République française

La politique linguistique
du français

Plan interne de cette page

1) Une longue tradition d'interventionnisme linguistique
2) La politique linguistique actuelle à l’égard du français
3) La Délégation générale à la langue française et aux langues de France
4) Le rayonnement du français en France
5) Le développement de l'audiovisuel (médias électroniques)
6) Le français comme langue de communication internationale
7) La diversité linguistique et la promotion du plurilinguisme 

1 Une longue tradition d'interventionnisme linguistique

La France a connu une longue tradition d’interventionnisme linguistique, mais elle prit des visages différents avant et après la Révolution française. 

En 1533, un humaniste picard du nom de Charles de Bovelles (1479-1553) — un disciple de Jacques Lefèvre d'Étaples (1450-1536), l'un des pères de la Réforme française et l’un des plus grands philologues de la Renaissance — écrivit un ouvrage sur les «langues vulgaires» parlées en France: De differentia vulgarium linguarum et Gallici sermonis varietate («Des différentes langues vulgaires et variétés de discours utilisés dans les Gaules»). Dans son ouvrage, l’auteur faisait remarquer: «Il y a actuellement en France autant de coutumes et de langages humains que de peuples, de régions et de villes.» Il évoquait notamment les «peuples étrangers» que sont les Burgondes, les Francs, les Bretons, les Flamands, les Normands, les Basques et les «Germains cisrhénans». Son inventaire des langues indigènes (les langues d'oïl) comprenait «les Lorrains, les Bourguignons, les Poitevins, une partie des Belges comme les habitants d'Amiens et de Péronne, les habitants de Saint-Quentin, de Laon et les Esses, les Parisiens, ceux du Hainaut». Bref, l'auteur soulignait la très grande diversité linguistique dans la France de son époque.

En 1539, François 1er signa l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui faisait partie d'un ensemble de lois, plus précisément intitulé «Ordonnance générale sur le fait de la justice, police et finances». Ses dispositions sont contenues dans 192 articles (voir le texte complet). L'ordonnance limite la justice ecclésiastique aux causes purement religieuses, instaure de nouvelles règles pour la procédure pénale. Mais l'histoire a surtout retenu ces deux mesures les plus importantes : la création de l'état civil et l'emploi du français comme langue officielle pour tous les actes administratifs. Voici les deux seuls articles concernant la langue française:

Article 110 

Afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence des arrêts de nos cours souveraines, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait ni puisse avoir ambiguïté ou incertitude, ni lieu à demander interprétation.

Article 111

Nous voulons donc que tous arrêts, et toutes autres procédures, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel français et non autrement.

Cette mesure fit ainsi du français la langue de l’État, mais elle n’était point dirigée contre les parlers locaux, juste contre le latin d’Église. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque la plupart des Français — soit 99 % — ne parlaient pas le français, mais leur langue régionale appelée patois. C’est d’ailleurs dans ces langues que les prêtres s’adressaient à leurs ouailles. Lorsque les enfants allaient dans les écoles de village, c’est également dans ces langues qu’ils apprenaient les préceptes de leur religion et parfois certains rudiments d’écriture. On ne parlait français qu'à Paris et au sein des classes aristocratiques du nord de la France.  

1.1 Le Grand Siècle

Sous le règne de Louis XIV, le français demeurait encore une langue de classe sociale et n’était pas juridiquement réglementé. C'était certes une langue officielle dans les faits, mais essentiellement courtisane, aristocratique et bourgeoise, littéraire et académique, parlée probablement par moins d'un million de Français sur une population totale de 20 millions.

En ce siècle d'organisation autoritaire et centralisée, ce sont les grammairiens qui façonnèrent la langue à leur goût, non les lois ou les édits royaux; le règne de Louis XIV aurait produit plus d'une centaine de ces «censeurs professionnels». À l'image du roi, la langue vécut une époque de «distinction» et de consolidation. Selon le point de vue des grammairiens, le français était parvenu au «comble de la perfection» et avait atteint un certain idéal de fixité. Ils préconisèrent l'usage d'un vocabulaire «choisi» et «élégant». Préoccupés d'«épurer» la langue par crainte d'une «corruption» éventuelle, ils proscrivirent les italianismes, les archaïsmes, les provincialismes, les termes techniques et savants, bref les mots «bas». 

L'Académie française, fondée en 1635 par Richelieu, continua de veiller à la «pureté de la langue et publia la première édition de son dictionnaire en 1694. Tout comme les sujets de Louis XIV, les mots furent regroupés par classes; le vocabulaire ne comprenait que les termes permis à l'«honnête homme» et s'appuyait sur la tradition du «bon usage» du grand grammairien Vaugelas. Durant l'Ancien Régime, on compte quelque six lois ou décrets concernant les actes administratifs et les procédures judiciaires, ce qui est peu, et ne touchait à peu près pas les gens du peuple, qui continuaient de parler leur «patois» local. 

La langue française parlée par l'élite pénétrait encore à pas de tortue la langue du peuple, qui ignorait tout des règles d'ordre, de pureté, d'élégance et d'harmonie. L'analphabétisme se situait à cette époque autour de 99 % en France (comme partout en Europe). Le peuple était gardé dans l’ignorance totale: l’essentiel de l'enseignement demeurait celui de la religion, qui se faisait en patois, parfois même en latin.  Les nouvelles provinces annexées au royaume furent même dispensées d'appliquer l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Lors de ses déplacements, Louis XIV se voyait souvent harangué en picard, en flamand, en alsacien, en occitan, etc. Malgré les velléités du ministre Colbert, aucune politique d'intervention linguistique ne fut entamée.

Le dramaturge Jean Racine (1639-1699) a fait un récit détaillé de ses «déboires linguistiques», lors d'un voyage effectué en 1661 de Paris à la Provence (Uzès). Il se plaignit constament de ne pas être compris: on lui apportait un «réchaud de lit» ou une «botte d'allumette», alors qu'il demandait un «pot de nuit» ou des «petits clous à broquettes». Il ne rencontra même pas un seul curé ni un seul maître d'école qui sachent répondre par autre chose que des «révérences» à son «françois» (prononcer [franswè] inintelligible pour eux. Albert Dauzat, un spécialiste du parler rural, a inventorié 636 patois dans la France du XVIIe siècle. Paradoxalement, à la même époque, le français était davantage parlé en Nouvelle-France, en Angleterre, aux Pays-Bas et à Moscou qu'en France même.

1.2 La Révolution française et le français

Avec la Révolution française, tout changea. La non-intervention fit place à l'interventionnisme linguistique: plus d'une douzaine de lois linguistiques ont été adoptées. Elles concernèrent surtout l'administration, l'enseignement, la culture et la religion, bref des domaines qui atteignaient beaucoup plus de gens. Pour la première fois, on associa langue et nation. 

Désormais, la langue devint une affaire d'État: il fallait doter d'une langue nationale la «République unie et indivisible», et élever le niveau des masses par l'instruction ainsi que par la diffusion du français. Or, l'idée même d'une «République unie et indivisible», dont la devise était «Fraternité, Liberté et Égalité pour tous», ne pouvait se concilier avec le morcellement linguistique et le particularisme des anciennes provinces. Les révolutionnaires bourgeois y virent même un obstacle à la propagation de leurs idées; ils déclarèrent la guerre aux patois. Bertrand Barère (1755-1841), membre du Comité de salut public, déclencha l'offensive en faveur de l'existence d'une langue nationale:

La monarchie avait des raisons de ressembler à la tour de Babel; dans la démocratie, laisser les citoyens ignorants de la langue nationale, incapables de contrôler le pouvoir, c'est trahir la patrie... Chez un peuple libre, la langue doit être une et la même pour tous.

Dans on rapport «sur les idiomes» qu'il présenta devant la Convention du 27 janvier 1794, Barère expliqua:
 

Combien de dépenses n'avons-nous pas faites pour la traduction des lois des deux premières assemblées nationales dans les divers idiomes de France ! Comme si c'était à nous à maintenir ces jargons barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent plus servir que les fanatiques et les contre-révolutionnaires!

En 1794, l'abbé Henri-Baptiste Grégoire (1750-1831) publia son fameux Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française. Il dénonça la situation linguistique de la France républicaine qui, «avec trente patois différents», en était encore «à la tour de Babel», alors que, «pour la liberté», elle forme «l'avant-garde des nations». Il déclara à la Convention: «Nous n'avons plus de provinces et nous avons trente patois qui en rappellent les noms.» Avec une sorte d'effarement, l'abbé Grégoire révéla dans son rapport de juin 1794 qu'on ne parlait «exclusivement» le français que dans «environ 15 départements» (sur 83). Il lui paraissait paradoxal, et pour le moins insupportable, de constater que moins de trois millions de Français sur 25 parlaient la langue nationale, alors que celle-ci était utilisée et unifiée «même dans le Canada et sur les bords du Mississipi». Devant le Comité de l'Instruction publique, l’abbé Grégoire déclara, le 20 septembre 1793:
 

Ainsi disparaîtront insensiblement les jargons locaux, les patois de six millions de Français qui ne parlent pas la langue nationale car, je ne puis trop le répéter, il est plus important qu'on ne pense en politique d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers qui prolongent l'enfance de la raison et la vieillesse des préjugés.

Un discours se développa dans lequel le terme langue reste l'apanage exclusif du français appelé «notre langue». Tout ce qui n'est pas français s'appelle patois ou idiomes féodaux: Ce sont pour Grégoire le breton, le normand, le picard, le provençal, le gascon, le basque, etc. Il parle même de «l'italien de Corse» (corse) et de «l’allemand des Haut et Bas-Rhin» (alsacien) qu'il qualifie d’«idiomes très-dégénérés». Enfin, il signale que «les nègres de nos colonies» pratiquent «une espèce d’idiome pauvre» qu'il associe à la «la langue franque». 

Dès lors, il devenait nécessaire d'imposer le français par des décrets rigoureux à travers toute la France. Charles-Maurice de Talleyrand (1754-1838), l'un des grands hommes politiques de l'époque, proposa qu'il y ait une école primaire dans chacune des municipalités:

La langue de la Constitution et des lois y sera enseignée à tous; et cette foule de dialectes corrompus, dernier reste de la féodalité, sera contrainte de disparaître; la force des choses le commande.

Puis, le décret du 2 Thermidor (20 juillet 1794) sanctionna la terreur linguistique. À partir de ce moment, les patois locaux furent pourchassés. Cette loi linguistique donnait par ailleurs une bonne idée des intentions des dirigeants révolutionnaires: 

Article 1. À compter du jour de la publication de la présente loi, nul acte public ne pourra, dans quelque partie que ce soit du territoire de la République, être écrit qu'en langue française.

Article 2. Après le mois qui suivra la publication de la présente loi, il ne pourra être enregistré aucun acte, même sous seing privé, s'il n'est écrit en langue française.

Article 3. Tout fonctionnaire ou officier public, tout agent du Gouvernement qui, à dater du jour de la publication de la présente loi, dressera, écrira ou souscrira, dans l'exercice de ses fonctions, des procès-verbaux, jugements, contrats ou autres actes généralement quelconques conçus en idiomes ou langues autres que la française, sera traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa résidence, condamné à six mois d'emprisonnement, et destitué.

Article 4. La même peine aura lieu contre tout receveur du droit d'enregistrement qui, après le mois de la publication de la présente loi, enregistrera des actes, même sous seing privé, écrits en idiomes ou langues autres que le français.

En raison de la chute de Robespierre, le décret fut suspendu quelques semaines plus tard (en septembre), jusqu'à la diffusion d'un nouveau rapport sur cette matière par des «comités de législation et d'instruction publique».

Jusqu'à ce moment-là, on ne pouvait affirmer que l’interventionnisme linguistique était délibérément dirigé contre les langues régionales (patois). Mais dès l’instant où l’on commença à interdire les autres langues, il allait de soi que ces dernières en souffriraient, comme le laisse entendre le décret du 30 Vendémiaire an II (17 novembre 1794): «Dans toutes les parties de la République, l'instruction ne se fait qu'en langue française.»

1.3 Le français et l’Instruction publique

Un peu après le milieu du XIXe siècle (en 1863), on comptabilisait encore 7,5 millions de Français ignorant la «langue nationale» (sur près de 38 millions d'habitants. Selon les témoignages de l'époque, les enfants des villages de province ne retenaient guère le français appris à l'école; celui-ci «ne laisse pas plus de trace que le latin n'en laisse à la plupart des élèves sortis des collèges». Les élèves reparlaient «le patois au logis paternel». En 1831, dans l’une des lettres des préfets des Côtes-du-Nord et du Finistère à M. de Montalivet, ministre de l'Instruction publique, on peut lire lit ce texte sans équivoque dont le discours est plus radicalisé:

[Il faut] par tous les moyens possibles, favoriser l'appauvrissement, la corruption du breton, jusqu'au point où, d'une commune à l'autre, on ne puisse pas s'entendre [...], car alors la nécessité de communication obligera le paysan d'apprendre le français. Il faut absolument détruire le langage breton.

Dès lors, la France commença son véritable «génocide culturel» dans les régions françaises, particulièrement en Bretagne. Cette directive de monsieur Auguste Romieu, sous-préfet de Quimper en 1831, serait considérée au XXIe siècle comme de la pure discrimination:

Multiplions les écoles, créons pour l'amélioration morale de la race humaine quelques unes de ces primes que nous réservons aux chevaux; faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants qui parleront le français [...].

En 1845, les «linguicides» étaient déjà apparus depuis un certain temps. En témoigne ces propos d'un sous-préfet du Finistère aux instituteurs: «Surtout rappelez-vous, Messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne.» À cette époque, on semblait en vouloir particulièrement au breton. Considérons cet autre exemple dont l’auteur est un préfet des Côtes-du-Nord lors d’un discours à l'évêque de Saint-Brieuc, le 21 novembre 1846:

C'est en breton que l'on enseigne généralement le catéchisme et les prières. C'est un mal. Nos écoles dans la Basse-Bretagne ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton [...].

Cette déclaration de la part de M. Dosimont, inspecteur d'académie en 1897, paraît tout aussi catégorique:

Un principe qui ne saurait jamais fléchir: pas un mot de breton en classe ni dans la cour de récréation.

Et enfin une proclamation provenant d’Anatole de Monzie, ministre de l’Instruction publique (1925): «Pour l'unité linguistique de la France, il faut que la langue bretonne disparaisse.
 
On se souviendra sans doute des panneaux affichés un peu partout en Bretagne, que ce soit dans les bus, les écoles ou autres lieux publics: «Interdiction de parler breton et de cracher par terre.» Beaucoup d’enfants furent punis parce qu’ils parlaient breton à l'école: ils devaient rejeter la langue de leurs parents. L’histoire est là pour nous rappeler également l’usage institutionnalisé du «symbole» accroché au cou des élèves, de la délation, des brimades et des vexations de la part des instituteurs dont la mission était de supprimer l’usage des parlers locaux. Un jeune Breton ayant fréquenté l'école dans les années 1960 en donne ce témoignage:

À cette époque, le symbole était un morceau de fer pour mettre sous les sabots des chevaux. On le donnait au premier qui arrivait et qui parlait breton et ensuite, quand celui-ci trouvait un autre qui parlait breton, il le lui donnait. Comme ça, toute la journée. À la fin de la journée, le dernier attrapé par le symbole était mis en pénitence et il devait écrire en français: "Je ne parlerai plus jamais en breton", cinquante ou cent fois. Celui qui était pris souvent restait à l'école après 16 h 30, pendant une heure ou une demi-heure dans le coin de la salle.

Ces procédés ont été heureusement abandonnés et l'on ne retrouve plus d'affiches contemporaines du genre: «Il est interdit de cracher par terre et de parler patois.» Mais les patois ne sont pas disparus.

Les méthodes pédagogiques se radicalisèrent. Durant tout le XIXe siècle, l'enseignement de la langue française reposa obligatoirement sur la grammaire codifiée par Noël et Chapsal (Grammaire française, 1823) ainsi que sur l'orthographe de l'Académie. Les élèves français apprirent une énumération d'usages capricieux érigés en règlements qui ne tenaient pas compte des fluctuations possibles de la langue usuelle et où la minutie des exceptions formait l'essentiel de l'enseignement grammatical. 

Comme la connaissance de l'orthographe était obligatoire pour l'accession à tous les emplois publics, chacun se soumit. La «bonne orthographe» devint une marque de classe, c'est-à-dire de distinction sociale. Évidemment, les enfants de la bourgeoisie réussissaient mieux que ceux de la classe ouvrière, qui montraient des réticences à adopter une prononciation calquée sur l'orthographe.

1.4 Le XXe siècle: celui de la victoire du français

Tout au cours du XXe siècle et jusque dans les années 1960, les gouvernements ont adopté pas moins de 40 lois concernant surtout l'enseignement, la presse, l'administration et l'orthographe. Au début du siècle, comme la francisation n’allait pas assez vite au gré du ministère de l’Éducation nationale, les autorités suggérèrent fortement de faire nommer des instituteurs qui ignoraient tout des parlers locaux. 

En 1926, le grammairien Ferdinand Brunot écrivit dans son Histoire de la langue française dans laquelle il affirmait que les patois étaient encore bien vivants dans les campagnes: 

Au XVIIIe siècle, comme de nos jours, le patois était chez lui partout où l'on causait au village [...]. À l'heure actuelle, le français est la langue des villes, le patois la langue des campagnes.

Mais le discours antipatois est toujours resté très profond chez les dirigeants politiques. Par exemple, en 1972, Georges Pompidou, alors président de la République, déclarait: «Il n'y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France qui doit marquer l'Europe de son sceau.»

Il est vrai que, depuis plus de vingt-cinq ans, le discours sur cet épineux sujet a beaucoup changé en France. C’est ainsi que François Mitterand, président de la République de 1981 à 1995, annonçait ses couleurs, deux mois avant son élection (1981, à Lorient):

Le temps est venu d’un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence réelle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l’école, de la radio et de la télévision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu’elles méritent dans la vie publique.

Néanmoins, malgré ce discours à saveur électoraliste, la situation n’a pas évolué considérablement, car, lors des débats sur le traité de Maastricht, Robert Pandraud (député et ancien ministre) déclarait le 13 mai 1992:

Je rends hommage à l'école laïque et républicaine qui a souvent imposé le français avec beaucoup d'autorité — il fallait le faire — contre toutes les forces d'obscurantisme social, voire religieux, qui se manifestaient à l'époque. Je suis également heureux que la télévision ait été un facteur d'unification linguistique. Il est temps que nous soyons français par la langue. S'il faut apprendre une autre langue à nos enfants, ne leur faisons pas perdre leur temps avec des dialectes qu'ils ne parleront jamais que dans leur village: enseignons-leur le plus tôt possible une langue internationale!

Là, nous ne sommes plus en 1950, mais dans les années quatre-vingt-dix. Autrement dit, à en croire ces déclarations de personnalités officielles, les dirigeants français ne se préoccupent que de la langue française, sauf de façon aléatoire. En mai 1997, Daniel Gauchon, inspecteur de l'Éducation nationale, proclamait:

Les langues régionales ont sans doute leur place à l'école comme l'enseignement de n'importe quelle langue ou discipline, mais le bilinguisme en langue régionale est incompatible avec les principes de fonctionnement de l'école publique. Il privilégie la culture et la langue d'une communauté alors que le rôle de l'école publique est de privilégier la culture et la langue françaises dans un objectif de cohésion sociale.

Quand on étudie la législation linguistique de la France, on constate que ce pays a adopté une quantité impressionnante de lois portant sur les cultures et les langues régionales, sur les collectivités territoriales et sur la langue française. On compte au moins une douzaine de lois, une vingtaine de décrets, plus de 40 arrêtés (dont une vingtaine sur la terminologie) et autant de circulaires administratives.

Précisons que la plupart des textes juridiques français traitent avant tout de la langue d'enseignement et de la terminologie française. Cela signifie que la législation française porte moins sur les droits linguistiques que sur la promotion de la langue française considérée du point de vue du code lui-même. Il s'agit là d'une vieille tradition qui consiste à ignorer les langues régionales. Pour ce qui est des droits des minorités historiques, les textes juridiques n'en parlent d'ailleurs que très peu. Toutefois, la tendance actuelle est à élargir le droit à la différence et à reconnaître la spécificité des langues régionales. On distingue maintenant deux types de politique linguistique française: celle qui concerne les langues régionales et minoritaires et celle qui concerne la politique à l’égard du français.

2 La politique linguistique actuelle à l’égard du français

Les dispositions constitutionnelles portant explicitement sur la langue étaient inexistantes jusqu'en 1992. La langue française était la langue officielle de la République française dans les faits (ou de facto) parce que cette reconnaissance n'avait jamais été proclamée ni dans la Constitution de 1958 ni d'ailleurs dans aucun texte de loi. Cependant, la Loi constitutionnelle n° 92-554 du 25 juin 1992 a apporté des modifications à la Constitution de 1958, notamment à l'article 2 qui se lit maintenant comme suit: «La langue de la République est le français.»  À l'origine, il l'adoption de cette disposition avait comme but de protéger le français contre l'influence excessive de l'anglais, alors que la France venait de signer le traité de Maëstricht, le 7 février 1992. En somme, lorsque la France se place non pas en position de domination, mais en situation de minoritaire par rapport à l'anglais, c'est alors qu'elle à tendance à légiférer. Plus tard, le Conseil constitutionnel a interprété cette même disposition comme hostile aux langues régionales.
 

Photo Les explications qui suivent résultent d'une adaptation de deux documents officiels: d’abord, la loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, dite loi Toubon – présentée par le ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon (gouvernement Balladur) –, puis un document officiel intitulé Une politique globale pour la promotion du français. Ce dernier document est destiné à la Délégation générale à la langue française afin d’illustrer les grands axes de la politique française en matière de langue.  La loi française, dite loi Toubon, précise que l'emploi de la langue française est obligatoire dans un certain nombre de situations et affirme ainsi un droit au français pour les consommateurs, les salariés, le public. L'imposition de ces règles est assortie des moyens de les faire respecter. On peut consulter le texte complet de la loi Toubon en cliquant ICI, s.v.p.

À peine adoptée, la loi n° 94-665 du 4 août 1994 souleva une levée de boucliers en France, même parmi les membres du gouvernement. Ainsi, dans Libération (28 février 1994), M. Alain Madelin, alors ministre des Entreprises et du Développement économique manifestait sa solidarité de la façon suivante: «Il ne faudrait pas qu’après avoir supprimé le contrôle des prix on installe le contrôle des mots.»

Dans Le Point (5 mars 1994), l'éditorialiste Bernard-Henri Lévy écrivait pour sa part: «M.Toubon veut nous donner une loi sur la langue française. J’ai beau faire, je ne comprends pas. [...] On ne touche pas à la langue, telle est la loi.»

D'autres, comme l'occitaniste Henri Jeanjean (1998), y ont vu une façon détournée destinée à anéantir les langues régionales de France:
 

Malgré les dénégations initiales, cette loi apparaît de plus en plus comme se situant dans la tradition multiséculaire d'une politique linguistique centraliste visant à anéantir les langues de France, politique que l'on peut faire remonter au XVe siècle et qui a été réaffirmée avec une persistance exemplaire par tous les régimes qui ont pu se succéder depuis cette époque.

Signalons que les aspects les plus coercitifs de la loi Toubon ont été abolis par le Conseil constitutionnel avant même que la loi n'entre en vigueur. Ainsi, le Conseil a estimé que le principe de la liberté de pensée et d’expression, inscrit à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, s’opposait à ce que la loi fixe la terminologie précise à employer par les organismes de télévision ou de radio, ou par des individus dans l’ensemble de leurs activités. Le législateur ne peut régler le vocabulaire à employer que pour les «personnes morales de droit public» et les «personnes de droit privé» dans l’exercice d’une mission de service public.

En réalité, la loi Toubon vise surtout à protéger le salarié et le consommateur de biens et de services (notamment de services audiovisuels) contre l’emploi de termes étrangers (anglais), chaque fois qu’un mot français équivalent est disponible. Bref, la loi n’impose nullement l’usage exclusif du français, seulement sa présence, avec la même visibilité, à côté des mots étrangers, le tout dans les inscriptions ou annonces dans un lieu ouvert au public ou dans les transports en commun. La loi prévoit aussi de nombreuses exceptions; quant aux dispositions punitives, elles paraissent tellement lourdes à utiliser qu'elles découragent l'État à y recourir. Dans ces conditions, la plupart des tribunaux n'appliquent même pas la loi!

Dans une allocution prononcée à Montréal (Québec) le 7 septembre 2001, Mme Tasca, ministre de la Culture et de la Communication, a admis que le gouvernement français n'était pas très vigilant quant à l'application de la loi Toubon: «Je pense qu’il [le gouvernement français] pourrait intervenir plus fermement pour faire respecter l’application des textes.» Elle dénonçait «la pratique de différentes grandes entreprises d’imposer l’anglais comme langue de travail à leurs salariés, y compris dans l’Hexagone. [...] On est un peu étonné quand de très grandes entreprises françaises, peut-être un peu grisées par leur récente dimension internationale, vont très au-delà de la nécessité de connaître l’anglais. Je pense qu’il serait bien que leurs salariés, leurs syndicats, le gouvernement aussi, fassent campagne contre des pratiques qui n’ont pas grand sens.»

Par ailleurs, en 2008, le Rapport au Parlement sur l’emploi de la langue française de la DGLFLF (voir la synthèse) précise la réalité des pratiques linguistiques dans le monde du travail. On y apprend notamment que 26 % des salariés des entreprises de 20 salariés et plus sont amenés à parler ou à écrire une langue étrangère dans le cadre de leur activité professionnelle, soit environ 1,8 million de personnes. La langue étrangère qu’ils utilisent principalement est l’anglais dans 89 % des cas, une autre langue étrangère répandue dans 8 % des cas (allemand 5 %, espagnol 2 % et italien 1 %), une autre langue dans 3 % des cas. Par ailleurs, 32 % des salariés sont amenés à lire des documents rédigés dans une langue étrangère, soit environ 2,27 millions d’individus, parmi lesquels 22 % en ressentent une gêne, soit 7 % du total ou environ 500 000 salariés des entreprises de 20 salariés ou plus considérés comme des utilisateurs gênés (propos rapportés par l'Organisation internationale de la Francophonie).

Nous verrons que la politique linguistique du gouvernement français revêt un caractère global. Elle vise à promouvoir le français en France même, puis soutenir la création de contenus et de services en français au sein des instances internationales et sur les nouveaux supports numériques, et à en promouvoir l'accès. 

3 La Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF)

Le gouvernement français a créé par le décret du 2 juin 1989 la Délégation générale à la langue française (alors la DGLF), qui a succédé au Commissariat général à la langue française. Cet organisme a reçu pour mission "de promouvoir et de coordonner les actions des administrations et des organismes publics et privés qui concourent à la diffusion et au bon usage de la langue française". 

Le décret du 16 avril 1993 a mis la délégation à la disposition du ministre de la Culture et de la Francophonie, qui exerce, par délégation du premier ministre, les attributions relatives à l'usage et à l'enrichissement de la langue française. 

Dans le cadre des orientations définies par le gouvernement, la Délégation générale à la langue française est l'outil fondamental d'une politique globale pour la promotion du français, dont l'un des éléments majeurs est la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française. 

Pour le gouvernement français, le rôle de la Délégation générale est avant tout de favoriser la coordination et la concertation pour sensibiliser ceux qui ont des responsabilités à l'égard de la langue française et pour accroître les synergies en vue de la promouvoir. Pour ce faire, la Délégation travaille en collaboration avec les organisme suivants:

- le Conseil supérieur de la langue française (une instance d'étude, de consultation et de proposition présidé par le premier ministre);

- les départements ministériels qui interviennent et disposent de moyens en faveur de la langue française (notamment l'éducation nationale, l'enseignement supérieur, la recherche, l'industrie, la culture, les affaires étrangères, la coopération, la francophonie, etc.); 

- les milieux professionnels concernés par les questions linguistiques (universités, laboratoires de recherche, entreprises, etc.) ou qui jouent un rôle stratégique pour la diffusion de la langue (médias, publicité, économie, culture, AFNOR) ; 

- les associations qui œuvrent pour soutenir le français; 

- un réseau de partenaires internationaux, pour une coopération avec le monde francophone et en particulier le Québec, ainsi qu'avec les États membres de l'Union européenne et les pays de langue latine. 

La Délégation générale à la langue française est chargée d’appliquer la politique linguistique du gouvernement français, laquelle est axée sur trois grands principes:

1) Assurer le rayonnement du français, langue de la République;
2) Conserver au français son rôle de langue de communication internationale;
3) Respecter la diversité linguistique et culturelle et promouvoir le plurilinguisme.

Depuis que le gouvernement français a signé (mais non ratifié) la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, l'ensemble des langues de France est reconnu comme patrimoine culturel national. Le ministère de la Culture, qui est chargé depuis 1997 de la langue française, a dû également prendre en charge «ce patrimoine culturel linguistique multiple».

C'est pourquoi le gouvernement français a transformé, en novembre 2001 la Délégation générale à la langue française (DGLF) en Délégation générale à la langue française et aux langues de France (la DGLFLF). Dorénavant, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) a pour mission «de veiller à la promotion et à l'emploi du français sur le territoire national, de favoriser son utilisation comme langue de communication internationale et de développer le plurilinguisme, garant de la diversité culturelle». De plus, la DGLFLF anime et coordonne l'action des pouvoirs publics en faveur de ces objectifs et met en œuvre, avec ses moyens propres ou en liaison avec d'autres organismes publics ou privés, toutes initiatives en ce sens. 

Comme organe de réflexion, d'évaluation et d'action, la DGLFLF continue d'être chargée de promouvoir une politique globale en faveur de la langue française, mais doit aussi prendre en charge la valeur patrimoniale des langues régionales de France. Elle a en plus comme mission de «veiller à la sauvegarde et à la valorisation des langues de France et de coordonner la politique culturelle en leur faveur». Ainsi, on peut estimer que les actions de valorisation et de diffusion des 75 langues de France recensées par le rapport Cerquiglini seront poursuivies. Cette politique devrait s'articuler autour des axes suivants: la collecte du patrimoine linguistique, des études et des équipements linguistiques, l'observation des pratiques et le soutien à l'édition. Un effort particulier devrait être consenti en faveur des langues de l'outre-mer en liaison avec le Secrétariat d'État aux DOM-TOM.

4 Le rayonnement du français en France

Pour le gouvernement , le français est la langue de la République, c’est-à-dire la langue de l'unité nationale et des institutions publiques, celle de l'égalité de tous, une composante fondamentale du lien social, l'un des facteurs les plus importants d'égalité et d'intégration. Afin d’atteindre l’objectif d'assurer le respect du français sur le territoire national et de garantir son emploi dans tous les actes de la vie sociale, le gouvernement a adopté une législation linguistique en 1994. 

La loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, dite loi Toubon – présentée par le ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon –, se substitue à la loi du 31 décembre 1975, dont elle élargit le champ d'application et renforce les dispositions. Cette nouvelle loi française, la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, précise que l'emploi de la langue française est obligatoire dans un certain nombre de situations et affirme ainsi un droit au français pour les consommateurs, les salariés, le public. L'édiction de ces règles est assortie des moyens de les faire respecter.

La loi Toubon précise successivement les conditions dans lesquelles l'emploi du français est obligatoire afin que les consommateurs, les salariés, les usagers, le public, soient assurée de comprendre les indications qui leur sont données et afin que le français soit naturellement la langue dans laquelle se déroulent les activités qui ont lieu sur le territoire national, notamment l'enseignement et les émissions de radio et de télévision. Il prévoit que la présentation en langue française peut toujours être accompagnée d'une traduction en langue étrangère.

Ainsi, les articles 1, 2 et 3 imposent l'usage du français pour la présentation de biens et services et les procédés d'information destinés aux consommateurs, ainsi que pour les inscriptions et annonces faites dans les lieux ouverts au public et les transports en commun. L'article 4 prévoit que les contrats passés par des personnes publiques sont rédigés en français. L'article 5 impose des exigences minimales pour l'organisation des congrès et colloques. Les articles 6, 7 et 8 sont relatifs à la protection des salariés et précisent que les contrats de travail, les offres d'emploi et les documents internes à l'entreprise, qui s'imposent aux salariés ou leur sont nécessaires pour l'exécution de leur travail, sont rédigés en français. 

Quant à l'article 9, il affirme que la langue de l'enseignement est le français. Les articles 10 et 11 rendent l'emploi du français obligatoire dans les émissions et les messages publicitaires des organismes de radio et de télévision et donnent mission à ces organismes de contribuer à la protection et à la promotion de la langue française.

L'article 12 porte sur le code de la langue, il interdit aux personnes publiques, ainsi qu'aux personnes morales de droit privé chargées d'une mission de service public, de faire usage de marques comportant une expression ou un terme étranger. 

Les articles 13 à 18 prévoient un dispositif de contrôle de nature à permettre une bonne application de la loi: retrait des subventions éventuelles, intervention des officiers de police judiciaire, des agents chargés de l'application du Code de la consommation et des associations de défense de la langue française dans le mécanisme de contrôle, caractère d'ordre public de la loi. Les sanctions pénales applicables, qui seront de nature contraventionnelle, seront prévues par décrit en Conseil d'État.

L'article 19 préserve la place des langues régionales du pays. Pour de plus amples explications sur ce sujet, il faut se reporter à la partie de ce site intitulée «La politique des langues régionales et minoritaires».

L'article 20, quant à lui, prévoit les délais nécessaires à l'entrée en vigueur de la loi, notamment pour la mise en conformité des dispositions relatives à la publicité, aux annonces et à l'affichage.

Enfin, l'article 21 prévoit l'abrogation de la loi du 31 décembre 1975 relative à l'emploi de la langue française, dans des délais différents, mais cohérents avec l'entrée en vigueur des dispositions nouvelles. On peut consulter le texte intégral de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française.

Cependant, afin de valoriser l'image de la langue française et contribuer à la mobilisation des Français, mais aussi des francophones et des francophiles autour de sa vitalité, de son rayonnement et de ses enjeux culturels, économiques et sociaux, une politique de sensibilisation a été mise en place, qui a pour objectif:

(1) le grand public, et tout d'abord les jeunes; 
(2) les «prescripteurs», c'est-à-dire ceux qui interviennent dans des domaines stratégiques pour la qualité et la diffusion de la langue et des mots : presse, radio et télévision, publicité, institutions culturelles;
(3) les entreprises.

Grâce à cet instrument juridique, la France se trouve dotée d'une véritable législation linguistique destinée à assurer le maintien du français tant à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur dans le monde. 

Quelques années après son entrée en vigueur, la loi du 4 août 1994 paraît dans l'ensemble assez bien appliquée; elle constitue un outil efficace pour assurer la présence du français dans certains domaines essentiels où le seul jeu des lois du marché risquerait de la faire reculer. Pour leur part, le Bureau de vérification de la publicité et le Conseil supérieur de l'audiovisuel effectuent également des vérifications; ils fournissent à l'intention des professionnels des informations ainsi que des efforts de sensibilisation au sujet de la loi du 4 août 1994. Par ailleurs, les dispositions juridiques concernant la protection du consommateur font l'objet d'un suivi poussé du ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie. Ce fait démontre la prise en compte par les entreprises des obligations que leur crée la loi en ce qui a trait à la présentation, l'affichage, le mode d'emploi des biens et services mis à la disposition des consommateurs.

Cependant, dans le domaine scientifique, que ce soit dans les publications ou les colloques, les obligations contenues dans la loi semblent peu respectées. En ce qui a trait aux manifestations internationales se déroulant en France, l'application de la loi visant à favoriser le recours au français se heurte toujours à des réticences tenaces de la part des organisateurs. On croit que ce constant est dû au fait qu’il n’existe pas d'organisme chargé de l'observation et du contrôle de ce genre de pratiques linguistiques.

Par ailleurs, en 1999 fut fondée l'Académie de la Carpette anglaise, une institution parodique non gouvernementale, décernant chaque année un prix d'«indignité civique» à un membre des personnalités françaises, qui serait particulièrement distingué par son anglomanie aux dépens de la langue française. Voici la liste des lauréats à partir de 1999:

2013

Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, pour avoir, dans la lignée de Valérie Pécresse («carpettée» en 2008) légalisé l'enseignement en anglais dans les universités.

2012

Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux Transports, à la Mer et à la Pêche, pour avoir déclaré, selon Le Parisien, que dans le domaine du transport «l'anglais devrait être la langue d'usage et de rédaction des documents officiels harmonisés».

2011

Jean-François Copé, secrétaire général de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), pour «sa vigoureuse promotion de l'usage de l'anglais, de la maternelle aux grandes écoles, et sa volonté de faire de l'anglicisation de la télévision publique un des enjeux de son parti et de l'élection présidentielle».

2010

Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste (et ses conseillers en communication), pour «leur recours systématique à des slogans anglo-saxons (du "care" à "What would Jaurès do?")».

2009

Richard Descoings, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris, pour «imposer des enseignements uniquement en langue anglaise dans certaines filières proposées, et pour correspondre en anglais avec le lycée français de Madrid».

2008

Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pour «avoir déclaré que le français était une langue en déclin et qu'il fallait briser le tabou de l'anglais dans les institutions européennes».

2007

Christine Lagarde, ministre de l'Économie, pour avoir communiqué avec ses services en langue anglaise, à tel point que, selon le Canard enchaîné, celle-ci serait surnommée «Christine The Guard».

2006

Le Conseil constitutionnel pour «ses nombreux manquements à l'article 2 de la Constitution qui dispose que la langue de la République est le français» et pour avoir déclaré conforme à la constitution le protocole de Londres sur les brevets, permettant ainsi à un texte en langue anglaise ou allemande d'avoir un effet juridique en France.

2005

France Télécom, opérateur de téléphonie présidé par Didier Lombard, pour la mise en place de services et produits aux dénominations anglaises (« Business Talk, Live-Zoom, Family Talk, etc.»), désigné par huit voix contre quatre à Yves Daudigny, président du conseil général de l'Aisne pour sa grotesque campagne publicitaire en anglais « L'Aisne, it's Open ! »

2004

Claude Thélot, président de la Commission du débat national sur l’avenir de l’école, pour avoir considéré « l’anglais de communication internationale » comme un enseignement fondamental, à l’égal de la langue française, et avoir préconisé son apprentissage par la diffusion de feuilletons américains en version originale sur les chaînes de la télévision française

2003

Le Groupe HEC, dont le directeur général, Bernard Ramanantsoa, a déclaré en décembre 2002 : «Dire que le français est une langue internationale de communication comme l’anglais prête à sourire aujourd’hui.»

2002

Jean-Marie Colombani, directeur de la publication du Monde, pour avoir publié, sans réciprocité, un supplément hebdomadaire en anglais, constitué d'articles du New York Times.

2001

Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi-Universal, pour favoriser systématiquement l'anglais comme langue de communication dans ses entreprises.

2000

Alain Richard, ministre de la Défense, pour avoir obligé les militaires français à parler anglais dans le sein du Corps européen alors qu’aucune nation anglophone n’en fait partie.

1999

Louis Schweitzer, PDG de Renault, impose l'usage de l'anglo-américain dans les comptes rendus des réunions de direction de Renault.

L'Académie décerne aussi un prix annuel à un lauréat habitant un pays étranger (Suisse, Belgique, etc.). Rappelons à titre d'anecdote que, en mars 2009, la direction de Aéroports de Lyon avait décidé de changer de nom pour Lyon Airports, cédant ainsi à une certaine anglomanie pour des motifs d'internationalisme. Or, le préfet de la Région de Rhônes-Alpes, Jacques Gérault, s'est opposé à cette nouvelle appellation et a adressé, le 20 mars, un courrier au président de la Société des Aéroports de Lyon. Dans ce courrier, le préfet estime «qu'il est aujourd'hui plus essentiel d'ouvrir davantage Aéroports de Lyon à l'international, par une politique commerciale dynamique, que de n'engager qu'un simple changement de nom». Il ajoutait : «Le choix de cette nouvelle signature, calquée sur les codes anglo-saxons, ne peut évidemment pas constituer une stratégie de communication adaptée aux enjeux d'un territoire dont l'économie représente 10 % du produit intérieur brut français.» De plus, il jugeait par ailleurs «inadmissible que certaines institutions sous-estiment à ce point le poids économique et culturel de la langue française et les valeurs qu'elle véhicule». Étant donné que l'État est actionnaire à 60 %, il était dans l'intérêt de la société de renoncer à sa nouvelle appellation. Cela étant dit, il demeure quand même surprenant que des ministres, des hauts fonctionnaires et des présidents de sociétés d'État croient si peu en leur propre langue.

5 Le développement de l'audiovisuel (médias électroniques)

L'État français a élaboré des «mesures linguistiques» à l'égard des médias électroniques. La loi la plus pertinente à ce sujet est la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986, appelée Loi relative à la liberté de communication, dite aussi «loi Léotard», du nom du ministre (François Léotard) de la Culture et de la Communication qui l'avait parrainée.  Toutefois, la loi du 18 janvier 1992 assouplissait le régime des quotas (de 1986) de diffusion d'œuvres audiovisuelles françaises et européennes. Puis la loi du 1er février 1994 créant la chaîne d’accès au savoir à la formation et à l’emploi et renforçant les pouvoirs de sanctions du CSA, imposait un quota de diffusion d’au moins 40 % de chansons en langue française aux radios. Enfin, la loi du 1er août 2000 modifiait celle du 30 septembre 1986 et affirmait le principe de la liberté de la communication audiovisuelle, tout en imposant des obligations de diffusion et de production d’œuvres audiovisuelles aux radiodiffuseurs. Cela étant dit, la loi de 2000 permettait une certaine modulation des quotas de chansons francophones imposés aux radiodiffuseurs :

- le quota reste de 40 % de chansons francophones dont 20 % de nouveaux talents ou de nouvelles productions pour les radios généralistes;
- pour les radios spécialisées dans la mise en valeur du patrimoine musical, le quota est fixé à 60 % de chansons françaises dont 10 % de nouvelles productions;
- pour les radios "jeunes talents", le plancher est de 35 % de chansons françaises mais avec 25 % de nouveaux talents.

Ces quotas s’appliquent au temps consacré à la diffusion de musique de variétés (et non à la totalité du temps de diffusion). L’article 28 modifiée de la loi du 30 septembre 1986 énonce ce qui suit:

Article 28

Modifié par Loi n°2006-396 du 31 mars 2006 art. 47 I (JORF 2 avril 2006).

La délivrance des autorisations d'usage de la ressource radioélectrique pour chaque nouveau service diffusé par voie hertzienne terrestre autre que ceux exploités par les sociétés nationales de programme, est subordonnée à la conclusion d'une convention passée entre le Conseil supérieur de l'audiovisuel au nom de l'Etat et la personne qui demande l'autorisation.

Dans le respect de l'honnêteté et du pluralisme de l'information et des programmes et des règles générales fixées en application de la présente loi et notamment de son article 27, cette convention fixe les règles particulières applicables au service, compte tenu de l'étendue de la zone desservie, de la part du service dans le marché publicitaire, du respect de l'égalité de traitement entre les différents services et des conditions de concurrence propres à chacun d'eux, ainsi que du développement de la radio et de la télévision numériques de terre.

La convention porte notamment sur un ou plusieurs des points suivants :

1° La durée et les caractéristiques générales du programme propre ;
2° Le temps consacré à la diffusion d'oeuvres audiovisuelles d'expression originale française en première diffusion en France, la part du chiffre d'affaires consacrée à l'acquisition des droits de diffusion de ces oeuvres ainsi que la grille horaire de leur programmation;
2° bis. La proportion substantielle d'oeuvres musicales d'expression française ou interprétées dans une langue régionale en usage en France, qui doit atteindre un minimum de 40 % de chansons d'expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions, diffusées aux heures d'écoute significative par chacun des services de radio autorisés par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, pour la part de ses programmes composée de musique de variétés.

Par dérogation, le Conseil supérieur de l'audiovisuel peut autoriser, pour des formats spécifiques, les proportions suivantes :

- soit pour les radios spécialisées dans la mise en valeur du patrimoine musical : 60 % de titres francophones, dont un pourcentage de nouvelles productions pouvant aller jusqu'à 10 % du total, avec au minimum un titre par heure en moyenne ;

- soit pour les radios spécialisées dans la promotion de jeunes talents : 35 % de titres francophones, dont 25 % au moins du total provenant de nouveaux talents ;

3° alinéa abrogé ;

4° La part du chiffre d'affaires consacrée à l'acquisition des droits de diffusion d'oeuvres cinématographiques d'expression originale française ;

4° bis Les dispositions propres à assurer le respect de la langue française et le rayonnement de la francophonie ;

[...]

On peut consulter un texte plus complet de cette loi en cliquant ICI, s.v.p.

Notons que l’article 28 de la loi du 30 septembre 1986 ne s’applique qu’aux radios privées et qu'il n'est pas applicable à Radio-France. Toutefois, l’article 30 de son Cahier des missions et des charges lui prescrit de donner dans ses programmes de variétés une place majoritaire à la chanson d'expression originale française et de s'attacher à la promotion de nouveaux talents:

Article 30

Dans ses programmes de variétés pris dans leur ensemble, la société donne une place majoritaire à la chanson d'expression originale française et s'attache à promouvoir les nouveaux talents.

Quant à l'article 41, il impose l'obligation de diffuser les messages publicitaires en français:

Article 41

Les messages publicitaires sont diffusés en langue française.

L'article 99 du Cahier des missions et des charges de la société Radio-France encourage ladite société à promouvoir les échanges et la production commune de programmes avec les organismes de radiodiffusion sonore des autres pays francophones membres de la communauté:

Article 99

La société participe aux activités de la communauté des radios publiques de langue française. Elle acquitte sa part des dépenses de fonctionnement de cette communauté.

Elle tend à promouvoir les échanges et la production commune de programmes avec les organismes de radiodiffusion sonore des autres pays francophones membres de la communauté.

En ce qui a trait aux territoires d'outre-mer (DOM-TOM), le Cahier des missions et des charges de Réseau-France outre-mer (RFO) fait aussi allusion «à la promotion et à l'illustration de la langue française». Voici ce qu'énonce l'article 7 du décret n° 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de programme Réseau France Outre-mer (JO-28/03/93-p.5146):

Article 7

La société contribue à la promotion et à l'illustration de la langue française dans le respect des recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Elle veille à la qualité du langage employé dans ses programmes.

Soulignons que la directive n° 89/552/CEE, dite «Télévision sans frontières» (TVSF), du 3 octobre 1989 fixe le cadre réglementaire général pour l’exercice des activités de radiodiffusion télévisuelle dans l’Union européenne. Cette directive comprend également des objectifs culturels. Un temps de diffusion majoritaire doit être consacré à la diffusion des oeuvres européennes «chaque fois que cela est réalisable», pour encourager leur production et leur diffusion. Sous certaines conditions, des quotas linguistiques sont autorisés, mais uniquement pour les organismes de radiodiffusion non télévisuelle qui relèvent de la compétence de l'État qui les fixe.

6 Le français comme langue de communication internationale

Étant donné que le français constitue une grande langue de communication, le maintien de son statut international reste un des objectifs de la politique actuelle du gouvernement français. Il n’en demeure pas moins qu’une politique linguistique si ambitieuse sur le plan international demeure rare dans le monde. Ce statut est un atout précieux pour la France et c’est pourquoi le gouvernement tient à le conserver, tant à l'intérieur des organisations internationales que dans le cadre de la société de l'information. Cinq éléments de politique ont été privilégiés. Voyons ce qu’il en est à cet égard.

1) Les instruments de la communication

Le gouvernement français poursuivre la mise en place d'une politique active de constitution de réseaux dans le domaine de la terminologie et dans celui des ressources linguistiques. Ces instruments étant créés, ils permettront le développement en français des industries de la langue et des nouvelles technologies de l'information.

2) Les travaux de terminologie

Le gouvernement français considère que le développement et la diffusion des travaux de terminologie conduits par les commissions ministérielles sont nécessaires à la fois pour donner au français langue les lexiques indispensables à l'expression des réalités de notre temps et pour favoriser le plurilinguisme en dotant les traducteurs et les techniciens des outils dont ils ont besoin. Animée par la Délégation générale, cette politique est conduite en liaison étroite avec la communauté francophone et, en tout premier lieu le Québec, mais aussi l'Union européenne et les pays de langues latines.

Les travaux de terminologie doivent être réalisés par des groupes d'experts, sous l'impulsion des différents ministères. Ils doivent ensuite harmonisés par une commission générale de terminologie et soumis à l'approbation de l'Académie française avant d'être publiés. Dorénavant, les termes doivent désormais être accessibles sur Internet, à partir du serveur du gouvernement, dès la phase initiale des réflexions. Les francophones pourront ainsi mieux participer aux travaux conduits dans les commissions et les traducteurs disposeront très rapidement des équivalents français aux mots nouveaux qu'ils rencontrent. 

3) La société de l'information et industries de la langue 

Les industries liées au traitement informatique du langage sont considérés comme un passage obligé pour assurer la place du français dans la société de l'information et il faut, parallèlement, favoriser le développement de contenus multimédia en français.

4) La place du français dans les instances internationales

Même si le français jouit dans la plupart des organisations internationales d'un statut juridique privilégié, il semble que cette situation tende à s'affaiblir en raison d'un contexte politique souvent défavorable à l'emploi du français. Face à cette évolution préoccupante et pour répondre à l'attente de la communauté francophone, une politique globale est mise en oeuvre qui vise:

- à faire respecter le statut juridique du français en intervenant systématiquement pour dénoncer les dérives constatées;
- à sensibiliser les fonctionnaires français en poste dans les organisations internationales;
- à développer les formations en français des fonctionnaires internationaux.

5) La diffusion de la pensée scientifique et technique

Pour le gouvernement français, le recul du français dans la vie scientifique est préoccupant: l'internationalisation de la recherche fait de l'anglais la langue de communication privilégiée et, trop souvent, imposée, même sur le territoire français, pour l'évaluation des chercheurs, les publications, les colloques et congrès.

Pour faire face au problème de la diffusion de la recherche en français, la mise en oeuvre d'une politique interministérielle a été jugée nécessaire: soutien aux publications scientifiques, développement d'outils linguistiques et terminologiques adaptés, création d'un réseau des chercheurs étrangers accueillis en France.

7 La diversité linguistique et la promotion du plurilinguisme

Afin d’assurer une place au français dans les instances internationales, il semble illusoire de faire triompher le français aux dépens des autres langues, ce serait laisser toute la place à l’anglais et accepter l’uniformisation linguistique. Or, seule la promotion du plurilinguisme, c'est-à-dire la reconnaissance de la diversité linguistique, permet d’assurer une place au français comme aux autres langues. La France a fait du plurilinguisme l'une de ses priorités.  Ainsi, l'Assemblée nationale a adopté, le 6 janvier 2004, une résolution sur la diversité linguistique dans l'Union européenne (voir le texte). Par cette résolution, l'Assemblée nationale affirmait (art.1) «son attachement à la diversité linguistique et culturelle que consacre l'élargissement à dix pays» et (art.2) «le droit de tout représentant du peuple de s'exprimer, en toutes circonstances, dans sa langue maternelle [...]». Par conséquent, la France (art.4) «s'oppose à toute extension du nombre des réunions sans interprétation qui favoriserait l'utilisation d'une seule langue». Enfin, elle (art.9) «appelle à un signalement systématique des infractions linguistiques commises par les institutions et organismes communautaires».

Par exemple, au sein de l'Europe, la France affirme se montrer particulièrement attentive au respect des langues nationales des consommateurs et des citoyens européens dans la diffusion des informations. Dans l’enseignement, la France veut promouvoir l'idée de l'enseignement de deux langues vivantes étrangères à chaque jeune Européen. La politique en faveur du plurilinguisme est également concrétisée par des travaux de terminologie et de vocabulaires plurilingues, des efforts en matière de traductions multilingues, des démarches engagées pour le traitement informatique du langage.

À ce sujet, il est apparaît urgent d'assurer au français et aux autres langues un traitement informatique de qualité afin que puissent être développés des outils de traduction assistée par ordinateur, des outils de reconnaissance vocales, etc. C'est à ce prix que le gouvernement français estime que le développement des réseaux internationaux de communication respectera la diversité culturelle et linguistique et les spécificités de chaque langue. Il faut particulièrement veiller à ce que les langues à caractères latins qui utilisent des signes diacritiques (accents, cédille, tréma, etc.) ne s'en voient pas privées lorsqu'elles circulent sur les réseaux d’information, notamment par l’Internet. Cela suppose d'agir sur les normes dans le cadre européen et international.

Selon la politique du gouvernement français, le français sera d'autant plus fort qu'il s'inscrira dans un monde plurilingue. C'est là le sens de la politique de la France en faveur du plurilinguisme, en Europe, dans les organisations internationales et au sein même de l'espace francophone. 

La politique linguistique de ce pays à l’égard du français sur le territoire national se révèle conforme à son interventionnisme traditionnel. Plusieurs se demandent même ce qui pourrait menacer le français sur son territoire. Ce ne sont certainement pas les Français parlant une langue régionale. En réalité, la loi de 1994 est toute axée sur la défense du français contre un envahisseur jamais nommé: l’anglais. En ce sens, la loi française paraît légitime et on constate que d’autres pays ou États ont légiféré plus ou moins dans le même sens. Il suffit de mentionner le Québec, mais aussi la Catalogne, le Pays basque espagnol, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, etc. On comprend davantage une telle législation lorsqu’il s’agit de petits États dont certains ne sont pas souverains. Mais un grand pays comme la France...  Après tout, la moitié des États américains ont déjà légiféré pour protéger l'anglais considéré comme... menacé. 

Toutefois, il faut bien considérer que la législation française en cache une autre. En fait, cette législation a permis d’élaborer une politique linguistique très ambitieuse dont on voit peu d’exemples dans le monde: la place de la langue nationale au plan international. La France reste certes l’un des rares États (avec les États-Unis, le Portugal et l'Allemagne) à se positionner sur ce plan. Cependant, l'attitude de l'ex-président Sarkozy sur la Francophonie apparut moins ambitieuse que pour ses prédécesseurs. Sous sa gouverne, la France semblait se détourner lentement de la Francophonie, à pas feutrés. Ainsi, le statut du français ne justifierait plus une réallocation des moyens au sein de l’enveloppe de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF); le français est peut-être le «socle de la Francophonie», mais «pas sa raison d’être», et l’OIF n’a pas pour vocation de devenir une «super Alliance française». Voilà qui restreint passablement les ambitions de la politique française en matière d'expansion du français dans le monde. Quant au nouveau président François Hollande, il hésiterait à se rendre personnellement au XIVe Sommet de la Francophonie en octobre 2012 à Kinshasa, sous prétexte que la République démocratique du Congo ne démontre pas une «réelle volonté de promouvoir la démocratie et l'État de droit». Il aurait peur de «se souiller» en cautionnant ainsi le régime de Joseph Kabila. La Francophonie peut toujours attendre.

Dernière mise à jour: 21 juil. 2014

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La France

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Généralités géo-démolinguistiques
La politique à l'égard du français
La politique des langues régionales et minoritaires
La loi Toubon (ou loi du 4 août 1994, relative à l'emploi de la langue française)
Bibliographie

Rapport Poignant de 1998

La Francophonie

Histoire de la langue française

 
L'Europe
 

Accueil: aménagement linguistique dans le monde