République bolivarienne du Venezuela

Venezuela

(1) Situation générale

 

Capitale: Caracas 
Population:
27,9 millions (2010)
Langue officielle: castillan (ou espagnol)
Groupe majoritaire: espagnol (92,2 %) 
Groupes minoritaires: près de 40 langues amérindiennes, dont plusieurs en voie d’extinction
Système politique: république fédérale présidentielle
Articles constitutionnels (langue): art. 9, 81, 101, 10, 119, 121 et 7e disposition transitoire de la Constitution de 2009.
Lois linguistiques: 
Loi organique sur l'éducation (1980) ; Règlement général sur la Loi organique en éducation (1999); Loi sur la protection et la défense du patrimoine culturel (1993); Loi approuvant la Convention no 169 relative aux peuples indigènes et tribaux (2000); Décret présidentiel no 1011 du 14 octobre (2000); Instruction sur le décret 1.011 (2000); Loi sur la délimitation et la garantie de l'habitat et des terres des peuples indigènes (2000); Loi organique sur la culture (2001); Loi sur l’éducation des peuples indigènes et sur l’usage de leurs langues (2001) - non adoptée; Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l'OIT (17 octobre 2001); Décret présidentiel no 1.795 ordonnant l'obligation d'employer les langues indigènes (2002); Décret présidentiel no 1.796 instituant le Conseil national de l'éducation, de la culture et des langues indigènes (2002); Règlement de la radiodiffusion et de la télédiffusion de service public communautaire, à but non lucratif (2002); Loi organique sur les peuples et communautés indigènes (2005); Loi organique sur l'identification (2006); Loi sur les langues indigènes (2008); Loi sur la responsabilité sociale à la radio, à la télévision et dans les médias électroniques (2011).

1 Situation géopolitique

Le Venezuela (officiellement appelé República Bolivariana de Venezuela : République bolivarienne du Venezuela) est un grand pays de 912 050 km² (Espagne: 504 782 km²) d'Amérique du Sud, bordé au nord par la mer des Caraïbes, au nord-est par l'océan Atlantique, à l'est par le Guyana, au sud par le Brésil, et au sud-ouest et à l'ouest par la Colombie. Le Venezuela compte aussi quelque 70 îles situées au large dans la mer des Caraïbes; l'île Margarita est la plus grande et la plus importante.

1.1 La fédération vénézuélienne

Le Venezuela constitue une fédération appelée  "Federación Venezolana" (la «Fédération vénézuélienne»); elle est formée de 23 États fédérés ("estados federados") et de régions à statut spécial, soit un district fédéral ("Distrito Federal") et des dépendances fédérales ("Dependencias Federales"). Les États vénézuéliens sont les suivants: Amazonas, Anzoategui, Apure, Aragua, Barinas, Bolivar, Carabobo, Cojedes, Delta Amacuro, District fédéral, Dépendances fédérales, Falcon, Guarico, Lara, Merida, Miranda, Monagas, Nueva Esparta, Portuguesa, Sucre, Tachira, Trujillo, Vargas, Yaracuy et Zulia. 

Le Venezuela est une république fédérale multipartite à régime présidentiel. Le président est à la fois le chef de l'État et le chef du gouvernement; il exerce le pouvoir exécutif, tandis que le Parlement, c'est-à-dire l'Assemblée nationale, détient le pouvoir législatif. Trois sièges sont réservés aux représentants des peuples indigènes.

Les gouvernements des États sont divisés en deux branches: la Législature et l'Exécutif. La législature d'un État est dévolu au Conseil législatif monocaméral, dont les membres sont élus tous les quatre ans par vote populaire, direct et secret; les députés peuvent être réélus dans un système de représentation proportionnelle de la population de l'État concerné et de celle de ses municipalités. Les États fédérés peuvent adopter des lois sur les questions régionales, mais les principales lois civiles, commerciales, pénales, ainsi que le code du travail, la sécurité sociale et les mines sont du ressort de l'Assemblée nationale. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouverneur accompagné des secrétaires d'État respectifs. Le gouverneur est également élu au suffrage direct et au scrutin secret pour un mandat de quatre ans avec la possibilité d'une réélection.

1.2 L'Esequiba

Sur la base du traité de Genève de 1966 ("Accord tendant à régler le différend relatif à la frontière entre le Venezuela et la Guyane britannique, signé à Genève, le 17 février 1966"), le Venezuela revendique un important territoire appelé "Guayana Esequiba" (ou Zona en Reclamación : «zone en réclamation»), faisant actuellement partie de la Guyana, un territoire d'une superficie de 159 500 km², ce qui correspondrait à plus de 62 % de la Guyana. À l'article 10 de sa constitution de 1999, le Venezuela déclare que «le territoire et les autres espaces géographiques de la République sont ceux qui correspondent à la Capitainerie générale du Venezuela avant sa transformation politique débutant le 19 avril 1810, incluant les modifications résultant des traités et arbitrages non frappés de nullité». Ainsi, dans les manuels scolaires vénézuéliens et sur les cartes du pays, la Guayana Esequiba est intégrée systématiquement au territoire du Venezuela.

Cependant, pour la communauté internationale, l'Esequiba, appelé aussi «territoire Esequibo», appartient intégralement à la Guyana. De plus, une partie du sud-est de la Guyana (en vert) est revendiquée par le Surinam. Dans ces conditions, l'ancienne Guyane britannique se verrait réduite de 75 % de son territoire.

2  Données démolinguistiques

Le Venezuela comptait 27,9 millions d’habitants en 2010. La population est inégalement répartie et huit États comptent plus d'un million d'habitants: Anzoategui, Aragua, Bolivar, Carabobo, Lara, Miranda, Tachira, Zulia, sans oublier le District fédéral (voir le tableau). Les Métis (Mestizos) comptent pour environ 67 % des Vénézuéliens, et quelque 180 % sont d'origine européenne; le reste de la population est composée de Noirs (8 %) et d'autochtones (7 %).

2.1 Les langues du Venezuela

C'est un pays très homogène au plan linguistique. En effet, 92 % des citoyens parlent l'espagnol (appelé généralement «castillan») comme langue maternelle. Seuls les autochtones, qu'on appelle presque toujours «indigènes» au Venezuela, parlent une langue maternelle qui n'est pas l'espagnol. On compte plus d'une trentaine de langues parlées par moins d'un demi-million de locuteurs. Lors du recensement de 2001, le gouvernement reconnaissait l’existence de 36 peuples indigènes répartis en 2800 communautés.

2.2 Les peuples et communautés indigènes

Il n'est pas aisé de déterminer avec précision le nombre de peuples et des communautés indigènes au Venezuela. Ainsi, pour sa part, l'article 14 de la Loi sur la délimitation et la garantie de l'habitat et des terres des peuples indigènes (2000) dénombrait 35 groupes :

Article 14

La Procédure nationale de délimitation de l'habitat et des terres des peuples et communautés indigènes comprend les peuples et communautés identifiés à ce jour:

Amazonas: baniva, baré, cubeo, jivi (guajibo), hoti, kurripaco, piapoco, puinave, sáliva, sánema, wotjuja (piaroa), yanomami, warekena, yabarana, yek'uana, mako, ñengatú (geral);

Anzoátegui: kari'ña (ou karina) et cumanagoto;

Apure: jivi (guajibo), pumé (yaruro), kuiba;

Bolívar: uruak (arutani), akawaio, arawak, eñepá, (panare), hoti, kari'ña, pemón, sape, wotjuja (piaroa), wanai (mapoyo), yek'uana, sánema;

Delta Amacuro: warao, arauco;

Monagas: kari'ña, warao, chaima;

Sucre: chaima, warao, kari'ña;

Trujillo: wayuu;

Zulia: añú (paraujano), barí, wayuu (guajiro), yukpa, japreria.

L'énumération des peuples et communautés identifiées n'implique pas la négation des droits qui doivent délimiter les habitats et terres des autres peuples ou communautés, pour des raisons d'ignorance et qui ne sont pas identifiés par la présente loi

2.3 Les ethnies les plus importantes

Cependant, le recensement indigène de 1992 mentionnait un nombre de 20 groupes, mais certains chercheurs parlaient alors de 31 peuples. Pendant que la Loi sur la délimitation et la garantie de l'habitat et des terres des peuples indigènes de 2001 chiffrait les peuples à 35, la Commission permanente des peuples indigènes de l'Assemblée nationale en admettait 34, en précisant que «d'autres peuvent apparaître». L'imprécision est due au fait que différents critères sont utilisés pour dénombrer les peuples indigènes, ce qui implique, par exemple, que diverses appellations peuvent être employées pour désigner un même peuple.

Selon le recensement de 2001, un total de 532 783 habitants indigènes sont comptabilisés dans le pays, ce qui représentait  2,3 % de la population totale.

Le tableau ci-contre (source: Instituto Nacional de Estadística - INE, 2001)indique que les peuples indigènes les plus nombreux du Venezuela sont les Wayuu (60, 5 %), les Warao (7, 4 %), les Pemon (5,6 %), les Karina (3,4 %), les Jivi ( 3 %), les Piaroa (3 %) et les Añu (2,3 %), tandis que les autres nations ne représentent que moins de 2 % de tous les peuples indigènes.

La population indigène est concentrée dans huit entités fédérales (Delta Amacuro, Monagas, Sucre, Anzoategui, Bolivar, Amazonas, Apure et Zulia) et se concentre majoritairement dans les zones frontalières (au nord-ouest, nord-est et au sud); en outre, 58 % de la population indigène se trouve dans les zones rurales; la proportion des autochtones se situe à près de 50 % dans le seul État d'Amazonas.

Voici la liste des ethnies selon les États où elles résident:

État Peuples indigènes
Amazonas

Baniva, Baré, Cubeo, Jivi (Guajibo), Jodi (hoti), Kurripako, Piapoko, Puinave, Sáliva, Sánema (Yanomamo), Wotjuja (Piaroa), Yanomami, Warekena, Yabarana, Yekuana, Mako et Ñengatú (Yeral)

Anzoátegui Kariña et Cumanagoto
Apure Jivi (Guajibo), Pumé (Yaruro) et Kuiva
Bolivar Uruak (Arutani), Akawayo, Arawak (Lokono), Eñepá (Panare), Jodi (Hoti), Kariña, Pemón, Sape, Wotjuja (Piaroa), Wanai (Mapoyo), Yekuana et Sánema
Delta
Amacuro
Warao et Arawak
Mérida Wayuu (Guajiro)
Monagas Kariña, Warao, Chaima et Cumanagoto
Sucre Kariña, Warao, Chaima et Cumanagoto
Trujillo Wayuu (Guajiro)
Zulia Añú (Paraujano), Barí, Wayuu (Guajiro), Yukpa et Japreria

2.5 Les langues autochtones (indigènes)

Selon les données du ministère vénézuélien de la Santé et du Développement social (Ministerio de Salud y Desarrollo Socia), les langues autochtones sont les suivantes:

Rang Langue Nombre Famille États
1 wayuu 170 000 arawak Mérida, Trujillo, Zulia*
2 warao 28 100 isolat linguistique Bolivar, Delta Amacuro, Sucre*, Monagas*
3 pemon 19 100 caribe Delta Amacuro*, Amazonas
4 añu 17 440 arawak Zulia
5 yanomami 15 700 yanoama (yanomam) Amazonas*, Delta Amacuro
6 wotjuja (piaroa) 12 200 salivan (salive) Amazonas
7 jivi (guajibo) 11 300 guahibe Amazonas*, Delta Amacuro, Bolivar
8 karina (kariña, kali'na, kalinha) 11 140 caribe Anzoátegui*, Bolivar*, Monagas, Sucre
9 yekuana (maquiritari)  7 500 caribe Amazonas*, Delta Amacuro
10 yukpa  6 130 caribe Zulia
11 pumé (yaruro)  5 840 non classée Bolivar*, Delta Amacuro
12 kurripako (curripaco)  3 400 arawak Amazonas*, Delta Amacuro
13 eñepa  3 134 caribe Delta Amacuro*, Amazonas
14 baniva 1 200 arawak Amazonas*, Delta Amacuro
15 bari 1 520 chibcha Zulia
16 piapoko 1 400 arawak Amazonas*, Delta Amacuro
17 baré 1 200 arawak Amazonas
18 akawayo   811 caribe Delta Amacuro
19 puinave   774 isolat linguistique Amazonas
20 ñengatú (nhengatu ou yeral)   744 tupi-guarani Amazonas
21 jodi (yuwana)  643 non classée Delta Amacuro, Amazonas
22 yabarana  428 caribe Amazonas
23 warekena  (guarequena)  428 arawak Amazonas
24 mako  267 salivan (salive) Amazonas
25 mapoyo 178 caribe Delta Amacuro
26 guarequena 160 arawak Amazonas
27 arawak 159 arawak Delta Amacuro
28 japreria   95 caribe Zulia
29 kuiva   69 guahibe Apure
30 uruak (urak ou arutani) 45 (ou moins) arutani-sape  Bolivar
31 sape 25 (ou moins) arutani-sape  Bolivar
32 wanai (mapoyo) 12 (ou moins) caribe Amazonas
33 chaima ? (éteinte?) caribe Anzoátegui
34 cumanagoto † (éteinte) caribe Anzoátegui

Source: Ministère de la Santé et du Développement social), Enfoque de de Etnias Indígenas de Venezuela ("Données sur les ethnies indigènes du Venezuela"), Caracas, 2002.

L'astérisque (*) indique que la grande majorité d'une ethnie donne réside dans cet État.

Seules huit langues, y compris leurs variétés dialectales, sont parlées par plus de 10 000 locuteurs: le wayuu, le warao, le pemon, l'añu, le yanomami, le wotjuja (piaroa), le jivi (guajibo) et le karina. Neuf langues sont parlés entre 7500 et 1000 locuteurs: le yyekuana (maquiritari), le yukpa, le pumé (yaruro), le kurripako, l'eñepa, le baniva, le bari, le piapoko et le baré. Certaines langues ont en voie d'extinction ou disparues: l'uruak (arutani), le sape, le wanai (mapoyo), le chaima et le cumanagoto.

Généralement, les langues indigènes du Venezuela appartiennent aux familles arawak, chibcha et tupi-guarani. On peut consulter une carte linguistique (cliquer ICI, s.v.p.) illustrant la répartition des langues indigènes au Venezuela. Il faut aussi comprendre que toutes les langues indigènes du Venezuela sont fragmentées en de multiples dialectes. Certaines langues peuvent avoir, par exemple, jusqu'à sept ou huit variétés dialectales, ce qui n'aide pas à l'expansion de la plupart de ces langues. Les langues comptant moins de 1000 locuteurs sont considérées en danger d'extinction.

Dernière révision en date du 25 nov. 2016

Le Venezuela


(1) Généralités & données démolinguistiques
 
(2) Données historiques (3) Politique linguistique
de l'espagnol

(4) Politique linguistique
destinée aux indigènes

 
(5) Bibliographie Carte linguistique