Les Seychelles

Repiblik Sesel
Republic of Seychelles
République des Seychelles

République des Seychelles
Capitale: Victoria  
Population: 80 000  (2005)
Langues officielles: français, anglais, créole 
Groupe majoritaire: créole seychellois (95 %) 
Groupes minoritaires: français, anglais 
Langues coloniales: français et anglais 
Système politique: république présidentielle
Articles constitutionnels (langue): article 4 de la Constitution de 1993
Lois linguistiques: Code de procédure criminelle (1963)

1   Situation géographique

La république des Seychelles constitue un archipel formé de quelque 115 petites îles situées dans l’océan Indien à 1800 kilomètres à l'est des côtes africaines et juste au nord-est de l’île de Madagascar.

Ce groupe d’îles s'étend sur 455 km², mais son espace maritime exclusif occupe une superficie de 1,2 million de kilomètres carrés; comme on peut l’observer, cet espace est mitoyen au sud avec l’archipel des Comores, l’île de Madagascar et l’archipel des Mascareignes (Maurice, Rodrigues et La Réunion).

La plus importante des îles seychelloises est Mahé (144 km²) où l’on retrouve la capitale, Victoria, ainsi que  le centre politique et commercial du pays, et le lieu d'habitation de 88 % des 79 000 Seychellois (voir la carte 1). Outre Mahé, les deux îles les plus habitées sont Praslin (7 % de la population) et La Digue (3 % de la population). Parmi les 43 autres îles habitées et comptant pour 2 % seulement de la population totale, seules les suivantes méritent d’être citées: Silhouette, Bird, Frégate et Desroches.

2   Données démolinguistiques

Ce petit État de 80 000 habitants (en 2005) répartis sur 46 îles contient une population aux origines ethniques diverses. En effet, les Seychellois sont considérés comme «de sang mêlé», mais la quasi-totalité des Seychellois sont d'origine africaine (noire), mais plusieurs ont des origines indo-pakistanaises, européennes ou chinoises. Les seules minorités ethniques sont les Indiens, les Chinois et les Blancs. Les Seychellois parlent une langue commune, le créole seychellois, dans une proportion de 95 %. C’est la langue de la vie quotidienne et de la culture populaire, et l’une des trois langues officielles de la République avec l’anglais et le français. 

On distingue plusieurs variantes de créole:  le créole fin (créole fortement francisé et parlé par la bourgeoisie), le gros créole (celui des classes populaires), le créole grand-bois (celui des campagnes), le gros créole mozambique (celui des paysans d’origine africaine) et le créole des bulletins d'information à la radio-télévision ou de certains discours de personnalités politiques (un peu artificiel avec des emprunts  à l'anglais). Quoi qu’il en soit, le créole seychellois demeure relativement proche du créole mauricien mais assez éloigné du créole réunionnais. Malgré d'évidentes similitudes, ces créoles ont tous des particularité lexicales importantes. Voici quelques exemples comparatifs du créole mauricien (île Maurice), du créole rodriguais (île Rodrigues), du créole seychellois et du créole réunionnais (île de La Réunion):

Français Créole mauricien Créole rodriguais Créole seychellois Créole réunionnais
Peuples créoles du monde entier,
donnons-nous la main.
Tou dimoune ki koz langaz kreol anou mars ansam. Tou kreol lor la ter, anou marye pyke. Tou pep Kreol dan lemonn, annou
atrap lanmen.
Anou pèp kréol dan lo Monn antyé anon mèt ansanm.
Nous sommes créoles, et donc nous parlons créole.
Nou finn ne kreol, alor nou noz kreol. Nou kreol, nou koz nou lang. Nou Kreol, alor nou koz Kreol. Nou lé kréol, nou koz kréol.
Le créole est la puissante langue de notre patrie car il est parlé par tout le monde. Langaz kreol pli gran patrimwann nou pei parski tou dimounn koz li.  Kreol li enn gran lang kot nou parski tou dimoune kose li. Kreol i lalang pli pwisan nou patri akoz
tou dimoun i koz li.
Lo kréol lé la lang lo pli gabyé nout nasyon parské tout domoun i koz ali.

Depuis les début des années quatre-vingt, le créole des Seychelles est aussi appelé le seselwa. Cette appellation a été proposée par l’Institut Kréol (le Lenstiti Kreol) dans le but de revaloriser le créole des Seychelles et de déraciner le sentiment de mépris rattaché à son usage.

La plupart des Seychellois parlent aussi l'anglais et le français comme langues secondes. Le français est restée une langue valorisée pour les grandes circonstances importantes de la vie comme les  demandes en mariage, les chansons dites «romantiques», les avis de décès, etc., mais aussi pour les médias écrits, la lecture en général et l’affichage commercial. Après le créole, le français est la langue la plus utilisée par le clergé catholique composé principalement de missionnaires suisses romands et français. De façon générale, c’est la langue de la culture occidentale. On compte moins de 1000 Franco-Seychellois. Quant à l’anglais, c’est la langue de l’Administration, du commerce, des affaires internationales et souvent de la télévision. Les Anglo-Seychellois comptent pour moins de 2000 personnes.

Quelques petites communautés parlent le malgache, une langue de la (famille austronésienne) ou des langues originaires de l’Inde. Dans la vie quotidienne, à peu près tout le monde dans l’archipel parle le français, l’anglais et même le «franglais», mais c’est «en kreol que ça se passe» dans les communications informelles entre Seychellois.

Le catholicisme est la religion pratiquée par 90 % de la population seychelloise. Les anglicans forment 8 % de la population; et les hindouistes et les musulmans, 2 %.

3  Données historiques

L'archipel des Seychelles fut signalé par Vasco de Gama en 1502, mais il a été officiellement découvert au XVIe siècle par les Portugais qui trouvèrent ces îles encore inhabitées. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, elles servirent simplement d’escales pour les marins et les négriers, puis de refuges pour les pirates et corsaires français. Les îles seychelloises ont été occupées par les Français en 1742 au moment où Lazare Picault expédia un rapport sur les Seychelles en France. Il y retourna en 1744 et baptisa l’île Mahé en l’honneur de Bertrand-François Mahé de Labourdonnais, gouverneur de l’île de France (Maurice) entre 1735 à 1746.

3.1  La colonisation française

La France, par l’entremise de la Compagnie des Indes orientales, prit officiellement possession des Seychelles en 1756. C’est Nicolas Morphey, capitaine de la Marine française, qui plaça une «pierre de possession» sur l’île de Mahé (voir la carte) et nomma les îles Seychelles en l’honneur du vicomte Moreau de Séchelles, contrôleur-général des Finances durant le règne de Louis XV.

Les 20 premiers Français qui se sont installés à l’île Mahé et à l’île Sainte-Anne en 1770 furent envoyés par Brayer du Barré et venaient tous de l’île Bourbon (La Réunion) et de l’île de France (Maurice). On peut visualiser la carte de l’archipel des Mascareignes et de l’archipel des Seychelles en appuyant  ICI. La plupart furent évacués par la suite, presque mourant de faim. En 1772, un second  petit groupe de colons français arriva à l’anse Royale de l’île Mahé. En 1778, le lieutenant de Romainville, accompagné de 15 hommes, reprit possession de la colonie et érigea les premiers bâtiments au lieu dit L’Établissement (aujourd’hui Victoria, la capitale, rebaptisée en 1841). Mais la colonie se peuplait lentement; en 1785, on ne comptait encore que 70 Français, uniquement des hommes; ils étaient accompagnés de quelques 500 esclaves, surtout des Malgaches.

En 1790, la nouveau gouvernement révolutionnaire autorisa la création d'une Assemblée coloniale pour s’occuper de l'administration locale. Les quelque 450 colons français avaient fait venir des esclaves d’Afrique, surtout du Mozambique et de Madagascar. Ceux-ci apprirent  le français pour pouvoir communiquer avec les patrons français, mais en même temps ils créèrent leur créole pour communiquer entre eux. Ce créole seychellois restait à base française, mais empruntait aussi massivement à l’arabe et un peu au swahili. Aujourd'hui, le créole seychellois compte plus de mots arabes que de mots français ou africains (environ 80 mots, dont une vingtaine empruntés au swahili, les autres provenant du wolof, du fon, de l'éwé, etc.). Le français et le créole ont donc été les deux premières langues parlées dans l’archipel des Seychelles. Ainsi, la langue véhiculaire issue des esclaves africains ou malgaches et des Français était devenue la langue maternelle de la plupart des Seychellois, sauf les colons blancs.

Mais les rivalités franco-britanniques, déjà virulentes aux Antilles, se propagèrent dans l’océan Indien, et ce, d’autant plus que les colonies françaises de l’océan Indien suscitaient la convoitise des Britanniques. Comme ces colonies s’étendaient sur une grande surface dans l’océan Indien, c’est-à-dire tout l’archipel des Mascareignes (île de France/Maurice, île Bourbon/La Réunion et Rodrigues) et tout l’archipel des Seychelles située plus au nord (voir la carte 2), elles nuisaient considérablement au commerce anglais. En outre, pendant les guerres napoléoniennes, ces mêmes colonies étaient devenues le rendez-vous des corsaires français qui organisaient des raids fructueux contre les navires commerciaux britanniques. Il était temps pour les Britanniques de mettre fin à l’hégémonie française dans l’océan Indien.

En 1794, le chevalier Jean-Baptise Queau de Quinssy devint gouverneur des Seychelles. Sa première tâche majeure consista à arrêter l'invasion d'une escadrille navale britannique qui exigeait de rendre les îles au nom de Sa Majesté britannique. De Quinssy capitula, mais hissa à nouveau le drapeau français aussitôt les Anglais partis. Entre 1794 et 1811, les îles Seychelles furent tantôt anglaises tantôt françaises. Le gouverneur De Quinssy répéta son petit manège du changement de drapeau au moins une douzaine de fois entre 1794 et 1811, c’est-à-dire chaque fois qu’un vaisseau anglais ou français se pointait à l’horizon.

Les Seychelles furent définitivement occupées par les Anglais en 1810, mais elles ne furent annexées à la Grande-Bretagne qu’en 1814, lors du traité de Paris. Selon les clauses du traité, les Français perdaient l’archipel des Seychelles et l’archipel des Mascareignes à l’exception de la seule île Bourbon (La Réunion) qui fut rétrocédée à la France (voir la carte 1).

 3.2    La colonisation anglaise

Bien que cédées à la Grande-Bretagne, les Seychelles ne représentaient aucun intérêt économique en soi. Les Anglais les administrèrent comme une dépendance de l'île Maurice (qui, rappelons-le, était également devenue anglaise). L’occupation anglaise introduisait en principe une nouvelle langue: l'anglais. Cependant, comme à l’île Maurice, l’article 8 de l’acte de capitulation de 1810 spécifiait que les colons franco-seychellois pouvaient conserver «leurs religion, lois et coutumes». Même si le traité de Paris ne reprenait pas réellement cette formulation, le nouveau gouvernement anglais, dirigé de l’île Maurice par le gouverneur Robert Farquhar, admit que l'usage de la langue française constituait l’une de ces «coutumes» que les colons pouvaient maintenir.  En devenant sujets britanniques, les colons français des Seychelles pouvaient continuer à parler leur langue, utiliser leurs lois et pratiquer leur religion. Cette concession semblait d’autant plus facile que les Anglais n'eurent jamais l’intention d’habiter l’archipel.

En général, ils se contentèrent d’envoyer des administrateurs de l’île Maurice et virent à ce que l'Union Jack flotte en bonne place dans l’île de Mahé. D’ailleurs, c’est Jean-Baptiste Queau de Quinssy qui devint le premier administrateur «britannique» en raison de sa grande popularité à Mahé et de la bonne volonté qu’il avait manifestée chaque fois qu’un vaisseau anglais avait abordé l’île principale des Seychelles. En retour, de Quinssy modifia «gracieusement» son nom en de Quincy et resta administrateur durant 13 ans, soit jusqu’à sa mort survenue en 1827.

Au XIXe siècle, le premier événement majeur fut l'abolition de l'esclavage en 1835. Dès cette proclamation aux Seychelles, les 6500 Noirs libérés furent mis en apprentissage chez leurs anciens propriétaires pour être intégrés graduellement dans la communauté. Dès lors, le développement du créole seychellois fut définitif. Une autre conséquence importante de l’abolition de l’esclavage fut la modification de la composition ethnique des habitants de l’archipel. D’abord, après cette abolition, beaucoup de colons franco-seychellois partirent en amenant leurs esclaves avec eux. Par la suite, les Britanniques libérèrent aux Seychelles un grand nombre de bateaux négriers en provenance d’Afrique; à partir de 1861, plus de 4000 immigrants noirs d’Afrique débarquèrent aux Seychelles;  ils furent suivis d’un petit nombre d’Indiens, de Malais et de Chinois. Tous ces habitants s’intégrèrent à la population et lui donnèrent ainsi un caractère africain plus prononcé que dans les autres colonies anglaises de l’océan Indien.

La première mesure en faveur de la langue anglaise date de 1841 lorsque le nom de la capitale, L'Établissement, fut changé en Victoria en l’honneur de l’héritière au trône d’Angleterre née quelques années plus tôt, soit en 1837. La seconde mesure fut d’imposer l’enseignement de la langue anglaise dans les écoles à partir de 1844, concurremment à l’enseignement du français. Puis le gouvernement britannique consentit au rétablissement officiel de l'Église catholique romaine en 1853. Jusqu’à ce moment-là, les enseignants continuaient d’enseigner en français dans les écoles catholiques, mais il s’agissait d’une pratique simplement tolérée. À partir de 1853, cet enseignement devint officialisé par le gouvernement britannique, ce qui eut pour effet de valoriser la culture française dans l’archipel.

En somme, on peut dire que, en ce qui a trait à la langue, les Anglais n’ont pas vraiment essayé, du moins au XIXe siècle, d’imposer leur langue ou leur culture, pas même leur monnaie. Ainsi, devant le refus des Seychellois d’utiliser la livre sterling, parce qu’ils préféraient employer la roupie indienne qui faisait figure de leader économique dans la région, les Anglais n’ont même pas insisté. 

3.3    Vers l’indépendance

En 1903, les Seychelles devinrent une colonie de la couronne indépendante de l'île Maurice  (voir la carte 1) et furent dotées d’une assemblée locale. Puis, les Seychellois commencèrent à s’opposer à l’administration anglaise et, en 1939, ils créèrent l’Association des contribuables des Seychelles destinée à faire valoir leurs revendications. Durant ce temps, l'administration britannique avait réussi à mettre en place un système éducatif dans lequel l'anglais avait gagné progressivement du terrain, car en 1944 l'anglais devint la seule langue d'enseignement et le français fut relégué au rôle de matière d'enseignement. 

En 1964, la création de deux partis politiques nationalistes accentua les rivalités avec la Grande-Bretagne. Les rivalités nationalistes s’accrurent lorsque Londres créa une nouvelle colonie comprenant les îles d'Aldabra, Farquhar, Desroches et l'archipel des Chagos, et nommée les Territoires britanniques de l'océan Indien. En 1970, le français fut supprimé dans les trois premières classes du primaire. Il s'ensuivit une période assez confuse de changements linguistiques avec un système scolaire à deux volets: l'une payante (les «Grammar Schools») fréquentées par les enfants de familles aisées et l'autre (les écoles de paroisse) gratuite, et qui était fréquentée par la majorité des enfants du pays. Sur le plan scolaire, les rapports officiels révélaient que les résultat étaient très médiocres et le taux d'échec dans les écoles, très élevé. Enfin, les Seychelles bénéficièrent d'une constitution particulière en 1970 et accédèrent pacifiquement à l'indépendance le 29 juin 1976. Les îles d'Aldabra, de Farquhar et de Desroches retournèrent aux Seychelles. L'année 1991 vit l'adoption du multipartisme et des élections sont organisées le 23 juillet 1993. Aujourd’hui, la république des Seychelles est à la fois membre du Commonwealth et de la Francophonie.

4     Le statut des langues

La république des Seychelles est un État officiellement trilingue. Conformément à l’article 4 de la Constitution de 1993, on compte trois langues nationales:

Article 4

1) The national languages of Seychelles shall be Creole, English and French.

2) Notwithstanding clause (1), a person may use any of the national languages for any purpose but a law may provide for the use of any one or more of the national languages for any specific purpose.

Article 4

1) Les langues nationales des Seychelles sont l'anglais, le créole et le français.

2) Par dérogation au paragraphe (1), toute personne peut utiliser pour une fin quelconque la langue nationale de son choix, sauf que l'utilisation de l'une ou de plusieurs langues nationales peut être décrétée par une règle de droit à certaines fins.

Même si la Constitution proclame trois langues «nationales», équivalant au statut de langues «officielles», celles-ci ne sont pas placées sur un pied d'égalité. En 1981, la politique linguistique du pays fut réorientée et précisée par le gouvernement, notamment grâce au SPPF (le Seychelles People's Progressive Front), le Front progressiste du peuple seychellois. Le créole appelé dorénavant seselwa est devenu la première langue nationale; l’anglais, la deuxième; le français, la troisième. Cette politique visait avant tout le promotion du créole seychellois en décidant d’en faire la première langue du pays. Dans les faits, c’est comme si le créole était la langue parlée par tous; l'anglais, celle de la loi et du commerce; le français, celle de la culture avec un grand «C».

5   La politique linguistique

À la Législature, les députés ne s’expriment à peu près qu’en créole, mais les lois ne sont rédigées et promulguées qu’en anglais, le français étant, dans la pratique, exclu bien que théoriquement permis à l’oral. 

5.1 Les tribunaux

Dans les tribunaux inférieurs, l’anglais et le créole sont les langues couramment utilisées à l’oral, le français demeurant plutôt rare. Cependant, seuls l’anglais et le français sont reconnus à l’écrit et sont d’égale valeur. Le juge ne rend toutefois ses sentences qu’en anglais. Dans les causes criminelles, le juge peut accepter les témoignages en français ou en créole s'il connaît suffisamment ces langues, sans passer par un interprète assermenté:

Criminal Procedure Code (1963)

Section 2


In all criminal cases coming before the Supreme Court the evidence of the witnesses shall be recorded in the following manner:-

(c) Whenever the evidence of a witness is given in French in Creole the Judge may, if he is satisfied that he is sufficiently conversant with these languages, take down or cause to be taken down such evidence in English in accordance
with the provisions of the preceding paragraphs without the use of a sworn interpreter.
Code de procédure criminelle (1963)

Article 2

Dans toutes les causes criminelles devant la Cour suprême, la déposition des témoins est inscrite de la manière suivante:

(c) Lorsque la déposition d'un témoin est donnée en français ou en créole, le juge peut, s'il est convaincu de connaître suffisamment ces langues, inscrire ou exiger qu'elle soit inscrite comme un témoignage en anglais, conformément aux dispositions des paragraphes précédents sans le recours à un interprète assermenté.

À la Cour suprême où la tradition britannique est très importante, seul l’anglais est admis à l’oral.

5.2 L'administration publique

Dans l’administration publique, les documents écrits sont toujours rédigés en anglais, ensuite traduits en français, rarement en créole. Mais dans les communications orales le créole occupe la toute première place. Bref, l’Administration orale est surtout bilingue: c’est l’anglais et le créole qui prévalent. Le français arrive toujours bon troisième, sauf dans les ministères concernant la Francophonie.

Soulignons que le français est la langue la plus utilisée dans les offices religieux catholiques. Étant donné que 95 % des Seychellois sont catholiques et que la liturgie se déroule entièrement en français, ils demeurent en contact avec cette langue. Seules quelques prières sont en créole. Dans les quelques temples protestants, l'anglais replace le français.

5.3 L'éducation

Le système semble assez complexe dans le domaine de l’éducation. C’est depuis 1944 que l’anglais est officiellement entré dans les écoles. Auparavant, seul le français était enseigné et les professeurs ne parlaient généralement que français et créole à l'école. Puis, le rôle de l’anglais s’est accru au point où le gouvernement britannique a même supprimé en 1970 le français comme langue d’enseignement pour le réduire à une simple matière d’enseignement. Après l’indépendance (1976), le gouvernement seychellois a institué une réforme importante en 1981. Cette réforme officialisait l'alphabétisation en créole et lui donnait un statut comme langue d'enseignement aux côtés de l’anglais et du français. L'Institut pédagogique national (IPN) fut créé en janvier 1981 afin de faciliter l'application d'une politique de l'éducation sous ses aspects pédagogiques, de contribuer à la formulation des finalités de l'éducation en fournissant des éléments de nature à faciliter la prise de décision au niveau politique, de traduire les finalités de l'éducation fixées au plan politique en objectifs spécifiques et, enfin, de proposer les programmes et les directives pédagogiques concernant les méthodes et les moyens.

Aujourd’hui (depuis 1982), le créole seychellois est la seule langue employée et enseignée à la maternelle ainsi que durant les deux premières années du primaire: c’est la langue d’enseignement dans toutes les matières. À partir de la troisième année, le créole est utilisé comme langue d'enseignement pour quelques matières, et ce, jusqu'à la sixième année. L’anglais langue seconde prend progressivement la place du créole dès la deuxième année pour la compréhension orale. À la troisième année, l'anglais devient une langue d'enseignement avec le créole pour toutes les matières de base. Il est maintenu comme matière obligatoire tout au long de la scolarité jusqu'à la fin du secondaire. Autrement dit, dès que l’élève a appris à lire et à écrire en créole, il passe à l’anglais.

Le français est obligatoirement la troisième langue enseignée et son étude est introduite au primaire dès la deuxième année, mais ce n'est qu'au troisième trimestre de la deuxième année que les élèves commencent à réaliser des activités de lecture et d'écriture. Le français devient une matière obligatoire à partir de la troisième année jusqu'à la fin du secondaire. Il sert aussi de langue de soutien à tous les niveaux. Néanmoins, le français occupe une place inférieure dans le système d'éducation aux Seychelles. Pour résumer, on peut dire que le créole n'est enseigné qu'au primaire et correspond à 34 % du temps d'enseignement des langues, contre 42 % pour l'anglais et 23 % pour le français.

Évidemment, l’enseignement du créole ou du seselwa a révolutionné l'éducation aux Seychelles. Ainsi, la promotion du créole dans le système éducatif a conduit les enseignants à s'intéresser à la tradition populaire véhiculée dans cette langue, notamment au moyen des contes, des légendes, des chansons, etc., et a suscité la production d'un grand nombre d'ouvrages didactiques en créole. Par exemple, la publication de poèmes et d'essais littéraires en créole a été encouragée. Par le fait même, c’est le français qui a bénéficié de l’augmentation du taux de lecture chez les jeunes Seychellois.

Dans les écoles secondaires, le créole est exclus pour faire place à l'anglais (53 % du temps d'enseignement des langues) et au français (47 %). Bien que le créole ne soit pas officiellement enseigné au secondaire, il sert de langue d'enseignement dans certaines matières non sanctionnées par des examens. Dans les établissements post-secondaires, l'anglais et le français demeurent les seules langues d'enseignement, mais à l'avantage de l'anglais. Toutefois, à l'École polytechnique et à l'Institut national de l'éducation, le français est enseigné comme matière principale.

5.4 Médias et vie économique

Dans la vie économique, les trois langues sont utilisées de façon fonctionnelle. L’anglais et le créole sont généralement plus utilisés dans les communications orales, mais l'unilinguisme français reste très fréquent dans l'affichage commercial; il est suivi du bilinguisme français-créole. Quant à l'unilinguisme anglais, il est à peu près inexistant, de même que le bilinguisme français-anglais ou créole-anglais. Le trilinguisme dans l'affichage demeure très marginal aux Seychelles. En somme, la répartition des langues se fait selon des critères de rentabilité économique à partir du groupe qui contrôle un secteur d'activité donné.

Il existe une presse régulière en anglais et en français, la presse française demeurant plus accessible en général à la population. Il existe un journal quotidien contrôlé par le gouvernement, The Seychelles Nation, qui paraît à la fois en anglais (83 % des articles), en français (15 % des articles) et en créole (2 % des articles). Quelques journaux privés rédigent la totalité de leurs articles en créole. Radio-Seychelles diffuse à la fois en anglais, en français et en créole. On estime que 20 % des émissions à la télévision sont diffusées en créole, 35 % en français et 45 % en anglais. À la radio, il existe deux stations nationales: SBC AM avec 50 % de créole, 25 % d'anglais et 25 % de français; SBC FM avec 80 % d'anglais, 5 % de français et 15 % de créole. Radio France internationale et la BBC (British Broadcasting Corporation) diffusent, la première en français et la seconde en anglais, diffusent des émissions 24 h sur 24.  

Dans sa politique linguistique, l’administration gouvernementale fait tout pour favoriser davantage l’anglais aux dépens du français: législature, justice, administration, école, etc. Le problème, c’est que, du point de vue linguistique, la population se sent plus près du français que de l’anglais. En effet, il est plus facile pour la majorité des Seychellois d’apprendre le français que l’anglais en raison des affinités linguistiques avec le créole. 

Cependant, même si l’anglais souffre de son «isolement linguistique» par rapport au créole et au français, les Seychellois sont aujourd'hui plus forts en anglais qu'en français. Pour le gouvernement, l’anglais constitue la première langue du pays, suivie du créole puis du français. Pour les Seychellois, c'est le  créole qui sert de première langue, suivie de l'anglais puis de l’anglais (parfois à l'inverse). On voit bien que le statut des trois langues «nationales» (officielles) et leurs rôles respectifs ne correspondent pas tout à fait aux visées des autorités, car la politique linguistique actuelle s’appuie davantage sur la tradition britannique plutôt que d’être orientée sur les intérêts de la population.

Dernière mise à jour: 24 déc. 2015

Bibliographie

 

GOUVERNEMENT DES SEYCHELLES. Le système d’éducation aux Seychelles, Ministère de l’éducation et de l’Information de la république des Seychelles, janvier 1982. 

HACHETTE MULTIMÉDIAS. «Seychelles» dans Le dossier multimédia, Paris, 1997-1998,
[http://www.encyclopedies.hachette-multimedia.fr/FRANCO/ARTICLES/cl_853.html]

HOAREAU,M.-R. «Le créole seselwa dans tous ses états» dans Études créoles, Paris, vol. XXVIII, no 2, Éditions de l'Harmattan, p. 67-89.

LIVI, Giovanni. «L’utilisation du créole (seselwa) dans l’enseignement, un défi culturel» dans Le Courrier, no 119, Bruxelles, janvier-février 1990, p. 60-62.

PERREAU, Joëlle. «Enseignement et apprentissage du français en milieu créolophone aux Seychelles» dans Appropriation du français et pédagogie convergente dans l'océan Indien, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2007, p.97-109.

VÉDRINE, Emmanuel W. «20 Fraz kreyòl potomitan» dans Creole Project inc., Dorchester (Massachusetts),
http://www.palli.ch/~kapeskreyol/vedrine/fraz.php.

 

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