Papouasie

Papouasie- Nouvelle-Guinée

Papua New Guinea 
Papuaniugini

Capitale: Port Moresby 
Population: 4,5 millions 
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun, sauf l'ensemble des trois langues véhiculaires que sont le tok pisin, le hiri-motou et l'anglais
Groupes minoritaires: plus de 800 langues dont 600 langues papoues et 200 langues mélanésiennes
Système politique: république de type parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 37, 67 et 68 de la Constitution de 1975
Lois linguistiques: aucune, sauf des dispositions linguistiques dans des lois non linguistiques

1 Situation géographique

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est un pays insulaire de 462 840 km² (un peu plus grand que la Suède) situé à l'est de l'Indonésie et au nord de l'Australie, dans le sud-ouest de l'océan Pacifique, plus particulièrement dans l’île de la Nouvelle-Guinée. Celle-ci est divisée en deux parties: la moitié ouest de l'île est constituée de la province d'Irian Jaya (partie occidentale) appartenant à l'Indonésie et la moitié orientale comprend l'État indépendant de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (voir la carte 1). 

L’île de la Nouvelle-Guinée est considérée comme la deuxième plus grande île du monde après le Groenland. Le pays réunit également la partie orientale de la Nouvelle-Guinée à un groupe d'îles dont l’île de la Nouvelle-Bretagne, l’île de la Nouvelle-Irlande et l’île Manus formant l'archipel de Bismarck ainsi que les îles de Buka et de Bougainville formant les îles Salomon.

Formant un fédéralisme quasi symbolique, la Papouasie-Nouvelle-Guinée est composée de 20 provinces administratives: Bougainville, Central, Chimbu, Eastern Highlands, East New Britain, East Sepik, Enga, Gulf, Madang, Manus, Milne Bay, Morobe, National Capital, New Ireland, Northern, Sandaun, Southern Highlands, Western, Western Highlands, West New Britain. La Papouasie-Nouvelle-Guinée constitue un État indépendant depuis 1975 et est membre du Commonwealth. Depuis 2004, l'île de Bougainville, qui fait partie géographiquement (mais intégrée à la Papouasie-Nouvellle-Guinée) des îles Salomon, est devenue une région autonome.

2 Données démolinguistiques

Les habitants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée sont appelés des Papouans-Néo-Guinéens ou Papouasiens. C'est le pays le plus multilingue du monde avec plus de 800 langues pour une  population de 4,5 millions d'habitants, une moyenne de 5600 locuteurs par langue. Le Summer Institute of Linguistics (SIL) y a répertorié 826 langues, mais une étude récente en a comptabilisé 860. La population de ce pays est donc très diversifiée non seulement au plan linguistique mais aussi au plan ethnique. Elle comprend d’abord des Papous (78 %), puis des Mélanésiens (20 %), des Negritos (pygmées) et un certain nombre d’Européens. 

Le rapport entre le nombre des langues et celui des individus varie entre 1 et 5000; si ce rapport était, par exemple, appliqué aux États-Unis, on y parlerait quelque 50 000 langues. À l'intérieur du pays, la répartition des langues est inégale. Les 10 langues les plus répandues sont parlées par de larges groupes de l'intérieur des Hautes Terres, représentant de 30 000 à 100 000 locuteurs, soit  presque un tiers de la population. Environ 80 % des langues comptent moins de 5000 locuteurs, et un tiers d'entre elles moins de 500. Ainsi, plusieurs de ces langues sont d'ores et déjà reconnues comme moribondes ou éteintes. Les régions où l'on trouve le plus grand nombre de langues sont celles des Basses Terres du littoral nord-est. On croit que le terrain montagneux de la Nouvelle-Guinée et son potentiel d'autosuffisance expliquent en partie la diversité linguistique du pays en raison de l'isolement physique des peules qui y vivent.

2.1 Les langues papoues

Les langues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée appartiennent à deux familles linguistiques distinctes: d’une part, les langues papoues (78 %) et, d’autre part, les langues mélanésiennes (20 %) appartenant à la famille austronésienne. Donc, la majorité des langues sont des  langues papoues.

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famille asma
famille awyu
famille marind
famille kiwaian
famille suki-gogodala
famille eleman
famille goilalan
famille koiarian
famille binanderean
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famille angan
famille kainantu
famille gorokan
famille chimbu
famille engan
famille ok
famille dani
famille des lacs Wissel
famille sentani
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famille sko
famille torricelli
famille ndu
famille du Bas-Sépik
famille grass
famille kalam
famille huon
famille du sud de Bougainville

Les langues papoues sont réparties en 26 familles papoues (selon le linguiste William Foley), dont cinq groupes très importants et six groupes très limités; par ailleurs, il est à noter qu’une demi-douzaine des langues papoues sont tout de même demeurées tout à fait inclassables. Le nombre de locuteurs d’une langue papoue varie de 150 à 180 000 dans certains cas rarissimes, comme pour l'enga, la seule langue papoue importante parlée dans la province du même nom, située dans la partie ouest des Hautes Terres. Outre l'enga, il existe quatre autres langues autochtones comptant un grand nombre de locuteurs: le kuanua avec 80 000 locuteurs dans la région de Rabaul (province orientale de Nouvelle-Bretagne), le melpa avec 75 000 locuteurs dans la région des Hautes Terres occidentales, le kuman avec 70 000 locuteurs (province de Simbu) et le huli avec 65 000 locuteurs autour de Tari dans les Hautes Terres méridionales. Beaucoup de langues ont une extension très réduite et comptent moins de 100 locuteurs. En fait, la plupart des langues papoues sont utilisées par moins de 1000 locuteurs; il est fréquent de dénombrer moins d’une centaine de locuteurs pour plusieurs d’entre elles, ce qui explique le nombre élevé des langues en voie d’extinction.

Les langues papoues sont parlées dans la majeure partie de l'île de la Nouvelle-Guinée, notamment dans l’île de Halmahera du Nord, dans une importante section de l'île de Timor, sur l'ensemble des îles d’Alors et de Pantar, en plusieurs zones de l'île de Bougainville, dans quelques régions de l’île de la Nouvelle-Bretagne, dans l’île de la Nouvelle-Irlande et dans les îles Salomon.

Dans l'île de Bougainville, il existe au moins une vingtaine de langues papoues, dont les langues papoues de l'Est (buin, motuna ou siwai, uisai, koromira, lantanai, naasioi, nagovisi ou sibe, oune, simeku) et les langues du Nehan-Nord (buka, halia, petatz, nehan, papapana, hahon, saposa, teop, tinputz, solos).

2.2 Les langues austronésiennes

Du côté des langues mélanésiennes de la famille austronésienne, le nombre de langues de la région de la Nouvelle-Guinée approche 400, dont plus de 200 en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La plupart d'entre elles ne sont parlées que par de petites communautés linguistiques, généralement 300 locuteurs tout au plus. Le tolai dans l'île de la Nouvelle-Bretagne, qui compte 65 000 locuteurs, et le notou (plus de 10 000 locuteurs dans les villages de la région de la capitale) constituent de rares exceptions. Dans l’ensemble, le nombre total d'usagers des langues austronésiennes dans le pays ne représente qu'une petite partie de la population, soit environ 20 %.

Les langues austronésiennes sont parlées principalement dans les zones côtières et dans l'arrière-pays, en particulier dans les régions situées au nord-ouest, à l'ouest, au nord, au nord-est, à l'est, au sud-est et enfin dans la plupart des petites îles adjacentes. Les langues mélanésiennes surpassent même les langues papoues dans les îles de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Irlande, Salomon (à l'exception de l'île Bougainville où les langues papoues sont nombreuses), dans les îles de la baie du Geelvink, dans l'île de Timor, et elles se sont répandues dans certaines parties de l'île Halmahera. Dans l’ensemble des langues austronésiennes, celles-ci appartiennent à un sous-groupe particulier, celui des langues de l’Halmahera du Sud.

2.3 Les langues véhiculaires

Compte tenu du grand nombre des langues utilisées dans ce pays très multilingue, les locuteurs ont recours à des langues véhiculaires pour communiquer entre eux: il s’agit du pidgin english (tok pisin), du hiri-motou et de l’anglais, cette dernière étant la langue officielle de facto du pays.

- Le pidgin english ou tok pisin

Le pidgin english est appelé tok pisin. Rappelons que le pidgin correspondrait à un système linguistique doté de structures dites «rudimentaires» (lexique réduit, structures grammaticales élémentaires) et remplissent des fonctions sociales limitées. En principe, le pidgin n'est la langue maternelle d'aucun des locuteurs qui l'utilisent; on parle plutôt de créole lorsque le pidgin devient la langue maternelle d'une portion ou de l'ensemble d'une communauté linguistique qui l'a adopté. Dans le cas du pidgin english de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, on utilise l’expression tok pisin pour décrire cette langue essentiellement à base de vocabulaire anglais. Aujourd’hui, bien qu’il soit employé comme langue maternelle par quelque 50 000 locuteurs, c’est avant tout comme langue seconde et langue véhiculaire que le tok pisin est en usage en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ce sont près de deux millions de personnes qui font usage de cette langue, soit environ 45 % de la population.

Son introduction peut être située au cours des années quatre-vingt au XIXe siècle, c’est-à-dire lors des activités de plantation dans les îles Samoa, ce qui était à l'époque la Nouvelle-Guinée allemande. En rentrant en Nouvelle-Guinée, bon nombre de travailleurs devinrent contremaîtres et enseignèrent le tok pisin aux ouvriers des plantations nouvellement recrutés dans d'autres parties du territoire, qui le transportèrent à leur tour dans leurs communautés villageoises à la fin de leur contrat. Au cours des dernières décennies, sa pénétration dans la plupart des régions de la Papouasie-Nouvelle-Guinée est presque exclusivement attribuable à son emploi comme langue véhiculaire, et non à son usage dans les relations maîtres-domestiques. Vers 1975, alors que le pays allait obtenir son indépendance, le tok pisin s’est vu attribuer de nouvelles fonctions sociales, que ce soit au Parlement, dans l’Administration, les écoles et les médias.

Depuis quelques années, le tok pisin a évolué vers deux variantes: l’une, récente, de type urbain, l’autre, de type rural (plus ancienne). La variété urbaine se révèle beaucoup plus anglicisée que la variété rurale, ce qui pourrait nuire à l’emploi du tok pisin comme langue véhiculaire pour tout le reste du pays. Finalement, à long terme, celui-ci risque de se fragmenter en deux langues véhiculaires de moins en moins compréhensibles entre les urbains et les ruraux. Le tok pisin a vu son orthographe normalisée par le gouvernement, mais il reste encore à uniformiser le vocabulaire très anglicisé, particulièrement dans les centres urbains.

Enfin, on observe dans la population que, depuis quelques années, le tok pisin est perçu comme un puissant instrument d’identité nationale ainsi qu’une manifestation de modernité et d’ouverture au monde.

- Le hiri-motou

Le hiri-motou (appelé auparavant police motu) demeure la seconde langue véhiculaire de la Papouasie-Nouvelle-Guinée avec environ 200 000 locuteurs, mais il est surtout employé dans la région de Port Moresby, la capitale. Contrairement au tok pisin qui est à base d’anglais, le hiri-motou, une autre langue pidginisée, est à 90 % à base lexicale de motou (parlé par 15 000 locuteurs), une langue austronésienne parlée à l’origine par les Motous. Le mot hiri signifie simplement «commerce», car on croyait que le pidgin s'était formé pendant les voyages commerciaux des Motous. L'ancienne appellation de police motu semblait plus approprié, car il servait à désigner les premiers policiers du pays, qui ont diffusé cet idiome sur tout le territoire. 

Quoi qu'il en soit, le hiri-motou doit son origine aux situations de contacts qui se sont développées entre les populations autochtones et les populations expatriées. Cependant, en raison de sa structure grammaticale et de sa phonologie particulière, les locuteurs du motou comprennent difficilement ceux du hiri-motou. La structure grammaticale du hiri-motou ressemble pourtant à celle du motou, mais il présente aussi un vocabulaire influencé par les langues papoues. Néanmoins, le hiri-motou présente un vocabulaire plus motou que papou. Cela dit, les structures grammaticales du tok pisin et du hiri-motou présentent de très nombreux traits de similitude.

Le hiri-motou était à l’origine une langue véhiculaire utilisée à la fin du XIXe siècle pour des besoins commerciaux. Même s’il demeure une langue moins utilisée que le tok pisin, il s’est vu reconnaître un statut équivalent par le gouvernement, surtout depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1975. Aujourd’hui, les autorités gouvernementales font toujours référence au hiri-motou comme à «l'une des deux langues principales» de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (avec le tok pisin). Au point de vue juridique, le tok pisin, le hiri-motou et l’anglais sont reconnus constitutionnellement comme les trois langues vernaculaires du pays. La connaissance du hiri-motou ou celle du tok pisin constitue même une exigence constitutionnelle (d’après les articles 67 et 68 de la Constitution) pour l'octroi de la citoyenneté en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

- L’anglais

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’usage de l’anglais reste relativement limité à l’élite; il est employé dans la haute administration publique, les procédures judiciaires et les affaires extérieures. L'anglais demeure massivement la langue en usage dans le domaine de l'éducation en général, même si le tok pisin et un grand nombre de langues autochtones sont pris en compte dans les programmes éducatifs des écoles maternelles.

Seulement quelque 50 000 personnes utilisent l’anglais comme langue maternelle. Le nombre de locuteurs l’employant comme langue seconde excède le nombre des locuteurs du hiri-motou (plus de 200 000), mais il reste quand même peu utilisé dans les situations d'intercommunication quotidienne de nature non officielle. Généralement, on préfère recourir au tok pisin ou au hiri-motou. En réalité, pour la grande majorité de la population, la connaissance de l'anglais est peu courante, parce qu’elle n’ouvre pas nécessairement la porte à de meilleurs emplois.

Par ailleurs, on parle aussi le chinois (et ses variantes dialectales) chez les membres des communautés chinoises concentrées dans les centres urbains. Enfin, l’allemand est encore utilisé par des immigrants allemands et par les organisations religieuses d’origine luthérienne, dont les membres sont composés surtout d'Allemands.

3 Données historiques

L'île de la Nouvelle-Guinée fut peuplée il y a environ 25 000 ans par les Papous et ensuite par les Mélanésiens. Le premier Européen à découvrir l'île en 1511 fut un navigateur portugais du nom d’Antonio d'Abreu. Mais c’est l’explorateur portugais Jorge de Menezes qui accosta pour la première fois en 1526. Les Espagnols revendiquèrent l'île en 1546 et la nommèrent Novo Guinea (ou Nouvelle-Guinée), car ils croyaient que les autochtones étaient les mêmes que ceux des tribus d'Afrique de l'Ouest (Guinée, Guinée équatoriale et Guinée-Bissau). La Nouvelle-Guinée devint un point de chute pour de nombreux autres explorateurs.

Dès le XVIIIe siècle, les Britanniques réclamèrent l’île, mais les Pays-Bas firent de même et, en 1828, la Compagnie hollandaise des Indes orientales prit possession de la moitié ouest de l’île de la Nouvelle-Guinée. Ce fut la Nouvelle-Guinée néerlandaise qui administra cette partie de l’île en néerlandais.La partie nord-est, comprenant tous les territoires qui n'étaient pas sous souveraineté anglaise ou hollandaise, fut annexée par l'Allemagne en 1884 sous le nom de Kaiser-Wilhems-Land; l’allemand devint alors la langue officielle du territoire.

En 1883, le gouvernement du Queensland d’Australie avait annexé le sud-est de l'île de la Nouvelle-Guinée au nom de la Grande-Bretagne. L'Australie se vit ensuite confier l'administration du territoire en 1906; l’anglais fut aussitôt imposé dans toutes les écoles publiques afin de servir de langue véhiculaire. Lors de la Première Guerre mondiale, les troupes australiennes occupèrent la région allemande dès 1914, laquelle, par décision de la Société des Nations, devint plus tard un territoire sous mandat australien et renommé le Territoire de Nouvelle-Guinée. Dès 1931, les écoles confessionnelles mirent sur pied un enseignement en tok pisin, puis en quelques langues autochtones.

En 1942, au cours de la Seconde Guerre mondiale, les forces japonaises envahirent une partie de l'île et y demeurèrent jusqu'en septembre 1945. En 1946, le Territoire de Nouvelle-Guinée fut déclaré «Territoire sous tutelle de la Nouvelle-Guinée aux fins de l’Organisation des Nations unies», administrativement dirigé par l'Australie. De leur côté, les Pays-Bas abandonnèrent le contrôle de la partie ouest de l’île en 1962, qui fut aussitôt annexée par l’Indonésie et devint la province d'Irian Jaya. Un gouvernement central papou fut formé en 1972 et, le 1er décembre 1973, les territoires de Papua et de Nouvelle-Guinée devinrent l'État autonome de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le pays accéda totalement à l’indépendance le 6 septembre 1975 sous le nom de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Il est confronté depuis à des soubresauts sécessionnistes. On a bien tenté d’introduire une forme de fédéralisme — un gouvernement de provinces — dès 1976, ce qui contribua pendant un certain temps à contenir les revendications, mais le mouvement resurgit en 1988 à l’île Bougainville. Avec l'île Buka et d'autres petites îles environnantes, Bougainville forme (voir la carte de l'île) la «province des Salomon du Nord» (avec 160 000 habitants).

Certains habitants de Bougainville ont toujours ressenti comme artificielle l’intégration de leur île, par ailleurs riche en cuivre, à la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Or, après quinze ans de production intensive du cuivre, les conséquences écologiques se firent sentir lourdement, ce qui provoqua la création de l’Armée révolutionnaire de Bougainville, la BRA (Bougainville Revolutionay Army), laquelle réclama l’indépendance de l’île en 1988. Les troupes de Papouasie-Nouvelle-Guinée durent se retirer de l'île en mars 1990, et l'Armée révolutionnaire proclama Bougainville république indépendante deux mois plus tard. En janvier 1991, un accord de paix fut signé, mais les combats reprirent en octobre 1992 avec le retour des troupes gouvernementales dans l'île. Une conférence de paix en octobre 1994 aboutit à une trêve, mais l'assassinat en 1996 du chef du gouvernement transitoire de Bougainville relança les combats.

On estime que les neuf années de guerre et de blocus économique ont fait périr 8000 personnes, ont provoqué l'effondrement de l'économie, la disparition presque totale des services et la dégradation des infrastructures. En ce qui a trait à l’éducation, il faudra, par exemple, reconstruire ou remettre en marche les écoles primaires, les écoles secondaires et les écoles techniques, sans parler du remplacement des fournitures et équipements scolaires de base, sans oublier de la formation des enseignants largement laissée à l’abandon. Évidemment, la guerre à l'île Bougainville a entraîné des conséquences extrêmement graves pour le reste de la Papouasie-Nouvelle-Guinée ainsi que pour les îles Salomon; c’est pourquoi certains organismes internationaux ont demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de favoriser l'envoi à Bougainville d'une mission d'observation internationale pour soutenir le processus de paix. Or, le Conseil sécurité de l’ONU impose le désarmement total comme une condition préliminaire à des élections et la formation d'un gouvernement de réconciliation sur l'île. Depuis septembre 2004, Bougainville est devenue une région autonome, avec son parlement depuis juin 2005. Les habitants de l'île devraient se prononcer par référendum sur l'autodétermination entre 2011 et 2016.

4 La politique linguistique

Une politique linguistique dans un pays aussi multilingue poserait des défis à plus d’un gouvernement. Compte tenu par ailleurs de l’histoire du pays, il est vraisemblable que l’anglais conserve des privilèges difficiles à déloger, d’autant plus qu’aucune langue nationale ne semble prête à prendre la relève.

Le STATUT DES LANGUES n’est pas réellement défini dans la Constitution de 1975. Seuls les articles 37, 67 et 68 traitent de la langue, mais ils ne contiennent aucune déclaration au sujet du statut officiel des langues. Cela signifie que l’anglais est la langue officielle de facto (dans les faits) et non de jure (par le droit). La Constitution ne fait que préciser que, pour obtenir un certificat de naturalisation, il faut comprendre le tok pisin, le hiri motu ou une autre langue vernaculaire du pays (voir les articles 67 et 68 de la Constitution). Cependant, la Constitution de 2004 sur la Région autonome de Bougainville mentionne les langues de Bougainville, sans en nommer une seule:

Section 37

Cultural objectives

(1) Customary values and practices which enhance the dignity and well-being of Bougainvilleans shall be recognized, promoted and preserved.

(2) The development, preservation and enrichment of all Bougainville languages shall be encouraged.

(3) Historical and ancestral sites, significant artefacts and Bougainville’s heritage shall be preserved and protected.

Article 37

Objectifs culturels

(1) Les valeurs et pratiques habituelles qui accroissent la dignité et le bien-être des Bougainvilliers sont reconnues, promues et préservées.

(2) Le développement, la conservation et l'enrichissement de toutes les langues de Bougainville sont encouragés.

(3) Les sites historiques et ancestraux, les artefacts significatifs et le patrimoine de Bougainville sont préservés et protégés.

Du côté de la LÉGISLATURE, les députés ont le droit de s’exprimer en tok pisin, en hiri-motou ou en anglais, mais les lois ne sont généralement rédigées qu’en anglais; certaines lois sont quand même traduites en tok pisin et en hiri-motou. Dans ce cas, la version en tok pisin ou en hiri-motou servira à trancher en cas de conflit d’interprétation. Dans les faits, le tok pisin est de loin la première langue utilisée, suivie de l’anglais, puis du hiri-motou.

Dans les TRIBUNAUX, l’anglais, le tok pisin ou le hiri-motou sont les trois langues admises. L’article 67 de la Constitution stipule que «quiconque est accusé d'un acte criminel [...] sera informé rapidement, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'acte dont il est accusé; et [...] aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend ou ne parle pas la langue employée à son procès». Les trois langues sont employées autant à l’oral qu’à l’écrit. Dans les cours de seconde instance, l’anglais tend à être plus fréquemment employé que les deux autres langues.

L’ADMINISTRATION GOUVERNEMENTALE offre ses services en trois langues: en anglais, en tok pisin et en hiri-motou, tant à l’oral que dans les documents écrits. Tous les ministères publient leurs documents en ces trois langues parce que c’est la seule façon de joindre à peu près tous les citoyens. Dans les municipalités, les services sont également offerts dans une langue locale (papoue ou mélanésienne, selon le cas), surtout à l’oral.

Le SYSTÈME D’ÉDUCATION reflète davantage les conséquences de la colonisation britannico- australienne. Dans les classes de maternelle, on enseigne en tok pisin, en hiri-motou ou en plusieurs autres langues locales. En principe, le gouvernement laisse à chacune des communautés le choix de la langue d’enseignement. En 1995, on dénombrait environ 170 langues autochtones dans les programmes des écoles pré-primaires (les «vernacular preschools»), soit 20 % de l’ensemble des langues utilisées dans le pays. Précisons que la plupart de ces écoles pour la "petite enfance" sont administrées par des organisations non gouvernementales — et il y en a plus de 120! Ces organisations sont généralement confessionnelles et s’impliquent non seulement dans l'apprentissage, l'enseignement des enfants et l'alphabétisation des adultes, mais aussi dans la production de manuels et de livres, ainsi que dans la formation des éducateurs. Toutefois, malgré toutes les formes d’interventions gouvernementales ou non gouvernementales, il n’est pas possible de tenir compte de l’ensemble des 800 langues de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Au primaire et au secondaire, l’enseignement n’est dispensé qu’en anglais. Il n’y a pas d’enseignement des langues étrangères à proprement parler puisque cette langue constitue une langue seconde pour une partie de la population instruite. Dans les universités, l’anglais reste la seule langue d’enseignement, sauf pour les cours de langues étrangères.

La monde du COMMERCE et des AFFAIRES fonctionne, à l’oral, dans les trois langues véhiculaires du pays: anglais, tok pisin et hiri-motou. Cependant, l’anglais occupe toute la place lorsqu’il s’agit de documents écrits, de modes d’emploi, d’étiquetage, etc. Seuls les édifices gouvernementaux présentent des affiches en trois langues avec priorité à l’anglais.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la question linguistique ne constitue pas un problème en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Certes, il serait impensable qu’un État de 4,5 millions d’habitants utilise plus de 800 langues pour communiquer avec ses citoyens. Justement, l’anglais, le tok pisin et le hiri-motou réussissent à rejoindre la plupart des habitants de ce pays. 

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le véritable problème est d’ordre ethnique. Certaines ethnies vivent en conflit ouvert avec d’autres et les mouvements de sécession sont assez importants (notamment, depuis 1989, à l’île Bougainville), mais la langue n’est jamais en cause. En somme, la politique linguistique du gouvernement est strictement pragmatique pour trois langues (tok pisin, hiri-motou et anglais), mais elle correspond à la non-intervention en ce qui a trait aux langues autochtones. Peut-on procéder autrement dans un pays si peu peuplé ( 4,5 millions d’habitants) mais abritant une multitude de langues (plus de 800)? Probablement, mais encore faut-il trouver la solution!

D’abord, le gouvernement pourrait encourager les linguistes ou autres chercheurs à créer des systèmes d’écriture ou des alphabets pour quelques dizaines de langues non encore écrites, afin de pouvoir publier dans ces langues et, par là, assurer la survie de celles qui semblent importantes. Il serait également possible pour le ministère de l’Éducation d’adopter, à l'échelon national, un vaste programme d'enseignement des langues nationales, au moins pendant les cinq premières années de l'enseignement primaire. Sans alphabétisation et sans enseignement à l’école pendant quelques années, une langue n’a guère d’avenir. De plus, le réseau des radios nationales et provinciales devrait inclure des programmes en langues autochtones. Ainsi, la planification linguistique évoluerait de la non-intervention à la sauvegarde des langues nationales. Cela n'empêcherait pas l’anglais, le tok pisin et le hiri-motou d'assurer leur dominance au plan national.

Dernière mise à jour: 13 juil. 2009
 

Bibliographie

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