République démocratique
de São-Tomé-et-Príncipe

São Tomé-et-Príncipe

República Democrática
de São Tomé e Príncipe

Capitale:   São Tomé
Population : 175 883 (2007)
Langue officielle:  portugais (de facto)
Groupe majoritaire:
 créole santoméen ou forro (81,7 %)
Groupes minoritaires: fang (9,5 %), créole angolare (3,7 %), créole moncó (2,9 %), portugais (1,9 %).
Système politique: république parlementaire
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1990, mais art. 12 de la Loi de révision constitutionnelle no 1/2003
Lois linguistiques: Loi fondamentale sur le système d'éducation (2003) ; Loi sur le patrimoine national historique et culturel (2003).

1 Situation générale

Le São-Tomé-et-Príncipe, appelé officiellement République démocratique de São-Tomé-et-Príncipe (prononcé en français [sa-o-tomé-é-prin-ci-pé]), littéralement «île de Saint-Thomas et du Prince») est un micro-État insulaire de l'Afrique occidentale, situé à environ 300 km au large de la côte atlantique dans le golfe de Guinée, face au Gabon et à la Guinée équatoriale.

Formé de deux îles principales (appelées concelhos), São-Tomé (855 km²) et Príncipe (306 km²), et de plusieurs petits îlots, dont Pedras Tinhosa et Rolas, l'archipel couvre une superficie totale de 1001 km², soit trente fois plus petit que la Belgique (32 545 km²). La capitale et principal port du pays est la ville de São Tomé (43 000 habitants). L'autre ville d'importance est São Antonio (1500 habitants) dans l'île de Príncipe (7000 habitants). Le concelho de l’île de Príncipe s’est vu reconnaître un statut d’autonomie (article 116 de la Constitution). La distance séparant l'île de São-Tomé et l'île de Príncipe est de 152 km.

Les habitants du pays sont appelés en français des Santoméens. Le São-Tomé-et-Príncipe est une ancienne colonie portugaise, d'où son nom qui, en français, serait plutôt Saint-Thomas-et-du-Prince. L'archipel de São-Tomé-et-Príncipe est composé de sept districts (distritais): Água Grande, Lobata, Mé-Zochi, Lembá, Cantagalo, Caué et Pagué (île du Príncipe).

Le nom de São-Tomé (littéralement «Saint-Thomas») vient du fait que les Portugais Pedro Escobar et João de Santarem ont découvert l'île, le 21 décembre 1471, le jour de la fête de la Saint-Thomas; quant au nom de l'île Príncipe (littéralement «île du Prince»), il fut donné en l'honneur du prince Alphonse, futur roi du Portugal (sous le nom de Alphonse V).

Au point de vue international, la République démocratique de São Tomé-et-Príncipe est non seulement membre de la Communauté des pays de langue portugaise  (CPLP: Comunidade dos Países de Lingua Portuguesa), mais elle est également membre de la Francophonie depuis novembre 1999.  São Tomé-et-Príncipe fait partie des cinq pays d'Afrique utilisent le portugais comme langue officielle, ce qui correspond en ce cas à une langue seconde pour les habitants de ces pays: l'Angola, la Guinée-Bissau, le Mozambique et les îles du Cap-Vert.

2 Données démolinguistiques

District Population 2004 Superficie
Água Grande (ST) 54 300    17 km2
Cantagalo  (ST) 11 700 119 km2
Caué (ST)   5 900 267 km2
Lemba (ST)   9 800 229 km2
Lobata (ST) 16 500 105 km2
Mé-Zochi (ST) 35 300 122 km2
Pagué (Príncipe)   5 400  142 km2
São-Tomé-et-Príncipe (2004) 139 000 1 001 km2
La population était estimée à139 000 habitants en 2004, mais 175 883 en 2007. Les districts d'Água Grande et de Mé-Zoch rassemblent à eux seuls les deux tiers de la population. Les Santoméens sont formés des Mesticos (Métis), des Angolares (descendants des esclaves d'Angola), des Forros (descendants des esclaves libérés), des Serviçais (anciens travailleurs contractuels venant de Angola, Mozambique et du Cap-Vert), des Tongas (enfants des serviçais) et des Européens (descendants des Portugais), auxquels il faut ajouter des Fangs, une ethnie noire bantoue venue du continent. 

Les descendants d'esclaves noirs importés du continent doivent représenter quelque 88 % de la population totale, les Métis près de 10 % et les Européens 2 %. Parmi les Noirs, il faudrait ajouter un grand nombre de travailleurs immigrés saisonniers, lesquels viennent surtout des îles du Cap-Vert.

L'univers linguistique de l'archipel de São-Tomé-et-Príncipe se compose de trois créoles, de deux variétés de portugais et d'une langue bantoue (le fang).

Ethnie

Langue maternelle

Affiliation linguistique

Population %
Angolares santoméen créole (à base de portugais) 5 000   3,7 %
Fangs fang langue bantoue 12 900   9,5 %
Portugais portugais langue romane 2 580   1,9 %
Mesticos de Príncipe principense (moncó) créole (à base de portugais) 4 000   2,9 %
Mesticos de São Tomé santoméen (forro) créole (à base de portugais) 110 000 81,7 %
Total (2001)     134 480  

2.1 Le portugais

En Afrique, le portugais standard est la langue officielle des îles São-Tomé-et-Príncipe, de la Guinée-Bissau, du Cap-Vert, de l'Angola et du Mozambique. Le portugais est demeuré la langue officielle des îles après l’indépendance. Bien que la langue officielle soit le portugais, la majorité des Santoméens le parlent comme langue seconde, car ce n'est la langue maternelle que des Européens descendants des Portugais, soit  2,9 % de la population.

À côté du portugais standard, il s'est développé un portugais santoméen, c'est-à-dire une forme typiquement santoméenne du portugais («forma Santomense do Português», qui se caractérise par des modifications concernant le portugais standard et une structure grammaticale et morphologique s'approchant de celle du créole. Néanmoins, le portugais santoméen s'apparente plus à la langue portugaise qu'au créole.

En réalité, quand on dit que 95 % des Santoméens parlent le portugais, c'est cette variété régionalisée (appelée portugais santoméen) qu'ils parlent, plus que le portugais standard appris à l'école, mais peu intégré dans la société en dehors des communications formelles.

2.2 Les créoles

Il existe quatre créoles dans cette région du golfe de Guinée: deux sont parlés dans l'île de São-Tomé, un dans l'île de Príncipe et un dernier dans l'île d'Ano Bom (en espagnol: Annobón), qui fait partie de la Guinée équatoriale. Les quatre créoles santoméen, angolare, moncó et annoboné du golfe de Guinée partagent la même origine désignée comme le «proto-créole du golfe de Guinée». 

- Le créole santoméen (en portugais: crioulo São Tomense ou sãotomense), connu aussi sous le nom de forro parce que c'est la langue des Forros, est parlé dans l'île de São-Tomé, sauf dans la partie orientale, par quelque 110 000 locuteurs, c'est-à-dire 81,7 % des Santoméens (ou 85 % des habitants de l'île). Le créole santoméen provient de la langue portugaise du XVe siècle, avec une influence de la langue kwa et des langues bantoues de l'Ouest africain. Ce créole est tout à fait distinct des créoles de la Guinée-Bissau, du Sénégal, de la Gambie et du Cap-Vert. Bien que 95 % des Santoméens parlent le portugais (langue seconde), c'est le créole santoméen qui sert de langue véhiculaire dans tout l'archipel.  Voici quelques exemples de créole santoméen:

Créole santoméen Portugais Français
Sejalovadu! Seja louvado! Je vous salue!
Bondja o Bom dia Bonjour
Boxtadji o Boas tardes (ou Boa tarde) Bon après-midi
Bojnotxi o Boas noites (ou Boa noite) Bonne nuit
Ke nomi bo e? Que nome você tem? Quel est votre nom?
Nomi mu sa Pedro. Nome meu é Pedro. Mon nom est Pedro.
Mina pikina ka pidji ku bóka Menina pequena ficar pedir com boca. La petite fille demande avec sa bouche.
Ngê tamé ka pidji ku uê. O adulto pede com os olhos. L'adulte demande avec les yeux.

- Le créole angolare (en portugais: crioulo Angolar) ou ngola est parlé dans la partie orientale de l'île de São-Tomé par quelque 5000 locuteurs, soit 3,7 % des habitants du pays. La plupart des locuteurs de l'angolare résident autour de la ville de São João dos Angolares et dans la région du sud de Caué. L'angolare a comme base un dialecte de l'umbundo, une langue bantoue parlée par des peuples de l'intérieur de l'Angola. C'est pourquoi les traces bantoues sont plus visibles dans l'angolare, mais il présente des emprunts significatifs au portugais, surtout dans le lexique; en ce sens, il s'agit bien d'un créole à base de portugais.

Le santoméen et l'angolare divergent au point de vue lexical et phonologique, mais ils sont suffisamment proches dans leur morphologie et leur syntaxe, ce qui suppose une histoire commune lors des premières phases de leur développement. Le santoméen possède un lexique majoritairement d'origine portugaise bien qu'avec des influences des langues bantoues.  Le lexique de l'angolare intègre un plus grand nombre de mots de souche africaine, surtout de la part du kimbundo. La communauté angolare a été formée chez des esclaves fugitifs d'Angola au cours du XVIe siècle. Le créole parlé par les premières générations des Angolares a dû absorber une lexicalisation répétée au fur et à mesure que la communauté accueillait de nouveaux esclaves fugitifs parlant des langues d'origine bantoue, comme le kimbundo, l'édo et le kikongo. Les Angolares (descendants des esclaves d'Angola) constituent un groupe ethnolinguistique distinct des Forros («esclaves affranchis»), les locuteurs du santoméen. Les Tongas (les enfants des anciens travailleurs contractuels d'Angola) parlent également l'angolare. Généralement, les locuteurs de l'angolare parlent aussi le santoméen et ils ont tendance à être assimilés par cette langue. On croit donc que l'angolare est appelé à s'éteindre prochainement.

- Le créole moncó (en portugais: crioulo Principense ou príncipense) est parlé dans l'île de Príncipe par quelque 4000 locuteurs sur une population de 5400, soit 80 % des habitants de l'île, mais seulement 2,9 % des habitants du pays. Le moncó est également appelé lunguyê, c'est-à-dire «langue de l'île»). Comme pour le santoméen, le moncó provient du kwa de la région du Bénin et des langues bantoues de la région du Congo-Brazzaville. Les traces du kwa semblent plus visibles dans le moncó que dans les deux autres créoles. Le moncó présente de grandes affinités avec le santoméen en raison de son origine santoméenne apportée par les premiers esclaves dont la langue a servi de modèle, ainsi que par l'influence des langues bantoues. C'est pourquoi le moncó peut être considéré comme un dialecte du santoméen.

- Le créole annoboné (en portugais: crioulo Annobonese ou annobonese) est parlé dans l'île d'Ano Bom (Annobón en espagnol: «Bonne Année» en français) qui, rappelons-le, appartient à la Guinée équatoriale dont elle est séparée par 640 km d'océan; cette petite île ne couvre qu'une superficie de (17 km²). En fait, l'annoboné, appelé également fá d'Ambu (littéralement «le parler d'Ano Bom») fait partie de l'ère linguistique de l'archipel de São-Tomé-et-Príncipe. On compte 2500 locuteurs de ce créole à base de portugais, même si 10 % de son lexique a été emprunté plus récemment à l'espagnol. Évidemment, la langue officielle de l'île est l'espagnol. Les Annobonés parlent entre eux en annoboné, mais apprennent l'espagnol à l'école. La langue de l'île provient des esclaves de São-Tomé, qui ont été transportés à Ano Bom, lorsque l'île était encore sous domination portugaise. En 1778, lors du traité du Prado, le Portugal céda à l’Espagne les îles de Fernando Póo (aujourd'hui Bioko) et d’Ano Bom, ainsi que le territoire du Río Muni (aujourd'hui le Mbini) sur le continent.  En raison de l'éloignement de São-Tomé et de la Guinée équatoriale, le créole annoboné s'est développé de façon autonome, sans beaucoup d'influence extérieure. À l'heure actuelle, la plupart des Annobonés sont bilingues (annoboné-espagnol). Depuis 1968, l'île d'Annobón fait partie de la Guinée équatoriale.

Le créole santoméen partage un vocabulaire commun avec le créole de l'île de Príncipe (ou príncipense) dans une proportion de 77 %, mais 70 % avec l'angolare et 62 % avec le fa d'ambu (ou annobonese). Au total, plus de 90 % du lexique santoméen est d'origine portugaise, tandis que moins de 10 % est d'origine africaine.

2.3 Le fang

Le fang est une langue bantoue du Gabon, appelée aussi pamué ou pahoun. Cette langue est parlée par quelque 12 000 locuteurs dans l'île de São-Tomé, mais par au moins 350 000 locuteurs en Guinée équatoriale, 427 000 au Gabon, 67 800 au Cameroun et quelques milliers au Cong-Brazzaville, pour un total d'environ 858 000 locuteurs. Beaucoup de Fangs sont des travailleurs venus chercher des emplois dans l'archipel.

Le tableau qui suit montre la répartition des langues parlées (portugais, santoméen, moncó et «autres langues») dans l'archipel de São-Tomé-et-Príncipe, par district. Toutefois, ce tableau ne tient compte que du santoméen 85,4 %) et du moncó (2,7 %). Même si le moncó semble en usage par un nombre limité de locuteurs, il est néanmoins parlé par 24,6 % des habitants de l'île de Príncipe (district de Pagué).

Population d'âge supérieur à 10 ans selon les langues parlées par district (%)

District

Portugais
(langue seconde)

Santoméen
(forro)

Moncó
(
príncipense)

Autres langues

Água Grande (ST)

97,0 %

94,8 %

  1,8 %

  7,6 %

Mé-Zochi (ST)

94,7 %

97,7 %

  0,7 %

  7,1 %

Cantagalo (ST)

97,3 %

78,4 %

  1,3 %

22,1 %

Caué (ST)

89,6 %

78,8 %

  0,5 %

17,9 %

Lembá (ST)

86,6 %

71,3 %

  0,9 %

24,0 %

Lobata (ST)

94,4 %

78,5 %

  0,5 %

21,8 %

Pagué (Príncipe)

97,7 %

71,7 %

24,6 %

37,2 %

Zones rurales

94,0 %

80,5 %

   2,7 %

17,5 %

Total

95,0 %

85,4 %

2,4 %

14,0 %

 Source: Rosalba STERZI, in Análise dos Dados do Recenseamento de 1981

Dans l'archipel de São-Tomé-et-Príncipe, le portugais sert avant tout pour les communications extérieures et l'accès au savoir universel, que ce soit pour la transmission des nouvelles connaissances, les découvertes de la science et de la technologie. De son côté, le créole santoméen (ou forro) est le fidèle dépositaire de la sensibilité et de la vie intérieure des Santoméens. C'est la langue de tous les jours.

Pour ce qui est de la religion, la grande majorité des Santoméens sont catholiques romains (plus de 80 %), mais il y a une forte présence des Églises protestantes et adventistes.

3 Données historiques

L'archipel de São-Tomé-et-Príncipe était apparemment inhabité lorsque les navigateurs portugais, João de Santarem et Pedro Escobar, découvrirent, en 1471, le jour de la Saint-Thomas (en portugais: São Tomé), l'île principale à laquelle ils donnèrent ce nom. L'île de Sao-Tomé ne fut occupée qu'en 1485, l'île Príncipe en 1500 et l'île Ano Bom en 1503. São Tomé fut donc la première île à être peuplée, les deux autres (Príncipe et Ano Bom) l'ayant été à partir de São Tomé.

Dans les dernières années du XVe siècle, les Portugais peuplèrent les îles de condamnés (les degradados, c'est-à-dire des personnes «dégradées»), de juifs contraints à l'exil par l'Inquisition, ainsi que d'esclaves amenés d'Angola. São-Tomé devint rapidement l'une des plaques tournantes de la traite négrière. Comme chaque povoador («colon portugais») avait droit, par décret royal, à une esclave, les métissages devinrent extrêmement fréquents. À partir de 1515 et de 1517, les femmes noires et les enfants qui naissaient du mariage ou du concubinage avec des Européens furent officiellement «libres»; ils formèrent une communauté de foros (esclaves qui recevaient une lettre de alforria ou d'émancipation comme preuve de leur affranchissement) avec une identité et des pouvoirs socio-économiques particuliers.

Cette situation créa des conditions favorables, d'une part, à l'émergence d'une langue créole, d'autre part, à la diffusion rapide de cette même langue sous forme de créolisation des autres communautés. Au cours des 100 premières années, les esclaves provenaient principalement du Bénin où se parlaient les langues kwa. Plus tard, l'archipel reçut des esclaves du Congo-Brazzaville (appelé à ce moment Rio Congo) et subit l'influence du kikongo. En 1574, des esclaves se révoltèrent contre les colons et détruisirent les plantations de canne à sucre. À partir de 1822, la main-d'œuvre noire fut utilisée pour la culture du cacao. Puis l'esclavage fut aboli en 1876, mais les conditions de travail des ouvriers des plantations restèrent pénibles.

3.1 Le régime de l'indigénat portugais

Au tournant du XXe siècle, l'archipel de São-Tomé-et-Príncipe était devenu l'un des principaux producteurs mondiaux, avant d'être concurrencé par le cacao introduit en Côte-de-l'Or (actuel Ghana), par les Britanniques. Puis l’administration portugaise développa une gestion de type autocratique. À partir de 1933, date de fondation de l’Estado Novo («Nouvel État») par Antonio de Oliveira Salazar au Portugal, le régime colonial se durcit considérablement. On sait que le régime de Salazar fut un amalgame d’État totalitaire catholique et de dictature fasciste. L’Acto Colonial (l'Acte colonial) de Salazar codifia et centralisa l'Administration des colonies qui furent soumises au contrôle direct de la Métropole par l'intermédiaire d'un gouverneur général. Celui-ci fut placé au sommet d'une hiérarchie administrative bureaucratique, de réputation souvent douteuse, dont le chef de village (le regulo) représentait au bas de l'échelle le seul élément indigène, lequel était chargé d'exécuter les exigences coloniales.

À l’exemple de la France dans ses colonies, le Portugal instaura son «régime de l'indigénat» aux Noirs et Métis (98 % de la population), qui furent privés ainsi de l’instruction (réservée aux Portugais, les civilizados) et de tous leurs droits humains. Seuls les assimilados (citoyens assimilés) regroupant les Métis et quelques Noirs eurent accès à l’instruction (en portugais). Les autres autochtones furent soumis aux travaux forcés, à l’interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions, aux impôts sur les «réserves» et à un ensemble d’autres mesures tout aussi répressives telles que les châtiments corporels. Un ministre de Salazar, Viera Machado, développa le principe suivant en 1943: «Si nous voulons civiliser les indigènes, nous devons leur inculquer comme un précepte moral élémentaire l'idée qu'ils n'ont pas le droit de vivre sans travailler.» 

Les «sujets portugais» soumis au régime de l’indigénat furent privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques; ils ne conservaient au plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière. En somme, on peut dire que le colonialisme pratiqué à São-Tomé et à Príncipe (comme au Mozambique et en Angola) s’apparentait à une sorte d’esclavage des populations autochtones sous une forme nouvelle, car celles-ci avaient «l’obligation morale et légale de travailler». Pour être exemptés des règles restrictives du régime de l’indigénat, il fallait, entre autres, que les Noirs puissent parler et écrire le «portugais de la Métropole», porter des costumes européens et pratiquer la religion catholique. Lorsque des Noirs étaient ainsi officiellement reconnus, ils devaient demander le statut de «citoyens assimilés» (assimilados). Ce système colonial odieux, qui paraît sans aucun doute honteux aujourd’hui mais paraissait tout à fait normal à l’époque, perdura jusqu’en 1954, alors qu’il fut «allégé», puis définitivement aboli en 1961, soit de nombreuses années après que les accords de Genève (du 23 avril 1938) eurent interdit toute forme de travaux forcés.

Quant à l’idéologie portugaise de l’époque, elle véhiculait le croyance, ou plutôt la certitude, que le Portugal devait apporter aux indigènes son «génie» et sa «civilisation». Dans le Titre 1 de l’Acto Colonial (l'Acte colonial) du 11 avril 1933 (Decreto-Lei Nº 22:465), on peut lire ce texte aux articles 2 et 3:

Artigo 2º

É da essência orgânica da Nação Portuguesa desempenhar a função histórica de possuir e colonizar domínios unltramarinos e de civilizar as populações indígenas que neles se compreendam, exercendo também influência moral que lhe é adstrita pelo Padroado do Oriente.

Artigo 3º

1) Os domínios ultramarinos de Portugal denominam-se colónias e constituem o Império Colonial Português.

2) O território do Império Colonial Português é definido nos n.ºs 2º a 5º do artigo 1º da Constituição.

Article 2

Il est de l'essence organique de la Nation portugaise de remplir la fonction historique de posséder et de coloniser des possessions d'outre-mer, et de civiliser les populations indigènes qui s'y trouvent, exerçant aussi un influence morale adjointe du padroado [patronat] d'Orient.

Article 3

1) Les possessions d'outre-mer du Portugal sont appelées colonies et constituent l'Empire colonial portugais.

2) Le territoire de l'Empire colonial portugais est défini dans les alinéas 2 à 5 de l'article 1 de la Constitution.

Le padroado (cf. l'article 2 de l'Acto Colonial) est un terme juridique portugais signifiant «patronat». Depuis la traité de traité de Tordesillas de 1494, la supervision des missions d'Orient avait été déléguée par la papauté au Portugal (et à l'Espagne). Ce droit historique de patronat est connu sous le nom de padroado. Le «droit de patronat» des souverains du Portugal consistait notamment en un droit de nomination des évêques. À partir de 1945, il se développa au Portugal la thèse du «luso-tropicalisme» qui prônait l'idée que les Portugais faisaient preuve d'un «génie colonisateur» reposant sur le métissage culturel et racial.

En 1951, les îles de São-Tomé et Príncipe devinrent une province portugaise d'outre-mer. Les Santoméens purent devenir des «citoyens portugais» moyennant certaines conditions, dont savoir lire et parler correctement le portugais, avoir un casier judiciaire vierge, produire deux témoignages de moralité et un certificat médical. Le gouverneur général de l'archipel était nommé par le Conseil des ministres du Portugal; il disposait des pouvoirs exécutif et législatif, mais il était assisté par un Conseil de gouvernement et un Conseil législatif. En 1953, une révolte contre la domination des planteurs portugais tourna au massacre. Une centaine de personnes furent tuées à Batepa à l’instigation des colons portugais. Évidemment, les autorités coloniales matèrent brutalement les émeutes nationalistes. C’est après cet événement tragique que Manuel Pinto da Costa et Miguel Trovoada, des étudiants santoméens de Lisbonne, fondèrent le Mouvement de libération de São-Tomé-et-Príncipe (MLSTP). En 1974, à la suite de la révolution des Œillets, le Portugal s’engagea dans un processus de décolonisation.

3.2 L'indépendance

Le 12 juillet 1975, le pays accéda à l'indépendance sous la direction du MLSTP, le Mouvement de libération de São-Tomé-et-Príncipe. Manuel Pinto da Costa devint le premier chef de cet État indépendant, auquel il donna une orientation marxiste-léniniste en s'alignant sur les régimes amis de l'Angola et de Cuba. La Constitution instaura le MLSTP en parti unique. Les plantations furent nationalisées par le nouveau régime. La plupart des colons portugais, dont les propriétaires de plantations, quittèrent l'archipel, privant ainsi l'agriculture de ses cadres qualifiés.  En raison d'une grave crise économique, le gouvernement abandonna le système de parti unique en 1990 et Manuel Pinto da Costa exerça ses fonctions jusqu'en 1991, date des premières élections libres multipartites, d'abord législatives, puis présidentielle, cette dernière étant remportée par son rival de longue date, Miguel Trovoada. En août 1990, une nouvelle constitution, approuvée par référendum, avait institué un régime parlementaire multipartite.

Malgré les difficultés économiques de l'archipel et les problèmes sociaux suscités par les mesures d'austérité, la démocratisation se réalisa sans trop de problèmes. Le gouvernement privatisa les terres coloniales nationalisées lors de l'indépendance pour promouvoir les cultures vivrières. Le 25 avril 1995, l'île de Príncipe proclama son autonomie. Le 15 août suivant, un coup d'État militaire, organisé par un petit groupe issu des 600 hommes des forces armées, déposa le président Trovoada, mais celui-ci fut rétabli dans ses fonctions quelques jours après l'échec du putsch. Les pressions de la communauté internationale y avaient mis fin rapidement.

En juillet 1996, Miguel Trovoada fut réélu président de la République. L'année 2001 vit l'élection à la présidence de la République de l’homme d’affaires Fradique de Menezes. Rappelons que Sao-Tomé-et-Principe est membre de l'Organisation internationale de la Francophonie depuis le 11 novembre 1999.

Le São-Tomé-et-Príncipe demeure l'un des pays les plus pauvres de l'Afrique à cause de l'effondrement des revenus de l'industrie du cacao et de la dissolution des plantations de cacao, la principale base de l'économie des îles (avec les bananes et la pêche). Le pays importe 90 % des denrées alimentaires, le pétrole et tous les produits manufacturiers. Financé à plus de 80 % par l'aide internationale, cet archipel déshérité, où le PNB annuel est de 280 $ US par habitant, attend son salut du pétrole qu'il recèlerait dans son espace maritime. En effet, on estime que les deux îles jumelles de São-Tomé et de Príncipe reposent sur environ deux milliards de barils de pétrole brut. Elles attirent déjà l'attention des compagnies de pétrole multinationales, de même que celle des pays puissants comme les États-Unis et le Nigeria. Les États-Unis on offert  800 000 $ US à Sao-Tomé-et-Principe pour la réfection de l'aéroport et du port. De plus, les Américains étudient la possibilité d'établir une base militaire à São-Tomé et il y a déjà eu des échanges de visites entre des représentants des deux pays. Les autorités ont indiqué que São-Tomé devrait produire son «premier pétrole» vers 2007, si tout va bien. São-Tomé ne toucherait que 40 % des revenus du pétrole, contre 60 % pour le Nigeria, conformément à un accord d’exploitation conjointe conclu en février 2001 entre les deux pays après l’échec de la délimitation de leur frontière maritime. Et dès qu'on commencera à exporter le pétrole brut, le revenu serait utilisé pour améliorer la santé, l'éducation et la lutte contre la pauvreté sur les îles.

Puis, le 16 juillet 2003, un autre coup d'État déposa le président, alors qu'il était en visite au Nigeria. Les putschistes ont d'abord déclaré vouloir former un «gouvernement de transition» destiné à mettre fin à la pauvreté sur l'archipel. Finalement, le président Fradique de Menezes est rentré à São-Tomé une semaine après le coup d'État, au terme d'un accord conclu avec les militaires qui l'avaient renversé. Dès le début, les militaires avaient rapidement fait savoir qu'ils n'étaient pas intéressés par le pouvoir, mais qu'ils voulaient simplement que s'ouvre un véritable débat sur la crise politico-économique que traversent le pays.

4 La politique linguistique

L'État de São-Tomé-et-Príncipe n'a pas de politique linguistique autre que la non-intervention, sauf en ce qui a trait à la langue portugaise dans le cadre de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP); il en est ainsi du français dans le cadre de la Francophonie. Il n'existe même aucune disposition linguistique dans la Constitution ni dans aucune loi, ce qui est assez rare pour un État. 

La première Constitution du pays a été approuvée en session conjointe du Bureau politique du MLSTP et de l’Assemblée constituante le 5 novembre 1975 et votée par cette dernière le 12 décembre. Elle a été révisée le 30 décembre 1980 (Loi constitutionnelle n°1/80), le 31 décembre 1982 (loi n°2/82), modifiée le 31 décembre 1987 (Lei de emenda constitucional n°1/87) et révisée à nouveau le 28 mars 1990. La nouvelle Constitution adoptée en mars, a été approuvée par référendum le 22 août et est entrée en vigueur le 10 septembre suivant. Au lendemain de l'indépendance, le nouvel État de São-Tomé-et-Príncipe a simplement reconduit le portugais comme langue officielle, sans plus de formalité. Par la suite, l'État a continué d'appliquer la politique linguistique du Portugal. D'ailleurs, le droit santoméen reprend presque intégralement le système juridique portugais. Cependant, la Constitution de 1990 a été modifiée en 2003 et l'article 12 traite des relations internationales, notamment avec les pays lusophones:

Article 12

Relations internationales

3)
La République démocratique de Sao Tomé-et-Principe maintient des liens particuliers d'amitié et de coopération avec les pays de langue portugaise et les pays d'accueil des émigrants santoméens.

Le texte ne précise pas quelle est la langue officielle de Sao Tomé-et-Principe, mais énonce seulement que l'État maintient des liens particuliers d'amitié et de coopération avec «les pays de langue portugaise». Bref, si l'on se base uniquement sur la Constitution, la république de São-Tomé-et-Príncipe n'a pas de langue officielle autrement que dans les faits (de facto).

4.1 La langue de l'État

Dès la proclamation de l’indépendance, les dirigeants politiques santoméens ont privilégié la langue qui leur paraissait la seule immédiatement disponible et opérationnelle: la langue du colonisateur, le portugais. De toute façon, ils n’auraient rien pu faire d’autre, puisque aucune des autres langues en usage ne pouvaient assurer la relève. Un peu comme en Angola et au Mozambique, les nationalistes santoméens se seraient un peu approprié le portugais, la «langue du colon» qui est devenue la «langue conquise au colon».

Le portugais apparaît comme la langue du pouvoir, soit la langue de la présidence de la République, du Parlement (Assembleia Nacional da República Democrática de São Tomé e Príncipe), de l'Administration publique, des cours de justice, des forces armées et policières, de l'enseignement à tous les niveaux, de l'affichage, des médias, etc. Le portugais conserve aujourd’hui toute la place dans l'espace politique et socio-économique. Bien que le portugais reste la langue de l’État, c'est le créole santoméen qui sert de langue véhiculaire, pas le portugais.

En conséquence, le créole santoméen reste la langue orale des représentants de l'État, dans les débats parlementaires, les cours de justice et dans les communications avec les citoyens. À l'écrit, seul le portugais est admis.

La République n'a que fort peu légiféré au sujet de la langue. L'une des rares lois à faire allusion à l'héritage linguistique des Santoméens est la Loi sur le patrimoine national historique et culturel (2003), qui déclare à l'article 5 que la langue fait partie de du patrimoine historique et linguistique:

Article 5

Définitions

d) Patrimoine historique et linguistique   tout le passé historique de S. Tomé-et-Principe, avec une formation sociale basée sur le métissage des Africains et des Européens, ayant engendré des cultures et un héritage linguistique spécifique ;

Comme il se doit, la loi ne donne aucune précision sur la ou les langues employées dans le pays. 

4.2 Le portugais comme langue des relations internationales

L'État de São-Tomé-et-Príncipe fait partie des pays lusophones. Depuis 1990, de nombreux accords de coopération scientifique et technique ont été signés entre les États de la CPLP, ce qui a donné lieu à plusieurs commissions communes de terminologie.

- L’accord orthographique de 1990

Le traité le plus important concerne l'Accord orthographique sur la langue portugaise de 1990 — Acordo Ortográfico da língua Portuguesa — qui a pris en compte les différences linguistiques afin de réduire les difficultés liées à la tendance naturelle à la différenciation et de préserver les intérêts de la langue portugaise dans les pays lusophones.

À la suite des délibérations entre les délégations de l'Angola, du Cap-Vert, de la Guinée-Bissau, du Mozambique et de São Tomé et Príncipe, ainsi que des observateurs de la Galice (Espagne), les États signataires — la République populaire d'Angola, la République fédérative du Brésil, la république du Cap-Vert, la république de la Guinée-Bissau, la république de Mozambique, la république du Portugal et la République démocratique de São Tomé et Príncipe — ont convenu des dispositions qui suivent (l’accord comptant quatre articles).

L’article 1er ne fait que proclamer l’adoption de l’accord orthographique de 1990, mais l’article 2 énonce que les États signataires prendront les mesures nécessaires en vue d'élaborer un vocabulaire orthographique commun de la langue portugaise en ce qui concerne les terminologies scientifiques et techniques.

Article 2

Les États signataires doivent prendre, par l'entremise des institutions et organismes compétents, les mesures nécessaires en vue de l'élaboration, jusqu'au 1er janvier 1993, d'un vocabulaire orthographique commun de la langue portugaise, aussi complet que souhaitable et normalisé que possible en ce qui concerne les terminologies scientifiques et techniques.

Selon l’article 3, l'Accord devait entrer en vigueur le 1er janvier 1994, une fois que seront déposés les instruments de ratification de tous les États signataires auprès du gouvernement de la république du Portugal. Pour diverses raisons, la date butoir a été reportée en mai 2015, car en janvier 1994 seuls le Portugal, le Brésil et le Cap-Vert avaient ratifié l'accord. Quant à l’article 4, il oblige les États signataires à prendre les mesures appropriées pour assurer le respect effectif de la date d'entrée en vigueur établie à l’article précédent.

Le document fut signé par les sept États, à Lisbonne, le 16 décembre 1990. Ce n'est qu'en novembre 2009 que les députés de l'Assemblée nationale populaire de la Guinée-Bissau a ratifié à l'unanimité l'Accord orthographique. Le São Tomé et Príncipea ratifié l'accord en décembre 2006, devenant alors le quatrième pays à le faire, après le Brésil, le Cap-Vert et le Portugal.

Le document fut signé par les sept États, à Lisbonne, le 16 décembre 1990. Le traité est accompagné d’annexes décrivant les points orthographiques et/ou grammaticaux sur lesquels porte l’accord: alphabet, h initial et final, homophonie, séquences consonantique, voyelles atones, voyelles nasales, accentuation des oxytons/paroxytons, accent grave, tréma, trait d’union, apostrophe, minuscules et majuscules, divisions syllabiques, etc.

-  La Communauté des pays de langue portugaise

En 1996, le Portugal ainsi que sept de ses anciennes colonies ont fondé la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa (CPLP), la Communauté des pays de langue portugaise. Les pays membres étaient les suivants: l'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Portugal et Sao Tomé-et-Principe. Après son indépendance, le Timor oriental a rejoint l’organisation comme 8e pays membre. La CPLP veut promouvoir la langue portugaise ainsi que la culture commune qui unit les pays membres. Plus particulièrement, les pays lusophones désirent collaborer dans le domaine de l'éducation, mais chercheront aussi à renforcer les liens culturels, politiques et économiques. La CPLP a son siège social à Lisbonne.

Grosso modo, les pays de la CPLP veulent encourager la diffusion et l'enrichissement de la langue portugaise, accroître les échanges culturels dans l’espace lusophone, renforcer la coopération entre les pays de langue portugaise dans le domaine de la concertation politique et diplomatique, encourager le développement d'actions de coopération interparlementaire, développer la coopération économique, dynamiser et approfondir la coopération dans le domaine universitaire, de la formation professionnelle et dans les différents secteurs de la recherche scientifique et technologique, mobiliser des efforts et des ressources en appui solidaire aux programmes de reconstruction et de réhabilitation, promouvoir la coordination des activités des institutions publiques et entités privées, associations de nature économique et organisations non gouvernementales oeuvrant au développement de la coopération entre les pays lusophones, etc. 

- La Déclaration constitutive des pays de langue portugaise  

Deux documents ont été signés par les États de la CPLP: la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise (du 17 juillet 1996) et les Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise, également du 17 juillet 1996.

La Déclaration constitutive a institutionnalisé la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). L'article 3 de la Charte de la Communauté des pays de langue portugaise exprime clairement les objectifs de ces sept pays :

1) concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, principalement dans le but d'affirmer sa présence (de la CPLP) dans les congrès internationaux ;

2) la coopération, particulièrement dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

3) la mise en oeuvre de projets destinés à promouvoir et à diffuser la langue portugaise.

- Les statuts des pays de langue portugaise (CPLP)

La Déclaration constitutive est accompagnée des Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise, qui comptent 22 articles.  Seul l'article 3 traite de la langue portugaise, les autres articles concernent le fonctionnement de la CPLP. Voici les objectifs tels qu'énoncés par l'article 3:

a) la concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, nommément en vue de renforcer leur présence aux fora internationaux;

b) la coopération, nommément dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

c) la matérialisation de projets visant à la promotion et à la diffusion de la langue portugaise.

4.3 La langue de l'éducation

La république de São-Tomé-et-Príncipe possède présentement l'un des taux les plus bas d'analphabétisme du continent africain (80 %), alors qu'il était de 20 % au moment de l'indépendance. L'alphabétisation se fait en portugais et se poursuit en cette langue durant tout le secondaire. 

D'après un rapport de l'UNESCO (2000), les compétences scolaires se révèlent inégales, selon le district. Par exemple, en mathématiques, les enfants des districts de Cantagalo et de Pagué (île de Príncipe) sont en retard sur ceux des autres districts; les filles à Mé-Zochi et Lobata réaliseraient des scores plus appréciables par rapports aux garçons. Il semble que les résultats au plan de l'apprentissage de la langue portugaise soient réellement satisfaisants seulement dans les districts de Água Grande, Mé-Zochi et Lobata, où les filles seraient meilleures; à quelque rares exception près, les filles paraissent plus performantes que les garçons dans l’ensemble des connaissances scolaires. Selon l'Unicef, 68 % des enfants terminent leur primaire. Un autre problème provient de la préparation insuffisante des enseignants: le pays doit faire des efforts notamment pour relever le niveau de ceux qui enseignant la langue. Certains parents plus fortunés envoient leurs enfants à l'École primaire française de São-Tomé. Quoi qu'il en soit, l'article 7 de la Loi fondamentale sur le système d'éducation (2003) ne mentionne que la langue portugaise comme langue d'enseignement au primaire:

Article 7

Objectifs

Les objectifs de l'enseignement fondamental sont les suivants :

g) Développer les connaissances et l'appréciation des valeurs caractéristiques, de l'identité et de la culture santoméenne, ainsi que la langue portugaise ;
 

L'article 10 de la même loi de 2003 mentionne également le portugais comme langue d'enseignement au secondaire:
 

Article 10

Organisation

3) L'enseignement secondaire comprend deux cycles, chacun d'une durée de trois ans.

4) L'enseignement secondaire est organisée en fonction des façons différenciées d'envisager l'existence des cours principaux orientés vers la vie professionnelle ou pour la poursuite des études au second cycle, en comprenant toutes les composantes de la formation de l'expression technologique et professionnelle, ainsi que de la culture santoméenne et de la langue portugaise, le tout adapté à la nature des différents cours.

Malgré les efforts du gouvernement de São-Tomé-et-Príncipe, le système éducatif connaît des problèmes d'efficacité interne entraînant des taux élevés d'abandon et de redoublement. Ainsi, dans l'enseignement secondaire, on y enregistre des taux de déperdition atteignant les 80 %. Au secondaire, la quasi-totalité des élèves apprennent le français comme langue étrangère, et ce, bien avant l'anglais. Présentement, on est en train de former des enseignants polyvalents pour l'enseignement secondaire dans les disciplines suivantes : portugais, français, histoire et géographie, mathématiques, sciences naturelles, physique et chimie. Dans le cadre de «l'éducation pour une vie meilleure», le ministère santoméen de l'Éducation et de la Culture a promis des améliorations dans l'enseignement de la langue française (langue seconde).

Au plan de l'enseignement supérieur, l'Institut supérieur polytechnique de São-Tomé dispense ses cours en portugais. Par ailleurs, le Gabon et le São-Tomé-et-Príncipe ont cru nécessaire de procéder à un échange d'enseignants et d'étudiants entre l'École normale supérieure de Libreville et l'Institut supérieur polytechnique de São-Tomé. La partie gabonaise pense octroyer des bourses aux étudiants santoméens, selon un mécanisme de sélection qui sera mis en place à l'ambassade du Gabon à São-Tomé. Les Gabonais entendent recevoir des indications précises sur le statut (privé, public ou mixte) de l'école bilingue franco-portugaise que l'archipel de São-Tomé-et-Príncipe souhaite installer dans la capitale gabonaise.

Comme on doit s'y attendre, il n'y a pas de place pour l'enseignement des langues locales, que ce soit pour les trois créoles ou le fang. D'abord, l'écriture des créoles n'a jamais été standardisée, puis le fang n'est pas perçu comme une langue minoritaire, mais comme une langue étrangère.

4.4 Les médias

La liberté de la presse est reconnue par la Constitution. La plupart des médias sont en langue portugaise. Pour la presse écrite, citons les Noticias de Sao Tomé e Príncipe (journal d'État), la Tribuna, le O Parvo, le O País, la Cronica, la Revoluçao, le Povo («Le Peuple») et le Diário da República de Sao Tomé e Príncipe (gouvernemental).

São-Tomé dispose d’une radio nationale (Rádio Nacional de São-Tomé e Príncipe) qui émet 17 heures par jour et une télévision nationale (Televisão Nacional de São-Tomé e Príncipe) qui émet 5 à 6 heures quotidiennement. Il faut aussi noter que, depuis 1999, une nouvelle radio, Rádio regional de Príncipe, a commencé à émettre. Mentionnons également RTP Africa (en portugais) et Radio France International (en français), de même que TV5 (en français). En 2000, le gouvernement a annoncé sa volonté de privatiser les médias publics, la radio et la télévision suite aux critiques de l'opposition sur l'impartialité de ces médias.

L'État santoméen ne semble avoir de politique linguistique que pour le portugais et le français, des langues secondes pour la quasi-totalité de la population. Le portugais est la langue officielle de l'État, ce qui n'implique aucune autre intervention que de conserver le statu quo lors de la période coloniale avant l'indépendance. La petite république fait partie de la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa (CPLP), la Communauté des pays de langue portugaise. Il est plus surprenant que le São-Tomé-et-Príncipe soit également membre de la Francophonie. Compte tenu que l'archipel est situé en face d'États francophones comme le Cameroun, Gabon et le Congo-Brazzaville, cela peut se comprendre. La politique institutionnelle de São-Tomé-et-Príncipe a peut-être comme principal objectif de tirer profit de sa présence au sein de la Francophonie afin d'obtenir des ressources financières et culturelles de la part des pays francophones (surtout la France et le Canada), cela dans l'espoir d'un meilleur développement économique et technologique. Ce n'est pas pour rien que la république de São-Tomé-et-Príncipe est à la fois membre de la CPLP et de la Francophonie.

Par ailleurs, la politique linguistique ne porte pas du tout sur le maintien des langues locales, que ce soit le créole santoméen ou forro (81,7 % de la population), le fang (9,5 %), le créole angolare (3,7 %) ou le créole moncó (2,9 %). Dans l'état actuel des choses, la minorité fang n'a aucun droit en matière de langue. Quant à la majorité parlant le créole santoméen, elle n'exige ni n'exerce ses droits. Seul l'usage généralisé de cette langue s'impose sans qu'il ne paraisse nécessaire d'adopter une loi à ce sujet.

Dernière révision en date du 02 janv. 2014

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