Afrique du Sud

(1) Situation géographique
(2) Régime politique
(3) Données démolinguistiques


 


Capitales: 
 
Le Cap (politique) 
  Pretoria (administrative)
Population:
45 millions (2005)
Langues officielles fédérales:
anglais et afrikaans (national)
Langues officielles provinciales:
ndébélé, sotho (du Nord), sesotho (sotho du Sud), swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et zoulou
Groupe majoritaire:
aucun
Groupes minoritaires:
 zoulou (22,9 %), xhosa (16,5 %), sotho du Nord (9,4 %), sotho du Sud (7,7 %), afrikaans (6,7 %), tswana (6,5 %), tsonga (4,4 %), portugais (3,4 %), anglais (3,4 %), swati (2,5 %), tamoul (2,3 %), venda (2,2 %), ndébélé (1,4 %), etc.
Langues coloniales:
anglais et afrikaans
Système politique:
république fédéralisée
Articles constitutionnels (langue):
art. 6, 29, 30, 31 et 35 de la Constitution du 4 décembre 1996
Lois linguistiques:
Livre blanc sur l’éducation de 1994; proclamation no R-102 du 3 juin 1994; proclamation no R-151 du 31 octobre 1994; Educators Employment Act de 199
4;
Loi sur la politique nationale en éducation (1996); Loi sur les écoles sud-africaines (1996); Loi sur le Grand Conseil sud-africain des langues (Pan South African Language Board Act of 1995); Politique linguistique en éducation (1997); Loi sur la promotion de la justice administrative (2000); Loi sur la promotion sur l'accès à l'information (2000); Politique linguistique cadre pour l'enseignement supérieur en Afrique du Sud (2001); Règlements du tribunal constitutionnel (2003).

1 Situation géographique 

La république d’Afrique du Sud (dénomination officielle) est le pays le plus méridional de l'Afrique australe. Ce grand pays de 1,2 million de kilomètres carrés (équivalant au Tchad, au Niger, à l'Angola, au Mali et à l'Éthiopie) est limité au nord par la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et le Swaziland; à l’est, l’Afrique du Sud est baignée par l’océan Indien, à l’ouest, par l’océan Atlantique (voir la carte no 1).

À l’intérieur du pays, le Lesotho n'est pas une province d'Afrique du Sud: c'est un État indépendant formant une petite enclave de 30 355 km² dans le centre-est du pays.

Carte de l'Afrique du Sud

1 Régime politique

L'Afrique du Sud constitue une fédération de neuf provinces: Gauteng, Limpopo (ex-Province du Nord), Mpumalanga, Nord-Ouest, État libre (ex-Orange), Kwazulu-Natal, Cap-Est, Cap-Nord et Cap-Ouest (ou Cap-Occidental). Voici les dénominations en anglais, en afrikaans et en français:

Population Anglais Afrikaans Français
10,6 % Western Cape Wes-Kaap Cap-Occidental
7,7 % Kwazulu-Natal Kwazulu-Natal Kwazulu-Natal
13,9 % Eastern Cape Oost-Kaap Cap-Oriental
30,5 % Northern Cape   Noord-Kaap Cap-Nord
10,6 % Free State (Orange) Oranje Vrystaat État libre (d'Orange)
8,7 % Northwest Province Noordwes Transvaal Province du Nord-Ouest
1,4 % Gauteng   Gauteng Gauteng
6,3 % Mpumalanga Mpumalanga  Mpumalanga 
10,3 % Limpopo Limpopo Limpopo

Dans cette fédération, chaque province possède sa propre législature unicamérale, et d'un conseil exécutif présidé par un premier ministre appelé "premier" (en anglais). Les provinces sont dotées d'une certaines autonomie pour administrer leurs affaires locales et internes. Cependant, l'autonomie dont disposent ces neuf provinces est plus limitée qu'au Canada, aux États-Unis ou en Allemagne. Le pouvoir exécutif est détenu par le président de la République (élu par le Parlement fédéral), qui est à la fois le chef de l'État et le chef du gouvernement. Le Parlement d’Afrique du Sud est composé de deux chambres : une chambre basse, appelée Assemblée nationale (National Assembly), et une chambre haute, le Conseil national des provinces (en anglais : National Council of Provinces: NCOP). Les 400 membres de l'Assemblée nationale sont élus par scrutin proportionnel de liste, la moitié au niveau national, les autres dans le cadre des neuf provinces. Leur nombre dépend du poids démographique de chaque province. Le mandat des députés est de cinq ans. e NCOP est composé de 90 membres (dix par province) représentant les neuf provinces.

L’Afrique du Sud a trois capitales :

  - Cape Town, la capitale législative et le siège du Parlement;
  - Pretoria, la capitale administrative;
  - Bloemfontein, la capitale judiciaire et le siège de la Cour suprême (Supreme Court of Appeal).

Jusqu’en 1994, l’Afrique du Sud était divisée en quatre provinces (Le Cap, Natal, État libre d’Orange et Transvaal) et dix bantoustans auxquels était rattachée arbitrairement la population noire. La Constitution provisoire, adoptée en avril 1994 et instaurant une Afrique du Sud multiraciale et un régime politique transitoire pour cinq ans, a découpé le pays en neuf provinces.

Les bantoustans (appelés en anglais Homelands) tels que le Transkei, le Bophuthatswana, le Venda, le Ciskei, etc., auxquels avait été accordée une certaine autonomie sous le régime de l’apartheid, ont été dissous et leurs territoires intégrés aux nouvelles provinces. De quatre provinces, l'Afrique du Sud est passée à neuf (voir la carte d'avant 1994 et ses bantoustans). La région nord appelée auparavant Transvaal est devenue en 1994 le Northern Transvaal. L'année suivante, le Northern Transvaal changea de nom pour Province du Nord, ce qui faisait disparaître une dénomination liée à l'histoire des Afrikaners. Puis, en 2002, la province du Nord est devenu le Limpopo, du nom du fleuve. En même temps, l'ANC en a profité pour changer le nom de toutes les villes de la province ayant un nom trop afrikaner. Plusieurs noms de fleuves et de rivières ont aussi changé de nom.

3 Données démolinguistiques

Ce pays de 45 millions d’habitants (2005), la première puissance économique du continent africain, compte 31 millions 68,8 %) de Noirs (''Black African''), cinq millions (11,1 %) de Blancs (''White''), trois millions (6,6 %) de Métis (''Coloured'') et un million (2,2 %) d'Indiens (ou Asiatiques). On distingue habituellement dans la population noire quatre groupes ethniques principaux. Quant à la population blanche, elle est issue à 60 % des descendants de colons hollandais, alors que pour les autres 40 % elle est majoritairement d’origine britannique. L’Afrique du Sud est donc constituée d'une population fort complexe.

3.1 Les groupes ethniques

Les groupes ethniques numériquement les plus importants sont les Zoulous, les Xhosa, les Pedi (ou Sothos du Nord), les Sothos du Sud, les Métis du Cap («Cape Coloured»), les Tswana, les Tsonga, les Afrikaners, les Portugais, les Britanniques, les Swazi, les Tamouls, les Venda, les Pondo, les Ndébélés, les Tembu, etc. Cependant, les Zoulous (22,9 %), les Xhosa (16,5 %), les Sothos du Nord (9,4 %), les Sothos du Sud (7,7 %), les Sothos de l'Est (0,3 %) ainsi que tous les Tswana (7,8 %) rassemblent 64,6 % de toute la population sud-africaine.

Parmi les Blancs, les Afrikaners (ou Boers), ces descendants des colons néerlandais, représentent une proportion de 60 % des Blancs, les autres étant surtout d'origine britannique, mais aussi portugaise, néerlandaise, française ou allemande.

Il faut ajouter aussi 8,6 % de Métis ou Coloured («Colorés») – issus des Bochimans et des Hottentots avec des colons européens – et 2,6 % d’Asiatiques (les Indiens), descendants pour la plupart d'immigrants tamouls et chinois. Les Coloured sont les descendants des anciens esclaves malais, malgaches ou indonésiens que les Boers avaient fait venir dans l'ancienne province du Cap. Parmi les populations immigrantes plus récentes, mentionnons les Juifs, les Indo-Mauriciens, les Tsiganes, les Arabes et les Zanzibarais (ou Swahilis de l'île de Zanzibar).

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Zoulous zoulou langue bantoue 9 980 000 22,9 %
Xhosa xhosa langue bantoue 7 196 000 16,5 %
Pedi (Sothos du Nord) sotho du Nord langue bantoue 4 085 000 9,4 %
Sothos du Sud sotho du Sud langue bantoue 3 350 000 7,7 %
Métis du Cap (Cape Coloured) afrikaans langue germanique 2 931 500 6,7 %
Tswana «détribalisés» tswana langue bantoue 2 822 000 6,5 %
Tsonga tsonga langue bantoue 1 935 000 4,4 %
Afrikaners afrikaans langue germanique 1 813 000 4,1 %
Portugais portugais langue romane 1 500 000 3,4 %
Britanniques anglais langue germanique 1 480 000 3,4 %
Swazi swati langue bantoue 1 100 000 2,5 %
Tamouls («Indiens») tamoul langue dravidienne 1 028 000 2,3 %
Venda venda langue bantoue    980 000 2,2 %
Pondo xhosa langue bantoue    649 000 1,4 %
Ndébélés du Sud ndébélé langue bantoue    640 000 1,4 %
Tembu xhosa langue bantoue    590 000 1,3 %
Tswana tswana langue bantoue    590 000 1,3 %
Créoles métis oorlams créole (afrikaans)    275 000 0,6 %
Sothos de l'Est sotho du Nord langue bantoue    157 000 0,3 %
Juifs anglais langue germanique     85 000 0,2 %
Nama nama langue khoïsane    47 000 0,1 %
Allemands allemand langue germanique    45 000 0,1 %
Indo-Mauriciens mauricien créole (français)    39 000 0,0 %
Hollandais néerlandais langue germanique    30 000 0,0 %
Tswa tswana langue bantoue    20 000 0,0 %
Shona shona langue bantoue    18 000 0,0 %
Chinois han chinois mandarin langue sino-tibétaine    10 000 0,0 %
Tsiganes anglo-romani langue germanique     7 900 0,0 %
Arabes arabe langue sémitique     5 000 0,0 %
Nama Gimsbok nama langue khoïsane     3 900 0,0 %
Zanzibarais (Swahili) swahili langue bantoue     2 000 0,0 %
Ronga ronga langue bantoue     1 000 0,0 %
Nghuki nu langue khoïsane       400 0,0 %
Nusan xoo langue khoïsane      200 0,0 %
Xegwi xegwi langue khoïsane      200 0,0 %
Xam xam langue khoïsane      100 0,0 %
Griqua xiri langue khoïsane        80 0,0 %
Korana korana langue khoïsane        50 0,0 %
 Total de 43 416 437

La coexistence entre les différents groupes d’Afrique du Sud a toujours été une source de conflits, d’une part, entre colons blancs et populations noires, d’autre part, entre groupes noirs (notamment les Zoulous et les Xhosa), puis entre colons britanniques et afrikaners. De plus, comme on le sait, la société sud-africaine a été profondément marquée par la politique «de développement séparé», l'apartheid, entrée officiellement en vigueur dès 1911 avec la Loi sur les mines et les chantiers (Mines and Works Act), qui réservait les emplois spécialisés aux Blancs. 

Puis en 1913 est venue la Loi sur la propriété foncière indigène (Native Lands Act). Les Noirs, bien que largement majoritaires, ont dû vivre seulement sur 7 % du territoire. En 1936, la Loi sur la représentation des indigènes (Representation of Natives Act) priva la population métisse du Cap du droit de vote qu’elle détenait sur la même base que les Européens, et établit une liste électorale séparée pour les Métis: les Métis de l’Union devaient élire quatre sénateurs, ceux du Cap trois députés, etc., obligatoirement d'origine européenne.  La ségrégation a été systématisée après 1948 avec la création de bantoustans ou Homelands. Même si les bantoustans — Transkei, Bophuthatswana, Venda, Ciskei, etc. — ont été démantelés en 1990 et leurs territoires réintégrés à l'Afrique du Sud, la répartition de la population sud-africaine reflète encore cette ségrégation spatio-raciale. En effet, les Noirs vivent majoritairement dans les anciens bantoustans et dans les townships, les ghettos urbains des grandes métropoles. Les Blancs habitent encore les régions riches et à proximité des grands centres d'affaires, et n’ont pas perdu leurs richesses.

3.2 Les langues d'Afrique du Sud

Dans la Constitution de l'Afrique du Sud, le nom des langues s'écrit parfois avec une orthographe très particulière, une orthographe qui n'est utilisée que par l'Afrique du Sud (AS). Dans toutes les autres instances gouvernementales ou non gouvernementales, c'est une orthographe plus simple qui est employée. C'est aussi l'orthographe simplifiée ou standardisée (française) qui sera utilisée dans le cadre de cet article.

Orthographe AS Sepedi Sesotho Setswana siSwati Tshivenda Xitsonga Afrikkaans English isiNdebele isiXhosa isiZulu
Orthographe standardisée sepedi
(sotho du Nord)
sotho
(sotho du Sud)
tswana swati venda songa afrikaans anglais ndébélé xhosa zoulou

En consultant le tableau ci-dessous, on constate que les plus anglophones du pays sont les Indiens (93,8 %); ils sont suivis de loin par les Blancs (39,3 %). Les locuteurs de l'afrikaans sont d'abord les Métis (79,5 %) et les Blancs (59,1 %). La langue sud-africaine la plus parlée est le zoulou qui représente 23,8 % de la population totale, mais 30,1 % des Noirs. On trouve ensuite le xhosa (22,3 %), le sepedi ou sotho du Nord (11,9 %), le tswana (10,3 %) et le sesotho ou sotho du Sud (10,0 %).
 

Langue Noir
(''Black African'')
Métis
(''Coloured)
Indiens ou Asiatiques
(''Indian'' ou ''Asian'')
Blancs
(''White'')
Total
(2003)
Afrikaans   0,7 % 79,5 %   1,7 % 59,1 % 13,3 %
Anglais   0,5 % 18,9 % 93,8 % 39,3 %   8,2 %
Ndébélé   2,0 %   0,0 %   0,3 %   0,1 %   1,6 %
Xhosa 22,3 %   0,3 %   0,1 %   0,1 % 17,6 %
Zoulou 30,1 %   0,3 %   0,2 %   0,1 % 23,8 %
Sepedi 11,9 %   0,1 %   0,0 %   0,0 %   9,4 %
Sotho du Sud 10,0 %   0,2 %   0,0 %   0,0 %   7,9 %
Tswana 10,3 %   0,4 %   0,0 %   0,1 %   8,2 %
Swati   3,4 %   0,1 %   0,0 %   0,0 %   2,7 %
Venda   2,9 %   0,0 %   0,0 %   0,0 %   2,3 %
Songa   5,6 %   0,0 %   0,0 %   0,0 %   4,4 %
Autres   0,3 %   0,2 %   3,8 %   1,1 %   0,5 %
Total 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 %
  35,4 millions 3,9 millions 1,1 million 4,2 millions 44,8 %

Langues parlées à la maison par groupe de population - Recensement de 2001 (Statistics South Africa 2003)

L’Afrique du Sud compte plus de 35 langues. Pour un pays d’Afrique de 45 millions d’habitants, cet effectif n’apparaît pas très considérable, mais le nombre de locuteurs de chacune des langues s’avère dans plusieurs cas important et atteint plusieurs millions, notamment pour le zoulou (9,9 milions), le xhosa (7,1 millions) et le sotho (7,3 millions).

Les principales langues sont généralement des langues bantoues (sauf pour l'afrikaans (au sud-est), le portugais, l'anglais et le tamoul) : le zoulou (22,9 %), le xhosa (16,5 %), le sotho du Nord ou sepedi (9,4 %), le tswana (7,8 %), le sotho du Sud (7,7 %), l’afrikaans (6,7 %), le tsonga (4,4 %), le portugais (3,4 %), l'anglais (3,4 %), le swati (2,5 %), le tamoul (2,3 %), le venda (2,2 %), le ndébélé (1,4 %) et d'autres langues.

À ces langues bantoues, il convient d'ajouter les langues germaniques (afrikaans, anglais, allemand, néerlandais et anglo-romani), une langue romane comme le portugais, une langue dravidienne comme le tamoul, une langue sino-tibétaine comme le chinois, une langue sémitique comme l'arabe, quelques petites langues khoïsanes comme le nu, le xoo, le xegwi, le xam, le xiri et le korana. Mentionnons aussi deux créoles: l'oorlams (à base d'afrikaans) et le mauricien (à base de français).

En Afrique du Sud, la plupart des langues bantoues se répartissent en deux grands groupes:

1) le groupe nguni, comprenant le zoulou, le xhosa, le ndébélé et le swati:
2) le groupe sotho, constitué du sesotho, du sepedi (ou sotho du Nord) et du tswana.

Près de la moitié de la population parle une langue nguni comme langue maternelle, alors que près du quart parle une langue sotho. Ces deux groupes présentent une grande intelligibilité mutuelle. En moyenne, les Sud-Africains comprennent aisément cinq ou six langues, dont l’anglais et l’afrikaans. À l’exception du xhosa, toutes les langues sud-africaines sont aussi parlées dans des pays voisins (Namibie, Botswana, Zimbabwe, Mozambique, Lesotho, Swaziland).

Les principales langues par province sont les suivantes (2001):

Province Langue majoritaire/importante Première langue minoritaire Seconde langue minoritaire
Cap-Oriental xhosa (83 %) afrikaans (9 %) -
État libre sesotho (64 %) afrikaans (12 %) -
Gauteng zoulou (21 %) afrikaans (14 %) sesotho (13 %)
Kwazulu-Natal zoulou (81 %) anglais (13 %) -
Limpopo sepedi (52 %) songa (22 %) venda (16 %)
Mpumalanga swati (31 %) zoulou (26 %) ndébélé (12 %)
Cap-Nord afrikaans (68 %) tswana (21 %) -
Nord-Ouest tswana (65 %) afrikaans (7 %) -
Cap-Occidental afrikaans (55 %) anglais (19 %) xhosa (23 %)

De plus, dans les zones urbaines, notamment dans les ''townships'' du Gauteng, il existe des interactions se caractérisant par des phénomènes de code-switching ou de changement et/ou de mélanges des langues. Ainsi, de nouvelles formes langagières sont apparues comme le tsotsitaal (< tsotsi: «voyou»; < Taal: «langue» en afrikaans) basé sur l’afrikaans et le sotho. Si le terme tsotsitaal a longtemps été perçu avec une connotation négative auprès des Blancs et des Noirs sud-africains, il a acquis aujourd'hui un sens plus général et désigne la langue parlée par la jeunesse progressiste noire et urbaine, notamment dans la région de Soweto.

En fait, on parle souvent du scamto pour décrire ces langues mixtes. Les appellations les plus connues sont le tsotsitaal, le flaaitaal, l'isicamtho, le stsotsi sjita, le spantsula, le lingo, etc. Tous ces parlers sont issus du contact entre différentes langues sud-africaines: zoulou, sotho du Nord, sotho du Sud, xhosa, swati, tswana, venda, ndébélé, tsonga, ainsi que l'anglais et l'afrikaans. Il s'agit de parlers mixtes qui reflètent le contexte multilingue des townships noirs en Afrique du Sud. Aujourd'hui, Soweto est un melting pot des cultures sud-africaines et où il s'est développé des sub-cultures, notamment chez les jeunes. Cependant, dans les zones linguistiquement homogènes, la plupart des citadins emploient une langue véhiculaire stable, généralement une langue africaine. Autrement dit, l'Afrique du Sud n'est pas ce qu'on pourrait appeler à proprement parler un «pays anglophone», même si l'anglais sert de véhicule dans les communications à l'échelle nationale.

3.3 Les langues officielles

La Constitution de 1996 reconnaît onze langues officielles, dont deux langues «blanches» (anglais et afrikaans) et neuf langues «noires» de type bantou: le ndébélé, le sotho (ou sepedi), le sesotho (sotho du Sud), le swazi, le tsonga, le tswana, le venda, le xhosa et le zoulou. On peut consulter les cartes linguistiques de chacune des langues officielles en cliquant ICI, s.v.p.

L'afrikaans (13,3 % de la population) connaît trois grandes variétés: l'afrikaans du Cap-Oriental (Eastern Cape Afrikaans ou Oosgrensafrikaans) équivalant à l'afrikaans standard, l'afrikaans du Cap (Cape Afrikaans ou Kaapse Afrikaans) et l'afrikaans du fleuve Orange (Orange River Afrikaans ou Oranjerivierafrikaans). L'afrikaans est parlé dans les provinces du Cap-Nord, du Cap-Occidental et du Cap-Oriental. Mais l'afrikaans perd continuellement du terrain au profit de l'anglais. C'est pourquoi les Afrikaners sont décidés à se battre pour assurer la survie de leur langue en utilisant les dispositions constitutionnelles concernant le multilinguisme. Pour ce faire, ils ont  constitué une commission, le Vrydaggroep (en anglais ''Friday Group'') couvrant l'ensemble de la communauté afrikaanophone, qui cherche des solutions pur l'avenir de l'afrikaans. 

L'anglais est parlé à la maison par 10 % des foyers sud-africains, dont l'un n'est pas blanc, mais par 8,2 % des Sud-Africains. Les Indiens ou Asiatiques sont en grande partie anglophones, bien que beaucoup conservent aussi leur langue d'origine. Il existe aussi un groupe significatif de Chinois également anglophones qui conservent leur langue d'origine. L'anglais sud-africain constitue une variété d'anglais unique avec de fortes influences de l'afrikaans et des langues sud-africaines. On distingue l'anglais standard, l'anglais sud-africain des Noirs (Black South African English ou BSAE), l'anglo-indien (Indian English), l'anglais des Métis (Coloured English), l'anglo-afrikaans (Afrikaans English). L'aire linguistique de l'anglais est surtout circonscrit dans la province du Kwazulu-Natal. Cependant, l'anglais est la langue véhiculaire des villes, du commerce et des banques, du gouvernement national, des panneaux routiers et de la plupart des documents officiels. C'est la seule langue de toute l'Afrique du Sud qui gagne de plus en lus de nouveaux locuteurs.

Le zoulou (IsiZulu) est la langue du plus grand groupe ethnique de l'Afrique du Sud (23,8 %). C'est donc la langue sud-africaine la plus largement comprise. Principalement concentrée dans la province du Kwazulu-natal, elle présente plusieurs variétés dialectales: le zoulou du Kwazulu central (Central KwaZulu variety), le zoulou côtier du Kwazulu (KwaZulu Coast variety), le zoulou côtier du Natal (Natal Coast variety), le zoulou côtier du Bas-Natal (Lower Natal Coast variety), le zoulou du Natal du Sud-Ouest (South West Natal variety), le zoulou du Natal septentrional (Northern Natal variety), le zoulou de la frontière du Swati du Nord (Northern-Swati Border variety), le zoulou de la frontière du Cap-Natal oriental (Natal-Eastern Cape Border variety) et plusieurs autres variétés urbaines. Le zoulou est particulièrement surtout parlé dans la province du Kwazulu-Natal, mais également dans l'État libre et la province du Mpumalanga.

Le xhosa (IsiXhosa) est l'une des quatre langues du groupe nguni, parlée par 17,6 % de la population. La variété la plus distinctive est le mpondo (ou isiMpondo ou isiNdrondroza), qui est, entre autres, la langue maternelle de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela. Les autres variétés sont principalement le thembu, le bomvana, le mpondimise, le rharhabe, le gcaleka, le xesibe, le bhaca, le cele, le hlubi, le ntlangwini, le ngqika et le mfengu. Les variétés xhosa sont parlées dans la province du Cap-Oriental, mais aussi dans les provinces limitrophes  du Kwazulu-Natal, du Cap-Nord et de l'État libre.

Le ndébélé (IsiNdebele) n'est parlé que par 1,6 % de la population sud-africaine. Mais ses variétés, le manala et le ndzundza, sont concentrées dans la province du Gauteng ainsi que dans la province du Mpumalanga, principalement les villes de Mokopane, Polokwane, Pretoria, Bronkhorstspruit, Middelburg, Witbank, Delmas, Standerton, Marble Hall, Groblersdal, Hendrina, Belfast et Bethal.

Le sotho du Nord (Sepedi ou Northern Sotho) est l'une des trois langues sotho du pays et il est parlé par 9,4 % de la population. Cette langue est surtout employée dans les provinces du Limpopo et du Mpumalanga. Le sepedi est fragmenté en plusieurs variétés: le sepedu du Centre-Sud (South Central), le sepedi central (Central), le sepedi du Nord-Ouest (North Western), le sepedi du Nord-Est (North Eastern), le sepedi oriental (East), le sepedi du Centre-Est (East Central).

Le sotho du Sud (Sesotho ou Southern Sotho) est la langue de 7,9 % des Sud-Africains. Parlé dans l'État libre, le sesotho présente quelques variétés dialectales dont le sekgolokwe, le setlokwa, le sekwena et le serotse (selozi).

Le tswana (Setswana) est employé par 8,2 % des Sud-Africains, principalement dans la province du Nord-Ouest, mais également dans les provinces du Cap-Nord, du Limpopo, du Gautend et dans l'État libre.  Le tswana est fragmenté en quelques variétés dont le sekgalagadi du Botswana et le shilozi de la Namibie et de la Zambie.

Le swati (SiSwati) est la langue maternelle de 2,7 % des Sud-Africains, surtout dans la province du Mpumalanga. Les variétés dialectales sont le thithiza et le yeyeza.

Le venda (Tshivenda) est considéré comme un isolat linguistique dans la famille bantoue. Parlé par 2,3 % de la population, surtout dans la province du Nord, le venda est fragmenté en de nombreuses variétés dialectales: le tshiilafuri (Western Venda), le tshimanda (Central Venda), le venda standard (Venda Proper), le tshimbedzi (Eastern Venda), le tshilembethu (North-Easter Venda), le venda de l'Extrême-Est (Extreme Eastern Venda), le tshironga (Southern Venda) et le venda du Sud-Est (South-Eastern Venda).

 Le songa (Xitsonga) est la langue des Tsonga (4,4 %) de la province du Limpopo, notamment à l'est des villes de Limpopo et Mumalanga dans des aires linguistiques près du Mozambique, ainsi qu'au sud de ce pays et dans le sud-est du Zimbabwe. Les variétés dialectales sont les suvantes: luleke (Xiluleke), gwamba (Gwapa), changana, hlave, kande, n'walungu (Shingwalungu), xonga, jonga (Dzonga), nkuma, songa standard et nhlanganu (Shihlanganu).

Les langues officielles par province

Province sud-africaine

Population 2006
(en millions)

Langues officielles

Pourcentage en 2006
de la population locale

Western Cape
(Cap-Occidental)

4,7 M

afrikaans
anglais
xhosa

55,3 %
19,3 %
23,7 %

Kwazulu-Natal
(Kwazulu-Natal)

9,9 M

zoulou
anglais
afrikaans

80,9 %
13,6 %
1,5 %

Eastern Cape
(Cap-Oriental)

6,9 M

xhosa
afrikaans
anglais

82,6 %
9,6 %
4,2 %

Northern Cape
(Cap-Nord)

1,0 M

afrikaans
tswana
xhosa

68,0 %
20,8 %
6,2 %

Free State
(État libre)

2,9 M

sesotho (sotho du Sud)
afrikaans
xhosa

64,4 %
11,9 %
9,1 %

North-West
(Province du Nord-Ouest)

3,4 M

tswana
afrikaans
anglais

59,0 %
8,8 %
6,3 %

Gauteng

9,5 M

afrikaans
zoulou
sesotho
anglais

14,4 %
21,5 %
13,1 %
12,5 %

Mpumalanga

3,5 M

swati
zoulou
ndébélé
afrikaans

30,8 %
26,4 %
12,1 %
6,2 %

Limpopo

5,6 M

sepedi (sotho du Nord)
songa
venda

anglais

52,1 %
22,4 %
15,9 %
9,6 %

Source: SOUTH AFRICAN GOVERNMENT. «The Nine New Provinces» dans Yearbook 2006, Pretoria.

Évidemment, en dépit des garanties constitutionnelles, deux langues «blanches» se sont affirmées davantage: l'anglais et l'afrikaans. D'une part, l'anglais a été valorisé parce qu'il était une langue économiquement très compétitive dans un contexte de mondialisation; d'autre part, l'afrikaans bénéficiait du plus grand réseau de «partisans» et de locuteurs à son maintien, parce qu'il était la langue la plus connue de l'ancienne élite administrative et politique. L'anglais et l'afrikaans demeurent encore les deux langues de prestige en éducation. Près du tiers des non-anglophones pratiquent l'anglais comme langue seconde, alors que cette proportion est d'environ 15 % pour les non-afrikaanophones.

Au plan local, les Sud-Africains parlent leurs langues bantoues, mais il n'utilisent que l'afrikaans ou l'anglais comme langue véhiculaire, et uniquement l'anglais à l'échelle nationale. La plupart des Sud-Africains croient que la connaissance de l'anglais leur permettra d'optimiser leurs chances de réussite dans la vie. C'est pourquoi l'anglais est devenu avec les années la plus grande langue véhiculaire du pays, déclassant l'afrikaans dans tout le pays.   

On peut résumer la situation relative à la distribution géographique des langues de la façon suivante:

1) l’importance numérique du zoulou (23,8 %) et du xhosa (17,6 %), chacune constituant la langue maternelle de près d’un quart de la population sud-africaine;
2) l’existence de plusieurs langues africaines très minoritaires: ndebele, swati, venda, tsonga, etc.
3) la concentration géographique de toutes les langues, sauf pour l'anglais qui est caractérisé par la dispersion;
4) la concentration géographique de l'afrikaans dans les deux provinces du Cap-Occidental et du Cap-Oriental, alors que les afrikaanophones sont surtout des Métis (''Coloured'').

Cela étant dit, la population sud-africaine révèle un ensemble démolinguistique extrêmement complexe qu'il est forcément difficile de gérer. En effet, il ne peut être aisé d'assurer, par exemple, que toutes les langues soient représentées équitablement dans les activités quotidiennes des neuf gouvernements provinciaux ainsi qu'en éducation? Une façon de contourner le problème a été de  laisser chaque province identifier lesquelles des langues seraient officielles pour une province particulière.

Dernière mise à jour: 18 mai 2012

Afrique du Sud


1) Situation géographique et données démolinguistiques
 
2) Données historiques

3) Dispositions constitutionnelles (1996)

 

4) Politique linguistique

 

5) Bibliographie

 
Constitution de 1996


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