Drapeau de l'Angola

République d'Angola

Angola

República de Angola

Capitale: Luanda
Population: 15,9 millions (est. 2006)
Langue officielle: portugais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: une quarantaine de langues dont l'umbundu (35,7 %), le kimbundu (26,7 %), le kikongo (9,8 %),  le nganguela (6 %), le quioco (4,5 %), etc.
Langue coloniale: portugais
Système politique: république militarisée
Articles constitutionnels (langue): art. 19, 21, 23 et 63 de la Constitution de 2010
Lois linguistiques: Loi sur le système d'éducation (2001) ; Loi sur la protection du consommateur (2003); Code de la route (2005); Code de la douane (2006); Loi sur la presse (2006).

1 Situation géographique

L’Angola, officiellement république d'Angola (República de Angola) est un pays situé à la charnière de l'Afrique centrale et de l'Afrique australe. Ouvert sur l'océan Atlantique, le pays est limité au nord et à l'est par la République démocratique du Congo (ou Congo-Kinshasa), à l'est par la Zambie et au sud par la Namibie (voir la carte détaillée du pays). 

C’est le septième pays d'Afrique par sa superficie; en effet, il s'étend sur 1 246 700 km²,  y compris l'enclave de Cabinda (7 270 km²) située au nord de l'embouchure du fleuve Zaïre. 

L'Angola, dont la capitale est Luanda, est divisé en 18 provinces (elles-mêmes subdivisées 139 districts): Bengo, Benguela, Bie, Cabinda, Cuando Cubango, Cuanza Norte, Cuanza Sul, Cunene, Huambo, Huila, Luanda, Lunda Norte, Lunda Sul, Malanje, Moxico, Namibe, Uige et Zaïre.

Un cas particulier est représenté par la province de Cabinda: c’est une enclave de 7270 km², séparée du reste du territoire angolais par le Congo-Kinshasa et située près de l’océan Atlantique à la frontière du Congo-Brazzaville. Grâce à l’exploitation du pétrole, ce petit territoire compte 115 000 habitants et assure à l’État angolais les trois quarts de ses revenus. La capitale de la province est Tchiowa.

L’Angola est le deuxième pays lusophone par son étendue (après le Brésil) et le troisième par sa population (après le Brésil et le Mozambique). Le pays occupe un territoire assurant la transition entre l'Afrique francophone au nord et l'Afrique anglophone au sud. L'Angola fait partie des cinq pays d'Afrique utilisent le portugais comme langue officielle, ce qui correspond en ce cas à une langue seconde pour les habitants de ces pays: la Guinée-Bissau, le Mozambique, les îles du Cap-Vert et les îles de São-Tomé-et-Príncipe.

2 Données démolinguistiques

Avec l’enclave de Cabinda, la population angolaise était estimée, en 2006, à 13 millions d'habitants. Cependant, ces données numériques sont approximatives, car le pays est affecté, depuis 1975, par les famines et la guerre civile. En 1994 seulement, quelque 400 000 personnes furent victimes de mutilations (dues notamment aux mines antipersonnel), 2,1 millions de personnes furent directement touchées par le conflit et 1,3 million d’autres ont été déplacées.

2.1 Les ethnies

Parmi les diverses ethnies qui peuplent l'Angola, quatre grands groupes forment près des trois quarts de la population. Les Ovimbundus (37 % de la population) dans le Centre-Sud; les Mbundus (24 % de la population) dans le Centre-Nord; les Bakongos (13,2 % de la population) dans le Nord-Ouest; les Lunda-Tchokwés (5,4 %) dans l'Est; les Nganguela (6 %) dans le Sud-Est. Mentionnons également les Nyaneka-Humbé (5,4 %) au sud, les Héréros (env. 1 %), les Ovambo (1 %) et les Xindonga (1 %), les deux derniers groupes appartenant à un même sous-groupe. À côté des Bantous, on trouve des peuples d'origine khoïsane (quelques milliers), issus des Boshimans et des Hottentots, qui vivent près de la frontière zambienne.

Les Métis représentent environ 2 % de la population. Avant l'indépendance en 1975, la communauté portugaise comptait environ 700 000 Blancs; la plupart de ceux-ci sont maintenant retournés au Portugal (environ 500 000 retornados) ou ont immigré en Afrique du Sud (env. 200 000). Toutefois, il en reste un certain nombre, notamment à Luanda et sur la côte ouest.

2.2 Le portugais

En Afrique, le portugais est également la langue officielle de la Guinée-Bissau, du Cap-Vert, des îles São Tomé e Principe et du Mozambique. Le portugais est demeuré la langue officielle de l’Angola après l’indépendance. En 1975, c’était la langue maternelle des Blancs et seule une minorité de Noirs le parlait comme langue seconde. En 1993, on estimait que le portugais était parlé par 57 600 locuteurs comme langue maternelle. Mais la situation a changé, et il doit bien y avoir en Angola des millions de «mauvais locuteurs» du portugais dans les grands centres urbains, où se croisent des gens de toutes les origines ethniques échappés à la guerre, lesquels non seulement doivent parler en portugais, mais transforment aussi leurs enfants en des locuteurs qui ont le portugais comme langue maternelle. 

Cela dit, les données démolinguistiques sérieuses sur le portugais parlé en Angola ne sont guère fiables. Cependant, toutes les données confirment le fait que, depuis l’indépendance, la «lusophonisation» ou «lusitanisation» a réussi des avancées considérables, particulièrement dans les centres urbains, à un point tel qu’il existe peu d’exemple du genre en Afrique, même dans les anciennes colonies françaises ou britanniques. Comme on le sait, par exemple à Luanda, la capitale qui compte maintenant près de trois millions d’habitants dont un grand nombre de réfugiés des pays voisins (Congo-Kinshasa, Congo-Brazzaville, Namibie, Afrique du Sud, etc.), les Angolais parlant encore les langues bantoues locales demeurent peu nombreux: ou bien ils parlent le portugais s’ils sont des Angolais, ou bien le français ou l’anglais s’ils sont des réfugiés. Selon une étude officielle publiée dans le journal O Público de Luanda en 1995, près 99 % de la population de cette ville serait capable de s’exprimer en portugais (langue maternelle et langue seconde). Il y a une vingtaine d’années, la plupart des enfants de Luanda parlaient l'umbundu lorsqu’ils jouaient dans la rue. Aujourd’hui, plus du tiers des enfants âgés entre six ans et quatorze ans ne parleraient que le portugais ou, du moins, ne connaissent que fort mal la langue de leurs parents. La «dépossession linguistique» est à ce point avancée dans la capitale que pour la plupart des Angolais le portugais est devenu la seule langue véhiculaire utilisée. Il en est ainsi pour les médias, la musique populaire, les livres, etc.

Dans les zones rurales, le portugais ne s’est pas autant implanté, parce que les langues bantoues sont restées très vivantes, comme en font foi les émissions radiodiffusées dans les principales langues nationales. Néanmoins, là aussi comme partout en Angola, le portugais s’est développé en tant que langue véhiculaire au détriment de l’umbundu, du kimbundu et du kikongo. En fait, la guerre civile a fait davantage que l’école, dans la mesure où elle a occasionné d’immenses brassages des populations dans les centres urbains, ce qui a accéléré la propagation du portugais aux dépens des langues locales. Certains n’hésitent pas à affirmer que le processus a atteint un point de non-retour.

La langue portugaise parlée en Angola s’appelle le «portugais angolais», lequel s'avère très différent de celui que l'on entend au Portugal  et au Brésil. Il n'a même rien à voir ni avec l'un, ni avec l'autre (par exemple trofêu au lieu de troféu). Beaucoup de prononciations vocaliques (voyelles) qui sont ouvertes au Portugal et très ouvertes au Brésil, sont tout simplement fermées à Luanda. Enfin, bien que le taux d’analphabétisme atteigne parfois des proportions effarantes (jusqu’à 80 % des enfants n’apprennent ni à lire ni à écrire), le portugais est devenu une langue incontournable pour les communications interethniques. Un professeur angolais, Rui Ramos, de race blanche et ayant toujours vécu en Angola, écrit: 

Dans les années quatre-vingt, j'ai parcouru toutes les zones de guerre, où il n'y avait même pas d'enseignement. On continuait à y parler la langue portugaise [...]. Tout ça s'est passé au long de Huambo, du Bié et, plus tard, au Lubango et au Cunene, lorsque j'y allais pour prêter secours aux déplacés provoqués par l'invasion sud-africaine. Dans les quatre-vingt-dix, je suis retourné à Benguela, au Bié et au Andulo [...]. À Cabinda et partout, on continuait à parler le portugais.»

De fait, bien des enfants connaissent déjà le portugais en arrivant au primaire («pré-classe»). Contrairement à ce qu'on puisse supposer, cette première année n'est pas consacrée à l'enseignement du portugais aux petits enfants, puisque ceux-ci ont déjà appris la langue portugaise à la maison.

2.3 La question du «créole angolais»

Contrairement aux autres colonies du Portugal, comme le Cap-Vert, Sao Tomé-et-Principe et la Guinée-Bissau, il n'a jamais existé de créole en Angola. À cet égard, le professeur Rui Ramos écrit encore: «La langue portugaise ne s'imposa pas à travers la vie en commun, pas à la suite de la recherche d'une langue créole, mais à travers l'exclusion forcée des langues locales». C'est entre le début du XXe siècle et l'indépendance que s'est produit le mouvement décisif en faveur du portugais. Parmi les Angolais que entrèrent en contact avec le pouvoir colonial, il s'est formé, au fil des années, une classe lusophone pour laquelle le portugais n'était plus simplement une langue véhiculaire, mais devenait de plus en plus, à chaque nouvelle génération, la langue maternelle. 

Un phénomène linguistique particulier s'est passé dans les musseques, les quartiers misérables des banlieues. Puisque le privilège de résider dans la ville était à proprement parler réservé à la classe dominante coloniale et au Angolais privilégiés, la plupart des colons portugais et des Angolais qui voulaient habiter les villes s'établirent dans les banlieues. Des milliers d'Angolais et de Portugais vivaient là en contact les uns avec les autres, parfois dans des conditions semblables à celles des slums (bidonvilles) indiens. Les deux groupes entrèrent en contact, ce qui favorisa un troisième registre de langue (après le créole et le portugais du Portugal): la linguagem dos musseques (la langue des musseques). À côté de la langue standard, qui se basait sur la norme linguistique du Portugal, il s'est développé une langue familière urbaine caractérisée par des divergences évidentes par rapport à la langue standard, et ce, à tous les niveaux du système linguistique. Cette langue familière est marquée, entre autres, par le contact avec les langues bantoues de l'Angola. Dans ce contexte, on peut classifier la variante «langue des musseques» comme une forme socialement déterminée de la langue familière urbaine de Luanda, la capitale. Avec le temps, les limites entre la ville et la banlieue se sont atténuées; les habitants des bidonvilles ont fini par maîtriser dans de nombreux cas une variante du portugais plus proche de la langue standard.

2.4 Les langues africaines

Selon les données démolinguistiques (2000) du Summer Institute of Linguistics de Dallas, plus de 90 % des Angolais parleraient des langues bantoues comme langue maternelle. Celles-ci sont au nombre d'une quarantaine, mais cinq d’entre elles ont le statut de «langues nationales» et comptent pour près de 80 % des locuteurs. Il s’agit du umbundu (4 millions de locuteurs), du kimbundu (3 millions de locuteurs), du kikongo (1,1 million de locuteurs), du quioco (500 000) et du ganguela (172 000). Même si le lingala (une autre langue bantoue) ne constitue pas une langue angolaise, cette langue est parlée par beaucoup d’Angolais qui connaissent le Congo-Kinshasa.

2.5 Les langues étrangères

On estime aussi que beaucoup d’Angolais scolarisés et ceux qui ont résidé au Congo-Kinshasa, au Congo-Brazzaville ou en Namibie savent également le français et/ou l’anglais en tant que langue seconde. En somme, beaucoup de citadins angolais sont à la fois lusophones, francophones et anglophones. En réalité, la communauté française en Angola compte environ 1900 individus. Après la colonie portugaise, elle constitue la plus forte représentation européenne dans ce pays. Cette population francophone a connu une augmentation sensible depuis quelques années, en raison de l'implantation de sociétés françaises relevant des secteurs de l'exploitation pétrolière et des activités parapétrolières, dont les sociétés Total, Bouygues Offshore, Foramer, Schlumberger, Petromar, etc.

2.6 Les religions

Au début des années quatre-vingt-dix, près de 53 % des Angolais étaient de religion chrétienne (catholique pour les deux tiers); le reste de la population est animiste. Il existe aussi de petites Églises indépendantes, notamment l’Église tokoïste et l’Église kimbanguiste (fondée en 1921 au Congo belge et reconnue par le gouvernement angolais).

3 Données historiques

Les peuples de langue bantoue commencèrent à émigrer par vagues successives depuis le golfe de Guinée et atteignirent la région dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Les premiers habitants de l'actuel Angola parlaient des langues khoïsanes, et ils furent progressivement repoussés vers le sud par les Bantous. Ces derniers se métissèrent au cours des siècles avec les peuples autochtones et fondèrent des royaumes. L’un d’eux, le Kongo (le «pays de la panthère») finit par dominer la région et était à son apogée lors de l'arrivée des Européens.

3.1 L’arrivée des Européens

Rappelons qu’en 1494 le pape Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à signer le traité de Tordesillas qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte du traité). En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l'Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. C’est ce qui explique pourquoi ces derniers furent exclus de ce continent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, voire au XIXe siècle, la seule exception demeurant la Guinée équatoriale. Les autres pays de l'Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle. 

Revenons plus précisément à l'Angola. Lorsque l'explorateur portugais Diogo Cão atteignit le cap du Loup à l'embouchure du Zaïre vers 1482, il trouva le royaume Kongo bien établi de part et d'autre du fleuve. Le royaume, gouverné par le mani-kongo (roi) depuis la capitale Mbanza, au nord de l'Angola actuel, prospérait grâce au commerce avec les populations de l'intérieur du pays, échangeant outils et armes contre de l'ivoire. Les Portugais furent bien accueillis par le souverain Nzinga Nkuwu. Quelques années plus tard, les missionnaires portugais réussirent à convertir au catholicisme le mani-kongo (en 1491). La capitale du royaume changea de nom et devint São Salvador.

Après la mort de Nzinga Nkuwu en 1507, les Portugais modifièrent leurs relations et finirent par administrer totalement le royaume. Mais, désireux de s’approprier les mines d’or et se procurer des esclaves, les commerçants européens utilisèrent la manière forte. En 1668, le mani-kongo Antonio tenta de les chasser, mais il fut vaincu et tué. Fortement diminué, le royaume du Kongo disparut.

3.2 La colonisation portugaise

L’Angola fut le premier pays africain à connaître le colonialisme européen. Le Portugal développa la région côtière et les rives du fleuve Congo, ce qui entraîna dans les villes un certain métissage de la population. Le pays devint un vaste territoire de chasse aux esclaves à destination du Brésil et de Cuba. La traite des esclaves se développa avec la complicité de certaines ethnies, les Portugais suscitant des rivalités entre les unes et les autres. Le commerce d'esclaves depuis l'Angola fut interdit en 1836, mais la traite se poursuivit tardivement dans les colonies portugaises au moins jusqu'en 1878, date à laquelle l'esclavage fut officiellement aboli (la France, pour sa part, abolit l’esclavage en 1848).

On estime que, du XVIe siècle au XIXe siècle, quelque 16 millions d’Africains auraient été déportés à bord de bateaux portugais, mais seulement quatre millions d’entre eux auraient survécu au voyage et seraient devenus des esclaves au Brésil (ou au Mexique). La traite des Noirs a effectivement vidé une portion considérable de Bantous angolais, mais à partir de la fin du XVIIe siècle on sait que les esclaves qui arrivaient au Brésil provenaient majoritairement de l’ethnie yorouba dont les descendants vivent aujourd’hui au Nigeria. Compte tenu de la grandeur du pays, l'ampleur du commerce des esclaves en Angola et le régime colonial portugais expliquent le faible peuplement de ce pays. 

Durant tout le régime esclavagiste, l’Angola resta lié au Brésil parce qu’il lui fournissait les esclaves et qu’en retour le Brésil envoyaient ses trafiquants, ses fonctionnaires et «son portugais», c’est-à-dire sa variété de portugais: le «portugais brésilien». Une importante communauté métissée se développa, sa culture mêlant les coutumes africaines et celles des Portugais. Par ailleurs, bien qu’une forme de créole se soit développée vers la fin du XIXe siècle, cet idiome ne s’est pas propagée de façon significative (contrairement à la colonie du Cap-Vert), sauf pour ceux qui ne savent qu’un portugais rudimentaire. D'ailleurs, aujourd'hui, il n'existe plus de créole parlé en Angola.  

Ce n’est qu’à la toute fin du XIXe siècle que les Portugais commencèrent à développer l’intérieur du pays, c’est-à-dire à s’approprier les richesses naturelles (coton, caoutchouc, café, diamant, etc.). Cependant, à l’instar des petites puissances coloniales de l’époque (comme la Belgique), le Portugal céda à des compagnies privées de vastes portions du territoire. D’ailleurs, une partie du capital investi provenait de capitaux étrangers (belges, français ou britanniques). Mais la «conquête» du reste de l’Angola fut lente. Ce n’est qu’en 1920 que les campagnes militaires purent imposer la paix.

- Le régime de l’indigénat

À partir de 1933, date de fondation de l’Estado Novo («Nouvel État») par Antonio de Oliveira Salazar au Portugal, le régime colonial se durcit considérablement. On sait que le régime de Salazar fut un amalgame d’État totalitaire catholique et de dictature fasciste. L’Acto Colonial (Acte colonial) de Salazar codifia et centralisa l'Administration des colonies qui furent soumises au contrôle direct de la Métropole par l'intermédiaire d'un gouverneur général. Celui-ci fut placé au sommet d'une hiérarchie administrative bureaucratique, d'une réputation souvent douteuse, dont le chef de village (le regulo) représentait au bas de l'échelle le seul élément indigène, lequel était chargé d'exécuter les exigences coloniales. Le régime exerça une sévère répression à l’égard des élites angolaises qui revendiquaient une représentation politique et l'amélioration des conditions de vie des populations autochtones. Parallèlement, la dictature portugaise encouragea l'établissement des colons en Angola, mais ceux-ci n’arrivèrent en masse que vers les années cinquante. Nombre de ces colons, appelés les degradados, étaient des forçats ayant un passé judiciaire et politique, qui arrivaient malgré leur volonté en Angola pour accroître la présence portugaise et fournir une main d’œuvre utile à l’Administration coloniale.

À l’exemple de la France dans ses colonies, le Portugal instaura le «régime de l'indigénat» aux Noirs (98 % de la population) qui furent privés ainsi de l’instruction (réservée aux Portugais, les civilizados) et de tous leurs droits humains. Seuls les assimilados regroupant les métis et quelques Noirs assimilés eurent accès à l’instruction (en portugais). Les autres autochtones, les indígenas, furent soumis aux travaux forcés, à l’interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions, aux impôts sur les «réserves» et à un ensemble d’autres mesures tout aussi répressives telles que les châtiments corporels. Un ministre de Salazar, Viera Machado, partit du principe suivant en 1943: «Si nous voulons civiliser les indigènes, nous devons leur inculquer comme un précepte moral élémentaire l'idée qu'ils n'ont pas le droit de vivre sans travailler.» 

Les «sujets portugais» soumis au régime de l’indigénat furent privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques; ils ne conservaient sur le plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière. En somme, on peut dire que le colonialisme pratiqué en Angola s’apparentait à une sorte d’esclavage des populations autochtones sous une forme nouvelle, car celles-ci avaient «l’obligation morale et légale de travailler», et elles furent dépouillées de toute leur identité. Pour être exemptés des règles restrictives du régime de l’indigénat, il fallait, entre autres, que les Noirs puissent parler et écrire le portugais de la Métropole, porter des costumes européens et pratiquer la religion catholique. Lorsque des Noirs étaient officiellement reconnus, ils devaient demander le statut de «citoyens assimilés» (assimilados). Ce système colonial odieux, qui paraît sans aucun doute honteux aujourd’hui mais semblait normal à l’époque, perdura jusqu’en 1954, alors qu’il fut «allégé», puis définitivement aboli en 1961, soit de nombreuses années après que les accords de Genève (le 23 avril 1938) eurent interdit toute forme de travaux forcés.

Quant à l’idéologie portugaise de l’époque, elle véhiculait le croyance, ou plutôt la certitude, que le Portugal devait apporter aux indigènes son «génie» et sa «civilisation». Dans le Titre 1 de l’Acto Colonial ("Loi coloniale") du 11 avril 1933 (Decreto-Lei Nº 22:465), on peut lire ce texte:

Artigo 2º

É da essência orgânica da Nação Portuguesa desempenhar a função histórica de possuir e colonizar domínios unltramarinos e de civilizar as populações indígenas que neles se compreendam, exercendo também influência moral que lhe é adstrita pelo Padroado do Oriente.

Artigo 3º

1) Os domínios ultramarinos de Portugal denominam-se colónias e constituem o Império Colonial Português.

2) O território do Império Colonial Português é definido nos n.ºs 2º a 5º do artigo 1º da Constituição.

[Article 2

Il est de l'essence organique de la Nation portugaise de remplir la fonction historique de posséder et de coloniser des possessions d'outre-mer, et de civiliser les populations indigènes qui s'y trouvent, exerçant aussi un influence morale adjointe du padroado [patronat] d'Orient.

Article 3

1) Les possessions d'outre-mer du Portugal sont appelées colonies et constituent l'Empire colonial portugais.

2) Le territoire de l'Empire colonial portugais est défini dans les alinéas 2 à 5 de l'article 1 de la Constitution.]

Le padroado (cf. l'article 2 de l'Acto Colonial) est un terme juridique portugais signifiant «patronat». Depuis la traité de traité de Tordesillas de 1494, la supervision des missions d'Orient avait été déléguée par la papauté au Portugal (et à l'Espagne). Ce droit historique de patronat est connu sous le nom de padroado. Le «droit de patronat» des souverains du Portugal consistait notamment en un droit de désignation des évêques.

Le problème, c’est que la «fonction historique» du Portugal a connu certainement des ratés, puisqu’en 1960 le taux d’analphabètes en Angola était aussi élevé que 97 % chez la population indigène. Au cours de la période coloniale de Salazar, les langues africaines furent violemment réprimées au profit «du portugais de la Métropole». Même le «portugais angolais», très semblable au «portugais du Brésil», fut sévèrement combattu par le régime autoritaire de Salazar. Au cours de la période salazariste, la politique d'autarcie prit la forme d'une défense de la prétendue «pureté» de la langue portugaise, avec une inévitable hostilité envers tout ce qui se révélait différent, y compris le «portugais angolais». Dans les écoles fréquentées pratiquement seulement par les Blancs et administrées par l’Église catholique, on enseignait exclusivement le «portugais du Portugal», alors que la plupart des colons arrivés avant la Seconde Guerre mondiale parlaient encore le «portugais angolais» qui, comme on le sait, est demeuré proche du «portugais brésilien».

Du fait de l'indigénat et du colonialisme, les communautés noires furent spoliées de leurs terres et exclues de tout pouvoir politique et économique. Il n’est pas surprenant que dans ces conditions la rébellion nationaliste ait éclaté en Angola.

- La province d’outre-mer

En 1951, l'Angola devient une «province d'outre-mer». Les Angolais purent devenir des «citoyens portugais» moyennant certaines conditions, dont savoir lire et parler correctement le portugais, avoir un casier judiciaire vierge, produire deux témoignages de moralité et un certificat médical. Le gouverneur général de l’Angola était nommé par le Conseil des ministres du Portugal; il disposait des pouvoirs exécutif et législatif, mais il était assisté par un Conseil de gouvernement et un Conseil législatif.

Cependant, la rébellion nationaliste éclata dès 1956. Ce fut l’attaque de la prison de Luanda le 4 février 1961 par le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), un mouvement d’orientation marxiste, qui marqua le début de la guerre d'indépendance. Les Bakongos et les Kimbundus détruisirent près de 700 plantations de café, tuant plusieurs centaines de colons portugais. L'armée portugaise réagit par des représailles massives et massacra des milliers d'insurgés et contraignit à l'exil près de 400 000 Bakongos. Lors des années suivantes, le Portugal augmenta son effectif militaire qui atteignit 60 000 hommes. On estime que 160 000 soldats se sont battus pour le Portugal en Afrique (Guinée équatoriale, Angola, Mozambique, Cap-Vert). Alors que, à la fin des années 1950, la décolonisation soufflait sur toute l’Afrique, notamment les colonies françaises et britanniques, le Portugal allait à contre-courant de l’histoire, en exportant massivement des colons vers ses colonies. Les guerres coloniales se poursuivirent après la mort du dictateur Salazar (1970), soit jusqu’en 1974, alors que se désintégrèrent les colonies portugaises.

C'est la révolution des Œillets au Portugal qui, en avril 1974, a aboli cinquante ans de dictature. Lassés d'une guerre coloniale sans issue, les militaires renversèrent le régime et portèrent le général Antonio de Spínola à la présidence de la République. Les Portugais accueillirent cette «révolution» avec joie; ils tendirent aux soldats des œillets rouges ou blancs, qui symbolisaient les espoir d'un nouvel avenir socialiste. Spínola promit la démocratie et l'indépendance des colonies. 

Dès lors, les mouvements des forces armées angolaises décidèrent de mettre un terme à leur guerre anticoloniale. Mais la libération de l’Angola n’était pas due au combat indépendantiste, mais au changement subit de régime au Portugal. Au final, le Portugal allait être le dernier pays d’Europe à libérer ses colonies. Il était temps, car la petite puissance coloniale qu'était devenu le Portugal se dirigeait vers la faillite économique, près de la moitié du budget national passant à l’«effort de guerre» et à la «pacification» dans les colonies. Bref, Le pays le plus pauvre d’Europe avait à l’époque des exigences totalement inadaptées qui auront des conséquences dramatiques dans les «colonies libérées».

3.3 L’indépendance (1975)

Le nouveau régime de Lisbonne accepta, lors des accords d'Alvor, le transfert du pouvoir aux Angolais et, le 11 novembre 1975, l'Angola accéda à l'indépendance. L’Angola s’enfonça aussitôt dans une guerre civile ethnique, le tout dans un contexte d’affrontement entre bloc occidental et bloc communiste. Le conflit opposa, d’une part, les partisans du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA ou "Movimento Popular de Liberação de Angola"), soit les métis et les citadins soutenus par l’URSS et Cuba, d’autre part, l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA ou "União Nacional para a Independencia total de Angola"), un mouvement regroupant surtout les Ovimbundus (40 % de la population) et appuyé par les Occidentaux (États-Unis et Royaume-Uni) et l’Afrique du Sud. Pendant que la guerre faisait rage, le Portugal organisa un pont aérien pour évacuer d'urgence les colons blancs et leurs associés noirs et métis. Quelques 500 000 Portugais (les retornados) partirent pour le Métropole, mais plus de 200 000 autres émigrèrent en Afrique du Sud.

- La guerre civile

En 1976, le MPLA, avec l’appui de troupes cubaines, prit le contrôle du gouvernement. Celui-ci fut dirigé par le chef charismatique Agostino Neto (de 1975 à 1979), puis à la mort de ce dernier par le numéro 2 du MPLA, José Eduardo Dos Santos. La guerre civile se poursuivit jusqu’en 1991, mais après l’effondrement du bloc communiste et le renoncement de l’Afrique du Sud à l’apartheid, l’Angola ne représentait plus le même intérêt stratégique, ce qui força l’UNITA à la négociation parce qu’elle avait perdu ses alliés. L’accord de paix ne fut signé qu’en 1991 à Estoril (Portugal) entre Dos Santos et l’UNITA, tandis que les casques bleus de l’ONU intervinrent pour faire respecter le cessez-le-feu.

Cependant, le résultat des élections de 1992 étant contestée par l’UNITA, la guerre civile reprit de plus belle, tandis que les combats tournèrent à l’avantage des forces gouvernementales, entraînées par une société de mercenaires sud-africains (les «Executive Outcomes»). Plus d’un million de réfugiés quittèrent le pays. En 1993, le coût de la guerre civile était déjà estimé à 20 milliards de dollars US; on imagine ce qu’il en est aujourd’hui!

À la suite d’un nouvel accord de paix signé en novembre 1994 à Lusaka (Zambie), un gouvernement d’union nationale fut mis en place et l’UNITA fut légalisée, mais les combats continuèrent entre l’UNITA et l’armée régulière dans le but de conserver le contrôle des régions minières (surtout de diamant). Afin de couper de leur soutien ses adversaires de l’UNITA et les indépendantistes de l’enclave de Cabinda, le gouvernement angolais intervint dans les conflits du Congo-Kinshasa en soutenant les troupes de Kabila, ainsi que le parti du général Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville.

La guerre reprit entre l’armée gouvernementale et l’UNITA en 1998, ce qui conduisit le président à s’attribuer les pleins pouvoirs. Bien que d’autres partis politique se soient constitués depuis 1991, le MPLA exerce depuis l’indépendance un pouvoir sans partage en Angola, tandis que ses dirigeants sont nommés à la tête de l’État. Pour les partisans de l’UNITA, le MPLA et la capitale Luanda sont liés, alors que MPLA renvoie à «menteur» ou à «traître portugais» (assimilados). On peut croire que les deux principaux partis politiques, le MPLA et l’UNITA, ont intérêt à ne jamais interrompre cette guerre civile qui dure depuis l’indépendance et aura causé 100 000 morts, fait 400 000 blessés et précipité le pays dans la ruine économique. Pendant ce temps, les deux «seigneurs de la guerre», le marxiste Eduardo Dos Santos et le «libéral» Jonas Savimbi ont réduit l'Angola à un tas de décombres, tout en s'enrichissant.

D’ailleurs, l’ONU a décidé en février 1999 de retirer ses troupes du pays en raison de la «logique de guerre» qui anime manifestement les deux partis dont l’un conserve le pouvoir politique, l’autre, les richesses d’une grande partie du pays, notamment le juteux trafic des diamants. Pour l’ONU, il ne fait pas de doute que l’UNITA est le principal responsable de l'échec du processus de paix, mais les dirigeants politiques du MPLA sont accusés de «manque de tolérance politique» et de «manque de volonté à s'engager dans des accords mutuels».

Comme il fallait s’y attendre, la corruption gangréna l’État, alors que le pouvoir fut confronté à la plus grave crise économique et sociale de son histoire. D’après un rapport de la Banque mondiale le revenu par tête d'habitant est passé de 970 $ (ou 716 €) en 1990, à 410 $ (ou 302 €) en 1993; ce revenu a considérablement régressé depuis lors. Le deuxième pays producteur de pétrole de l'Afrique équatoriale a rejoint ainsi le groupe des pays les plus pauvres du continent. L’Angola manquait de tout : d'eau, de nourriture, de logement, d’écoles, de médicaments, de transports, de services publics, etc. L'espérance de vie d’un Angolais était alors de 42 ans; on y comptait plus de trois millions de personnes déplacées. Chaque jour, des gens étaient tués et blessés grièvement du fait de 10 à 15 millions de mines antipersonnel posées par les deux parties belligérantes. Bref, en vingt-cinq ans d’indépendance, le pays avait connu vingt-deux ans de guerres. Pendant que le conflit perdurait et s’enlisait, les Angolais se demandaient s’ils n'assistaient pas au début d'une nouvelle «guerre de Trente Ans». 

- L'accord de paix de 2002

Finalement, le 4 avril 2002, l'Angola, a tourné la page de l'une des guerres civiles les plus meurtrières de l'après-décolonisation en Afrique. En effet, l'armée gouvernementale et les rebelles de l'UNITA ont signé, au Parlement de Luanda, un accord de cessez-le-feu mettant fin officiellement à vingt-sept ans d'un conflit qui a fait un demi-million de morts et entraîné le déplacement de quatre millions de personnes. Il aura fallu que l'armée angolaise réussisse à tuer le chef rebelle de l'UNITA, Jonas Savimbi, mort le 22 février 2002. Savimbi avait été lâché par ses alliés à la suite d'une rébellion qui passait de plus en plus aux yeux des Américains comme une rébellion sans fin. L'hostilité nourrie par Jonas Savimbi envers le président Jose Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 1977, a en effet frustré à plusieurs reprises les efforts de la communauté internationale pour mettre fin au long conflit angolais, dont trois accords de paix ont échoué successivement (1975, 1991, 1994). Le 30 mars 2002, l'UNITA signait sa reddition en présence de représentants de l'Organisation des Nations unies, de la Russie, des États-Unis et du Portugal. Le 4 avril suivant, le président dos Santos et le secrétaire général de l'UNITA, Paolo Lukamba, successeur de Jonas Savimbi, signèrent l'accord de paix. Durant toute la durée de la guerre, les grandes sociétés américaines, telles que la Gulf Oil, la Chase Manhattan Bank et la General Tire, ont pu conserver leurs intérêts en Angola. Le congrès du MPLA de décembre 2003 a réélu son président, José Eduardo Dos Santos, pour cinq années supplémentaires; le congrès de décembre 2009 l'a reconduit dans ses fonctions. Des élections législatives se sont tenues les 5 et 6 septembre 2008, alors que le le taux de participation avait été très élevé (87,3 %). Le MPLA a largement remporté les élections avec 81,6 % des voix (191 sièges) contre 10,3 % pour l’UNITA (16 sièges).

Les termes complets de l'accord de cessez-le-feu n'ont pas été rendus publics. Il ne faut pas oublier que trois accords de paix (1975, 1991 et 1994) ont déjà échoué dans le passé, ce qui inspire une certaine prudence. Aujourd'hui, l'Angola joue un rôle stratégique de premier plan et tente de s'imposer comme le «gendarme» de l'Afrique. Selon de nombreux diplomates, ce pays, qui a les moyens de ses ambitions militaires grâce au pétrole de l'enclave de Cabinda, est devenu une sorte de «Petite Prusse» dans la région. Depuis le retour de la paix, il s'est réalisé en Angola un vaste programme de reconstruction des infrastructures (routes, chemin de fer, aéroport, hôpitaux, logements, hôtels, bâtiments publics, etc.), la plupart ayant été détruites pendant la guerre civile.

Depuis lors, le président Dos Santos dirige le pays d'une main de fer. En 2011, à la suite de la Chute du président Ben Ali en Tunisie, l'Angola modifia la Constitution de 2010 afin d'octroyer davantage de pouvoir au président, pourtant déjà tout-puissant. Un petit mouvement de contestation, inspiré du «printemps arabe», a réussi à tenir plusieurs manifestations dans la capitale. Les opposants dénoncent l'enrichissement du président et de ses proches au détriment de la population, dans l'un des pays les plus riches en pétrole de l'Afrique.

4 L’enclave de Cabinda

La province de Cabinda, appelée «enclave de Cabinda», est un territoire de 7270 km², soit environ quatre fois plus petit que la Belgique, bordé par l’Atlantique à la frontière du Congo-Brazzaville et séparé du reste de l’Angola par une bande côtière appartenant au Congo-Kinshasa (voir la carte agrandie) depuis 1885.

Avant la conférence de Berlin (1885), le Cabinda faisait partie de la colonie portugaise de l’Angola. Mais le roi Léopold II de Belgique avait réussi à se faire octroyer un débouché vers l’Atlantique lors de la création de son «État indépendant du Congo». Pour ce faire, il fallut amputer une partie de l’Angola portugais. Le 14 février 1885, le Portugal abandonna ses prétentions sur cette bande du «Congo de Léopold II» (on se demande bien pourquoi encore aujourd’hui), sauf en ce a trait à «l'enclave de Cabinda», qui resta portugaise et fut désignée comme le «Congo portugais». Le territoire de Cabinda fut alors placé sous le protectorat portugais aux termes du traité signé le 1er février 1885 (après la conférence de Berlin); quant à l’Angola, il restait une colonie portugaise (depuis 1482).

En 1933, le Portugal de Salazar reconnut comme une «entité territoriale distincte» l’enclave de Cabinda, du fait qu’elle n’avait pas de frontière commune avec l’Angola. En 1956, pour des raisons de simplification administrative, le gouvernement portugais rattacha l'administration de la province de Cabinda à celle de la colonie angolaise. Aussitôt, un courant sécessionniste se développa au Cabinda, surtout après la découverte des richesses pétrolifères; le Cabinda a alors été surnommé «le Koweit de l'Afrique». Le mouvement indépendantiste cabindais, fondé en 1963, s'appelle le Front de libération de l’enclave de Cabinda (le FLEC: Frente de Liberaçao do Enclavo de Cabinda) et compte une petite armée de quelque 5000 soldats, souvent aidée des unités de l'UNITA. Le Portugal continua de maintenir dans la Constitution de 1971 l’autonomie du Cabinda.

Toutefois, l’accord d'Alvor de 1975 officialisant l’indépendance de l’Angola (et des autres colonies portugaises) légitima en quelque sorte le rattachement de Cabinda à l'Angola (sans l'accord des populations concernées). Les Cabindais ne voulurent pas faire partie du nouveau pays, mais la région fut immédiatement occupée par l'Angola, avec l'aide des forces armées soviéto-cubaines et la complicité évidente du gouvernement portugais. Le Cabinda fut considéré comme la 18e province de l'Angola. Depuis cette époque, l’exploitation du pétrole (qui rapporterait quelque quatre milliards de dollars par an) est récupérée — sans contrepartie pour les autochtones — par le gouvernement angolais pour défrayer son effort de guerre, les recettes pétrolières du Cabinda assurant 80 % du budget du pays.

En 1976, l'indépendance de Cabinda fut proclamée unilatéralement à Kampala (Ouganda). Un «gouvernement provisoire» fut formé et siégea à Kinshasa (Congo). Le FLEC, c’est-à-dire le Front de libération de l’enclave de Cabinda, est cependant morcelé en factions (FLEC-FDC: Frente Democratica de Cabinda; FLEC-FAC: Forças Armadas Cabindesas; FLEC-Renovada), ce qui nuit considérablement à la cause indépendantiste. Dans le passé, l'UNITA aurait entraîné certains commandants de la guérilla du FLEC à Jamba (la «capitale» politique, diplomatique, administrative et militaire de l'UNITA, créée de toute pièce en 1979 dans la brousse, à l'extrémité sud-est de l'Angola, près de la Namibie). Selon les Cabindais, l’Angola occuperait illégalement la province et appliquerait une «politique de paupérisation, d'extermination et de purification ethnique», avec l'indifférence quasi générale de l'opinion internationale. Depuis 1997, le gouvernement angolais se sert de Cabinda comme d'une base arrière dans son soutien au général-président Sassou Nguesso qui a pris le pouvoir au Congo-Brazzaville; la proximité de Cabinda avec la ville de Pointe-Noire au Congo permet aux Angolais contrôler la région. Beaucoup d’observateurs considèrent que la seule solution au conflit cabindais réside dans l'organisation d'un référendum d'autodétermination ou dans la reconnaissance d'un État indépendant.

La plupart des habitants du Cabinda appartiennent à l’ethnie des Bakongos, un sous-groupe des Yombe (Vili-Hoyo). Ils sont généralement des métis issus de Noirs et de Blancs portugais, et parlent le kikongo, une langue bantoue. Or, le peuple bakongo a été à la base de tous le soulèvements ou contestations contre les colons portugais; il a d’ailleurs souvent subi la répression plus qu’aucun autre peuple dans ce pays.

Parce que le territoire est enclavé en Afrique francophone (entre le Congo-Brazzaville et le Congo-Kinshasa), les représentants de la province de Cabinda utilisent dans leurs communications extérieures aussi bien la langue française que le portugais. D’ailleurs, il existe des tendances «pro-francophones», pour ne pas dire «pro-françaises» au sein des groupes indépendantistes, qui souhaiteraient bien rendre le français langue officielle dans l’éventualité où le Cabinda accéderait à l’indépendance. La France a des intérêts financiers importants au Cabinda dans l'exploitation du pétrole.

5 La politique linguistique

La Constitution du 11 novembre 1975 a été révisée le 7 janvier 1978, le 11 août 1980, le 6 mars 1991 (loi de décembre 1991, pluralisme), le 26 août 1992 et en juillet 1995. La dernière Constitution ne contient pas de disposition à caractère linguistique. Autrement dit, le portugais est la langue officielle de facto, puisqu’il n’est proclamé dans aucun texte juridique. Dans les lois ordinaires, quelques-unes contiennent un ou des dispositions d'ordre linguistique, que ce soit au sujet du portugais ou des langues nationales.

5.1 La langue de l’État

Dès la proclamation de l’indépendance, les dirigeants politiques angolais ont privilégié la langue qui leur paraissait la seule immédiatement disponible et opérationnelle: la langue du colonisateur, le portugais. De toute façon, ils n’auraient rien pu faire d’autre, puisque aucune des langues autochtones ne pouvaient assurer la relève. De plus, selon l’un des grands écrivains de l’Angola, Tsunami Pepetela, les nationalistes angolais se seraient approprié le portugais, la «langue du colon» et, ce faisant, il serait devenu la «langue conquise au colon», c’est-à-dire un véritable «trophée de guerre». C’est pourquoi l’implantation du portugais postcolonial est souvent considérée par beaucoup d’Angolais comme «la plus grande victoire de l’indépendance».

Le portugais est alors devenu la langue du pouvoir, soit la langue de la présidence de la République, du Parlement (Assembleia Nacional Angolana), de l'Administration publique, des cours de justice, des forces armées et policières, de l'enseignement à tous les niveaux, de l'affichage, des médias, etc. Le portugais conserve aujourd’hui toute la place dans l'espace politique et socio-économique. Bien que le portugais reste la langue de l’État, quelques langues nationales (umbundu, kimbundu, kikongo et quioco) sont néanmoins utilisées lorsque les citoyens ignorent le portugais, ce qui est fréquent.

- La Constitution de 2010

Ce n'est qu'en 2010 que la Constitution du 21 janvier a inclus des dispositions d'ordre linguistique. En effet, l'article 19 de la Constitution proclame pour la première fois que le portugais est la langue officielle de la république d'Angola:

Artigo 19

Línguas

1)
A língua oficial da República de Angola é o português.

2) O Estado valoriza e promove o estudo, o ensino e a utilização das demais línguas de Angola, bem como das principais línguas de comunicação internacional.

Article 19

Langues

1) la langue officielle de la république d'Angola est le portugais.

2) L'État valorise et promeut l'étude, l'enseignement et l'usage des autres langues de l'Angola, ainsi que les principales langues de la communication internationale.

En même temps, l'alinéa 2 énonce que l'État valorise et promeut l'étude, l'enseignement et l'usage des autres langues de l'Angola, ainsi que les principales langues de la communication internationale. On suppose que les principales langues de la communication internationale sont l'anglais et le français, du moins en Afrique.

L'article 21 de la Constitution oblige l'État à protéger, améliorer et honorer les langues angolaises d'origine africaine en tant que patrimoine culturel, et à favoriser leur développement, comme des langues de l'identité nationale et de communication:

Artigo 21

Tarefas fundamentais do Estado


Constituem tarefas fundamentais do Estado angolano:

n) Proteger, valorizar e dignificar as línguas angolanas de origem africana, como património cultural, e promover o seu desenvolvimento, como línguas de identidade nacional e de comunicação;

Article 21

Tâches fondamentales de l'État

Constituent les tâches fondamentales de l'État angolais :

n) protéger, améliorer et honorer les langues angolaises d'origine africaine en tant que patrimoine culturel, et favoriser leur développement, comme des langues de l'identité nationale et de communication ;

L'article 63 concerne plus particulièrement la langue à utiliser dans les cas d'arrestation et de détention à l'égard d'un détenu ou d'un prisonnier:

Artigo 63

Direitos dos detidos e presos


Toda a pessoa privada da liberdade deve ser informada, no momento da sua prisão ou detenção, das respectivas razões e dos seus direitos, nomeadamente:

i) Comunicar em língua que compreenda ou mediante intérprete.

Article 63

Droits des prisonniers et des détenus

Quiconque est privé de liberté doit être informé, au moment de son arrestation ou de sa détention, de motifs et de ses droits, en particulier:

i) de pouvoir communiquer dans une langue qu'il comprend ou par l'intermédiaire d'un interprète.

Enfin, l'article 23 de la Constitution ne fait qu'énoncer le principe de la non-discrimination:
 

Artigo 23

Princípio da igualdade

1)
Todos são iguais perante a Constituição e a lei.

2) Ninguém pode ser prejudicado, privilegiado, privado de qualquer direito ou isento de qualquer dever em razão da sua ascendência, sexo, raça, etnia, cor, deficiência, língua, local de nascimento, religião, convicções políticas, ideológicas ou filosóficas, grau de instrução, condição económica ou social ou profissão.
Article 23

Principe d'égalité

1) Tous sont égaux devant la Constitution et la loi.

2) Nul ne peut subir de préjudice, de privilège, être privé de tout droit ou exempté de toute obligation en raison de son ascendance, de son sexe, de sa race, de son origine ethnique, de sa couleur, de son handicap, de sa langue, de son lieu de naissance, de sa religion, de ses convictions politiques, idéologiques ou philosophiques, de son niveau d'instruction, de sa situation économique, sociale ou professionnelle.

- Les lois et la langue

Seules quelques lois traitent de façon ponctuelle de l'emploi des langues en Angola. Ainsi, l'article 20 de la Loi sur la protection du consommateur (2003) oblige les fournisseurs de biens et services à donner des renseignements exacts, clairs, précis et présentés en portugais avec leurs caractéristiques, leur qualité, etc.:

Article 20

2) L'offre et la présentation des produits ou services doivent s'assurer d'avoir des renseignements exacts, clairs, précis et présentés en portugais avec leurs caractéristiques, leur qualité, leur quantité, leur composition, leur prix, leur date d'expiration, de garantie et d'origine, entre autres données, ainsi que sur les risques qu'ils présentent pour la santé et la sécurité des consommateurs.

L'article 6 du Code de la route (2005) prescrit que les panneaux de signalisation doivent être rédigés dans la langue officielle, sauf s'il existe des conventions internationales:

Article 6

Panneaux de signalisation

1) Les panneaux de signalisation sont déterminés par règlement où, en conformité avec les conventions internationales en vigueur, sont précisés les formes, les couleurs, les inscriptions, les symboles et les dimensions, ainsi que leurs significations et les systèmes de disposition.

2) Les inscriptions sur les panneaux routiers doivent être rédigées dans la langue officielle, sauf s'il existe des conventions internationales.

Dans le Code de la douane (2006), l'article 285 a pour effet d'annuler la procédure des taxes douanières est nulle lorsqu'aucun interprète qualifié n'a été désigné pour l'accusé ou l'individu civilement responsable quand l'un ou l'autre ne maîtrise pas le portugais ou ne peut pas se faire comprendre:

Article 235

Nullités dans la procédure des taxes douanières

1)
La procédure des taxes douanières est nulle lorsque:

a) ont été omises les mesures qui doivent être essentielles pour exposer la vérité;

b) aucun interprète qualifié n'a été désigné pour l'accusé ou l'individu civilement responsable quand l'un ou l'autre
ne maîtrise pas le portugais ou ne peut pas se faire comprendre;

5.2 L’éducation

Le portugais a toujours constitué la seule langue d’enseignement en Angola. Avant l’indépendance, le «portugais de la Métropole» était l’unique langue d’enseignement dans les écoles. Après la sécession d’avec le Portugal, le «portugais angolais» revint en force. Jamais les élites angolaises ne pensèrent un instant de faire entrer les langues africaines à l’école. Ainsi, la «lusophonisation» post-coloniale s’implanta dans la population angolaise à un point tel qu’il existe peu d’exemple du genre, même dans les anciennes colonies françaises ou britanniques. Il faut dire que l'emploi du portugais fut perçu comme un facteur d'unification nationale et d'intégration sociale. Quoi qu'il en soit, l'article 9 de la Loi sur le système d'éducation de 2001 prescrit l'emploi du portugais dans l'enseignement:

Article 9

Langue

1)
L'enseignement dans les écoles est dispensé en portugais.

2) L'État doit promouvoir et assurer des conditions humaines, scientifiques et techniques, matérielles et financières à l'expansion et la généralisation de l'usage et de l'enseignement des langues nationales.

3) Sans préjudice du paragraphe 1 du présent article, en particulier dans le sous-système de l'éducation aux adultes, l'enseignement peut être enseigné dans les langues nationales.

En fait, jusqu'en 2005, les écoles n’ont enseigné qu’en «portugais angolais», appelé aussi «portugais familier», quel que soit le niveau (primaire, secondaire, université). Cette variété de la langue portugaise provient du mélange des parlers africains, du portugais de la Métropole et du portugais brésilien. Les langues angolaises ont commencé à être prises en compte dans l'enseignement, sur une base expérimentale à partir de 2005, avec six langues: le kikongo, le kimbundu, l'umbundu, le tchokwe, le ngangwela et le kuanhama. L'objectif principal de cette stratégie est de rendre disponible autant que possible la diffusion des langues et des cultures nationales de chaque région de l'Angola, ainsi que le patrimoine commun de la nation. Pour l'utilisation et la promotion des langues locales, l'Institut national des langues de l'Angola ("Instituto de Línguas Nacionais de Angola") a fixé des règles concernant l'orthographe des langues côkwe, kikongo, kimbundu, nyemba, oshikwanyama et umbundo, ainsi que les aspects phonétiques, phonologiques, morphosyntaxiques, lexicaux et sémantiques. Les résultats de cette recherche ont constitué la base pour le développement de matériel didactique pour la future introduction de ces langues dans l'enseignement primaire, en parallèle avec le portugais. À l’université, on enseigne en portugais, mais aussi en anglais et en français.

D'après des statistiques fournies par des fonctionnaires des Nations unies, le taux d'analphabétisme au niveau national se situerait autour de 40 %, mais dans les zones rurales ce taux serait près du double, soit jusqu'à 80 %. Environ 66 % des enfants auraient suivi moins de cinq années scolaires. La guerre civile empêche souvent les parents d’envoyer leurs enfants à l’école, beaucoup de chemins étant délibérément minés pour tuer ou blesser les écoliers. À l’époque coloniale, tous les enfants devaient apprendre le français comme langue seconde au secondaire; aujourd’hui, cet enseignement tend à être remplacé par l’anglais, et ce, d’autant plus que le français n’a pas bonne réputation en Angola; il est associé à la «langue du Zaïre» du temps du maréchal-président de Mobutu (très détesté dans le pays). Il est souvent arrivé que des Angolais soient allés faire leurs études au Congo-Kinshasa et soient revenus en ayant appris le français; appelés les regressados (les «revenants»), ils ont souvent été perçus comme des traîtres une fois revenus dans leur pays. 

On estime que près de 40 % des Angolais sauraient en partie le français ou l’anglais. En raison de la guerre civile, les professeurs manquent à tous les niveaux d’instruction. De nombreux Angolais trouvent scandaleux l’absence des langues nationales dans l’enseignement primaire; certains parlent de «constat malheureux». En Angola, l'école publique demeure sans ressources. Selon les estimations du ministère de l'Éducation et de la Culture, les écoles angolaises n'ont réussi qu'à absorber dans l'année 2001 que 5000 nouveaux élèves sur 45 000 candidats. À cause de la guerre, plus de 2000 écoles ont été détruites. Et le manque de fonds publics empêche les travaux de reconstruction qui, toujours selon le Ministère, comporterait une dépense de 500 millions de dollars par an.

5.3 Les médias

Les médias audiovisuels, la presse, ainsi que la plupart des imprimeries demeurent majoritairement sous contrôle de l’État. La plupart des stations de radio et de télévision, les journaux et les magazines diffusent généralement en portugais, et ils sont contrôlés par l’État. L’agence ANGOP (Angola Prensa) diffuse des communiqués en portugais et en français. Le Jornal de Angola, un quotidien contrôlé par l'État est publié à Luanda en langue portugaise; son tirage est d'environ 50 000 exemplaires. Il en est de même pour l’hebdomadaire Comércio e Actualidade, le Correio da Semana, le Folha 8, le Tempos Novos, le Terra Angolana, etc. La RNA (Radio Nacional de Angola) diffuse quatre bulletins d'informations par jour en portugais, des flashes horaires, ainsi qu'un bulletin quotidien en français, en anglais, en espagnol et dans les quatre principales langues locales (umbundu, kimbundu, kikongo et quioco). Quant à la TPA (Televisão Popular de Angola), également contrôlée par l'État, elle diffuse ses émissions à Luanda et dans presque tout le territoire national; les programmes de la TPA sont diffusés environ neuf heures par jour (de 15 h à minuit). Ses émissions sont essentiellement en langue portugaise. À 17 h 30, il y a un journal télévisé dans les principales langues nationales. Selon les articles 11 et 12 de la Loi sur la presse (2006), les entreprises de communication sont tenues de «contribuer à la promotion de la culture et de la défense nationale et régionale, et à la diffusion des langues nationales»:

Article 11

Contenu d'intérêt public

1)
Aux fins de la présente loi, il est entendu comme étant d'intérêt public l''information dont les objectifs généraux sont les suivants:

a) contribuer à consolider la nation angolaise, renforcer l'unité et l'identité nationale, et préserver l'intégrité territoriale;

b) informer le public avec vérité, indépendance, objectivité et impartialité sur tous les événements nationaux et internationaux, garantissant le droit des citoyens à une information précise et équitable;

c) assurer la libre expression de l'opinion publique et de la société civile;

d) contribuer à la promotion de la culture et de la défense nationale et régionale, et à la diffusion des langues nationales;

Article 12

Langues nationales

Les entreprises de communication doivent généralement transmettre de l'information
dans les langues nationales, conformément à une réglementation à mettre en place.

C'est pourquoi, depuis quelque temps, certaines langues angolaises sont utilisées dans les médias; par exemple, la station de radio Ngola Yetu ("Notre Angola" en kimbundu) émet des émissions portant sur les nouvelles quotidiennes dans sept langues.

5.4  Le portugais comme langue des relations internationales

L'Angola fait partie des pays lusophones. Depuis 1990, de nombreux accords de coopération scientifique et technique ont été signés entre les États de la CPLP, ce qui a donné lieu à plusieurs commissions communes de terminologie.

- L’accord orthographique de 1990

 Le traité le plus important concerne l'Accord orthographique sur la langue portugaise de 1990 — Acordo Ortográfico da língua Portuguesa — qui a pris en compte les différences linguistiques afin de réduire les difficultés liées à la tendance naturelle à la différenciation et de préserver les intérêts de la langue portugaise dans les pays lusophones.

À la suite des délibérations entre les délégations de l'Angola, du Cap-Vert, de la Guiné-Bissau, du Mozambique et de São Tomé et Príncipe, ainsi que des observateurs de la Galice (Espagne), les États signataires — la République populaire d'Angola, la République fédérative du Brésil, la république du Cap-Vert, la république du Guiné-Bissau, la république de Mozambique, la république du Portugal et la République démocratique de São Tomé et Príncipe — ont convenu des dispositions qui suivent (l’accord comptant quatre articles).

L’article 1er ne fait que proclamer l’adoption de l’accord orthographique de 1990, mais l’article 2 énonce que les États signataires prendront, au moyen des institutions et agences compétentes, les mesures nécessaires en vue d'élaborer, d’ici le 1er janvier 1993, un vocabulaire orthographique commun de la langue portugaise, aussi complet que cela est souhaitable et aussi normalisé que possible en ce qui concerne les terminologies scientifiques et techniques. Selon l’article 3, l’Acordo Ortográfico da língua Portuguesa devait entrer en vigueur le 1er janvier 1994, une fois que seront déposés les instruments de ratification de tous les États signataires auprès du gouvernement de la république du Portugal. Quant à l’article 4, il oblige les États signataires à prendre les mesures appropriées pour assurer le respect effectif de la date d'entrée en vigueur établie à l’article précédent. Le document fut signé par les sept États, à Lisbonne, le 16 décembre 1990. Le traité est accompagné d’annexes décrivant les points orthographiques et/ou grammaticaux sur lesquels porte l’accord: alphabet, h initial et final, homophonie, séquences consonantique, voyelles atones, voyelles nasales, accentuation des oxytons/paroxytons, accent grave, tréma, trait d’union, apostrophe, minuscules et majuscules, divisions syllabiques, etc.

Cela dit, cet accord orthographique, signé et ratifié par l'Angola, semble bien appliqué dans ce pays, contrairement au Brésil qui, souvent, n'en fait qu'à sa tête. 

-  La Communauté des pays de langue portugaise

En 1996, le Portugal ainsi que sept de ses anciennes colonies ont fondé la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa (CPLP), la Communauté des pays de langue portugaise. Les pays membres étaient les suivants: l'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Portugal et Sao Tomé-et-Principe. Après son indépendance, le Timor oriental a rejoint l’organisation comme 8e pays membre. La CPLP veut promouvoir la langue portugaise ainsi que la culture commune qui unit les pays membres. Plus particulièrement, les pays lusophones désirent collaborer dans le domaine de l'éducation, mais chercheront aussi à renforcer les liens culturels, politiques et économiques. La CPLP a son siège social à Lisbonne.

Grosso modo, les pays de la CPLP veulent encourager la diffusion et l'enrichissement de la langue portugaise, accroître les échanges culturels dans l’espace lusophone, renforcer la coopération entre les pays de langue portugaise dans le domaine de la concertation politique et diplomatique, encourager le développement d'actions de coopération interparlementaire, développer la coopération économique, dynamiser et approfondir la coopération dans le domaine universitaire, de la formation professionnelle et dans les différents secteurs de la recherche scientifique et technologique, mobiliser des efforts et des ressources en appui solidaire aux programmes de reconstruction et de réhabilitation, promouvoir la coordination des activités des institutions publiques et entités privées, associations de nature économique et organisations non gouvernementales oeuvrant au développement de la coopération entre les pays lusophones, etc. 

- La Déclaration constitutive des pays de langue portugaise  

Deux documents ont été signés par les États de la CPLP: la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise (du 17 juillet 1996) et les Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise, également du 17 juillet 1996.

La Déclaration constitutive a institutionnalisé la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). L'article 3 de la Charte de la Communauté des pays de langue portugaise exprime clairement les objectifs de ces sept pays :

1) concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, principalement dans le but d'affirmer sa présence (de la CPLP) dans les congrès internationaux ;

2) la coopération, particulièrement dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

3) la mise en oeuvre de projets destinés à promouvoir et à diffuser la langue portugaise.

On peut consulter une version française de la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise en cliquant ICI.

- Les statuts des pays de langue portugaise (CPLP)

La Déclaration constitutive est accompagnée des Statuts de la CPLP, qui comptent 22 articles.  Seul l'article 3 traite de la langue portugaise, les autres articles concernent le fonctionnement de la CPLP. Voici les objectifs tels qu'énoncés par l'article 3:

a) la concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, nommément en vue de renforcer leur présence aux fora internationaux;

b) la coopération, nommément dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

c) la matérialisation de projets visant à la promotion et à la diffusion de la langue portugaise.

On peut consulter une version française du texte complet des Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise en cliquant ICI.

6 La place des langues nationales

Les langues nationales ne semblent pas avoir un grand rôle à jouer dans la politique linguistique de l'Angola. C'est pourquoi certains Angolais tentent de faire changer cette politique trop lusophile. Le juriste João Pinto propose une législation en faveur de la protection juridique des langues nationales, qui tienne compte de la diversité culturelle du pays. Il trouve inacceptable que dans certaines municipalités les employés de l'État méprisent les locuteurs d'une langue nationale qui ignorent le portugais ou ne peuvent pas le parler. Ce n'est pas avec un article 23 portant sur la non-discrimination dans la Constitution de 2010, qui y changera quelque chose. 

En conséquence, il conviendrait d'élaborer une loi afin de protéger les langues nationales ("línguas nacionais") et de se conformer à la diversité linguistique et culturelle du pays. Or, la plupart des Angolais parlent une langue bantoue et l'utilisent dans leurs communications quotidiennes.

Pourtant, afin d'évaluer et de promouvoir les langues locales, l'Institut des langues nationales d'Angola ("Instituto de Línguas Nacionais de Angola") a fixé des normes orthographiques de six langues : le tchokwé, le kikongo, le kimbundo, le ngangela, le kuanhama et l'umbundo. L'institut a aussi étudié les aspects phonétiques, phonologiques, morphosyntaxiques, lexicales et sémantiques de ces langues. Les résultats de ce travail de recherche ont servi de base à l'élaboration de documents pédagogiques pour une éventuelle introduction de ces langues dans l'enseignement primaire, parallèlement avec le portugais. Cependant, on est encore loin de la coupe aux lèvres.

Il serait plus simple de dire que le gouvernement angolais ne pratique aucune politique linguistique, si ce n’est la non-intervention qui consiste à conserver le statu quo depuis l’indépendance, et conserver les prérogatives du portugais. 

La lusophonisation des Angolais est même le résultat de la seule politique postcoloniale, car le colonisateur n'avait jamais réussi (et ne l'avait sans doute pas désiré) à faire apprendre le portugais aux autochtones. L’Angola demeure l’un des rares pays d’Afrique noire à ignorer encore totalement les langues autochtones dans l’enseignement. Il est probable que, dans un avenir plus ou moins rapproché, le gouvernement pourra leur accorder une place importante, comme cela se fait dans d’autres pays. Mais il ne s'agit que d'une éventualité, car les langues locales ne sont guère valorisées dans ce pays.

Il faut dire que l’État est plus préoccupé à consolider le pouvoir en place que de gérer des langues qui ne causent pas de réel problème. La situation de l’Angola reste très représentative d’un pays non affranchi de sa langue coloniale. En ce sens, l’Angola aurait encore du chemin à faire avant d’en arriver à une certaine harmonisation entre ses langues nationales et sa langue coloniale. Toutefois, il ne semble pas que la situation linguistique actuelle cause, pour le moment, des frustrations profondes au sein de la population angolaise, toute préoccupée à sa survie. D'ailleurs, depuis l'indépendance jusqu'à présent, la langue portugaise a joué un grand rôle dans l'unité nationale, malgré les guerres. De plus, on peut supposer que le maintien de la langue portugaise sert aussi à s'opposer plus efficacement aux États anglophones qui se répandent dans les deux zones économiques et stratégiques de l'Angola et du Mozambique, qui constituent l'essentiel de l’Afrique lusophone.

Dernière révision: 14 janvier, 2012

Bibliographie

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