Histoire sociolinguistique
des États-Unis

(3) La révolution américaine

(1776-1783)

Plan de l'article

1 Le renforcement du pouvoir britannique (1763-1776)

1.1 Les «lois intolérables» ("Coercive Acts")
1.2 L'Acte de Québec de 1774

2 La révolution américaine (1775-1783)

2.1 La guerre de l'Indépendance (1775-1783)
2.2 La «revanche» de la France
2.3 L'indépendance américaine
 

3 La Constitution américaine de 1787 et la question linguistique

3.1 Une république fédérale
3.2 L'élite coloniale et le peuple
3.3 La question linguistique
3.4 Le gouvernement fédéral et l'Union

La révolution américaine fut un conflit armé qui dura huit longues années. Elle constitua également une guerre civile entre sujets britanniques et Américains, ainsi qu'une rébellion contre les autorités coloniales et une insurrection contre le roi d'Angleterre (George III) et le régime monarchique. Ce fut enfin une guerre de «libération nationale», la première de l'histoire moderne. Si la révolution américaine a eu des conséquences considérables sur le continent nord-américain, on a pu nettement en déterminer les causes. En ce qui concerne la question linguistique, elle ne semble pas avoir constitué une préoccupation majeure, car les hommes politiques américains associaient l'interventionnisme linguistique à une pratique monarchiste qui avait cours en Europe. Or, toutes les pratiques qui rappelaient la monarchie et ses excès étaient bannies.  C'est donc la non-intervention linguistique qui caractérise cette époque de l'histoire américaine.

1 Le renforcement du pouvoir britannique (1763-1776)

Avec le traité de Paris de 1763 qui mettait officiellement fin à la guerre de Sept Ans (1756-1763) entre la France et la Grande-Bretagne, toute la Nouvelle-France, à l'exception de la Louisiane cédée à l'Espagne, devint officiellement une possession britannique. De son immense empire en Amérique du Nord, la France ne conservait plus que les minuscules îles de Saint-Pierre-et-Miquelon au sud de Terre-Neuve. Pendant ce temps, la guerre en Amérique du Nord britannique avait apporté la gloire aux généraux anglais, la mort aux simples soldats, la fortune aux négociants, le chômage aux pauvres et l'effondrement économique des peuples amérindiens.

Cependant, afin de vaincre les Français au Canada et en Acadie, la Grande-Bretagne avait dû emprunter d'énormes sommes d'argent en vue de payer ses dispendieuses opérations militaires. Les seuls intérêts de la dette coûtaient au trésor britannique plus de quatre millions de livres par an. Le gouvernement britannique eut alors l'idée de faire rembourser une partie de ces lourdes dépenses par les Treize Colonies (les seules qui pouvaient payer), grâce à des taxes directes sur des produits tels que le thé, le vin, le sucre, la mélasse, les journaux, etc. Il paraissait normal pour le gouvernement britannique de faire défrayer par les colons de la Nouvelle-Angleterre une partie des dépenses encourues pour leurs bénéfices.

En revanche, les représentants des Treize Colonies ne voyaient plus l'intérêt de maintenir cet onéreux dispositif militaire britannique en raison de la chute de la Nouvelle-France. De plus, les colons de la Nouvelle-Angleterre n'avaient attendu que la victoire anglaise pour poursuivre enfin leur expansion vers l'ouest. Or, le roi George III venait de commencer son règne en 1760 et il avait bien l'intention de renforcer les prérogatives royales sur ses colonies d'Amérique. Il considérait que ces colons étaient des «sujets britanniques» qui avaient pour devoir premier de se plier à ses décisions.

Deux problèmes allaient surgir et réduire considérablement l'autorité royale. D'une part, les assemblées coloniales détenaient des pouvoirs importants, semblables à ceux dont disposait le Parlement anglais, par exemple celui de voter les impôts et les dépenses, sans oublier celui de s'assurer de l'initiative des lois. D'autre part, l'éloignement géographique et l'obstacle que constituait un vaste océan rendaient plus aléatoire toute tentative de domination sur les Treize Colonies.

1.1 Les «lois intolérables» ("Coercive Acts") dans les Treize Colonies

Les colons des Treize Colonies connurent leur première déception au moment où la Grande-Bretagne, par la Proclamation royale de 1763, décida de réserver le «Territoire  indien» à l'ouest de la Nouvelle-Angleterre aux autochtones et interdit même aux colons de s'y installer. Voici deux extraits de cette Proclamation (en traduction française):

Royal Proclamation of 1763

Fourthly

[...] We do hereby strictly forbid, on Pain of Our Displeasure, all Our loving Subjects from making any Purchases or Settlements whatever, or taking Possession of any of the Lands above reserved, without Our especial Leave and Licence for that Purpose first obtained.

And We do further strictly enjoin and require all Persons whatever, who have either wilfully or inadvertently seated themselves upon any Lands within the Countries above described, or upon any other Lands, which, not having been ceded to, or purchased by Us, are still reserved to the said Indians as aforesaid, forthwith to remove themselves from such Settlements. [...]

Proclamation royale de 1763

Article 4

[...] Nous défendons aussi strictement par la présente à tous Nos sujets, sous peine de s'attirer Notre déplaisir, d'acheter ou posséder aucune terre ci-dessus réservée, ou d'y former aucun établissement, sans avoir au préalable obtenu Notre permission spéciale et une licence à ce sujet.

Et Nous enjoignons et ordonnons strictement à tous ceux qui, en connaissance de cause ou par inadvertance, se sont établis sur des terres situées dans les limites des contrées décrites ci-dessus ou sur toutes autres terres qui n'ayant pas été cédées ou achetées par Nous se trouvent également réservées pour lesdits sauvages, de quitter immédiatement leurs établissements. [...]

Par la Proclamation royale, la Grande-Bretagne manifestait ainsi son opposition au désir d'expansion de ses colons vers l'ouest.

La seconde déception avait trait à la Loi sur le cantonnement (Quartering Act) du 24 mars 1765, qui ordonnait aux autorités coloniales d'assurer le logement des soldats de la Couronne britannique. Or, le maintien de l'armée anglaise en temps de paix, soit près de 10 000 hommes, sur les territoires coloniaux provoqua de nombreuses récriminations, d'autant plus que la Loi sur le cantonnement permettait de réquisitionner des maisons pour loger les soldats. Puis le parlement de Londres adopta la Loi sur la monnaie (Money Act), la Loi sur le timbre (Stamp Act), la Loi sur le sucre (Sugar Act), etc., le tout destiné à acquitter l'énorme dette accumulée durant la guerre de Sept Ans. Comme si ce n'était pas assez, le gouvernement britannique envoya ses propres douaniers, protégés par son armée, avec des pouvoirs spéciaux tels que l'autorisation de pénétrer dans n'importe quel lieu privé ou public pour vérifier les marchandises et saisir toutes celles qui seraient jugées illégales. Enfin, la Currency Act (Loi sur la monnaie) du 1er septembre 1763 interdit formellement l'émission de papier-monnaie dans les colonies et privait celles-ci de liquidités. Comme on le constate, les «lois intolérables» n'avaient aucun rapport avec la situation linguistique dans les Treize Colonies. L'anglais était la langue commune et la langue d'usage dans ces colonies, comme dans la mère patrie.

1.2 L'Acte de Québec de 1774

Devant les difficultés et le climat qui se détériorait dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre, le gouvernement britannique dut prendre des mesures pour contrer les tendances autonomistes de ses colonies d'Amérique du Nord. Le 20 mai 1774, le gouvernement fit adopter par le Parlement britannique l'Acte de Québec (traduction traditionnelle de Quebec Act), une loi constitutionnelle destinée à modifier le statut de la «province de Québec». La Grande-Bretagne redonnait à la province de Québec un territoire (voir la carte de gauche) qui rappelait celui de la Nouvelle-France (sans la Louisiane) et rétablissait les lois civiles françaises tout en reconnaissant officiellement la religion catholique. C'était énorme!

L'Acte de Québec mit littéralement le feu aux poudres dans les Treize Colonies. Les colons anglais n'acceptaient pas que Londres puisse accorder des droits territoriaux à leurs ex-ennemis de la Nouvelle-France contre lesquels ils avaient combattu une quinzaine d'années plus tôt, sans parler de la reconnaissance «en terre britannique» des «papistes canadiens». Les marchands de New York et d'Albany furent indignés de voir limiter leur expansion vers l'ouest et le commerce des fourrures des Grands Lacs passer au profit de Montréal, comme avant la conquête de 1760.

Il parut inadmissible aux colons anglais que l'Acte de Québec semblait non seulement mettre de côté tout projet d'assimilation des Canadiens français, mais affirmait juridiquement l'existence d'une civilisation française en Amérique. Ils dénoncèrent aussitôt la «collusion anglo-canadienne» qui se liguait contre les colons de la Nouvelle-Angleterre.  Un avocat bostonnais écrivit alors: «Eh quoi! Nous, les Américains, avons-nous dépensé autant de sang et de richesses au service de la Grande-Bretagne dans la conquête du Canada, pour que les Britanniques et les Canadiens puissent maintenant nous subjuguer?» C'est pourquoi l'Acte de Québec, comme les autres lois appelées «lois intolérables» («Intolerable Acts»), fut considéré comme tout à fait inacceptable pour les Treize Colonies, qui le perçurent comme une manoeuvre dirigée expressément contre elles.

En réalité, enfin débarrassés du rival français «qui ne laissait pas un moment de repos» (selon les mots de Benjamin Franklin), les colons de la Nouvelle-Angleterre refusaient l'intervention de la Métropole, qui les empêchait de protéger leurs propres intérêts commerciaux et de jouir pleinement des libertés qu'ils croyaient enfin acquises. Autrement dit, une autre colonie, britannique celle-là, bloquait toujours l'expansion de la Nouvelle-Angleterre et servait de base militaire à une mère patrie devenue «l'ennemie à abattre». Il fallait donc éliminer le plus tôt possible cette menace!

2 La révolution américaine (1775-1783)

Tous ces événements suscitèrent une grande colère dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre. Douze colonies sur treize (il ne manquait que la Géorgie) se réunirent au sein du «Congrès contre la Loi sur le timbre» (Stamp Act Congress ), tandis que Benjamin Franklin défendait la cause des colons à Londres. Aux yeux de ces derniers, ces lois violaient le droit des sujets britanniques de ne pas être taxés sans consentement de leurs représentants en vertu du principe No taxation without representation («Pas de taxation sans représentation»), parce que les colonies n'étaient pas représentées au Parlement britannique; ces lois diminuaient ainsi l'indépendance de leurs assemblées coloniales et constituaient la première étape d'un «complot» visant à les priver de leurs libertés. Des sociétés secrètes de patriotes (appelés les «Fils de la liberté») se constituèrent. Le mouvement de protestation colonial culmina, en octobre 1765, lors du Congrès contre la Loi sur le timbre.

Cela dit, Benjamin Franklin ne croyait pas que l'imposition de ces taxes était suffisante pour déclencher la révolution:

Les colonies auraient volontiers supporté l'insignifiante taxe sur le thé et autres articles, sans la pauvreté causée par la mauvaise influence des banquiers anglais sur le Parlement, ce qui a créé dans les colonies la haine de l'Angleterre et causé la guerre de la Révolution.

Les colons voulaient bien être anglais, mais dans la mesure où l'Angleterre les laissait tranquilles. En fait, ils acceptaient de s'enrichir «derrière les remparts de l'Empire», sans «payer le prix de la sécurité». Avec le recul, on dirait aujourd'hui qu'ils désiraient le beurre et l'argent du beurre!

L’unité des Treize Colonies américaines se réalisa dans leur opposition commune à la politique du gouvernement britannique : en septembre 1774, sur l’initiative de Benjamin Franklin, elles se réunirent à Philadelphie lors d'un premier Congrès continental (5 septembre-26 octobre 1774). Deux colonies se mirent à la tête du mouvement révolutionnaire: le Massachusetts et la Virginie. L'apport de ces deux colonies, riches et peuplées, constituera pour l'avenir un avantage décisif. Juste avant l'indépendance, la Virginie réunissait 21 % des colons américains, le Massachusetts, 11 %, tout comme la Pennsylvanie.

2.1 La guerre de l'Indépendance (1775-1783)

La guerre de l’Indépendance américaine débuta le 17 juin 1775 (lors de la bataille de Bunker Hill) entre les Britanniques et les Treize Colonies insurgées: Massachusetts, New Hampshire, Connecticut, Rhode Island, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Sud, Caroline du Nord et Géorgie. Toute la Nouvelle-Angleterre abritait une population d'environ 2,5 millions d'habitants. Les Britanniques pouvaient compter sur une armée de 30 000 soldats de métier (disciplinés, expérimentés, bien armés et bien payés) et les meilleurs généraux d'Europe, sans oublier 700 navires de guerre, 2000 navires de commerce pour le transport des troupes et des munitions, ainsi que sur 150 000 marins. Une force redoutable! Mais l'indépendance américaine ne fut acquise qu'au prix d'une longue guerre de sept ans, entraînant l'enlisement des Britanniques.

Quant aux insurgés américains, ils ne disposaient que de 18 000 à 20 000 hommes inexpérimentés — et leur nombre s'est même parfois réduit jusqu'à 3000 hommes en état de combattre —, n'avaient pas de marine de guerre et ne disposaient que de peu de généraux bien formés. Les insurgés ne bénéficiaient par ailleurs que d'une armée de miliciens volontaires mal équipés, à moitié soldats et à moitié cultivateurs. Dans plusieurs colonies, on finira par imposer le service militaire pour tous les hommes blancs âgés entre 16 et 60 ans. Cependant, demeurèrent généralement exemptés de la conscription les membres de l'administration, les pasteurs, les étudiants et les professeurs de Yale, les Noirs, les Indiens et les Mulâtres. C'était beaucoup de monde! Il était aussi possible d'échapper à cette obligation en payant de la somme de cinq livres. 

Par ailleurs, les colons de la Nouvelle-Angleterre étaient loin d’être tous solidaires et antiroyalistes. Ils se divisèrent entre ceux qui prônaient l'indépendance les patriotes ou républicains et ceux qui voulaient rester britanniques les loyalistes (ou royalistes). Plusieurs termes ont servi à désigner les antagonistes dans les colonies américaines: Roundhead ou Puritans (pour leurs croyances religieuses strictes) associés aux Whigs, contre Monarchists associés aux Tories. On désigne aujourd'hui les monarchistes par Loyalists aux États-Unis, mais au Canada on a longtemps utilisé l'expression United Empire Loyalists (loyalistes de l'Empire uni). Comme on le sait, les «loyalistes» fidèles à la Métropole se rangèrent du côté des Britanniques avant de fuir au Canada. Cela dit, nombreux sont ceux qui restèrent neutres.

C'est à cette époque qu'apparut le mot Yankee. Selon une étymologie probable (Oxford English Dictionary), il s'agirait d'un sobriquet employé par les soldats britanniques pour désigner leurs adversaires. Yankee viendrait du mot néerlandais Yanke signifiant «le petit Jan». Ce diminutif serait apparu parmi les troupes britanniques comme un quolibet xénophobe destiné à renvoyer les insurgés à une origine étrangère et à jeter le discrédit sur la vraie nature de leur rébellion. Les habitants des colonies auraient pris ce terme péjoratif à leur compte selon un processus de bravade sémantique.  Après l'indépendance, les Anglais continueront d'utiliser le terme Yankee pour désigner les Américains. On parlait des habitants de la Nouvelle-Angleterre en disant «the New England or yankee country». Pour leur part, les Français ont eu une toute autre interprétation du mot Yankee. Selon ces derniers, il s'agirait d'une déformation des Indiens du Massachusetts du mot English en Yenghis, Yanghis et Yankies. Le Dictionnaire Littré écrivait en 1877:

Yankee. N.m. Sobriquet par lequel les Anglais désignent familièrement, et avec une espèce de dénigrement, les habitants des États-Unis de l'Amérique du Nord. C'est le mot English, anglais, défiguré par la prononciation des Peaux-Rouges.

Littré ne cite aucune source à l'appui de sa description, mais sa définition contredit certainement la tradition anglo-saxonne. 

1st Official Flag, 13 Stars - 1777
Drapeau de 1777

Le 4 juillet 1776, les colonies américaines adoptèrent en anglais la Déclaration d'Indépendance, rédigée par Thomas Jefferson, un avocat très cultivé et francophile alors âgé de 33 ans, puis, le 15 novembre 1777, les Articles de la Confédération. Au moment où les Américains proclamaient leur indépendance, ils formaient une population de 2,5 millions d'habitants, dont 1 950 000 Blancs, 520 000 Noirs et environ 100 000 Indiens. Benjamin Franklin notait alors que la population doublait tous les vingt ans. C'est au cours de l'été 1782 que Franklin rédigea les grandes lignes du traité réclamant l'indépendance totale, l'accès aux zones de pêche des nouveaux territoires, l'évacuation par les forces anglaises des zones occupées et l'établissement d'une frontière occidentale sur les rives du Mississipi.

Au même moment, Thomas Paine (1737-1809), un intellectuel pamphlétaire et révolutionnaire d'origine anglaise, publiait à Philadelphie, en janvier 1776, un pamphlet intitulé en anglais Common Sense (Le sens commun en français), ouvrage considéré aujourd'hui comme le premier best-seller américain. Il s'agissait d'un vibrant plaidoyer en faveur de la rupture avec la Grande-Bretagne et l'établissement d'une république en Amérique du Nord. Paine défendait l'idée que les assemblées coloniales étaient plus à même de gouverner les colonies que le lointain Parlement de Westminster.

Il pensait que la Révolution américaine devait aboutir à «la naissance d’un monde nouveau»; il trouvait ridicule et contre la loi naturelle «qu'une île règne sur un continent». Pour lui, l'Amérique n'était plus «une nation britannique» : elle se composait d'influences de tous les pays d'Europe. Il en tira la conclusion que l'indépendance des colonies était devenue inévitable et nécessaire. L'ouvrage de Paine aurait inspiré des personnalités telles George Washington, Benjamin Rush et John Adams.  Le pamphlet fut publié à plus de 150 000 exemplaires dans les colonies britanniques (pour une population de 1,5 million d'habitants), et il fut distribué en Europe. Aucun autre pamphlet de cette époque ne souleva autant d’enthousiasme parmi les patriotes, mais aussi une grande opposition de la part des loyalistes. Les écrits de Thomas Paine, parmi lesquels figure les Rights of Man ("Droits de l'Homme" de 1791), exercèrent une grande influence sur la Révolution française. Parlant bien le français, Paine fut même élu député à l’Assemblée nationale française en 1792, mais il fut incarcéré par Robespierre en 1793, puis libéré après dix mois et réadmis comme comme député à la Convention en 1795.

À l'invitation du président Thomas Jefferson, il quitta la France en 1802 pour les États-Unis, qualifiant alors Napoléon Bonaparte, premier consul, de «charlatan le plus parfait qui eût jamais existé». Après la vente de la Louisiane en 1803, Thomas Paine recommanda aux nouveaux Américains du territoire de Louisiane l'apprentissage de la langue française, mais aussi l'«adaptation» de leurs pratiques religieuses catholiques.

2.2 La «revanche» de la France

L'insurrection américaine fut particulièrement bien accueillie en France, surtout auprès de l'aristocratie et la bourgeoisie. Les nouvelles étaient lues et commentés, et en général la rébellion était perçue comme le combat de l'«esprit des Lumières» face à la «tyrannie britannique». C'est alors que la France, désireuse de prendre sa revanche sur la Grande-Bretagne qui lui avait infligé la défaite de 1763, décida, après de longues tergiversations et sous l'impulsion du ministre des Affaires étrangères, le compte de Vergennes (1774-1781), d'aider les insurgés. Elle commença en 1776 par livrer clandestinement des armes, mais l'aide déterminante se concrétisa par l'envoi de soldats, de navires de guerre et d'importantes sommes d'argent, sans compter les renforts navals (123 vaisseaux de la Marine royale au total) et de quelque 35 000 hommes (au total), ce qui fera pencher la balance en faveur des Américains. En fait, si Louis XV avait dépensé autant d'argent que Louis XVI en mit pour se venger, la France aurait conservé la Nouvelle-France.

En même temps, de Paris, le 25 mai 1777, Benjamin Franklin annonçait au Congrès américain l'arrivée du marquis Gilbert de La Fayette en ces termes:

The Marquis de Lafayette, a young nobleman of great family connections here and great wealth, is gone to America in a ship of his own, accompanied by some officers of distinction, in order to serve in our armies. He is exceedingly beloved, and everybody's good wishes attend him. We cannot but hope he may meet with such a reception as will make the country and his expedition agreeable to him. [Le marquis de La Fayette, gentilhomme français de grands entourages de famille et de grande fortune, est parti pour l'Amérique sur un vaisseau à lui, afin de servir dans nos armées. Il est extrêmement aimé, et les vœux de tout le monde l'accompagnent; nous ne pouvons qu'espérer qu'il puisse recevoir un accueil qui lui rende le pays et son entreprise agréables pour lui.]

Mais les Américains n'avaient que faire d'un marquis, au surplus républicain et déclaré hors-la-loi par la cour de France, et il devint simplement «Lafayette». Celui-ci apprit l'anglais, bien qu'il ne réussit jamais à le maîtriser parfaitement. Grâce à l'appui indéfectible de George Washington, le jeune aristocrate français, alors âgé de 19 ans, obtiendra le grade de «major-général dans l'armée des États-Unis» et il se couvrira de gloire.

Dans la foulée de la Révolution américaine, Versailles avait déclaré la guerre à Londres et entraîné l'Espagne dans l'entreprise. En janvier 1778, le major-général Lafayette et le maréchal de Rochambeau prirent le commandement d’un corps expéditionnaire français envoyé en Amérique afin de soutenir militairement les révolutionnaires américains. Il s'agissait là d'une étrange alliance, car une jeune république s'alliait à une monarchie de droit divin, des protestants étaient devenus des amis d'un roi catholique et d'anciens colons britanniques tendaient la main aux Français qu'ils avaient longtemps combattus.

Au cours de l'hiver 1778, quelques officiers américains élaborèrent un projet d'expédition au Canada afin de débarrasser le pays des Anglais qui le possédaient depuis la fin de la guerre de Sept Ans. Ils voulurent faire proposer par le Congrès le commandement en chef à Lafayette. Celui-ci écrit à sa femme (3 février 1778):

Je ne vous ferai pas de longs détails sur la marque de confiance dont l'Amérique m'honore. Il vous suffira de savoir que le Canada est opprimé par les Anglais; tout cet immense pays est en possession des ennemis; il y ont une flotte, des troupes et des forts. Moi, je vais m'y rendre avec le titre de général de l'Armée du Nord et à la tête de 3000 hommes, pour voir si l'on peut faire quelque mal aux Anglais dans ces contrées. L'idée de rendre toute la Nouvelle-France libre et de la délivrer d'un joug pesant est trop brillante pour s'y arrêter. J'entreprends un terrible ouvrage, surtout avec peu de moyens.

Mais le général de l'Armée du Nord dut renoncer à son projet de conquérir le Canada, justement faute de moyens. De toute façon, le général Washington, qui n'appréciait pas revoir une ancienne puissance coloniale au nord de la frontière, s'était organisé pour que La Fayette ne puisse pas poursuivre ses objectifs militaires. Au lieu des 3000 hommes promis, LA Fayette n'en disposa même pas d'un millier; il n'eut pas les vêtements nécessaires, ni les vivres, ni les raquettes et encore moins les traîneaux que le Bureau de la guerre devait fournir pour assurer le succès de l'expédition. Washington s'empressa d'excuser La Fayette (alors âgé de vint ans) en lui écrivant ces mots :

Je suis persuadé que tout le monde approuvera la prudence qui vous a fait renoncer à une entreprise dont la poursuite vous eût engagé dans une lutte vaine contres des impossibilités physiques.

Cela étant dit, le roi de Prusse, Frédéric le Grand (1712-1786), semble avoir vu juste sur les intentions de la France, comme en témoigne cet extrait d'une lettre adressée à son ambassadeur à Paris:

On se trompe fort en admettant qu'il est de la politique de la France de ne point se mêler de la guerre des colonies. Son premier intérêt demande toujours d'affaiblir la puissance britannique partout où elle peut, et rien n'y saurait contribuer plus promptement que de lui faire perdre ses colonies en Amérique. Peut-être même serait-ce le moment de reconquérir le Canada? L'occasion est si favorable qu'elle n'a été et ne le sera peut-être dans trois siècles.

La bataille de Yorktown (6-19 octobre 1781) fut décisive pour l'indépendance américaine. Les 6000 Britanniques et les 2000 Allemands de lord Cornwallis durent faire face aux 11 000 Français et aux 6000 hommes de Washington (incluant des Polonais, des Allemands, des Canadiens français et des Indiens cherokees). Au même moment, la flotte française de 28 vaisseaux de l'amiral de Grasse assurait le blocus du port de Yorktown, empêchant ainsi tout ravitaillement ou toute fuite des Britanniques par la mer. D'ailleurs, la supériorité navale acquise par l’escadre de l'amiral français semble avoir été la clé de la victoire franco-américaine. Ce fut la première grande opération combinée (infanterie, cavalerie, artillerie et marine) de l'histoire, réunissant trois grands militaires: Washington, Rochambeau et de Grasse. Le général anglais Charles Cornwallis dut capituler.

La Chute de Yorktown

La chute de Yorktown, 17 octobre 1781. Cette toile fut imaginée et peinte par Louis-Charles-Auguste Couder en 1836 (musée de Versailles). Au centre, on voit le général George Washington avec, à gauche le maréchal de Rochambeau, et derrière Washington à droite, le marquis de La Fayette.

Au lendemain de la victoire de Yorktown, Thomas Jefferson rendit hommage aux Français en déclarant que «chaque homme a deux patries: son pays et la France». Cette victoire franco-américaine valut à la France le surnom de «Nourrice d’Hercule». C'est pourquoi le SAR Magazine pouvait déclarer:

Without the aid of France, on land and sea, the rebellion of the thirteen colonies against Great Britain would have failed. There would be no United States of America. [Sans l'aide de la France, sur terre et sur mer, la rébellion des Treize Colonies contre la Grande-Bretagne aurait échoué. Il n'y aurait pas d'États-Unis d'Amérique.]

Cependant, le coût excessif de la guerre franco-américaine plongea la France dans une situation financière délicate et accéléra la crise de la monarchie qui paiera ainsi très cher sa revanche sur la «Perfide Albion». La guerre aura coûté un milliard de livres tournois, soit l'équivalent de huit milliards d'euros d'aujourd'hui (ou dix milliards de dollars US), creusant encore davantage le gouffre financier de la France.

L'espoir de devenir le premier partenaire commercial des nouveaux États-Unis s'évanouit rapidement, de même que toute éventuelle restitution de la Nouvelle-France. George Washington était déterminé à jeter hors de l'Amérique toutes les puissances coloniales européennes, que ce soit la Grande-Bretagne ou la France! Louis XVI dut convoquer les états généraux pour réformer les impôts, ce qui entraînera la Révolution française (1789) et la décapitation du roi (1793). Finalement, les relations entre la France et les États-Unis se détériorèrent rapidement, surtout après la mort de Louis XVI et les excès de la Révolution française sous la Terreur. Puis les Américains, rappelons-le, firent peu d'efforts pour rembourser les énormes dépenses encourues par la France pour assurer leur indépendance tout en reprenant leurs liens commerciaux privilégiés avec la Grande-Bretagne. Bref, si les Britanniques avaient perdu la guerre, ils ont su ensuite gagner la paix. La France, elle, n'était pas plus avancée avec comme seule récompense «la reconnaissance éternelle» des États-Unis d'Amérique.

2.3 L'indépendance américaine

Cette indépendance fut officiellement reconnue par la Grande-Bretagne à l’issue du traité de Paris et du traité de Versailles (3 septembre 1783). Ce sont John Adams, John Jay et Benjamin Franklin (âgé de plus de 70 ans) qui signèrent pour les États-Unis le traité de paix garantissant l'indépendance. Selon les termes du traité, les États-Unis obtenaient :

 - l'indépendance sous le nom d'«États-Unis d'Amérique»;
 - l'expansion
de leur territoire vers l'ouest jusqu'au Mississippi et l'absorption des «Territoires indiens»;
 -
la fixation des frontières avec le Canada et la division des Grands Lacs en deux, sauf le lac Michigan, qui revenait entièrement aux Américains;
 - l'obtention de droits de pêche sur les bancs de Terre-Neuve et au large de la Nouvelle-Écosse.

De son côté, la Grande-Bretagne obtenait:

- la reconnaissance des dettes contractées avant, pendant et après le conflit (remboursables en livres sterling);
- l'amnistie des loyalistes et la liberté pour eux de s'installer dans les autres colonies britanniques (Québec, Nouvelle-Écosse, Bermudes, Antilles britanniques, etc.).

Au point de vue territorial, le traité de Versailles traçait de nouvelles frontières entre les colonies britanniques au nord et les États-Unis au sud (1783). Les États-Unis ont vu leur territoire doublé, alors que celui de la «province de Québec» (alors le Canada) a été réduit du tiers.

De fait, le Canada voyait sa frontière sud-ouest passer désormais au milieu des Grands Lacs, sauf pour le lac Michigan qui allait entièrement aux États-Unis. Plus au sud, la Grande-Bretagne perdait la Floride qui devenait espagnole. Les nouvelles frontières qui régissaient la province de Québec faisaient en sorte que les Canadiens qui habitaient la région au sud des Grands Lacs devenaient du jour au lendemain citoyens américains. Or, la quasi-totalité des habitants étaient des Amérindiens, des Métis francisés ou des francophones. Ils deviendront anglophones au cours des décennies suivantes.

Cela étant dit, le Canada demeurait une possession anglaise qui disposaient de puissantes armées, parfaitement équipées, et pouvaient encore, sur ordre de Londres, envahir les États américains du Nord. Bref, l'Amérique vivait dans une phase critique et rien n'était acquis de façon définitive. Les traditions britanniques, étant ce qu'elles étaient, si les Américains avaient perdu la guerre pour leur indépendance, tous les révolutionnaires, dont George Washington, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, James Madison, John Adams, etc., auraient été pendus ou fusillés sur la place publique, leurs biens confisqués, leurs familles massacrées ou jetées dans la misère.

3 La Constitution américaine de 1787 et la question linguistique

La nouvelle nation américaine se trouva rapidement dans une situation politique et économique difficile. Le gouvernement fédéral ne détenait alors qu’une faible autorité. La nécessité d’établir un gouvernement central s’imposa bientôt dans les esprits. Une Convention constitutionnelle se réunit sous la présidence de George Washington.

3.1 Une république fédérale

Signature de la Constitution américaine
Signature de la Constitution américaine de 1787

Une nouvelle constitution des États-Unis, inspirée par James Madison, Alexander Hamilton et James Wilson, fut adoptée le 17 septembre 1787 (voir le texte complet), soit quatre ans après l'indépendance effective du pays et plus de dix ans après la proclamation unilatérale de l'indépendance. La ratification de la Constitution par les élus des 13 États membres de la Confédération s'est étalée sur deux ans et demi, de décembre 1787 à juin 1790. Ménageant le souci d’indépendance des Treize États, la Constitution mit en place un pouvoir fédéral compétent dans les domaines du commerce extérieur, de la défense et de la politique extérieure, ainsi que dans le domaine des relations entre les États fédérés. Afin que les grands États ne dominent pas les petits, il fut décidé d’une représentation égale au Sénat (deux sièges par État) et proportionnelle à la Chambre des représentants. La séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, fut instituée.

Dans une lettre de 1787 à Thomas Jefferson, James Madison, l'un des «pères de la Constitution», écrivait:  «Diviser pour régner, cette règle corrompue propre à la tyrannie est, sous certaines conditions, la seule politique qui permettra à une république d’être administrée par de justes principes.» La nouvelle Constitution fut, dès 1788, signée par onze États. La Caroline du Nord ne la ratifia qu’en novembre 1789 et le Rhode Island en mai 1790. Le 4 mars 1789, le premier Congrès des États-Unis se réunit à New York. Le 30 avril, George Washington devint le premier président des États-Unis (1789-1797). En 1791 furent adoptés les dix premiers amendements de la Constitution des États-Unis.

Par ailleurs, c'est en 1782 que le Congrès a adopté le pygargue à tête blanche comme emblème national des États-Unis, au grand déplaisir de Benjamin Franklin, qui lui préférait le dindon sauvage, ce qui n'a pas empêché le pygargue d'être exterminé dans la plupart des États, sauf en Floride et en Alaska, sous prétexte qu'il nuisait aux aires de reproduction des saumons (ce qui s'est révélé complètement faux).

3.2 L'élite coloniale et le peuple

Préambule de la Constitution

Nous, Peuple des États-Unis, en vue de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette constitution pour les États-Unis d'Amérique.

Il convient de rappeler que le fameux «peuple des États-Unis» ("We, the People of the United States") dont il est question dans la Constitution américaine de 1787 ne comprenait ni les Indiens, ni les Noirs, ni les femmes, ni même les serviteurs sous contrat. En 1787, cette constitution apparut comme une «œuvre de génie», pensée par des hommes sages et remplis d'humanisme, qui auraient édifié un cadre juridique élevé en hommage à la Démocratie et à l'Égalité. En fait, la nouvelle Constitution a été rédigée par une petite élite coloniale, soit 55 hommes parmi les plus riches de la Nouvelle-Angleterre.

Par exemple, George Washington était l'homme le plus fortuné d'Amérique (parmi les 400 Américains les plus riches); John Hancock, un négociant prospère de Boston; Benjamin Franklin, un riche imprimeur; Thomas Jefferson, un propriétaire terrien fortuné possédant près de 200 esclaves; Alexander Hamilton, un riche banquier; James Madison, un riche planteur esclavagiste, John Adams, avocat ayant fait fortune à Boston, etc. La plupart des «Pères de la Constitution» étaient des professionnels du droit et parlaient tous anglais, mais certains d'entre eux parlaient bien le français (Franklin, Adams, Day, Jefferson, Livingston, etc.) ou l'allemand, voire le latin et/ou le grec. Jefferson parlait l'anglais, le français, l'italien, le latin et le grec. Le plus polyglotte fut certainement Benjamin Franklin qui avait appris le français, l'allemand, l'espagnol, l'italien, un peu de gallois, sans oublier le latin et le grec. Ces prospères propriétaires terriens possédaient des esclaves, des manufactures, des compagnies maritimes et plaçaient de l'argent rapportant de gros intérêts. Si l'on en croit les archives du Département du Trésor, 40 des 55 Constituants (soit 72,7 %) possédaient des titres gouvernementaux. N'oublions pas qu'à l'époque personne ne pouvait accéder à un poste officiel sans posséder une fortune considérable. Pour la plupart d'entre eux, l'esclavage apparaissait comme un mal nécessaire dans une colonie qui manquait de main-d'œuvre et dont les traditions étaient celles d'un monde colonial.

Évidemment, ces quelques privilégiés ont fait en sorte de protéger leurs intérêts en légalisant dans la Constitution la condition sociale inférieure des Noirs, l'exclusion des Indiens et des femmes, la suprématie des riches sur les pauvres, bref tout ce qui existait dans les colonies britanniques avant l'indépendance. La différence, c'est que l'élite fortunée américaine dut faire quelques concessions en faveur des petits propriétaires, des artisans et des fermiers aux revenus modestes afin de s'assurer un soutien politique plus large. Ces gens modérément prospères formaient un rempart efficace contre les Indiens, les Noirs et les Blancs pauvres. En ce qui a trait aux esclaves, un compromis fut trouvé à l'époque pour établir la répartition des représentants entre les États. Il fut admis par tous les États qu'un Noir équivalait aux trois cinquièmes d'un Blanc, ce qui signifiait que l'esclave était ipso facto reconnu par la Constitution. Les États esclavagistes durent accepter de verser une contribution qui tenait compte de leur population servile.

D'ailleurs, John Adams aura de la difficulté à devenir président des États-Unis (1797-1801), car il n'était pas particulièrement apprécié de ses concitoyens en raison de ses idées sur «les riches, les bien-nés et les capables» qui doivent jour un rôle particulier dans les assemblées législatives locales (A Defence of the Constitutions of Government of the United States of America, 1787):

The rich, the well-born, and the able, acquire an influence among the people that will soon be too much for simple honesty and plain sense, in a house of representatives. The most illustrious of them must, therefore, be separated from the mass, and placed by themselves in a senate; this is, to all honest and useful intents, an ostracism. A member of a senate, of immense wealth, the most respected birth, and transcendent abilities, has no influence in the nation, in comparison of what he would have in a single representative assembly. When a senate exists, the most powerful man in the state may be safely admitted into the house of representatives, because the people have it in their power to remove him into the senate as soon as his influence becomes dangerous. The senate becomes the great object of ambition; and the richest and the most sagacious wish to merit an advancement to it by services to the public in the house. When he has obtained the object of his wishes, you may still hope for the benefits of his exertions, without dreading his passions; for the executive power being in other hands, he has lost much of his influence with the people, and can govern very few votes more than his own among the senators. Les riches, les bien-nés et les capables acquièrent une influence parmi le peuple, qui sera bientôt trop grande pour leur simple honnêteté et leur bon sens ordinaire à une Chambre des représentants. Les plus illustres d'entre eux doivent donc être séparés de la masse et placés par elle dans un sénat; c'est, de toutes les intentions honnêtes et utiles, un ostracisme. Un membre d'un sénat, immensément riche, de la naissance la plus respectée et de capacités supérieures, n'a aucune influence dans la nation, par comparaison à ce qu'il ferait dans une simple assemblée représentative. Quand un sénat existe, l'homme le plus puissant de l'État peut être sans risque admis à la Chambre des représentants, parce que les gens ont le pouvoir de le retirer du Sénat aussitôt que son influence devient dangereuse. Le Sénat devient le grand objet de l'ambition; et le plus riche et le désir le plus avisé de mériter un avancement grâce au service public dans la Chambre. Quand il a obtenu l'objet de ses désirs, vous pouvez toujours espérer des bénéfices de ses efforts sans redouter ses passions; lorsque le pouvoir exécutif est en d'autres mains, il a perdu beaucoup de son influence auprès du peuple et peut obtenir très peu de votes autre le sien parmi les sénateurs.

La Constitution de 1787 ne prévoyait aucun suffrage universel: les sénateurs étaient désignés par les législatures des États, alors que le président était choisi par un collège restreint d'électeurs (les «grands électeurs»). Enfin, tout était prévu pour empêcher un pouvoir de prendre le pas sur les autres et l'État fédéral d'étouffer les droits des États. La Constitution devait rallier au moins neuf États sur les treize. La plupart des constituants (signataires) étaient convaincus que la monarchie restait la meilleure forme de gouvernement et rêvaient d'instaurer «une monarchie sans monarque» tout en se méfiant du «peuple». Finalement, il en sortit une sorte de «monocratie» dans laquelle le pouvoir exécutif est théoriquement représenté par une seule personne: le président des États-Unis. Tout le monde connaît sans doute le mot, strictement authentique, d'Abraham Lincoln. En pleine guerre de Sécession, le président avait conclu une réunion de travail (sur l'émancipation des esclaves), dont tous les membres avaient exprimé une position contraire à la sienne, en lançant: «Messieurs, huit non, un oui. Le oui l'emporte.»

C'est pourquoi également la conduite des affaires publiques devait revenir à ceux qui possédaient la richesse, l'éducation et qui jouissaient d'une tradition familiale il s'agissait alors d'une «démocratie terrienne» qui dura jusqu'en 1824. Ceux qui votaient étaient ceux qui détenaient une propriété, c'est-à-dire ceux qui avaient quelque chose à défendre et étaient directement concernés par la gestion des affaires publiques. C'est ce qui explique que le président devait être élu par des délégués sélectionnés, non directement par le peuple dont il fallait se méfier. Par la suite, le recours au suffrage a évolué en une multiplication de procédures démocratiques. Finalement, le citoyen exercera son droit de vote au XXe siècle pour les juges, les sénateurs, les shérifs, voire les maîtres d'école.

N'allons pas croire que la démocratie américaine a changé. Elle demeure toujours une ploutocratie, qui sert encore et avant tout ceux qui ont de l'argent pour faire élire des candidats, lesquels vont influer sur les décisions publiques. Le système démocratique américain est financé depuis sa création en 1787 par les riches. Rien n'a changé dans ce domaine. C'est pourquoi aucun président des États-Unis, même parmi les plus progressistes, ne peut combattre un système lubrifié à l'argent depuis si longtemps pour une raison très simple: pour assurer son élection ou sa réélection, un candidat à la présidence (de même qu'à un poste de sénateur ou de représentant) doit trouver des millions auprès des donateurs privés, des groupes d'intérêt et des entreprises. Il n'est pas dû au hasard que des milliards de dollars en baisse d'impôt ont été accordés aux riches Américains sous l'administration de G. W. Bush (2001-2009), des milliards qui manqueront cruellement à sa successeur, Barack Obama. 

3.3 La question linguistique

Le premier document juridique, les Articles de la Confédération de 1777, avait été publié en anglais, en français et en allemand, ce qui pouvait signifier une forme de reconnaissance du multilinguisme. De fait, durant un certain temps, il y eut des tensions entre l'anglais, l'allemand, le français et l'espagnol. Les trois dernières langues ont résisté longtemps à l'anglicisation, mais les communautés qui utilisaient ces langues n'ont jamais réclamé pour celles-ci un statut particulier. Il est vrai que, dans les premières années de l'Union, le Congrès américain publia plusieurs documents en français et en allemand dans le but de mieux les diffuser dans certaines régions du pays. En réalité, les États-Unis ont appliqué, depuis le début de leur histoire, une politique linguistique jacobine, c'est-à-dire une politique d’imposition linguistique avec des résultats qui feraient l’envie de nombreux pays. La population américaine était issue de différents pays et parlait de nombreuses langues. Le nouvel État se trouvait ainsi confronté à un problème de plurilinguisme très semblable à celui que connaissent aujourd'hui nombre de pays. Pour les dirigeants américains, il paraissait toutefois évident que l'anglais allait s'imposer sans contrainte constitutionnelle.

Les nouveaux dirigeants américains n'ont jamais cru nécessaire d'inclure dans la Constitution une quelconque disposition sur la langue officielle. D'ailleurs, il n'y eut pas de discussion à ce sujet, car ce n'était pas dans les moeurs de l'époque acquise au libéralisme. Les Américains constataient que la Grande-Bretagne et la France fonctionnaient très bien sans langue officielle proclamée, comme d'ailleurs dans la plupart des pays. Pourtant, il existe bien une certaine «légende» sur la question linguistique aux États-Unis. On raconte que le Congrès devait se prononcer sur le choix entre l'anglais et l'allemand, le 13 janvier 1795; l'anglais aurait été choisi par un seul vote de majorité. Or, aucun historien n'a pu trouver une trace quelconque d'un semblable vote. On croit plutôt qu'aucun vote n'a été pris et qu'aucune décision ne fut nécessaire. Il s'agit là d'une des légendes les mieux connues de l'histoire de l'aménagement linguistique des États-Unis: c'est la légende dite «de Muhlenberg». Les historiens croient plutôt qu'une demande a été faite par un groupe d'Allemands de la Virginie afin d'obtenir que certaines lois soient publiées en allemand comme en anglais. La proposition aurait été rejetée par un vote de majorité, apparemment amenée par un ecclésiastique luthérien germanophone du nom de Frederick Muhlenberg (1750-1801).

On raconte aussi que le très francophile Thomas Jefferson (1801-1809) avait proposé de choisir le français comme langue officielle de l'Union afin de mieux marquer la rupture avec l'ancienne métropole. Encore là, aucun historien n'a pu le confirmer par des textes! Il faut dire que la plupart des discussions sur le sujet ont été tenues secrètes, et nous devons nous rabattre sur les notes informelles de James Madison (président de 1809 à 1817).

En réalité, le futur président John Adams (1797-1801) semble être l'un des rares «Pères de la Constitution» américaine à avoir porté un grand intérêt pour la question linguistique. Il était convaincu qu'une langue commune était importante pour le nouvel État et, malgré le conflit avec la Grande-Bretagne, cette langue devait être l'anglais. Adams a même proposé de créer une Académie de la langue américaine destinée à épurer, améliorer et préserver l'anglais ('' an American Academy for refining, improving, and ascertaining the English Language"). Adams voulait vraiment «épurer, développer et dicter l'emploi de l'anglais» (''to purify, develop, and dictate the usage of English''). Il ne manquait pas d'argument, comme le laissent croire ces propos rédigés le 5 septembre 1780 dans une lettre au président du Congrès :

English is destined to be in the next and succeeding centuries more generally the language of the world than Latin was in the last or French is in the present age. The reason of this is obvious, because the increasing population in America, and their universal connection and correspondence with all nations will, aided by the influence of England in the world, whether great or small, force their language into general use, in spite of all the obstacles that may be thrown in their way, if any such there should be. L'anglais est destiné, au cours du prochain siècles et des siècles suivants, à être plus généralement la langue du monde que le latin l'était en dernier ou le français à l'époque présente. La raison de cela est évidente, parce que la population croissante en Amérique et ses relations et ses écrits universels avec toutes les nations auront pour effet, en cela facilité par l'influence de l'Angleterre dans le monde, qu'elle soit grande ou petite, d'imposer sa langue comme emploi généralisé, malgré tous les obstacles qui peuvent être jetés sur son chemin, s'il doit y en avoir.

On peut lire la «Lettre au président du Congrès» que John Adams, alors ministre plénipotentiaire pour négocier un traité de paix et de commerce avec la Grande-Bretagne, expédia à partir d'Amsterdam, en cliquant ICI, s.v.p. Toutefois, la proposition de John Adams fut aussitôt rejetée par le Congrès qui jugea une telle intrusion comme non démocratique de la part du gouvernement de l'Union parce qu'elle aurait constitué une menace aux droits individuels des citoyens. Le consensus était établi sur le fait qu'un gouvernement dit démocratique n'avait pas à dicter aux gens comment parler et que le choix de la langue devait être laissé à chaque citoyen. De plus, les Américains considéraient que les académies sur la langue constituaient des institutions royalistes.

Au moment où, en 1780, Johan Adams faisait sa proposition pour promouvoir une «langue américaine», un obscur professeur du Connecticut allait devenir bientôt le fer de lance de la «langue américaine»: Noah Webster (1758-1843). Dans ses Dissertations on the English Language publiées en 1789, Webster allait déclarer la guerre linguistique à l'«anglais du roi» (''the King's English'') :

As an independent nation, our honor requires us to have a system of our own, in language as well as government. Great Britain, whose children we are, and whose language we speak, should no longer be our standard; for the taste of her writers is already corrupted, and her language on the decline. But if it were not so, she is at too great a distance to be our model, and to instruct us in the principles of our own tongue. [En tant que nation indépendante, notre honneur exige que nous ayons notre propre système, dans la langue aussi bien que dans le gouvernement. La Grande-Bretagne, dont nous sommes les enfants dont nous parlons la langue, ne doit plus être notre norme; le goût de ses auteurs est déjà corrompu et sa langue en déclin. Mais si ce n'était pas ainsi, cette langue paraît à une trop grande distance pour être notre modèle et nous instruire selon les principes de notre propre langue.]

Voici l'argumentation un autre extrait du texte de Webster dans "An Essay on the Necessity, Advantages, and Practicality of Reforming the Mode of Spelling and of Rendering the Orthography of Words Correspondent to Pronunciation" ("Un essai sur la nécessité, les avantages et les aspects pratiques de réformer le mode d'orthographe et de rendre correspondante l'orthographe à la prononciation des mots"):

The question now occurs; ought the Americans to retain these faults which produce innumerable inconveniencies in the acquisition and use of the language, or ought they at once to reform these abuses, and introduce order and regularity into the orthography of the AMERICAN TONGUE? Let us consider this subject with some attention.

Several attempts were formerly made in England to rectify the orthography of the language. But I apprehend their schemes failed to success, rather on account of their intrinsic difficulties, than on account of any necessary impracticability of a reform. It was proposed, in most of these schemes, not merely to throw out superfluous and silent letters, but to introduce a number of new characters. Any attempt on such a plan must undoubtedly prove unsuccessful. It is not to be expected that an orthography, perfectly regular and simple, such as would be formed by a "Synod of Grammarians on principles of science," will ever be substituted for that confused mode of spelling which is now established. But it is apprehended that great improvements may be made, and an orthography almost regular, or such as shall obviate most of the present difficulties which occur in learning our language, may be introduced and established with little trouble and opposition.

[La question qui survient maintenant; les Américains doivent-ils conserver ces fautes qui produisent des inconvénients innombrables dans l'acquisition et l'usage de la langue ou doivent-ils immédiatement réformer ces abus et présenter un ordre et une régularité dans l'orthographe de la LANGUE AMÉRICAINE ? Laissez-nous considérer cette question avec une certaine considération.

Plusieurs tentatives ont autrefois été tentées en Angleterre pour rectifier l'orthographe de la langue. Mais je me rends compte que ces projets ont échoué plutôt en raison de leurs difficultés intrinsèques qu'à cause d'une quelconque impraticabilité nécessaire à une réforme. Il a été proposé, dans la plupart de ces projets, de ne pas rejeter simplement les lettres superflues et muettes, mais de présenter quelques nouveaux caractères. Toute tentative à un tel plan doit sans aucun doute se révéler infructueux. Il ne doit pas être attendu qu'une orthographe, parfaitement régulière et simple, qui serait formée par un «synode de grammairiens selon des principes scientifiques», soit parfois remplacée par ce mode confondu d'orthographe maintenant établie. Mais nous pouvons croire que d'importantes améliorations peuvent être apportées avec une orthographe presque régulière, de telle sorte qu'on doive éviter la plupart des difficultés présentes qui se produisent dans l'apprentissage de notre langue et qui peuvent être introduites et implantées avec peu de difficulté et d'opposition.]

Noah Webster défendit l'existence d'une orthographe de l'anglais spécifiquement américaine, comme pour mieux se distinguer des usages britanniques. À nouveau pays, une nouvelle langue! C'est à Webster que les Américains doivent color au lieu de colour, puis honor (honour), humor (humour), theater (theatre), center (centre), etc.

À cette époque, beaucoup de citoyens américains insistaient pour que l’on adopte un type d’anglais qui serait uniquement américain. Or, le lexicographe Noah Webster était à la tête de ce mouvement et proposa de plusieurs nouvelles règles pour l’orthographe américaine, dont sept demeurent encore en vigueur. Bien que les innovations de Webster ne connurent pas toutes le succès, elles furent révélatrices d'une tendance qui consistait à orthographier les mots plus phonétiquement.

C'est seulement en 1813 que l'ancien président Thomas Jefferson (1801-1809) fera appel à Noah Webster, car il croyait que la jeune nation aurait besoin de beaucoup de nouveaux mots :

Certainly so great growing a population, spread over such an extent of country, with such a variety of climates, of productions, of arts, must enlarge their language, to make it answer its purpose of expressing all ideas... The new circumstances under which we are placed call for new words, new phrases, and for the transfer of old words to new objects. An American dialect will therefore be formed. [Assurément, une si grande croissance de la population, un diffusion sur une si grande étendue de pays, avec autant de variétés de climats, de productions et d'œuvres d'art, doivent donner une extension à la langue, afin de faire répondre à son objectif d'exprimer toutes les idées... Les nouvelles circonstances dans lesquelles nous sommes placés exigent de nouveaux mots, de nouvelles expressions et des transferts de vieux mots pour de nouvelles réalités. Un dialecte américain sera par conséquent façonné.]

Mais le lexicographe qu'allait devenir Noah Webster demeurait encore un inconnu pour les «Pères de la Constitution» et il n'exerçait aucune influence sur eux. Webster croyait même que la «langue anglo-américaine» allait devenir aussi différente par rapport à l'anglais du roi d'Angleterre que l'étaient entre eux le néerlandais, le danois, le suédois et l'allemand. Évidemment, ses prédictions ne se sont pas réalisées, car l'anglais d'Amérique et l'anglais d'Angleterre, malgré leurs particularismes, sont demeurés la même langue. Le nom de Webster est néanmoins devenu synonyme de «dictionnaire», au même titre que Pierre Larousse, Émile Littré ou Paul Robert en français.

Quoi qu'il en soit, c'est bel et bien en anglais standard que fut rédigée la Constitution américaine de 1787, un geste symbolique qui, en principe, paraissait très suffisant pour symboliser la place de cette langue dans le nouvel État. Il ne s'agissait certainement pas d'un «oubli» de la part des législateurs, mais bien d'une volonté délibérée de ne pas intervenir politiquement dans ce domaine. En fait, la plupart des hommes politiques américains, sauf le pro-interventionniste John Adams, associaient l'interventionnisme linguistique à une pratique monarchiste qui avait cours en Europe. Pour eux, les académies sur la langue, comme il en existait en France et en Espagne ou en Italie, étaient perçues comme trop royalistes. Par ailleurs, on ne connaissait pas de pays, à l'exception de la seule Confédération suisse qui, à l'époque, avait légiféré sur le statut des langues.

Le premier recensement officiel américain date de 1790. Il nous révèle que 60,9 % des Américains étaient d'origine anglaise, 8,3 % d'origine écossaise, 9,7 % d'origine irlandaise et 8,7 % d'origine allemande. On comptait au moins 55 000 Américains ayant des origines françaises, surtout des huguenots; comme les Français étaient très disséminés sur le territoire, ils n'ont jamais formé une communauté homogène: ils se sont assimilés et se sont intégrés par affinité à l'Église anglicane. Ainsi, la grande majorité des citoyens américains vient des îles Britanniques, ce qui explique que la langue anglaise était forcément prédominante. Seulement 15 % des familles de la Nouvelle-Angleterre avaient moins de trois enfants, et une famille de dix ou quinze enfants ne constituait pas une exception. Dans ces conditions, la langue anglaise était appelée à se propager rapidement. 

3.4 Le gouvernement fédéral et l'Union

La raison pour laquelle les États-Unis ont imposé dans leur pays l’usage du terme gouvernement fédéral est d'ordre historique. Les États et les «Pères de la Constitution» ne pouvaient accepter ce terme qui donnait l’impression que le véritable gouvernement des États-Unis était au centre et que les États lui étaient soumis. En pratique, c’est ce qui est advenu dans un grand nombre de domaines, mais ce fut davantage le résultat de l’histoire, que la rigueur juridique, qui imposa le terme gouvernement fédéral plutôt que gouvernement central. De plus, la Constitution fut un compromis entre les intérêts esclavagistes du Sud et ceux des affairistes du Nord. Le Sud avait accepté une certaine réglementation commerciale en échange de la promesse qu'on autoriserait la poursuite du commerce d'esclaves pendant «encore vingt ans» avant de songer à l'interdire. Les constituants croyaient que l'esclavage s'éteindrait avec le temps. Leur optimisme allait être déjoué, car au contraire il prospéra dans les décennies suivantes. Ainsi, parce qu’elle avait enveloppé l’esclavage de garanties juridiques presque impossibles à défaire, la Constitution allait également favoriser la guerre de Sécession de 1861-1865.

Deux partis politiques se développèrent durant la présidence de George Washington : les fédéralistes et les républicains. Les fédéralistes, représentés par George Washington et Alexander Hamilton, étaient favorables au renforcement du pouvoir fédéral. Soutenus par les industriels et les milieux d’affaires du Nord, ils restèrent au pouvoir jusqu’en 1801, avec John Adams (1797-1801), successeur de Washington. Les républicains, avec Thomas Jefferson et James Madison à leur tête, hostiles à toute ingérence excessive du pouvoir central, étaient favorables à une limitation stricte des pouvoirs fédéraux. Les républicains étaient alors appelés «démocrates» par leurs adversaires fédéralistes, ce qui signifiait avec un certain mépris «ami de la populace». Les républicains reçurent le soutien des petits propriétaires terriens du Sud et de l’Ouest. Le Parti républicain accéda au pouvoir avec Thomas Jefferson (1801-1809) et s’y maintint sous les présidences de James Madison (1809-1817) et de James Monroe (1817-1825). Ce dernier, en affirmant son opposition à toute intervention européenne dans les affaires du continent américain («doctrine de Monroe» en 1823), définit les principes de la politique étrangère des États-Unis jusqu’au XXe siècle. Dans les faits, l'évolution politique des États-Unis s'est faite simultanément dans le sens d'un accroissement considérable des pouvoirs de l'État fédéral et d'une démocratisation accentuée de la vie politique.

Dernière mise à jour: 27 févr. 2014

  

 

Les États-Unis d'Amérique
Histoire sociolinguistique des États-Unis

 

(1) Les premiers habitants
(2) La colonisation européenne
(3) La révolution américaine (1776-1783)
(4) L'expansion territoriale (1803-1867)
(5) L'Amérique anglocentrique
(1790-1865)
(6) L'Amérique eurocentrique
(1865-1960)
(7) L'Amérique multiculturelle
(1960 jusqu'à nos jours)
(8) La superpuissance
et l'expansion de l'anglais
(9) Bibliographie  

  

L'Amérique du Nord

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