjudice à la culture, à la langue et aux valeurs palaosiennes. Il s'agit bel et bien d'une politique de non-inteervention.

Dernière mise à jour: 28 déc. 2015
 

Bibliographie

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Belau», pour la partie historique.

GOUVERNEMENT PALAOSIEN. Examen des rapports présentés par les États parties en application de l'article 44 de la Convention relative aux droits de l'enfant, Additif, Comité des droits de l'homme, CRC/C/51/Add.3, 23 mars 2000, (français), original en arabe, Genève.

MOYSE-FAURIE, Claire. «Langues minoritaires et politiques linguistiques: le cas des langues océaniennes», dans Mémoires no 8, Société de Linguistique de Paris, 1999, p. 79-104.

ROSENBERG, E. «Paradise lost? environmental prospects and politics in the Republic of Palau» dans New Solutions, 1996, vol. 6, 35-47 p.

US DEPARTMENT STATE. Background Notes: Palau, Washington, mai 1996,
[[http://history1900s.about.com/gi/dynamic/offsite.htm?site=http://www.state.gov/www/background%5F
notes/palau%5F0596%5Fbgn.html].

    


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