Royaume d'Arabie Saoudite

Arabie Saoudite

Al Mamlakah al `Arabiyah
as Su`udiyah

Capitale:  Riyad
Population: 28,6 millions (est. 2011)
Langue officielle: arabe classique
Groupe majoritaire: arabe naji (46,5 %)
Groupes minoritaires: arabe hijazi (35 %), arabe du Golfe (1,6 %), anglais et langues immigrantes
Système politique: monarchie islamique absolue (autoritaire)
Articles constitutionnels (langue): Loi fondamentale (1993)
Lois linguistiques: Règlement sur la nationalité saoudienne (1954); Décret royal no M/64 (1975); Décret royal no M/61(1989); Décret royal no M/1 (1995); Décret royal no M/39 (2001). 

1 Situation géographique

L'Arabie Saoudite porte comme dénomination officielle le nom de royaume d'Arabie Saoudite (en anglais: Kingdom of Saudi Arabia). C'est une pays du Proche-Orient occupant la plus grande partie de la péninsule Arabique. Il est limité au nord par la Jordanie, l’Irak et le Koweït, à l’est par le golfe Persique et le Qatar, au sud-est par les Émirats arabes unis et le sultanat d’Oman, au sud par la république du Yémen et à l’ouest par la mer Rouge et le golfe d’Aqaba.

L’Arabie Saoudite couvre une superficie de 2,2 millions de km² (quatre fois la France), mais les frontières du Sud-Est et du Sud ne sont pas délimitées avec précision et font l’objet de contentieux avec les pays voisins tels que le Yémen, le Qatar et les Émirats arabes unis (selon les estimations: entre 1,7 million et 2,2 millions de km²). Notons que pratiquement 98 % du territoire est désertique ou semi-désertique. La capitale et la plus grande ville est Riyad (signifiant «jardins», en arabe).

Outre Riyad (pop.: 5,7 millions habitants en 2013), les villes importantes sont Djeddah, ville portuaire située sur la mer Rouge, La Mecque capitale religieuse de l’islam et plus grand centre de pèlerinage, Médine («ville», en arabe), ville sainte, et Damman, centre pétrolier du golfe Persique.

Sur le drapeau de l'Arabie Saoudite, on peut lire cette inscription en arabe: «Il n'y a de Dieu que Dieu, Mouhammad est le prophète de Dieu.» L'Arabie Saoudite est une théocratie islamiste à la rigueur stalinienne et dirigée, depuis 1744, par la famille al-Saoud ou Su'udiyah (d'où Saoudite). Depuis cette époque, un pacte unit la famille Saoud et les représentants du courant de l'islam né de la pensée du théologien Mohammed ben Abdelwahhab. Le pacte de ben Abdelwahhab avec Mohammed ibn Saoud a ainsi permis d'établir l'émirat de Dariya, le premier État saoudien, et de perpétuer une alliance et un arrangement dynastique entre leurs familles dans le but de se partager le pouvoir, lequel se poursuit jusqu'à nos jours dans le royaume d'Arabie saoudite. Pendant que l'État, la famille Saoud, empoche les pétrodollars, les religieux impose une morale stricte et intransigeante.

Les pressions qui s’exercent sur ce régime archaïque sont tellement fortes qu’il se sent tenu de procéder avec la plus grande lenteur et la plus grande prudence dans le domaine de la religion, car avec La Mecque le pays est le siège des lieux saints de l’islam. Toutefois, l'autorité de la part de l'État dans la religion islamique demeure tout à fait aléatoire, puisque l'islam n’a pas un siège unique d’interprétation du Coran. Dans ce pays, le pouvoir est partagé au sein d'une seule famille, dans laquelle les manigances et les combines en coulisse sont des pratiques courantes et considérées comme tout à fait normales. Le roi approuve ou refuse, mais il est rarement à l'origine des politiques de son pays.

La Constitution du pays est fondée sur le Coran en s’appuyant sur une stricte observance de l’islam. L'islam sunnite est la religion d'État du royaume, les statistiques officielles faisant même état de 100 % de musulmans sunnites. Aucune manifestation ou culte d'une autre religion n'est acceptée et ceux qui expriment à ce titre une opinion différente sont déclarés apostats et passibles de la peine de mort; l'athéisme peut entraîner la peine de mort. Les décrets royaux (nizam) constituent les sources principales de la loi, mais pour montrer qu'ils sont subordonnés à la Charia ils sont qualifiés de «régulation» et non de «loi». L'Arabie Saoudite est l'un des pays les plus conservateurs du monde.

L'Arabie Saoudite s'est toujours opposée à la plupart des dispositions de Déclaration universelle des droits de l'Homme, notamment les articles 1, 13, 16, 18 et 19 (voir les textes). Elle s'est déclarée:

- contre le principe selon lequel «tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits» (art. 1er);
- contre le fait que «
toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État» (art. 13), considérant qu'il est interdit aux non-musulmans de circuler à la Mecque;
- contre le «libre et plein consentement des futurs époux» en cas de mariage, car, dans le royaume de la débauche, la pédophilie est légitimée par des mariages arrangées avec des petites filles (art. 16);
- contre «la liberté de pensée, de conscience et de religion», car ce droit implique la liberté de changer de religion, ce qui est interdit par l'islam (art. 18);
- contre le «droit à la liberté d'opinion et d'expression», car il est interdit de critiquer le régime et la religion (art. 19);

C'est pourquoi l'Arabie saoudite mène une politique répressive de grande ampleur contre les militants des droits humains; les rassemblements publics, y compris les manifestations pacifiques, sont interdits depuis un décret de 2011. Tous les défenseurs des droits fondamentaux influents et indépendants du pays ont été emprisonnés, réduits au silence ou ont fui le pays.

L'Arabie Saoudite est reconnue pour financer un réseau extraordinaire d'organismes islamistes d'un bout à l'autre de la planète: ce sont des organismes voués au djihad (mot arabe signifiant «effort suprême») depuis une soixantaine d'années. Disposant de très importantes réserves pétrolières, l’Arabie Saoudite demeure l’un des pays les plus riches du Proche-Orient. Ce pays est aujourd'hui le principal financier de mosquées, d'écoles coraniques et de publications islamiques dans le monde entier. Toutes ces institutions sont tenues de propager une idéologie ultraconservatrice, rigoriste et fanatique, une idéologie qui alimente la haine des valeurs démocratiques, comme c'est le cas pour Al-Qaïda, l'État islamique, Boko Haram, etc. De plus, l'Arabie Saoudite est une dictature violente qui ne tolère aucune dissidence politique et qui condamne les critiques les plus modérées de l'islam.

Bien que l'Arabie Saoudite aie une apparence résolument moderne dans ses édifices, la mentalité des dirigeants est demeurée au Moyen Âge. Le cas du blogueur saoudien, Raïf Badawi, condamné pour «insulte envers l'islam» par le régime saoudien à dix ans de prison, 1000 coups de fouet et 200 000 euros (218 000 $ US) d'amende, est devenu le plus célèbre. Son seul crime est d'avoir exprimé une opinion discordante envers un régime réputé pour être corrompu et sanguinaire. Pour la seule année 2015, la peine de mort a été imposée à plus de 150 personnes, un triste record. Même si aucun parti politique n'est autorisé, quelques groupes d'opposition officieux ont fait leur apparition.

Étant donné la richesse et l'importance stratégique de l'Arabie Saoudite, qui en font un pôle de stabilité dans la région, la plupart des pays occidentaux lui apportent un soutien sans faille. Pourtant, les société occidentales se braquent contre l'islam pendant qu'au Proche-Orient les extrémistes musulmans massacrent d'autres musulmans.

Depuis la réforme administrative de 1993, l’Arabie Saoudite est divisée en 13 districts administratifs ou provinces ou émirats (mintaqat, sing.; mintaqah), avec des gouverneurs nommés (émirs membres de la famille royale)  ou révoqués par le roi et des assemblées constituées de notables locaux: Riyadh, Makkah, Madinah, Province de l'Est, Assir, Al-Baha, Tabuk, Qassim, Hail, Jouf, Frontière-Nord, Jizan et Najran.  Les grandes villes élisent leur propre gouvernement municipal. Les villes et les villages sont administrés par les conseils des anciens. Les émirats sont eux-mêmes divisés en gouvernorats.

2 Données démolinguistiques

L'Arabie Saoudite comptait en 2011 plus de 28,6 millions d'habitants, des Saoudiens. Le pays comprend deux principaux groupes ethniques autochtones: les Arabes (environ 90 %) et les Afro-Asiatiques (environ 10 %). Les étrangers sont nombreux en Arabie Saoudite. En effet, on dénombre environ près cinq millions d'étrangers et d'expatriés dans le pays, soit près de 27 % de la population totale. Les principales communautés d'«expatriés» (des travailleurs immigrés) sont les Indiens (1,2 millions), les Égyptiens (1,1 million), les Pakistanais (778 600), les Philippins (460 000), les Bangladeshi (446 200) et les Yéménites (424 300). De plus, près de 35 000 Américains, 30 000 Britanniques, 5000 Français et 2500 Allemands sont actuellement présents sur le territoire saoudien. Les seuls «étrangers» admis dans le pays sont les «hommes d'affaires» (ce qui inclut d'ailleurs les travailleurs immigrés) et les musulmans effectuant un pèlerinage à La Mecque. Il existe néanmoins des possibilités de «visas de visite» pour les parents des étrangers résidents.

Les Arabes n'appartiennent pas tous à la même ethnie. On distingue les Arabes saoudiens najdi, les Arabes saoudiens (proprement dits), les Bédouins (traditionnellement nomades, mais plus sédentarisés aujourd'hui), les Arabes du Golfe, les Arabes yéménites, les Arabes égyptiens, les Arabes palestiniens, les Arabes libanais, les Arabes syriens, les Tihama (ceux qui habitent la plaine côtière désertique de la mer Rouge), les Arabes soudanais, les Arabes jordaniens, les Arabes omanais, les Arabes du Sahara, les Fayfa, les Mahra, etc. Parmi les Afro-Asiatiques, il y a les Noirs d'Afrique (Swahilis), les Ourdous, les Somalis, les Kabardes, les Turcs, les Bangladeshi, les Baloutches, les Malais, les Ouïgours, etc.

Bref, les ethnies sont plus nombreuses qu'on le croit généralement en Arabie Saoudite. Il suffit de voir le tableau ci-dessous:

Peuple (Arabie Saoudite) Langue maternelle Groupe linguistique Population
Arabes saoudiens (Najdi) arabe hijazi chamito-sémitique 8 000 000
Arabes saoudiens arabe hijazi chamito-sémitique 6 000 000
Arabes bédouins arabe naji chamito-sémitique    843 000
Arabes du Golfe arabe du Golfe chamito-sémitique    500 000
Arabes yéménites arabe taizzi-adeni chamito-sémitique    500 000
Philippins filipino austronésien    460 000
Ourdous ourdou indo-iranien    382 000
Arabes égyptiens arabe égyptien chamito-sémitique    300 000
Arabes yéménites du Nord arabe sanaani chamito-sémitique   250 000
Noirs d'Afrique swahili bantou    205 000
Arabes palestiniens arabe leventin du Sud chamito-sémitique   124 180
Arabes libanais arabe leventin du Nord chamito-sémitique   103 483
Arabes syriens arabe leventin du Sud chamito-sémitique   103 483
Arabe tihama arabe hijazi chamito-sémitique   100 000
Arabes soudanais arabe soudanais chamito-sémitique     86 000
Arabes jordaniens arabe leventin du Nord chamito-sémitique     86 000
Arabes omanais arabe omanais chamito-sémitique     68 000
Somalis somali chamito-sémitique      34 000
Arabes du Shahara jibbali chamito-sémitique     34 000
Fayfa mehri chamito-sémitique     20 000
Kabardes kabarde caucasien     17 000
Mahra mehri chamito-sémitique     17 000
Turcs turc altaïque    17 000
Bangladeshi bengali indo-iranien      15 000
Baloutches du Sud baloutchi du Sud indo-iranien     10 348
Malais malais austronésien       8 600
Ouïgours ouïgour altaïque      5 919
Cham de l'Ouest cham de l'Ouest austronésien          100
 

Les langues sont tout aussi nombreuses, compte tenu qu'il faudrait distinguer les différentes variétés d'arabe. Il s'agit de l'arabe najdi (46,5 %), l'arabe hijazi (35 %) et de l'arabe du Golfe (1,6 %), etc., mais c'est l'arabe classique qui sert de langue écrite et de langue officielle.  L'arabe du Golfe est parlé dans les émirats du Nord et du Sud-Est, l'arabe hijazi près des côtes de la mer Rouge et des régions adjacentes, l'arabe najdi, un peu partout au pays. Les Bédouins parlent des variétés dialectales de cet arabe essentiellement oral. Toutes les langues arabes du pays (à l'exception de l'arabe classique) connaissent des variantes dialectales locales, mais elles appartiennent toutes à la famille chamito-sémitique.

Si l'on fait exception des étrangers, on peut affirmer qu'il n'existe pas de véritable langues minoritaires en Arabie Saoudite, compte tenu qu'aucune des langues arabes autochtones, toutes orales, n'est majoritaire et que, de toute façon, l'arabe classique sert d'unique langue écrite.  Parmi les travailleurs immigrés et les étrangers (les Occidentaux), les langues les plus parlées sont l'hindi et l'ourdou  (langues indo-iraniennes), le filipino  (langue austronésienne), le swahili (langue bantoue), le somali, le turc (famille altaïque), le bengali (une langue indo-iranienne), le kabarde (famille caucasienne), le baloutchi (langue indo-iranienne) et le malais (langue austronésienne). Les langues occidentales courantes sont l'anglais, le français et l'allemand. Bien que certaines langues puissent servir dans les communications orales (l'hindi, l'ourdou ou le persan), l'anglais est couramment utilisé comme langue véhiculaire pour communiquer avec les travailleurs immigrés dans la région.

Selon les sources officielles, 100 % de la population est musulmane. L’islam est la religion d’État en Arabie saoudite et l'exercice d'un autre culte que l'islam est interdit. Dans les faits, les habitants du pays sont des musulmans sunnites wahhabites dans une proportion de 98 %. Il faut compter aussi de 200 000 à 300 000 musulmans chiites, puis 500 000 catholiques, 70 000 protestants et une petite minorité hindoue.  Les sunnites des wahhabites, qui ont pris le pouvoir au XVIIIe siècle, ont cherché à purifier et à simplifier la pratique de l’islam; ils exercent une grande influence sur l’islam d’Arabie Saoudite. Même les Américains et autres conseillers européens à la sécurité nationale n'ont pu faire fi du refus de l'Arabie Saoudite de permettre aux ressortissants occidentaux de pratiquer leur culte librement. Tous les gouvernements ont dû accepter le diktat des autorités saoudiennes: pour pratiquer sa religion, il faut le faire dans le plus grand secret.

3 Données historiques

L’Arabie semble historiquement la patrie des peuples sémites, qui s’établirent au début du IVe millénaire avant notre ère en Mésopotamie et en Palestine. Plus tard, ils se sont identifiés sous les noms d’Assyro-Babyloniens, de Cananéens et d’Amorites. Au Ier millénaire avant notre ère, les Minyens occupèrent le sud du Hedjaz en bordure de la mer Rouge, mais ils se retirèrent au Ier siècle (avant notre ère). Ils furent remplacés par les Nabatéens qui fondèrent un centre commercial dans le Nord. Plus tard, Alexandre le Grand tenta en -323 de conquérir la péninsule Arabique, mais ce sont les Éthiopiens et les Perses qui réussirent pour un temps à établir leur hégémonie sur la région. Les Romains suivirent au IIe siècle de notre ère à s'installer dans cette même région. Les habitants subirent l'influence romaine; ils se latinisèrent et se christianisèrent.  Au IVe siècle, la région du Hedjaz, le long de la mer Rouge, se fragmenta en plusieurs cité-États orientées vers le commerce. 

3.1 L'islamisation

Mahomet, le prophète de l’islam, naquit à La Mecque en 570. Son enseignement suscita l’opposition des habitants et il dut s’exiler à Médine en 622. En 630, il revint avec ses disciples et conquit La Mecque. Après sa mort, ses successeurs continuèrent à conquérir et à convertir le monde arabe et la Perse, donc ce qui est aujourd'hui l'Arabie Saoudite. Paradoxalement, le pays natal de Mahomet devint moins important au sein de l’empire musulman, mais il s'est islamisé et arabisé. À partir de 1517, l'Empire ottoman réussit à contrôler le pays lors de la conquête de l’Égypte en 1517, sans étendre leur autorité à l’intérieur du pays. Puis la dynastie saoudienne fut fondée près de l’actuelle ville de Riyad par Muhammad Ibn Séoud.

3.2 L’arrivée des wahhabites

Au milieu du XVIIIe siècle, le chef religieux Muhammad Ibn Abd al-Wahhab se souleva contre les chiites et prêcha un retour à l’islam originel. Il fonda un mouvement religieux fondamentaliste: le wahhabisme. Une étroite alliance s’établit entre la dynastie des Saoud et les Wahhabites, qui fondèrent un État dans le Nedjd en 1744. Au début du XIXe siècle, ils détruisirent la ville sainte chiite de Kerbela en Irak et s’emparèrent de La Mecque en 1802, puis de Médine en 1804. Chassés par les Égyptiens entre 1811 et 1819, les Wahhabites et les Saoudiens se retirèrent à Riyad, dont ils firent leur capitale en 1818. Progressivement, les Saoudiens reconquirent la majeure partie des territoires qu’ils avaient perdus. Après 1865, la dynastie des Saoud glissa dans la guerre civile, tandis que le royaume fut partagé entre les divers clans et les Ottomans. La famille royale saoudienne s’exila au Koweït.

3.3 Le règne d’Ibn Séoud

En 1902, Abdel-Aziz ben Abdel-Rahman al-Saoud (le fils d’Abd al-Aziz) commença en 1902 la reconquête du royaume que ses ancêtres avaient perdu. Après Riyad, et la province du Nejd au centre du pays (1906), il s'empara du Hassa à l'est (913), d'une partie de l'Assir au sud-ouest (1921) et du Hedjaz à l'ouest (1925). En 1932, il réunit ses conquêtes dans un État unique, le royaume d'Arabie Saoudite auquel le traité de Taëf de 1934 adjoignit les trois provinces yéménites de l'Assir, Najran et Jizan. À partir de 1938, la prospérité du royaume assise sur l'exploitation du pétrole fit de cet État l'un des plus puissants du Proche-Orient. En 1945, le roi Abdel-Aziz conclut avec le président Franklin D. Roosevelt un accord qui plaçait l'Arabie Saoudite dans l'orbite économique et sous la protection militaire américaine. L’Arabie avait cédé l’exploitation de ses ressources pétrolières aux États-Unis. La même année, l’Arabie Saoudite devint membre de l’Organisation des Nations unies et de la Ligue arabe.

3.4 La guerre froide

Le roi Ibn Séoud décéda en 1953 en laissant à son fils aîné, Saoud Ibn Abd al-Aziz, un royaume prospère un royaume prospère. Mais ce dernier fut écarté du pouvoir en 1964 au profit de son frère Fayçal ben Abdelaziz al Saoud. À partir de 1973, l'Arabie Saoudite profita du boom pétrolier pour se poser en champion de l'islam sunnite dans le monde. Lors de la guerre du Kippour, l’Arabie Saoudite joua un rôle décisif en suspendant brièvement les livraisons de pétrole vers les pays qui avaient soutenu Israël et en multipliant par quatre le prix mondial du pétrole.

En mars 1975, le roi Fayçal était assassiné par un neveu Khaled. La révolution iranienne de 1979 et la prise de la Grande Mosquée à La Mecque par des fondamentalistes musulmans constituèrent un choc pour le gouvernement saoudien qui, avec l’aide des États-Unis, accrut ensuite sa puissance militaire et les mesures de sécurité. Le roi Khaled mourut en juin 1982 et le prince héritier Fahd lui succéda. En juillet 1987, au moins 400 personnes furent tuées à La Mecque lorsque des pèlerins chiites iraniens affrontèrent la police saoudienne. Plus de 1400 pèlerins subirent le même sort en juillet 1990 après une panique générale.

3.5 La guerre du Golfe 

La prise du Koweït par l’Irak en août 1990 connut des répercussions militaires, politiques et économiques importantes en Arabie Saoudite. Une coalition dirigée par les États-Unis prit position sur le territoire saoudien pour le défendre contre une éventuelle invasion irakienne et libérer le Koweït. Les problèmes économiques devinrent importants en 1993, car les États-Unis avaient insisté pour que l’Arabie Saoudite paie la facture de la guerre du Golfe, qui coûta à l’Arabie Saoudite quelque 51 milliards de dollars. Victime d’une embolie cérébrale en 1995, le roi Fahd dut confier la régence au prince Abdallah. Au plan économique, l’Arabie Saoudite réussit à éradiquer la dette extérieure (100 milliards de dollars) consécutive à la guerre du Golfe. Dès le début de sa régence, en 1995, le prince héritier Abdallah réforma les institutions et la vie politique du pays. Il ouvrit le pays aux aux capitaux extérieurs, autorisant notamment des compagnies pétrolières internationales à investir dans le pays.

3.6 Des accrocs aux droits humains

Sur un autre plan, l'Arabie Saoudite est réputée pour violer systématiquement les droits les plus fondamentaux des personnes vivant dans ce pays. Il n'existe ni parti politique, ni élection, ni Parlement autonome, ni magistrature indépendante, ni syndicat, ni organisation vouée à la défense des droits humains.  Tout individu résidant en Arabie Saoudite qui critique le régime est sévèrement puni; tout opposant politique ou religieux est arrêté et incarcéré sans jugement, pour une durée illimitée, ou condamné à de lourdes peines d'emprisonnement. Le recours à la torture est très répandu dans ce pays. Non seulement la peine de mort est appliquée, mais le nombre des amputations (main, pied, oeil, etc.) et flagellations semble avoir augmenté de façon alarmante. Les étrangers (travailleurs immigrés) constituent la moitié du contingent des condamnés à mort dans une année (plus d'une centaine en moyenne). Ces abus de pouvoir sont favorisés par  l'absence de tout contrôle judiciaire au moment de l'arrestation et de la détention. La peur et le secret sont omniprésents dans la vie des gens. Le gouvernement  contrôle l'information sous toutes ses formes et les médias sont soumis à une censure stricte.  Amnistie Internationale recueille depuis vingt ans des informations sur les violations systématiques des droits humains commises dans ce pays. Les chrétiens, les sikhs et les membres des autres minorités religieuses sont fréquemment victimes de discrimination et sont pris pour cibles par les forces de sécurité. Quant aux gouvernements étrangers, ils dénoncent rarement, sinon jamais, les violations signalées en Arabie Saoudite. La communauté internationale s'abstient régulièrement d'examiner de près la situation des droits fondamentaux dans cette dictature monarchique et théocratique. Des responsables gouvernementaux ont été amenés à faire des déclarations sur les droits humains, dont le ministre de l'Intérieur qui aurait affirmé: «Nous demandons à ceux qui portent des accusations contre le royaume de donner leurs preuves. Nous accueillons volontiers ceux qui veulent connaître la réalité, car nous n'avons rien à cacher… »

Néanmoins, il semble que l'Arabie Saoudite envisage de ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Pour ce faire, le gouvernement saoudien devra modifier sa législation et ses pratiques pour que ces changements se transposent dans la réalité. Il devra aussi veiller à ce que toutes les autorités du pays connaissent ces lois et les appliquent, puis que tous les citoyens soient informés de leurs droits.  Ces changements, lorsqu'ils entreront en vigueur, doivent prévoir des garanties concrètes qui permettront de remplacer le climat de peur et de secret par un système transparent et équitable.

Mais ce n'est pas demain la veille, car les autorités ont déclaré que, en cas de contradiction entre une disposition quelconque d'une convention internationale et les normes du droit musulman, le Royaume ne se considérait pas tenu d'appliquer une telle disposition contradictoire. Par exemple, le gouvernement saoudien a précisé que le Royaume ne croyait pas obligatoire de respecter les dispositions prévoyant l'égalité des droits des hommes et des femmes dans la transmission de leur nationalité à leurs enfants!

L’Arabie saoudite demeure l’un des pays du monde où les femmes sont les plus mal traitées. Ce pays est le principal exportateur du wahhabisme, une idéologie meurtrière à la base de l’islamisme radical. Les Juifs n’y ont pas davantage droit de cité que dans l’Allemagne «judenfrei» dont ont rêvé les nazis. En réalité, l'interprétation étroite que les autorités de l'État saoudien donnent des textes islamiques entrave l'exercice de nombreux droits fondamentaux protégés par les conventions internationales. Le clan Al Saoud est au pouvoir depuis 1932. Le roi Abdallah ben Abdel Aziz (92 ans) est décédé en janvier 2015. Lors du «Printemps arabe» en 2011, l'Arabie Saoudite a connu de «petites protestations», mais elle les a rapidement étouffées par une répression extrêmement efficace.

Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, le demi-frère du roi Abdallah, lui a succédé le 23 janvier 2015. Les observateurs ne s'attendaient pas à de grands changements de la part de ce réformateur prudent et expérimenté, dont la santé mentale serait fragile. D'ailleurs, dès sa première sortie médiatique, le nouveau roi Salmane d'Arabie Saoudite a déclaré qu'il n'y aurait pas de changement dans la politique du royaume et a appelé à l'unité parmi les musulmans divisés par la guerre. Le nouveau roi, réputé pour sa probité, est issu du clan des Soudayris considéré comme l'aile dure de la famille royale, mais il est plutôt connu pour sa ligne libérale et conservatrice. Quoi qu'il en soit, rien n'a vraiment changé dans le royaume, la situation aurait même régressé depuis l’arrivée au pouvoir du roi Salmane.

Néanmoins, ce pays n'est pas plus que d'autres pays à l’abri d’une révolution, puisque beaucoup des conditions, qui ont fait que la situation a pu exploser dans d’autres pays, existent en Arabie Saoudite. Il est probable qu'un jour le statu quo ne sera plus viable dans ce pays qui dépense des sommes immenses pour propager une vision passéiste, archaïque et violente de l’islam.

4 La politique linguistique

L'Arabie Saoudite n'a pas de politique linguistique écrite. Comme il n'y a pas de véritables minorités linguistiques (si l'on fait exception des ressortissants étrangers), le gouvernement ne fait qu'appliquer une diglossie arabe classique/arabe naji, considérée comme un phénomène normal. L'Arabie Saoudite n'a pas de véritable constitution. Il s'agit d'une  la Loi fondamentale adoptée par décret par le roi Fahd ben Abdelaziz Al Saoud (1982-2005) en octobre 1993. Cette constitution est fondée sur le Coran. Aucune manifestation ou culte d'une autre religion que l'islam n'est tolérée dans ce pays; ceux qui expriment une opinion différente sont déclarés «apostats» et passibles de la peine de mort. Dans ce pays, les propos blasphématoires sont passibles d'un emprisonnement à vie et même de la peine de mort.

La liberté de religion de la population non musulmane d'origine y demeure très restreinte, et elle doit s'exercer exclusivement dans le domaine privé. L'article 1er de la Loi fondamentale de 1993 stipule que la langue de l'État de l'Arabie Saoudite est l'arabe:

Article 1er

Le royaume d'Arabie Saoudite est un État souverain arabe islamique avec l'islam comme sa religion; le Livre de Dieu et la Sunnah de son Prophète, les prières de Dieu et la Paix qui est avec sur lui sont sa constitution, l'arabe est sa langue et Riyadh, sa capitale.

Il faut comprendre qu'il s'agit de l'arabe coranique (ou classique) qui sert de langue officielle pour l'État. Quant à l'article 39 de la Loi fondamentale, il portant sur l'«expression», il n'apporte pas davantage de précision en ne faisant allusion qu'à la «langue correcte»:

Article 39 
Expression

L'information, la publication et tous les autres médias respecteront la langue correcte et les règlements de l'État, et contribueront à l'éducation de la nation et au soutien de son unité. Tous les actes qui favorisent la sédition ou la division ou nuisent à la sécurité de l'État et de ses relations publiques ou amoindrissent la dignité de l'homme et ses droits sont interdits. Les lois définiront toutes ces dispositions. 

C'est à partir de ces seules dispositions linguistiques pour le moins ambiguës qu'est basée la politique linguistique de l'Arabie Saoudite. C'est ainsi que les lois sont toutes rédigées et promulguées en arabe classique, mais qu'elles peuvent être discutées en arabe naji ou en arabe hijazi. Il en est ainsi pour les dignitaires et membres du gouvernement. Chacun emploie oralement sa variété locale d'arabe, mais écrit uniquement en arabe classique.

4.1 Les services publics

Les services publics de l'Arabie Saoudite sont en arabe. À l'oral, les fonctionnaires emploient généralement l'arabe naji ou l'arabe hijazi, très exceptionnellement l'arabe classique. À l'écrit seul l'arabe classique est autorisé. L'article 8 du Règlement sur la nationalité saoudienne (1954) impose, dans certains cas, la maîtrise de l'arabe pour obtenir la citoyenneté saoudienne:

Article 8

Toute personne née dans le royaume de l'Arabie Saoudite, dont les parents sont étrangers, ou toute personne dont le père est étranger et la mère est une ressortissante saoudienne doit être considérée comme étrangère. Est aussi considérée comme étrangère toute personne née à l'extérieur du royaume de l'Arabie Saoudite d'un père étranger avec une nationalité connue et d'une mère ressortissante de l'Arabie Saoudite ; néanmoins, à l'âge légal, cet enfant a le doit de devenir un ressortissant saoudien, si les conditions suivantes sont remplies :

C. Elle doit maîtriser la langue arabe.

On ignore de quel arabe le règlement fait allusion, mais on peut supposer qu'il s'agit d'abord de l'arabe classique, la langue officielle de l'État, puis de l'arabe naji ou de l'arabe hijazi.

Dans le cas des entreprises commerciales, le Décret royal no M/61(1989) impose l'arabe pour tenue des livres commerciaux:

Article 1er

Tout commerçant doit conserver les livres commerciaux nécessaires pour la nature et l'importance de son commerce de façon à qu'il présente sa situation financière exacte ainsi que les droits et obligations relatifs à son commerce. Ces livres doivent être en ordre et en arabe. Le commerçant doit également conserver au moins les livres suivants :

• le journal dans sa forme originale ;
• le livre d'inventaire ;
• le grand livre général.

L'article 9 du Décret royal no M/1 (1995) impose également l'usage de l'arabe pour l'inscription dans le registre du commerce ainsi que dans la correspondance, les documents imprimés, les timbres et les affiches:

Article 9

Quiconque est inscrit au registre du commerce doit indiquer dans la correspondance, les documents imprimés, les timbres et les affiches son numéro d'enregistrement commercial, en plus de son nom et du nom de la ville de l'inscription. Toutes les données doivent être rédigées en arabe.

Ces textes témoignent de l'effort d'arabisation dans le pays.

4.2 La justice

Il existe des tribunaux civils et des tribunaux religieux (islamiques). Les premiers concernent généralement les affaires internationales, par exemple les litiges commerciaux et financiers avec une société étrangère. Depuis 1970, certains litiges échappent aux tribunaux religieux comme le le Bureau des plaintes, le Bureau des arbitrages du ministère du Commerce, la Commission de règlement des conflits du travail du ministère des Affaires sociales et le ministère de l’Intérieur pour les infractions au Code de la route (sauf si l’accident est mortel auquel cas les tribunaux islamiques redeviennent compétents). L'article 36 du Décret royal no M/64 (1975) prescrit que l'arabe est la langue officielle des tribunaux, mais la cour peut faire appel à un interprète si l'une des parties ou un témoin ne comprend pas la langue officielle :

Article 36

L'arabe est la langue officielle des tribunaux; toutefois, le tribunal peut entendre la déclaration des parties ou des témoins qui ne parlent pas l'arabe par l'intermédiaire d'un interprète.

L'article 172 du Décret royal no M/39 (2001) reprend cette même disposition concernant les interprètes dans une cour de justice:  

Article 172

La cour peut affecter un ou plusieurs experts pour conseiller sur des questions techniques liées à la cause. L'expert doit fournir à la cour, dans le délai prescrit, un rapport écrit énonçant son avis. Les parties peuvent obtenir un exemplaire de ce rapport. Si les parties au litige, les témoins ou l'un d'eux, ne comprennent pas l'arabe, la cour peut demander l'aide d'un interprète. Si un manque délibéré ou une fausse déclaration est établie contre l'un des experts ou des interprètes, la cour doit prendre des sanctions.

En réalité, l'arabe classique n'est pas la seule langue utilisée, car le recours à l'anglais est possible par l'intermédiaire de la traduction, le juge n'étant pas tenu de connaître une langue étrangère. Dans les échanges oraux, l'arabe naji et l'arabe hijazi sont également employés.

En matière de justice, ce sont bien souvent les tribunaux islamiques qui règlent les affaires judiciaires. Au nombre de 300, ils sont divisés en chambres spécialisées selon la nature de l’affaire (tribale, pénale, familiale, etc.). La justice est rendue par un qadi qui juge seul, sauf lorsque la peine de mort ou l’amputation peut être requise contre un prévenu auquel cas le tribunal est composé de trois qadis. Un Conseil judiciaire suprême, composé de 11 oulémas et présidé par le ministre de la Justice, exerce son contrôle sur les condamnations à mort, à l’amputation ou à la lapidation pour adultère. La police religieuse, les mouttawayn, veille à prévenir toute délinquance religieuse. Sauf en cas de force majeure, l'arabe classique set de langue de référence pour les écrits et les sentences, mais l'arabe dialectal est utilisé à l'oral. 

Le problème est plus délicat pour les travailleurs immigrés (plus de 25 % de la population), car beaucoup ignorent l'arabe. Souvent, lorsqu'ils sont arrêtés, ils sont amenés par la ruse à signer des aveux rédigés en arabe et, parce qu'ils ont avoué, ils peuvent être empêchés de prendre contact avec des personnes susceptibles d'intervenir en leur faveur, notamment le personnel de leur consulat. Cette situation semble particulièrement normale pour les ressortissants de pays en voie de développement. Pour les Occidentaux, les règles sont moins contournées, car les accusés ne signent généralement pas d'aveu en arabe, sauf sous la torture. 

4.3 L'éducation

Avant la création du royaume d’Arabie Saoudite en 1932, l’éducation se limitait aux établissements d'enseignement informel dirigé par les mosquées. De petits groupes d’élèves y apprenaient les lois islamiques, ainsi que la lecture et l’écriture. Jusqu’à 1956, il n’existait pas d’écoles pour les filles, celles-ci recevant leur éducation à la maison. Même si ce système exclusivement religieux est disparu, le gouvernement a maintenu l’importance des études islamiques dans le système d’éducation moderne. Ainsi, selon les lois islamiques, les garçons et les filles n'ont pas le droit de fréquenter les mêmes écoles. Le ministère de l'éducation accorde d’ailleurs des budgets séparés pour les écoles de filles et les écoles de garçons. Néanmoins, le taux d'instruction a fait un bon prodigieux en Arabie Saoudite depuis 1970, alors que le taux d'instruction n'atteignait que 15 % pour les hommes et 2 % pour des femmes, un taux inférieur à celui du Yémen et de l'Afghanistan. L'Arabie Saoudite était alors un pays islamique très conservateur: les écoles destinées aux filles suscitaient une forte opposition dans certaines régions du royaume, où l'instruction non religieuse était considérée comme inutile, voire réellement dangereux pour des filles. En 1990, le taux d'instruction avait augmenté à 73 % pour les hommes et à 48 % chez les femmes.

Dans les écoles primaires, seul l'arabe classique sert de langue d'enseignement. Au secondaire, vient s'ajouter l'apprentissage d'une langue étrangère: l'anglais. L’éducation privée est officiellement encouragée en Arabie Saoudite, mais les écoles privées ne disposent pas du droit de délivrer des diplômes. Elles peuvent néanmoins utiliser une autre langue que l'arabe comme langue d'enseignement. Il existe donc des écoles pour les ressortissants américains, britanniques, français, allemands, etc. Dans ces écoles, l'enseignement de l'arabe comme langue seconde est obligatoire. 

Toutefois, l'éducation publique en Arabie Saoudite, du primaire jusqu'à l'université, en passant par le secondaire, n'est jamais totalement séparée de ses racines islamiques. La politique en éducation impose parmi ses objectifs la promotion de la «croyance en Dieu», «en l'islam en tant que mode de vie» et «en Mahomet comme messager de Dieu». Par exemple, à l'école primaire, une moyenne de neuf périodes par semaine est consacrée aux matières religieuses et huit par semaine au niveau secondaire. Cette concentration sur les matières religieuses peut paraître considérable par comparaison avec le temps consacré à d'autres disciplines. Ainsi, au primaire, neuf périodes sont dévolues à la langue arabe et douze au total pour la géographie, l'histoire, les mathématiques, les sciences, les arts et l'éducation physique. Au secondaire, ce sont six périodes par semaine pour l'arabe, dix-neuf pour les autres disciplines. Au niveau secondaire, les périodes exigées pour les études religieuses ont été réduites, bien qu'il soit possible pour les élèves de recevoir une instruction avec une concentration dans des études religieuses.

Les Saoudiens peuvent poursuivre leurs études dans les établissements universitaires où les langues d'enseignement sont l'arabe et l'anglais. Deux types de programmes sont assurés : ceux de type occidental et ceux d’éducation islamique. Les jeunes filles sont admises dans les universités selon les mêmes critères que les jeunes gens, mais elles sont complètement isolées des hommes pendant leurs études universitaires; par exemple, elles n’ont pas le droit d’assister aux cours dispensés par un homme et doivent alors suivre le cours sur un écran de télévision en circuit fermé.

4.4 Les médias

Tous les Saoudiens sont assurés de recevoir toute information en arabe. En matière de presse écrite, qui compte 10 quotidiens et des dizaines de magazines, l'Arabie Saoudite a adopté une politique qui dote chaque grande région d'un quotidien. Par exemple, Al Madina est publié à Medine, Oukaze à Djedda, Al Riyad dans la capitale, etc. Citons quelques-uns de ces journaux, tous diffusés en arabe: Al Jazirah, Asharq Al Awsat, etc. Le Al Hayat est diffusé en arabe et an anglais. Le Washington Post et Arab News sont disponibles en anglais, Le Monde diplomatique en français. Dans les médias électroniques, le système est similaire, mais l'arabe classique est seule utilisé pour la radiotélévision d'État.   

Un décret royal de 1982 sur la presse et les publications impose aux journalistes une très forte autocensure. Il est interdit de critiquer le gouvernement, la famille royale, les chefs d'État des pays amis ou la hiérarchie religieuse, sous peine d'être poursuivis et incarcérés. Même Internet, depuis son introduction en 1999, est censuré par un ministère de la «Cité du roi Abdul Aziz pour la Science et la Technique», qui filtre les sites consultés et bloque ceux qui sont jugés contraires à la morale ou à l'islam. En 2001, un décret royal a autorisé la distribution d'Al Hayat (propriété du prince Khaled bin Sultan, fils du ministre de la Défense) sans censure préalable, comme c'était le cas pour certains autres journaux saoudiens et le quotidien panarabe Asharq al-Awsat. De façon générale, le régime contrôle les médias et impose de sévères limites aux médias sociaux. Les écrivains, les journalistes et les critiques sont harcelés, sinon détenus ou bannis, quand ils ont la chance d'échapper à la peine de mort.

L'Arabie Saoudite pratique une politique d'arabisation, avec très peu de législation linguistique. La langue officielle, l'arabe coranique, est une langue que personne ne parle. Mais c'est la langue de l'école et de tous les documents écrits officiels de l'État. En Arabie Saoudite, l'arabisation est considérée comme une obligation afin de maintenir la pureté de la langue arabe. En effet, il est largement admis parmi les Saoudiens que la préservation de la pureté de la langue arabe, la langue du Coran, constitue un devoir religieux.

Dans ce pays, la problématique ne concerne pas la protection des minorités linguistiques, mais celle des travailleurs étrangers. À ce sujet, on ne peut que déplorer le fait que l'Arabie Saoudite n'offre pas à ces travailleurs s (25 % de la population), en collaboration avec les pays d’origine de cette main-d’œuvre, des cours de conversation en arabe, afin de faciliter la communication sociale et d’éviter les conflits dus aux difficultés linguistiques et culturelles et à l’incompréhension. Bref, la politique linguistique de ce pays est rudimentaire, mais elle pourrait être plus élaborée en laissant une place aux langues arabes autochtones et à celle des travailleurs étrangers.

Dernière mise à jour: 28 févr. 2017
 

Bibliographie

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LINDSEY, Gene. Saudi Arabia, New York, Éditions Hippocrene Books, 1991.

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UNITED NATIONS SOCIAL DEFENCE RESEARCH INSTITUTE. The Effect of Islamic legislation on crime prevention in Saudi Arabia : proceedings of the symposium held in Riyadh, Social Defence Research Institute Crime prevention in Saudi Arabia, ministère de l'Intérieur, Riyad, Arabie Saoudite, 1980, 606 p. (copie de l'Université d'Ottawa, KBL .E377 1980 MRT.

YACOUB, Joseph. «Asie du Sud et du Sud-Est» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 593-637.

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