République française

France

Situation géopolitique
et démolinguistique

LES LANGUES DE FRANCE

 

Capitale: Paris 
Population:
65,8 millions (est. juillet 2014)
Langue officielle: français 
Groupe majoritaire: français (82 %) 
Groupes minoritaires: occitan (12, 2 %), alsacien (2,6 %), breton (2 %), catalan (0,45 %), corse (0,49 %), basque (0,1 %), flamand (1, %), etc. 
Système politique: république parlementaire à deux chambres
Articles constitutionnels (langue):
art. 2 et 75-1 de la Constitution de 1958 (modifiée par la Loi constitutionnelle n° 92-554 du 25 juin 1992) 
Lois linguistiques: loi Deixonne de 1951; loi n° 75-620 du 11 juillet 1975 relative à l'éducation (loi Haby); loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur (loi Savary); loi d'orientation n° 89-486 du 10 juillet 1989 sur l'éducation (loi Jospin); décret n° 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision française pour l'outre-mer (RFO); Loi relative à l'emploi de la langue française ou loi Toubon (1994); Code de l'éducation (2000); Loi d'orientation pour l'outre-mer (2000); Loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école (loi Fillon); Loi n° 2006-911 du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration; Proposition de loi n° 3008 relative au développement des langues et cultures régionales (2010); Loi de refondation de l’école de la République du 6 juin (2013); Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République (2013). Au total: au moins une cinquantaine de lois, décrets, arrêtés, sans compter les innombrables circulaires administratives (voir une liste des textes juridiques en matière de langue).

Plan de l'article
 

1 Situation géopolitique
1.1 La structure administrative métropolitaine
1.2 La France d'outre-mer

2 Données démolinguistiques
2.1 La question des minorités linguistiques
2.2 Le problème des recensements linguistiques
2.3 Le classement des langues régionales

3 Les langues régionales en France métropolitaine
3.1 Les langues patrimoniales
3.2 Les langues germaniques
3.3 Une langue celtique: le breton
3.4 La langue basque
3.5 Le corse
3.6 La langue d'oc et ses variétés

3.7 Le catalan
3.8 Le franco-provençal
3.9 Les langues d'oïl
3.10 L'enquête de l'INSEE (2002)
3.11 Les autres langues d'intérêt historique
3.12 Les langues en danger, selon l'Unesco

4 Les langues régionales d'outre-mer
4.1 Les départements d'outre-mer (DOM)
4.2 Les «pays d'outre-mer» (POM)
4.3 Les collectivités territoriales (COM)

5 Les langues immigrantes dans la France métropolitaine
5.1 Les étrangers
5.2 Les langues immigrantes
5.3 La difficile intégration

1 Situation géopolitique

La France (543 965 km²) est bordée au nord par la mer du Nord et la Manche, à l'ouest par l'océan Atlantique, au sud par la Méditerranée. Elle est limitée à l'est par la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, au sud par l'Espagne et la petite principauté d'Andorre. Avec ses voisins, la France possède 56,6 km de frontière commune avec Andorre, 620 km avec la Belgique, 451 km avec l'Allemagne, 488 km avec l'Italie, 73 km avec le Luxembourg 73 km, 4,4 km avec Monaco, 623 km avec l'Espagne et 573 km avec la Suisse. Si l'on prend en considération les DOM-TOM, la superficie de la République atteint 1 007 329 km².

1.1 La structure administrative métropolitaine

Le pays est administrativement découpé en 96 départements métropolitains, regroupés en 22 régions métropolitaines (incluant la Corse), mais 26 régions si l'on compte les quatre départements d'outre-mer devenus des régions monodépartemantales. Avant la Révolution de 1789, la France était organisée administrativement en provinces. Aujourd'hui, on compte généralement plusieurs départements dans une région (voir la carte). Les départements français correspondent à des divisions administratives placées sous l'autorité d'un préfet et administrées par un conseil général. Les compétences propres au département concernent essentiellement l'action sanitaire et sociale, l'équipement rural, la voirie départementale et les dépenses d'investissement et de fonctionnement des collèges.

1.2 La France d'outre-mer

La France comprend également ce qu'on appelait jusqu'à récemment des DOM-TOM. Depuis la réforme de 2003, on distingue quatre DROM ou «départements et régions d'outre-mer» (Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion), deux POM ou «pays d'outre-mer au sein de la République» (Nouvelle-Calédonie et Polynésie), un TOM ou «territoire d'outre-mer» (les Terres australes et antarctiques françaises) et trois COM ou «collectivités d'outre-mer», dont une «collectivité spécifique» (Corse), une «collectivité d'outre-mer départementale» (Mayotte) et une «collectivité d'outre-mer territoriale» (Saint-Pierre-et-Miquelon). Les collectivités d'outre-mer sont des COM.

De plus, depuis le 14 juillet 2007, les îles de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin ne font plus partie des communes de la Guadeloupe. Elles ont cessé d’appartenir à la catégorie des DOM et sont érigées en «collectivité d'outre-mer» (COM) et quittent également l’Union européenne. Ces nouvelles collectivités d'outre-mer assument maintenant les compétences qui étaient hier exercées par les communes de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin ainsi que par le département et la région de la Guadeloupe. En date du 16 avril 2017, Mayotte, la Martinique et la Guyane françaisn sont des COM. 

Les départements ou territoires français d'outre-mer français représentent seulement de 23 % de la superficie totale de la République française, mais 93 % des 11 millions de kilomètres carrés de la zone économique exclusive (ZEE) de la France. Parce que les territoires d'outre-mer font partie intégrante de la France, celle-ci est voisine du Canada, des États-Unis, du Brésil, de l'Australie et de Madagascar, ce qui lui donne voix au chapitre presque partout. Grâce à ces territoires d'outre-mer, la France demeure une grande puissance maritime dans le monde. Il est manifeste que ces territoires d’outre-mer sont essentiels à l'influence de la France, en raison de leurs intérêts politiques, économiques, stratégiques, militaires, scientifiques, etc. On peut comprendre pourquoi la France désire conserver et maintenir ces territoires sans lesquels elle serait une puissance de seconde zone dans le monde d’aujourd’hui. De plus, en tant que pilier de la Francophonie, la France agit aussi comme une sorte de «club» à l'intérieur de l'ONU. Et son influence passe par l'Agence France-Presse qui diffuse en plusieurs langues (français, anglais, allemand, russe, espagnol, portugais et arabe).

2 Données démolinguistiques

La population de la France était de 58,6 millions en 1998, puis à 61,4 millions en juillet 2004 et, en janvier 2016, à 66,6 millions. La majorité (82 %) des Français parlent le français comme langue maternelle, mais on compte un certain nombre de «minorités historiques» dont les membres parlent une «langue régionale» comme langue maternelle (voir à ce sujet la carte des parlers régionaux).

2.1 La question des minorités linguistiques

En France, les expressions telles que minorités nationales, minorités historiques et langues minoritaires sont exclues du vocabulaire «politiquement correct» français et du discours officiel, mais l’expression langues régionales est d’usage courant, ce qui les différencie des «langues étrangères» et des «langues immigrantes». Officiellement, que le français n'est pas «la langue d'un groupe distinct des autres», mais celle de tous les multiples groupes qui vivent et parlent en France. Autrement dit, il n'y a pas de «minorités» en France, puisque tous les individus sont des Français. En 1977, alors qu'il était maire de Paris, le futur président Chirac avait fait cette déclaration au journal Le Monde: le 3 septembre 1977) en employant les mots «minorités» et «phénomène minoritaire», mais ce n'est guère courant:

À cet égard, le problème le plus délicat qui reste à résoudre au sein de la nation française est celui du droit à l'identité et à l'expression culturelle des minorités. À juste titre, notre système démocratique ignore le phénomène minoritaire. Un Français vaut un Français, quelle que soit sa personnalité propre ou son identification collective.

Évidemment, il est habile d'affirmer qu'il n'y a pas de «minorités» sur son territoire, ce qui implique qu'il n'est pas nécessaire de les protéger. De plus, pour bien des politiciens français, les langues régionales auraient perdu de toute façon leur statut de langue maternelle, car elles ne seraient plus parlées; pour ces politiciens, il s'agit là de «langues apprises» (des langues secondes) et dont les structures grammaticales auraient été largement modifiées «afin de répondre à des impératifs politiques autonomistes, voire séparatistes». Voilà, le problème est réglé! Par ailleurs, comme la plupart des langues régionales ne sont réellement «maternelles» que pour les personnes déjà très âgées et en milieu rural... on comprend que la Nation ne soit pas très motivée à réagir et à revendiquer des droits linguistiques.

Cette conception française des langues régionales est le résultat d’une uniformisation linguistique toujours présente non seulement dans l’Administration, mais encore dans l’esprit de nombreux fonctionnaires et d’une bonne partie de la population. C'est pourquoi beaucoup de Français seraient eux-mêmes surpris d’apprendre que leur pays est, après l’Italie, le pays d’Europe occidentale qui compte le plus grand nombre de «langues minoritaires» sur son territoire.

En réalité, seuls les militants des partis nationalistes à base ethnique revendiquent un statut de «minorités opprimées», mais c'est infiniment marginal et le fait, le plus souvent, de fonctionnaires, surtout en éducation, trop heureux d'avoir la subsistance assurée par l'État «colonisateur». Comme les politiques savent que ces revendications n'ont aucun écho dans la masse de la population, elles n'ont pratiquement aucune chance d'aboutir à des réalisations concrètes.

2.2 Le problème des recensements linguistiques

En France, les recensements ne tiennent pas compte de l'origine ethnique ou religieuse, ce qui prive les autorités d'instruments indispensables pour lutter contre les discriminations. Cette absence de données démontre non seulement le faible intérêt (un euphémisme) que portent depuis longtemps les dirigeants français, mais aussi leur aveuglement concernant les minorités linguistiques. La France milite depuis quelques décennie au plan international en faveur de «la diversité culturelle», mais elle ne reconnaît pas dans asa constitution l'existence de ses langues nationales minoritaires comme le breton, l'alsacien, l'occitan, le catalan, le basque, etc. Tout ce qui semble aller de soi dans les autres pays voisins de l'Europe, par exemple la prise en compte de l'existence de minorités, est chose occultée en France, où l'on craint plus que tout le glissement vers le «communautarisme» interprété comme le repli sur sa communauté d'origine.

Étant donné qu'il n’existe pas de recensement linguistique officiel en France, il faut se reporter sur des données approximatives transmises par diverses associations. En juillet 1998 et en avril 1999, deux rapports sur les langues régionales furent remis successivement au gouvernement français. Le premier, celui de Bernard Poignant, maire de Quimper, ne nous permet pas de recenser le nombre des locuteurs des langues régionales. Il dresse néanmoins la nomenclature des langues régionales parlées sur l’ensemble du territoire métropolitain; le rapport «Langues et cultures régionales» de B. Poignant a surtout le mérite de nous présenter un tableau de la situation de ces langues employées dans l’enseignement et les médias. Quant au rapport de Bernard Cerquiglini (avril 1999), directeur de l'Institut national de la langue française (CNRS), il ne nous informe pas plus sur le dénombrement des locuteurs des langues régionales. À ce sujet, l’auteur semble affirmer presque à regret ce qui suit au sujet des «langues régionales» (qu'on n'hésiterait pas à appeler dans un autre pays «langues minoritaires»):

En tant que linguiste, le rapporteur ne peut s'empêcher de noter combien faible est notre connaissance de nombreuses langues que parlent des citoyens français. Il se permet de suggérer que la France se donne l'intention et les moyens d'une description scientifique de ses langues, aboutissant à une publication de synthèse. La dernière grande enquête sur le patrimoine linguistique de la République, menée il est vrai dans un esprit assez différent, est celle de l'abbé Grégoire (1790-1792).

Cela dit, M. Bernard Cerquiglini a retenu 75 langues différentes considérées comme des «langues régionales» (voir à ce sujet la carte des parlers régionaux). Cependant, en 2008, les 75 langues inventoriées par Bernard Cerquiglini sont passées à 79 dans un texte de la ministre de la Culture et de la Communication devant le Sénat: l'occitan (-1) a été remplacé par chacune de ses composante, soit l'auvergnat, le gascon, le languedocien, le limousin et le provençal (+5). Or, cette «richesse exceptionnelle» du patrimoine linguistique est reliée en partie à l'appartenance à la France de départements et de territoires d'outre-mer. En effet, les deux tiers de ces langues, soit 51 au total, sont parlées principalement dans les DOM-TOM. Néanmoins, la publication en mars 2003 du volume Les langues de France (Presses Universitaires de France), sous la direction de Bernard Cerquiglini, donne un aperçu d'un dénombrement partiel de la plupart des langues régionales non seulement dans l'Hexagone, mais aussi dans les DOM-TOM (appelés aujourd'hui DOM et COM). C'est à partir de ces sources que nous pourrons nous baser pour présenter le nombre (approximatif) des locuteurs des langues régionales. 

Dans le tableau ci-dessous, le nombre des locuteurs est celui inscrit par le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité interne dans son rapport de 2013.

(LR) Langue régionale (P) Population régionale totale (L) Locuteurs régionaux - Tableau % (PS) Population scolaire 2008 - 18 % P (E) Élèves en LR en 2008 - Pourcentage (EB) Enseignement bilingue 2010 - %
Alsacien
germanique
 1 700 000   900 000 53 %  309 000 193 820 53 % 22 683 14 %
Basque
basque
    250 000    72 000 29 %    45 000   11 060 26 % 11 532 100 %
Breton
celtique
1 500 000   172 000 12 %  270 000   23 432  9 % 19 467   83 %
Catalan
romane
    370 000   126 000 34 %     66 000   13 048 20 %   3 053   24 %
Corse
romane
    250 000   150 000 60 %     45 000    34 598 77 %   7 059   21 %
Flamand
germanique
 1 400 000    30 000   2 %    252 000        720 ---     123   17 %
Franco-provençal
romane
 6 000 000   150 000   3 % 1 080 000        275 ---      165   60 %
Langues d'oïl
romane
35 000 000   204 000   1 % 6 300 000     1 761 (gallo seulement) ---
Occitan
romane
13 000 000 3 000 000 23 % 2 340 000    80 000 4 %   6 875    9 %
Francique
germanique
 2 300 000   400 000 17 %    414 000         810 ---     810 100 %
Total 61 770 000 5 202 000   9 % 11 121 000   329 524 3 % 71 767   22%
(LR) = langue régionale
(P) = population totale de la région
(L) = locuteurs et pourcentage
(PS) = population scolaire
(E) = élèves en langue régionale (LR)
(EB) = enseignement bilingue

Dans ce  Tableau récapitulatif des langues régionales de France, il s'agit des langues régionales parlée sur le territoire français (Hexagone) et répertoriées en 1999 par Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française (CNRS), dans un rapport remis au ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, ainsi qu’à la ministre de la Culture et de la Communication. 

On se rend compte que, à l'exception de l'Alsace (53 %) et de la Corse (60 %), la proportion de locuteurs des langues locales dans une région demeure relativement faible: 29 % pour le basque, 12 % pour le breton, 34 % pour le catalan, 2 % pour le flamand, 3 % pour le franco-provençal, 1 % pour les langues d'oïl, 23 % pour l'occitan et 17 % pour le francique mosellan. Encore une fois, ces statistiques sont peu fiables, ce qui signifie que ces résultats pourraient être revus à la baisse.  

2.3 Le classement des langues régionales

N'oublions pas que les langues régionales de France sont nombreuses et qu'on peut les classer en fonction de leur origine «génétique». La plupart proviennent du latin (les langues d'oïl, l'occitan et ses variétés, le catalan, le franco-provençal et le corse), d'autres du germanique initial (francique, flamand, alsacien) ou du celtique (breton); seul le basque est une langue isolée (famille basque). On distingue les langues gallo-romanes (langues d'oïl et langues d'oc) et les langues non gallo-romanes, mais le catalan et le corse demeurent des langues romanes.  On peut également consulter une carte historique représentant les aires linguistiques de toutes les langues de France en cliquant ICI. On constatera que les langues non gallo-romanes parlées au nord-est et au sud font partie d'une autre aire linguistique (langues germaniques, catalan et basque). 

3 Les langues régionales en France métropolitaine

Selon la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), les langues de France sont «les langues régionales ou minoritaires parlées traditionnellement par des citoyens français sur le territoire de la République, et qui ne sont langue officielle d’aucun État.» On peut les désigner comme «régionales» ou «non territoriales», mais elles constituent un bien commun et une partie du patrimoine de l’humanité. En ce sens, on pourrait les qualifier de «langues patrimoniales».

3.1 Les langues patrimoniales

Les rapports Poignant (1998) et Cerquiglini (1999) mentionnent précisément l’alsacien, le basque, le breton, le catalan, le corse, le francique, le flamand occidental, le franco-provençal, l’occitan ou langue d'oc (partagé entre le gascon, le languedocien, le provençal, l'auvergnat-limousin et l'alpin-dauphinois) et huit langues d'oïl: le franc-comtois, le wallon, le picard, le normand, le gallo, le poitevin, le saintongeais et le bourguignon-morvandiau (voir la carte des langues d'oïl).

Les «langues transfrontalières» sont les suivantes: l'alsacien, le francique (souvent lorrain sur les cartes), le basque, le catalan, le flamand (occidental) et le franco-provençal. On peut consulter le TABLEAU récapitulatif des langues régionales de France.

Beaucoup de ces langues régionales sont considérées comme des «langues en péril», c'est-à-dire en voie d'extinction, sauf pour l'alsacien, le breton et le catalan.

À ces langues dites «historiques» (voir à ce sujet la carte des parlers régionaux) s’ajoutent des langues immigrantes telles que le berbère, l’arabe dialectal, le yiddish, le tsigane (ou romani chib) et l’arménien occidental. Évidemment, exception faite des minorités immigrantes très récentes, tous les Français parlent aussi la langue nationale en tant que langue seconde.

Le problème fondamental réside surtout dans le nombre des locuteurs de toutes ces langues, les sources non officielles ayant la fâcheuse tendance à se contredire et à présenter des données statistiques souvent discordantes. En guise de référence, nous allons nous servir des données relevées en 1999 par l’Agence France-Presse en ce qui a trait aux langues régionales plus importantes (voir la carte) en usage sur le territoire de la Métropole:

Alsacien environ 900 000 locuteurs sur 1,7 million d'habitants (53 %).
Breton 172 000 locuteurs sur 1,5 million d'habitants (12 %), dans la zone dite bretonnante (Finistère, une partie des Côtes d'Armor et du Morbihan) contre 1,2 million au début du siècle.
Occitan 3 millions de locuteurs, sur 13-14 millions d'habitants (23 %), contre 10 millions en 1920.
Basque 72 000 locuteurs sur 250 000 habitants (29 %); près de 100 % de la population parlait la langue au début du siècle.
Corse environ 60 000 locuteurs sur 250 000 habitants (env. 60 %); près de 100 % de la population parlait corse au début du siècle.
Catalan 126 000 locuteurs ou 34 % de la population des Pyrénées Orientales (126 000 habitants) ont déclaré le parler, dans une enquête récente; parmi ces 34 %, quelque 17 % ont déclaré le parler «bien».

On peut consulter aussi le tableau des langues régionales en cliquant ICI, s.v.p., ainsi que les dénombrement des langues selon le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité interne de 2013.

3.2 Les langues germaniques

On compte en France trois langues régionales d’origine germanique: l’alsacien, le francique et le flamand du Westhoek (ou flamand occidental).

- L’alsacien (ou Elsässerditsch), qui fait partie des langues alémaniques, serait parlé par près de 900 000 locuteurs en Alsace (sur une population régionale — Haut-Rhin et Bas-Rhin — de 1,7 million d’habitants). Mais quelque 230 000 personnes le parleraient de façon occasionnelle. Le sondage DNA/CSA Opinion de 1998 révèle qu'un Alsacien sur deux déclare parler couramment l'alsacien («dialecte parlé couramment»). Au point de vue historique, l’alsacien appartient à l’«allemand supérieur» (l’Oberdeutsch), parce qu'il s’agit de langues ou de dialectes généralement en usage dans les régions montagneuses de la partie méridionale de l’Allemagne. Voir à ce sujet la carte des dialectes allemands.

- Le francique mosellan (ou francique de Moselle: Lothringer Platt ou Lothringer Deitsch) fait partie des parlers franciques de l’Ouest (le Westmitteldeutsch) et était parlé par quelque 360 000 locuteurs en 1962; Une enquête effectuée par l'Institut national des études démographiques, dans le cadre du recensement de 1999, confirme le recul du francique, qui compterait encore 400 000 locuteurs, dont 80 000 dans le département de la Moselle (n° 57), notamment dans la région de Thionville et l'extrême-nord du département (Sarreguemines-Bitche). On y distingue le francique luxembourgeois, le francique mosellan et le francique rhénan. La langue semble se transmettre de moins en moins chez les jeunes générations, puisque seulement 20 % des jeunes de moins de 15 ans la parlerait. Cette langue serait donc particulièrement en grand danger de disparition.

Les dialectes franciques font partie du moyen allemand : francique rhénan (lorrain), hessois, francique mosellan, luxembourgeois, francique ripuaire, thuringien et haut-saxon. Trois formes de francique sont parlées en France (Moselle): le francique mosellan (dans le «pays de Nied»: Bouzonville et Boulay); le francique rhénan (du bassin houiller jusqu'à l'Alsace) et le francique luxembourgeois (dans le «pays thionvillois»: Thionville, Sierck-les-Bains, Cattenom et la vallée de la Fensch, ainsi que dans le grand-duché de Luxembourg, la région belge d'Arlon et certaines régions allemandes du Land de Sarre à la frontière ouest, au nord d'Echternach, dans les arrondissements de Prüm et de Bitburg. N'oublions pas que l'aire du francique est coupée en deux par la frontière linguistique séparant les langues romanes et germaniques. En France, les locuteurs du francique disent parler le platt (mir redde platt : «nous parlons le platt»), même si celui-ci ne coïncide pas avec le Platt Deutsch d'Allemagne. Ils n'emploient jamais le mot fränkisch dans l'expression mir redde fränkisch («nous parlons le francique»). 

Quant au francique ripuaire, il n'est pas parlé en France, mais dans la région allemande de Cologne (Dusseldorf et Bonn) et dans les cantons belges germanophones, son aire d'influence s'étendant essentiellement dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, avec quelques influences mineures sur le nord du Land de Rhénanie-Palatinat et la région d'Eupen en Belgique. On peut consulter une carte linguistique de toutes les variétés de francique (France, Luxembourg, Belgique et Allemagne) en cliquant ICI, s.v.p.

Les dialectes franciques (rhénan, mosellan, luxembourgeois, ripuaire, etc.) sont liés par des éléments communs issus du francique initial, une ancienne langue germanique parlée par les Francs qui ont conquis les Romains en Gaule au Ve siècle. Le francique demeure donc un vestige linguistique des Francs qui ont fondé la France, même s'il est peu probable que ce soit la même langue. En effet, la langue du roi Clovis et de sa cour était le «francique salien», un francique plus proche du francique ripuaire, dont il n'existe pas de trace en France. Néanmoins, l'influence francique a été considérable en français, et cette langue (incluant ses variantes) a laissé quelque 400 mots encore en usage aujourd'hui.

- Le flamand (flamand occidental), appelé le flamand du Westhoek, est utilisé par environ 30 000 locuteurs (2 % de la population de la région), ainsi que 50 000 occasionnels, dans le département du Nord (n° 59) de la France (région de Dunkerque), sur une population près de quatre millions d'habitants. En réalité, il est très difficile de savoir exactement combien de locuteurs parlent le flamand: les chiffres varient énormément, soit de 30 000 à 100 000 locuteurs (dans les visions les plus optimistes) et on ignore tout du degré de connaissance de la langue. Le flamand encore parlé en France est un dialecte du néerlandais associé au flamand occidental (le West-Vlaams); il est également parlé en Flandre et aux Pays-Bas (voir la carte linguistique à ce sujet). Le flamand du Westhoek est aujourd’hui en nette régression.

3.3 Une langue celtique: le breton

Le breton (appelé brezoneg ou brezhoneg) est la seule langue celtique parlée en France. Selon l'Institut TMO Région, 172 000 locuteurs (12 % de la population localre)parleraient actuellement le breton, contre quelque 246 000 en 1999. Il s'agit d'une population totale de 1,5 million d’habitants dans la «zone bretonnante» de l’Ouest appelée Basse-Bretagne ou Breizh Izel. À l’est, se trouve la partie francophone dite Haute-Bretagne (ou Breizh Uhel) appelée également «le pays gallo», où l'on parle le gallo et le français. On considère généralement qu'il existe quatre variétés de breton: 1) le léonais (au nord-ouest); 2) le trégorrois (au nord-est); 3) le cornouaillais (au sud-ouest); 4) le vannetais (au sud-est). Les jeunes ne savent pratiquement plus le breton, car deux bretonnants sur trois se situent dans la catégorie des plus de 60 ans. Selon un rapport de 2013, il y aurait 280 00 locuteurs du breton ainsi que 600 000 occasionnels.

Le breton a pour origine le gallois et le cornique, introduits au Ve siècle par les immigrants venus du pays de Galles et de Cornouailles (dans l’île de Grande-Bretagne), après l’invasion de la Grande-Bretagne par les Saxons. Le breton reste l'une des quatre langues celtiques qui subsistent encore aujourd'hui, avec le gallois, l'irlandais et l'écossais, le gaulois, le mannois et le cornique étant éteints (malgré les efforts de restauration pour le mannois et le cornique).

3.4 La langue basque

Le basque appartient à une famille linguistique isolée (famille basque) et est parlé en France par quelque 72 000 locuteurs (chiffres optimistes) sur une population de 250 000 Basques français (29 % de la population locale). Les Basques sont répartis en Espagne et en France, soit dans sept provinces historiques. Pour la France, les Basques habitent le département des Pyrénées-Atlantiques (n° 64), qui comprend les provinces du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soule.

Quant à la langue basque, elle se compose de plusieurs variétés dialectales dont les plus importantes sont, pour la France, le labourdin et le bas-navarrais, pour l’Espagne, le guipúzcoan, le biscayen et le haut-navarrais.

Alors que la plupart des Basques espagnols reçoivent un enseignement en basque, seulement 20 % des enfants basques-français apprennent cette langue dans les écoles primaires (deux à trois heures hebdomadaires).

3.5 Le corse

Le corse est une langue romane apparentée au groupe italien (groupe italo-roman) et est parlé par moins de 70 000 locuteurs sur 250 000 habitants (dans l'île de Corse, une collectivité territoriale spécifique), mais 100 000 autres parleraient cette langue de façon occasionnelle, ce qui donnerait un nombre maximal et optimiste de 160 000 locuteurs (60 % de la population locale). Cette langue a longtemps été considérée comme une forme dialectale de l'italien. Bien que le corse ait subi une forte influence du toscan, il est apparu dans l'histoire avant la naissance de l'italien standard, ce qui en fait une langue bien distincte, et ce, d'autant plus que son vocabulaire comporte une part importante de mots d'origine ligure.

Aujourd’hui, le corse demeure la seule des langues minoritaires «françaises» à bénéficier d'un statut particulier, lui-même étroitement lié au statut administratif de l'île. En 1999, quelque 20 % des élèves scolarisé en corse ont passé l'épreuve de corse à l'examen. À l’extérieur de l'île de Corse, l’enseignement de cette langue est dispensé dans les villes d’Aix-en-Provence, Marseille, Nice et Paris.

On peut lire la page Web qui est consacrée exclusivement à la Corse en cliquant ICI, s.v.p.

3.6 La langue d'oc et ses variétés

La langue d'oc ou occitan, comme le français, fait partie des langues romanes, toutes issues du latin populaire. Le mot «occitan» est une francisation savante du latin occitanus, alors que la forme populaire française aurait été «occitain» (1886). Il semble que «occitanus» ait été formé parallèlement avec «aquitanus». L'écrivain Frédéric Mistral, pour sa part, écrivait «óucitan».

- Les catégories de Dante

L'une des premières attestations de l'expression langue d'oc est attribuée à l'écrivain florentin Dante Alighieri (1265-1321). Dans son De Vulgari Eloquentia («De l'éloquence vulgaire») rédigé vers 1305 en latin, celui-ci classait les trois langues romanes qu'il connaissait d'après la façon de dire oui dans chacune d'elles (par exemple, oïl, oc, si), d'où la distinction «langue d'oc» (< lat. hoc) au sud et «langue d'oïl» (< lat. hoc ille) au nord, pour ensuite désigner les parlers italiens (sì < lat. sic). Le célèbre Florentin distinguait dans leur façon de dire «oui» les trois grandes branches des langues romanes (issues du latin) connues: «Nam alii Oc; alii Oil, alii Sì, affirmando loquuntur, ut puta Yispani, Franci et Latini», ce qui signifie «les uns disent oc, les autres oïl, et les autres si, pour affirmer, par exemple, comme les Espagnols, les Français et les Latins». Dante ajoute aussi :

Istorum vero proferentes oc meridionalis Europe tenent partem occidentalem, a Ianuensium finibus incipientes. Qui autem sì dicunt a predictis finibus orientalem tenent, videlicet usque ad promuntorium illud Ytalie qua sinus Adriatici maris incipit, et Siciliam. Sed loquentes oil quodam modo septentrionales sunt respectu istorum: nam ab oriente Alamannos habent et ab occidente et settentrione anglico mari vallati sunt et montibus Aragonie terminati; a meridie quoque Provincialibus et Apenini devexione clauduntur. [Ceux qui disent «oc» tiennent la partie occidentale de l’Europe, à partir des frontières des Génois. Ceux qui disent «si» tiennent la partie orientale de ces frontières, soit jusqu’à ce promontoire d’Italie, d’où commence le golfe de la mer Adriatique jusqu’à la Sicile. Et ceux qui disent «oïl» sont en quelque sorte septentrionaux par rapport à ceux-ci; ils ont en effet les Allemands à l’orient, ils sont protégés au septentrion et à l’occident par la mer anglaise ou gauloise, et ils sont bornés par les montagnes d’Aragon; au sud, ils sont enfermés par les Provençaux et la courbe des Apennins.]

Ces termes sont employés par Dante pour désigner respectivement les Espagnols (oc), les Français (oïl) et les Italiens (). Pour lui, les Franci (Français) qu'il situe au nord des montagnes d'Aragon, donc à partir de la Navarre, parlent le français d'oïl, ce qui, on le sait aujourd'hui, étend considérablement l'aire linguistique des langues d'oïl. De plus, lorsque Dante affirme que les Yispani (Espagnols) disent «oc», il fait allusion uniquement au royaume d'Aragon, ce qui correspondait aux Aragonais («Aragoniae») et aux Catalans qu'ils associait aux Espagnols. À cette époque, les Catalans employaient «oc» (jusque vers 1500) et ils se sont ensuite castillanisés en adoptant «si», comme les Castillans.

Dans un passage de Vita Nuova («Vie nouvelle»), Dante opposait déjà (vers 1293) la littérature catalane de «lingua d'oco» à celle en italien de langue «di sì». Dante parlait donc de littérature: il avait en haute estime la langue italienne (florentin) et, dans Il Convivio («Le Banquet», vers 1303-1304), il reprochait à ses compatriotes «a perpetuale infamia» de préférer des langues vulgaires «di lingua d'ocho» (de langue d'oc) comme le provençal («prouenza»). Il considérait que l'italien («lo parlare italicho» était plus précieux et plus beau que le provençal.
 

Or, «provençal» est le nom donné par Dante à la langue employée dans la célèbre Chronique de Jacques Ier d’Aragon, dit le Conquérant (catalan : "Jaume I el Conqueridor"), comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, une chronique littéraire rédigée en catalan et connue comme le Livre des faits (catalan: Llivre dels feïts). Ce livre était célèbre en Italie, comme d'ailleurs les chansons des troubadours provençaux. Dante a totalement ignoré le castillan des Espagnols pour lesquels oui se disait , alors que les Catalans et les Aragonais employaient oc. Dans ces conditions, il devient difficile de distinguer à l'écrit le de l'espagnol et le de l'italien. Bref, le point de vue de Dante était littéraire et teinté de partialité.

Pour le grand écrivain florentin, il n'existait alors que trois langues littéraires issues du latin:

- le français d’oïl au nord de la Navarre et les trois quarts de la France;
- la langue d’oc dans le nord-est de la péninsule ibérique et le sud de la France;
- la langue du si utilisée dans la péninsule italique.

Si Dante ne s'est pas trompé pour désigner l'aire linguistique des langues italiennes, il a considérablement erré en ce qui concerne les langues d'oïl et d'oc en France et en Espagne. Néanmoins, les termes oïl, oc et si utilisés par Dante ont connu beaucoup de succès, bien que ces termes ne recouvrent pas les mêmes aires linguistiques ni les mêmes régions que pour nous. Dante n'était pas linguiste et il n'avait pas les connaissances qui se sont développées depuis la fin du XIXe siècle. On peut consulter aussi le texte «Les domaines d’oc, si et oïl, selon Dante» de MM. Jean Lafitte et Guilhem Pépin, en cliquant ICI, s.v.p.

Heureusement que d'autres termes ont servi à désigner cette langue d'oc: roman, limousin, provençal, gascon, catalan, etc., mais le mot provençal semble avoir été plus populaire. C'est à partir du milieu du XIXe siècle que le mot occitan a commencé à désigner l'ensemble des langues d'oc. Il existe aujourd'hui une controverse en France au sujet de l'emploi du singulier ou du pluriel pour l'expression «langue d'oc» / «langues d'oc». Dans le premier cas, on considère qu'il n'existe qu'une seule langue d'oc, l'occitan; dans le second, plusieurs (limousin, provençal, gascon, languedocien, etc.). Cette controverse semble plus idéologique — l'unicité de la France — que vraiment linguistique, mais les partisans de l'unicité de la langue occitane semblent les plus nombreux.

- La répartition de l'occitan

L'aire linguistique de l'occitan comprend pratiquement le tiers de la France, c'est-à-dire un territoire très vaste dans toute la partie sud du pays. Au point de vue du découpage administratif, l'occitan englobe les départements suivants (voir la carte):

- Série ne concernant que le gascon: Pyrénées-Atlantiques  (sauf le Pays basque), Hautes Pyrénées, Gers, Landes et Gironde (à l'exception de la Grande et de la Petite Gavacherie);
- Série partagée entre le gascon et le languedocien: Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Haute-Garonne et Ariège;
- Une faible partie des Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Tarn, Aveyron, Lot; Dordogne (sauf quelques communes de l'ouest); Corrèze; Haute-Vienne (sauf l'extrême-nord); une partie de la Charente; plus de la moitié orientale de la Creuse, Puy-de-Dôme (à l'exception de quelques communes du Nord-Ouest); quelques communes de l'Allier autour de Gannat; une région au sud-ouest de la Loire, autour de Saint-Bonnet-le-Château; Cantal; Haute-Loire, Lozère, Gard; Ardèche (sauf dans la partie nord), le sud-est de l'Isère; Drôme (sauf le nord du département); Hautes-Alpes,
Alpes-de-Haute-Provence
, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Var et Alpes-Maritimes.

Hors de France, l'occitan dans sa variété gasconne est parlé dans le Val-d'Aran (en Catalogne, Espagne); le provençal et le provençal alpin sont parlés dans quelques vallées alpines italiennes de Torino et Cuneo (Piémont), ainsi que dans la principauté de Monaco (excepté les quartiers ligures de la capitale).

La langue d'oc est fragmentée linguistiquement entre le gascon (appelé aranais en Espagne), le languedocien, le provençal, l’auvergnat-limousin et l’alpin-dauphinois (voir la carte linguistique détaillée des variétés occitanes). L'auvergnat et le limousin sont considérés généralement comme deux dialectes différents. Le vivaro-alpin, une appellation controversée, est la variété de occitane du Nord parlée dans une partie du Velay, le nord du Vivarais, le Dauphiné méridional et les Alpes (de langue occitane) en France et en Italie (noter que le bas-vivarois, occitan du Nord lui aussi, est du languedocien cévenol du Nord). Ceci étant dit, l'expression «auvergnat-limousin» de M. Cerquiglini ne paraît pas vraiment gênante, puisque personne n'oserait affirmer parler «l'auvergnat-limousin», mais l'auvergnat et/ou le limousin.

Certains linguistes croient que ces différentes formes d'occitan sont relativement intelligibles entre elles. D'autres, comme le linguiste Jean Lafitte, considèrent que l'intercompréhension n'est pas si aisée et qu'elle repose sur une idéologie bien plus politique que sur les résultats d'études sérieuses.

Rappelons que même l'écrivain Frédéric que Mistral (1830-1914) a éprouvé le besoin de traduire en provençal un conte gascon de Jean-François Bladé («Lou mau-parlant in Armana prouvençau», de 1868). Quoi qu'il en soit, un Provençal comprendra difficilement un Gascon sans apprentissage (dont la langue est la plus différenciée du groupe), tout en lui trouvant un petit accent «exotique» (le [f] en [h] aspiré), quelques tournures imagées, mais compréhensibles (pr'amor à la place de perqué) ou encore de rares mots issus par inversion de consonnes (craba au lieu de cabra). On peut consulter une petite liste de mots occitans pour des fins de comparaison en cliquant ICI. 

- Le nombre des locuteurs

Il est difficile de déterminer avec précision le nombre des locuteurs de l'occitan, mais ceux-ci peuvent être estimés à environ deux millions de locuteurs (la plupart étant âgés de plus de 50 ans) sur une population locale de 13 à 14 millions d’habitants, dont entre 700 000 et un million de locuteurs (passifs compris) pour le seul provençal. En 2013, le rapport du Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité interne fixait ce nombre à 600 000 occitanophones et à 1,6 million pour les locuteurs occasionnels. Compte tenu de la «désoccitanisation» des villes de grande et moyenne importance, il est vraisemblable de fixer à environ deux à trois millions de locuteurs ayant, à des degrés variables, une certaine connaissance de l'occitan. L'occitan est la principale langue d'enseignement dans quelques écoles primaires (les Calandretas) et une matière facultative dans d'autres. L'occitan n'est jamais employé dans l'administration française et dans les rapports de celle-ci avec les citoyens. Il est permis d'utiliser les noms de famille en occitan, mais les réticences demeurent encore très fortes en ce qui a trait à l'occitanisation des toponymes officiels, des panneaux de signalisation routière et des affiches et communications des services publics.

- Les problèmes de classement

Dans le groupe occitan, on classe parfois le catalan. En fait, jusqu'au Moyen Âge, ces deux langues (l'occitan et le catalan) ne faisaient qu'une: ce sont des destins politiques différents et deux rattachement à des blocs dominants opposés qui les ont fait évoluer chacune de leur côté. Ce n'est qu'en 1934 que les intellectuels catalans ont fini par proclamer solennellement que le catalan était distinct de l'occitan. C'est pourquoi, aujourd'hui, on a plutôt tendance à en faire deux groupes distincts, mais certains linguistes placent délibérément le catalan au nombre des «langues d'oc» (au pluriel). Ainsi, ce sont souvent des raisons politiques qui servent de critère pour classer les langues. Du point de vue strictement linguistique, le catalan est plus proche de l’occitan qu’il ne l’est du castillan (espagnol); par ailleurs, l’occitan est plus proche du catalan que du français. Peu importe les classements officiels et non officiels, il existe néanmoins une bonne intercompréhension entre les locuteurs du catalan et ceux de l'occitan.

3.7 Le catalan

Le catalan est une langue romane parlée par quelque 126 000 locuteurs sur une population 370 000 habitants dans le département des Pyrénées-Orientales (n° 66). Cette langue a acquis un statut officiel dans la principauté d’Andorre et en Espagne (Catalogne, Pays valencien et Baléares) où l'on retrouve cette aire linguistique. Le catalan forme un groupe particulier parmi les langues romanes, bien que historiquement catalan et occitan ont déjà constitué une seule et même langue. En France, le catalan est principalement parlé dans ce qu'on appelle la Catalogne du Nord (Catalunya del Nord), tout autour de Perpignan. La variante géographique du catalan parlée en France a été traditionnellement connue sous le nom de catalan septentrional ou plus souvent roussillonnais.
Catalogne du Nord (France) La Catalogne du Nord ou Catalunya del Nord (par opposition à la Catalogne du Sud), plus souvent appelée le Roussillon, correspond globalement à l’actuel département des Pyrénées-Orientales, bien que la région des Fenouillèdes (Fenolleda) et celle des Corberes, toutes deux situées au nord; elle est occitane et faisait partie à l'origine du Languedoc. Cette région compte sept zones géographiques (d'ouest en est): l'Alta Cerdanya (Haute-Cerdagne), le Capcir, le Conflent, le Vallespir, le Rosselló (Roussillon), les Aspres et les Corberes (Corbières). Bien que le catalan soit considéré comme une des langues régionales de France, il ne bénéficie d'aucun statut juridique spécifique. Perpignan (Perpinyà en catalan) est la capitale de la Catalogne du Nord.

On peut consulter une page particulière consacrée à la description et à l'histoire de la langue catalane en cliquant ICI, sv.p.

3.8 Le franco-provençal

Le franco-provençal (lire le texte de Manuel Meune à ce sujet) est une autre langue romane parlée à l'origine dans les régions qui s'étendaient des environs de Neuchâtel en Suisse jusqu'au sud de l'Isère et de la Savoie (France), en passant par le Val-d'Aoste en Italie. Cette langue, ou l'une de ses variétés, est encore parlée dans certains villages de la région Rhône-Alpesainsi que dans les canton de Fribourg et du Valais et dans le Val-d’Aoste. Sauf pour le Val-d’Aoste (et encore!), il est difficile de connaître le nombre exact des locuteurs de cette langue, y compris en France. On estime le nombre de ses locuteurs à 80 000, voire 150 000 avec les locuteurs occasionnels, la plupart âgés de plus de 60 ans, pour une population totale de quelque six millions d'habitants. Mais le nombre des locuteurs occasionnels est nettement supérieur (voir le tableau). La langue est en voie d'extinction en France et en Suisse, mais elle est demeurée vivante jusqu'à récemment au Val-d'Aoste (Italie).

Dans ce dernier cas, l'absence de recensement linguistique depuis 1921 masque certainement la réalité. Il est donc possible que le franco-provençal ne soit plus une langue utilisée par beaucoup de locuteurs, même au Val-d'Aoste où il est réputé avoir survécu. Le sondage de la Fondation Émile-Chanoux de 2001 révèle qu'environ 5 % des Valdôtains utilisent le franco-provençal comme langue maternelle (patois confondus), alors qu'il n'est parlé que par 7 % des habitants de la vallée. 

Si cette tendance devait continuer — ce qui est probable —, le franco-provençal du Val-d'Aoste serait sur la voie de l'extinction d'ici une ou deux décennies. Théoriquement, en France, le franco-provençal serait encore parlé dans la plus grande partie du Dauphiné, dans le Lyonnais, le Forez, la Savoie, le Bugey, la Bresse, le sud de la Franche-Comté.

Le terme de franco-provençal a été créé au XIXe siècle par un linguiste italien du nom de Ascoli qui, le premier, a identifié cette langue (franco-provenzale) comme un ensemble linguistique spécifique. Le terme est parfois contesté et semble relativement impropre dans la mesure où il cette langue n'est même pas en contact à proprement parler avec le provençal et n'a pas grand-chose à voir avec le français. Le franco-provençal est plus proche des langues d'oïl que de la langue d'oc.  On utilise parfois les termes savoyard, dauphinois, lyonnais, bressan, forézien et arpitan (en France, de ar-, signifiant «montagnes» ou «rochers», de pe au sens de «sous» et de tan signifiant «pour»: la langue de celui qui vit au pied des montagnes), romand, valaisan, fribourgeois (en Suisse), valdôtain (en Italie) ou assez généralement le mot patois (partout), ce qui, en ce cas, ne désigne pas particulièrement le «franco-provençal».

Par ailleurs, il existe une tendance à remplacer le terme de franco-provençal avec trait d'union (comme dans toute graphie française du type franco-québécois, franco-américain ou anglo-américain) par celui de francoprovençal sans trait d'union, ceci pour éviter la fréquente confusion qui amène à penser que les idiomes de ce type (savoyard, valdôtain, etc.) forment un «mélange» de français et d'occitan (provençal), alors qu'elles constituent un groupe linguistique roman distinct. Autrement dit, la graphie francoprovençal (sans trait d'union) ne repose pas sur une règle typographique, mais idéologique. Tout au cours de son histoire, le franco-provençal est resté une langue essentiellement orale.

Pour prendre la mesure de sa diversité, on peut consulter quelques textes illustrant diverses variantes du franco-provençal:

- France: la variante bressane (Bresse), la variante bugiste (Bugey), la variante dauphinoise (Dauphiné), la variante forézienne (région historique du Forez) et la variante lyonnaise (Lyon);
- Italie: la variante valdôtaine (Val-d'Aoste, Italie);
- Suisse: la variante genevoise† (Genève), la variante gruérienne (Fribourg), la variante vaudoise (Vaud), la variante neuchâteloise† (Neuchâtel) et la variante valaisanne (Valais).  

3.9 Les langues d’oïl

Il est malaisé de parler des «langues d'oïl» en raison de notre ignorance en général à leur sujet et du fait que le français en est issu.  Les locuteurs des langues d’oïl (voir la carte) sont aujourd’hui peu nombreux en France et la plupart de ces idiomes ont pratiquement disparu. Il sont associés maintenant à des parlers français régionaux.

Autrement dit, certains parlers régionaux tels que le picard (au nord, près de la Belgique), le gallo (à l'ouest, près de la Bretagne), le poitevin, le saintongeais, le normand, le morvandiau, le champenois, et d'autres encore (wallon, lorrain, franc-comtois, bourguignon), constituent aujourd’hui des formes régionales du français. Ces parlers — en réalité des langues — sont relativement intelligibles entre eux: un locuteur de l'orléanais comprend assez bien un locuteur du tourangeau et un Québécois comprendrait encore plus facilement un locuteur du normand, si tant est qu'il en rencontre un!

Dans certains établissements d'enseignement, ces parlers régionaux bénéficient d'un horaire spécifique sous l’appellation de «langues régionales». Il n’existe pas de statistiques sur le nombre de ces locuteurs, mais une enquête de l'INSEE estime à 204 000 pour l'ensemble des locuteurs de ces langues. En 2013, le rapport du Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité interne fixait ce nombre à 204 000, ainsi que 730 000 autres comme locuteurs occasionnels. De toute façon, seul 1 % de la population peut encore s'exprimer dans l'une des langues d'oïl.

3.10 L'enquête de l'INSEE (2002) 

Une enquête de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), publiée le 21 février 2002 et intitulée Langues régionales, langues étrangères: de l'héritage à la pratique, montre que la place du français progresse continuellement et que les autres langues, surtout régionales, se transmettent de moins en moins. Cette a été réalisée auprès de 380 000 personnes vivant «en Métropole» et porte sur les langues parlées aux gens pendant leur petite enfance. Ainsi, pour 74 % de l'ensemble des adultes, on ne leur a parlé qu'en français. Pour les 26 % restant, 10 % parlent habituellement le français et occasionnellement une autre langue, 2 % habituellement deux langues, 6 % habituellement une autre langue et occasionnellement le français et 8 % ne parlent pas le français du tout. L'étude montre également que les langues étrangères se transmettent mieux que les langues régionales. Parmi ces dernières, les plus en usage sont l'alsacien, le breton, le basque, le corse, le «Platt mosellan» et le catalan. 

L'enquête de l'INSEE montre aussi que l'usage des langues régionales est l'apanage des générations nées avant 1940 et semble particulièrement fréquent chez les agriculteurs, mais très rare chez les cadres. La situation semble particulièrement critique pour le franco-provençal, le breton, le flamand et les langues d'oc, dont le nombre des locuteurs paraît avoir subi un recul très important, par rapport à la génération précédente; ces langues semblent se pratiquer entre adultes, sans être retransmises aux enfants. Par ailleurs, cette enquête révèle que, dans l'échantillonnage, près de 400 langues ont été identifiées. 

L'enquête «Famille» de 1999 (de l'INSEE) montre que la plupart des langues régionales semblent avoir été transmises presque toujours de façon occasionnelle, en accompagnement du français, et plus souvent par un seul des parents. C'est particulièrement vrai de la «langue d'oc» et des «langues d'oïl», déjà en nette régression. Ces langues (voir la figure 1) ont accompagné l'enfance de très nombreux adultes, soit respectivement 610 000 à titre habituel et 1 060 000 à titre secondaire pour la «langue d'oc» (l'occitan et ses variétés : nissart, provençal, languedocien, rouergat, limousin, gascon, etc., 570 000 et 850 000 pour les «langues d'oïl» (picard, chtimi ou «patois du Nord», lorrain roman, normand, gallo de Bretagne, vendéen, bourbonnais, etc.). Quelque 280 000 personnes se souviennent d'avoir parlé, lorsqu'ils étaient enfants, le breton et 400 000 autres l'ont reçu «en complément du français». Avec le corse, le catalan ou les créoles (sachant que l'enquête est limitée à la Métropole), le breton figure parmi les langues dont la transmission était déjà plus souvent occasionnelle qu'habituelle, sans que le décalage soit toutefois aussi avancé que pour les langues d'oïl et d'oc. Le cas est différent avec l'alsacien, car il semble reçu plus souvent sur un mode habituel (660 000 personnes) qu'occasionnel (240 000). Rappelons que l'alsacien était encore, il y a une génération, la langue régionale la mieux transmise. De même, dans une bonne partie de la Moselle voisine, le francique (ou «Platt lorrain») était transmis habituellement dans la famille. Dans le reste de la France, seul le basque semble avoir connu une situation similaire.

Figure 1 - Principales langues autres que le français reçues
dans l'enfance et retransmises à la génération suivante

La connaissance des langues régionales est généralement perçue par bien des Français comme peu utile pour l'avenir, étant donné leur manque de prestige. Malheureusement, il semble que l'intérêt pour ces langues importe beaucoup plus en raison de leur valeur culturelle et symbolique pour l'identité régionale que pour leur utilité pratique. Bref, l'État français aurait beaucoup de travail à faire pour redonner un certain souffle à ces langues qui font toutes partie du patrimoine français.

3.11 Les autres langues d'intérêt historique

Certaines langues ne sont que rarement identifiées, mais elles constituent des langues historiquement «françaises»: le ligurien, le wallon, le niçois et l'alémanique. Le ligurien est une langue romane parlée essentiellement dans la principauté de Monaco où elle est désignée comme le monégasque, et dans les campagnes françaises environnantes. Le niçois est une langue occitane parlée à Nice et dans ses environs immédiats. Le wallon est parlé près de la frontière avec la Belgique dans une région appelée «Wallonie française». Quant à l'alémanique, une langue germanique différente de l'alsacien, il est utilisé par peu de locuteurs en Alsace.

3.12 Les langues en danger, selon l'Unesco

Depuis plusieurs années, l'Unesco publie un Atlas des langues en danger dans le monde. Cet atlas vise à susciter une prise de conscience de la part des autorités, des communautés de locuteurs et du public en général à propos des menaces pesant sur les langues et du besoin de sauvegarder la diversité linguistique mondiale. L'Atlas distingue plusieurs niveaux de vitalité linguistique:

Niveau de vitalité Langues Transmission de la langue d'une génération à l'autre
Sûre

?

La langue est parlée par toutes les générations ; la transmission intergénérationnelle est ininterrompue.
Vulnérable flamand occidental, francique mosellan, francique rhénan, alémanique, basque La plupart des enfants parlent la langue, mais elle peut être restreinte à certains domaines (par exemple, la maison).
En danger gascon, corse, ligurien (monégasque), franco-provençal, provençal alpin, wallon Les enfants n'apprennent plus la langue comme langue maternelle à la maison.
Sérieusement en danger breton, gallo, normand, picard (ch'ti), lorrain, champenois, bourguignon, franc-comtois, limousin, poitevin-saintongeais, auvergnat, languedocien, provençal La langue est parlée par les grands-parents ; alors que la génération des parents peut la comprendre, ils ne la parlent pas entre eux ou avec les enfants.
En situation critique ? Les locuteurs les plus jeunes sont les grands-parents et leurs ascendants, et ils ne parlent la langue que partiellement et peu fréquemment.
Éteinte ? Il ne reste plus de locuteurs.

L'Unesco dénombre 26 langues pour la France, mais n'en donne aucune dans les catégories «En situation critique» et «Éteinte». Il n'en demeure pas moins que l'Unesco identifie 26 langues «en danger», «sérieusement en danger» ou «vulnérables». Aucune de ces langues n'a obtenu de statut ni n'a été reconnue par la loi. La Constitution française reconnaît uniquement, depuis le 23 juillet 2008, que «les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France».

4 Les langues régionales d'outre-mer

La France dans le monde Distinguons les langues parlées dans les départements d'outre-mer (DOM) et celles parlées dans les territoires (TOM).

Rappelons que, depuis la réforme constitutionnelle de 2003, les DOM sont devenus techniquement des DROM (pour «Département et région d'outre-mer», mais DOM pour «Département d'outre-mer») et les TOM sont disparus, sauf pour les Terres australes, afin de faire place aux COM (pour «Collectivité d'outre-mer»). Quant à la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie, elles forment maintenant des POM (pour «Pays d'outre-mer» au sein de la République); la Polynésie française est néanmoins une «collectivité d'outre-mer», tandis que la Nouvelle-Calédonie a un statut provisoire de «collectivité spécifique» en attendant qu'un référendum local décide de son indépendance ou de son maintien au sein de la République.

4.1    Les départements d'outre-mer (DOM) 

Dans les départements d’outre-mer ou DOM (Martinique, Guadeloupe, La Réunion et Guyane: voir la carte cliquable) il faut d’abord distinguer les créoles à base lexicale française (créole martiniquais, créole guadeloupéen, créole guyanais et créole réunionnais), les créoles bushinengés (à base lexicale anglo-portugaise) de Guyane (saramaca, aluku, njuka, paramaca), les langues amérindiennes de Guyane (galibi ou kalina, wayana, palikour, arawak proprement dit ou lokono, wayampi et émerillon) ainsi que le hmong (parlé par les Laotiens). 

4.2 Les «pays d'outre-mer» (POM)

Dans les pays d'outre-mer, on a recensé en Nouvelle-Calédonie 28 langues kanakes (groupe mélanésien de la famille austronésienne): nyelâyu, kumak, caac, yuaga, jawe, nemi, fwâi, pije, pwaamei, pwapwâ, dialectes de la région de Voh-Koné, cèmuhî, paicî, ajië, arhâ, arhö, ôrôwe, neku, sîchë, tîrî, xârâcùù, xârâgùrè, drubéa, numèè; nengone, drehu, iaai, fagauvea).

En Polynésie française, on a répertorié les langues polynésiennes suivantes: tahitien, marquisien, langue des Tuamotu, langue mangarévienne, langue de Ruturu (îles Australes), langue de Ra'ivavae (îles Australes), langue de Rapa (îles Australes).

4.3 Les collectivités territoriales (COM)

Dans l'océan Indien, à Mayotte on distingue le shimaoré (ou mahorais) et le shibushi, c'est-à-dire des langues comoriennes dérivées du swahili appartenant à  la famille bantoue.

Dans le Pacifique, plus précisément l'archipel de Wallis-et-Futuna, mentionnons le wallisien et le futunien, des langues appartenant au groupe malayo-polynésien oriental de la famille austronésienne.

Les autres COM sont les suivantes: la Corse, l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, l'île de Saint-Barthélemy et l'île de Saint-Martin. Depuis 2015, il faut ajouter l’île Mayotte, la Martinique et la  Guyane française.

Pour une présentation plus exhaustive de toutes ces langues, il suffit de consulter le fichier DOM-TOM ou cliquer sur l’une des pages consacrées à la Guadeloupe, à l’île de La Réunion, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, les îles Wallis-et-Futuna.  

5  Les langues immigrantes dans la France métropolitaine

La France actuelle compte beaucoup d'immigrants, ce qui les distingue des «vrais Français de souche». Il n'existe pas de statistiques officielles sur les populations immigrantes. Les statistiques françaises ne font pas la distinction entre un Mohamed né de parents ouvriers en banlieue de Paris et un Didier du XVIe arrondissement. Ce sont des Français!

5.1 Les étrangers

On estime à quelque 3,6 millions d'étrangers et 4,2 millions d'immigrants incluant les étrangers (69 %) et les personnes nées à l'étranger et qui ont obtenu la citoyenneté française (env. 100 000 annuellement). C'est près de 10 millions de personnes! Avant 1990, plus ou moins 55 % des immigrants provenaient d'autres pays d'Europe, surtout l'Espagne, le Portugal, l'Italie, etc.  Depuis 1990, les origines géographiques des immigrants se sont diversifiées, aux dépens des personnes d’origine européenne. D'ailleurs, la part des immigrants venus d’un pays de l’Union européenne est en baisse constante depuis un quart de siècle. Ils représentaient 57 % de la population étrangère en 1975, 49 % en 1990, puis 45 % en 1999. Au milieu de 2004, la France métropolitaine comptait 4,9 millions d’immigrés, d’après l’INSEE, soit 760 000 de plus qu’en 1999 et 8,1 % de la population totale. Quarante pour cent d’entre eux avaient la nationalité française, qu’ils ont pu acquérir par naturalisation ou par mariage. En 2010, l'immigration en France représentait 7,2 millions de personnes, soit 11,1 % de sa population, dont 5,1 millions (7,8 %) nées hors de l'Union européenne. En guise de résumé, voici le tableau qui suit:

Flux d'immigration en France par année et région d’origine
 
Région 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Europe 80 500 78 660 80 120 79 290 80 330 75 040 88 820 94 580 105 830  (46,0%)
Afrique 70 200 66 110 62 340 62 140 63 470 66 480 65 610 66 280 68 640   (29,8%)
Asie 30 960 30 120 30 520 32 070 30 180 32 960 29 810 32 430 32 060   (13,9%)
Amérique et Océanie 19 810 19 990 20 460 18 770 21 440 20 450 26 270 26 270 23 070    (10,0%)
Toutes nationalités confondues 201 460 194 880 193 440 199 658 195 410 194 920 210 510 216 640 229 600

De 2004 à 2012, quelque 200 000 immigrants sont entrés chaque année, en moyenne, sur le territoire français. Compte tenu des décès et des départs, la population immigrée a crû en moyenne de 90 000 personnes par an. Au début 2013, elle représentait 8,8 % de la population française. De 2004 à 2009, les entrées en France sont restées stables, puis elles ont augmenté de 2009 à 2012 en raison essentiellement de l’afflux d’Européens.

En 2012, les immigrants venaient d'autre pays d'Europe dans une proportion de 46% (Allemagne, Espagne, Pologne, Royaume-Uni, Roumanie, Belgique, Suisse, Portugal, Italie, etc.); l'Afrique a fourni près de 30 % des immigrants (Maroc, Tunisie, Algérie, Sénégal, etc.); l'Asie, près de 14 % (Chine, Turquie, etc.); l'Amérique, 10% (États-Unis, Brésil, Haïti, etc.). La très grande majorité de ces immigrants habitent les villes, la concentration étant particulièrement sensible à Paris où plus d’un habitant sur six est étranger et en Seine-Saint-Denis où la proportion atteint une personne sur cinq. 

Au 1er janvier 2014, on comptait 5,9 millions d'étrangers en France, soit 8,9 % de la population, selon le décompte de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). Ce chiffre était en hausse de 731 000 personnes par rapport à 2006. Leur part dans la population s'est accrue de 0,8 point entre 2006 et 2014. Dans le même temps, l'ensemble de la population a progressé parallèlement de 2,6 millions, à 65,8 millions d'habitants.

5.2 Les langues immigrantes

Évidemment, ce flux d'étrangers entraîne l'arrivée et le maintien des langues étrangères. Au moins 660 000 locuteurs parleraient l'arabe algérien; 492 000 l'arabe marocain; 212 900 l'arabe tunisien; 537 000 le kabyle (berbère); 150 000 le tamazight (berbère); un million l'italien; 260 000 l'espagnol; 150 000 le portugais; 150 000 le créole (antillais); 135 000 le turc; 70 000 l'arménien; 40 000 le farsi (iranien); 50 000 le khmer; 35 000 le wolof; 10 000 le vietnamien; etc.  Par le fait même, on compterait entre trois et cinq millions de musulmans en France.  Comme il n’existe guère de statistiques fiables en ce qui a trait à ces langues, il s'agit là de données bien approximatives. Cependant, l'enquête de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) du 21 février 2002 — Langues régionales, langues étrangères: de l'héritage à la pratique — révèle que les langues les plus utilisées dans les foyers sont d'abord l'arabe (toutes variétés confondues), puis l'espagnol, le portugais et l'italien, ensuite l'allemand, le polonais et le turc. 

En 1999, l'enquête «Famille», réalisée auprès de 380 000 personnes, révélait que la transmission des langues d'immigration dans l'enfance semble avoir été plutôt habituelle qu'occasionnelle. En effet, quelque 940 000 adultes vivant en métropole se souviennent que leurs parents leur parlaient d'abord l'arabe dans leur prime enfance, contre seulement 230 000 qui évoquent une transmission occasionnelle généralement associée au français. La situation est la même pour le portugais : 580 000 adultes l'ont reçu à titre habituel, contre 100 000 à titre occasionnel. Cependant, l'espagnol et l'italien, langues dont l'immigration est plus ancienne, voient augmenter la part de la transmission de «second rang». Enfin, la diversification des courants migratoires se traduit par l'apparition de nouvelles familles de langues, africaines ou asiatiques, dont le mode de transmission (presque toujours habituel) témoigne d'une installation récente : l'enfant les a généralement reçues de ses deux parents au pays d'origine, avant la migration. Le turc présente un autre exemple de cette situation similaire.

Figure 2 - Principales langues autres que le français reçues
dans l'enfance et retransmises à la génération suivante

D’ici quelques décennies, il est probable que beaucoup d'immigrants actuels feront aussi partie des «minorités historiques». Dans la mesure où quelques-uns de ces groupes auront conservé leur langue, il serait logique qu’ils bénéficient des mêmes droits linguistiques que les autres.

5.3 La difficile intégration

En attendant, la France semble connaître des difficultés à intégrer ses millions d'immigrants et enfants d'immigrants, souvent disséminés autour des banlieues des grandes villes. En réalité, la plupart d'entre eux sont établis en France depuis au moins deux générations. N'oublions pas que près d’un tiers de la population française d'aujourd'hui descend des immigrants du XXe siècle. Si la France a su davantage intégrer ses immigrants au cours des siècles passés, elle éprouve aujourd'hui des difficultés avec les dernières générations arrivées, surtout depuis que les deux tiers des nouveaux arrivants sont de confession musulmane. Évidemment, l’opinion publique pressent que l’islam pose un problème quand il n’est plus vécu comme une religion personnelle, mais comme comme une idéologie politique ou un code de conduite. En ce sens, l'islam peut être plus qu'une religion. Sondage après sondage, les résultats montrent que l'image de l'islam se dégrade fortement depuis une dizaine d'années.

Or, lorsqu'il existe ce type de divergence entre les nouveaux venus et la population autochtone, il peut s'ensuivre une certaine période d'incompréhension en raison des méfiances et des craintes que cette différence suscite. Il n'est pas réaliste de demander que les immigrants renoncent complètement à leur héritage passé pour devenir des Français; il faut du temps. Quoi qu'il en soit, beaucoup d'anciens immigrants ou enfants d'immigrants ne sont plus des immigrants: ce sont maintenant des «Français», mais certains Français dits «de souche», plus conservateurs, l'ignorent! Il existe encore en France une minorité de citoyens qui demeurent plus craintifs lorsqu'ils voient arriver des immigrants différents d'eux par la couleur de la peau ou la religion, surtout lorsque ces immigrants ont tendance à habiter les mêmes quartiers. La France est aujourd'hui, proportionnellement à sa superficie et à sa population (65 millions), le plus important foyer musulman du monde occidental (avec cinq millions de musulmans). Plusieurs siècles de colonisation intensive à travers le monde n'ont pas encore banalisé la présence des «basanés» sur le sol français.

La France se semble pas avoir réussi à assainir ses relations avec son passé colonial. Ni Charles de Gaulle, ni François Mitterrand, ni aucun autre président français n'ont essayé d'adoucir la mémoire meurtrie de la guerre d'Algérie, voire de la guerre d'Indochine. La France n'a jamais pris en charge le destin de ceux qui appartiennent à cette deuxième ou troisième génération d'immigrants qui ne sont plus des immigrés, mais des Français. Rien n'a été fait, ni dans les quartiers ni dans les prisons. En ce sens, le «modèle français» n'est pas forcément une réussite, mais il n'est pas non plus un échec considérable. Il faut admettre qu'il est nettement plus facile d'intégrer trois Papous dans une société que des millions de personnes appartenant plus ou moins toutes au même groupe ethnique, habitant plus ou moins dans les mêmes régions.

De plus, l'intégration des immigrants dans la société d'accueil peut devenir un mélange explosif si la situation est mal gérée! Or, selon une étude de 2006 sur les ressortissants de pays tiers (INTI), les immigrants séjournant en France sont ceux qui ont le moins accès au marché du travail parmi les 28 pays étudiés: ils sont exclus de l'emploi, de la création d'entreprise, ou bien leurs qualifications obtenues en dehors de l'Union européenne ne sont pas reconnues dans plusieurs secteurs. La mauvaise gestion est une expérience que les États-Unis connaissent fort bien: il n'est pas aisé d'intégrer des millions de Latinos qui ont la peau basanée, mangent des tacos, parlent l'espagnol et sont catholiques dans un monde de Blancs, mangeant des hamburgers, parlant l'anglais et professant le protestantisme. Au contraire, il paraît plus aisé d'intégrer des milliers de Coréens ou de Japonais répartis dans l'ensemble du territoire américain.

En France, la loi n° 2005-32 de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier 2005 contient des mesures prévoyant la généralisation des contrats d’accueil et d’intégration. En cas de besoin, une formation à la langue française d’une durée comprise entre deux cents et cinq cents heures est proposée. De plus, la loi n° 2006-911 du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration, instaure une «immigration choisie», c’est-à-dire la possibilité de sélectionner la main-d’œuvre selon les besoins de l’économie française et d’accueillir des étrangers «porteurs d’un projet économique, scientifique, culturel ou humanitaire»; la loi veut aussi favoriser l’accueil des étudiants étrangers. Devant l'afflux des immigrants en France, la candidate du Front national à la présidence de la République, Marine Le Pen, croit que les immigrants sont à la source de tous les maux ou presque de la société française. Pour elle, beaucoup d'immigrants ont recréé leur communauté d’origine; ils vivent dans une langue, selon des mœurs et des lois qui ne sont pas de France, sur le sol français. La politicienne française se défend d'être raciste, tout en se positionnant contre l'immigration massive: «L'immigration n'est pas une chance pour la France. C'est un drame pour la France.» Elle considère que plusieurs gouvernements étrangers étaient «naïfs face à l'immigration» et elle les qualifie de «Bisounours» (jouets en peluche). L'expression «on ne vit pas dans le monde des Bisounours» est passée dans le langage courant pour signifier qu'on ne vit pas dans le monde idéal.

Pour finir, précisions que la loi n° 2007-1631 du 20 novembre 2007 relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile a pour objets de lutter contre l’immigration irrégulière, de limiter les conditions d’entrée et de séjour en France, de maîtriser l’immigration familiale et d’encourager l’immigration pour des raisons professionnelles. Bien que la France éprouve certaines difficultés avec l'intégration des immigrants, on ne voit pas pourquoi elle ne trouverait pas à long terme de solution satisfaisante. Ce pays demeure une grande démocratie et dispose de moyens financiers et sociaux considérables.

Dernière mise à jour: 26 avr. 2017
 
 

France

 
Généralités démolinguistiques
 

La politique à l'égard du français
 

La politique des langues régionales et minoritaires
 

Loi Toubon ou loi du 4 août 1994, relative à l'emploi de la langue française
 

Bibliographie

Rapport Poignant (1998)
Rapport Cerquiglini (1999)
 


La francophonie

Histoire de la langue française
 
 

 

L'Europe

 

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