République orientale de l'Uruguay

Uruguay

República Oriental del Uruguay

 
Capitale: Montevideo 
Population: 3,4 millions (2005)
Langue officielle: espagnol 
Groupe majoritaire: espagnol (87,3 %) 
Groupes minoritaires: portunon ou brazilero, italien, quelques rares langues amérindiennes 
Système politique: république unitaire formée de 19 départements
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition dans la Constitution du 7 janvier 1997
Lois linguistiques:
Code civil (2010) ; Loi générale sur l'éducation (2008) ; Loi sur les marques de commerce / loi 17.011 (1998) ; Décret no 34/999 réglementant la loi no 17.011 (1999) ; loi no 17.378 pour la reconnaissance de la langue des signes uruguayenne (2001).

1 Situation générale

Carte : Uruguay L’Uruguay, ou République orientale de l'Uruguay (República Oriental del Uruguay), est un pays du sud-est de l'Amérique du Sud. Le pays est bordé par le Brésil au nord et au nord-est, par l'océan Atlantique à l'est et au sud, par le río de la Plata au sud, et par l'Argentine à l'ouest. La superficie de l'Uruguay représente 186 215 km², ce qui signifie que le pays est 2,9 fois plus petit que la France. En regard de ses deux voisins (Brésil et Argentine), l'Uruguay peut paraître un bien petit pays: Brésil: 8,5 millions de km² ; Argentine: 2,7 millions km².

Le nom du pays, Uruguay (prononcé en français [u-ru-gwé]), proviendrait de la langue charrua parlée par les Charrúas. D'après Félix de Azara (1746-1821), un ingénieur et naturaliste espagnol, ce nom désignerait un petit oiseau nommé «el urú» qui vit sur les rives du fleuve Uruguay (lequel signifie lui-même «rivière du pays de l'urú» (ou río del país del urú). Cependant, l'un des contemporains de Azara, affirme plutôt que le mot Uruguay est constitué de deux éléments : uruguá signifiant «escargot», et le ï signifiant «rivière», ce qui se traduirait alors par «rivière des escargots» (río de los caracoles). Par ailleurs, d'après le poète uruguayen Juan Zorrilla de San Martín (1855 -1931), il s'agirait plutôt de río de los pájaros pintados, c'est-à-dire le «fleuve des oiseaux peints».

L'Uruguay est divisé en 19 départements administratifs (voir la carte détaillée): Artigas, Canelones, Cerro Largo, Colonia, Durazno, Flores, Florida, Lavalleja, Malonado, Paysandu, Rio Negro, Rivera, Rocha, Salto, San Jose, Soriano, Tacuarembo, Treinta y Tres. Chacun d’eux est dirigé par un administrateur nommé par le gouvernement central.

Les principales villes du pays sont Montevideo (1,4 million d’habitants), la capitale, le port principal et le centre économique du pays, Salto (85 000 hab.), le centre commercial et Paysandú (80 000 hab.), le centre agroalimentaire.

2  Données démolinguistiques

Les Uruguayens (en esp.: «Uruguayos») sont composés de quelques groupes raciaux: les Uruguayens blancs («Blancos Uruguayos») ou Europeos, les descendants des colons européens, avec 86 % de la population, les Métis (8 %) ou Mestizos, les Mulâtres (6 %) ou Mulatos, les Noirs ou Afro-Uruguayens ou Afrouruguayos (2 %), ainsi que quelques centaines d'Amérindiens appelés Indios ou Indígenas. Pour le gouvernement, les Amérindiens n'existent tout simplement pas, même si leur nombre oscillerait entre 300 et 1000. Les Mestizos sont des descendants de Blancs et d'Indiens, alors que les Mulatos sont des descendants de Blancs et de Noirs. Théoriquement, on pourrait ajouter les Zambos, les descendants de Noirs et d'Indiens. Quoi qu'il en soit, les Mestizos, Mulatos, Zambos et Indios constituent des groupes minoritaires pauvres au sein de la population uruguayenne.

2.1 Les groupes ethniques

Numériquement, l’Uruguay est l’un des pays latino-américains les plus homogènes qui soient, puisque 87,3 % au moins des Uruguayens sont d'origine européenne (et de race blanche), sans compter les récentes communautés immigrantes venues d'Europe (Italie, Espagne, Allemagne, France, Grèce, Russie, Serbie, etc.). Ces Uruguayens sont suivis des Afro-Uruguayens (les Noirs), des Italiens, des Galiciens, des Allemands, des Brésiliens, des Français, etc. Au plan ethnolinguistique, l'Uruguay constitue un cas particulier dans toute l'Amérique du Sud avec sa grande majorité de Blancs hispanophones.

Groupe ethnique Population Pourcentage Langue maternelle Affiliation linguistique
Uruguayens (Blancs) 2  844 000 84,3 % espagnol langue romane
Italiens 88 000 2,6 % italien langue romane
Afro-Uruguayens 57 000 2,0 % espagnol langue romane
Galiciens 40 000 1,1 % galicien langue romane
Allemands 30 000 0,8 % allemand langue germanique
Argentins 30 000 0,8 % espagnol langue romane

Espagnols

30 000 0,8 % espagnol langue romane
Brésiliens blancs 20 000 0,5 % portugais langue romane
Français 20 000 0,5 % français langue romane
Juifs hispanophones 17 000 0,5 % espagnol langue romane
Grecs 14 000 0,4 % grec langue grecque
Russes 14 000 0,4 % russe langue slave
Basque 10 000 0,2 % basque / français famille basque
Brésiliens mulâtres 10 000 0,2 % portugais langue romane
Serbes  5 100 0,1 % serbe langue slave
Tchèques  5 100 0,1 % tchèque langue slave
Assyriens  3 400 0,1 % assyrien famille chamito-sémitique
Chiliens  3 400 0,1 % espagnol langue romane
Croates  3 400 0,1 % croate langue slave
Slovaques  3 400 0,1 % slovaque langue slave
Polonais  3 400 0,1 % polonais langue slave
Ukrainiens  2 000 0,0 % ukrainien langue slave
Américains  2 000 0,0 % anglais langue germanique
Bulgares  1 700 0,0 % bulgare langue slave
Hongrois  1 000 0,0 % hongrois famille ouralienne
Arméniens  1 000 0,0 % arménien isolat indo-européen
Lituaniens  1 000 0,0 % lituanien langue balte
Amérindiens (détribalisés)    300 0,0 % espagnol langue romane
Chinois mandarins    200 0,0 % chinois mandarin famille sino-tibétaine
Autres   111 000 3,2 % - -
Total (Joshua Project 2010)

3 372 000

     

Quant aux Indígenas, on distingue les Charrúas et les Guyanás. Font partie des Charrúas les Minuanes, les Yaros, les Bohanes et les Guenoas. Rappelons que les Charrúas furent l'un des peuples les plus importants qui vivaient jadis dans l'actuel Uruguay. De nos jours, la toponymie uruguayenne a conservé un grand nombre de dénominations charrúas, telles que Arapey, Arerunguá, Guayabos, Queguay, Tacuarembó, Tiatucura, etc. Même le nom du pays, Uruguay, proviendrait de la langue parlée par les Charrúas, ce qui expliquerait que, encore aujourd'hui, les Uruguayens peuvent être appelés «Charrúas». Quant aux Guayanas, ils occupent le territoire entre la lagune de Los Patos et le sud du fleuve Uruguay.

2.2 Les langues

Malgré le grand nombre de langues parlées dans le pays (une trentaine), l'Uruguay demeure très homogène au plan linguistique, puisque plus de 87,3 % de la population parle l'espagnol comme langue maternelle, ce qui comprend les Uruguayens (Blancs), les Afro-Uruguayens, les Argentins, les Espagnols, les Juifs hispanophones, les Chiliens et les Amérindiens détribalisés (ou assimilés).

Toutes les autres langues sont parlées par des communautés immigrantes, à l'exception des Amérindiens. Les langues les plus importantes sont l'italien (88 000 locuteurs), le galicien (env. 40 000 locuteurs), l'allemand (30 000), le français (20 000), etc. Encore aujourd'hui, Montevideo rassemble presque tous les étrangers du pays, surtout des Italiens, des Français, des Allemands et des Espagnols. Évidemment, tout ce monde parle aussi l'espagnol comme langue seconde.

Le cas du portugais mérite d'être souligné de façon particulière parce que c'est la langue du grand pays voisin: le Brésil. Non seulement il est parlé par au moins 30 000 locuteurs, mais il est également connu comme langue seconde par beaucoup d'Uruguayens. Il conviendrait de citer aussi le yiddish, le lituanien, le russe, le Plautdietsch (1200), etc. Cette dernière langue (Plattdeutsch en allemand) est parlée par une petite communauté de mennonites; leur langue héritée du bas-allemand est fortement teintée d'influences néerlandaises et flamandes. 

Il existe également une autre langue appelée surtout portuñol, mais aussi portunon, portunhol (en portugais) ou encore brasileño ou brazilero, voire fronterizo (en port.: fronteiriço). Le portuñol correspond à un mélange d’espagnol et de portugais, ce qu'on appelle une langue mixte, parlé surtout à la frontière brésilienne; on l'appelle le «portuñol de Riverense». On estime que cette langue mixe serait parlée par environ 100 000 locuteurs.

On ne compterait que quelques centaines de locuteurs pour l'ensemble des deux langues amérindiennes en voie d'extinction : le charrua et le chana. Non seulement il est impossible de savoir le nombre exact de ces locuteurs de ces langues, mais il est possible qu'il n'en existe plus aucun. Il est plus aisé de trouver des gens parlant le bulgare ou l'arménien que des survivants d'une langue amérindienne.

3 Données historiques

Avant l'arrivée des premiers Européens dans la région, le pays était occupé par plusieurs peuples amérindiens : les Charrúas, les Chanas, les Minuanes, les Bohanes, les Guenoas, les Yaros et les Guaranís. La plupart de ces peuples étaient fondamentalement des chasseurs ou des pêcheurs, mais les Chana pratiquaient une forme rudimentaire d’agriculture.

À la suite des voyages de Juan Días de Solís (1470-1516), qui débarqua le premier sur le sol uruguayen en 1516, puis de Fernand de Magellan (v. 1480-1521), ainsi que de quelques autres grands navigateurs, les Espagnols et les Portugais décidèrent de poursuivre l'exploration des terres découvertes par leurs illustres marins. Les tentatives de colonisation européenne furent longtemps découragées par les Charruas, les seuls habitants indigènes qui vivaient encore à l'arrivée des Européens. Malgré leur farouche résistance, les tribus indigènes qui occupaient le territoire de l'actuel Uruguay furent en partie décimées en raison des épidémies de variole communiquées par les Blancs, sauf quelques tribus charrua et chana. Il faut dire aussi que l’arrivée de l’homme blanc, avec ses troupeaux de vaches et de chevaux, ont profondément transformé le territoire uruguayen et, par le fait même, l'habitat, la démographie et les coutumes indigènes. Par la suite, la plupart des Charrúas seront massacrés par les Blancs, ce qui fut appelé le «massacre de Salsipuedes» du 11 avril 1831, mené par général Fructuoso Rivera, le premier président de l'Uruguay constitutionnellement élu (du 6 novembre 1830 au 24 octobre 1834). L'extermination devait être totale, mais il y eut des survivants qui furent amenés à Montevideo pour y servir d'esclaves. En 1833, on envoya quelques-uns des derniers Charrúas (une femme et trois hommes) à Paris afin qu'ils soient «étudiés». En réalité, ils furent placés dans une cage «afin d’être exhibés à la curiosité publique» sur les Champs Élysée lors d'une «exposition» inaugurée le 13 Juin 1833, mais aucun d'eux ne reviendra dans son pays. Le dernier membre charrua, l'Indienne Guyunusa, mourut à l'Hôtel-Dieu de Lyon le 22 juillet 1834.

Rappelons qu’en 1494 le pape Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à signer le traité de Tordesillas qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien devait appartenir à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal. Ainsi, en Amérique, seul le Brésil devait revenir aux Portugais qui, en retour, pouvaient coloniser librement l'Afrique. Le problème avec l’Uruguay, c’est que la région se situait à la frontière de partage et pouvait être revendiquée autant par l’Espagne que par le Portugal.

3.1 La période coloniale

Contestant les prétentions espagnoles sur la région, les colons portugais établirent entre 1680 et 1683 plusieurs colonies en bordure du río de la Plata, notamment celle de Sacramento, afin de freiner l'expansion des Espagnols installés à Buenos Aires, juste de l'autre côté du río de la Plata.

Les Espagnols continuèrent néanmoins leur progression et fondèrent la ville de Montevideo, en 1726, qui resta longtemps un simple fort, avant de coloniser la Banda Oriental, à l'est du río Uruguay. Cette lutte d'influence pour la colonisation du pays se poursuivit au cours du XVIIIe siècle. Toutefois, ce sont les Espagnols qui en prirent avantage. En 1726, ils ils installèrent leur armée dans la ville de Montevideo et peuplèrent la région située à l'est du río Uruguay, la Banda oriental, et se firent céder Sacramento par les Portugais en 1777.

Ils devinrent ainsi les maîtres du territoire formant l'actuel Uruguay, qui devient officiellement une colonie espagnole dépendante de la vice-royauté de Buenos Aires. Vers 1800, on comptait quelque 30 000 habitants en Uruguay, dont le tiers était constituée d’esclaves noirs.

En 1810 et en 1811, sous la conduite du général José Gervasio Artigas (1764-1850), des révolutionnaires uruguayens s'unirent aux patriotes de Buenos Aires (Argentine) en révolte contre l'Espagne. Les autorités espagnoles furent chassées de Montevideo en 1814, tandis qu’un gouvernement national fut constitué en 1815. José Gervasio Artigas devint un héros national pour l'Uruguay.

Mais les Portugais du Brésil profitèrent de la situation et envahirent l’Uruguay. La conquête portugaise s'acheva en 1821 avec l'annexion du pays qui devint la Provincía Císplatina. Évidemment, cette prise de possession ne fut guère appréciée par les Uruguayens. Des révoltes, qui ne connurent pas le succès escompté, éclatèrent en 1821 et 1823. Le 25 août 1825, la province Císplatina déclara son indépendance du Brésil, puis voulut rejoindre l'Argentine en formant une fédération régionale. Cette union entre l'Argentine et l'Uruguay permit de vaincre le Brésil après plus de trois années de guerre. En fin de compte, grâce aux pressions de la Grande-Bretagne sur le Brésil et l'Argentine, ces deux pays reconnurent l'indépendance de l'Uruguay en 1828.

3.2 Indépendance et guerre civile

En 1830, une république fut officiellement instaurée sous le nom de République orientale. Mais l’indépendance fut constamment remise en question par ses deux puissants voisins: l'Argentine et le Brésil. Les deux premiers présidents du nouvel État furent le général Fructuoso Rivera, fondateur du Parti libéral, les Colorados, et le général Manuel Oribe, chef du Parti conservateur, les Blancos (en raison de la couleur de leurs drapeaux respectifs). Une guerre civile opposant les deux partis éclata en 1839 et se prolongea jusqu'en 1851, avec l'intervention du dictateur argentin Rosas. La période (1839-1852) est connue aujourd'hui dans le rio de la Plata sous le nom de Guerra Grande (la «Grande Guerre»). Elle constitue la grande époque de l’émigration française en Uruguay. Suite à ce conflit interne, l'Uruguay, allié du Brésil et de l'Argentine, s'engagea dans la guerre contre le Paraguay à partir de 1865, et ce, jusqu'en 1870.

Au cours de cette période, l'Uruguay connut de nombreux conflits avec les pays voisins tandis que beaucoup d'immigrants, surtout des Européens, vinrent s'installer en Uruguay. La période de 1839 à 1852, connue dans le río de la Plata sous le nom de «Guerra Grande» (Grande Guerre) demeura un épisode important pour l’émigration française en Uruguay . En effet, les immigrants français à Montevideo ont constitué, jusqu’en 1843, un véritable «raz de marée». Les Britanniques y affluèrent vers le milieu du XIXe siècle, alors que des Noirs s'y installèrent à partir de 1888, soit lorsque l’esclavage fut aboli au Brésil. Au même moment, les Uruguayens décimèrent pratiquement tout ce qui restait d’Amérindiens dans le pays, alors que ces derniers avaient aidé les Métis à obtenir l'indépendance. 

3.3 La première moitié du XXe siècle

Durant la présidence de José Batlle y Ordóñez (entre 1903 et 1915), un régime démocratique fut instauré et des réformes destinées à promouvoir le progrès économique et social du pays furent mises en place. Batlle y Ordóñez établit un régime démocratique collégial, inspiré de celui de la Suisse. L'Uruguay devint l’une des nations les plus progressistes d'Amérique du Sud: prospérité économique fondée sur l'exportation de la viande et de la laine, enseignement obligatoire et gratuit, liberté de presse, séparation de l'Église et de l'État, etc.

En 1917, une nouvelle constitution fut adoptée : elle divisait le pouvoir exécutif entre le président de la République et un Conseil national d'administration, dont trois membres appartenait à l'opposition. Après la mort de Batlle y Ordóñez et la crise de 1929, Gabriel Terra devint président à la suite d'un coup d'État. La Constitution uruguayenne fut modifiée, ce qui permit d'élargir les pouvoirs du président et de supprimer le Conseil national. Alors que le pays commençait à s’industrialiser, arrivèrent des Italiens, des Basques francophones, des Allemands et des Irlandais. Le pays passa d’un million d’habitants (1908) à 1,9 million en 1930.

La crise mondiale de 1930 amena au pouvoir Gabriel Terra qui suspendit la Constitution et revint au régime présidentiel. En 1951, la collégialité gouvernementale (Exécutif collégial) fut rétablie et la fonction de président de la République fut abolie.

3.4 La seconde moitié du XXe siècle

En 1958, après pratiquement un siècle de gouvernement colorado, le Parti blanco remporta les élections. Le nouveau gouvernement engagea des réformes économiques, mais il dut faire face à l'agitation populaire et à des problèmes sociaux liés à la crise économique qui secoua l'Uruguay. Les Blancos demeurèrent au pouvoir jusqu'en 1966. Les deux partis se mirent d'accord pour proposer une réforme visant à rétablir le système présidentiel. La nouvelle Constitution entra en vigueur en février 1967. Le Colorado Jorge Pacheco Areco devint président et suspendit les libertés individuelles, ce qui favorisa une situation économique critique et entraîna une guérilla urbaine. Le Mouvement de libération nationale, plus connu sous le nom de Tupamaros, intensifia ses offensives en vue de renverser le gouvernement. Les Tupamoros s'engagèrent dans une série d'assassinats et d'enlèvement politiques. Il y eut d'autres groupe à poursuivre la guérilla, tels Escadrons de la mort (Escuadrón de la muerte) et la Jeunesse uruguayenne de Pie (Juventud Uruguaya de Pie).

Les militaires prirent progressivement le pouvoir et s'en emparèrent définitivement, le 27 juin 1973. Après la dissolution du Parlement par Bordaberry et son remplacement par un Conseil d'État composé de 25 membres et dominé par les militaires, la Confédération nationale des travailleurs (CNT) déclencha une grève générale. Le dictateur Bordaberry fut destitué en juin 1976. Les militaires rédigèrent une nouvelle constitution, mais les citoyens la rejetèrent lors du referendum organisé en novembre 1980. Aparicio Méndez fut alors élu à la présidence dont les premières décisions s'orientèrent vers un renforcement du pouvoir, ce qui déclencha des emprisonnements arbitraires, des disparitions de militants de gauche, des violations des droits de l'homme, etc.

Le 1er septembre 1981, le général Gregorio Álvarez s'installa à la présidence de la République dans un contexte difficile. En 1984, les militaires négocièrent avec les représentants des partis les conditions de leur retrait de la scène politique. Le président Julio María Sanguinetti, membre du Parti colorado, rétablit la démocratie en 1985 au prix d’une loi d'amnistie (adoptée en décembre 1986) couvrant les militaires responsables de violations des droits de l'homme (entre 1973 et 1985), puis confirmée par référendum en avril 1989. Son successeur, Luis Alberto Lacalle, du Parti national (ou Parti Blanco) devint président. Il fit adhérer en 1991 l’Uruguay au Mercosur (Mercado Común del Sur : «Marché commun du Sud»), considéré comme la seule voie du salut économique.

Les élections de 1994 virent à nouveau la victoire de Julio María Sanguinetti, du Parti colorado, qui se lança dans une réforme de l'État et rendit le pays compétitif, notamment face à ses partenaires du Mercosur. Le président Sanguinetti commença une série de réformes structurelles, dont une révision de la Constitution. Celle-ci entra en vigueur le 14 janvier 1997. Après le seconde mandat de Sanguinetti, Jorge Batlle devint président de l'Uruguay, le 1er mars 2000, pour un mandat de cinq ans. Le 31 octobre 2004, Tabaré Vázquez (Parti progressiste-Front élargi-Nouvelle Majorité) devient le 33e président constitutionnellement élu dès le premier tour avec 50,45 % des suffrages. C'était la première fois depuis 174 ans qu'un président élu n'appartenait ni au Parti colorado, ni au Parti national.

4 La politique linguistique de non-intervention

L’État uruguayen se caractérise par le fait qu’il n’a pas à élaborer une politique linguistique particulière. En réalité, sa politique, c’est de ne pas en avoir puisque, de toute façon, elle ne correspondrait à aucun besoin. Si la Constitution de 1967 ne contenait aucune disposition à caractère linguistique, celle de 1997 n’en a pas davantage, ce qui peut paraître assez normal dans un pays tel que l’Uruguay dont la population parle l’espagnol dans une proportion de 93,7 %. Néanmoins, l’Uruguay constitue un rare cas en Amérique du Sud où il n’existe pas, de jure, de langue officielle.

4.1 Les textes officiels

De fait, aucun texte juridique ne proclame l’espagnol comme langue officielle. L’espagnol a acquis ce statut de facto. D’ailleurs, les rares textes où l’on trouve une référence quelconque sur la langue parlent plutôt de "lengua nacional" («langue nationale»). Quant aux langues minoritaires, elles n’existent pas pour l’État, alors que la culture amérindienne n'y joue aucun rôle. Toute la vie politique, culturelle, économique, etc., de l’Uruguay se déroule exclusivement en espagnol. Ainsi, le Parlement ne rédige ses lois qu’en espagnol parce que c’est la seule langue utilisée par tous les députés. Il en est ainsi dans toutes les cours de justice du pays.

Pour ce qui est de la question linguistique dans les tribunaux, le Code civil ne traite pas de la langue des procès, mais uniquement de la langue des testaments. Il est précisé à l'article 799 qu'un testament doit être traduit (probablement en espagnol, mais cette langue n'est pas mentionnée) en présence de deux interprètes et de trois témoins qui connaissent bien la langue du testateur:

Article 799

Quiconque ne connaît pas le castillan, mais s'il s'exprimer clairement dans une autre langue et l'écrit, peut transmettre un testament honnête de la manière suivante:

Il soumet au greffier la déclaration contenant son testament, dans le rôle d'instruction qui correspond au protocole, signé de sa propre main, dont la présentation doit être faite en présence de deux interprètes et de trois témoins qui connaissent bien sa langue.

Les interprètes en font une traduction fidèle; ils le transmettent au testateur en présence des témoins et du greffier, si celui-ci n'a aucune observation à faire, il le signe conjointement avec les traducteurs et les témoins. À la suite de la traduction, le greffier dressera l'acte devant les témoins de l'événement, qui sera signé par les participants et ensuite paraphé par le greffier de chacun des exemplaires du testament original, et la traduction sera déposée au Registre des actes notariés.

Ce texte est l'un des très rares à mentionner le nom de la «langue nationale», qui est ici appelée «castillan» ("castellano"). 

Par ailleurs, la Loi sur les marques de commerce (loi no 17.011) de 1998 énonce à l'alinéa 12 de l'article 4 qu'il est obligatoire d'employer la langue espagnole dans les marques de commerce:

Article 4

Aux fins de la présente loi il ne doit pas être considéré comme des marques et, par conséquent, sont passibles d'une nullité absolue:

[...]

7º Les lettres ou chiffres considérés individuellement sans aucune forme particulière.

8º La couleur des produits et les emballages et les étiquettes monochromes. Peuvent être utilisé cependant, comme marques, les combinaisons de couleurs pour les emballages et les étiquettes.

9° Les appellations techniques, commerciales ou vulgaires, qui sont utilisées pour exprimer des qualités ou des attributs des produits et services.

10º Les appellations normalement utilisées pour indiquer la nature des produits et services, la catégorie, le type ou l'espèce auxquels ils appartiennent.

11º Les mots ou expressions qui sont passés dans l'usage général, ainsi que les signes ou les modèles qui ne sont pas fantaisistes, c'est-à-dire qui ne présentent pas des caractéristiques de nouveauté, de spécialité et de spécificité.

12º Les mots ou combinaisons de mots dans une langue étrangère dont la traduction en espagnol est comprise dans les interdictions visées aux  paragraphes 9º, 10º et 11º ci-dessus.

13º Les dessins ou des expressions contraires à l'ordre, à la moralité publique ou aux bonnes mœurs.

14º Les caricatures, les photos, les dessins ou les expressions qui tendent à ridiculiser des idées, des individus ou des objets dignes de respect et de considération.

Quant au décret no 34/999 réglementant la loi no 17.011 (1999), l'article 82 rappelle que les documents attestant le statut juridique doivent être accompagnés d'une traduction effectuée par un traducteur agréé s'ils ont été rédigés dans une langue étrangère:

Article 82

Les documents attestant le statut juridique, sauf ceux prévus à l'article 76 du présent décret, ainsi que la nature de la preuve, doivent être présentés dans leur version originale, en déposition notariée pour fins de présentation ou au moyen d'une photocopie avec présentation de l'original, afin que le préposé à la réception puisse dûment le contresigner. Les documents publics et officiels en provenance de l'étranger doivent être dûment authentifiés, sans préjudice des dispositions du paragraphe A-1) à la fin de l'article 6 quinquies de la Convention de l'Union de Paris, et le décret-loi no 14.910 du 19 du juillet 1979.

Dans le cas où les documents ont été rédigés dans une langue étrangère, ils doivent être accompagnés d'une traduction effectuée par un traducteur agréé.

La Convention de l'Union de Paris du 20 mars 1883 est destinée à la protection de la propriété industrielle. Ces quelques textes témoignent du statut de l'espagnol ou du castillan dans la vie publique de l'Uruguay.

4.2 L'éducation

Les lois sur l’éducation — Ley de Educación no 15739 du 28 mars 1985, Ley de Educacion no 16115 de juillet 1990) Decreto 395/985 du 30 juillet 1985, Decreto 407/85 du 31 juillet 1985, Declaración del Plenario Nacional du 21 décembre 1997 — ne traitent pas davantage de la langue que la Constitution. Même dans les programmes d'éducation officiels, le simple mot «lengua» (langue) n’apparaît que très rarement. Le ministère de l’Éducation, par exemple, exige que l’enseignement de l’informatique soit accompagné d’une «utilisation intensive et correcte de la langue»: «La Informática supone el uso intensivo y exige el uso correcto de la Lengua.» La langue en question, c'est la «langue nationale» ("lengua nacional"). La loi sur l'éducation Cependant, la Loi générale sur l'éducation de 2008 déclare à l'article 40 que l'enseignement des langues doit tenir compte des différentes «langues maternelles», notamment «l'espagnol uruguayen», le «portugais uruguayen» et la «langue des signes uruguayenne»), ainsi que la formation multilingue grâce à l'enseignement des langues secondes et des langues étrangères:

Article 40

5)
L'enseignement des langues aura pour objectif le développement des habiletés de communication des individus, la maîtrise de la langue écrite, le respect des variétés linguistiques, la réflexion sur la langue, la prise en compte des différentes langues maternelles dans le pays (espagnol uruguayen, portugais uruguayen, langue des signes uruguayenne) et la formation multilingue grâce à l'enseignement des langues secondes et des langues étrangères.

En fait, le plus souvent, le mot lengua est associé aux langues étrangères, surtout l’anglais. Mais le gouvernement a considéré qu'on devrait offrir aux élèves du secondaire une vaste gamme de formation dans d'autres langues étrangères. Les premiers centres d’apprentissage des langues étrangères (Centros de Lenguas Extranjeras) datent de 1996. Pour la première fois dans l'histoire de l'Uruguay, les écoles offrent maintenant une formation régulière dans la langue de leur grand voisin, le Brésil. Il est très intéressant de noter que 50 % des élèves ont spontanément choisi d’apprendre, comme première langue étrangère, le portugais. Un peu plus de 25 % ont opté pour la langue française et un pourcentage plus petit, pour l’italien. Les autres ont choisi l’anglais, l’allemand ou l’hébreu. L’enseignement n’est dispensé qu’en langue espagnole, sauf pour les cours de langues secondes, qui sont obligatoires à partir de la deuxième année du secondaire. En somme, l’Uruguay ne reconnaît aucune langue minoritaire dans le pays. C’est pourquoi l’unilinguisme espagnol règne en maître absolu.

4.3 Les indigènes et les malentendants

Il n'existe pas de loi concernant les indigènes. Tout ce qu'on sait, c'est que toute loi de ce genre risquerait de toute façon d'être symbolique dans son application, car il reste moins de 1000 locuteurs autochtones dans ce pays. 

Enfin, la seule véritable loi «linguistique» à avoir été adoptée en Uruguay est la Ley no 17.378 por la cual se reconoce la Lengua de Señas Uruguaya : il s'agit de la loi no 17.378 pour la reconnaissance de la langue des signes uruguayenne.

4.4 Les médias

Les médias écrits ne diffusent leurs informations qu'en espagnol, que ce soit Brecha, Diario Atlas (Cerro Largo), Diario Cambio (Salto), Diario Correo de Punta del Este (Maldonado), Diario el Observador, Diario El Pueblo (Salto), Diario La República, Ecos Regionales (Flores), Editorial Turistica (Montevideo), El Avisador (Tacuaremb & 0acute), El Heraldo (Florida), El Observador, etc. Il en est ainsi dans les médias électroniques tels que Canal 10 (télé), El Espectador (radio), Monte Carlo Television, Radio Sarandi, Teledoce (télé), etc., mais certaines émissions radiophoniques en provenance du Brésil sont diffusées en portugais.

On comprendra qu’une politique linguistique dans un pays comme l'Uruguay puisse paraître quelque peu inutile. Ce pays demeure l’un des rares de toute l’Amérique latine à avoir si peu d'indigènes et autant d'hispanophones et d'hispanophiles. La culture amérindienne n’y tient absolument aucune place. Pourtant, un pays comme le Venezuela, qui ne compte que 2,3 % d’autochtones, s'est doté d'instruments juridiques très élaborés pour assurer le respect des droits de ses petites communautés indigènes. Contrairement à la plupart des autres pays latino-américains, l’Uruguay ne dispose d’aucune loi relative à la langue ou à l'éducation des autochtones. On aurait pu espérer voir l’Uruguay se contenter d'énumérer de grands principes sur la reconnaissance des populations autochtones, leur «éducation bilingue» et/ou «interculturelle». Même pas! L'Uruguay est le seul pays latino-américain dans ce cas. Par comparaison avec les autres pays d'Amérique latine, l'Uruguay ne présente pas beaucoup d'intérêt dans le domaine de l'aménagement linguistique. C'est le «tout-espagnol».

Dernière révision en date du 19 déc. 2015
 

 

Bibliographie

COMISIÓN INTERAMERICANA DE DERECHOS HUMANOS. La Situación de los Derechos Humanos de los Indígenas en las Américas, Organización de los Estados Americanos, Washington, 1997,
[http://www.cidh.oas.org/Default.htm].

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Uruguay», pour la partie historique.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001

ORGANIZACIÓN DE LOS ESTADOS AMERICANOS. La situación de les Derechos Indígenas en las Américas, Georgetown, 2000.

YACOUB, Joseph. «Amérique du Sud australe» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 814-819. 

 

 

L'Amérique du Sud et les Antilles
 
 
 

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