République de Madagascar

Madagascar

République de Madagascar
Repoblikan'i Madagasikara

Capitale: Antananarivo (Tananarive)
Population: 21 millions (est. 2011)
Langues officielles:
malagasy ou malgache  (de jure) et français (de jure)
Groupe majoritaire: malgache (92 %)
Groupes minoritaires: 18 variétés malgaches (merina, betsileo, betsimisaraka, sakalava, etc.), français, comorien, ourdou, chinois cantonnais, créole mauricien, etc.
Langue coloniale: français
Système politique: république démocratique
Articles constitutionnels (langue): art. 4 de la Constitution de 2010.
Lois linguistiques:
Ordonnance n° 60-146 du 3 octobre 1960 relative au régime foncier de l'immatriculation (1960); Code de procédure civile (1962); Code de procédure pénale (1962); Arrêté n° 2963 du 26 décembre 1962 fixant les jours et heures d'audience des cours et des tribunaux (1962); Décret n° 93-302 portant réorganisation de l'Académie malgache et abrogeant le décret n° 69-024 du 16 janvier 1969 (1993); Arrêté no 08 AN/P portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale (1993); Décret n° 98-945 portant Code de déontologie médicale (1998); Décret n° 99-716 du 8 septembre 1999 sur le registre du commerce et des société (1999); Arrêté n° 15823/2001-MINESEB portant organisation du Brevet d'études du premier cycle de l'enseignement secondaire (BEPC) et du concours d'entrée en classe de seconde des établissements publics d'enseignement général (2002); Décret n° 2004-780 du 3 août 2004 portant Code de déontologie des infirmiers (2004); Loi n° 2004-004 portant orientation générale du système d'éducation, d'enseignement et de formation à Madagascar (2004); Loi n° 2005-006 portant politique culturelle nationale pour un développement socio-économique (2005); Décret n° 2005-851 portant création de l'Institut de formation professionnelle des avocats de Madagascar (2005); Décret n° 2006-015 du 17 janvier 2006 portant organisation générale de l'administration pénitentiaire (2006); Loi n° 2007-026 portant statut du notariat à Madagascar (2007); Arrêté n° 8482/2008 portant habilitation de journaux à publier des annonces légales et fixant les normes de publication (2008); Décret n° 2010-381 fixant les attributions du ministre de la Culture et du Patrimoine ainsi que l'organisation générale de son ministère (2010); Arrêté interministériel n° 28540/2011 fixant les modalités d'application du décret n° 2010-1008 du 14 décembre 2010 portant conditionnement et étiquetage des produits du tabac en vente à Madagascar (2011); Arrêté n° 1075/2012 fixant les indications obligatoires pour l'étiquetage des produits et denrées alimentaires préemballées (2012); Décret n° 2012-1008 portant politique malgache du livre (2012); Arrêté n° 14631 portant charte du "kabary" et des "mpikabary" (2013).

1 Situation géographique

Madagascar est un État constitué par une grande île de l'océan Indien que le canal de Mozambique sépare de l'Afrique (distant de 400 km environ). C’est la quatrième plus grande île du monde après le Groenland, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Bornéo. Longue de 1580 km et large de 580 km, Madagascar couvre une superficie de 590 000 km² (voir la carte de la région). Le pays est entouré par d'autres îles et archipels dont l'île Maurice, les Seychelles, les Comores et l’île de La Réunion. La république de Madagascar a été membre de la Francophonie entre mars 1970 et décembre 1977, puis à nouveau membre depuis décembre 1989.

Le pays est divisé administrativement en six faritany («provinces»), qui s'articulent autour des villes qui portent le même nom que la province: (1) Antananarivo ou Tananarive, (2) Antsiranana ou Diégo-Suarez,  (3) Fianarantsoa, (4) Mahajanga ou Majunga, (5) Toamasina ou Tamatave et (6) Toliara ou Tuléar. Les provinces autonomes sont des «collectivités publiques dotées de la personnalité juridique ainsi que de l’autonomie administrative et financière». Les provinces sont organisées en collectivités territoriales décentralisées et comprennent des régions et des communes dotées chacune d’une assemblée délibérante et d’un organisme exécutif.

La ville d’Antananarivo est la capitale avec plus de 1,2 million d'habitants (voir la carte détaillée du pays). Toamasina, Mahajanga, Toliary, Antsiranana, Fianarantsoa forment les autres «villes de province», avec moins de 200 000 habitants chacune. La république de Madagascar porte le nom officiel de Repoblikan'i Madagasikara.

2 Données démolinguistiques

Malgré la proximité géographique des côtes africaines à 400 km de Madagascar, les habitants du pays ne se reconnaissent pas comme des Africains. Depuis vingt siècles, Madagascar a été façonnée par des peuples afro-asiatiques venant d'horizons divers: Afrique, Sud-Est asiatique (Indonésie), Proche-Orient, Inde, Europe, etc., pour créer la société pluriculturelle malgache. Le peuplement de l’île s’est donc effectué à partir d’un brassage de populations par vagues successives d’immigrants indonésiens, malais, arabes et africains, ce qui a donné une langue unique avec plusieurs dialectes possédant une morphosyntaxe originale et un lexique riche d’apports étrangers. Ce pays de 21 millions d’habitants (est. 2011) compte plusieurs communautés ethniques:

1) la communauté malgache d’origine afro-asiatique représentant 92 % de la population, comprenant elle-même 18 ethnies et parlant des langues austronésiennes;

2) la communauté comorienne (0,3 %) qui se fond totalement dans la société malgache;

3) la communauté européenne (1 %), à grande majorité française (99 %), formée par des coopérants techniques et de plus en plus d'hommes d'affaires et d'investisseurs, un total de 123 500 personnes;

4) la communauté indienne (0,2 %) d'origine pakistanaise, immigrée à la fin du siècle dernier;

5) la communauté chinoise (0,1 %) d'origine cantonaise qui est surtout installée dans les villes et sur la côte où elle s'occupe du commerce de détail.

2.1 La communauté malgache

La communauté malgache est composée «officiellement» de 18 ethnies principales, chacune parlant sa variété linguistique de malgache: merina, betsileo, betsimisaraka, sakalava, etc.  On peut visualiser la carte des groupes ethno-linguistiques:  

1) Merina : «ceux des hauteurs»; d’origine asiatique (indonésienne) assez marquée, ils résident au centre de l’île.

2) Betsileo : «ceux qui sont invincibles»; ils vivent dans la région de Fianarantsoa (centre-est) et sont d’excellents riziculteurs et artisans du bois.

3) Betsimisaraka : «ceux qui ne se séparent pas»; tribu la plus importante vivant le long de la côte est, ils cultivent le café, la girofle et la canne à sucre.

4) Sakalava : «ceux des longues vallées»; ils occupent un territoire très vaste sur toute la côte ouest, du nord jusqu'à Tuléar (à l’ouest).

5) Antaisaka : «ceux qui viennent des Sakalava».

6) Antandroy : «ceux des épines», ils vivent à l’extrémité sud de l’île.

7) Mahafaly : «ceux qui rendent heureux», voisins des Antodroys, ce sont des sculpteurs.

8) Vezo : ce sont des pêcheurs de l’Afrique de l’Est installés au sud de l’île.

9) Bara : d’origine bantoue, ils sont souvent éleveurs de zébus.

10) Antakarana : «ceux de l'ankara : la falaise»; ce sont des pêcheurs et des éleveurs (au nord).

11) Antemoro : «ceux du littoral», ce sont en grande partie des cultivateurs.

12) Antaifasy : «ceux qui vivent dans les sables», sur la cote est.

13) Masikoro : agriculteurs du sud de l’île.

14) Antambahoaka : un groupe du Sud-Est d’origine arabe; ils se disent descendants de Raminia, un personnage parti de la Mecque vers le Xe ou le XIe siècle.

15) Tsimihety : «ceux qui ne se coupent pas les cheveux», vivant dans le Nord-Ouest, ils sont éleveurs et riziculteurs.

16) Tanala : «ceux qui vivent dans la forêt», vivent sur les falaises de la côte Est, dans la forêt; ils détiennent un grand savoir sur les plantes médicinales.

17) Bezanozano : «ceux aux nombreuses petites tresses», ce sont des forestiers de la côte Est.

18) Sihanaka : «ceux qui errent dans les marais», ils habitent dans la région du lac Alaotra, agriculteurs (nord-est).

Dans l'île de Madagascar, les principales communautés des plateaux sont les Merina, qui représentent le quart de la population (25 %), et leurs cousins les Betsileo (12 %). Les membres de ces deux groupes descendent essentiellement d'immigrants venus de Malaisie et d'Indonésie, qui colonisèrent Madagascar il y a environ 2000 ans. Les régions côtières sont habitées surtout par des populations métissées de Malais, d'Indonésiens, de Noirs africains et d'Arabes; parmi ces groupes, citons les Betsimisaraka (10,9 %), les Sakalava (6 %), les Antaisaka (5 %), les Antandoy, les Mahafaly et les Vezo.

La population malgache est concentrée dans la région orientale, soit sur les hautes terres centrales et dans les zones d'aménagement qui attirent les migrants venant des régions à forte pression démographique (voir la carte détaillée du pays): régions d’Antemoro, d’Antefasy, d’Antaisaka (au sud-est), de Tsimihety, de Merina, de Betsileo et d’Antandroy (extrême sud). La répartition de la population se révèle quelque peu anarchique dans la mesure où les meilleures terres, essentiellement à l'ouest, sont faiblement peuplées, tandis que les terres épuisées des côtes orientales et des hautes terres du centre sont surpeuplées. Par sa dimension, la capitale Antananarivo est de loin la ville la plus importante du pays (env. deux millions d’habitants). Suivent Toamasina (env. 200 000 hab.), Fianarantsoa (env. 150 000 hab.), Mahajanga (env. 160 000 hab.), Antsirabe (env. 110 000 hab.), Antsiranana (env. 80 000 hab.) et Toliara (env. 60 000 hab.).

Quelle que soit leur origine ethnique, les habitants de Madagascar sont répartis assez inégalement entre les six provinces du pays:

Antananarivo  29,4 %
Fianarantsoa  20,8 %
Toamasina  16,3 %
Toliary  14,4 %
Mahajanga  11,5 %
Antsiranana  7,8 %

Pour ce qui est de la religion, on compte 51 % de chrétiens (dont 26 % de catholiques et 23 % de protestants), 47 % d’animistes (croyances traditionnelles), 1,7 % de musulmans et 0,3 % se réclament d'autres religions. Les animistes pratiquent le famadihana, culte des ancêtres consistant à changer le linceul des défunts, à nettoyer leurs ossements, et à appeler leur participation à une fête et un banquet. Par ailleurs, les membres de la minorité chinoise pratiquent le bouddhisme ou le taoïsme.

2.2 La langue malgache

Malgré la diversité du peuplement qui est à l'origine des différents parlers dans toute l'île, une langue commune s'est constituée: le malgache (officiellement: malagasy). Celui-ci est devenu aujourd'hui la langue officielle du pays: c'est le parler de l'Imerina (région de Tananarive et d'Ambohimanga) qui a été choisi comme langue officielle en raison d'une longue tradition d'écriture remontant à la première moitié du XIXe siècle. Linguistiquement, le malgache se rattache à la famille austronésienne. Le malgache appartient donc au groupe malayo-polynésien de type occidental.

À l’origine, le malgache aurait emprunté un certain nombre de mots au sanscrit (indo-européen) et à l’arabe, mais a reçu un apport lexical important des langues (swahili, makhwa, etc.) de la famille bantoue, puis plus tard des langues européennes, notamment l’anglais et le français. En ce qui a trait à l’écriture, le malgache a d'abord été écrit en caractères arabes, ce qui a donné une littérature écrite dite «arabico-malgache»; puis Radama Ier a imposé les caractères latins et fait traduire la Bible en malgache.

Les premiers outils linguistiques ont été créés en 1828, mais le premier texte fut diffusé en 1835. Et la publication de la Bible malgache imposa rapidement le modèle d'une langue écrite et d'un style noble. Les manuscrits malgaches du XIXe siècle (surtout des discours royaux, des généalogies, des comptes rendus d’événements ou de voyages importants) sont relativement nombreux, mais beaucoup d’entre eux ont été détruits au moment de la conquête coloniale française. À la fin de la monarchie merina, il existait une dizaine de périodiques publiés à Antananarivo, puis la colonisation de 1896 entraîna la suppression de la presse malgache. Cependant, les journaux de l’époque avaient pris l'habitude de publier en malgache des poèmes et des textes littéraires en prose (contes, fables, nouvelles, etc.). Aujourd’hui, la presse et la littérature malgache semblent bien vivantes. Toutefois, le marché de l’édition malgache demeure extrêmement limité en raison du prix élevé des coûts de fabrication du livre.

2.3 Les autres communautés

La communauté européenne reste la communauté non malgache la plus influente. Elle est formée surtout d’hommes d'affaires ou de coopérants, surtout des Français. Au nombre d’environ 123 5000, ils forment la «dix-neuvième tribu», comme disent les Malgaches, et sont installés plutôt dans les villes. À l'instar de tous les non-Malgaches, on les appelle les Vazaha (Européens résidant de façon temporaire) ou Zanatany, «enfants du pays», s'ils sont nés sur l'île et y résident en permanence. Bien que le malgache soit la langue maternelle de la population d'origine malayo-polynésienne, il a le statut de «langue co-officielle» avec le français et, durant un bref intermède (de 2007 à 2010), l'anglais. Mais le français est demeuré la langue des communications internationales, des médias (65 % des programmes télévisés) et de l'enseignement. On estime que près de 25 % de la population autochtone «se débrouille» en français et qu'environ 30 000 personnes le parlent presque couramment. En réalité, le français atteint peu les populations autochtones; l'anglais, encore moins. 

Viennent maintenant s'ajouter à cette population, au gré des espoirs économiques, plus de 100 000 immigrants, principalement des Comoriens (comorien), des Indo-Pakistanais (ourdou), des Mauriciens (créole) et des Chinois cantonnais qui, pour la plupart, ont conservé leur langue maternelle.

3 Données historiques

Le peuplement de Madagascar remonterait au premier millénaire de notre ère. Les ancêtres des Malgaches seraient à la fois d’origine malayo-indonésienne (des Malaysiens et des Indonésiens) et d’Afrique orientale (des Bantous originaires de la Tanzanie et du Mozambique actuels). Par vagues successives, s'établissant par petits groupes en des points différents de l'île, tout au cours d'une période qui a pu durer quelques siècles, les immigrants ne formèrent pas immédiatement un seul et même peuple, mais de nombreux petits royaumes séparés participant au commerce de l'océan Indien.

Les habitants de Madagascar firent du commerce avec les Arabes durant une bonne partie du Moyen Âge, fournissant aromates, plantes médicinales, épices et parfums. Dès le XIIe siècle, les Antalaotra («les gens de la mer»), des navigateurs islamisés parlant swahili et venant d'Afrique et des Comores, établirent, aux dépens des Austronésiens de Madagascar, leur contrôle sur les routes et le trafic de l'océan Indien. Toutefois, l'influence culturelle arabe se limita à quelques comptoirs secondaires. Aujourd’hui, les historiens croient que les côtes du nord et du nord-est de l'île ont été le creuset où la rencontre de Malayo-Indonésiens et de Bantous africains a forgé le peuple malgache actuel. Avant l’arrivée des Européens, la plupart des ethnies malgaches recensées aujourd'hui vivaient déjà dans les territoires où elle sont actuellement concentrées.

3.1 Les débuts de l’implantation européenne

En 1500, Diego Diaz, navigateur portugais en route vers les Indes, fut le premier Européen à approcher les côtes de Madagascar, qui reçut alors le nom d'île Saint-Laurent (le saint du jour de la découverte: le 10 août 1500). Diego Diaz fit la connaissance des Merina sur les hauts plateaux, puis des Sakalava à l'ouest, des Betsimisaraka à l'est et ensuite des Bara au sud. Les Portugais établirent à leur tour quelques comptoirs qui périclitèrent rapidement et disparurent; ils abandonnèrent l’île.

Pendant le XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, l'île Saint-Laurent ne servit que de rade de ravitaillement non seulement pour les marins portugais, mais aussi pour leurs rivaux, les Hollandais, les Anglais et les Français. Toutefois, les rapports entre les Européens et les Malgaches ne furent pas toujours pacifiques et, chassés par les autochtones, les Hollandais ne réussirent pas à créer des établissements durables. Ils se contentèrent de faire du commerce entre l’Europe et les Indes, avant de préférer la colonie du Cap où ils s'implantèrent au XVIIe siècle. Les Anglais, venus plus tard au milieu XVIIe siècle, ne réussirent pas davantage à s'installer à Saint-Augustin et à Nosy-Be. Il fallut attendre le milieu du XVIIe siècle pour voir les Français s'établir à Fort-Dauphin au sud de l’île.

3.2 La colonisation française

En 1642, Jacques de Pronis, commis de la Compagnie française de l'Orient fondée par le cardinal de Richelieu (ministre de Louis XIII), s'installa avec quelques Français au sud-est de l'île. De Pronis était officiellement chargé de «prendre possession de l'île, de fonder des habitations et de pratiquer la traite» (commerce). L’année suivante, sur l'ordre de Richelieu, il fonda en l'honneur du futur roi Louis XIV Fort-Dauphin qui devint ainsi une escale importante sur la route des Indes. En 1649, Étienne de Flacourt, envoyé par la Compagnie de l'Orient à Fort-Dauphin pour rétablir l'ordre à Madagascar, renvoya Jacques de Pronis en France. Ce dernier avait choqué les autochtones en vendant des esclaves aux Hollandais établis dans l'île Maurice. Étienne de Flacourt, qui avait reçu le titre de «commandant général de l'île de Madagascar», séjourna sur l’île jusqu’en 1655. Il publia en 1658 une Histoire de la Grande Ile de Madagascar, comprenant aussi un dictionnaire de 3500 mots malgaches: cet ouvrage demeurera pendant deux siècles la source principale des connaissances sur Madagascar et ses habitants.

La colonie de Madagascar, dont l’île était appelée île Dauphine, périclita après le départ d’Étienne de Flacourt en 1655, car ses successeurs n’eurent pas sa valeur. La nouvelle Compagnie des Indes orientales fit moins de profit, les navires vinrent plus rarement et les colons se découragèrent; la Compagnie des Indes orientales se tourna alors vers l'Inde et se désintéressa de l'établissement de Madagascar. Des missionnaires furent envoyés afin de convertir au catholicisme les populations voisines de Fort-Dauphin; il rédigèrent un catéchisme bilingue et un dictionnaire de la langue malgache, instituèrent un petit séminaire et envoyèrent en France quelques jeunes Malgaches pour parachever leur éducation. Après le massacre de la garnison de Fort-Dauphin en 1674 par les populations locales, les 63 survivants français s'embarquèrent pour l'île Bourbon (l’actuelle île de La Réunion) alors déserte. Par la suite, les gouverneurs de Bourbon utilisèrent Madagascar comme réserve d’esclaves pour leur île. Pour leur part, les pirates, surtout des Français, des Anglais et des Américains, utilisèrent l'île comme base pour leurs expéditions et leurs prises dans l'océan Indien.

Avec l’abandon de Madagascar, l’effort français dans l’océan Indien fut reporté sur l’île Bourbon (La Réunion), qui avait reçu les derniers colons de Fort-Dauphin et des apports nouveaux, soit des Français et des esclaves malgaches. L’île Maurice, abandonnée par les Hollandais en 1712, fut occupée par les colons de Bourbon en 1721; l’île Rodrigues fut peuplée plus tard. Par la suite, les Seychelles devinrent aussi des îles françaises. À partir de 1720, le café d’Arabie fut introduit à Bourbon et en fit bientôt la fortune. Pour se livrer à cette culture, il fallait un ravitaillement en vivres (riz, bœufs, etc.) et en main-d’œuvre (esclaves). La Grande Île, toute proche, réapparut comme le fournisseur idéal. De là vint l’idée pour les Français d’y refaire du commerce.

La colonisation française ne reprit qu'après le traité de Paris de 1763 (alors que les îles Maurice, Rodrigues ainsi que les Seychelles étaient devenues anglaises), sous la tutelle de Louis XV, puis de Louis XVI, et fut poursuivie, après la Révolution française, par Napoléon. Des comptoirs furent rétablis sur la côte est, et un gouverneur fut nommé à Tamatave (centre-nord). Celui-ci dut commencer par combattre les Hova (Merina) qui, alors dominés par les Sakalava et forts de l'appui des Anglais, prétendaient s'approprier l'île entière. Les Sakalava furent vaincus et se virent, en 1840, contraints de placer sous le protectorat français les deux seuls territoires qui leur appartenaient encore: les îles de Mayotte (Comores) et de Nosy-Be (nord-ouest de Madagascar).

3.3 L’unification du royaume Merina et de Madagascar

Entre-temps, les autochtones s’étaient regroupés sur l'île pour former des royaumes, tant à l'est (Menabe, Boina) qu’à l'ouest (Betsimisaraka: «les nombreux inséparables») et au sud (Betsileo). Au centre du plateau, les Hova (Merina) fondèrent la ville fortifiée d'Antananarivo (Tananarive). Ils nommèrent le pays Imerina et donnèrent à ses habitants le nom de Merina. Durant tout le XVIIe siècle, Madagascar fut dominée par la multiplicité des petits royaumes malgaches. Parmi les tentatives de conquête, la plus remarquable est peut-être celle des Sakalava qui, au milieu du XVIIe siècle, dominèrent toute la côte est et y jetèrent les bases d'un véritable empire. Toutefois, la puissance sakalava fut minée par des querelles de succession et buta à l'opposition des Merina auxquels les Sakalava durent finalement se soumettre.

L'unification du pays fut réalisée au siècle suivant par le souverain merina Andrianampoinimerina (vers 1787-1810) qui regroupa les petits royaumes des hauts plateaux, établit une véritable législation et instaura une administration locale. Son fils et successeur, Radama Ier (1810-1828), céda aux sollicitations des Britanniques installés sur l'île Maurice et inquiets de voir la France prendre pied sur Madagascar. Il signa en 1817 un traité d'amitié avec les Britanniques qui dotèrent les Merina d’armes modernes et entraînèrent les troupes autochtones. Puis les missionnaires britanniques fondèrent des écoles et introduisirent le christianisme. Fort de l'appui des Britanniques, Radama Ier poursuivit l'unification entreprise par son père et étendit sa domination sur une grande partie de l’île.

En matière linguistique, l’œuvre de Radama Ier fut importante. D’abord, il favorisa le développement de l'enseignement qui connut un essor remarquable dès 1820. La scolarisation se faisait dans la langue maternelle des élèves et les maîtres malgaches pouvaient avoir recours à l'anglais (la langue des missionnaires) pour accéder aux manuels et aux sources du savoir occidental. En 1825, le roi dota la langue malgache d'une écriture en caractères latins et fit traduire la Bible dans cette langue.  En 1827, près de 4000 Malgaches savaient lire et écrire, alors que les écoles se multipliaient. Pour leur part, les quelques écoles catholiques installées à Tananarive dispensaient un enseignement en français.

Les manuscrits malgaches du XIXe siècle (surtout des discours royaux, des généalogies, des comptes rendus d'événements ou de voyages importants) sont relativement nombreux, mais beaucoup d'entre eux ont été détruits au moment de la conquête coloniale française.

À la mort de Radama Ier, sa veuve, Ranavalona Ire, lui succéda en 1828 et mit fin à la politique de réformes menées par son défunt mari; elle décida de fermer les écoles et de chasser les missionnaires britanniques; elle finit par expulser tous les Européens au moment même où les Sakalava se plaçaient sous la protection de la France, qui occupait l’île Nosy-Be en 1841. Les Français en profitèrent pour revenir dans la Grande Île. La reine Ranavalona Ire aurait été responsable de l’exécution rituelle d’un million de ses sujets, notamment des chrétiens et des esclaves.

- Le règne de Rainilaiarivony

À la mort de Ranavalona Ire en 1861, son fils Radama II, élevé par des Européens, rouvrit le pays aux puissances coloniales. Il attribua à certains hommes d'affaires français des pouvoirs économiques exorbitants. L'oligarchie malgache, inquiète de l'européanisation forcée, fit étrangler le roi en 1863. L'année suivante, le chef de l'armée, Rainilaiarivony, un Merina, devint premier ministre, épousa successivement les reines Rasoherina, Ranavalona II et Ranavalona III, et exerça le véritable pouvoir. Pour éviter la mainmise européenne sur son pays, il choisit de le moderniser et se convertit au protestantisme avec une grande partie du peuple en 1869. Il demeura à la tête du pays pendant plus de trente ans. Durant le règne du premier ministre Rainilaiarivony, les missionnaires catholiques revinrent et les écoles se multiplièrent.

Les jésuites s'installèrent à Tananarive et à Tamatave. Dès 1862, ils publièrent une série de manuels scolaires et de livres religieux à l'usage des élèves et des catholiques malgaches. Tandis que les protestants (la London Missionnary Society, les anglicans, les luthériens et les quakers) enseignaient en malgache, les catholiques, surtout dans les écoles urbaines, enseignaient le français à leurs élèves. Cependant, en raison de la conversion au protestantisme en 1869 de la reine et du premier ministre, les écoles protestantes furent beaucoup plus florissantes. Évidemment, l'école propagea davantage le français que l'anglais, compte tenu que dans les écoles protestantes on enseignait en malgache.

- Le protectorat français

En 1883, la France occupa Tamatave (côte est) et Majunga (côte ouest). Deux ans plus tard, elle obtint la permission de s'installer à Antseranana. Par le traité ambigu de 1885 (vu comme un traité d’amitié par les Merina), la France imposa à l'île un quasi-protectorat: puis un général français s'installa à Tananarive avec une escorte militaire et représenta officiellement Madagascar dans ses relations extérieures. Le protectorat français fut reconnu, en 1890, par la Grande-Bretagne et l'Allemagne, mais il fut refusé par le premier ministre malgache Rainilaiarivony.

3.4 La tutelle française (1896)

En représailles, Paris envoya des troupes (15 000 hommes) à Tananarive. Le général Joseph Gallieni, devenu gouverneur général, entreprit la «pacification» et l’unification de l'île avec le concours du colonel Lyautey. Le 30 septembre 1895, Tananarive fut militairement occupée, le premier ministre Rainilaiarivony, exilé, et la reine Ranavalona III, détrônée. L'île de Madagascar devient officiellement une colonie française en 1896. Cette année-là, le Parlement français vota l'annexion de Madagascar en tant que colonie.

La première préoccupation du général Gallieni fut de «ramener le calme et la confiance au sein de la population». Doté des pleins pouvoirs civils et militaires, Gallieni entreprit d'organiser le pays en créant des cadres administratifs et une justice autochtones, en instituant un enseignement laïque chargé de promouvoir la langue française devenue obligatoire et en faisant lever de lourds impôts. La ville de Diégo-Suarez, dans le Nord, devint la plus importante base navale française de cette région de l’océan Indien et protégeait ainsi la route de l'Indochine. L’île attira les planteurs et les compagnies européennes, mais la dépossession des terres autochtones et l’imposition du Code de l’indigénat ravivèrent le nationalisme malgache.

- La langue française

En 1897, à Fianarantsoa, le général Joseph Gallieni déclara devant 20 000 Betsileos (mot signifiant «les nombreux invincibles»), les habitants vivant dans la partie sud des terres centrales de l'île:

Je n'ai pas à savoir quelle est votre religion. Catholiques, musulmans, protestants ou adeptes seulement du culte des ancêtres, vous pouvez tous vous asseoir sur les bancs de nos écoles, apprendre notre langue, vous habiller des étoffes françaises renommées dans le monde entier. Vous apprendrez de nous à vous aimer, à aimer surtout la France, votre nouvelle patrie, et à devenir d'habiles ouvriers et de bons cultivateurs.

La colonisation française donna à l'école une place centrale dans le dispositif de domination du pays. Joseph Gallieni décréta qu’aucun Malgache ne pourrait postuler un emploi public s'il ne parlait et n’écrivait le français. Les instructions décrétées dans la circulaire du 5 octobre 1896 témoignent des intentions de la nouvelle administration à assurer la suprématie absolue de la langue et de la culture françaises:

Madagascar est devenue aujourd'hui une terre française. La langue française doit donc devenir la base de l'enseignement dans toutes les écoles de l'île. [...] Vous ne devez jamais perdre de vue que la propagation de la langue française dans notre nouvelle colonie, par tous les moyens possibles, est l'un des plus puissants éléments d'assimilation que nous ayons à notre disposition et que tous nos efforts doivent être dirigés dans ce but.

Plus tard, la circulaire de 1899 précisa que l'école devait devenir «un instrument de conquête pacifique des esprits». C’est par l'éducation que l’Administration française fit comprendre aux Malgaches les avantages de la civilisation et la nécessité du travail; elle chercha également à leur inculquer des sentiments de respect et d'affection pour la France.

En réalité, le système d'enseignement institué à Madagascar par la colonisation française s'éloigna quelque peu de la politique d'assimilation par l'école. Il faut souligner que les écoles officielles créées par Joseph Gallieni, où le français était à la fois la matière principale et la langue d'enseignement, ne purent dans les faits accueillir tous les élèves. Étant donné que l'enseignement était obligatoire, l’administration coloniale autorisa la création d’écoles privées et d’écoles d'«église», avec des maîtres moins qualifiés, mais accorda au malgache une place importante. Des écoles normales et professionnelles, ayant vocation de former les cadres subalternes, complétèrent l'organisation d'un «enseignement malgache» dont les principes pédagogiques et les programmes s'inspiraient du modèle français.

Bien que fervent partisan de la politique de francisation par l'école, Gallieni encouragea ses collaborateurs à apprendre le malgache et fonda dès 1902 l'Académie malgache, dans le but de favoriser la préservation du patrimoine culturel malgache. En habile politicien, il utilisa les services des fonctionnaires merina et des chefs locaux à qui il dicta cette directive: «Faites que vos administrés tremblent à la pensée de votre départ.»

En huit ans de proconsulat (1896-1905), Gallieni a réussi à pacifier la Grande Île, mais au prix d'une violente répression contre la résistance malgache. Au total, son administration aurait fait de 100 000 à 700 000 morts pour une population de trois millions d'habitants.

À partir de 1908, des collèges secondaires, devenus ensuite lycées, dispensèrent le même enseignement qu'en Métropole. Destinés aux enfants des colons et des fonctionnaires français, ils acceptèrent, à partir de 1914, des enfants "indigènes" à la condition que ceux-ci fissent preuve d'une maîtrise suffisante de la langue française.

Le gouvernement colonial maintint cette double filière de l'enseignement malgache et de l'enseignement européen jusqu'après la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’un côté, l’enseignement public malgache continua à instruire les jeunes Malgaches en les condamnant à des carrières modestes; de l’autre, les jeunes autochtones provenant de familles généralement aisées qui fréquentaient les lycées français se voyaient ouvrir les postes donnant accès au pouvoir, à l'administration, aux avantages économiques, etc. La connaissance et l’utilisation aisée de la langue française devinrent désormais des conditions de réussite et de promotion sociale, et des moyens d'accéder aux différentes sphères du pouvoir, sinon de s'y maintenir, surtout pour les anciennes couches dirigeantes. La présence physique d'une minorité européenne contrôlant le pays a fait jouer au français un rôle considérable dans la vie quotidienne des autochtones.

La défaite de la puissance coloniale face à l’Allemagne hitlérienne remit toutefois en question la prétendue supériorité de la présence française à Madagascar. En raison notamment des services rendus à la France lors de la dernière guerre mondiale, les Malgaches espéraient obtenir en échange le droit de s’administrer eux-mêmes. 

- Le territoire français d'outre-mer

En 1946, Madagascar obtint le statut de territoire français d'outre-mer (TOM) et fut dotée d'une assemblée provinciale élue mais aux pouvoirs limités. Cependant, la période d'après-guerre fut marquée par la reprise de l'agitation nationaliste. Les gouvernements successifs de la IVe République se révélèrent incapables de résoudre les problèmes coloniaux. En mars 1947, les nationalistes organisèrent un soulèvement armé dans la zone orientale de l'île. La rébellion fut suivie d’une répression impitoyable et servit d’amorce aux revendications indépendantistes. Tenus pour responsables, les députés malgaches à l'Assemblée française furent condamnés à de très lourdes peines, après un procès inique. Tous les efforts entrepris ensuite par le gouvernement colonial pour améliorer l'économie, par exemple en développant le réseau routier et en exploitant plus méthodiquement les gisements miniers, se heurtèrent cependant aux intérêts des colons français qui voyaient des sommes d’argent importantes leur échapper au profit des autochtones.

Durant les années 1950, l'autonomie de l'île fut renforcée. En 1958, la Constitution de la Ve République française fut approuvée par 78 % de l'électorat malgache et Madagascar devint une république semi-autonome dans le cadre de la Communauté française. Philibert Tsiranana, chef du Parti social démocrate, en devint le président. Par la suite, le pays accéda à l'indépendance le 26 juin 1960, sous la présidence de Philibert Tsiranana, tout en conservant des relations privilégiées avec la France.

3.5 L'indépendance et la République malgache

Au lendemain de l'indépendance, la République malgache décida d'être bilingue: le français et le malgache devinrent alors les deux langues officielles. Cette politique de bilinguisme engendra une véritable situation néocoloniale: les firmes françaises et les Français conservèrent la plupart de leurs privilèges. En fait, l’avènement de l’indépendance de 1960 devait mettre fin à une instruction au service de l’impérialisme colonial, mais le Ire République perpétua plutôt le système d'éducation hérité de la colonisation en encourageant une oligarchie franco-malgache avec des programmes français et des enseignants formés à la française, une sélection élitiste des élèves, etc. Bref, toute la politique de l’éducation restait calquée sur celle de l’ancienne métropole.

La pratique scolaire d'assimilation, héritée de la colonisation, faisait encore de la langue malgache aux épreuves du baccalauréat une seconde langue étrangère. De plus, l'alignement des programmes d'enseignement sur ceux de la France entraîna des tensions insupportables dont la révolution de mai 1972 fut une conséquence directe. Cette année-là, la révolution estudiantine mit le doigt sur la prépondérance de la culture française dans la Grande-Île. Dans la plupart des écoles, les jeunes connaissaient sur le bout des doigts les départements français, mais ignoraient tout de la géographie de leur propre pays. Le mot d'ordre de malgachisation de l'enseignement rallia tous les mécontents qui s'exprimèrent lors des événements qui se sont déroulés au mois de mai 1972. C'est alors qu'on a voulu enterrer le français.

- La malgachisation

En janvier 1976, Didier Ratsiraka fut élu président de la République démocratique de Madagascar. Il instaura un régime d'orientation socialiste et entreprit de s'aligner sur la position du bloc soviétique, tout en étant l'un des militants actifs du non-alignement. Il fonda le parti politique «Avant-garde pour la Révolution malgache» (Andrin' ny revolisiôna Malagasy).

Didier Ratsiraka publia son Livre rouge de la Révolution. En quelques mois, le Soviétique Leonid Brejnev, le Cubain Fidel Castro, le Libyen Mouammar Kadhafi, le Somalien Sïad Barre, etc., devinrent les meilleurs «amis» de Ratsiraka qui entretint alors d'excellentes relations avec la Chine et avec la Corée du Nord. Puis le gouvernement malgache expulsa l'armée française, ferma les ambassades et consulats français, nationalisa les grandes compagnies françaises et malgachisa l’enseignement.

Dans son Livre rouge, Ratsiraka justifie son entreprise de malgachisation en voulant «harmoniser le contenu des méthodes d'enseignement avec les impératifs de la Révolution» tout en reconnaissant que la langue française pouvait être encore utile :

Force est de reconnaître que pendant longtemps encore, nous aurons besoin de cette langue comme d'une fenêtre ouverte sur le monde de la civilisation technique. Cela ne veut pas dire qu'il faut reléguer le malgache au deuxième plan,. Non! Mille fois non! Bien au contraire, nous donnons d'ores et déjà la primauté à notre langue nationale et nous devons accélérer la codification, la modernisation et l'enrichissement du malgache, avec l'apport de tous les dialectes, pour en faire un instrument efficace de développement de l'Homme malgache et de maîtrise de toutes les disciplines techniques et scientifiques.

La "loi no 78-040 du 17 juillet 1978 portant cadre général du système d'éducation et de formation" mit en place des commissions destinées à élaborer et à codifier le «malgache commun», qui sera en fait une sorte de synthèse entre le malgache dit officiel largement issu  de la langue merina et des divers dialectes régionaux. Cette même loi édicta que le français devait être désormais considéré comme «une langue étrangère».

Au plan idéologique, ce fut la période de la mise en œuvre de la trilogie malgachisation + démocratisation + décentralisation de l’enseignement. Au plan pratique, la nouvelle politique se traduisit par l'adoption immédiate du malgache comme langue d'enseignement dans tout le primaire, et un programme de substitution progressive du malgache au français dans l'enseignement secondaire, un programme qui devait déboucher finalement sur la malgachisation de l'enseignement à l'université. Le gouvernement de Didier Ratsiraka imposa constitutionnellement le malgache comme seule langue officielle de la République. Néanmoins, jusqu'en 1990, un certain nombre d'écoles et de lycées ont continué à enseigner en français, alors que l’enseignement devait se faire en malgache. Des enseignants, qui avaient du mal à dispenser en malgache, recouraient quand même au français. Mais les cours d’alphabétisation à Madagascar furent toujours donnés en malgache.

Le gouvernement socialiste de Ratsiraka changeait donc la donne avec sa politique de malgachisation de la société. Le français a vu son rôle considérablement réduit dans la nouvelle école, mais le rejet radical du français devait entraîner des inconvénients majeurs. La langue des Merina servant de malgache officiel provoqua des revendications violentes de la part des populations côtières, qui considéraient ce malgache comme une tentative de merinisation.

La situation devint tellement explosive qu'il apparut plus sage pour le gouvernement de maintenir le français sur une base provisoire, la langue coloniale ayant l'avantage d'être plus acceptée par les populations côtières que le malgache officiel. Si les réformes en éducation ont eu pour effet de satisfaire les aspirations anticoloniales, elles déçurent la population en sacrifiant toute une génération de Malgaches. La révolution de mai 1972 échoua, faute de préparation et de moyens suffisants.

En réalité, les causes de l'échec sont multiples et elles ne concernent pas le seul processus de malgachisation. La plupart des intervenants en matière d'enseignement conclurent que la génération d’élèves de cette période de malgachisation maîtrisaient mal le malgache écrit. De plus, les études menées en 1986–1987 sur le système d'éducation ont révélé une situation alarmante :

- un taux de redoublement de 50 % dès la première année du primaire;
- un taux d’abandon de 11 % avant la fin du primaire;
- un taux de «survie scolaire» à la fin du primaire de 30%;
- un taux de réussite de 29,9 % au certificat d'études primaires (CEP);
- un taux de réussite de 30,2 % au Brevet d'études du premier cycle (secondaire).

Par ailleurs, dès 1983, lors de la première mouture de «bacheliers malgaches» entrés à l'université, la plupart des étudiants étant incapables de se trouver un emploi avec leur diplôme malgache. De plus, le gouvernement n’avait même pas pu doter les élèves de manuels dans les classes. Il a dû se limiter à la production d’«ouvrages didactiques» pour les maîtres, des documents qui ressemblaient davantage à des fiches pédagogiques qu'à des livres. Non seulement les manuels manquaient, mais lorsqu'il y en avait, ils n’étaient pas de bonne qualité, tandis que les maîtres étaient mal formés et fortement politisés, et que l’administration scolaire fonctionnait mal, avec un encadrement pédagogique médiocre doublé d'un effectif nettement insuffisant. Du côté des élèves, les jeunes diplômés de cette époque présentaient beaucoup de lacunes, notamment en malgache et en français, ce qui confirmait les parents qui se méfiaient de la politique de malgachisation parce que, selon eux, celle-ci n’enseignait pas assez le français à leurs enfants. Enfin, la malgachisation n’a pas été menée dans des conditions favorables, et ce, dans un pays en voie de développement. Bref, de façon générale, la réforme entreprise n’avait pas les moyens de son ambition.

Au plan économique, la voie socialiste choisie en 1972 demeure pour beaucoup d'observateurs l'une des causes du retard pris par l'économie du pays en raison de la dégradation continue des infrastructures, de l'endettement excessif dû aux nationalisations, des blocages administratifs à l'égard du développement des entreprises et des investissements, de la dépréciation de la monnaie locale, de la détaxation des produits électroménagers, des voitures utilitaires, des machines industrielles, etc. La liste pourrait être longue.

- Le retour du balancier

Puis ce fut le «retour au français» vu par plusieurs comme une «retour en arrière». À partir de 1985, l'enseignement du français fut même été vigoureusement relancé. Dans tout le système d'éducation, la pratique la plus courante fut de donner «les explications en malgache et les résumés en français». Beaucoup d'enseignants avaient perdu la pratique du français ou ne le maîtrisaient pas assez ou pas du tout. De plus, les élèves ne comprenaient pas les discours en français, faute d’avoir suivi leur cursus dans cette langue. Après avoir quitté la famille de la Francophonie entre 1970 et 1977, Madagascar sollicita de nouveau son adhésion auprès de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 1989.

En 1991, l'opposition au président Didier Ratsiraka augmenta et des manifestations populaires dégénérèrent en affrontements armées. Après une brève période transitoire, une nouvelle constitution fut adoptée en 1992. Albert Zafy, candidat de l'opposition, fut élu à la présidence. S'il fut généralement respecté pour la sagesse dont il a fait preuve lors de la transition démocratique de 1991-1993, il fut critiqué par son bilan présidentiel mitigé en raison de sa mauvaise gestion politique et des faibles résultats économiques.

Didier Ratsiraka fut réélu aux élections de 1996 et il s'ensuivit une période de stabilité économique jusqu'en 2001. Le président Ratsiraka pratiqua, lors de ce mandat, une politique très alignée sur la France. En 2001, le candidat d'opposition, Marc Ravalomanana, se proclama vainqueur aux élections; il forma son propre gouvernement à Antananarivo (capitale), pendant que Didier Ratsiraka fit de même à Toamasina, la ville du plus grand port du pays. Ratsiraka quitta le pays en laissant le pouvoir à Marc Ravalomanana.

- Un président anglophile

Le 21 février 2002, sous la pression de la rue, Marc Ravalomanana s'autoproclama président de la République, mais ce n'est que le 6 mai de la même année qu'il devint formellement le président de Madagascar. Très influencé par le contexte de la mondialisation et le désir de s’ouvrir au monde anglo-saxon, de religion protestante, s'est révélé anglophile. Il s'est fait connaître notamment par une boutade qui en dit long: «Oh! Yes, j’adore la France.» Il parlait surtout le malgache et l'anglais; son français était parfois un peu chaotique, mais néanmoins fort compréhensible.

Marc Ravalomanana fut réélu en décembre 2006. Pour son second mandat, il décida de légiférer par ordonnance en anglais. Il invita ses compatriotes à un référendum afin de modifier la Constitution à sa mesure. Celle-ci devait lui offrir désormais la possibilité de promulguer, en situation d'urgence, des lois sans se soucier de l'Assemblée nationale. Le président prévoyait également introduire l'anglais comme langue officielle aux côtés du français et du malgache, qui obtiendrait en plus le statut de langue nationale. 

L'article 4 de la Loi constitutionnelle no 2007-001 du 27 avril 2007 portant révision de la Constitution
est le suivant:

Andininy 4

"Tanindrazana - Fahafahana - Fandrosoana" no filamatry ny Repoblikan'i Madagasikara.

Ny fanevany dia saina telo soratra : fotsy, mena, maitso vita amin'ny tsivalana telo mahitsizoro mitovy refy ka ny voalohany fotsy ary mitsangana manaraka ny tahon-tsaina, ny roa hafa mandry ka ny mena ambony ary ny maitso ambany.

" Ry Tanindrazanay Malala ô ! " no hiram-pirenena.

Ny lalàna no mametra ny fitombokasem-panjakana sy ny mari-piandrianan'ny Firenena.

Ny teny malagasy no tenim-pirenena.

Ny teny malagasy, frantsay ary anglisy no teny ofisialy.

Article 4

La république de Madagascar a pour devise : " Tanindrazana - Fahafahana - Fandrosoana ".

Son emblème national est le drapeau tricolore, blanc, rouge, vert, composé de trois bandes rectangulaires d'égales dimensions, la première verticale de couleur blanche du côté de la hampe, les deux autres horizontales, la supérieure rouge et l'inférieure verte.

L'hymne national est " Ry Tanindrazanay malala ô ! "

Les sceaux de l'État et les armoiries de la République sont définis par la loi.

Le malagasy est la langue nationale.

Le malagasy, le français et l'anglais sont les langues officielles. [Abrogé depuis].

Il s'agissait là d'une nouvelle politique linguistique, mais qui n'impliquerait pas un trilinguisme réel, les Malgaches dans leur ensemble ne sachant que fort mal le français. Ce n'était donc pas une politique planifiée et cohérente, mais plutôt un calcul politique pour se rapprocher de l'Afrique du Sud ou d'éventuels partenaires commerciaux anglophones. En fait, les dirigeants malgaches espéraient attirer des investisseurs en publiant certaines lois en anglais pour que les anglophones s'intéressent au marché de Madagascar, l'un des pays réputés parmi les plus pauvres du monde.

Il n'y eut qu'une seule école de langue anglaise à Madagascar. L'objectif n'était pas tant de remplacer le français par l'anglais, mais de se donner un outil de plus. Le président Ravalomanana, contrairement à ses prédécesseurs, pratiquait une politique commerciale orientée vers plusieurs pays, dont les États-Unis, l'Afrique du Sud, l'Allemagne, le Japon, le Maroc, la Chine, etc. Sous la présidence de Marc Ravalomanana, les réformes de toutes sortes ont été nombreuses. L'une des plus importantes concernait la transformation de l'éducation au primaire. Ravalomanana y introduisit l'apprentissage de l'anglais et envoya des jeunes étudier cette langue aux États-Unis.

- Situation politique chaotique

Quoi qu'il en soit, la situation politique malgache dégénéra en 2008. En effet, de nombreux politiciens, dont le maire de la capitale, Andry Rajoelina surnommé TGV, commencèrent à contester l'autorité du président Ravalomanana. En mars 2009, l'armée rejoignit le mouvement de contestation et prit d'assaut le palais présidentiel d'Ambohitsorohitra. Sous la pression des militaires favorables à Andry Rajoelina, le président Ravalomanana fut forcé de démissionner le 17 du même mois (2009).

Les fonctions de président de la République et de premier ministre furent confiées à un directoire militaire. Puis l'amiral Ramaroson transmit le pouvoir à Andry Rajoelina, mais les militaires annoncèrent que le directoire était démis de ses fonctions. Le 18 mars 2009, le Conseil constitutionnel de l'île officialisa la prise de pouvoir d'Andry Rajoelina, bien que l'investiture officielle devait avoir lieu le 21 mars.

Andry Rajoelina s'engagea à rédiger une nouvelle constitution en vue de foncer la IVe République. Cependant, l'Union européenne qualifia de «coup d'État» le changement de régime à Madagascar. De son côté, Washington jugea le transfert du pouvoir comme «non démocratique». Depuis lors, le pays frôla la balkanisation, sinon la «somalisation», une allusion à l'effondrement de l'État et à l'éclatement de la Somalie en plusieurs factions rivales incontrôlables et incontrôlées, attisant la guerre civile.

Madagascar fut suspendu de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à la suite de la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina. Celui-ci fit marche arrière avec l'anglais et demeura plus proche de la France en encourageant l’usage du français. La tenue du  XIIIe Sommet de la Francophonie qui devait avoir lieu en 2010 dans la Grande Île, fut annulée et déplacée dans la ville suisse de Montreux. Dans la Grande Île, le véritable enjeu fut de sortir de ce cercle vicieux qui poussait le pays d'insurrection en insurrection. C'est une contrepartie inévitable du passage d'un despotisme à un autre.

- La IVe République

Le 17 novembre 2010, eut lieu un référendum constitutionnel ordonné par le nouveau président Andry Rajoelina. La Constitution a été adoptée par 74,19 % des suffrages selon les résultats officiels proclamés par la Haute Cour constitutionnelle. Le «non» a obtenu 25,81 % des voix, et le taux de participation s'est élevé à 52,61 %. Le 11 décembre 2010, Andry Rajoelina a signé le décret de promulgation de la IVe République au palais présidentiel d'Iavoloha, en périphérie de la capitale, au cours d'une cérémonie retransmise en direct à la radio et la télévision nationales. Selon l'article 4 de la nouvelle Constitution, le malgache (malagasy) et le français sont dorénavant les deux «langues officielles», mais le malgache demeure la «langue nationale» (par. 3): 

Article 4

1) La république de Madagascar a pour devise : « Fitiavana – Tanindrazana – Fandrosoana ».

2) Son emblème national est le drapeau tricolore, blanc, rouge, vert, composé de trois bandes rectangulaires d'égales dimensions, la première verticale de couleur blanche du côté de la hampe, les deux autres horizontales, la supérieure rouge et l'inférieure verte.

La langue nationale est le malagasy.
L'hymne national est " Ry Tanindrazanay malala ô !
La capitale de la république de Madagascar est Antananarivo.
Les sceaux de l'État et les armoiries de la République sont définis par la loi.
Les langues officielles sont le malagasy et le français.

4 La politique linguistique malgache

À l’heure actuelle, il n'existe qu’une disposition linguistique dans la Constitution de  2010, celle de l'article 4, qui proclame: «Le malgache est la langue nationale» et que le malgache et le français sont les langues officielles. Les seules autres dispositions juridiques à caractère linguistique n’apparaissent que dans les lois scolaires portant sur la langue de l'enseignement.

En 2005, le gouvernement a adopté une loi énonçant une politique linguistique ayant pour but de consolider le rôle de la langue malgache, langue maternelle de la quasi-totalité de la population et qui est la langue nationale de la république de Madagascar. C'est surtout l'article 15 de la Loi n° 2005-006 portant politique culturelle nationale pour un développement socio-économique (2005) qui précise cette politique axée à la fois sur la langue malgache et les langues étrangères:

Article 15

L'élaboration d'une politique linguistique a pour but de consolider le rôle de la langue malgache, langue maternelle de la quasi-totalité de la population et qui est la langue nationale de la République de Madagascar, conformément à l'alinéa 4 de l'article 4 de la Constitution.

Parallèlement pour favoriser la diffusion internationale et le rayonnement à l'extérieur de la culture malgache, la maîtrise des langues étrangères s'avère nécessaire.
 
I - De la langue malgache:

-  la langue malgache, élément primordial du patrimoine culturel et outil essentiel dans la réalisation des objectifs de développement est la langue de communication et de promotion sociale et d'éducation dans tout le territoire de la république de Madagascar. Des mesures adéquates doivent être prises pour son utilisation dans les différentes sphères de la vie nationale, notamment dans les communications institutionnalisées et officielles;

-  les échanges entre les divers parlers malgaches seront renforcés en vue d'augmenter le potentiel unificateur de la langue et sa capacité d'exprimer tous les concepts de la vie moderne. Les actions telles que la collecte des traditions orales et leur fixation sur supports durables, l'utilisation de la langue dans les domaines scientifique, pédagogique et artistique seront renforcées. 

II - Des langues étrangères:

-  l'accès à l'enseignement des langues étrangères ainsi que leur diffusion jusque dans les coins les plus reculés doivent être facilités;
-  les partenaires linguistiques doivent être multipliés;
-  la traduction multilingue
doit être renforcée pour permettre la circulation des connaissances, des idées et des produits culturels, .

Il est néanmoins curieux que la loi utilise l'expression «langues étrangères», sans faire référence au français qui est à la fois une langue étrangère et une langue officielle. 

Le décret n° 2010-381 fixant les attributions du ministre de la Culture et du Patrimoine ainsi que l'organisation générale de son ministère (2010) fait également allusion à une «Politique nationale culturelle en matière de langues et des écrits». La Direction de la langue et des écrits est chargée de la mise en œuvre de cette politique nationale et dispose de deux services, dont un appelé «service d'appui linguistique»:

Article 3

L'organisation générale du ministère de la Culture et du Patrimoine est fixée comme suit :

[...]

3.2.4. LA DIRECTION DE LA LANGUE ET DES ÉCRITS
 

La Direction de la langue et des écrits est chargée de la mise en œuvre de la Politique nationale culturelle en matière de langues et des écrits.
 
Elle assure, avec les structures nationales, l'élaboration et la mise en œuvre d'une politique nationale linguistique et encourage le développement des écrits.
 
Elle dispose de deux services :

Service d'appui linguistique
Service d'appui au développement des écrits

Cette même disposition est reprise dans le décret n° 2012-473. Selon la loi, les missions du ministère de la Culture et du Patrimoine s’inscrivent dans la reconnaissance du pluralisme culturel, la protection du patrimoine culturel matériel et immatériel, la consolidation de la cohésion et de la solidarité nationales, la valorisation et le développement de la diversité culturelle au niveau national et international, ainsi que la mise en place d’une société harmonieuse avec des Malgaches fiers tant de leur unité que de leur diversité. On peut dire qu'il s'agit souvent de vœux pieux difficiles à mettre en pratique.

Enfin, il existe à Madagascar une Académie malgache placée sous la haute protection du chef de l'État. Le décret n° 93-302 portant réorganisation de l'Académie malgache et abrogeant le décret n° 69-024 du 16 janvier 1969 (1993) énonce que cette académie a pour but l'étude de toutes les questions linguistiques, littéraires, artistiques, historiques et scientifiques concernant Madagascar:

Article 1er

L'Académie malgache, placée sous la haute protection du chef de l'État, a pour but l'étude de toutes les questions linguistiques, littéraires, artistiques, historiques et scientifiques concernant Madagascar.

Elle a vocation à exercer les attributions d'une "Académie nationale des arts, des lettres et des sciences

Article 11

L'Académie malgache se compose de 80 membres titulaires et de 80 membres associés, résidant à Madagascar. Elle est divisée en quatre sections :

Sciences de l'art et du langage
Sciences morales et politiques
Sciences fondamentales
Sciences appliquées.

L'Académie malgache fut créée en 1902 par le général Joseph Gallieni, alors gouverneur général de Madagascar, par arrêté du 23 janvier 1902. Ses publications sont le Bulletin de l’Académie malgache et les Mémoires de l’Académie malgache. Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas là des documents très explicites sur la politique linguistique de l'État.

4.2 Les langues du Parlement

Le français bénéficie juridiquement du statut de langue officielle avec le malgache; il est utilisé dans les faits avec le malgache dans les débats du Parlement ainsi que dans les réunions du Conseil des ministres; les lois continuent d'être rédigées et promulguées dans les deux langues; qui plus est, en cas de conflit d'interprétation, c'est la version française qui prévaut. Voici l'article 4 de l'Arrêté no 08 AN/P portant règlement intérieur de l'Assemblée nationale (1993) :

Article 4

La langue malgache est la langue de l'Assemblée nationale.

Toutefois, la langue française peut être employée.

Les projets, propositions de loi, propositions de résolution, rapports de Commission, amendements, questions orales, questions écrites, interpellations, les pétitions, l'audition en commission et tout acte relevant de la compétence de l'Assemblée nationale peuvent être rédigées en malgache ou en français. Si le texte original déposé n'est pas accompagné de sa traduction dans la langue qui n'est pas celle de l'original, les services de l'Assemblée nationale assureront cette traduction.

En cas de contestation sur le sens d'un texte, l'original en malgache ou en français fait foi.

L'original du procès-verbal comprendra les textes et interventions en malgache et la traduction des textes et interventions en français et vice versa.

Dans les faits, la plupart des débats se déroulent en malgache, mais le français est également utilisé.

4.3 Les langues du domaine judiciaire

Dans les tribunaux, le malgache et le français sont les deux langues autorisées, puisque ce sont les deux langues officielles. Mais le malgache demeure la langue la plus courante entre les les témoins et les accusés. Néanmoins, certains juges ont encore tendance à rédiger leurs sentences en français. Les hautes cours de justice privilégient nettement l'usage du français. Il n'existe que quelques textes juridiques réglementant l'emploi des langues en matière de justice.

Ainsi, le Code de procédure civile (1962) énonce bien qu'il faut une traduction en  français ou en malgache si c'est nécessaire: 

Article 113

S'il est besoin d'effectuer une traduction de langue française en langue malgache ou vice versa, le juge désigne, pour ce faire, un greffier ou un agent en service auprès de la juridiction :

- L'interprète doit être âgé de 21 ans au moins ;
- Il prête serment de traduire fidèlement les écrits ou les discours à transmettre entre ceux qui ne parlent pas les mêmes langues.

Les prohibitions et pénalités de l'article 108 lui sont applicables.

Article 459

1) Les parties sont libres de convenir de la langue ou des langues à utiliser dans la procédure arbitrale. Faute d'un tel accord, le tribunal arbitral décide de la langue ou des langues à utiliser dans la procédure. Cet accord ou cette décision, à moins qu'il n'en soit convenu ou décidé autrement, s'applique à toute déclaration écrite d.une partie, à toute procédure orale et à toute sentence, décision ou autre communication du tribunal arbitral.

Selon l'article 71 du Code de procédure pénale (1962), il faut s'assurer que le «défenseur  entend et parle la langue malgache ou la langue française» et que, à l'article 91, l'accusé ou le détenu reçoive une traduction soit en langue malgache, soit en langue française:

Article 71

À titre exceptionnel, le président de la juridiction peut autoriser l'accusé ou le prévenu à prendre pour conseil un de ses parents ou amis ou un avocat d'une nation étrangère.

Il doit au préalable s'assurer que ce défenseur entend et parle la langue malgache ou la langue française, et il l'avertit qu'il ne doit rien dire contre sa conscience ou contre le respect dû aux lois et qu'il doit s'exprimer avec décence et modération.

Article 91

L'huissier ou le greffier significateur doit remettre au destinataire détenu une traduction de la décision ou de l'acte signifié soit en langue malgache, soit en langue française s'il en est requis par l'intéressé.

L'arrêté n° 2963 du 26 décembre 1962 fixant les jours et heures d'audience des cours et des tribunaux (1962) prévoit que qu'une affiche en français et en malgache soit apposée à la porte de chaque salle d'audience :

Article 1er

[...] À la porte de chaque salle d'audience sera affiché en langue française et en langue malgache, un tableau indiquant dans quel bâtiment et quelle salle se tiennent les différentes audiences.

Dans les prisons, l'article 97 du décret n° 2006-015 du 17 janvier 2006 portant organisation générale de l'administration pénitentiaire (2006) précise que les lettres écrites par les détenus dans une langue étrangère, donc autres qu'en  français ou en malgache, peuvent être traduites aux fins de contrôle:

Article 97

Les lettres écrites en langue étrangère peuvent être traduites aux fins de contrôle.

D'après le décret n° 2005-851 portant création de l'Institut de formation professionnelle des avocats de Madagascar (2005), la connaissance du malgache et d'une «langue vivante étrangère» est obligatoire dans la formation initiale d'avocat:

Article 30

Les programmes de formation initiale des élèves-avocats, de formation complémentaire des avocats stagiaires et de formation continue des avocats inscrits au tableau sont proposés par le Conseil de l'Ordre et adoptés par le Conseil pédagogique.

Ils comprennent notamment :

- Une formation commune de base, en vue de 1a pratique du conseil et du contentieux, portant notamment sur le statut et la déontologie professionnels, la gestion comptable et administrative du cabinet, les techniques de recherche documentaire, les techniques de communication et d'expression orale et écrite; les techniques contractuelles et procédurales, la langue malgache et une langue vivante étrangère ;

Enfin, tout acte notarié, selon l'article 71 de la Loi n° 2007-026 portant statut du notariat à Madagascar (2007), doit être rédigé soit en langue malagasy, soit en langue française, soit en langue anglaise:

Article 71

L'acte notarié doit être rédigé soit en langue malagasy, soit en langue française, soit en langue anglaise.

Toutes les fois qu'une personne ne comprenant pas la langue dans laquelle l'acte est dressé y sera partie ou témoin, le notaire lui traduira oralement cet acte qui portera la mention de cette traduction.

Lorsque les parties ou l'une d'elles ne comprennent ni la langue malagasy (malgache), ni la langue française ou anglaise, elles doivent être assistées d'un interprète assermenté qui devra signer avec elles; l'acte doit alors porter la mention de la traduction faite oralement par l'interprète.

4.4 Les langues de l'administration publique

L'administration publique s'est malgachisée au plan des communications verbales avec les citoyens, mais la langue de travail reste le français et les communications écrites se font généralement dans cette langue. Tous les documents administratifs sont rédigés en français et seul le ministère des Finances envoie des formulaires bilingues aux citoyens. C'est la concession que les autorités ont dû faire pour calmer les populations côtières. En principe, le malgache est la première langue officielle qui est utilisée dans toutes les administrations locales, notamment dans les municipalités et les collectivités décentralisées. À l'oral, le français demeure peu employé, mais à l'écrit il peut concurrencer le malgache au point de le surpasser, surtout dans les textes officiels.   

Il n'existe que fort peu de textes juridiques concernant l'emploi des langues dans l'administration publique. L'ordonnance n° 60-146 du 3 octobre 1960 relative au régime foncier de l'immatriculation fait figure d'exception en ce qui a trait à l'immatriculation d'une propriété foncière:

Article 85

Tout requérant de l'immatriculation doit déposer au conservateur de la propriété foncière qui lui en donne récépissé :

1. Une déclaration en langue française ou malgache, signée de lui ou d'un mandataire spécial et contenant :

1° Ses nom, prénoms, qualité et domicile, filiation et date de naissance, situation matrimoniale et s'il est marié, les nom et prénoms de l'époux et l'indication du régime matrimoniale ;

[...]

Si le requérant ne peut ou ne sait signer, le conservateur certifie le fait au bas de la déclaration, qu'il signe en ses lieu et place et fait apposer par le requérant ses empreintes digitales.

1. Un plan croquis de l'immeuble à immatriculer, daté et signé. Ce plan doit être établi dans les conditions applicables aux demandes d'acquisition de terrains domaniaux.

2. Tous contrats et actes publics ou privés constitutifs des différents droits énumérés dans ladite pièce. Ceux de ces actes qui seraient rédigés
en langue étrangère devront être traduits par un interprète assermenté.

Dans un domaine quelque peu différent de celui de l'administration publique, soit le monde de la santé, l'article 76 du décret n° 98-945 portant Code de déontologie médicale (1998) oblige les médecins à rédiger leurs ordonnances en malgache (malagasy) ou en français:

Article 76

L'exercice de la médecine comporte normalement l'établissement par le médecin, conformément aux constatations médicales qu'il est en mesure de faire, des certificats, attestations et documents dont la production est prescrite par les textes législatifs et réglementaires.

Tout certificat, ordonnance, attestation ou document délivré par un médecin doit comporter sa signature manuscrite.

Il doit être daté et rédigé lisiblement
en langue malagasy ou française.

Il doit permettre l'identification du praticien dont il émane et être signé par lui. Le médecin peut en faire une traduction dans la langue du parient ou dans une autre qui est comprise par celui-ci.

Dans le décret n° 2004-780 du 3 août 2004 portant Code de déontologie des infirmiers (2004), l'article 75 oblige les infirmiers et les infirmières à prévoir une traduction de leurs certificats ou attestation  dans la langue du patient ou dans une autre qui est comprise par celui-ci.

Article 75

Conformément aux soins infirmiers prescrits qu'il est en mesure de faire, l'exercice de la profession d'infirmier (e) comporte normalement l'établissement par infirmier (e) des certificats, attestations et documents dont la production est prescrite par les textes législatifs et réglementaires.

L'infirmier (e) doit faire
une traduction dans la langue du patient ou dans une autre qui est comprise par celui-ci.

C'est le seul texte qui prévoit qu'un document écrit soit disponible dans la langue du citoyen et au besoin traduit dans cette langue.  Il est vrai qu'il ne s'agit pas de gros documents.

4.5 Les langues de l'éducation

Les lois scolaires réglementent l'emploi des langues en matière d'enseignement. Conformément à la Loi n° 2004-004 portant orientation générale du système d'éducation, d'enseignement et de formation à Madagascar, l’État fait de l’éducation «une priorité nationale absolue» (art. 1er) et définit l’enseignement et la formation malgaches comme des processus censés «préparer l’individu à une vie active intégrée dans le développement social, économique et culturel du pays» (art. 4):

Article 4

L'éducation, l'enseignement et la formation malagasy doivent préparer l'individu à une vie active intégrée dans le développement social, économique et culturel du pays.

Pour la réalisation de cet objectif, ils doivent notamment:

-  promouvoir et libérer l'initiative individuelle et des communautés de base;
-  favoriser ta créativité;
-  cultiver le goût de l'effort ;
-  développer l'esprit d'entreprise et de compétition, te souci de l'efficacité, le sens de la communication, la recherche de l'excellence dans le résultat et ;
-  parvenir à produire des citoyens suffisamment instruits et aptes à assurer l'exploitation rationnelle des richesses naturelles potentielles, afin de hisser notre pays au rang des nations les plus développées, tout en conservant sa sagesse légendaire.

Les articles 15 et 43 de la loi n° 2004-004 précisent ce qui suit au sujet de la langue d'enseignement et des langues secondes:

Article 15

- L’école et les établissements d’enseignement et de formation, veillent, dans le cadre de leur fonction d’instruction, à garantir à tous les apprenants, un enseignement et une éducation de qualité qui leur permettent d'acquérir une culture générale et des savoirs théoriques et pratiques, de développer leurs dons et leurs aptitudes à apprendre par eux-mêmes et de s’insérer ainsi dans la société du savoir et du
savoir-faire.

L’école et les établissements d’enseignement et de formation sont appelés essentiellement à donner aux apprenants les moyens :

- de maîtriser la langue malagasy, de par son statut de langue maternelle et nationale ;
- de maîtriser deux langues étrangères au moins.

[...]

Article 43

- L’éducation fondamentale du deuxième cycle (EF2), dispensée dans les collèges, a pour objectifs de :

- renforcer chez l’élève les compétences utiles dans la vie courante : lire- communiquer oralement et par écrit en langue nationale et à maîtriser deux langues étrangères.
- faire acquérir les connaissances et les aptitudes requises dans les domaines des mathématiques, des sciences, de la technologie, des sciences humaines, des arts et des sports et ce, afin qu’il puisse poursuivre ses études dans le cursus suivant ou qu’il intègre les filières de la formation professionnelle ou s’insérer dans la société. La fin de cycle est sanctionnée par un Brevet

L'arrêté n° 15823/2001-MINESEB portant organisation du Brevet d'études du premier cycle de l'enseignement secondaire (BEPC) et du concours d'entrée en classe de seconde des établissements publics d'enseignement général (2002) précise que les examens sont libellés en malagasy et en français:

Article 25

Les épreuves mentionnées à l'article 10, chapitre I du présent arrêté, seront libellées en malagasy et en français à l'exception des épreuves de langue.

- Les écoles primaires et secondaires

L'enseignement primaire et le premier cycle du secondaire sont aujourd'hui entièrement malgachisés. Le français est introduit comme langue seconde dès la deuxième année du primaire et, par la suite, jusqu'au second cycle du secondaire où il devient une langue d'enseignement, alors que le malgache demeure une matière d'enseignement.

Le français est parfois toléré comme langue d'enseignement au premier cycle lorsque les professeurs étrangers ne connaissent pas suffisamment le malgache. De plus, une seconde langue étrangère, ordinairement l'anglais, est obligatoire à partir de la sixième année du primaire. À la fin des études secondaires, un enfant malgache doit normalement être bilingue (malgache-français) pour accéder aux études supérieures.

- L'enseignement supérieur

Le pays compte au moins six universités publiques: Antananarivo, Antsiranana, Fianarantsoa, Mahajanga, Toamasina et Toliara. Il faut ajouter aussi des instituts supérieurs de technologie: Antananarivo, Antsiranana et Ambositra. En 2011, la population étudiante dépassait les 52 000 élèves dans les universités et 1300 dans les instituts. Les études universitaires ou supérieures se font presque exclusivement en français. Pourtant, là aussi, la malgachisation paraît irréversible à long terme et les commissions terminologiques préparent la relève.

- Les problèmes de l'éducation à Madagascar

Le système d'éducation malgache semble souffrir de nombreux problèmes. Bine que l'État puisse prôner une politique de gratuité à l'école primaire, il n'est est pas ainsi dans la pratique, car il existe des frais additionnels importants que doivent absorber les familles. De plus, les jeunes sont victimes de différences importantes entre l'éducation des filles et celle des garçons. Ainsi, 68,9 % des personnes de plus de 15 ans savent lire et écrire: c'est 75,5 % chez les hommes et 62,5 % chez les femmes. La non-scolarisation ou la déscolarisation des filles constituent donc un frein à la scolarisation ouverte à tous.

À l’échelle nationale, il existe des disparités de niveau scolaire qui favorisent nettement les populations des milieux urbains, notamment celles de la capitale. Par le fait même, les populations rurales sont défavorisées en raison de la fréquentation des établissements scolaires publics et de leur éloignement des centres urbains où le niveau scolaire est beaucoup plus élevé. De fait, il existe de grands écarts de niveau scolaire entre les établissements d’enseignement public (écoles primaires publiques, collèges et lycées d’enseignement général et technique publiques) et ceux de l’enseignement privé reconnus comme supérieurs et concentrés dans les grandes villes.

Dans les zones rurales, le problème concernant les manques d’infrastructures scolaires semble permanent, que ce soit la pénurie de salles de classes, de tables, de bancs, de toilettes, de tableaux noirs, de livres, de matériels d’enseignement les plus élémentaires, etc. Le manque de ressources financières allouées à l’éducation oblige les écoles rurales à se contenter du peu qu'elles ont, c'est à-dire du moins que le minimum nécessaire, ce qui est loin de garantir une éducation de qualité.

Il faut noter aussi les problèmes relatifs au corps enseignant des établissements publics. Le manque de formation pédagogique semble être devenu une caractéristique des enseignants, surtout au primaire, l'enseignement de base. Les programmes de recyclage des enseignants sont quasi inexistants, sans compter la dévalorisation du métier d’enseignant et le manque de matériels pédagogiques. 

Si le français continue de jouer, après le malgache, un rôle officiel important dans l'éducation à Madagascar, il n'est pas encore pratiqué par l'ensemble de la population. Rappelons que seulement 25 % de la population malgache «se débrouille en français» et qu'environ 30 000 personnes le parlent presque couramment. Entre 2008 et 2012, selon l'UNICEF, le taux d'alphabétisation des jeunes de 15 à 24 ans étaient de 65,9 % pour les hommes et de 64,0 % pour les femmes. 

4.6 Les langues de l'information et des médias

Dans le domaine de l'information, le résultat de la malgachisation est plus modeste: la presse écrite nationale ne paraît qu'en malgache, mais la presse privée peut être rédigée en français: Midi Madagasikara, Madagascar Tribune, L'Express, Maresaka, Basy-Vava, Imongo Vaovao. Les hebdomadaires (Dans les médias demain, Revue de l'océan Indien, Mada Eco, Lakroa, Feon'ny Merina, Marturia Vavolombelona, Telonohorefy, Jureco, Demokraty, Zoko) et les périodiques paraissent soit en français soit en malgache.

La radio nationale ne diffuse en français que quelques heures par jour, le reste se fait en malgache, mais de nombreuses stations radiophoniques locales diffusent leurs émissions en malgache, en français et même en anglais. En revanche, la télévision et le cinéma recourent massivement au français parce que Madagascar n'a pas les moyens de réaliser ses propres émissions et ses films en langue malgache; on achète, dans une proportion de 95 %, des productions produits en France, en Belgique, en Suisse ou au Canada (Québec). Seules les élites du pays peuvent prétendre à la culture française, soit en lisant la presse soit en suivant les quatre ou six heures de retransmission des émissions télévisées parisiennes.

Dans l'affichage, tout est demeuré en français dans les publicités et la signalisation routière, avec un affichage minoritaire en malgache.

Par ailleurs, le gouvernement s'est doté d'une politique du livre. Par le décret n° 2012-1008 portant politique malgache du livre (2012), il s'impose de promouvoir la publication et la traduction de livres en malgache:

Article 19

Promotion, information et sensibilisation
 
1. La création littéraire et la production d'ouvrages scientifiques et techniques seront stimulées par l'organisation de foires du livre, de concours, de prix et distinctions et par l'attribution de bourses d'études aux auteurs, aux traducteurs et aux illustrateurs.
 
2. L'État veillera à créer les conditions de collecte et de valorisation de la tradition orale (contes, épopées, chroniques historiques, comptines, proverbes, chants, poèmes, littérature liturgique) pour que le patrimoine intangible malgache puisse alimenter la production nationale d'ouvrages.
 
3. Pour favoriser le marché des traducteurs et des auteurs et stimuler le dialogue interculturel, l'État encouragera par des mesures appropriées une
politique nationale en matière de traduction qui visera à rendre accessible en malgache les textes littéraires et scientifiques étrangers et à rendre disponible au-delà des frontières nationales, dans d'autres langues, les œuvres en langue malgache.
 

4.7 Le monde du travail
 

Le monde du travail s'est toujours fait en français à Madagascar, du moins dans les villes et autour de la capitale. Depuis l'indépendance (1960), la France a toujours été le premier investisseur dan la Grande Île. Cependant, la France a été détrônée en 2007 par le Canada. Cette année-là, les investissements directs étrangers venant du secteur privé canadien se sont accrus de 800 %, alors que ceux des Français ont baissé de 10 %. On peut expliquer ces investissements en provenance de l'Amérique du Nord par le partage en commun de la langue française. Néanmoins, le nombre total de filiales françaises à Madagascar est nettement supérieur au nombre des filiales canadiennes ou québécoises. Quoi qu'il en soit, le monde du travail se fait en français à Madagascar, rarement en anglais.

Dans les denrées alimentaires et les produits manufacturés préemballés, l'étiquetage doit comporter au moins l'une des trois langues suivantes: le malgache, le français ou l'anglais. En général, la législation en vigueur impose toujours le malgache et le français, parfois le malgache ou le français. En ce qui a trait à la publicité commerciale, les inscriptions sont massivement en français, mais elles pourraient être en malgache ou en anglais. La publicité écrite est rarement en malgache, parce qu'elle paraîtrait moins prestigieuse. Quant à la publicité en anglais, elle risquerait de n'être guère comprise par la majorité des Malgaches. 
 

Selon l'arrêté n° 1075/2012 fixant les indications obligatoires pour l'étiquetage des produits et denrées alimentaires préemballées (2012), il est interdit de mettre en vente, de vendre ou de distribuer des denrées alimentaires dont l’étiquetage ou la présentation ne sont pas conformes aux prescriptions définies dans ledit arrêté:

Article 1er

Il est interdit de détenir en vue de la vente ou de la distribution à titre gratuit, de mettre en vente, de vendre ou de distribuer à titre gratuit, dans le territoire national, des denrées alimentaires dont l’étiquetage ou la présentation ne sont pas conformes aux prescriptions définies en annexe du présent arrêté.

Les mentions obligatoires doivent être rédigées au moins dans l'une des trois langues autorisées:
 

Article 2

Toutes les étiquettes des produits et denrées alimentaires préemballés doivent comporter au moins en une des trois langues suivantes: malagasy; française; anglaise; les mentions d’étiquetage obligatoires citées dans la même annexe du présent arrêté.

Dans l'étiquetage des produits su tabac, l'arrêté interministériel n° 28540/2011 fixant les modalités d'application du décret n° 2010-1008 du 14 décembre 2010 portant conditionnement et étiquetage des produits du tabac en vente à Madagascar (2011) prescrit des inscriptions en langue malagasy (malgache) pour les cigarettes, le tabac à chiquer et le tabac à priser:

Article 3

En application des dispositions du décret n° 2010-1008 du14 décembre 2010 portant conditionnement et étiquetage des produits du tabac en vente à Madagascar, toutes les Unités de conditionnement des produits du tabac de fabrication locale et étrangère, destinés à la consommation sur le territoire de la République de Madagascar doivent obligatoirement porter les mentions et avertissements suivants :
 
1°- Pour les cigarettes :

a) En haut de la face postérieure de chaque paquet doivent figurer les messages d'inscription d'avertissement sanitaires sur les méfaits du tabagisme en langue malagasy et la surface conférée à l'inscription du message d'avertissement sanitaire doit occuper les soixante cinq pour cent (65 %) de la face postérieure de chaque paquet;
 
b) Sur la face antérieure de chaque paquet doit figurer une photo ou image en couleur en correspondance du message d'inscription sanitaire prévu par l'article 4 ci-dessous et occuper les soixante cinq pour cent (65%) de sa superficie;
 
c) Sur la face latérale de chaque paquet doit figurer
l'inscription: "Amidy eto Madagasikara";

 
[...]

2°- Pour le tabac à chiquer:

a) En haut de la face postérieure de chaque unité de conditionnement doivent figurer les messages d'inscription d'avertissement sanitaires sur les méfaits du tabagisme en langue malagasy et doit occuper les soixante cinq pourcent (65%) de sa superficie;
 
b) Sur la face antérieure de chaque unité de conditionnement doit figurer la mention :
"Amidy eto Madagasikara".

3°- Pour le tabac à priser :

a) En haut de la face postérieure de chaque paquet doivent figurer les messages d'inscription d'avertissement sanitaires sur les méfaits du tabagisme en langue malagasy et la surface conférée à l'inscription du message d'avertissement sanitaire doit occuper les soixante cinq pourcent (65 %) de face postérieure de chaque paquet;
 
b) Sur la face antérieure de chaque paquet doit figurer une photo ou image en couleur en correspondance du message d'inscription d'avertissement sanitaire prévu par l'article 4-a) ci-dessous et doit occuper les soixante cinq pourcent (65%) de sa superficie;
 
c) Sur la face latérale de chaque paquet doit figurer l'inscription
en malagasy
"Amidy eto Madagasikara " ;
 
[...]

L'article 3 du même arrêté interdit d'employer des termes trompeurs tels «légère», «ultralégère», «douce», «à faible teneur en goudrons», «aromatisés», etc., que ce soit en malgache ou en d'autres langues:
 

Article 9

Sont interdits :

d) l'utilisation d'autres messages d'inscription d'avertissement sanitaires et ou photos ou images autres que les messages d'inscription d'avertissement sanitaires, photos ou images approuvé par le ministère chargé de la Santé;
 
e) l'utilisation des termes trompeurs sur toutes les unités de conditionnement des produits du tabac mais de manière non exclusive tels que: « légère », « ultralégère », « douce », « à faible teneur en goudrons », « aromatisés »…
en malagasy ou en d'autres langues;

Dans le décret n° 99-716 du 8 septembre 1999 sur le registre du commerce et des société (1999),  toute société commerciale est tenue de rédiger ses documents comptables en malgache ou en français ou traduits dans l'une de ces deux langues:

Article 62

Toute société commerciale dont le siège est situé à l'étranger et qui ouvre à Madagascar un premier établissement est tenue de déposer, au plus tard en même temps que la demande d'immatriculation, au greffe du tribunal de commerce dans le ressort duquel est situé cet établissement, deux copies de ses statuts en vigueur au jour du dépôt ; elle dépose en outre, chaque année, deux exemplaires des documents comptables qu'elle a établis, fait contrôler et publier dans l'État où elle a son siège.

Le dépôt des documents comptables est effectué dans le délai prévu par la législation dont relève le siège de la société.

Tous actes ultérieurs modifiant les statuts doivent être déposés dans les conditions prévues à l'alinéa précédent.

Les pièces déposées sont traduites, le cas échéant,
en langue malgache ou française et les copies sont certifiées conformes par les déposants.

Article 64

Avant toute émission en territoire malgache par appel public à l'épargne, d'actions, obligations ou autres titres négociables par une société étrangère n'ayant en territoire malgache ni succursale ni agence ou avant toute inscription à la cote officielle des bourses de valeurs de titres émis par une telle société, la société émettrice est tenue de déposer au greffe du tribunal de première instance d'Antananarivo deux copies de ses statuts en vigueur au moment du dépôt.

Ces copies doivent être déposées par le représentant de la société ou l'introducteur des titres à Madagascar. Les statuts doivent être
traduits en langue malgache ou française
, s'il y a lieu.

Ces copies sont certifiées conformes par le déposant.
 

Enfin, il existe un domaine typiquement malgache et protégé par la politique culturelle du gouvernement: le kabary. Il s'agit d'une forme oratoire, prononcée à haute voix, illustrée de contres, de proverbes et de maximes afin de charmer un auditoire. Dans sa forme littéraire, le kabary permet de garder et de sauvegarder la langue et les termes spécifiquement malgaches, surtout ceux inusités au quotidien, tels que les proverbes et les maximes. La personne qui récite un kabary est un Mpikabary. Or, l'arrêté n° 14631 portant charte du "kabary" et des "mpikabary" (2013) impose des obligations aux Mpikabary, dont celle de défendre la la langue malagasy.

Article 3

Devoirs et obligations des Mpikabary

•Utiliser le "kabary" comme outil permettant tout citoyen à devenir acteur efficace du développement;
•Inculquer en chaque Malgache l’assurance que le "kabary" favorise des comportements de réussite pour l’avenir;
•Inculquer à tous les citoyens malgaches la confiance en soi, l’esprit de compétition, le sens de l’effort individuel et collectif et la créativité pour en faire des acteurs efficaces du développement;
•Enraciner l’acquisition de réflexes culturels développés;
•Valoriser le "kabary" afin de développer le renouveau culturel nécessaire pour des sociétés se basant sur l’entente mutuelle, respectueuses des droits humains et soucieux de l’environnement dans un processus de communication efficace;
Défendre la langue malagasy.

En somme, les quelques textes juridiques présentés ici confirment le caractère co-officiel des langues malgache et française. Cependant, la loi ne prévoit pas la prédominance d'une langue sur une autre.

La république de Madagascar est aux prises avec un nombre de langues plus important que les deux langues officielles et qu'on a tendance à oublier: les langues autochtones autres que le mérina. En ce qui concerne les langues malayo-polynésiennes, le pays se dirige vers un unilinguisme malgache en assimilant les groupes ethniques qui ne parlent pas le merina.

Le français pourrait servir de «tampon» provisoire pour ne pas nuire au bon fonctionnement de l'État et pour apaiser les nationalistes malgaches (les «côtiers»), qui refusent de se faire imposer le merina. Le maintien du français contribue aussi à la formation de l'élite du pays, ce qui semble paradoxal pour les Merina, dont l'endoctrinement patriotique a conduit à la malgachisation et à l'élimination partielle du français. On constate, par exemple, que les dirigeants merina envoient leurs enfants dans les écoles privées françaises, eux qui ont tout fait pour éliminer la langue coloniale. On devine que cette situation entraîne des protestations chez les populations côtières qui considèrent que leurs enfants seront défavorisés s'ils ne savent pas le français. À plus ou moins long terme, le français ne devrait toutefois plus servir qu'à assurer les échanges commerciaux et scientifiques au plan international.

Bien que le français soit bien placée pour remplir ce rôle, le sentiment anti-français est demeuré tenace et l'attraction de l'anglais reste relativement forte dans ce pays. Néanmoins, le problème de l'aménagement linguistique ne semble plus intéresser beaucoup les autorités malgaches. Bien entendu, des déclarations fracassantes se font entendre parfois, mais elles n'aboutissent à rien de concret. Il semble même que le français soit en train d'effectuer un retour en force tout en ne soulevant plus aucune opposition, bien au contraire.

Dernière mise à jour: 31 mai 2016

Bibliographie

BABAULT, Sophie. Langues, école et société à Madagascar («Normes scolaires, pratiques langagières, enjeux sociaux), Paris, Éditions de L’Harmattan, 2006, 320 p.

COATALEM, Jean-Luc. «Madagascar, la grande émotion» dans Geo, Paris, no 249, novembre 1999, p. 92-117.

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. «Synthèse», 1992, 708 p. 

DELERIS, Ferdinand. «À Madagascar: du bilinguisme "circonstanciel" au bilinguisme assumé» dans Géopolitique africaine, février 1988, Eurafrica News, Bruxelles, p. 117-121. 

RAKOTOANOSY, Monique. «Appropriation du français: problématique et perspectives à Madagascar» dans Appropriation du français et pédagogie convergente dans l'océan Indien, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2007, p. 125-135.

TURCOTTE, Denis. «La planification linguistique à Madagascar» dans International Journal of the Sociology of Language, no 32, 1981, Mouton Publishers, Amsterdam (Pays-Bas), p. 2-5. 

TURCOTTE, Denis. La politique linguistique en Afrique francophone: une étude comparative de la Côte d'Ivoire et de Madagascar, Québec, Presses Université Laval, 1981.

TURCOTTE, Denis. «La francophonie océanienne: situation actuelle et évolution future», dans Québec français, no 45, Québec, mars 1982, p. 23-25.

 

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