Japon

Japon

(1) Situation générale

Capitale: Tokyo 
Population: 126 millions (2020)
Langue officielle: japonais (de facto)
Groupe majoritaire: japonais (95,9 %)
Groupes minoritaires: coréen (0,9 %), chinois, filipino, portugais, panjabi, bengali, okinawaïen, aïnou, etc. 
Système politique: monarchie parlementaire
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1947
Lois linguistiques/peuples autochtones:
Loi sur la protection des anciens indigènes de Hokkaido (1899, abrogée); Loi sur la promotion de la culture des Aïnous et sur la diffusion et la mise en valeur des connaissances relatives à leurs traditions (1997, abrogée); Résolution appelant à l'inclusion du peuple aïnou en tant que peuple autochtone (2008);  Loi sur la promotion de mesures visant à instaurer une société respectueuse de la fierté des Aïnous (2019); Loi sur la promotion de l'enseignement de la langue japonaise (2019).
Autres lois contenant des dispositions linguistiques: Loi sur le notariat (1908); Loi sur les tribunaux (1947)
; Loi fondamentale sur l'éducation, n° 25 (1947, abrogée); Ordonnance d'exécution de la Loi sur le registre de la famille (1947); Code de procédure pénale (1948);  Loi sur l'enregistrement des étrangers (1952); Ordonnance d'exécution de la Loi sur l'aéronautique civile (1952);  Loi sur les marques (1959);  Loi sur les brevets (1959); Ordonnance d'exécution de la Loi sur la nationalité (1984); Règlement sur la procédure civile (1996); Loi fondamentale sur la culture et les arts (2001-2017); Ordonnance d'exécution de la Loi sur les produits dérivés (2005); Loi fondamentale sur l'éducation, n° 120 (2006); Ordonnance d'exécution de la Loi sur le contrat au consommateur (2007); Loi sur la nationalité (2008); Ordonnance relative à la certification et autres sur la recherche et le développement des programmes d'affaires (2012).
Département d'Okinawa: Ordonnance du département d'Okinawa pour la promotion de la culture et des arts (n° 67 du 10 mars 2013).

Plan de l'article

1 Présentation générale

1.1 Les départements comme divisions administratives
1.2 La translittération du japonais
1.3 Les dénominations du pays

2 Population et ethnicité

2.1 La question des recensements
2.2 Les groupes ethniques japonais
2.3 Le peuple aïnou
2.4 Les nationalités et les immigrants

3 Les langues du Japon

3.1 La langue japonaise et ses variétés
3.2 La terminologie pour désigner la langue japonaise
3.3 Les langues japoniques des îles Ryükyü
3.4 La langue aïnoue
3.5 La minorité «allophone» d'Ogasawara
3.6 Les immigrants et leurs langues

4 Les religions du Japon

5 Les bases militaires américaines à Okinawa

1 Présentation générale
 

Le Japon (en japonais: Nihon, «pays du Soleil levant») est un pays d’Asie orientale situé au sud-est de la Chine. Formé d’un archipel entre la mer du Japon (revendiquée comme étant la «mer de l'Est» par les Coréens) et l’océan Pacifique, le pays comprend quatre îles principales: du nord-est au sud-ouest: Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu (voir la carte) et d’une multitude d’îlots baignés par la mer d’Okhotsk au nord.

Au sud de l'île de Kyushu et au nord-est de l'île de Taiwan est situé l'archipel des Ryūkyū (prononcer comme [lioukyou] en japonais ou [rioukyou] en français), constitué d'une soixantaine de petites îles, parmi lesquelles se trouve l'île d'Okinawa qui, lors de la reddition du Japon (le 15 août 1945), est restée sous contrôle américain jusqu'en 1972, avant d'être rendue au Japon. La superficie totale du Japon est de 377 765 km², soit l’équivalent de trois fois celle du Portugal. Les îles japonaises s’étendent sur une longueur d’environ 2500 km, soit entre l’île russe de Sakhaline au nord et Taïwan au sud.

1.1 Les départements comme divisions administratives

Le régime politique du Japon correspond à une monarchie constitutionnelle avec un parlement bicaméral, la Diète (国会, Kokkai). Ce système fut mis en place (imposé?) en 1946 sous l'autorité des forces d'occupation américaines. Le pouvoir législatif est composé de la Chambre des représentants (475 sièges) élue au suffrage universel tous les quatre ans, ainsi que de la Chambre des conseillers (242 sièges), dont les membres sont élus pour six ans. Sur le plan de l'organisation des pouvoirs, il s'agit d'un État unitaire, tandis que l’empereur est exclu des décisions gouvernementales. Depuis 1946, l'empereur nippon a dû renoncer au pouvoir divin; il conserve son titre symbolique, mais c'est néanmoins lui qui demeure le chef de l'État japonais de facto; il nomme le premier ministre, le chef de l'Exécutif, qui est préalablement désigné par la Diète.

- Régions et départements

Au point de vue administratif, le Japon compte huit régions (Hokkaido, Tohoku, Kanto, Chubu, Kinki, Chugoku, Shikoku et Kyushu), appelées ken, fu, do ou to, selon les divisions administratives, ainsi que 47 «départements» appelés «todōfuken» (都道府県); le mot «département» en français est préférable à celui de «préfecture», car il est plus près de la réalité japonaise. Lorsque le gouvernement japonais a changé le système de fief par celui des départements à l'époque des Meiji, il s'est base sur le système des départements français, l'une des rares fois ou le Japon se basait sur un système étranger, en l'occurrence la France d'ailleurs.

Régions Départements

Hokkaid
ō

Hokkaido

Tōhoku

Aomori, Akita, Fukushima, Iwate, Miyagi, Yamagata

Chūbu

Aichi, Fukui, Gifu, Ishikawa, Nagano, Niigata, Shizuoka, Toyama, Yamanashi

Kant
ō

Chiba, Gumma, Ibaraki, Kanagawa, Saitama, Tochigi, Tokyo

Kansai

Hyogo, Kyôto, Mie, Nara, Osaka, Shiga, Wakayama

Chūgoku

Hiroshima, Okayama, Shimane, Tottori, Yamaguchi

Shikogu

Ehime, Kagawa, Kochi, Tokushima

Kyūshū-Okinawa

Fukuoka, Kagoshima, Kumamoto, Miyazaki, Nagasaki, Oita, Okinawa, Saga

- Département ou préfecture ?

Le terme «préfecture» est souvent utilisé à la place de «département», mais il s'agit d'une influence de l'anglais qui traduit todōfuken par "prefecture" («préfecture» en français). Or, ce mot n'a jamais été employé en français pour désigner un territoire administratif, voire une circonscription territoriale, mais plutôt un local où sont installés les services de la préfecture ou encore, à la rigueur, le territoire d'une préfecture. Si la langue anglaise traduit toujours cette réalité administrative du Japon par "prefecture", c'est sans doute pour éviter le double sens du mot "department" qui existe aux États-Unis pour désigner une subdivision d'une administration ou un ministère, par exemple le "Department of Commerce". C'est donc sous l'influence de l'anglo-américain qu'on traduit un peu trop mécaniquement todōfuken par «département». L'inspiration française qui a présidé à la création de cette division administrative pendant la période meiji justifie l'usage du mot «département» en français. C'est d'ailleurs la traduction officielle du ministère français des Affaires étrangères.

- Les champs de compétence

Le département est la plus grande collectivité locale de plein exercice au Japon. Chacun des départements est administré par un gouverneur élu et une Assemblée départementale qui détient un pouvoir législatif local. Les compétences départementales peuvent varier, mais en général elles concernent les services sociaux, la santé publique, l'environnement, les infrastructures routières, les forces de police et l'éducation. Dans ce domaine particulier qu'est l'éducation, cette compétence est assumée localement par un Conseil scolaire (Kyōiku hyōgi-kai) départemental, dont les membres sont désignés par le gouverneur avec confirmation de l'Assemblée départementale. Un département a donc la possibilité de réglementer le domaine de la langue par le biais de l'éducation.

Quant aux municipalités, elles possèdent un conseil composé de représentants élus au suffrage universel. Elles bénéficient de pouvoirs relativement importants en contrôlant le domaine de l’éducation publique et en levant leurs propres impôts. L'organisation territoriale du Japon est définie par la Loi d'autonomie locale de 1947, ainsi que les articles 93 et 94 de la Constitution, ce qui permet à des villes et à des départements d'obtenir des compétences anciennement allouées au gouvernement central. La ville de Tokyo, située sur l’île de Honshu, est la capitale du pays.

1.2 La translittération du japonais

Au moyen de l'alphabet latin, le nom des toponymes japonais est parfois écrit avec des signes graphiques tels que l'accent circonflexe (ô, û), le macron (ō, ū) ou une apostrophe pour noter la séparation de phonèmes facilement confondus. On peut les utiliser dans leur transcription en français, mais pour la plupart des internautes qu'on écrive Hokkaidō, Hokkaidô ou Hokkaido, Tōkyō ou Tokyo, cela ne signifiera rien s'ils ignorent la différence phonétique, par exemple, entre [o] et [ō] ou [ô].

 Dans l'écriture romanisée du japonais, le macron sert à opposer les voyelles longues [ō] aux voyelles brèves [o]. Dans d'autres transcriptions, on écrit les voyelles en double: Tookyoo au lieu de Tōkyō. Dans certains cas, les [e] et les [i] longs s'écrivent respectivement [ei], qu'on ne doit pas prononcer comme une diphtongue, et [ii]. Les systèmes de transcription les plus connus sont le Hepburn, le Nippon-shiki et le Kunrei. Bref, pour des motifs pratico-pratiques ou de simplification, il paraît tout aussi valable d'éliminer ces distinctions en français puisqu'elles ne servent pas dans cette langue.     

1.3 Les dénominations du pays

La plupart des Occidentaux désignent le Japon par les appellations suivantes, selon la langue: Japon (français), Japan (anglais), Japón (espagnol), Yaponiya (russe), Japonya (turc), Japani (finnois), Jaapaan (hindi), Jepun (malais), etc. De nombreuses autres langues emploient ces mêmes termes ou des variantes de ceux-ci, mais ils renvoient tous à la même racine du mot. En réalité, cette forme était à l'origine une prononciation chinoise transmise par la suite aux Occidentaux: le mot rìbĕn (日本) s'étant prononcé à peu près comme [ji-peunn].

Les Japonais, comme les Chinois, utilisent les caractères 日本 pour désigner leur pays, c'est-à-dire en alphabet latin Nihon ou Nippon. Le nom 日本 signifie littéralement «origine du soleil» ou «là où naît le soleil», ce que l'on traduit souvent par «Empire du soleil levant». En effet, 日 désigne le soleil» (ou le «jour») et 本 désigne l'origine (ou la «racine»). Avec son disque rouge, le drapeau japonais évoque formellement le soleil.

Les mots Nippon et Nihon s'écrivent tous les deux de la même façon en japonais à l'aide des caractères 日本. En général, le terme de Nippon est plutôt utilisé de façon formelle pour les documents officiels, par exemple, sur les billets de la monnaie nationale (yen), les timbres-poste et pour les événements sportifs internationaux, comme les Jeux olympiques. Par contre, le mot Nihon est le terme le plus employé dans la vie quotidienne. 

En français, les adjectifs nippon et japonais signifient tous deux «relatif au Japon». Ils sont normalement synonymes, quoique le terme japonais soit d’un emploi plus fréquent par les francophones. De façon générale, la langue parlée au Japon est le japonais, mais il est possible et plus rare de parler de la «langue nippone».

2 Population et ethnicité

Depuis fort longtemps, le Japon s'est affirmé comme le «pays des dieux», c'est-à-dire un pays unique peuplé par une population «pure» et homogène. C'est là une interprétation courante d'une nation souhaitant se singulariser par rapport aux autres. Cette vision a été défendue par les autorités japonaises et par la communauté scientifique, qui défendaient la thèse d’une «japonéité» en se basant sur une appartenance biologique reposant sur le «droit du sang». Il est vrai que le Japon constitue l’un des pays les plus homogènes du monde au point de vue linguistique, du moins en ce qui a trait au pourcentage des différentes communautés.

2.1 La question des recensements

La législation actuelle sur les statistiques du recensement (la loi n° 53 du 23 mai 2007, l'ordonnance sur le recensement, le décret n° 98 du 15 avril 1955) et les règlements d'application du recensement (l'ordonnance n° 21 du Bureau du premier ministre de 1980) régissent les recensements. Par exemple, les enquêtes sont essentiellement menées tous les cinq ans, et l'année se terminant par un zéro doit être effectuée comme «une enquête à grande échelle»; l'année se terminant par un «5» doit se dérouler comme une simple enquête.

- Japonais et nationalités

De plus, les recensements ne doivent pas tenir compte de l'origine ethnique des habitants ni de la langue qu'ils parlent. Les autorités japonaises ne distinguent que deux catégories d'habitants: les Japonais, d'une part, les «nationalités», d'autre part, c'est-à-dire les citoyens japonais, d'un côté, les étrangers de l'autre. En conséquence, les citoyens japonais de naissance («natifs») et naturalisés sont comptés dans un seul groupe, peu importe leur origine ou leur langue. Dans ce «groupe», tous sont considérés comme faisant partie d'une société japonaise linguistiquement, ethniquement et culturellement homogène. Si les citoyens japonais constituent une entité homogène, sans distinctions de catégories internes, les étrangers peuvent être différenciés selon leur «nationalité». Cette façon de procéder permet d'éviter d'identifier comme des «minorités» des individus ou des communautés. Cette absence de données sur les groupes ethniques démontre pour le moins un faible intérêt que portent depuis longtemps les dirigeants japonais concernant les minorités linguistiques.

- Une entrave constitutionnelle

Il existerait une entrave, sinon un handicap constitutionnel, pour reconnaître juridiquement des «minorités» dans un recensement. En effet, l'article 14 de la Constitution interdit la discrimination fondée sur la race, la croyance, le sexe, la condition sociale ou l'origine familiale. S'il est interdit d'adopter des mesures qui pénaliseraient une ethnie, ce qui semble justifié, il serait tout aussi interdit de favoriser une même ethnie et de pratiquer ce qu'on appelle une «discrimination positive». Dans cette perspective, toute disposition législative visant spécifiquement une communauté sur la base de l'ethnie ou de la langue constituerait une forme de discrimination qui mettrait en échec le principe d'égalité entre tous les citoyens japonais. C'est exactement le même principe que la France a adopté à l'article 1er dans sa constitution: «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.» Ainsi, protéger une communauté minoritaire équivaudrait à pratiquer une forme de discrimination, fût-elle positive! Toujours la sempiternelle objection: en donnant des droits à des groupes particuliers, on irait à l'encontre de l'unicité du peuple japonais!

- Le concept de «minorité»

Il faut aussi comprendre que le concept de «minorité» véhiculé par les Occidentaux n'a pas la même signification au Japon. D'ailleurs, le Japon utilise généralement les termes "shōsū minzoku" (少数民族) comme équivalent de «minorité/minority» en français et en anglais. Or, ces termes renvoient en japonais aux concepts suivants: groupe ethnique, nation, race, peuple, sinon une combinaison de ces notions, ce qui n'a rien à voir avec les minorités. En privilégiant cette notion qui évite le concept de «minorité», on en arrive à la conclusion qu'il n'y a pas de minorités au Japon. Cela signifie aussi qu'il n'y a qu'une seule nation au Japon! Évidemment, cette interprétation de la part du Japon lui a attiré de sévères critiques de divers milieux occidentaux.

Étant donné qu'il n’existe pas de recensement linguistique officiel au Japon, il faut se reporter sur des données approximatives transmises par diverses associations ou organismes. Quoi qu'il en soit au Japon, il existe des groupes ethniques dans tous les pays du monde. En effet, il n'existe aucun pays dans le monde avec une population 100% linguistiquement homogène.  Bref, sur quelque 195 États souverains dans le monde, seuls 29 sont linguistiquement homogènes dans une proportion de plus de 90 % pour une population totale de 490,7 millions, ce qui signifie que seulement 14,8 % des pays peuvent se prétendre relativement unilingues dans les faits. Cela signifie aussi que seulement 6,6 % de la population mondiale (490,7 millions) peut prétendre vivre dans un milieu linguistiquement homogène, le Japon étant l'un de ces États, mais pas à 100%. Bien que le Japon soit  composé de 98% de «Japonais ethniques», des statistiques non officielles le décrivent comme ayant une population «multiethnique», en montrant à l'évidence que les minorités ethniques et linguistiques, même petites en pourcentage, existent et forment un ensemble de trois millions de personnes!

- Les groupes ethniques

Le tableau ci-dessous ne provient pas des données japonaises, mais de l'organisation américaine Joshua Project.  On y distingue 33 groupes ethniques.

Nationalité Population Pourcentage Langue Filiation linguistique Religion
Japonais 121,050,000 95,9 % japonais

famille japonique

bouddhisme
Ryukyuien du Centre 1,183,000 0,9 % okinawïen central

famille japonique

religion ethnique
Coréen 998,000 0,7 % coréen famille coréenne chrétienne
Burakumin 887,000 0,7 % japonais famille japonique bouddhisme
Chinois 549,000 0,4 % chinois mandarin famille sino-tibétaine aucune
Philippin 499,000 0,3 % tagalog (filipino) famille austronésienne chrétienne
Japonais brésilien 266,000 0,2 % portugais langue romane chrétienne
Péruvien 108,000 0,0 % espagnol langue romane chrétienne
Chinois min nan 75,000 0,0 % chinois min nan famille sino-tibétain religion ethnique
Punjabi 70,000 0,0 % panjabi langue indo-iranienne islam
Bengalais 69,000 0,0 % bengali langue indo-iranienne islam
Ryukyien miyako 66,000 0,0 % miyako famille japonique bouddhisme
Américain 50,000 0,0 % anglais langue germanique chrétienne
Iranien 50,000 0,0 % iranien (farsi) langue indo-iranienne islam
Yaeyama 46,000      0,0 % yaeyama famille japonique bouddhisme
Chinois cantonophone 36,000 0,0 % chinois cantonais famille sino-tibétaine religion ethnique
Britannique 23,000 0,0 % anglais langue germanique chrétienne
Vietnamien 14,000 0,0 % vietnamien famille austro-asiatique bouddhisme
Aïnou 13,000 0,0 % japonais / aïnou (300) isolat religion ethnique
Kikai 13,000 0,0 % kikai famille japonique bouddhisme
Malais 9,900 0,0 % malais famille austronésienne islam
Thaï 9,900 0,0 % thaï famille thaï-kadai bouddhisme
Amami-Oshima du Nord 9,800 0,0 % amami-oshima du Nord famille japonique bouddhisme
Chinois wu 7,000 0,0 % chinois wu famille sino-tibétaine religion ethnique
Français 6,300 0,0 % français langue romane chrétienne
Toku-No-shima 5,000 0,0 % toku-no-shima famille japonique bouddhisme
Kunigami 4,900 0,0 % kunigami famille japonique bouddhisme
Turc 4,900 0,0 % turc famille altaïque islam
Mongol 4,500 0,0 % mongol standard famille altaïque religion ethnique
Oki-No-Erabu 3,200 0,0 % oki-no-erabu famille japonique bouddhisme
Amami-Oshima du Sud 1,800 0,0 % amami-oshima du Sud famille japonique bouddhisme
Yoron 900 0,0 % yoron famille japonique bouddhisme
Yonaguni 800 0,0 % yonaguni famille japonique bouddhisme
Autres 83,000 0,0 %

-

-

-

Total 2020 126 216 900 100 % - - -

2.2 Les groupes ethniques japonais

En tenant compte des recensements officiels, qui ne tiennent pas compte des «groupes ethniques», même s'ils existent, on peut conserver cette distinction: les Japonais, d'une part, les nationalités, d'autre part.

- La nationalité majoritaire

Si le mot «Japonais» concerne les habitants du Japon, il comprend plusieurs «ethnies» japonaises qu'on pourrait appeler des «nationalités japonaises». La première de celles-ci est incontestablement l'ethnie principale appelée «Yamato». Ce terme est le nom dynastique de la Maison impériale du Japon (皇室, kōshitsu) au pouvoir. Cette appellation a désigné la «Cour Yamato», la Maison Impériale du Japon, qui existe dans ce pays depuis le IVe siècle; de plus, c'était à l'origine le nom de la région où le peuple yamato s'est installé pour la première fois dans l'ancienne province de Yamato, l'actuel département de Nara (région de Kansai).  C'est en ce sens, entre autres, que le mot Yamato demeure controversé au Japon; il peut même être considéré comme désuet pour désigner des notions ethniques ou «raciales» qui ont été rejetées par de nombreux groupes intellectuels depuis la reddition du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Certains proposent plutôt le terme 和人 (Wajin) comme terme global pour désigner l'ethnie japonaise majoritaire du Japon d'aujourd'hui. Cependant, Wajin désigne le peuple yayoi, les ancêtres du peuple yamato; ce mot fait également référence à des groupes apparentés en dehors du Japon. Bref, c'est encore un sujet de controverse!

Dans la pratique, le mot Yamato sert néanmoins à désigner le peuple japonais: 大和民族, Yamato minzoku, littéralement «ethnicité yamato». Ce «peuple japonais» est composé de la principale nationalité japonaise pour les locuteurs d'origine japonaise, laquelle représente la population japonaise actuelle d'au moins 98 %. Elle est répartie dans tout l' archipel japonais, avec un petit nombre d'expatriés dans la plupart des pays du monde, dont les plus importants sont les États-Unis (384 000), la Chine (127 000), l'Australie (71 000), le Brésil (60 000), le Royaume-Uni (59 000), le Canada (53 000), la Thaïlande (46 000), l'Allemagne (37 000), la France(31 000) et la Corée du Sud (28 000).

- Les communautés nippones

Ces communautés nippones sont les Ryukyuiens, les Burakumins, les Nikkeijin et les Aïnous. Seuls les Ryukyuiens et les Aïnous sont des minorités «ethniques», les autres formant plutôt des minorités «culturelles». De plus, si les Ryukyuiens sont des autochtones nippons, ce n'est pas le cas des Aïnous qui sont un peuple autochtone non nippon. 

Les Ryukyuiens sont des Japonais d'origine habitant l'archipel des Ryukyu comptant plus de 150 îles s'étirant sur plus de 1200 km entre le sud de l'île de Kyushu et l'île de Taïwan. L'archipel des Ryukyu est composé des ensembles d'îles suivantes : l'archipel d'Okinawa, l'archipel de Kerama, l'archipel de Daitō, l'archipel de Sakishima (dont les îles Miyako et Yaeyama).

Les Ryukyuiens ne sont pas un groupe minoritaire reconnu au Japon, car les autorités japonaises les considèrent comme un sous-groupe du peuple japonais, donc semblable au peuple yamato. Bien que non reconnus comme minorité nationale, les Ryukyuiens n'en constituent pas moins le plus grand groupe minoritaire ethnolinguistique au Japon, avec 1,4 million vivant dans le seul département d'Okinawa. Les Ryukyuiens habitent également plusieurs autres îles de la région. On distingue plusieurs «nations» selon le lieu de leur habitat: les Miyako, les Kikai, les Okinawaïens, les Yaeyama, les Amami-Oshima.

Pas moins de 600 000 Ryukyuiens «ethniques» et leurs descendants sont dispersés ailleurs au Japon et dans le monde, le plus souvent au Brésil et, dans une moindre mesure, dans d'autres territoires où existe également une importante diaspora japonaise.

Les Burakumin (ou Bourakoumin) forment la seconde minorité d'importance au Japon, avec près de 900 000 individus. Le mot Burakumin désigne les «gens des hameaux spéciaux» ("tokushu buraku"), c'est-à-dire les descendants de la caste des parias durant la période féodale et issue de deux anciennes communautés: les eta (littéralement: «pleins de souillures») et les hinin (non-humains»). La discrimination a l'égard des Burakumin provient de pratiques archaïques et de tabous anciens. Bien que ces pratiques discriminatoires soient interdites depuis 1871, il serait illusoire de penser qu'elles allaient disparaître en quelques décennies.

Les Burakumin forment aujourd'hui des «minorités culturelles» puisque ce sont tous des Japonais parlant le japonais. Ils font encore l'objet d’une sévère discrimination sociale, notamment dans l'emploi et le mariage. Les Burakumin sont présents un peu partout au Japon, dans une trentaine de départements, mais ils résident souvent dans les ghettos des grandes villes telles Osaka et Kyoto (env. 6000). Cette communauté dispersée ne forme pas une collectivité structurée ni revendicatrice.

Les Nikkeijin (littéralement : «personnes d'origine japonaise») sont les descendants de Japonais qui ont immigré en Amérique latine, entre autres au Brésil et au Pérou, surtout entre 1868 et 1970. Plus tard, au cours de la décennie de 1990 à 2000, les autorités japonaises ont incité ces anciens immigrants japonais à revenir au Japon au moyen de mesures financières incitatives. Plus de 300 000 seraient ainsi revenus «au pays», parfois après deux ou trois générations passées à l'étranger. Les Nikkeijin ont été choisis comme main-d'œuvre parce que, en raison  de leur origine japonaise, ils étaient considérés comme socialement et linguistiquement «assimilables». Ces «Japonais de sang» ont également été soumis, à leur arrivée, à un statut particulier en tant que «résidents temporaires», bénéficiant d'un logement dans des quartiers réservés. L'objectif véritable était d'éviter de faire venir des Coréens, des Chinois, des Philippins, des Bangladais, des Africains, etc., pour occuper des emplois peu qualifiés.

Toutefois, les Nikkeijin n'ont pas répondu aux espoirs que les autorités avaient caressés à leur égard. En effet, la plupart ont conservé leur nouvelle langue, surtout le portugais du Brésil et l'espagnol du Pérou. Aujourd'hui, le nombre des «Japonais brésiliens» est estimé à 270 000 personnes. Ces nouveaux immigrants «japonais de sang» connaissent non seulement une crise d’identité, mais aussi des problèmes d’insertion sociale, car ils ne maîtrisent pas toujours bien la langue japonaise.

2.3 Le peuple aïnou

Avant qu'ils ne soient incorporés dans un État-nation, les Aïnous formaient un peuple de chasseurs-pêcheurs, qui vivait à l'origine dans le nord du Japon (île de Hokkaido et île de Honshu) et à l'extrémité méridionale de la Russie (île de Sakhaline, îles Kouriles et péninsule de Kamtchatka). C'est vers 1300 ans avant notre ère que les Aïnous auraient immigré à l'île de Sakhaline, ainsi qu'aux îles Kouriles, à la péninsule de Kamtchatka et à l'île de Hokkaido. La carte ci-contre illustre l'aire géographique des Aïnous dans leur plus grande extension; ils formaient alors une population autochtone non japonique d’environ 100 000 à 200 000 habitants.

Les premiers contacts avec les Japonais eurent lieu vers le XIVe siècle, alors que ceux-ci n'avaient pas encore annexé l'île de Hokkaido et qu'ils se limitaient à l'île de Honshu. Au siècle suivant, les colons japonais empiétèrent progressivement sur le territoire aïnou (Hokkaido, Kouriles et Sakhaline) au point où les relations devinrent de plus en plus belliqueuses. Les Japonais déportèrent en 1884 une partie de la population aïnou sur le continent asiatique près de l'embouchure de l'Amour (Russie). En même temps, la Russie réussit à se faire céder l'île de Sakhaline (1875), tandis que l'URSS annexa les îles Kouriles après la Seconde Guerre mondiale. Les Aïnous sont devenus de citoyens japonais, soviétiques ou russes.

On compterait environ 13 000 Aïnous au Japon. À l'origine, il parlaient l'aïnou, mais déjà en 1996 il ne restait plus qu'une quinzaine de locuteurs actifs, tous âgés! Aujourd'hui, quelque 300 Aïnous tentent de réapprendre leur langue ancestrale. Les Aïnous sont le seul peuple autochtone non nippon du pays.

2.4 Les nationalités et les immigrants

Les Japonais utilisent le terme «nationalité» pour désigner les ressortissants d'origine étrangère. Il existe donc plusieurs «nationalités» récentes, dont des Philippins, des Indiens, des Iraniens, des Vietnamiens, des Thaïlandais, des Bangladais, etc. Le Japon comptait 2,2 millions d'étrangers à la fin de 2008, soit 1,74 % de la population totale de l'époque, avec une augmentation de 50 % en dix ans. Le recensement de 2018 montrait le tableau ci-dessous. On constate que les «nationalités» comptent 2,7 millions d'individus représentant 2,2% de la population du pays.

- Les principales minorités immigrantes

D'après ce tableau dont les données sont officielles, les ressortissants de la Chine (28,3%), de la Corée du Sud (17,7%), du Vietnam (12,3%), des Philippines (13,0%) et du Brésil (7,5%) constituent les groupes ethniques les plus importants parmi ceux issus de l'immigration récente.

Nationalité Nombre Ressortissants
étrangers
Population totale
Chine 764 720 28,3% 0,64%
Corée du Sud 479 198 17,7% 0,40%
Vietnam 330 835 12,3% 0,28%
Philippines 325 000 (2020) 13,0% 0,23%
Brésil 201 865 7,5% 0,17%
Népal 88 951 3,3% 0,07%
Taïwan 60 684 2,2% 0,05%
États-Unis 57 500 2,1% 0,04%
Indonésie 56 346 2,1% 0,04%
Thaïlande 52 323 1,9% 0,04%
Pérou 48 362 1,8% 0,04%
Inde 35 419 1,3% 0,03%
Birmanie 26 456 1,0% 0,02%
Sri Lanka 25 410 0,9% 0,02%
Royaume-Uni 17 943 0,7% 0,02%
Pakistan 16 198 0,7% 0,02%
Bangladesh 15 476 0,6% 0,02%
France 13 355 0,5% 0,01%
Cambodge 12 174 0,5% 0,01%
Autres 635 787 23,6% 0,50%
Total 2018 2,731,093 100% 2,2%
La plupart des Chinois, ou descendants d'immigrants chinois, qui vivent au Japon résident dans les grandes villes telles qu'Osaka, Yokohama et Tokyo, bien qu'il y ait également des populations de plus en plus importantes dans d'autres régions, car les politiques d'immigration du gouvernement attirent de plus en plus les travailleurs vers des programmes dits «de formation». Les statistiques démographiques actuelles révèlent que le nombres de ressortissants chinois atteint plus de 600 000 immigrants légaux, bien qu'il y ait une population importante d'immigrants sans papiers. Étant donné qu'un nombre très important de Chinois acquièrent la nationalité japonaise chaque année, ils disparaissent donc des «nationalités» en devenant des Japonais.

Les résidents au Japon d'origine coréenne sont arrivés dans le pays en trois vagues de migration. Le premier groupe est constitué d'émigrants durant l'occupation japonaise. Le second est constitué de travailleurs forcés durant la Seconde Guerre mondiale (5,4 millions de Coréens ont été enrôlés de force). Enfin, le dernier groupe des réfugiés est celui qui a fui l'île de Jeju au sud de la Corée après le massacre de 1948. Le soulèvement de Jeju et sa répression par l'armée sud-coréenne ont coûté la vie à 14 000 ou 60 000 personnes sur une île qui comptait à l'époque 300 000 habitants. Par la suite, quelque 40 000 résidents de Jeju se sont enfuis au Japon. Aujourd'hui, on compte près de 500 000 Coréens au Japon, mais il y en a beaucoup plus en réalité, car comme les Chinois ils disparaissent des statistiques d'immigration une fois devenus japonais.

Le troisième groupe ethnique est représenté par les Vietnamiens (330 000). Les travailleurs invités ont commencé à suivre les réfugiés au Japon dans la soi-disant «troisième vague» de migration vietnamienne à partir des années 1990. Contrairement à d'autres pays exportateurs de main-d'œuvre d'Asie du Sud-Est, la grande majorité des migrants vietnamiens ont souvent été des hommes, en raison des restrictions du gouvernement vietnamien sur la migration.

Les Philippins disputent aux Vietnamiens la troisième place en immigration. Bien que la plupart des Philippins d'aujourd'hui soient des résidents à court terme au Japon, l'histoire de leur communauté remonte plus loin; pendant l' occupation japonaise des Philippines, certains étudiants philippins ont étudié dans les universités japonaises.

- Les Nikkeijin et les autres

Parmi les minorités étrangères importantes, il faut aussi mentionner les Brésiliens (plus de 200 000), qui sont des ressortissants d'origine japonaise, mais vivant au Brésil. On les appelle, rappelons-le, les "Nikkeijin", c'est-à-dire des «personnes de lignée japonaise» ou «Japonais de sang». Ils ont apporté avec eux une langue portugaise et parfois un japonais archaïsant, des coutumes oubliées et des habitudes fortement brésilianisées. À leur arrivée, ils ont été soumis à un statut particulier, celui de «résident temporaire» avec des logements dans des quartiers réservés. Leur connaissance du japonais paraît généralement assez faible, ce qui peut expliquer en partie la situation vulnérable de ces immigrants et la discrimination qu'ils subissent au plan économique.
Au Japon, le mot gaijin est utilisé pour désigner les étrangers dont la couleur de la peau est rose ou blanche, tandis que le mot gaikokujin est employé pour désigner une personne qui n'est pas d'origine ethnique japonaise, ce qui comprend les individus originaires de Corée ou de Chine. Les Chinois sont traditionnellement considérés comme une «minorité modèle», contrairement aux Coréens, qui sont mal perçus par beaucoup de Japonais. Quoi qu'il en soit, cette perception des uns et des autres cache une longue histoire de marginalisation des étrangers, notamment des Coréens.

- Le handicap de l'écriture

Le japonais est une langue qui a pour réputation d’être compliquée. En effet, le japonais écrit est caractérisé par plusieurs systèmes d'écriture et des milliers d’idéogrammes. Le japonais peut employer jusqu’à quatre systèmes d’écriture (kanji, hiragana, katakana et romanji) dans une même phrase! Voilà ce qui change de l'alphabet latin, grec ou cyrillique. Fascinante, intrigante, exotique, mystérieuse, etc., ce sont là que quelques qualificatifs pour décrire la façon dont s’écrit la langue japonaise, une écriture unique au monde, sans oublier ses niveaux de politesses multiples. Bref le japonais présente une image de langue ardue. Pourtant, il n'y a pas de peuple plus supérieur à d'autres. Si les Japonais sont capables d'apprendre leur écriture, d'autres peuvent le faire également, sont  n'est pas insurmontable pour un être humain.

Néanmoins, la connaissance de l’écriture japonaise demeure une entreprise laborieuse à acquérir pour la plupart des immigrants. De façon générale, leur capacité de lecture est faible, et il en est ainsi pour l'aptitude à mener des conversations : 40% des étrangers au chômage disent connaître moins de 20% des idéogrammes japonais et presque autant (39%) en connaissent moins de 30%; puis13% d'entre eux admettent en savoir la moitié, et 2% seulement déclarent lire couramment le japonais. Les résultats sont légèrement meilleurs au niveau de la conversation, puisque 4% déclarent pouvoir suivre une conversation couramment et 23 % disent le faire «à moitié». Moins la langue est maîtrisée, plus les discriminations sont fortes et l’intégration, difficile.

3 Les langues du Japon

Le caractère relativement multiethnique du Japon entraîne forcément une pluralité des langues parlées dans ce pays. Il faudra distinguer parmi les langues originaires du Japon celles qui appartiennent à la famille japonique et les autres, en excluant les langues immigrantes.

3.1 La langue japonaise et ses variétés

La langue japonaise n'est pas uniforme. On compte dans le pays trois grands groupes de dialectes japonais de cette famille japonique : les dialectes de l'Est, les dialectes du Centre et les dialectes de l'Ouest.

1 Les dialectes de l'Est («dialectes du Kanto») :

Les dialectes de l'Est, appelés aussi dialectes du Nord, sont parlés principalement dans l'île de Hokkaido et la région du Tohoku, ainsi que dans certaines parties du Kanto et du Chubu. Les dialectes de l'Est sont plus proches de la norme officielle, le dialecte de Tokyo, que les dialectes de l'Ouest.

- Les dialectes de l'Ouest («dialectes du Kansai»):

Les dialectes de la partie occidentale du Chubu (incluant la ville de Nagoya), de Kansai (incluant les villes d’Osaka, Kyoto et Kobe), du Chugoku, du Shikoku, du Kyushu et d'Okinawa sont des dialectes de l'Ouest, appelés aussi dialectes du Sud.

La langue japonaise commune avait toujours eu l'habitude d'être fondée sur les dialectes de la région du Kansai, mais depuis le XVIIe siècle elle est fondée sur la variété de Tokyo dans la région du Kantô, car le centre politique et économique du Japon s'est graduellement déplacé de Kyoto, puis d’Osaka à Tokyo.

Les dialectes de l'Ouest restent plus près du dialecte d'Osaka. Tandis que les Japonais de l'Est disent, par exemple, yano-assatte («après-demain»), shoppai («salé») et -nai («ne... pas»), ceux de l'Ouest emploient shi-asatte, karai et -n ou -nu. Les consonnes sont plus fortement articulées à l'Est, alors que les voyelles sont plus fortement prononcées à l'Ouest. Les accents de tonalité hauts/bas prennent parfois des formes différentes entre les dialectes de l'Est et ceux de l'Ouest. La plupart des Japonais parlent un mélange de dialecte local et de japonais standard.

- Les dialectes du Centre

Les dialectes du Centre sont parlés dans les régions du Chubu et du Kanto, dont Tokyo, la capitale.

Officiellement, le japonais standard est censé fixer la norme du japonais. Beaucoup de Japonais croient que parler une variété dialectale est «honteux», mais d’autres prétendent qu’il faut avoir une attitude plus positive, puisque les dialectes japonais font partie de la culture du pays et qu’il convient de les conserver comme faisant partie du patrimoine japonais. Cependant, les dialectes tendent de plus en plus à se normaliser sur la variété de Tokyo (le «Tokyo-ben») et à s’appauvrir. Bien que les jeunes créent de nouveaux mots, ils ont tendance également à en oublier d'autres qui ne sont plus guère utilisés que par les personnes âgées.

3.2 La terminologie pour désigner la langue japonaise

Les Japonais utilisent plusieurs termes pour parler de leur langue et ce n'est pas nécessairement parce que le japonais est parlé différemment selon les régions de ce pays insulaire.

- Kokugo et nihongo

Ces distinctions lexicales renvoient à des concepts distincts. Les deux termes les plus importants sont 日本語 ou nihongo («langue japonaise») et 国語 ou kokugo («langue nationale»). Le terme kokugo est le nom du japonais en tant que matière d'enseignement dans les écoles, du primaire à la fin du secondaire. En dehors de ce contexte, ainsi que dans l'usage juridique, on l'emploie rarement dans la conversation courante. Dans celle-ci, les Japonais se contentent d'employer le mot nihongo, que ce soit pour le distinguer des langues étrangères ou simplement pour parler de leur langue maternelle.

- Hyōjungo et hōgen

On distingue aussi 標準語 ou hyojyungo(«japonais standard») pour le distinguer de 方言 ou hōgen («dialecte»). Mais on peut tout aussi bien employer 共通語 ou kyōtsū-go («langue commune»). Dans certaines situations, on emploie 州の言語 ou shū no gengo («langue de l'État»).

Toutes ces expressions servent à désigner ce qu'on appellerait «le japonais». Pourtant, il ne s'agit pas là de synonymes, mais de dénominations servant à identifier le rôle social et politique de la langue japonaise, selon le sens particulier qu'on veut lui assigner. Contrairement à un usage fréquent dans le monde occidental, le terme hōgen (dialecte) n'a pas de connotation péjorative pour désigner la langue parlée par les «gens ordinaires» dans un contexte quotidien.    

- Langue standard & variété locale 

Les Japonais utilisent le kokugo («langue nationale») entre eux, lorsqu'ils parlent de leur langue maternelle. Le mot est forcément chargé de valeur affective et historique.  Évidemment, leur langue maternelle correspond à la «langue nationale». Lorsqu'ils ont recours au mot nihongo («langue japonaise»), les Japonais s'adressent aux étrangers ou veulent simplement situer le japonais comme l'une des langues du monde. On parlera, par exemple, de «l'enseignement du japonais» (nihongo  kyôiku) dans les universités des pays étrangers. Ce terme a une valeur sémantique strictement neutre et banalisée; il renvoie au code linguistique, abstraction de sa valeur symbolique. C'est presque un mot «international». Pour les Japonais, la «langue nationale» ne saurait être une langue comme les autres, ce que laisse supposer l'emploi du terme nihongo. En réalité, seuls les étrangers peuvent parler la langue japonaise (nihongo), alors que les Japonais parlent la langue nationale (kokugo). Cette équation entre la langue maternelle et la langue nationale a été élaborée par le linguiste Ueda Kazutoshi (1867-1937) à la fin du XIXe siècle.  Dans un ouvrage célèbre au Japon (La langue nationale et la Nation, 1894), Ueda Kazutoshi affirmait ce qui suit:

Cette langue n'est pas seulement le signe du corps de la Nation, elle est aussi en même temps une sorte d'éducatrice, ce qu'on appelle une mère compatissante. Dès notre naissance, cette mère nous prend sur ses genoux et nous enseigne cette façon nationale de penser, cette façon nationale de s'émouvoir. [...] On parle en Allemagne de Muttersprache ou de Sprachemutter: le premier terme désigne la langue de la mère et le second la mère de la langue. Judicieuse distinction.

Le linguiste Ueda Kazutoshi a été l'un des instigateurs de l'idéologie qui a consisté à fondre la langue maternelle dans la langue nationale. Pour parler de la langue officielle, celle employée par l'État et l'administration, il faut employer l'expression  kokka no gengo, ce qui signifie «langue de l'État», et désigne nécessairement le «japonais standard» (hyojyungo). 

N'oublions pas que l'archipel japonais est composé de 6852 îles qui abritent un certain nombre de régions distinctes. Cette configuration d'un pays favorise naturellement la fragmentation linguistique. À l'origine, chaque région avait sa variété japonaise particulière, mais au cours de l'histoire le pays dut affronter des conflits entre les seigneurs féodaux et l'empereur, ce qui a sans doute contribué à favoriser les tendances linguistiques qui ont entraîné l'existence de dialectes tels que nous les connaissons aujourd'hui. En effet, au cours de la longue époque féodale qui s'est terminée il y a près de 150 ans, les différentes régions du Japon possédaient une autonomie considérable, même si le shôgun exerçait son autorité sur la nation entière. La puissance relative des régions a contribué à façonner les caractéristiques du dialecte parlé dans chacune d'elles.

- Les dialectes satsuma-ben et tsugaru-ben

Pour compléter sur les dialectes ou variétés du japonais, il faut mentionner le satsuma-ben parlé dans le département de Kagoshima (région de  Kyūshū) et le tsugaru-ben parlé dans le département d'Aomori (région de Tōhoku). Ces variétés linguistiques semblent tellement différentes du japonais standard qu'il devient difficile à comprendre pour quiconque ne vient pas de ces régions.

Le dialecte satsuma (Satsugū Hōgen), souvent appelé le «dialecte de Kagoshima», est un groupe de dialectes japonais parlé principalement dans la région des anciennes provinces d'Ōsumi et de Satsuma, maintenant incorporées dans le département de Kagoshima. Bien qu'il ne soit pas classé comme une langue distincte du japonais, le dialecte satsuma est couramment cité pour son inintelligibilité mutuelle, même à ses variantes voisines de Kyūshū.

Le dialecte tsugaru (Tsugaru Hōgen) est réputé pour être si différent du japonais standard pour ceux qui ne sont pas de langue maternelle, que même les personnes vivant dans le même département peuvent avoir du mal à le comprendre. Comme il est presque incompréhensible pour les locuteurs en dehors du département d'Aomori (région de Tōhoku), le dialecte tsugaru est souvent sous-titré dans la langue commune dans les émissions nationales télévisées.

Comme tous les autres dialectes japonais, les dialectes traditionnels de Kagoshima sont maintenant remplacés par le japonais standard en raison de l'instruction standardisée et des médias centralisés, en particulier parmi la jeune génération. En conséquence, bon nombre des caractéristiques qui caractérisent tant les dialectes disparaissent aujourd'hui.

- Le dialecte hachijō

Le petit groupe des dialectes hachijō est la forme la plus divergente du japonais. Le hachijō est actuellement parlé sur deux des îles de l'archipel d'Izu au sud de Tokyo, l'île Hachijō-jima et l'île Aogashima, ainsi que dans îles Daitō dans le département d'Okinawa. Sur la base du critère d'intelligibilité mutuelle, le hachijō peut être considéré comme une langue japonaise distincte. Les variétés du dialecte hachijō, qui constituent huit groupes selon les villages où il est parlé (Sueyoshi, Nakanogo, Kashi, Ogago, etc.) conservent les anciennes caractéristiques grammaticales du vieux japonais oriental, telles qu'elles étaient plus ou moins utilisées au VIIIe siècle, alors que les variétés japonaises du continent ont évolué plus rapidement.

Le nombre des locuteurs du hachijō est inconnu dans son ensemble, mais nous savons que ces langues sont en voie de disparition, car de moins en moins de locuteurs les transmettent aux générations plus jeunes. Le dialecte hachijō est en déclin en raison de la promotion de l'enseignement du japonais standard afin qu'il ne soit pas difficile d'obtenir un emploi en dehors de l'archipel et de la diffusion de la langue commune avec la diffusion de la télévision. L'UNESCO ayant annoncé qu'il s'agissait d'une langue en voie de disparition, l'intérêt pour le dialecte hachijō s'est accru et les activités visant à hériter du dialecte hachijō sont devenues plus actives, mais il ne faut pas se faire d'illusion sur ses chances de survie.

- La diglossie

En réalité, de nombreux locuteurs au Japon mènent une «double vie» du point de vue linguistique, ce que les linguistes appellent la diglossie. Dans leur communauté, les locuteurs parlent le hōgen («dialecte») de leur ville ou de leur village, tandis qu'à l'extérieur de leur milieu ils peuvent être habitués à utiliser le hyojyungo (le «japonais standard»). Leur langue maternelle, dans le vrai sens du mot, est donc leur hōgen ou parler local, pas le japonais standard. Beaucoup de Japonais ont donc comme langue maternelle une autre variante qui n'est pas la langue nationale. Normalement, les Japonais parlent le plus souvent leur «dialecte natal», comme ce serait le cas dans de nombreux pays (Allemagne, Suisse, Chine, Vietnam, etc.), mais au Japon il existe une donnée que l'on pourrait appeler «la tyrannie de la langue standard», comme c'est d'ailleurs le cas avec l'allemand en Allemagne, le français en France et le castillan en Espagne, pour ne mentionner que ceux-là. 

Tokyo, la capitale du pays après la restauration des Meiji en 1868, imposa sa propre variété linguistique, pour ne pas dire son propre dialecte, et son accent sur la nation dans un effort forcé dans le but d'unifier le peuple japonais sous le drapeau de sa culture nationale nouvellement définie. Les manuels furent rédigés en japonais standard, même si les enseignants se sont permis d'employer le «dialecte local» pour expliquer les concepts à leurs élèves. Les enfants qui voulurent quitter leur région afin de poursuivre leurs études ou de trouver un emploi furent obligés de parler une version du japonais acceptable pour tous les Japonais, le hyojyungo.

3.3 Les langues japoniques des îles Ryukyu

Japon et Okinawa

L'archipel des Ryukyu (ou Ryūkyū) a longtemps constitué un royaume indépendant du Japon. La culture spécifique de cet archipel, dont Okinawa est la principale île, s’est développée au contact des échanges commerciaux avec la Chine, alors que le Japon s'appelait le "Yamato".

Il est certain que les variétés linguistiques du ryukyu et celles du japonais proviennent d'une même origine ou d'une même protolangue. Les langues ryukyu appartiennent donc comme le japonais à la famille japonique. Nous ne savons pas exactement quelle est la date de fragmentation des deux types de dialectes, les dialectes japonais et les dialectes ryukyu. Nous pensons que cette scission pourrait se situer approximativement après le VIIIe siècle, sinon au début du Xe siècle. Les langues parlées dans les îles Ryukyu ne constituent donc pas des dialectes du japonais ou l'une de ses variétés, mais des langues d'un autre sous-groupe de la famille japonique. Elles ne sont cependant pas officiellement reconnues par le Japon comme des langues différentes du japonais, et sont traditionnellement classées comme des «dialectes japonais», ce qu'elles ne sont pas.

Quoi qu'il en soit, les variétés ryukyu sont devenues aujourd'hui tellement différentes que l'intercompréhension est impossible. L'archipel des Ryukyu fut conquis par le Japon en 1609; les armes y furent dès lors interdites afin d'éviter toute forme de rébellion. C'est depuis cette époque que les techniques de combat à mains nues (les différentes formes de karaté) prirent une nouvelle importance. À partir de 1879, Okinawa et les trois autres îles firent partie intégrante du Japon. Après la Seconde Guerre mondiale, Okinawa est restée une importante base militaire américaine jusqu'en 1972, avant d'être rendue au Japon.

 Les langues ryukyu, qui portent généralement le nom d'une île, se présentent selon la classification suivante :

1. Le groupe amami-okinawaïen

Sous-groupe du Nord
 - amami du Sud
 - kikaï
 - amami du Nord
 - toku-no-shima

Sous-groupe du Sud
 -
oki-no-erabu
 - okinawaïen
 - kunigami
 - yoron


2. Le groupe sakishima

 - miyako
 - yaeyama
 - yonaguni

 

 

Autrefois, la langue parlée au sud de l'île d'Okinawa, l'okinawaïen, dans la capitale du royaume de Shuri, était employée comme langue véhiculaire dans tout l'archipel. Il n'existe pas de données statistiques de recensement concernant les langues ryukyu; le nombre exact des locuteurs de ces langues demeure donc inconnu. En 2005, la population totale de l'archipel des Ryukyu était de 1,4 million de personnes, mais seuls les individus plus âgés, c'est-à-dire plus de 50 ans, parlaient encore couramment ces langues. Aujourd'hui, le nombre d'enfants élevés dans la connaissance de ces langues est de plus en plus rare; cela se produit généralement lorsque les enfants vivent avec leurs grands-parents. Les langues ryukyu sont encore utilisées dans les activités culturelles traditionnelles, comme la musique folklorique, la danse folklorique, les contes et les spectacles populaires.

Le recensement de la population en octobre 2011 donnait encore une population totale de 1,4 million de personnes pour tout le département. En conséquence, il peut être extrapolé qu'il y aurait environ 95 000 personnes (6,7 %) pour lesquelles l'okinawaïen pourrait être la première langue, et quelque 190 000 personnes (13,5 %) qui peuvent la connaître comme deuxième langue pour un total de 285 000 locuteurs (20,3 %) au maximum. Dans l'île d'Okinawa, les insulaires âgés de moins de 40 ans maîtrisent généralement peu l'okinawaïen. La langue ancestrale ne se transmet plus, car les plus jeunes l'ignorent totalement.

La plupart des langues ryukyu sont maintenant en voie d'extinction, car elles sont concurrencées fortement par le japonais standard. En 2009, plusieurs langues parlées sur l'archipel japonais ont été répertoriées parmi les langues en danger par l’Atlas UNESCO. Outre l'aïnou dans l'île de Hokkaido et le hachijō au sud de l'île Hoshu, ce sont l’amami du Nord et l'amami du Sud, le kikaî, le yoron, le kunigami, le miyako, l’okinawaïen, le yaeyama et le yonaguni. Il faut aussi comprendre que la configuration d'un archipel formé de plus de 150 îles a forcément favorisé la fragmentation dialectale: environ 700 variétés dialectales. Par exemple, l'okinawaïen en compte 400; l'amami, 250; le miyako, 75; le yaeyama, 25, etc. Dans ces conditions, il n'est guère surprenant qu'en l'absence d'une uniformisation la plupart de ces petites langues soient en danger de disparition.  

3.4 La langue aïnoue

On compterait environ 13 000 Aïnous au Japon. À l'origine, il parlaient l'aïnou, mais déjà en 1996 il ne restait plus qu'une quinzaine de locuteurs actifs, tous âgés! Aujourd'hui, quelque 300 Aïnous tentent de réapprendre leur langue ancestrale. Il est donc manifeste que cette langue soit près de l'extinction, si ce n'est déjà fait. La langue aïnoue et ses variétés ne font pas partie des langues japoniques; c'est une langue totalement différente du japonais. Bien que l'aïnou ait emprunté une partie de son vocabulaire au japonais, les linguistes croient que cette langue pourrait être apparentée aux langues paléo-sibériennes et même ouraliennes (surtout samoyèdes comme le yourak, l'ostyak ou le selkoup). Pour d'autres, l'aïnou se rattacherait à un groupe élargi appelé langues proto-altaïques, comme le turc, le mongol et le toungouse. Mais pour la plupart des spécialistes de la question, l’aïnou reste une langue isolée parmi les langues du monde, c'est ce qu'on appelle un isolat linguistique. Il existe environ une trentaine de langues que les linguistiques ne peuvent rattacher génétiquement à aucune autre, l’aïnou étant l’une d’elles. 

De plus, la culture aïnoue repose essentiellement sur la tradition orale, tandis que son système d'écriture est basé sur des translittérations empruntées aux langues des civilisations russes (alphabet cyrillique) et japonaises (katakana). L'aïnou est composé de plusieurs variétés dialectales, bien qu'une certaine langue commune soit compréhensible par tous les membres de la communauté dans la mesure où elle était réservée à la transmission culturelle, notamment dans la mythologie ancestrale. Soumis à une brutale assimilation par les Japonais, les Aïnous durent apprendre le japonais, d'autant plus que leur langue ne fut jamais écrite. L’aïnou fut progressivement délaissé avec la scolarisation obligatoire en japonais.

Aujourd'hui, cette aire linguistique (voir la carte ci-haut) est considérée comme disparue, même si l'ethnie aïnoue y demeure toujours présente et qu'elle est minorisée par la population japonaise au Japon ou russe en Russie. On estime que les personnes d'ascendance aïnou seraient autour de 150 000, probablement plus encore. Il existe même une signalisation routière bilingue dans les zones de langue aïnoue, alors qu'il n'y a plus personne pour comprendre cette langue ancestrale.

3.5 La minorité «allophone» d'Ogasawara

L'archipel Ogasawara est composé d'une quarantaine d'îles réparties sur 73 km de superficie; il est situé à près de 1000 km au sud de Tokyo dans l'océan Pacifique. Seules les îles Chichijima et Hahajima sont peuplées respectivement d'environ 2000 et 440 habitants; elles abritent le village d'Ogasawara.

L'île Chichijima, alors inhabitée, fut peuplée à partir de 1853 par un équipage hétéroclite d'aventuriers multiethniques, de déserteurs, de naufragés et de leurs épouses; tout ce monde venait des États-Unis, de l'Angleterre, de la Polynésie, etc. L'île fut appelée "Peel Island", du nom du commandant de la flotte américaine des Indes orientales, Matthew Perry. Au fur et à mesure que les insulaires se mélangeaient, leurs langues maternelles, au nombre d'une vingtaine, s'entremêlèrent de sorte qu'ils sentirent le besoin d'une langue commune pour communiquer. Finalement, un pidgin anglais apparut comme le moyen de communication préférée et servit d'élément identitaire aux insulaires.

En 1876, le gouvernement japonais réussit à annexer les îles de l'archipel avec le consentement des puissances occidentales. Se méfiant des résidants déjà installés qu'il considérait comme des «étrangers», le Japon envoya des colons japonais qui finirent par dépasser en nombre les premiers arrivants; ceux-ci furent tenus de prendre la citoyenneté japonaise. L'anglais fut relégué à la deuxième place dans la vie des insulaires. L'école locale dut enseigner le japonais aux enfants. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, les descendants des premiers colons, connus localement sous le nom d'Ōbeikei («Occidentaux»), furent évacués avec d'autres insulaires — pour un total de 6880 personnes — vers le continent japonais, transformant les îles d'Ogasawara en un avant-poste militaire.

La US Navy prit possession de l'archipel à la fin de la guerre. En 1946, la marine américaine autorisa les Ōbeikei à revenir à Chichijima qui devint une île où seuls les militaires et les insulaires occidentaux allaient pouvoir y vivre pendant plus de vingt ans. L'anglais redevint rapidement la seule langue utilisée. Un peu plus de deux décennies plus tard, en juin 1968,  les îles furent de nouveau restituées aux Japonais. La restitution signifiait que, après plus de deux décennies, les insulaires d'origine japonaise pouvaient revenir dans les îles. De fait, l'intégration des îles au système japonais progressa rapidement avec la diffusion de l'enseignement de la langue japonaise et l'augmentation des immigrants du continent.

Il s'est développé à Ogasawara une langue unique que certains appellent maladroitement le «dialecte d'Ogasawara». Ce n'est pas un dialecte issu d'un proto-japonais, mais un mélange de vocabulaire anglais et hawaïen avec le dialecte japonais hachijō utilisé concurremment avec la langue japonaise standard. En réalité, l'anglais et le japonais sont mélangés à Ogasawara de telle sorte qu'il s'est formé une langue mixte issue des deux autres. Il s'agit donc d'un nouveau système linguistique qui a émergé, avec des mots dérivés de l'anglais, du japonais et des langues polynésiennes et micronésiennes. Autrement dit, la plupart des insulaires occidentaux sont trilingues: ils peuvent parler le japonais et l'anglais, mais aussi cette langue mixte unique. En japonais, on l'appelle 小笠原混合言語 ou Ogasawara kongō gengo, c'est-à-dire la langue mixte d'Ogasawara.

Pour ces insulaires, la première la langue apprise est la langue mixte; la seconde langue est l'anglais; le japonais standard est la troisième langue. Quant aux insulaires d'origine japonaise, ils parlent d'abord le dialecte japonais hachijō, puis la langue mixte et enfin le japonais standard. Au 1er décembre 2016, la population de l'archipel était de 2593. On parle d'une minorité «allophone», parce que la langue de communication principale n'est ni l'anglais, ni le japonais standard. 

3.6 Les immigrants et leurs langues

Les immigrants coréens parlent le coréen. Mais les Chinois parent plusieurs variétés de chinois, soit le mandarin, le min, le cantonais ou le wu. Les autres langues étrangères les plus parlées sont le filipino des Philippins, le portugais des Brésiliens, l'espagnol des Péruviens, puis le pandjabi, le bengali, l'anglais, le vietnamien, le malais, le thaï, etc.  De façon générale, la connaissance du japonais de la part des immigrants demeure plutôt faible ou rudimentaire, surtout pour l'écriture, ce qui explique en partie la situation vulnérable des immigrants et la discrimination qu'ils subissent au plan économique.

La plupart des langues étrangères parlées au Japon appartiennent à la famille coréenne, à la famille sino-tibétaine, à la famille austronésienne, à la famille austro-asiatique et aux langues indo-iraniennes.

4 Les religions du Japon

La plupart des Japonais s'identifient à l'une des deux religions suivantes: le shintoïsme et le bouddhisme. Si le shintoïsme est japonais, le bouddhisme est importé de Chine et de Corée, alors que le christianisme est venu d'Europe et l'islam, de Turquie. On peut dire que la moitié de la population du pays est shintoïste, que 40 % de celle-ci est bouddhiste. Le christianisme fut introduit au Japon par des missionnaires espagnols et portugais au milieu du XVIe siècle, mais les chrétiens forment seulement un faible pourcentage de la population, soit à peine 2 %. Toutefois, au Japon, il existe deux fois plus de croyants que d'habitants, car tout individu peut pratiquer plus d'une religion en même temps. Ainsi, la plupart des cérémonies de mariage se déroulent selon les rites shintoïstes, alors que les funérailles suivent habituellement les pratiques bouddhiques.

Religion Nombre Pourcentage
Shintoïsme 107 millions 84 %
Bouddhisme 91 millions 71 %
Christianisme 3 millions 2 %
Autres 10 millions 8 %

D'où la plaisanterie suivante: «Le Japonais nait shintoïste, raisonne confucianiste ou zen, et meurt bouddhiste.»

5 Les bases militaires américaines à Okinawa

Depuis la fin du XIXe siècle, le petit archipel d'Okinawa, qui s'étend sur un millier de kilomètres, a connu une histoire houleuse et difficile. Après avoir été annexée en 1879 par le Japon, sa position stratégique comme «porte militaire du Sud» est devenue la cause de tous ses maux. En effet, l'archipel d'Okinawa a été souvent impliqué indirectement dans les guerres que le Japon a menées : contre la Chine en 1895, contre la Russie en 1905 et contre les États-Unis en 1945. La population okinawaïenne a été victime des combats acharnés qui précédèrent le débarquement américain (juin 1945) et des brutalités de l'armée impériale, ce qui entraîna la mort de plus de 142 000 civils parmi les Okinawaïens, soit un tiers de la population locale. De plus, une partie du patrimoine architectural fut détruite, bien que certains édifices ont pu être reconstruits après la guerre.

De 1945 à 1972, l'île d'Okinawa fut sous la tutelle de l'armée américaine: la United States Civil Administration of the Ryukyu Islands. C'est un gouvernement militaire qui dirigea l'archipel des Ryukyu, dont fait partie l'île japonaise d'Okinawa. Dès 1953, les autorités américaines d'occupation confisquèrent les terrains, dont la moitié est constituée de terres agricoles, de plus de 50 000 propriétaires afin d'agrandir les bases militaires, ce qui correspond à 20 % du territoire de l'île principale d'Okinawa . Durant la guerre du Vietnam (1955-1975), l'île d'Okinawa fut considérée comme le «porte-avions américain» de la région. Des armes nucléaires y furent stockées sur les bases militaires.

Les Américains rétrocédèrent l'administration du département d'Okinawa aux Japonais en 1972, mais les enclaves militaires, elles, sont restées. Les trois quarts des bases militaires présentes sur le sol japonais sont concentrées dans l'île d'Okinawa. 

De façon générale, l'île d'Okinawa compte quelque 40 000 soldats américains, parfois jusqu'à 50 000, selon les années. Lorsqu'on consulte une carte (voir celle de gauche), on constate, répétons-le, qu'environ 20 % du territoire est occupé par des bases militaires et des champs d'exercices. Plusieurs bases accaparent même des pans entiers de l'île. Chacune des bases est entourée de barbelés, abrite des habitations, des écoles, des équipements sportifs, des restaurants et gère sa propre police. Toutes les bases militaires fonctionnent en vase clos comme autant d'États dans l'État japonais. 

L'île n'est plus contrôlée totalement par l'armée américaine (USFJ: United States Forces Japan) et par l'armée japonaise (JSDF: Japan Self-Defense Forces), car les lois et la monnaie à Okinawa y sont japonaises, comme dans le reste du pays. Cependant, à l'intérieur même des bases militaires, les lois et la justice sont demeurées américaines, de même que les timbres et les passeports; le dollar américain sert de monnaie officielle; la conduite automobile est à droite, contrairement au reste du Japon. La langue anglaise est la seule langue utilisée dans ces bases. La radio et la télévision américaines ne diffusent leurs émissions uniquement qu'en anglais, les militaires refusant d'apprendre le japonais.

Les habitants ne voient pas cette présence militaire du même œil que les autorités japonaises, car la population locale doit assumer un fardeau considérable, la présence des bases américaines posant de plus en plus de problèmes.

En effet, de nombreux incidents de nature criminelle (agressions, viols, exactions, etc.) impliquent régulièrement des militaires américains, sans parler des vrombissements incessants d'avions et d'hélicoptères, ainsi que des écrasements parfois mortels, ce qui suscite la grogne chez les insulaires. Malgré la restitution de l’île au Japon, les habitants vivent toujours la présence américaine comme une nouvelle «occupation». La majorité des Okinawaïens a toujours été opposée à la présence des bases militaires américaines, mais elle n'a jamais été entendue, alors que les autorités japonaises tentent en vain de convaincre les habitants que la présence des bases militaires étrangères est nécessaire pour le pays. Pourtant, l’île d'Okinawa demeure le département le plus pauvre de tout le Japon, celui ayant le taux de chômage le plus élevé. Les États-Unis possèdent encore dans l'île un droit d'occupation permanente.

Dernière révision: 06 février, 2021

Japon


(1) Situation générale

 

(2) La langue et l'écriture japonaises

 

(3) Données historiques sur la langue
 

(4) La politique relative au japonais
 

(5) La politique relative aux minorités
autochtones
 
(6) Bibliographie

Les langues de la famillejaponique

 

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