Afrique du Sud

(4) La politique linguistique
du multilinguisme

1 Le statut des langues

L’Afrique du Sud a décidé d’adopter comme politique linguistique un multilinguisme de stratégie. Cette politique consiste à exploiter apparemment toutes les ressources linguistiques du pays dans le but d’assurer la communication là où une langue en particulier permet de mieux le faire sans entraves. La création des neuf provinces correspond à ce besoin: chacune d’elle choisit la langue qui lui convient à la condition de ne pas en promouvoir une seule. Le paragraphe 1er de l'article 6 de la Constitution se lit comme suit:

Article 6

Langues

1) Les langues officielles de la République sont le sepedi, le sotho, le tswana, le swati, le venda, le tsonga, l'afrikaans, l'anglais, le ndébélé, le xhosa et le zoulou.

Tous les paliers de gouvernement (national, provincial et local), c'est-à-dire les administrations publiques, le Parlement national, les neuf assemblées législatives provinciales ainsi que les municipalités sont dans l'obligation d'appliquer le multilinguisme constitutionnel. Bien que la politique linguistique sud-africaine n'implique pas le secteur privé, le gouvernement national a tout de même manifesté son intention d'encourager et d'appuyer le développement et la mise en œuvre de politiques linguistiques au sein des entreprises privées.

Cependant, entre la théorie et la pratique, il peut y avoir tout un monde! Une telle disposition constitutionnelle peut aussi favoriser la langue la plus forte, en l'occurrence l'anglais qui joue alors un rôle hégémonique aux dépens des langues africaines. C'est pour cette raison que le gouvernement central a fait adopter en 2012 la Loi sur l'emploi des langues officielles dont l'un des objectifs est d'exiger la parité de reconnaissance et l'équité de traitement entre les onze langues officielles.

1.1 Les organismes linguistiques

Après l’apartheid, l’Afrique du Sud a mis en place un ensemble impressionnant d’organismes de planification linguistique et d’autres institutions chargées de la mise en œuvre de la politique linguistique.

- Le PanSALB

Mentionnons d'abord le PanSALB, le Pan South African Language Board (afrikaans: Pan-Suid-Afrikaanse Taalraad ou PanSAT), ce qu'on pourrait traduire par le Conseil linguistique pan-sud-africain. D'ailleurs, le mot afrikaans "Taalraad" signifie «lanfgue» + «Conseil», soit «comité linguistique». 

Il s'agit d'un organisme officiel indépendant dont le mandat est de conseiller les autorités publiques aux niveaux central et provincial en matière de politique linguistique et d’emploi des langues. Le PanSALB  a été créé en 1995 par une loi du gouvernement central: la Loi sur le Conseil  linguistique pan-sud-africain. Le PanSALB dispose d’une succursale provinciale dans chacune des neuf provinces, mais les activités du PanSALB sont limitées par les contraintes de la réalité: chaque groupe ethnique a tendance à protéger «sa» langue et seules les activités basées sur une langue en particulier ont des chances d'arriver à certains résultats. Lorsqu'il s'agit de promouvoir des activités portant sur le multilinguisme, les portes ont tendance à se fermer.

L'article 6.5 de la Constitution prévoyait la création de cet organisme, le PanSALB (ou Conseil linguistique pan-sud-africain), dont la mission est de promouvoir toutes les langues officielles, les langues khoïsanes, la langue des signes ainsi qu'un certain nombre d'autres langues (allemand, grec, hindi, portugais, etc.):   

Article 6

5) Le Conseil linguistique pan-sud-africain est chargé :

(a) de promouvoir et créer des conditions pour le développement et l'usage de: 

    (i) toutes les langues officielles; 
    (ii) des langues khoï, nama et san; et 
    (iii) de la langue des signes. 

(b) de promouvoir et assurer le respect pour les langues, incluant l'allemand, le grec, le gujarati, l'hindi, le portugais, le tamoul, le télougou, l'ourdou et d'autres langues généralement employées par des communautés en Afrique du Sud, ainsi que l'arabe, l'hébreu, le sanskrit et d'autres utilisées à des fins religieuses.

L'article 3 de la Loi sur le Conseil des langues pan-sud-africaines précise ainsi les objectifs du PanSALB :

Article 3

Les objectifs du Conseil

Le Conseil doit poursuivre les objectifs suivants :

(a) Promouvoir le respect et assurer la mise en œuvre des principes suivants mentionnés à l'article 3.9 de la Constitution:

(i) La création de conditions pour le développement et la promotion de l'usage égal et le bénéfice de toutes les langues officielles sud-africaines;

(ii) L'extension de ces droits relatifs à la langue et le statut des langues qui, lors de l'adoption de la Constitution, ont été limités à certaines régions;

(iii) Des mesures préventives contre l'usage de toute langue à des fins d'exploitation, de domination ou de division;

(iv) La promotion du multilinguisme et des mesures prévoyant des services de traduction;

(v) L'encouragement au respect des langues parlées dans la République autres que les langues officielles et l'encouragement quant à leur usage dans des circonstances appropriées; et

(vi) La non-réduction des droits relatifs à la langue et au statut des langues en vigueur au moment de l'adoption de la Constitution;

(b) Promouvoir aussi le développement des langues officielles sud-africaines;

(c) Promouvoir le respect et le développement des autres langues employées par les communautés en Afrique du Sud ainsi que les langues employées à des fins religieuses;

(d) Promouvoir la connaissance et le respect pour les autres dispositions et les principes constitutionnels contenus dans la Constitution ayant affaire directement ou indirectement avec les questions linguistiques;

(e) Promouvoir le respect pour le multilinguisme en général; et

(f) Promouvoir l'usage des ressources linguistiques de l'Afrique du Sud.

Mandaté par la Constitution et la loi, le PanSALB peut intervenir et développer des stratégies dans le domaine des langues dans les sujets suivants:

• la planification et statut des langues;
• les langues dans l'enseignement;
• la traduction et l’interprétation;
• la lexicographie, la terminologie et la toponymie;
• le développement de la littérature dans les langues bantoues et des langues marginalisées;
• le droit linguistique et la médiation;
• les recherches linguistiques.

De plus, le PanSALB est mandaté pour enquêter sur les plaintes concernant les violations des droits linguistiques des citoyens, des organismes ou des institutions. Enfin, le PanSALB tient des audiences au cours de laquelle les plaignants et les répondants sont présents, et en fonction de ses conclusions il peut recommander des mesures à prendre par le ministère ou l’institution concernée.

- Le National Language Service

Le National Language Service (afrikaans: Nasionale Taaldiens) ou le Service national des langues sert à promouvoir et faciliter la communication entre les langues sud-africaines. Conformément aux prescriptions linguistiques de la Constitution, ce service gère la diversité linguistique de la société sud-africaine; il est responsable de l'exploitation de toutes les langues des locuteurs en mettant en œuvre les mesures prévues par la politique linguistique et ses effets pratiques destinés à promouvoir l'usage de ces langues, incluant celles qui ont été historiquement négligées. Il existe également quelque 14 organismes linguistiques nationaux dont la tâche est de veiller au développement du «corpus» de chaque langue.

- La Commission pour la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques

La Constitution de 1996 prévoyait à l'article 185 la création de la Commission for the Protection of the Rights of Cultural, Religious and Linguistic Communities, c'est-à-dire la Commission pour la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques. L'un des mandats de cette commission était de soutenir les tendances ethniques ou «ethnicistes», ce qui permettrait à certains groupes ethniques de voir le jour et de mieux se positionner pour obtenir des droits... ou des privilèges.

L'article 4 de la Loi sur la Commission pour la promotion et la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques (2002) énonce ainsi les objectifs de respect et de promotion des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques :

Article 4

Objectifs de la Commission

Les objectifs de la Commission sont les suivants:

(a) promouvoir le respect et la protection accrue des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques ;

(b) promouvoir et développer la paix, l'amitié, l'humanité, la tolérance et l'unité nationale au sein des communautés culturelles, religieuses et linguistiques, sur la base de l'égalité, de la non-discrimination et de la libre association;

(c) favoriser le respect mutuel entre les communautés culturelles, religieuses et linguistiques;

(d) promouvoir le droit des communautés de développer leur patrimoine historique diminué;

En vertu de la Loi sur la Commission pour la promotion et la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques (2002), en plus des objectifs de respect et de promotion des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques, la loi propose des buts aux conseils communautaires:

Article 38

Buts des conseils communautaires

Les buts d'un conseil communautaire reconnu selon les dispositions de l'article 37 doivent être les suivants:

(a) préserver, promouvoir et développer la culture, la religion ou la langue de la communauté pour laquelle il est reconnu ; ou

(b) conseiller la Commission et collaborer avec elle en ce qui concerne la réalisation des objectifs de la Commission.

- Les comités linguistiques

L'appellation de ces comités linguistiques est Languages Units en anglais et Taaleenheid en afrikaans, ce qui se traduirait mot à mot par «unités linguistiques». Dans chaque ministère du gouvernement national et dans chacune des provinces, il est prévu un Comité linguistique ("Unit language") pour aménager la traduction, préparer et définir des services en vue de l'augmentation prévue de la demande de ces services et aussi développer une terminologie dans les langues indigènes. Ces "languages unities" sont en quelque sorte à la fois des services de traduction et des comités de terminologie, mais ils doivent aussi aviser le ministère des Arts et de la Culture sur la politique et la stratégie afin de réglementer et de vérifier l'emploi des langues officielles. Bref, ces comités linguistiques doivent conseiller le gouvernement national sur le développement, l'adoption, la mise en œuvre et le suivi de sa politique linguistique; ils doivent aussi vérifier comment les gouvernements des provinces identifient au moins trois langues officielles pour être utilisées à des fins officielles afin que ces gouvernements prennent des mesures concrètes pour augmenter le statut de ces langues et promouvoir leur emploi.

- Le Forum national sur les langues (National Language Forum)

Il s'agit d'un réseau de collaboration entre les représentants du gouvernement et ceux des organismes non gouvernementaux, qui doit contrôler le processus de mise en œuvre, donner la priorité aux projets reliés à la langue et organiser des campagnes de soutien à la politique linguistique sous la direction du ministère des Arts et de la Culture.

- Le Conseil des spécialistes des langues sud-africaines

Ce conseil appelé en anglais "South African Language Practitioners' Council" est un organisme statutaire créé par une loi du Parlement (Loi sur le Conseil des spécialistes des langues sud-africaines de 2014) pour gérer la formation, l'accréditation et l'enregistrement des traducteurs et des interprètes, afin d'élever le statut de la profession relative à la langue et d'améliorer la qualité des produits linguistiques. Cet organisme doit élaborer et maintenir des standards en matière de langues. L'article 4 de la Loi sur le Conseil des spécialistes des langues sud-africaines précise ainsi les objectifs du Conseil :

Article 4

Objectifs du Conseil


Les objectifs du Conseil sont les suivants :

(a) promouvoir et protéger les pratiques linguistiques dans la République;
(b) examiner les particularités des gens qui ont l'intention de s'inscrire;
(c) inscrire les gens qui peuvent être enregistrés par le Conseil;
(d) accréditer les gens qui sont homologables par le Conseil;

(e) élaborer, mettre en œuvre, réviser et modifier un code de conduite concernant la conduite des spécialistes des langues enregistrées ;
(f) protéger les intérêts professionnels des spécialistes des langues;
(g) protéger les membres du public qui font usage des services fournis par les spécialistes des langues ;
(h) réglementer l'offre des services linguistiques aux membres du public ;
(i) fournir et encourager l'offre des chances des individus, particulièrement pour ceux issus des communautés indigènes, d'entrer et de participer aux pratiques linguistiques dans la République;
(j) contribuer à un environnement propice à la création d'emplois dans les pratiques linguistiques dans la République; et
(k) conseiller le Ministre sur les questions touchant les professions langagières.

- L'Institut des traducteurs d'Afrique du Sud

Le South African Translators' Institute (SATI) ou, en afrikaans, Suid-Afrikaanse Vertalersinstituut (SAVI), est une association professionnelle pour les spécialistes en traduction et en interprétariat en Afrique du Sud. L'adhésion est ouverte à tous les traducteurs, les interprètes, les éditeurs, les correcteurs, les réviseurs de texte, les terminologues, les rédacteurs et à toute autre personne impliquée dans l'industrie de la pratique langagière.

1.2 Les responsabilités administratives

Toutes les questions de politique linguistique relèvent de trois niveaux de juridiction: national, provincial et municipal.

- Au plan national, les responsabilités en matière d'aménagement linguistique sont partagées par quatre ministères: le ministère des Arts et de la Culture (Department of Arts and Culture), le ministère de l'Éducation (Department of Education), le ministère des Communications (Department of Communications) et le ministère de la Justice et du Développement constitutionnel (Department of Justice and Constitutional Development).

Le ministère des Arts et de la Culture a la responsabilité des grandes questions de politique linguistique, alors que le ministère de l'Éducation est responsable de la politique linguistique en éducation, ce qui comprend la langue d'enseignement dans les écoles publiques, les programmes scolaires, les obligations reliées à la langue des ministères provinciaux de l'éducation et les écoles d'enseignement supérieur. Le ministère des Communications est responsable de la politique linguistique auprès des radio-télédiffuseurs publics et le ministère de la Justice et du Développement constitutionnel s'occupe des questions linguistiques dans le domaine judiciaire.

- Au plan provincial, chacun des neufs gouvernements provinciaux doit gérer lui-même ses propres questions d'ordre linguistique. Cette responsabilité implique une certaine adaptation des politiques linguistiques en fonction des circonstances, besoins et préférences régionales.

- Au plan municipal, lequel forme la base dans la gestion de la hiérarchie des langues, les municipalités doivent développer des politiques linguistiques compatibles non seulement avec la politique nationale, mais également avec la politique provinciale concernée, tout en tenant compte de la langue d'usage local et des préférences de leurs concitoyens. 

2 Les langues de la législature

Dans le domaine de la législature, les langues officielles du Parlement national sont l’anglais et l’afrikaans, mais tout membre des deux assemblées — L'Assemblée nationale et le Conseil national des provinces — peut prendre la parole en utilisant l’une ou l’autre des onze langues officielles de son choix. Ainsi, le droit de s’exprimer dans la langue de son choix au Parlement national constitue une réalité: les locuteurs changent et mélangent les langues en fonction des auditeurs en présence. Toutefois, les services d'interprétation simultanée existants ne fonctionnent que pour l’anglais et l’afrikaans, et les députés désirant s’exprimer dans une langue bantoue risquent de ne pas être compris par tous, sauf par les locuteurs de la même langue. 

- Les règlements

Les règlements concernant les chambres du Parlement traitent des «langues officielles», mais n'en mentionnent aucune en particulier. Évidemment, cette absence de précision est voulue, car elle rend possible, du moins en principe, l'usage de n'importe quelle des onze langues officielles. Dans les faits, il faut comprendre que l'expression «langues officielles» dans ce contexte désigne l'anglais et l'afrikaans, et que, entre les deux langues, l'anglais est plus officiel. L'article 310 du Règlement de l'Assemblée nationale (2015) laisse entendre qu'une requête doit être présentée dans l'une des langues officielles, sans plus de précision sur ces langues :

Article 310

Langue des requêtes

Une requête doit être présentée dans l'une des langues officielles.

Il en est ainsi à l'article 230 du Règlement du Conseil national des provinces (1999) :

Article 230

Langue des requêtes

Une requête doit être présentée dans l'une des langues officielles.

Le terme officiel pour «requête» est en anglais "petition". Cela désigne une demande officielle au Parlement lorsqu'un parlementaire désire intervenir sur une question; cette requête (ou "pretition") peut prendre la forme d'une demande d’aide pour aborder un problème spécifique ou pour réparer un grief. Une requête est dite «spéciale» si un parlementaire fait une demande particulière ou une demande d’exemption personnelle qui ne serait pas autorisée par la loi. Une requête est «publique» si un groupe de citoyens ayant des intérêts similaires demande la réparation d’un grief.

Les articles 220 et 222 du Règlement commun du Parlement (2011) précisent que tout projet de loi doit être présenté «dans l'une des langues officielles» :

Article 220

Exigences linguistiques pour les projets de loi

1) Un projet de loi présenté soit à l'Assemblée soit au Conseil doit être présenté dans l'une des langues officielles. Le projet de loi dans la langue dans laquelle il est présenté sera le texte officiel pour les fins de la procédure parlementaire.

2) Le texte officiel du projet de loi doit être traduit dans au moins l'une des autres langues officielles et la traduction doit être reçue par le Parlement au moins trois jours avant l'examen formel du projet de loi par la Chambre dans laquelle il a été présenté.

3) La page de couverture d'un projet de loi doit préciser si la version linguistique est :

(a) le texte officiel; et
(b) une traduction officielle.

4) Dans la procédure parlementaire, seul le texte officiel d'un projet de loi est examiné, mais le secrétaire doit veiller à ce que toutes les modifications au texte officiel soient présentes dans la ou les traductions officielles avant que celui-ci ne soit renvoyé au président pour la sanction.

Article 222

Modifications ultérieures

1) Si une loi adoptée est modifiée après l'adoption de la règle commune n° 220, le texte officiel du projet de loi modifié peut être présenté dans n'importe quelle des langues officielles.

2) Si le texte officiel d'un projet de loi se trouve pas dans la même langue que le texte signé de la loi modifiée, l'une des traductions officielles du projet de loi doit donc être dans la langue du texte signé.

Le texte ne précise pas quelles sont ces langues officielles, mais on peut croire qu'il s'agit des onze langues prévues dans la Constitution parce que l'article 220.2 énonce que «le texte officiel du projet de loi doit être traduit dans au moins l'une des autres langues officielles » ("one of the other official languages"), ce qui suppose qu'il y en a plus que deux, sinon on dirait simplement «l'autre langue officielle».   

Dans les faits, il est rare qu'un projet de loi soit présenté dans une langue bantoue pour être modifié dans une autre langue bantoue. De façon générale, toutes les lois et tous les rapports parlementaires sont, comme par le passé, disponibles uniquement en anglais et en afrikaans. Les lois du Parlement national sont même modifiées uniquement en anglais, sinon à la fois en afrikaans et en anglais pour des projets particuliers. Une exception: la Loi sur le Conseil des langues pan-sud-africaines (la "PanSALB Act") a été traduite dans les onze langues officielles. En dépit des dispositions constitutionnelles favorisant le multilinguisme, les services de traduction et d'interprétation dans les langues africaines sont fort peu développés.

- Les difficultés liées au multilinguisme

Le multilinguisme au Parlement national entraîne aussi ses difficultés. Un comité a été mis sur pied pour élaborer une politique sur cet aspect, mais on voit mal comment le Parlement pourrait rendre la traduction simultanée avec 121 combinaisons possibles sans assumer un coût nettement prohibitif. Le problème que posent la politique du multilinguisme et de l’usage égal des différentes langues réside dans les coûts que nécessite toute la gestion de la traduction et d’impression; c'est là un coût considéré comme prohibitif pour les finances de l’Afrique du Sud. Dans l'état actuel des choses, le président de l'Assemblée doit accepter qu'un député s'exprime, par exemple en sésotho, mais il doit en même temps faire appel à un parlementaire pris au hasard pour faire traduire approximativement le discours du sésothophone. Dans ces conditions, il est bien tentant de faire appel à l'anglais ou à... l'afrikaans.

Ainsi, au gouvernement national, les services linguistiques de l'État disposent d'un bureau central où des traducteurs, des terminologues et des spécialistes ont pour tâche d'offrir des services linguistiques complets à tous les ministères. Cependant, ce bureau ne compte qu'un traducteur et un seul terminologue pour chacune des onze langues officielles. C'est pourquoi la plupart des documents administratifs ne sont encore publiés qu'en anglais. On peut certes déplorer que les lois nationales et les documents administratifs ne soient pas systématiquement formulés dans les neuf langues bantoues sud-africaines, mais on peut comprendre aisément les raisons pratiques qui incitent les divers gouvernements à gérer leurs affaires seulement en anglais et/ou en afrikaans. Malheureusement, dans tout le pays, les traducteurs et les interprètes semblent avoir une profession nettement marginalisée et négligeable. Il n'existe pas d'ordre professionnel réglementant la traduction et l'interprétation.

- Les assemblées provinciales

Quant aux assemblées provinciales, elles utilisent généralement à l'oral les langues officielles locales (voir la carte). D’ailleurs, la Constitution reconnaît expressément comme champ de juridiction provinciale la politique linguistique et la réglementation sur les langues officielles à la condition d’obtenir un accord des deux tiers des membres de leur assemblée.

Quoi qu'il en soit, l'une des deux langues officielles de l'État sud-africain — l'anglais et/ou l'afrikaans — demeure obligatoire dans chaque province. Voici les langues officielles choisies par les provinces:

Gauteng Kwazulu-
Natal
Cap-
Oriental
Cap-Occidental Cap-Nord Nord-Ouest État libre Mpumalanga Limpopo
afrikaans
anglais

sésotho
zoulou
afrikaans
anglais

zoulou
afrikaans
anglais
xhosa
afrikaans
anglais
xhosa
afrikaans
tswana
xhosa
afrikaans
anglais
tswana
afrikaans
sésotho
xhosa
afrikaans
ndébélé
swati
zoulou
anglais
sépédi
tsonga
venda

Il faut constater que l'anglais et l'afrikaans ont été choisis comme langues co-officielles dans cinq provinces (Gauteng, Kwazulu-Natal, Cap-Oriental, Cap-Occidental et Nord-Ouest); l'afrikaans, sans l'anglais, est langue officielle dans trois provinces (Cap-Nord, État libre et Mpumalanga); seule la province du Limpopo n'a pas choisi l'afrikaans dans ses langues officielles. Le zoulou est une langue co-officielle dans trois provinces (Gauteng, Kwazulu-Natal, Mpumalanga) et le xhosa dans quatre autres provinces (Cap-Oriental, Cap-Occidental, Cap-Nord, État libre). Le sésotho n'est co-officiel que dans deux provinces (Gauteng et État libre); il en est ainsi pour le tswana (Cap-Nord et Nord-Ouest).

À l'exception de la province du Cap-Occidental avec l'afrikaans, les deux langues «blanches» sont toujours parlées par une minorité de citoyens. Dans les provinces, les assemblées législatives et les gouvernements locaux doivent embaucher des traducteurs afin de traduire les documents officiels dans les langues officielles de la province. Cela étant dit, l'offre des services de traduction et d'interprétation apparaît bien aléatoire et presque toujours problématique. La plupart des services linguistiques provinciaux manquent malheureusement de personnel, alors que les postes vacants ne sont pas toujours comblés. Actuellement, les assemblées législatives qui disposent d'un service d'interprétation pour les documents officiels semblent extrêmement rares.

3 Les langues de la justice

En matière de justice, l’article 35 de la Constitution reconnaît que chaque accusé a un droit à un procès juste, ce qui inclut le droit à un accusé de comparaître devant un juge dans une langue (officielle) qu’il comprend ou, si cela s’avère impossible, le droit de recourir au service d’un interprète :

Article 35

Personnes arrêtées, détenues et accusées

(3) Tout accusé a droit à un procès équitable, ce qui inclut le droit:

(k) d’être jugé dans une langue qu’il comprend ou, si cela n’est pas
possible, de disposer d’une traduction des procédures dans cette langue.

(4) Les informations que le présent article prévoit de donner à une personne doivent l’être dans une langue que celle-ci comprend.

La Loi sur les tribunaux de première instance (1944), n° 32, prévoit des systèmes de traduction s'il est considéré qu'un accusé ne connaît pas suffisamment la langue dans laquelle le témoignage est donné.

Article 6

Emploi des langues dans la procédure (1952)

1)
Chacune des langues officielles peut être utilisé à toutes les étapes de la procédure devant un tribunal et les témoignages doivent être consignés dans la langue ainsi utilisée.

2) Si, dans une affaire pénale, le témoignage est donné dans une langue avec laquelle l'accusé n'est pas considéré par la cour comme la parlant
suffisamment, un interprète compétent doit être convoqué par le tribunal afin de traduire ces éléments de preuve dans une langue que l'accusé maîtrise ou semble la parler suffisamment d'après le tribunal, indépendamment du fait que la langue dans laquelle le témoignage est donné est l'une des langues officielles ou de savoir si le représentant de l'accusé maîtrise ou non couramment la langue utilisée dans les éléments de preuve.

L'article 9 du Règlement établissant le déroulement de la procédure des tribunaux de première instance de l'Afrique du Sud (2010) oblige un tribunal à présenter un document sud-africain dans un pays étranger dans une langue officielle de ce pays:

Article 9

Service de la procédure, des avis et des autres documents

16) (a) Toute procédure dans un tribunal ou tout document qui doit être remis dans un pays étranger doit être accompagnée d'une traduction assermentée dans une langue officielle de ce pays ou d'une partie de celui-ci dans lequel la procédure ou le document doit être signifié, le tout accompagné d'une copie certifiée conforme de la procédure ou du document ainsi que la traduction.

21) Chaque fois qu'une demande de service pour une personne dans la République concernant une procédure civile ou une citation à comparaître est reçue d'un État, d'un territoire ou d'un tribunal à l'extérieur de la République et qu'elle est transmis au registraire ou au greffier du tribunal, le cas échéant, conformément à la législation applicable, le registraire ou le greffier doit transmettre au shérif ou à toute autre personne désignée par un magistrat de la cour concernée pour le service de cette procédure ou de cette citation à comparaître:

a) deux exemplaires de la procédure ou de la citation à comparaître; et
b) deux exemplaires d'une traduction en anglais de cette procédure ou de cette citation si l'original est dans une autre langue.

Malgré l'identification formelle des onze langues officielles dans la Constitution, il n'y a jusqu'à présent que fort peu de témoignages présentés dans toutes les onze langues officielles. Par ailleurs, l'article 13 du Règlement du tribunal constitutionnel (2003) prévoit qu'il est possible de recourir à l'une ou l'autre des onze langues officielles autres que l'anglais et l'afrikaans, mais il faut un préavis de sept jours, question de quérir un traducteur: 

Article 13

Plaidoirie

[...]

La plaidoirie peut être adressée à la Cour dans n'importe quelle langue officielle et la partie concernée ne doit pas avoir la responsabilité du service d'interprétariat.

Si une personne veut s'adresser la Cour dans une autre langue officielle que celle dans laquelle la plaidoirie écrite par cette personne est formulée, cette dernière devra, au moins sept jours avant l'audience de l'affaire en question, donner un avis écrit au registraire de son intention d'employer une autre langue officielle et indiquer quelle est cette langue.

Article 25

Traduction

Lorsqu'un témoignage ou tout autre document déposé auprès du greffier contient du matériel écrit dans une langue officielle qui n'est pas comprise par tous les juges, le greffier doit disposer des parties du témoignage ou du document concerné traduit par un traducteur assermenté de la Haute Cour dans une ou plusieurs langues qui seront comprises par ces juges et fourniront aux parties une copie de ces traductions.

La Loi sur les tribunaux supérieurs (2013) indique par ailleurs qu'un document reçu dans une autre langue que l'anglais ou l'afrikaans doit être traduit en anglais (et non pas nécessairement en afrikaans): 

Article 40

Manière de traiter les commissions rogatoire, les requêtes et les documents pour le service en provenance de pays étrangers

1) Chaque fois qu'une commission rogatoire ou une requête dans le cadre d'une procédure civile est reçue d'un État, d'un territoire ou d'un tribunal à l'extérieur de la République, elle est transmise au registraire d'une division par le directeur général du Département avec une traduction en anglais
si l'original est rédigé dans une autre langue [...]
.

La Loi sur l'amélioration de la justice administrative (2000) prévoit différences mesures d'ordre linguistique en ce qui a trait aux enquêtes et auditions publiques. Ainsi, un témoin ou un intervenant peut choisir la langue dans laquelle il veut s'exprimer (art. 3, 7-c et art. 11, 3-b) ou au moins deux des langues officielles dans une province donnée: 

Article 4

Langue

1)
Un avis en vertu des dispositions du paragraphe 3.1 doit être publié dans au moins deux des langues officielles.

2) Un avis publié en vertu des dispositions du paragraphe 3.1 (b) ou (c) doit tenir compte des préférences et de l'usage linguistiques dans la province ou le district concerné.

3) Les représentations peuvent être rédigées dans n'importe quelle des langues officielles.

Article 14

Personnes comparaissant dans une audition publique

1)
Une personne comparaissant dans une audition publique peut, avec l'approbation du président de l'audition et pour sa propre dépense, être aidé par un mandataire.

2) Une personne comparaissant dans une audition publique, y compris son mandataire, peut s'exprimer dans la langue de son choix, mais doit respecter les directives et se conformer aux procédures déterminées par le président de l'audition publique.

Article 19

Langue

1)
Un avis en vertu des dispositions du règlement 18.1 doit être publié dans au moins deux des langues officielles.

2) Un avis publié en vertu des dispositions du règlement 18.1 (b) ou (c) doit tenir compte des préférences et de l'usage linguistiques dans la province ou le district concerné.

3) Les commentaires peuvent être rédigés dans n'importe quelle des langues officielles.

En réalité, l'anglais et l'afrikaans demeurent les langues «normales» de la justice. Par exemple, les cours d’appel n’utilisent que l’anglais ou l’afrikaans. Il ne fait aucun doute que l'élimination quasi systématique des langues bantoues dans la procédure judiciaire occasionne d'énormes obstacles pour les locuteurs de ces langues. De plus, dans les rares cas de traduction, il est parfois très difficile pour les juges et les avocats de saisir adéquatement le sens des mots et des notions provenant de la part des interprètes parce qu'ils ne connaissent généralement pas les langues bantoues.

4 Les langues de l'Administration nationale

Le fait pour un pays de devoir gérer onze langues officielles demeure tout un défit au point de vue administratif. Il s'agit d'une entreprise majeure dans le domaine de la gestion linguistique.

4.1 Les obligations imposées par les lois

La loi exige en principe à toutes les administrations nationales, provinciales ou municipales que toutes les langues officielles soient placées sur un pied d’égalité. Chaque ministère du gouvernement national doit désigner une langue de travail, tant pour les communications intra-ministérielles que les communications inter-ministérielles. Les documents officiels provenant des ministères nationaux doivent être publiés dans les onze langues officielles là où un service efficace et stable exige une telle mesure. Dans le cas où l'usage de toutes les langues officielles n'est pas exigée, les documents doivent être publiés selon le principe du «multilinguisme fonctionnel».

Ainsi, l'article 6,3 de la Constitution de 1996 impose à tous les gouvernements nationaux et provinciaux ainsi qu'aux administrations municipales des obligations en matière de langue:

Article 6

Langues

3) Le gouvernement national et les gouvernements provinciaux peuvent utiliser des langues officielles particulières à des fins administratives, en tenant compte de leur usage, de leur aspect pratique, de leurs coûts, de leur situation régionale et de l'équilibre entre les besoins et les préférences de la population aux niveaux national et provincial; sous réserve que le gouvernement national et chaque gouvernement régional ne peuvent n'utiliser qu'une seule langue officielle. Les municipalités doivent prendre en considération l'usage d'une langue et les préférences de leurs citoyens.

Tous les gouvernements doivent avoir au moins trois langues officielles qu'ils doivent choisir en fonction de leur usage, des besoins et des préférences de la population locale. L'article 4 de la Loi sur l'emploi des langues officielles (2012) reprend cet article 6,3 et impose au moins trois langues officielles qui seront employées, entre autres, pour communiquer efficacement avec le public, dans les avis officiels, les publications gouvernementales et les communications inter et intra-gouvernementales :

Article 4

Politique linguistique

1) Tous les ministères nationaux, toutes les entités publiques nationales et les entreprises publiques nationales doivent adopter une politique linguistique relativement à l'emploi des langues officielles à des fins gouvernementales dans les 18 mois de l'entrée en vigueur de la présente loi ou de tout autre délai prescrit par le ministre, sous réserve que ce délai ne peut excéder six mois.

2) Toute politique linguistique adoptée selon les termes du paragraphe précédent doit :

(a) se conformer aux dispositions de l'article 6,3 (a) de la Constitution;

(b) identifier au moins trois langues officielles que les ministères nationaux, les entités publiques nationales ou les entreprises publiques nationales utiliseront à des fins gouvernementales;

(c) préciser comment les langues officielles seront employées, entre autres, pour communiquer efficacement avec le public, dans les avis officiels, les publications gouvernementales et les communications inter et intra-gouvernementales ;

3) Dans l'identification d'au moins trois langues officielles tel qu'il est prévu au paragraphe 2 (b), un ministère national, une entité publique nationale et une entreprise publique nationale doivent tenir compte de leur obligation de prendre des mesures concrètes et positives pour hausser le statut et faire progresser l'emploi des langues indigènes dont l'emploi et le statut ont été historiquement marginalisés, conformément à l'article 6,2 de la Constitution.

Le paragraphe 3 énonce que les ministères, les entités et les entreprises nationales doivent prendre des mesures concrètes pour hausser le statut des langues et faire progresser l'emploi des langues indigènes dont l'emploi et le statut ont été historiquement marginalisés, conformément à l'article 6,2 de la Constitution :

Article 6

Langues

2) Reconnaissant que les langues indigènes de notre peuple ont connu, par le passé un usage et un statut marginalisé, l’État doit, par des mesures concrètes et positives, améliorer le statut et développer l'emploi de ces langues.

Pour ce faire, l'article 9 de la Loi sur l'emploi des langues officielles prévoit des mécanismes de surveillance auprès des ministères afin de faire respecter la politique linguistique:

Article 9

Surveillance et rapport sur l'emploi des langues officielles

1) Le Ministre est chargé de surveiller l'emploi des langues officielles par le gouvernement national à des fins gouvernementales.

2) Les ministères nationaux, les entités publiques nationales et les entreprises publiques nationales doivent présenter annuellement un rapport au Ministre et au Conseil des langues pan-sud-africaines sur :

(a) les activités de leur comité linguistique;

(b) la mise en œuvre de leur politique linguistique;

(c) les plaintes reçues concernant l'emploi des langues officielles et la manière dont ces plaintes ont été traitées; et

(d) toute autre question prescrite par le Ministre.

3) Le Ministre peut prescrire la forme et le contenu des rapports à présenter ainsi que les délais pour la présentation desdits rapports.

4) Nonobstant les dispositions des paragraphes 2 et 3, le Ministre peut à tout moment exiger de la part d'un ministère national, d'une entité publique nationale ou d'une entreprise publique nationale de lui présenter un rapport sur leur emploi des langues officielles, selon un délai qu'il détermine.

5) Le Ministre peut demander à un ministère national, une entité publique nationale ou une entreprise publique nationale, qui aurait omis de se conformer à une disposition de la présente loi de se conformer à ladite loi dans un délai qu'il détermine.

Selon l'article 31 de la Loi sur l'amélioration de l'accès à l'information (2000), un requérant a le droit de demander d'avoir accès à un document public dans la langue qu'il préfère si possible:

Article 31

Langue d'accès


Un requérant dont on a accordé la demande d'accès à un document d'un organisme public doit, si le document :

a) existe dans la langue qu'il préfère, y avoir accès dans cette langue; ou

b) n'existe pas dans la langue ainsi préférée, si ledit requérant n'a aucune préférence ou qu'il n'a pas indiqué de préférence, y avoir accès dans une langue utilisée dans le document.

La Loi sur la santé publique (2003) oblige les fournisseurs de santé à informer l'utilisateur «dans une langue qu'il comprend»:

Article 6

L'utilisateur doit avoir une pleine connaissance

1)
Le fournisseur de soins de santé doit informer tout utilisateur :

(a) de son état de santé, sauf dans des circonstances où il y a des preuves substantielles que la divulgation de l'état de santé de l'utilisateur serait contraire à son intérêt supérieur;

(b) de l'éventail des procédures de diagnostic et des options de traitement qui lui sont généralement disponibles;

(c) des avantages, des risques et des conséquences généralement associées à chaque option; et

(d) de ses droits de refuser les services de santé et de lui expliquer les implications, les risques, les obligations de ce refus.

2) Le fournisseur de soins de santé concerné doit, si possible, informer l'utilisateur tel qu'il est prévu au paragraphe 1 dans une langue qu'il comprend et d'une manière qui tient compte de son niveau d'alphabétisation.

Même les entreprises sont soumises aux lois sur le bilinguisme. Ainsi, la Loi sur les compagnies (2008) exige des registres comptables dans l'une des langues officielles de la République et une traduction certifiée conforme peut être demandée:

Article 28

Registres comptables

1) Une société doit tenir des registres comptables exacts et complets
dans l'une des langues officielles de la République :

(a) au besoin pour permettre à l'entreprise de satisfaire ses obligations selon les dispositions de présente loi ou de toute autre loi en ce qui concerne la préparation des états financiers; et

(b) y compris les documents comptables prescrits, qui doivent être conservés selon les modalités réglementaires.

Article 100

Exigences concernant les brochures

4) une brochure ne doit pas être enregistrée sauf si elle est attachée :

(a) à une copie d'une entente matérielle comme il est prescrit ; ou
(b) dans le cas d’un accord non écrit, à une une note donnant tous les détails de l'entente.

5) Si une partie quelconque d'une entente visée au paragraphe 4 est rédigée dans une langue qui n'est pas une langue officielle, une traduction certifiée conforme de ladite partie dans une langue officielle doit être jointe à l'accord.

4.2 Les pratiques réelles en matière de politique linguistique

Selon la politique linguistique élaborée par les autorités nationales, un choix de langues doit être employé par le gouvernement, selon la fonction destinée, la finalité d'un document et la clientèle cible. Conformément à ce principe, une exigence minimale pour le gouvernement a été mise au point: les documents officiels doivent être publiés simultanément dans au moins six langues : l'anglais, l'afrikaans, le tsonga, le venda et au moins une langue du groupe nguni (ndébélé, xhosa, zoulou et swati) et au moins une du groupe sotho (sépédi, sésotho et tswana). La langue du groupe nguni et du groupe sotho doit être choisie selon le principe de la rotation. La langue de communication au niveau international doit être l'anglais ou la langue préférée du pays concerné. Quant aux communications avec le public au moyen de la correspondance officielle, elles doivent être dans la langue demandée par le citoyen.

Malgré le fait que la Constitution interdise toute diminution du statut officiel et des droits linguistiques, l’usage tend de plus en plus à confirmer la pratique de l’unilinguisme anglais.

Dans la plupart des organismes et ministères du gouvernement national, le véhicule de communication est l’anglais, et la plupart des réunions de fonctionnaires se déroulent en anglais. Cette tendance est aussi visible dans les publications officielles. Les documents nationaux importants sont de plus en plus publiés en anglais seulement. Cela inclut les directives, les décrets présidentiels, les avis, les rapports ministériels, etc. Même les documents publiés dans le but d’obtenir des commentaires de la part du public en général tendent aussi à ne paraître qu’en anglais. Ce n'est pas un hasard, par exemple, si les billets de banque n'apparaissent qu'en anglais (''South African Reserve Bank'' - ''Fifty Rand'') dans un pays qui a onze langues officielles! Même le bilinguisme anglais-afrikaans a disparu!

La question des passeports peut aussi surprendre, car les deux langues utilisées ne sont pas l'anglais et l'afrikaans, mais l'anglais et... le français. En réalité, cette pratique est un héritage de l'époque où le français était considéré comme la langue de la diplomatie internationale. Par exemple, non seulement le Royaume-Uni a recours à cette pratique du bilinguisme (anglais et français) sur ses passeports, mais également les États-Unis (anglais, français et espagnol). De plus, en Afrique, l'arabe, le français et l'anglais sont perçus comme les trois langues internationales les plus importantes.

Le ministère des Arts, de la Culture, des Sciences et de la Technologie a promis que les services linguistiques seraient accrus de façon à répondre à une plus grande demande dans les langues officielles. Ce même ministère a annoncé également qu'il avait formé un comité destiné à élaborer un programme national en ce sens. Dans la plupart des services publics, l'unilinguisme anglais progresse, tant au niveau national que provincial.

Cette évolution défavorise les locuteurs de l'afrikaans, qui craignent que l’égalité reconnue entre l’afrikaans et l’anglais ne vienne à disparaître dans peu de temps, surtout que la classe moyenne noire tend à favoriser l’anglais. Pour cette classe, associée à l’establishment noir, la préférence pour l’anglais contribuerait éliminer les risques de division ethnique fondée sur la langue.

En 2000, le gouvernement sud-africain a préparé un projet pour rebaptiser plusieurs villes du pays avec des noms plus en rapport avec les «origines africaines»; par exemple, Pretoria devait ainsi s'appeler Tshwane. Il y a eu des centaines de dénominations géographiques qui ont été modifiées en même temps, ce qui a causé de nombreux problèmes de confusion par la suite.  Autrement dit, malgré l'appareil juridique ambitieux dont dispose l'Afrique du Sud, la politique linguistique réelle concernant la promotion des langues indigènes ne semble pas dépasser le stade des déclarations de principe ou des interventions symboliques.

4.3 L'emploi des langues dans les provinces

Province sud-africaine

Langues officielles

Cap-Occidental

afrikaans
anglais

xhosa

Kwazulu-Natal

afrikaans
anglais
zoulou

Cap-Oriental

afrikaans
anglais
xhosa

Nord-Ouest

afrikaans
anglais
tswana

Gauteng

afrikaans
anglais
zoulou
sésotho

Cap-Nord

afrikaans
tswana
xhosa

État libre

afrikaans
sésotho
xhosa

Mpumalanga

afrikaans
swati
zoulou
ndébélé

Limpopo

anglais
sépédi
tsonga
venda

Dans les provinces, l’emploi des langues officielles bantoues est courant dans les communications orales, mais ces langues demeurent très réduites dans les documents officiels écrits, l’anglais et/ou l’afrikaans restant très nettement des langues privilégiées. Étant donné que la Constitution ne précise pas quelles langues officielles doivent être employées dans une province, chacune d'elles a implicitement opté pour le statu quo, car toutes les administrations utilisaient déjà l'anglais et/ou l'afrikaans à l'époque de l'apartheid. Plus précisément, quatre provinces n'ont ajouté qu'une seule langue bantoue, mais les autres en ont choisi deux ou trois: le Gauteng (zoulou et sésotho), le Cap-Nord (tswana et xhosa), l'État libre (sésotho et xhosa), le Mpumalanga (swati, zoulou et ndébélé) et le Limpopo (sépédi, tsonga et venda). 

Dans les faits, si les administrations nationales appliquent plutôt aisément la politique linguistique de l'Afrique du Sud, la situation semble plus difficile dans les administrations provinciales. Nous avons que les provinces du Cap-Occidental et du Gauteng — les deux provinces les plus riches — mettent en œuvre la politique linguistique nationale avec une certaine efficacité. On peut donc imaginer la situation pour appliquer cette politique nationale du multilinguisme dans les provinces «pauvres», issues des anciens bantoustans. Dans les faits, l'anglais tend à dominer partout, y compris sur l'afrikaans. 

À l'exception de l'administration provinciale du Cap-Occidental, il est rare que les citoyens puissent recevoir des services dans leur langue maternelle, sauf s'il s'agit de l'anglais ou de l'afrikaans, les langues africaines étant toujours laissées pour compte. Dans la plupart des organismes et ministères des gouvernements provinciaux, tous les document sont généralement publiés en anglais, souvent en afrikaans, mais rarement dans l'une des neuf autres langues officielles.

Cette situation s'explique par le fait que les provinces les plus déshéritées, celles formées des anciens bantoustans et peuplées d’une population noire et pauvre, sont tout simplement dans l’incapacité de mettre en œuvre une quelconque politique linguistique. Elles n'ont pas de support technique ni administratif de la part du gouvernement national, encore moins de budget.

En réalité, toute politique linguistique doit être introduite progressivement, encore faut-il disposer des budgets nécessaires et du personnel compétent. Or, les contraintes budgétaires ainsi que la pénurie de professionnels de la langue (linguistes, terminologues, traducteurs, interprètes, etc.) entraînent non seulement des retards dans l'application de la politique linguistique nationale, mais la rendent généralement inopérante. Il est vrai que les véritables efforts doivent être consentis pour promouvoir les langues africaines, car l'anglais continue d'assurer sa  dominance, alors que l'afrikaans perd graduellement du terrain. Les neuf langues officielles africaines — le sépédi, le sésotho, le tswana, le swati, le venda, le tsonga, le ndébélé, le xhosa et le zoulou — traînent loin derrière.

4.4 Les langues et les administrations municipales

En principe, les municipalités sud-africaines sont soumises aux lois exigeant le bilinguisme, sinon le multilinguisme. L'article 6.3 de la Constitution est clair à ce sujet: «Les municipalités doivent prendre en considération l'usage d'une langue et les préférences de leurs citoyens.» De plus, la Loi sur les systèmes municipaux (2003) est venue préciser certaines mesures à appliquer dans une politique linguistique municipale :

Article 18

Communication des informations concernant la participation communautaire

1) Une municipalité doit communiquer à sa communauté les informations concernant :

(a) les mécanismes disponibles, les processus et les procédures pour encourager et faciliter la participation communautaire;
(b) les questions au sujet desquelles la participation communautaire est encouragée;
(c) les droits et les obligations des membres de la communauté locale; et
(d) la gouvernance, la gestion et le développement municipal.

2) Lors de la communication des informations visées au paragraphe 1, une municipalité doit tenir compte :

(a) des préférences linguistiques et de leur emploi dans la municipalité; et
(b) des besoins particuliers des personnes qui ne peuvent pas lire ni écrire.

Article 21

Informations à la communauté locale

1) Quand une information doit être annoncée par une municipalité au moyen  des médias à la communauté locale, conformément aux dispositions de la présente loi ou de toute autre loi applicable, elle doit doit être transmise :

(a) dans le journal ou les journaux de sa région;
(b) dans un journal ou les journaux qui circulent dans sa zone et choisis par le conseil municipal comme un journal de référence; ou
(c) au moyen d'émissions de radio couvrant la zone de la municipalité.

2) Toute annonce doit être faite dans les langues officielles choisies par le conseil municipal, en tenant compte des préférences linguistiques et de leur usage dans sa zone.

3) Une copie de chaque annonce, qui doit être publiée dans le Journal provincial ou dans les médias selon les termes de la présente loi ou de toute autre loi applicable, doit être affichée dans les bureaux municipaux.

Ainsi, c'est le conseil municipal de chaque ville qui doit choisir les langues officielles de la municipalité en tenant compte des préférences linguistiques des citoyens. Ce genre de disposition juridique implique des pratiques complexes dans un pays multilingue. Souvent, il existe une dizaines de langues bantoues dans une municipalité. Les villes unilingues n'existe pas, mais l'unilinguisme administratif est fréquent.

- Les éléments de la politique nationale

Selon les principes énumérés dans les lois, il faut tenir compte des débats et des travaux au conseil municipal, des services multilingues offerts à la population, de la connaissance des langues nécessaires pour les fonctionnaires, des besoins en traduction et en interprétariat, des campagnes de promotion et des besoins en formation du personnel, etc. La politique linguistique implique aussi que tous les avis officiels, les déclarations, les communiqués de presse, les tarifs, les règlements, les offres d'emploi, les annonces émises ou publiées par la municipalité doivent être disponibles dans toutes les langues officielles ou les langues parlées couramment dans les domaines sous la juridiction de la municipalité. Toute la correspondance interne avec le public, y compris les en-têtes de lettre, doit être effectuée dans la langue officielle de leur choix ou dans la langue dans laquelle la communication initiale a été reçue. Toute correspondance externe avec un individu de la municipalité devrait être effectuée dans la langue officielle de son choix ou dans la langue dans laquelle la communication initiale a été reçue. Cela signifie aussi que les panneaux d'identification, la signalisation routière et les enseignes des bureaux et des installations municipales doivent, le cas échéant, être dans les langues officielles parlées couramment. Enfin, il faudrait, outre l'argent, le nerf de la guerre, des mécanisme d'évaluation et de surveillance, voire des pénalités pour le non-respect des règlements municipaux en la matière.

- Les pratiques réelles

Si la plupart des provinces mettent en œuvre en partie la politique linguistique nationale, beaucoup de municipalités l'ignorent complètement plus du tiers et d'autres n'en pratiquent qu'une partie, notamment en éducation.  du Cap occidental de la langue, mais plus d'un tiers des municipalités sont complètement ignorant. Selon une enquête menée par le Comité linguistique de la province du Cap-Occidental, plus du tiers des municipalités de cette province ignorent complètement cette politique. La signalisation routière dans la plupart des municipalités se présente encore uniquement en anglais ou en afrikaans, et aucun des panneaux visuels ne semble disponible dans les langues officielles bantoues. Il est rare que les documents administratifs soient disponibles dans trois langues officielles. Souvent les services de police sont à la traîne dans les services et ne sont même pas bilingues; dans les postes de police, les citoyens ne peuvent pas toujours faire des réclamations dans leur propre langue, alors que les patients des hôpitaux ne peuvent pas communiquer dans leur langue.

Évidemment, il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres. Rares sont les municipalités qui adhèrent à certains aspects de cette politique linguistique du multilinguisme. Plusieurs municipalités font des efforts pour mettre en œuvre certains éléments de la politique linguistique nationale. De façon générale, il n'existe à peu près pas de municipalité, sauf pour la Ville de Cap Town au Cap-Occidental, qui ait même désigné du personnel pour mettre en œuvre une quelconque politique linguistique. Par exemple, la signalisation et les affiches dans les districts municipaux apparaît toujours uniquement en anglais ou en afrikaans et aucune des affiches intérieures ou extérieures n'est disponible dans les langues officielles de la province concernée. Le matériel de marketing de la plupart des municipalités n'est pas davantage disponible dans les langues officielles. Il est rare qu'un citoyen, dont la langue maternelle est africaine, puisse s'adresser dans sa langue dans les commissariats de police, les bureaux provinciaux ou les hôpitaux. Bien que de nombreux employés municipaux puissent aisément employer une langue bantoue à l'oral, beaucoup de municipalités ne respectent aucunement la politique linguistique nationale, faute de soutien, de moyens financiers, d'expertises, de traducteurs, etc.

Les faits démontrent que l'anglais gagne continuellement du terrain, tandis que l'afrikaans en perd et que les langues bantoues demeurent encore invisibles. Les difficultés résident dans le manque de moyens financiers et la situation linguistique complexe du pays. Aux contraintes budgétaires s'ajoutent une pénurie de professionnels de la langue, ainsi qu'une combinaison de facteurs appropriés favorisant les langues bantoues dans les milieux de travail, dans les établissements d'enseignement, y compris dans les universités. Autrement dit, les langues bantoues sont à l'écart des éléments importants dans la vie sociale, à l'exception des écoles primaires.

5 Les langues de l'éducation

Il faut constater encore de bien grands écarts, d'une part, entre les dispositions constitutionnelles et législatives, d'autre part, les pratiques effectives mises en œuvre dans les écoles. Néanmoins, certaines évolutions récentes témoignent qu’il existe de la part de l'État sud-africain une indéniable volonté de faire appliquer les dispositions de la Constitution en matière linguistique et notamment dans l'enseignement des langues. La politique linguistique en éducation doit en principe favoriser la communication et la compréhension entre les diverses communautés linguistiques. Pour ce faire, le gouvernement national a prévu un système d’éducation bilingue basé sur l’enseignement dans la langue maternelle tout en favorisant le multilinguisme individuel plutôt que de recourir exclusivement à une seule langue véhiculaire.

5.1 Le système scolaire sud-africain

L'éducation en Afrique du Sud est régie par deux ministères nationaux, le ministère de l'Éducation de base (DBE : department of Basic Education), qui est responsable des écoles primaires et secondaires, ainsi que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la formation (DHET : department of Higher Education and Training), qui est responsable de l'enseignement supérieur et professionnel entraînement. Avant 2009, ces deux ministères ("departments") étaient représentés dans un seul ministère de l'Éducation. Le ministère de l'Enseignement de base a juridiction sur les écoles publiques, les écoles privées (ou indépendantes), les centres de développement de la petite enfance (ECD : early childhood development centres) et les écoles ayant des besoins particuliers (special needs schools). Les écoles publiques et les écoles privées sont reconnues comme des écoles ordinaires qui représentent environ 97% des écoles en Afrique du Sud.

Les neuf provinces d'Afrique du Sud ont également leurs propres ministères ("departments") de l'éducation qui sont responsables de la mise en œuvre des politiques du ministère national ainsi que du traitement des questions locales. En 2010, le système d'éducation de base comprenait 12,6 millions d'élèves, 30 586 écoles et 439 394 enseignants. En 2009, le système de l'Enseignement supérieur et de formation comprenait 837 779 étudiants dans les institutions d'enseignement.

Le système scolaire de l’Afrique du Sud est organisé en trois grands niveaux scolaires :

1) Le General Education and Training (GET): le niveau préscolaire et primaire;
2) Le Further Education and Training (FET): le niveau secondaire;
3) Le Tertiary and Highter Education: le niveau tertiaire ou supérieur.

Le "general education" ou le "basic education system", c'est-à-dire l'enseignement général, se présente de la façon suivante, excluant l'enseignement tertiaire ou supérieur:

1) La Pre-school education : l'enseignement préscolaire, la maternelle désignée comme le "grade 0"; la langue d'enseignement est la langue maternelle en raison de 10 heures sur un total de 23 heures.. C'est la toute première année, constituant une «année de préparation» pour l’entrée au primaire; ce niveau commence à l’âge de 5 ans.

2) La Primary education : l'enseignement primaire; années ("grades") 1 à 7; durant les trois premières années du primaire (1 à 3), l’élève doit consacrer 7 à 8 heures à l'enseignement de sa langue maternelle et trois à quatre heures à une autre langue (officielle). En 4e et 5e année, ce sont six heures pour la langue maternelle et cinq pour l'autre langue.

3) La Secondary education : l'enseignement secondaire; années ("grades") 8 à 12. L'élève doit consacrer cinq heures de cours pour sa langue maternelle et quatre pour l'autre langue ou une répartition égale. De la 10e à la 12e année, deux autres langues doivent être choisies, l'une comme première langue, et l'autre au moins comme langue seconde. Au moins l'une de ces langues doit être une langue officielle.

À la fin du secondaire, la 12e année est appelée «année de la matric» ("matric year"), soit l'équivalent du bac. Les élèves qui terminent leur «matric» sont appelés familièrement «the matrics». Officiellement, le diplôme de la fin du secondaire est appelé "National Senior Certificate", c'est-à-dire le certificat de fins d'études secondaires, et il permet l’entrée à l’université. Selon les provinces et les établissements d'enseignement, il est possible de trouver d'autres «découpages» en la matière. Comme l’Afrique du Sud se trouve dans l’hémisphère sud, l’année scolaire commence en janvier et se termine en novembre.

5.2 Les obligations institutionnelles

Dans le domaine de l'éducation, l’article 29 de la Constitution reconnaît que toute personne a droit à un éducation de base ainsi qu’à un accès égal aux établissements d’enseignement, de recevoir son instruction dans la langue officielle de son choix dans le cas où cela est raisonnablement de le faire, de créer des établissements d’enseignement d’après une culture ou une religion communes, à la condition qu’il n’y ait pas de discrimination selon un critère de race. Il existe donc des écoles fondées sur la religion et/ou sur la langue. Voici, dans sa version anglaise originale (avec traduction française), cet article 29 de la Constitution portant sur l’éducation:

Article 29

1) Chacun a droit :

(a) à une éducation de base, incluant l'éducation adulte de base; et

(b) à une formation continue, pour laquelle l'État doit prendre des mesures raisonnables afin de la rendre progressivement disponible et accessible.

2) Chacun a droit à l’instruction dans la ou les langues officielles de son choix, dans les établissements d’enseignement publics où cet enseignement peut être raisonnablement pratiqué. Afin de permettre l’accès à ce droit ainsi que sa mise en œuvre , l’État doit examiner toutes les solutions alternatives raisonnables, dont les établissements à langue d’enseignement unique, en prenant en compte:

a. l’équité;
b. les possibilités de mise en œuvre et;
c. la nécessité de compenser les effets négatifs des lois et pratiques du passé, marquées par la discrimination raciale.

3) Chacun a le droit de créer et d'entretenir à ses frais des établissements d'enseignement indépendants qui :

(a) ne pratiquent pas de discrimination sur une base raciale;
(b) sont enregistrés par l'État; et
(c) maintiennent des standards qui ne sont pas inférieurs à ceux des établissements comparables dans le système public.

4) Le paragraphe 3 n'exclut pas les subventions de l'État pour les établissements d'enseignement indépendants.

Toutefois, ces dispositions ne s’appliquent intégralement qu’à la maternelle et au primaire. Les activités éducatives sont réglementées par les divers ministères d'éducation provinciaux, mais des exigences nationales sont néanmoins fixées dans la Loi sur la politique nationale en éducation (1996). 

Article 4

La politique prévue à l'article 3 doit être orientée comme suit:

a) La promotion et la protection des droits fondamentaux de tout individu garantis selon les termes du chapitre 3 de la Constitution et selon les termes des conventions internationales ratifiées par le Parlement et en particulier le droit:

(i) de chaque personne d'être protégée contre une discrimination injuste dans ou par un ministère de l'Éducation ou un établissement d'enseignement pour quelque motif que ce soit;

(ii) de chaque personne à une instruction de base et un accès égal à un établissement d'enseignement;

(iii) d'un parent ou d'un tuteur au respect de l'éducation de son enfant ou de son pupille;

(iv) de chaque enfant au respect de son instruction;

(v) de chaque élève de recevoir son instruction dans la langue de son choix là où c'est raisonnable de le faire;

(vi) de chaque personne de bénéficier des libertés de conscience, de religion, de pensée, de croyance, d'opinion, d'expression et d'association dans des établissements d'enseignement;

(vii) de chaque personne de fonder, là où c'est possible, des établissements d'enseignement basés sur une langue, une culture et une religion communes, en autant qu'il n'y subsiste aucune discrimination pour des motifs de race;

(viii) de chaque personne d'employer la langue de son choix et de participer à la vie culturelle dans un établissement d'enseignement;

b) Le système d'éducation est autorisé à contribuer au développement personnel complet de chaque élève et au développement moral, social, culturel, politique et économique de la nation en général, y compris la promotion de la démocratie, des droits de l'homme et de la résolution pacifique des conflits;

La Loi sur les écoles sud-africaines (1996) impose aussi des contraintes linguistiques, notamment au sujet de la non-discrimination:

Article 6

Politique linguistique des écoles publiques

1) Sous réserve de la Constitution et de la présente loi, le Ministre peut, par avis dans le Journal officiel, après consultation auprès du Conseil des ministres de l'Éducation, déterminer des normes et des standards pour la politique linguistique dans les écoles publiques.

2) La direction d'une école publique peut déterminer la politique linguistique de l'école sous réserve de la Constitution, de la présente loi et de toute loi provinciale applicable.

3) Aucune forme de discrimination raciale ne peut être pratiquée dans l'application de la politique déterminée en vertu du présent article.

4) La langue des signes reconnue a le statut d'une langue officielle pour les fins d'études dans toute école publique.

Article 6B

Non-discrimination à l'égard des langues officielles

La direction d'une école publique doit veiller à ce que:

(a) il n'y ait pas de discrimination injuste à l'égard de toutes les langues officielles qui sont offertes en option, sous réserve de l'article 21,1 (b); et

(b) la première langue supplémentaire et toute autre langue officielle offerte, comme il est prévu dans le programme, sont offertes au même niveau.

De plus, l'article 27 de la Loi sur l'enseignement supérieur (1997) oblige le conseil d'un établissement d'enseignement supérieur public à établir une politique linguistique  :

Article 27

Conseil d'un établissement d'enseignement supérieur public

1)
Le conseil d'un établissement d'enseignement supérieur public doit régir l'établissement d'enseignement supérieur public, sous réserve de la présente loi et du statut institutionnel.

2) Sous réserve de la politique définie par le Ministre, le conseil, avec l'assentiment du Sénat,
doit déterminer la politique linguistique d'un établissement d'enseignement supérieur public, la  publier et la rendre disponible sur demande.

5.3 La politique linguistique dans l'éducation

La nouvelle politique linguistique du gouvernement sud-africain est conçue comme une composante nécessaire de la stratégie de construction d'une nation non raciale dont elle fait partie intégrante. Elle vise à faciliter la communication par-delà les différences de couleur, de langue et de région tout en créant un environnement favorisant le respect des langues autres que sa propre langue. Afin de résumer les enjeux de la politique linguistique en éducation, il faut dire d'abord que celle-ci doit favoriser la communication et la compréhension intercommunautaires. Pour ce faire, le gouvernement national a prévu d’instaurer un système d’éducation bilingue basé sur l’enseignement dans la langue maternelle et de favoriser le multilinguisme individuel plutôt que de recourir exclusivement à une langue véhiculaire comme l'anglais ou l'afrikaans.

En Afrique du Sud, l'apprentissage des langues est sévèrement réglementée. La Politique linguistique en éducation (1997) prescrit des langues comme «langue d'enseignement» ou comme «matière», et ce, de la première année à la 12e: 

POLITIQUE : LES LANGUES COMME MATIÈRES

1. Tous les élèves doivent choisir au moins une langue reconnue comme matière à la 1re année et à le 2e année.

2. À partir de la 3e année, tous les élèves doivent choisir leur langue d'étude et d'enseignement et au moins une langue supplémentaire reconnue comme matière.

3. Toutes les matières linguistiques doivent recevoir des périodes et une allocation de ressources équitables.

4. Les exigences suivantes de promotion s'appliquent aux matières linguistiques :

1. De la 1re année à la 4e année, la promotion est fondée sur la connaissance d'une langue et des mathématiques.
2. À partir de la 5e année, une langue doit être choisie.
3. De la 10e à la 12e année, deux autres langues doivent être choisies, l'une comme première langue, et l'autre au moins comme langue seconde. Au moins l'une de ces langues doit être une langue officielle.

4. Sous réserve des normes et standards nationaux tel qu'il est déterminé par le ministre de l'Éducation, le niveau de réussite exigé pour la promotion sera déterminé par les ministères provinciaux de l'Éducation.

L'éducation doit tenir compte de la protection des droits individuels, notamment dans le choix de la langue d'enseignement, en fonction du libre choix de celle-ci:
 

PROTECTION DES DROITS INDIVIDUELS

1. Les parents exercent les droits linguistiques de l’élève mineur au nom de l’élève. Les élèves ayant atteint l’âge de la majorité, sont ci-après dénommés «élèves», concept qui englobe également le parent dans le cas d’élèves mineurs.

2. L’élève doit choisir sa langue d’enseignement au moment de l’inscription dans son établissement scolaire.

3. Lorsqu’un établissement utilise la langue d’apprentissage et d’enseignement choisie par l’élève et qu’il dispose d’une place dans la classe qu’il doit fréquenter, l’établissement doit admettre cet élève.

4. Dans le cas où aucune école d’un district scolaire donné ne propose la langue choisie par l’élève comme langue d’apprentissage et d’enseignement, celui-ci peut demander aux autorités éducatives provinciales de mettre en place un enseignement dans cette langue en application de l’article 5.3.2. Les autorités locales en éducation doivent adresser des exemplaires de cette demande à toutes les écoles situées dans le district en question.

Quant aux autorités scolaires de chaque province, elles doivent offrir un enseignement dans une langue donnée si au moins 40 élèves d’une classe dans les classes de la 1re à la 6e ou au moins 35 dans les classes de la 7e à la 12e année formulent la même demande dans une école:
 

DROITS ET OBLIGATIONS DES AUTORITÉS PROVINCIALES EN ÉDUCATION

1. Les autorités éducatives provinciales doivent tenir un registre des demandes des élèves portant sur une langue d’enseignement ne pouvant être proposée par les écoles.

2. Lors de l’ouverture d’une nouvelle école, l’organisme directeur de cette école définit, en accord avec les autorités provinciales compétentes, la politique linguistique de la nouvelle école conformément à la réglementation promulguée aux termes de l’article 6(1) de la Loi sur les écoles sud-africaines de 1996.

3. Il est raisonnablement réalisable d'offrir un enseignement dans une langue d’apprentissage et d’enseignement si au moins 40 élèves d’une classe dans les classes de la 1re à la 6e ou au moins 35 dans les classes de la 7e à la 12e année formulent la même demande dans une école.

4. Les autorités provinciales doivent trouver les moyens de répartir de façon optimale les ressources humaines très limitées. Elles doivent également trouver des solutions de rechange comportant la mise en place de programmes alternatifs de conservation des langues dans les écoles et/ou les districts scolaires confrontés à une pénurie et/ou proposer des langues d’enseignement supplémentaires choisies parmi la ou les langues maternelles des élèves.

Ainsi, le premier cycle du primaire prévoit des activités axées sur la lecture, l’écriture, le calcul et le développement des compétences linguistiques dans la langue maternelle: les élèves doivent aussi s’initier aux rudiments d’une langue seconde, ordinairement l’anglais ou l’afrikaans. Ces activités sont poursuivies tout au long du deuxième cycle en privilégiant la lecture et la compétence orale dans la langue maternelle et la langue seconde, en plus des mathématiques, de l’histoire, de la géographie, des sciences générale. D'après le Programme d'études de 2005 (Curriculum 2005), la langue privilégié au début du primaire est celle du foyer (''home language''), c'est-à-dire la langue maternelle, puis une «langue supplémentaire» (''additional language'') est introduite dès la troisième année, mais la «langue maternelle» doit continuer à être employée à côté de la «langue supplémentaire» pour aussi longtemps que possible. Lorsque des élèves entrent dans une école où la «langue des études et d'enseignement» (LOLT: Language of Learning and Teaching) n'est pas leur langue maternelle, les enseignants doivent assurer une aide spéciale et dispenser un apprentissage particulier de la «langue complémentaire» jusqu'au moment où l'élève est capable d'apprendre de façon efficace la langue des études et d'enseignement (LOLT).

Les parents ne sont pas obligés d’envoyer leurs enfants dans les écoles enseignant une langue bantoue, ils peuvent choisir une école dont la langue d’enseignement est uniquement l’anglais ou l’afrikaans. Malheureusement, il n’y a pas encore de statistiques disponibles sur cette répartition quant à la langue d’enseignement, mais on sait que les langues locales ne sont que fort peu enseignées... lorsqu'elles le sont.

Au secondaire, l’élève devra recevoir un enseignement où la langue du foyer sera progressivement réduite pour ne laisser la place qu’à l’anglais et/ou à l’afrikaans. Autrement dit, l’enfant est en principe alphabétisé dans sa langue pour passer graduellement vers les langues officielles nationales, l’anglais et l’afrikaans. D’ailleurs, pour s’inscrire dans une université sud-africaine, les élèves doivent réussir un examen d’admission prouvant leur connaissance de l’une ou l’autre des deux langues secondes nationales, car les cours à ce niveau se donnent uniquement en anglais et/ou en afrikaans, selon l’université choisie.

5.4 Les difficultés reliées au multilinguisme

Il n'est certes pas facile de gérer un système d'éducation avec onze langues officielles. C'est là un défi que peu de pays seraient capable de relever. Selon les dispositions de la politique linguistique officielle en éducation, la langue maternelle de l'élève est considérée comme la "home language" (ou «langue du foyer»), alors que la langue d'apprentissage est une «langue supplémentaire» ("additional language"). Un enfant doit apprendre sa langue maternelle ainsi que deux langues supplémentaires. Or, en dépit de l'engagement du gouvernement en faveur du multilinguisme et de la promotion des droits linguistiques dans toutes les sphères de la vie publique, le domaine de l' éducation ne reflète pas totalement l'idéologie du multilinguisme prônée par la politique linguistique officielle. De sérieuses difficultés subsistent et entravent les objectifs de la politique du multilinguisme.

- Les inégalités sociales

Il existe en effet de grandes inégalités dans le système d'éducation en Afrique du Sud. Les écoles publiques imposent toutes des frais scolaires obligatoires; il existe même des écoles publiques avec des frais élevés pour les plus riches et des écoles avec des frais peu élevés pour les plus pauvres. Dans certaines écoles, les frais de scolarité peuvent atteindre annuellement plus de 7000 € (7900 $US), alors que d'autres exigent un peu plus de 1000 € (1025 $US). À l'université, les frais de scolarité atteignent au moins les 4000 € (4500 $US), sinon beaucoup plus. En fait, plus les parents peuvent payer pour envoyer leurs enfants à l'école, plus ces derniers recevront une éducation de qualité. De plus, les familles doivent aussi payer pour le transport, pour les uniformes, pour le matériel et les manuels scolaires.

Les anciennes écoles défavorisées (noires) ou favorisées (blanches) sont demeurées les mêmes après des décennies. Certaines écoles installées dans des milieux défavorisés n'ont pas les mêmes pouvoirs d'attraction que les écoles plus favorisées. Il existe toujours un fossé entre les écoles de qualité et les écoles défavorisées. Ces dysfonctionnements sont le résultat de la politique d'apartheid qui pèse encore lourdement dans le système d'éducation. Ainsi, seulement 57 % des étudiants noirs réussissent leur "matric" (diplôme de fins d'études secondaires), alors que le taux de réussite des étudiants blancs atteint les 99 %. Des études ont démontré que les élèves noirs scolarisés dans les anciennes écoles blanches (avec des frais plus élevés) obtiennent plus de succès que ceux qui étudient dans les anciennes écoles noires (avec des frais moins élevés). La réussite scolaire est donc intimement liée aux régions géographiques et au partage des régions entre les Blancs et les Noirs. En somme, non seulement les frais reliés aux études constituent une barrière importante dans l'instruction de qualité pour les enfants en Afrique du Sud, mais les inégalités raciales demeurent toujours très présentes deux décennies après la mise en place d'un régime démocratique. L'héritage du système de l’apartheid caractérisée par la répartition géographique des différents groupes d'appartenance raciale pèse encore sur la réussite scolaire.

- Les manuels et les grammaires

Dans les faits, rien ne semble avoir été entrepris pour doter les langues bantoues de manuels scolaires et de grammaires nécessaires à l'enseignement d'une langue d'enseignement, ni au primaire ni au secondaire. La plupart des manuels ne sont disponibles qu’en anglais et non dans les langues africaines pourtant largement prédominantes dans les anciens homelands. Les langues sont trop nombreuses et les subventions ne suivent pas. Par voie de conséquence, les langues bantoues ne sont à peu près jamais enseignées, sauf de façon sporadique. Force est de constater que les écoles «riches», le plus souvent «blanches», sont généralement bien dotées et disposent d'enseignants bien formés; elles demeurent les principales bénéficiaires de la réforme scolaires, alors que les écoles mal dotées et sous-équipées perpétuent l'ancien système scolaire colonial au détriment des langues africaines. C'est dans ces écoles noires qu'on manque de personnel qualifié, de manuels scolaires adaptés, d'équipements et de locaux adéquats, avec des classes surpeuplées.

- Les enseignants

En raison de l'urgence de la situation pour appliquer la politique linguistique en éducation, le gouvernement national a pensé mettre en œuvre des moyens permettant de former plus rapidement les enseignants. On a choisi le «modèle en cascade» (''the Cascade model''). Celui-ci consiste à fournir un corps de 20 fonctionnaires, appelés mastertrainers («formateurs experts»), dans chaque province et spécialement formés pour faire connaître le programme scolaire auprès des enseignants représentatifs de leurs écoles. Ces mêmes enseignants auront pour tâche de former à leur tour les autres enseignants dans les écoles:

These mastertrainers would then cascade the information to classroom practitioners and other educators in their respective districts. This training model, commonly referred to as the Cascade model became the primary means of preparing the majority of educators for C2005 implementation. Ces formateurs experts «cascaderont» ensuite l'information aux praticiens des salles de classe et à d'autres éducateurs dans leurs districts respectifs. Ce modèle de formation, généralement mentionné comme le modèle en cascade est devenu un moyen essentiel afin de préparer la majorité des éducateurs pour la mise en œuvre du Curriculum 2005.

Ce moyen destiné à former rapidement les enseignants présente des inconvénients importants. Non seulement les périodes de formation sont de courte durée, mais les formateurs ne maîtrisent pas toujours le cadre conceptuel destiné à transmettre aux enseignants de la base. Par voie de conséquence, il se produit inévitablement une «perte d’information» préjudiciable au bon fonctionnement du système d'éducation. Bref, la situation présentée dans le Report of Review Committee on Curriculum 2005 laisse croire qu'il n'existerait que des obstacles dans la mise en œuvre de la politique nationale, celle-ci étant destinée à monde idéal qui n'existe pas.

Soulignons aussi que la grande diversité des situations dans les provinces fait en sorte que l’interprétation du programme national en éducation (le Curriculum 2005) varie considérablement d’une province à l'autre, sinon d'un enseignant à l’autre, et que la préparation des enseignants semble largement insuffisante dans la mesure où elle laisse paraître un clivage entre Africains et Blancs. À l'exception des provinces du Cap-Occidental et du Gauteng, le personnel administratif n'est pas assez nombreux, ce qui fait que la gestion du Curriculum 2005 n’apparaît pas comme une préoccupation primordiale dans les provinces.

- La concurrence linguistique

Les langues d'enseignement dans les écoles sont majoritairement l'anglais et l'afrikaans. Dans une enquête de 1998 sur des écoles des neuf provinces, aucune n'enseignait une langue bantoue comme discipline. Pourtant, l'enquête de 1998 laissait déjà entendre que les deux tiers des Sud-Africains souhaitaient un enseignement de la langue maternelle pour leurs enfants, alors que seulement 12 % des parents optaient pour un enseignement uniquement en anglais. Dans les faits, l'anglais et l'afrikaans représentent à eux seuls 94 % des langues d’enseignement, tandis que le zoulou, la première langue sud-africaine en importance numérique, ne représente que 6 %. Bref, bien que les parents se soient prononcés en faveur de l’utilisation du zoulou comme langue d’enseignement, les pratiques réelles montrent qu'ils préfèrent scolariser leurs enfants dans les écoles anglophones. C'est là l'une des grandes contradictions du système d'éducation en Afrique du Sud. En effet, ce système prétend être multilingue, mais beaucoup d'établissements d'enseignement ignorent totalement les langues africaines des élèves.

Une autre contradiction provient du fait que la majorité des parents préfère expressément que leurs enfants reçoivent leur instruction en anglais, alors que la plupart des enseignants ont été insuffisamment préparés pour enseigner l'anglais. On peut même affirmer que la discrimination continue en Afrique du Sud, mais de façon plus subtile: ceux qui s'instruisent en anglais sont considérablement avantagés par rapport à ceux qui reçoivent un enseignement dans leur langue maternelle africaine. Par exemple, les élèves n'ayant pas l'anglais ou l'afrikaans comme langue maternelle sont défavorisés lors de la compréhension de certaines matières parce que les livres et les manuels ne sont distribués qu'en anglais ou en afrikaans. Les répercussions de ces difficultés linguistiques sont visibles dans les résultats scolaires. Les élèves réussissent moins bien à l'école en fonction de la langue d'enseignement offert par l''école. Le choix de la langue d'instruction dans les écoles entraîne généralement des coûts différents. Ainsi, les écoles où les langues africaines (bantoues) sont employées comme moyen d'enseignement n'ont pas nécessairement ni les mêmes ressources ni les mêmes expertises en raison des injustices sociales et des politiques ségrégationnistes du passé. C'est pourquoi il est rare que des Sud-Africains noirs réclament des droits linguistiques particuliers en matière d'éducation.

La problématique des langues africaines dans l'enseignement demeure une question extrêmement litigieuse en Afrique du Sud dans la mesure où ce sont les parents qui désirent que leurs enfants apprennent l'anglais plutôt que leur propre langue maternelle. Il est possible de proposer certaines explications.

De façon générale, les parents désirent assurer une réussite sociale et financière pour leurs enfants parce qu'ils croient que seul l'anglais peut atteindre cet objectif; ils sont aussi convaincus que le marché du travail exige avant tout la seule connaissance de l'anglais. De plus, ce n'est pas un hasard si les écoles qui utilisent des langues africaines dans l'enseignement ne disposent jamais des mêmes ressources humaines, matérielles et financières. Il est actuellement impossible de faire des études complètes dans une langue africaine, que ce soit au secondaire ou dans les universités où c'est carrément impensable. Enfin, de façon réaliste, les écoles sud-africaines ne peuvent pas disposer de l'infrastructure ni des ressources financières et humaines, encore moins développer la motivation nécessaire pour accommoder plusieurs langues. Le problème, c'est qu'une politique linguistique qui garantit aux parents l'accès à la «langue du pouvoir» pour leurs enfants devrait simultanément être capable d'assurer aussi la valorisation et le développement des autres langues dans une société prétendument multilingue.

Cela étant dit, la province du Cap-Occidental a élaboré une nouvelle approche concernant la mise en œuvre d'un programme destiné à instaurer un enseignement dans la langue maternelle de l'élève durant sept années, ainsi que l’apprentissage d'une troisième langue. Dans cette province, tous les élèves des écoles primaires doivent en principe apprendre les trois langues officielles de la province: l’afrikaans, l’anglais et le xhosa. Plus précisément, l'école doit enseigner d'abord la «langue du foyer» (''home language''), puis la «première langue complémentaire» (''first additional language'') et ensuite la «seconde langue complémentaire» (''second additional language'').

5.4 L'enseignement universitaire

En principe, l’enseignement supérieur en Afrique du Sud est considéré comme le meilleur de tout le continent africain. Avec plus de 900 000 étudiants dans le pays, les établissements d'enseignement supérieurs sont reconnus dans le monde entier. L’Afrique du Sud compte 23 établissements publics d’enseignement supérieur. On distingue les onze universités dites «d’État», les six "Universities of technology" (ou Technikons) et les six universités polyvalentes. Début 2012, on dénombrait également 115 institutions privées d’enseignement supérieur. Les universités sont des organismes indépendants régis par la Loi sur l'enseignement supérieur (1997).

Les universités offrent un enseignement du premier au troisième cycle dans des domaines variés tels la technologie de l’information, la médecine, la gestion administrative, les sciences humaines et sociales, le droit, l'agriculture, le génie civile, l'architecture, les sciences naturelles, etc. Les "technikons" sont des établissements techniques, appelés "Universities of Technology", qui en trois années d’études, sanctionnées par un «diplôme national», préparent à une insertion dans la vie professionnelle dans le secteur technologiques ou celui du commerce. Près de vingt ans après la fin de l’apartheid, un rapport du Conseil sud africain de l’enseignement supérieur dresse un tableau plutôt sombre sur ce sujet. En effet, l’échec des étudiants noirs demeure très important en raison du poids des problèmes sociaux et de la discrimination. Seuls 5 % des étudiants noirs réussissent leur programme dans l’enseignement supérieur, contre 50 % pour les Blancs.

Normalement, les langues d'enseignement doivent être l'anglais et l'afrikaans. Toutefois, l'afrikaans étant de plus en plus contesté, l'anglais est en voie de devenir l'unique langue d'enseignement dans la plupart des établissements supérieurs. On peut donc dire que, en Afrique du Sud, les études supérieures se font en anglais dans un environnement multiculturel.

6 L'affichage

Dans la vie économique, la langue anglaise domine le paysage sud-africain. Les édifices publics du gouvernement national portent des inscriptions généralement bilingues (anglais-afrikaans). La pratique du bilinguisme s'étend aussi à la signalisation routière et parfois aux termes génériques des odonymes (noms de rues). Par contre, la grande majorité des toponymes, peut-être 80 %, sont dans une langue bantoue.

Pour ce qui est des municipalités, elles ont en principe le droit de se déclarer unilingues (anglais ou afrikaans) ou bilingues (anglais + afrikaans; anglais ou afrikaans + langue locale) ou trilingues (anglais + afrikaans + langue locale); ce choix dépend de la composition linguistique des habitants. Selon qu'une municipalité est unilingue, bilingue ou trilingue, les inscriptions odonymiques sont en anglais et en une langue bantoue ou en  anglais, en afrikaans et en une langue bantoue, mais les pratiques en ce domaine ne sont pas encore vraiment bien établies.

L'affichage commercial et la publicité ne sont pas réglementés, mais les pratiques sont peu diversifiées en ce domaine. De façon générale, le bilinguisme est peu répandu, car les commerçants préfèrent utiliser la langue de leur choix: l'anglais ou l'afrikaans. Dans les provinces, c'est le régime du bilinguisme (anglais + langue locale ou afrikaans + langue locale) ou du trilinguisme qui prévaut (anglais + afrikaans + langue locale). Ainsi, dans la province du Cap-Oriental, c'est l'anglais et le xhosa, dans le Kwazulu-Natal, c'est l'anglais et le zoulou, mais, ailleurs, les langues officielles peuvent être l'anglais, l'afrikaans et le tswana (province du Nord-Ouest), ou encore l'anglais, l'afrikaans et le wenda (province du Nord), etc. Dans le domaine de l'affichage, il ne faut pas s'attendre à des pratiques très systématisées au sein des provinces. De toute façon, l'affichage public et commercial est moins courant que chez les Blancs. Par exemple, il arrive que les plaques de rue soient tout simplement inexistantes. La publicité, lorsqu'elle existe, est le plus souvent en anglais (plus rarement en afrikaans).

7 Les médias

Un pays de 50 millions d'habitants et comptant onze langues officielles se révèle complexe pour offrir des médias écrits et électronique à tous ses citoyens.

7.1 Les journaux

On estime que plus de 5000 journaux, revues et périodiques de toutes sortes sont publiés régulièrement; presque tous utilisent la technologie et l'équipement le plus moderne. Le Sunday Times, un journal quotidien de langue anglaise, est publié à plus de 365 000 exemplaires. Il est l'un des journaux les plus en circulation en Afrique du Sud et paraît comme l'un des plus influents journaux du pays. Suit le Daily Su, avec une diffusion de 287 000 exemplaire. Voici les journaux les plus importants en Afrique du Sud et diffusés à plus de 100 000 exemplaires:

Journal Éditeur Langue Nombre d'exemplaires en 2013
Sunday Times Times Media Group anglais 368 974
Daily Sun Media24 anglais 287 222
Rapport Media24 afrikaans 192 293
Sunday Sun Media24 anglais 170 843
Sunday World Times Media Group anglais 123 515
City Press Media24 anglais 119 959
Isolezwe INMSA zoulou 110 753
Ilanga Independent zoulou 107 102

On constate que cinq journaux sont publiés en anglais, un seul en afrikaans et deux en zoulou.

Les autres journaux publiés en anglais sont les suivants:

Sunday Sun, Sunday World, City Press, The Sowetan, The Star, Sunday Tribune, The Saturday Star, The Times, The Citizen, Independent on Saturday, Mail & Guardian, Johannesburg Times, Cape Times, Sunday Independent, Cape Argus, Daily News, The Mercury, The Citizen, Business Day, Daily Dispatch, The Herald,
Weekend Post, Saturday Dispatch, The Witness, Laudium Sun, Pretoria News, Pretoria News, Townpress News, Diamond Fields Advertiser
, etc.

En afrikaans: Die Son, Die Burger, Beeld, Son op Sondag, Sondag, Volksblad, etc.

Plusieurs journaux sont publiés en zoulou (Isolezwe, Ilanga, Ilanga Langesonto, Ethekwini Times, Umlazi Times, etc.) et deux en xhosa, le Matimu News et le Isolomzi Express (bilingue anglais-xhosa). Quelques autres journaux sont bilingues, l'anglais avec l'afrikaans ou avec le zoulou.

7.2 Les médias électroniques

La South African Broadcasting Corporation (SABC) est responsable de la radiotélévision de service public en Afrique du Sud. Bien que entièrement détenue par l'État, la société est financièrement indépendante de celui-ci et tire ses revenus de la publicité et des droits de licence. Il existe des diffuseurs de service public, des entreprises commerciales privées et des stations communautaires. La Loi sur la radiodiffusion (1999) oblige la société d'État, la SABC, à offrir des émissions dans les onze langues officielles:

Article 3

Système de radiodiffusion sud-africaine

6) Une gamme de programmes
dans les langues officielles de la République doit être étendue à tous les Sud-Africains lorsque les circonstances le permettent.

Article 10

Service public

1) Le service public fourni par la Corporation doit :

(a) rendre les services disponibles aux Sud-Africains dans toutes les langues officielles;

(b) refléter à la fois l'unité et la diversité culturelles ainsi que la nature multilingue de l'Afrique du Sud et l'ensemble de ses cultures et de ses régions à divers publics;

(b) s'efforcer d'être de haute qualité dans toutes les langues desservies;

Article 30

Objectifs

1) Les services de radiodiffusion commerciale lorsqu'ils sont considérés collectivement:

(a) doivent dans leur ensemble offrir une gamme diversifiée de programmes portant sur une grande partie de la population sud-africaine;

(b) doivent présenter dans leur ensemble une programmation dans toutes les langues officielles de l'Afrique du Sud;

(c) peuvent offrir des programmes dans d'autres langues que les langues officielles d'Afrique du Sud, si les autorités sont convaincues que ces services peuvent être commercialement viables;

En réalité, non seulement les onze langues officielles d'Afrique du Sud obtiennent du temps d'antenne, mais également l'allemand, l'hindi, le portugais et les langues khoïsanes comme le san, le khoekhoe et le korana.  

- La radio

L'Afrique du Sud compte plus de 360 stations de radios publiques, commerciales et communautaires. La société d'État, la South African Broadcasting Corporation (SABC), diffuse des émissions en onze langues au moyen des stations suivantes:

Lotus FM = anglais
Radio Sonder Grense = afrikaans
SAfm = anglais
Lesedi FM = sésotho
Umhlobo Wenene = xhosa
Ukhozi FM = zoulou
Ligwalagwala= swati
Motsweding = tswana
Thobela FM = sépédi
Phalaphala FM = venda
Ikwekwezi FM = ndébélé
Munghana Lonene = tsonga

Il existe aussi plus de 165 stations de radio communautaire sans but lucratif, qui atteignent 8,5 millions d'auditeurs par semaine. Évidemment, le nombre des auditeurs peut varier énormément d'un station à l'autre, passant par exemple de 2000 à plus de 400 000 en fonction des langues employées. Les stations les plus populaires sont celles qui diffusent en zoulou, en xhosa ou en sésotho.

Quant aux stations commerciales, elles diffusent toutes en anglais et parfois aussi dans une autre langues: Jacaranda FM; East Coast Radio; Gagasi 99.5FM (+ zoulou); Yfm; 5FM; 94.7 Highveld Stereo; Kaya FM; Good Hope FM; Algoa FM; Talk Radio 702; 567 Cape Talk; Classic FM; Kfm; Radio 2000; OFM (+ afrikaans), etc.

- La télévision

L'Afrique du Sid dispose d'un vaste réseau de télévision publique et privée. La South African Broadcasting Corporation (SABC) offre trois chaînes, dont une commerciale (SABC 3). Les chaînes publiques, la SABC 1 et la SABC 2, diffusent surtout en anglais et en afrikaans. Les émissions en zoulou, en xhosa, etc., sont généralement des émissions éducatives destinées aux enfants. Toutes les chaînes diffusent en anglais et plusieurs en afrikaans:

Rang Chaîne Groupe de diffusion Langues Diffusion mensuelle (2013)
1 SABC 1 South African Broadcasting Corporation anglais, zoulou, xhosa, swati, ndébélé 85 %
2 SABC 2 South African Broadcasting Corporation anglais, afrikaans, venda, tsonga 84 %
3 ETV Hosken Consolidated Investments anglais 81 %
4 SABC 3 South African Broadcasting Corporation anglais et afrikaans 76 %
5 Soweto TV télévision communautaire anglais 20 %
6 M-Net Action M-Net  (Electronic Media Network) anglais et afrikaans, portugais et allemand 19 %
7 Studio Universal Universal Networks International anglais, espagnol, portugais, italien 18 %
8 Mzansi Magic DStv (Digital Satellite Television) anglais, afrikaans, zoulou, tswana, xhosa, sésotho, venda 17 %
9 Channel O M-Net (Electronic Media Network) anglais 16 %
10 Mzanzi Wethu DStv (Digital Satellite Television) anglais et langues bantoues en sous-titres 15 %
11

ASTV

Afrikaanse Satelliet Televisie afrikaans -
12

SABC News

South African Broadcasting Corporation anglais, swahili, français, portugais, chinyanja, lozi -

Le service international de la SABC, SABC News, offre des émissions multilingues relatives aux actualités sur le continent africain, avec des nouvelles, de la musique et des informations sur les sports. Associé au Channel Africa, SABC News couvre toute l'Afrique australe en anglais, en swahili, en français, en portugais, en chinyanja et en lozi (deux langues bantoues). La télévision par satellite peut donner accès à des émissions en anglais, en arabe, en portugais, en allemand, en hindi, en français (TV5), etc.

Il ne faut pas se leurrer, l'anglais domine largement le paysage linguistique sud-africain et les politiques linguistiques de multilinguisme ne peuvent empêcher la visibilité réduite des langues bantoues (dans les provinces). En réalité, les onze langues officielles ne le sont pas au même degré. Elles n’ont pas toutes la même force ni le même pouvoir d’attraction. Aucune langue bantoue ne peut rivaliser avec l’une ou l’autre des deux «langues blanches», surtout en ce qui concerne l’anglais qui a nettement pris la tête du peloton des langues en Afrique du Sud. Les langues bantoues de ce pays ne seront jamais officielles au même titre que l’anglais ou l’afrikaans, le pouvoir d’attraction de l’anglais étant décidément trop fort pour ces trop nombreuses langues. Autrement dit, la politique de multilinguisme stratégique ne pourra jamais se transformer en multilinguisme égalitaire dans la pratique, et ce, peu importe ce qu’on peut lire dans les textes juridiques. Il y a une explication relativement simple: il est illusoire de rendre égales les neuf langues africaines, alors que leurs bases démographiques diffèrent totalement.

En Afrique du Sud, le multilinguisme relativement théorique s’avère quand même un bon choix au plan politique dans la mesure où il a été guidé par les impératifs de la situation démolinguistique. En effet, les populations bantoues ne connaissent que fort peu l'anglais ou l’afrikaans dans les différentes régions. Le gouvernement sud-africain a, dans la Constitution, reconnu les faits, mais il ne pourra jamais empêcher les populations locales de valoriser l’anglais aux dépens de leur propre langue.

La politique du multilinguisme stratégique demeure une façon efficace d’obtenir la paix à un coût social relativement faible, ce qui ne change en rien la marginalisation des langues de la majorité de la population noire. Quoi qu’il en soit, cette politique demeure éminemment préférable à l’unilinguisme officiel ou à la dévalorisation. Le problème, c’est que la politique linguistique égalitaire reconnue dans les textes juridiques ne concorde pas avec la pratique sur le terrain, ni avec les données démolinguistiques. En ce sens, les langues officielles «noires» (bantoues) risquent, à long terme, de devenir des «langues de décoration» destinées à assurer seulement l’identité collective des populations noires. C'est le résultat du choix de la politique linguistique des années 1990.

Les politiciens sud-africains ont abouti à l'objectif contraire à celui souhaité, qui était alors de sauvegarder les langues locales. En évitant de choisir une seule langue africaine, ils se sont trouvés ainsi à privilégier l'anglais... que ces mêmes politiciens maîtrisaient déjà. Cependant, le degré d’intelligibilité mutuelle entre les langues permettrait d'élaborer de nouvelles stratégies plus réalistes. C’était la base des propositions de Jacob Nhlapo dans les années 1940 et reprises par Neville Alexander en 1992. Une ou deux langues, par exemple le xhosa et le zoulou, seraient davantage en mesure de tenir tête à l'anglais, par exemple, que neuf langues concurrentes qui dispersent leurs forces.

Il est vrai que la question ne semble guère préoccuper les partis politiques en Afrique du Sud. En réalité, deux groupes sont davantage préoccupés des questions linguistiques en Afrique du Sud. D'une part, les Blancs parlant l'afrikaans, qui voient le nombre de leurs locuteurs diminuer progressivement au profit de la communauté indienne et de l'expansion de la langue anglaise, d'autre part, certaines leaders zoulous craignent de voir l'importance de leurs communautés diminuer au sein des groupes ethniques sud-africains. Pourtant, le zoulou témoigne d'une expansion continue et s’impose de plus en plus comme langue véhiculaire dans toute la province du Gauteng.

De plus, le gouvernement national semble partager la perception que l’anglais, la langue des affaires et de l’éducation, est la clé de l’avenir dans une perspective mondialiste. Si tel est le cas, la politique de multilinguisme stratégique risque à long terme de se transformer en une politique unitariste, jacobine et même impérialiste. Ce n'est pas un hasard si la classe politique noire affiche une nette préférence pour l’anglais dans la mesure où cette langue pourrait contribuer à éliminer, d'une part, les risques de division ethnique que comporte toute politique basée sur la langue, d'autre part, le rempart identitaire ethnique transmis par le régime colonial et l’apartheid. Il y a loin de la coupe aux lèvres lorsqu'il s'agit de proclamer le multilinguisme afin d'éviter la marginalisation des langues africaines. Néanmoins, la promotion de «l’unité dans la diversité» sud-africaine constitue avant tout une volonté politique qui a pour objectif la reconstruction de la cohésion nationale. C'est un objectif fort honorable, mais difficile à réaliser, dans la mesure où le choix de la «biodiversité linguistique» s'opère au prix de complications infinies, rendant difficilement gérable le quotidien administratif.

Dernière mise à jour: 13 juin 2016

Afrique du Sud


1)
Généralités : situation politique et données démolinguistiques
 
2) Données historiques

3) Dispositions constitutionnelles (1996)

 

4) Politique linguistique

 

5) Bibliographie

 
Constitution de 1996


Afrique