Guyane française

(1) Situation géographique

Capitale: Cayenne 
Population: 252 400 (2014)
Langue officielle: français
Groupe majoritaire: les créoles (60 %), soit guyanais (38 %), martiniquais, guadeloupéen (6,4 %), haïtien (8 %), saint-lucien, sranan-tongo (6,4 %), surinamien, etc.
Groupes minoritaires: français (15,2 %), chinois (5,0 %), portugais (4,9 %), hindoustani (3,9 %), hmong (1,5 %), javanais caribéen (1 %), langues amérindiennes (4 %: arawak, émerillon, kalihna, palikour, wayampi, wayana), etc.
Système politique: département et région d'outre-mer (DROM)
Articles constitutionnels (langue): art. 2 et 75-1 de la Constitution de 1992 de la République française
Lois linguistiques: toutes les lois linguistiques de la République, dont les suivantes: Loi n° 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion; Loi n° 75-620 du 11 juillet 1975 relative à l'éducation (loi Haby);  Loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur; Loi d'orientation n° 89-486 du 10 juillet 1989 sur l'éducation (loi Jospin);  Décret n° 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision française pour l'outre-mer (RFO); Loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française (1994); Code de l'éducation (2000); Loi d'orientation pour l'outre-mer (2000); Loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école (loi Fillon).

1 Données géographiques

Dans le nord-est de l'Amérique du Sud, entre le Surinam et le Brésil, la Guyane française constitue à la fois une région et un département français d'outre-mer, à l’instar de la Martinique et de la Guadeloupe dans les Antilles, ainsi que de Mayotte et de La Réunion dans l'océan Indien. D'une superficie de 86 504 km² (France: 543 965 km²) la Guyane française est 6,2 fois plus petite que la Métropole, mais le plus grand des départements français d'outre-mer; son territoire correspond presque à la superficie d'un pays comme le Portugal, qui est de 92 391 km². Au point de vue géopolitique, la Guyane française est aussi la plus petite des trois Guyanes du continent sud-américain, puisque la Guyana couvre 214 970 km² et le Surinam, 163 270 km².

L'ajout de l'adjectif française au mot Guyane dans la dénomination courante ne correspond qu'à un accommodement linguistique provenant de la période coloniale, alors qu'il existait trois Guyanes : la Guyane anglaise (l'actuel Guyana), la Guyane néerlandaise (l'actuel Surinam) et la Guyane française. Aujourd'hui, on dit plus simplement la Guyane.

Avec le Surinam (de langue néerlandaise) et Guyana (de langue anglaise), la Guyane française compose l’une des trois Guyanes, territoires jadis délaissés par les Portugais et les Espagnols, puis accaparés par les Anglais, les Hollandais et les Français. Ajoutons que la Guyane française forme une sorte d’escalier géant qui descend du sud (montagnes) vers le nord (littoral). Outre la Guyane française elle-même, le département français comprend quelques îles côtières, telles que «les Îlets» (au large de Cayenne de Rémire) et les îles du Salut dont l'île du Diable est la plus connue.

1.1 Le cadre juridique

Pour la plupart des gens, la Guyane est perçue comme un département d'outre-mer. La Guyane faisait partie de ce qu'on appelait auparavant les DOM-TOM (voir la carte), mais, depuis la réforme de 2003, la Guyane est devenue un DROM ou plutôt un DOM-ROM, c'est-à-dire un département et une région d'outre-mer. En tant que département et région d’outre-mer, la Guyane fait partie de l'Union européenne et constitue plus précisément une «région ultrapériphérique» de l'Europe, ce qu'on appelle une RUP. Or, une RUP, c'est un territoire d'un pays membre de l'Union européenne situé en dehors du continent européen. À ce titre, la Guyane bénéficie de «mesures spécifiques qui adaptent le droit communautaire en tenant compte des caractéristiques et contraintes particulières de ces régions.

Selon le Code général des collectivités territoriales de 2013, la Guyane est une «collectivité territoriale» de la République française:

Art. L. 7111-1

La Guyane constitue une collectivité territoriale de la République régie par l’article 73 de la Constitution qui exerce les compétences attribuées à un département d’outre-mer et à une région d’outre-mer et toutes les compétences qui lui sont dévolues par la loi pour tenir compte de ses caractéristiques et contraintes particulières ».

Art. L. 7111-2

La collectivité territoriale de Guyane succède au département de la Guyane et à la région de Guyane dans tous leurs droits et obligations.

Art. L. 7111-4

Pour l’application du présent code en Guyane :

1° La référence au département, au département d’outre-mer, à la région ou à la région d’outre-mer est remplacée par la référence à la collectivité territoriale de Guyane […].

Qu'est-ce alors une collectivité territoriale? C'est une personne morale de droit public distincte de l’État et qui bénéficie d’une autonomie juridique et patrimoniale. En ce sens, toute collectivité territoriale s'administrent librement dans les conditions prévues par la loi. Elle ne possède que des compétences administratives, ce qui lui interdit de disposer de compétences gouvernementales comme édicter des lois ou des règlements autonomes, ou encore de bénéficier d’attributions juridictionnelles ou de compétences propres dans la conduite de relations internationales. La gestion administrative est assurée par des conseils ou des assemblées délibérantes élus au suffrage universel direct et par des organismes exécutifs qui peuvent ne pas être élus. C’est la loi française qui détermine les compétences d'une collectivité territoriale, et non les collectivités elles-mêmes.

Il existe officiellement trois niveaux de collectivités territoriales : la commune, le département et la région. Chacune de ces collectivités s’est vu attribuer des blocs de compétences précis, ce qui implique plus de 35 800 communes, 98 départements et 14 régions. Il faut aussi ajouter trois collectivités territoriales uniques, cinq collectivité d'outre-mer (COM) et la  collectivité territoriale de Corse. La Nouvelle-Calédonie constitue un cas à part, car elle est une collectivité dite sui generis («de son propre genre»), c'est-à-dire une collectivité territoriale de la République et non une collectivité d'outre-mer (COM). Quant à la Guyane, elle fait partie des «collectivités territoriales uniques», avec la Martinique et Mayotte. Ce type de collectivité territoriale dite «unique» exerce sur son territoire les compétences dévolues à la fois à la région et au département. Ce mode d'administration s'applique depuis 2011 à Mayotte et, depuis 2015, à la Guyane et la Martinique; au 1er janvier 2018, la Corse deviendra aussi une collectivité territoriale unique. Selon l'article 73 de la Constitution, la création d'une collectivité unique ne peut avoir lieu sans le consentement des électeurs dans chacun des départements concernés. 

1.2 L'organisation politique de la Guyane

Chaque collectivité territoriale unique est dotée d'une assemblée délibérante, dénommée en l'occurrence «Assemblée de Guyane» (51 membres). Celle-ci est élue dans le cadre d'une circonscription électorale unique divisée en sections au moyen du scrutin proportionnel de liste à deux tours. Cette assemblée a été créée à la suite d'un référendum de janvier 2010 et à l'approbation par les Guyanais de fusionner le Conseil régional et le Conseil général en une assemblée unique ou une «collectivité unique».

La loi n° 2011-884 du 27 juillet 2011 relative aux collectivités territoriales de Guyane et de Martinique a prévu la mise en place des assemblées en mars 2014, laquelle a été reportée finalement en décembre 2015. L’assemblée de Guyane remplace donc le Conseil régional et le Conseil général de la Guyane depuis les élections territoriales qui se sont tenues les 6 et 13 décembre 2015. De plus, la Guyane est représentée au niveau national par deux députés et deux sénateurs.

Au niveau des communes guyanaises, il existe 22 communes dirigées par des maires. Certaines de ces communes, comme Maripasoula et Camopi, ont des superficies supérieures aux départements métropolitains. De plus, certaines communes sont subdivisées en villages supervisés par des capitaines.

En somme, la révision constitutionnelle de 2003 a remplacé la vieille distinction entre les départements d’outre-mer (DOM) et les territoires d’outre-mer (TOM) par une nouvelle classification en 2015 appelée collectivités d'outre-mer (COM). La grande différence entre les anciens DOM-TOM et les COM, les collectivités d'outre-mer, c'est que ces dernières jouissent de la personnalité juridique et qu'elles sont administrées par une assemblée délibérante qui peut être élue au suffrage universel direct; de plus, en fonction des législations locales, elles peuvent lever des impôts locaux et recevoir des fonds de l'État. Dans le monde anglo-saxon, on désigne cette structure par le nom de "local government".

1.3 Les drapeaux guyanais

La Guyane n'a pas de drapeau officiel autre que le tricolore français. Mais le Conseil général de la Guyane (aujourd'hui disparu) a adopté un drapeau à l'unanimité le 29 janvier 2010, sans consultation de la population. Ce drapeau, tel qu'il figure à gauche, a été employé en même temps que le tricolore: il est divisé en diagonale par un jaune et un champ vert avec une étoile rouge au centre. Ce drapeau appartient historiquement au Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES) et à l'Union des travailleurs guyanais (UTG).

Le logo de la collectivité territoriale de la Guyane représente celle-ci dans sa forme géographique. L'arc et les flèches stylisées vers le haut désignent à la fois les premiers habitants, c'est-à-dire les peuples amérindiens, et les activités spatiales de Kourou. La couleur verte symbolise l'environnement naturel; le rouge, les habitants du territoire; le bleu, l'eau de la mer et de ses fleuves; le jaune, l'or et les richesses du sous-sol; le noir, les richesses de l'avenir.

2 Le littoral de la Guyane

La population de ce département français d'outre-mer est concentrée à 80 % le long des 320 km de bande côtière bordée par l’océan Atlantique, ce qui correspond à environ 10 % du territoire. D’ailleurs, le réseau routier ne dessert pratiquement que cette frange côtière, et ce, du nord-ouest au nord-est en reliant les villes de Saint-Laurent-du-Maroni (à l’extrémité ouest: 44 169 habitant) jusqu’à Régina (vers l’est: moins de 1000 habitants) sur le fleuve Approuague, en passant notamment par les communes de Sinnamary (2984 hab.), de Kourou (25 868 hab.) et la capitale, Cayenne (55 817 hab.), avec sa banlieue de Matoury (31 934) et de Rémire-Montjoly (21 787). Après plusieurs années d'études et de travaux, l’Administration locale a réussi en 2003 à prolonger le réseau routier jusqu’à Saint-Georges-de-l'Oyapock (à l’extrémité est).

La croissance démographique des dernières décennies a permis l’apparition de trois pôles urbains : l’agglomération de Cayenne (ou «Communauté d’agglomération de Centre Littoral»), l'agglomération de Saint-Laurent-du-Maroni et l'agglomération de Kourou. Le premier pôle regroupe quelque 120 000 habitants et concentre presque la moitié de la population de la Guyane. Le second pôle, Saint-Laurent-du-Maroni, se situe dans l’ouest du territoire (à l’inverse des deux autres) et réunit 18 % de la population, à la
frontière surinamienne.

Cependant, la croissance démographique est bien plus élevée dans l’Ouest guyanais en raison à la fois d'une plus forte immigration (surtout du Surinam) et d’une fécondité plus élevée. Ainsi, entre 2007 et l’année 2012, Saint-Laurent-du-Maroni a connu une croissance annuelle moyenne de 3,5 %, contre 1,2 % pour l’agglomération de Cayenne et une évolution légèrement négative pour celle de Kourou. Cette croissance démographique plus élevée touche l’ensemble des localités situées le long du fleuve Maroni, et a favorisé l’apparition de petites villes dans la forêt amazonienne, accessibles seulement par voie fluviale ou aérienne, comme Maripasoula (9970 hab.). À plus long terme, Saint-Laurent-du-Maroni pourrait devenir la ville la plus peuplée du département, au milieu des années 2020.

Normalement, la population de la Guyane française devrait dépasser celle de la Guadeloupe et de la Martinique vers 2030; elle se rapprocherait alors progressivement de celle du Suriname (plus de 460 000). La Guyane atteindrait une masse critique nécessaire au développement de nombreuses activités économiques. Les villes de plus de 100 habitant sont les suivantes:

Ville

Population 2014
Cayenne 55 817
Saint-Laurent-du-Maroni 44 169
Matoury 31 934
Kourou 25 868
Rémire-Montjoly 21 787
Macouria 11 209
Maripasoula 10 984
Mana   9 916
Apatou   8 040
Grand-Santi   6 656
Papaichton   6 572
Saint-Georges-de-l'Oyapock   3 960
Roura   3 537
Sinnamary   2 984
Montsinéry-Tonnegrande   2 477
Iracoubo   1 931
Camopi   1 751
Awala-Yalimapo   1 364
Régina     968
Saül     148
Ouanary     147
Saint-Élie     119

Il existe aussi des dizaines de villages et de petits hameaux. Le territoire est bien arrosé en particulier par le fleuve Maroni à l'ouest, qui délimite la frontière avec le Surinam, et le fleuve Oyapock à l'est, frontalier avec le Brésil.

3  L’arrière-pays

Tout l’arrière-pays (90 % du territoire) est couvert de forêts tropicales denses et n’est accessible, hormis la voie aérienne, qu’en bateau grâce aux fleuves Maroni (qui sépare le Surinam et la Guyane), Mana, Sinnamary, Approuague et Oyapook (qui sépare la Guyane et le Brésil). En raison des nombreux sauts et dangereux rapides, la pirogue (habituellement à moteur), généralement taillée dans un grand tronc d’arbre, demeure l’embarcation la plus utilisée pour accéder d’abord dans le massif central, puis dans les montagnes de Camopi et enfin dans les monts Tumuc-Humac du Sud guyanais (à la frontière du Brésil).

C'est dans la forêt tropicale que les orpailleurs clandestins alimentent une criminalité rampante et des trafics en tous genres (voir la carte). Seuls les Amérindiens habitent cette région en permanence et ils entrent en conflits avec les chercheurs d'or, car l’orpaillage clandestin au nombre d'environ  10 000 répartis sur plus de 500 sites pollue les rivières et intoxique les Amérindiens par le mercure, avec la complicité du désengagement de l'État français. D’après les relevés effectués par l’Institut national de veille sanitaire (INVS) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), les populations amérindiennes présentent une concentration de mercure bien supérieure aux valeurs seuil de l’Organisation  mondiale de la santé (OMS) au point où certains observateurs n'hésitent pas à parler d'une forme de génocide si rien n’est fait à court terme.

 

Dernière révision en date du 20 avr. 2017

(1) Situation géographique
 
(2) Composition ethnolinguistique

(3) Données historiques
 
(4) La politique linguistique 

(5) Bibliographie

 

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