Les Seychelles

Repiblik Sesel
Republic of Seychelles
République des Seychelles

République des Seychelles

Remarque: tous les sites portant sur Les Seychelles et qui ressemblent au présent site sont des plagiats non autorisés de ce dernier. 

Capitale: Victoria  
Population: 89 200  (2013)
Langues officielles: français, anglais, créole 
Groupe majoritaire: créole seychellois (95 %) 
Groupes minoritaires: français, anglais, malgache, chinois, etc. 
Langues coloniales: français et anglais 
Système politique: république présidentielle
Articles constitutionnels (langue): articles 4, 18, 19 et 43 de la Constitution de 1993
Lois linguistiques: Code de procédure pénale (1955); Code pénal (1955); Règlement sur la Cour suprême (1963); Loi sur l'éducation (1990); Loi sur la citoyenneté (1994); Énoncé de politique du ministère de l'Éducation (2000); Règlement de l'Assemblée nationale des Seychelles (2009); Loi sur la radiodiffusion et les télécommunications (2012); Loi sur l'enseignement tertiaire (2011); Programme-cadre national (2013).

1   Situation géographique

La république des Seychelles constitue un archipel formé de quelque 115 petites îles situées dans l’océan Indien à 1600 kilomètres à l'est des côtes africaines, au sud des Seychelles et au nord-ouest de la grande île de Madagascar, le tout à mi-chemin entre l'Afrique (1600 km) et l'Inde (2800 km).

Ce groupe d’îles seychelloises s'étend sur 455 km² de surface terrestre (équivalant à la petite principauté d'Andorre), mais son espace maritime exclusif occupe une superficie de 1,2 million de kilomètres carrés, ce qui correspondrait à la superficie de l'Afrique du Sud. Comme nous pouvons l’observer, cet espace est mitoyen au sud avec l’archipel des Comores, l’île de Madagascar et l’archipel des Mascareignes (Maurice, Rodrigues et La Réunion). Près de 50 % du territoire des Seychelles est protégé dans des réserves naturelles.

2   Données démolinguistiques

Ce petit État de 89 200 habitants (en 2013) répartis sur 115 îles et îlots contient une population très inégalement distribuée. La plus importante des îles seychelloises est Mahé (144 km²) où l’on retrouve la capitale, Victoria, ainsi que  le centre politique et commercial du pays, et le lieu d'habitation de 87 % des 89 200 Seychellois. Les îles de Mahé, de Praslin et de La Digue forment le cœur de l'archipel seychellois. Ces îles sont reliées entre elles par un haut fond, appelé «plateau des Seychelles».

Île Population 2013 % Superficie
Mahé 77 983 86,8 % 144,70 km²
Praslin  7 535 8,3 % 37,56 km²
La Digue  2 800 3,1 % 10,30 km²
La Frégate    214 0,2 % 2,20 km²
Silhouette    200 0,2 % 20,00 km²
North    152 0,1 % 2,00 km²
Cerf    100 0,1 % 1,27 km²
Denis      80 0,0 % 1,43 km²
Desroches     50 0,0 % 3,24 km²
Sainte-Anne     40 0,0 % 2,19 km²
Bird     38 0,0 % 0,75 km²
La Félicité     20 0,0 % 2,68 km²
Cousine     16 0,0 % 0,26 km²
Aride      8 0,0 % 0,68 km²
Curieuse      7 0,0 % 2,86km²
Cousin      6 0,0 % 0,29 km²
Anonyme      5 0,0 % 0,10 km²
Thérèse      3 0,0 % 0,74 km²
Autres îles 625 0,6 % 211,18 km²
Total 89 802 100, %

455 km²

La plupart des toponymes sont d'origine française: Mahé, Praslin, La Digue, Silhouette, Curieuse, Cousin, La Félicité, La Conception, Sainte-Anne, Marianne, Frégate, L'Îlot, Récifs, Desroches, etc., sauf Bird, North, Victoria.
 
Au Seychelles, on distingue les îles Intérieures et les îles Extérieures. Les îles Intérieures rassemblent notamment Mahé, Cerf, Sainte-Anne, Praslin, La Digue, Silhouette, Frégate, Denis et Bird. Les îles Extérieures rassemblent le reste de l’archipel et se situent au sud de l'île Mahé, dont Desroches et un grand nombre d'îlots inhabités.

Lorsqu'on consulte le tableau de gauche, on constate que la plupart des îles sont peu peuplées ou non inhabitées.

Après Mahé, c'est l'île de Praslin (8,3%) et l'île de La Digue (3,1%) qui sont les plus peuplées.

Les autres îles dignes de mention sont La Frégate, Silhouette, la North Island, Cerf, Denis, Desroches, Sainte-Anne et Bird.

Les autres îles comptent une population vraiment marginale.

La population seychelloise est d'origines ethniques diverses. En effet, les Seychellois sont considérés comme «de sang mêlé», mais la quasi-totalité des Seychellois est d'origine africaine (noire). Néanmoins, plusieurs ont des origines indo-pakistanaises, européennes ou chinoises. Les seules minorités ethniques sont les Indiens, les Chinois et les Blancs. Les Seychellois parlent une langue commune, le créole seychellois, dans une proportion de 95 %. C’est la langue de la vie quotidienne et de la culture populaire, et l’une des trois langues officielles de la République avec l’anglais et le français. 

2.1 Le créole seychellois

Le créole parlé aux Seychelles est fragmenté en plusieurs variantes :

- le créole fin : créole fortement francisé et parlé par la bourgeoisie;
- le
gros créole : celui des classes populaires;
- le
créole grand-bois : celui des campagnes;
- le
gros créole mozambique : celui des paysans d’origine africaine;
- le
créole des bulletins d'information : celui parlé à la radiotélévision ou par des personnalités politiques; il est un peu artificiel avec des emprunts à l'anglais.

Quoi qu’il en soit, le créole seychellois demeure relativement proche du créole mauricien mais assez éloigné du créole réunionnais. Malgré d'évidentes similitudes ce sont tous des créoles à base de français , ces créoles ont tous des particularité lexicales importantes. Voici quelques exemples comparatifs du créole mauricien (île Maurice), du créole rodriguais (île Rodrigues), du créole seychellois et du créole réunionnais (île de La Réunion):

Français Créole seychellois Créole mauricien Créole rodriguais Créole réunionnais
Peuples créoles du monde entier,
donnons-nous la main.
Tou pep Kreol dan lemonn, annou
atrap lanmen.
Tou dimoune ki koz langaz kreol anou mars ansam. Tou kreol lor la ter, anou marye pyke. Anou pèp kréol dan lo Monn antyé anon mèt ansanm.
Nous sommes créoles, et donc nous parlons créole.
Nou Kreol, alor nou koz Kreol. Nou finn ne kreol, alor nou noz kreol. Nou kreol, nou koz nou lang. Nou lé kréol, nou koz kréol.
Le créole est la puissante langue de notre patrie car il est parlé par tout le monde. Kreol i lalang pli pwisan nou patri akoz
tou dimoun i koz li.
Langaz kreol pli gran patrimwann nou pei parski tou dimounn koz li.  Kreol li enn gran lang kot nou parski tou dimoune kose li. Lo kréol lé la lang lo pli gabyé nout nasyon parské tout domoun i koz ali.

Depuis les début des années 1980, le créole des Seychelles est aussi appelé le seselwa. Cette appellation a été proposée par l’Institut Kréol (le Lenstiti Kreol) dans le but de revaloriser le créole des Seychelles et de déraciner le sentiment de mépris rattaché à son usage.

2.2 Le français

La plupart des Seychellois parlent aussi l'anglais et le français comme langues secondes. Le français est restée une langue valorisée pour les grandes circonstances importantes de la vie comme les demandes en mariage, les chansons dites «romantiques», les avis de décès, etc., mais aussi pour les médias écrits, la lecture en général et l’affichage commercial. Après le créole, le français est la langue la plus utilisée par le clergé catholique composé principalement de missionnaires suisses romands et français. De façon générale, c’est la langue de la culture occidentale. On compte moins de 1000 Franco-Seychellois.

Toutefois, le français dispose d'un atout considérable: l'archipel des Seychelles baigne dans un environnement francophone, car il est entouré de pays tels que La Réunion, Madagascar, Maurice et Rodrigues, ainsi que les Comores, dont Mayotte, où domine la francophonie. Dans ce contexte, la maîtrise adéquate du français est la condition d'une intégration harmonieuse de l’archipel dans son environnement géopolitique.

2.3 L'anglais

Quant à l’anglais, c’est la langue de l’Administration, du commerce, des affaires internationales et souvent de la télévision. Les Anglo-Seychellois comptent pour moins de 2000 personnes.

Quelques petites communautés parlent le malgache, une langue de la (famille austronésienne) ou des langues originaires de l’Inde. Dans la vie quotidienne, à peu près tout le monde dans l’archipel parle le français, l’anglais et même le «franglais», mais c’est «en kreol que ça se passe» dans les communications informelles entre Seychellois.

2.4 Les religions

Les Seychellois sont catholiques romains dans une proportion de 76,2 %. Suivent les protestants (10,6 %), les anglicans (6,1 %), les pentecôtistes (1,5 %), les adventistes du septième jour (1,2 %), les hindous (2,4 %), les musulmans (1,6%) et quelques autres communautés.

3  Données historiques

L'archipel des Seychelles fut signalé par Vasco de Gama en 1502, mais il a été officiellement découvert au XVIe siècle par les Portugais qui trouvèrent ces îles encore inhabitées. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, elles servirent simplement d’escales pour les marins et les négriers, puis de refuges pour les pirates et corsaires français. Les îles seychelloises ont été occupées par les Français en 1742 au moment où Lazare Picault expédia un rapport sur les Seychelles en France. Il y retourna en 1744 et baptisa l’île Mahé en l’honneur de Bertrand-François Mahé de Labourdonnais, gouverneur de l’île de France (Maurice) entre 1735 à 1746.

3.1  La colonisation française

La France, par l’entremise de la Compagnie des Indes orientales, prit officiellement possession des Seychelles en 1756. C’est Nicolas Morphey, capitaine de la Marine française, qui plaça une «pierre de possession» sur l’île de Mahé (voir la carte) et nomma les îles Seychelles en l’honneur du vicomte Moreau de Séchelles, contrôleur-général des Finances durant le règne de Louis XV.

Les 20 premiers Français qui se sont installés à l’île Mahé et à l’île Sainte-Anne en 1770 furent envoyés par Brayer du Barré et venaient tous de l’île Bourbon (La Réunion) et de l’île de France (Maurice). On peut visualiser la carte de l’archipel des Mascareignes et de l’archipel des Seychelles en appuyant ICI, s.v.p. La plupart furent évacués par la suite, presque mourant de faim. En 1772, un second  petit groupe de colons français arriva à l'Anse Royale de l’île Mahé. En 1778, le lieutenant de Romainville, accompagné de 15 hommes, reprit possession de la colonie et érigea les premiers bâtiments au lieu dit L’Établissement (aujourd’hui Victoria, la capitale, rebaptisée en 1841). Mais la colonie se peuplait lentement; en 1785, on ne comptait encore que 70 Français, uniquement des hommes; ils étaient accompagnés de quelques 500 esclaves, surtout des Malgaches.

En 1790, la nouveau gouvernement révolutionnaire autorisa la création d'une Assemblée coloniale pour s’occuper de l'administration locale. Les quelque 450 colons français avaient fait venir des esclaves d’Afrique, surtout du Mozambique et de Madagascar. Ceux-ci apprirent  le français pour pouvoir communiquer avec les patrons français, mais en même temps ils créèrent leur créole pour communiquer entre eux. Ce créole seychellois restait à base française, mais empruntait aussi massivement à l’arabe et un peu au swahili. Aujourd'hui, le créole seychellois compte plus de mots arabes que de mots français ou africains (environ 80 mots, dont une vingtaine empruntés au swahili, les autres provenant du wolof, du fon, de l'éwé, etc.). Le français et le créole ont donc été les deux premières langues parlées dans l’archipel des Seychelles. Ainsi, la langue véhiculaire issue des esclaves africains ou malgaches et des Français était devenue la langue maternelle de la plupart des Seychellois, sauf les colons blancs.

Mais les rivalités franco-britanniques, déjà virulentes aux Antilles, se propagèrent dans l’océan Indien, et ce, d’autant plus que les colonies françaises de l’océan Indien suscitaient la convoitise des Britanniques. Comme ces colonies s’étendaient sur une grande surface dans l’océan Indien, c’est-à-dire tout l’archipel des Mascareignes (île de France/Maurice, île Bourbon/La Réunion et Rodrigues) et tout l’archipel des Seychelles située plus au nord (voir la carte de l'océan Indien), elles nuisaient considérablement au commerce anglais. En outre, pendant les guerres napoléoniennes, ces mêmes colonies étaient devenues le rendez-vous des corsaires français qui organisaient des raids fructueux contre les navires commerciaux britanniques. Il était temps pour les Britanniques de mettre fin à l’hégémonie française dans l’océan Indien.

En 1794, le chevalier Jean-Baptise Queau de Quinssy devint gouverneur des Seychelles. Sa première tâche majeure consista à arrêter l'invasion d'une escadrille navale britannique qui exigeait de rendre les îles au nom de Sa Majesté britannique. De Quinssy capitula, mais hissa à nouveau le drapeau français aussitôt les Anglais partis. Entre 1794 et 1811, les îles Seychelles furent tantôt anglaises tantôt françaises. Le gouverneur De Quinssy répéta son petit manège du changement de drapeau au moins une douzaine de fois entre 1794 et 1811, c’est-à-dire chaque fois qu’un vaisseau anglais ou français se pointait à l’horizon.

Les Seychelles furent définitivement occupées par les Britanniques en 1810, mais elles ne furent annexées à la Grande-Bretagne qu'en 1814, soit lors du traité de Paris. Selon les clauses du traité, les Français perdaient l’archipel des Seychelles et l’archipel des Mascareignes à l’exception de la seule île Bourbon (La Réunion) qui fut rétrocédée à la France.

3.2  La colonisation anglaise

Bien que cédées à la Grande-Bretagne, les Seychelles ne représentaient aucun intérêt économique en soi. Les Anglais les administrèrent comme une dépendance de l'île Maurice (qui, rappelons-le, était également devenue anglaise). L’occupation anglaise introduisait en principe une nouvelle langue: l'anglais. Cependant, comme à l’île Maurice, l’article 8 de le traité de Capitulation de 1810 spécifiait que les colons franco-seychellois pouvaient conserver «leurs religion, leurs lois et leurs coutumes». Même si le traité de Paris ne reprenait pas réellement cette formulation, le nouveau gouvernement anglais, dirigé de l’île Maurice par le gouverneur Robert Farquhar, admit que l'usage de la langue française constituait l’une de ces «coutumes» que les colons pouvaient maintenir.  En devenant sujets britanniques, les colons français des Seychelles pouvaient continuer à parler leur langue, utiliser leurs lois et pratiquer leur religion. Cette concession semblait d’autant plus facile que les Anglais n'eurent jamais l’intention d’habiter l’archipel.

Quelques semaines après la signature de la capitulation, le nouveau gouverneur britannique, Robert Townsend Farquhar (1870-1830), revient sur les termes du traité. Il proclama l’obligation pour tous les habitants français de l’île Maurice de prêter serment d’allégeance à la Couronne britannique, sous peine d’expulsion, obligation qui valait aussi pour les Seychelles. Pour les habitants, c'était une trahison. Alors que le traité de Capitulation n'exigeait que la «soumission» à la Couronne et leur garantissait ainsi le maintien de leurs droits civiques français, la prestation du serment d’allégeance impliquait l'«obéissance» et la «fidélité». Beaucoup de Français vécurent dans l’attente et l’espoir que les colonies des Seychelles et de Maurice seraient rétrocédées à la France, mais le traité de Paris de 1814 céda officiellement ces îles de l'océan Indien à la Grande-Bretagne, à l'exception de La Réunion qui retourna dans le giron français.

Par la suite, les Britanniques se contentèrent d’envoyer des administrateurs de l’île Maurice et virent à ce que l'Union Jack flotte en bonne place dans l’île de Mahé aux Seychelles. D’ailleurs, c’est Jean-Baptiste Queau de Quinssy qui devint le premier administrateur «britannique» en raison de sa grande popularité à Mahé et de la bonne volonté qu’il avait manifestée chaque fois qu’un vaisseau anglais avait abordé l’île principale des Seychelles. En retour, de Quinssy modifia «gracieusement» son nom en de Quincy et resta administrateur durant treize ans, soit jusqu’à sa mort survenue en 1827.

Au XIXe siècle, le premier événement majeur fut l'abolition de l'esclavage en 1835. Dès cette proclamation aux Seychelles, les 6500 Noirs libérés furent mis en apprentissage chez leurs anciens propriétaires pour être intégrés graduellement dans la communauté. Dès lors, le développement du créole seychellois fut définitif. Une autre conséquence importante de l’abolition de l’esclavage fut la modification de la composition ethnique des habitants de l’archipel. D’abord, après cette abolition, beaucoup de colons franco-seychellois partirent en amenant leurs esclaves avec eux.

Puis les Britanniques libérèrent aux Seychelles un grand nombre de bateaux négriers en provenance d’Afrique; à partir de 1861, plus de 4000 immigrants noirs d’Afrique débarquèrent aux Seychelles;  ils furent suivis d’un petit nombre d’Indiens, de Malais et de Chinois. Tous ces habitants s’intégrèrent à la population et lui donnèrent ainsi un caractère africain plus prononcé que dans les autres colonies anglaises de l’océan Indien.

La première mesure en faveur de la langue anglaise date de 1841 lorsque le nom de la capitale, L'Établissement, fut changé en Victoria en l’honneur de l’héritière au trône d’Angleterre née quelques années plus tôt, soit en 1837. La seconde mesure fut d’imposer l’enseignement de la langue anglaise dans les écoles à partir de 1844, concurremment à l’enseignement du français. Puis le gouvernement britannique consentit au rétablissement officiel de l'Église catholique romaine en 1853. Jusqu’à ce moment-là, les enseignants continuaient d’enseigner en français dans les écoles catholiques, mais il s’agissait d’une pratique simplement tolérée. À partir de 1853, cet enseignement devint officialisé par le gouvernement britannique, ce qui eut pour effet de valoriser la culture française dans l’archipel.

En somme, on peut dire que, en ce qui a trait à la langue, les Anglais n’ont pas vraiment essayé, du moins au XIXe siècle, d’imposer leur langue ou leur culture, pas même leur monnaie. Ainsi, devant le refus des Seychellois d’utiliser la livre sterling, parce qu'ils préféraient employer la roupie indienne qui faisait figure de leader économique dans la région, les Anglais n'ont même pas insisté. 

3.3  Vers l’indépendance

En 1903, les Seychelles devinrent une colonie de la couronne indépendante de l'île Maurice  (voir la carte de l'océan Indien) et furent dotées d’une assemblée locale. Puis, les Seychellois commencèrent à s’opposer à l’administration anglaise et, en 1939, ils créèrent l’Association des contribuables des Seychelles destinée à faire valoir leurs revendications. Durant ce temps, l'administration britannique avait réussi à mettre en place un système éducatif dans lequel l'anglais avait gagné progressivement du terrain, car en 1944 l'anglais devint la seule langue d'enseignement et le français fut relégué au rôle de matière d'enseignement. 

En 1964, la création de deux partis politiques nationalistes accentua les rivalités avec la Grande-Bretagne. Les rivalités nationalistes s’accrurent lorsque Londres créa une nouvelle colonie comprenant les îles d'Aldabra, de Farquhar, de Desroches et l'archipel des Chagos, et nommée les Territoires britanniques de l'océan Indien. En 1970, le français fut supprimé dans les trois premières classes du primaire. Il s'ensuivit une période assez confuse de changements linguistiques avec un système scolaire à deux volets: l'une payante (les «Grammar Schools») fréquentées par les enfants de familles aisées et l'autre (les écoles de paroisse) gratuite, et qui était fréquentée par la majorité des enfants du pays. Sur le plan scolaire, les rapports officiels révélaient que les résultat étaient très médiocres et le taux d'échec dans les écoles, très élevé. Enfin, les Seychelles bénéficièrent d'une constitution particulière en 1970 et accédèrent pacifiquement à l'indépendance le 29 juin 1976. Les îles d'Aldabra, de Farquhar et de Desroches retournèrent aux Seychelles. L'année 1991 vit l'adoption du multipartisme et des élections sont organisées le 23 juillet 1993. Aujourd’hui, la république des Seychelles est à la fois membre du Commonwealth et de la Francophonie.

4     Le statut des langues

La république des Seychelles est un État officiellement trilingue. Conformément à l’article 4 de la Constitution de 1993, on compte trois langues nationales:

Article 4

1) Les langues nationales des Seychelles sont l'anglais, le créole et le français.

2) Par dérogation au paragraphe (1), toute personne peut utiliser pour une fin quelconque la langue nationale de son choix, sauf que l'utilisation de l'une ou de plusieurs langues nationales peut être décrétée par une règle de droit à certaines fins.

Même si la Constitution proclame trois langues «nationales», équivalant au statut de langues «officielles», celles-ci ne sont pas nécessairement placées sur un pied d'égalité.

5   La politique linguistique

En principe, la politique linguistique des Seychelles en est une de trilinguisme, mais il ne s'agit pas d'un trilinguisme égalitaire dans lequel toutes les langues officielles le créole, l'anglais et le français seraient à parité. Dans cette politique linguistique, il existe une hiérarchie entre les trois langues, surtout depuis 1981. C'est cette année-là que la politique linguistique du pays fut réorientée et précisée par le gouvernement, notamment grâce au SPPF (le Seychelles People's Progressive Front), le Front progressiste du peuple seychellois, aussi appelé le Lepep ou Parti populaire (en anglais : People's Party). Ce parti a été fondé en 1964, mais depuis 2006, les trois présidents de la République successifs sont issus du Lepep.

Le créole, appelé dorénavant seselwa, est devenu la première langue nationale; l’anglais, la deuxième; le français, la troisième. Cette politique visait avant tout le promotion du créole seychellois en décidant d’en faire la première langue du pays. Dans les faits, c’est comme si le créole était la seule langue parlée par tous et que l'anglais était la seule langue de la loi, des médias, du commerce et des affaires. Quant au français, bine qu'il soit apparenté à la culture avec un grand «C», il est aujourd'hui peu utilisé et son prestige semble au plus bas de l'Histoire. 

5.1 Le domaine de la législation

Le Parlement seychellois est monocaméral et ne comprend que l'Assemblée nationale (la National Assembly). Malgré l'officialisation des trois langues, toutes les lois et tous les règlements ne sont rédigés, adoptés et promulgués qu'en anglais. Certains documents officiels peuvent être parfois traduits en français, mais il s'agit alors de traductions. Bien que les trois langues officielles soient théoriquement autorisées à l'oral, le créole demeure la langue véhiculaire exclusive. Cette pratique est conforme à l'article 11 du Règlement de l'Assemblée nationale des Seychelles (2009):

Article 11

Langue

Les travaux et les débats de l'Assemblée doivent être
en créole, mais un ministre ou un député peut s'adresser à l'Assemblée en anglais ou en français.

Dans les faits, l'anglais est utilisé pour faire la lecture lors d'un projet de loi ou lors d'une modification à une loi existante.

5.2 Les tribunaux

Au Seychelles, les tribunaux relèvent de la Common Law anglaise issue du droit anglais. Les articles 4 et 8 du Code pénal (1955-2016) nous le rappellent:

Article 4

Interprétation

Le présent code doit être interprété conformément aux principes d'interprétation juridique obtenus en Angleterre; les expressions, qui y sont employées sont présumées, dans la mesure où elles sont compatibles avec le contexte et sauf disposition contraire expresse pour être employées avec le sens rattaché en droit pénal anglais, doivent être interprétée en conformité avec celui-ci.

Article 18

Sous réserve des dispositions expresses du présent code ou de toute autre loi en vigueur aux Seychelles, la responsabilité pénale dans l'exercice de la défense du justiciable ou de la propriété est déterminée conformément aux principes de la Common Law anglaise.

Or, le droit anglais est par définition en lange anglaise. L'article 143 du Code de procédure pénale (1955) emploie l'expression «la langue de la cour» ("the language of the court"), sans mentionner de quelle langue il s'agit, et ce, tant il est évident que c'est l'anglais: 

Article 143

Contenu du jugement

1) Sauf disposition expresse contraire du présent code, tout jugement doit être rédigé par le président de la cour
dans la langue de la cour et doit contenir le ou les points à déterminer, la décision à prendre et les motifs de cette décision, et il doit être daté et signé par le président en audience publique au moment de sa sentence.

D'ailleurs, l'article 256 du Code de procédure pénale (1955) précise qu'un membre d'un jury doit connaître la «langue anglaise» auquel cas le juge peut libérer un juré et poursuivre le procès : 

Article 256

Absence d'un juré

1)
Si, au cours du procès, n'importe quand avant la prononciation de la sentence, un juré est empêché pour un motif suffisant d'assister à tout le long d'un procès, ou si un juré s'absente lui-même et qu'il n'est pas possible d'assurer sa présence, ou s'il apparaît à la cour qu'un juré ne maîtrise pas
la langue anglaise, la cour peut, si elle le juge utile, libérer celui-ci et poursuivre le procès, à condition que le nombre des membres du jury ne soit pas inférieur à sept.

La Constitution de 1993 traite de la langue dans une procédure judiciaire. Ainsi, l'article 18 mentionne que toute personne arrêtée ou détenue a le droit d'être informée des raisons de son arrestation ou de sa détention, au moment de son arrestation ou de sa détention, dans une langue (si possible) qu'elle comprend:

Article 18

Droit à la liberté

3) La personne qui est arrêtée ou détenue a le droit d'être informée au moment de son arrestation ou de sa détention, ou à la première occasion, dans une langue, si possible, qu'elle comprend, des raisons de son arrestation ou de sa détention, de garder le silence, d'avoir recours à l'assistance d'un avocat de son choix et, dans le cas d'un mineur, de communiquer avec son père, sa mère ou son tuteur.

L'article 19 de la Constitution reprend la même disposition à cet égard:

Article 19

Droit à un procès équitable et public

2) Toute personne accusée d'une infraction :

a) est innocente tant que sa culpabilité n'a pas été établie ou qu'elle n'a pas plaidé coupable;

b) est informée de façon précise, au moment de son inculpation ou à la première occasion, de la nature de l'infraction reprochée
dans une langue, si possible, qu'elle comprend;

f) bénéficie gratuitement, si possible, de l'assistance d'un interprète afin de comprendre la langue utilisée au procès;

Il en est ainsi à l'article 170 du Code de procédure pénale (1955): lorsqu'une déposition est donnée dans une langue qui n'est pas comprise par l'accusé alors qu'il est présent physiquement, celle-ci doit être traduite en audience publique dans une langue qu'il comprend:

Article 170

Interprétation de la déposition à l'accusé ou à son avocat

1) Lorsqu'une déposition est donnée dans une langue qui n'est pas comprise par l'accusé alors qu'il est présent physiquement, celle-ci doit être traduite en audience publique dans une langue qu'il comprend.

2) Si une déposition est présentée par l'avocat et qu'elle est transmise dans une autre langue que l'anglais, et qu'elle n'est pas comprise par l'avocat, elle doit être traduite en anglais.

3) Lorsque des documents sont présentés à des fins de preuve formelle, il est laissé à la discrétion du tribunal de les traduire s'il le juge nécessaire.

4) Lorsque la cour s'estime convaincue de maîtriser suffisamment l'anglais, le français ou le créole, elle peut, sans avoir recours à un interprète assermenté, entreprendre la traduction nécessaire en vertu du présent article, ou par nécessité lors d'une enquête ou d'un procès, dans l'une des langues susmentionnées qui sont connues par la cour
.

Quoi qu'il en soit, il faut se rendre à l'évidence que la langue de la cour est l'anglais et que le juge n'est pas tenu de connaître les trois langues officielles, l'anglais étant suffisant. Toutefois, si le juge comprend le créole et/ou le français, il peut procéder comme s'il s'agissait de l'anglais. Du moins, c'est ce qu'indique l'article 171 du Code de procédure pénale (1955):

Article 171

Procédure pour
enregistrer la preuve devant le magistrat

Dans les enquêtes et les procès autres que les procès en vertu de l'article 173 par ou devant un magistrat, la preuve des témoins doit être enregistrée selon la procédure suivante ;

a) la déposition de chaque témoin doit être consignée par écrit en anglais par le magistrat, ou en sa présence lors de l'audience et sous sa direction et sa surveillance personnelles, puis signée par lui pour faire partie du dossier;

b) ces dépositions ne doivent pas en principe être rédigées sous forme de questions et de réponses, mais sous la forme d'un récit: à la condition que le magistrat puisse, à sa discrétion, annuler ou faire annuler l'une des questions et des réponse particulières ;

c) lorsque la déposition d'un témoin est transmise en français ou en créole, le magistrat peut, s'il est convaincu qu'il maîtrise suffisamment ces langues, déposer ou faire retirer les témoignages en anglais, conformément aux dispositions des paragraphes précédents sans recourir à un interprète assermenté.

 

En somme, dans les tribunaux ordinaires ou inférieurs, l’anglais et le créole sont les langues couramment utilisées à l’oral, le français demeurant plutôt rare. Cependant, seuls l’anglais et le français sont reconnus à l’écrit et sont d’égale valeur. Le juge ne rend toutefois ses sentences qu’en anglais. Dans les causes criminelles, le juge peut accepter les témoignages en français ou en créole s'il connaît suffisamment ces langues, sans passer par un interprète assermenté.

D'après l'article 2 du Règlement sur la Cour suprême (1963), la langue de la Cour suprême est l'anglais, mais le juge peut accepter une déposition en créole ou en français s'il maîtrise suffisamment ces langues, sinon il faut recourir aux services d'un interprète:

Article 2

Dans toutes les causes criminelles devant la Cour suprême, la déposition des témoins est inscrite de la manière suivante:

a) La déposition de chaque témoin doit être consignée par écrit en anglais par le juge, ou en sa présence lors de l'audience et sous sa direction et sa surveillance personnelles, puis signée par lui pour faire partie du dossier;

(b) Ces dépositions ne doivent pas en principe être rédigées sous forme de questions et de réponses, mais sous la forme d'un récit: à la condition que le juge puisse, à sa discrétion, annuler ou faire annuler l'une des questions et des réponse particulières ;

(c) Lorsque la déposition d'un témoin est transmise en français ou en créole, le juge peut, s'il est convaincu qu'il maîtrise suffisamment ces langues, déposer ou faire retirer les témoignages en anglais, conformément aux dispositions des paragraphes précédents sans recourir à un interprète assermenté.

À la Cour suprême où la tradition britannique est encore plus importante, seul l’anglais est admis à l’oral à moins que, lors d'une déposition, le juge comprennent le créole et/ou le français. 

5.3 L'administration publique

Dans l’administration publique, les documents écrits sont toujours rédigés en anglais, ensuite traduits en français, rarement en créole, langue peu utilisée à l’écrit dans sa forme officielle; le créole demeure presque inexistant dans l’administration quotidienne où la place est déjà occupée par l’anglais. Mais dans les communications orales le créole occupe la toute première place.

Bref, l’administration orale est surtout bilingue: c’est l’anglais et le créole qui prévalent, comme c'est d'ailleurs le cas du papier-monnaie, où les inscriptions n'apparaissent qu'en anglais ("Central Bank of Seychelles" et "Ten rupees") et en créole (La Bank Santral Sesel" et "Dis roupi"), le français étant tout à fait exclus.

Généralement, le français arrive toujours bon troisième, sauf dans les ministères concernant la Francophonie. Même le ministère de l'Éducation ne publie à peu près jamais de directives ou de documents en français. Le créole écrit peut être plus courant dans les instances municipales et les collectivités locales: par exemple, dans les lettres de demande d’emploi, les formulaires de plaintes et de requêtes à destination de certains ministères. C'est le cas, par exemple, des ministères de la Santé, de l'Agriculture, de l’Environnement pour la diffusion des informations au grand public.

Il est possible aussi de publier en créole des brochures, des fascicules traitant des maladies chroniques comme le diabète ou la prévention contre d'autres maladies dans le but d’atteindre un plus grand public.

Dans la Loi sur la citoyenneté (1994), il est précisé que la citoyenneté seychelloise peut être accordée à un requérant qui a obtenu au moins 80 % des points dans l'une des trois langues nationales lors d'un examen de qualification de la citoyenneté effectué selon les modalités prescrites :

Article 5

Citoyenneté pour service distinctif ou dans des circonstances particulières

3) Pour l'application du paragraphe 2, les circonstances particulières sont :

(i) la personne possède une aptitude extraordinaire dans les domaines des sciences, des arts, de l'éducation, de l'économie, des affaires, du droit ou des sports;

(ii) la personne visée aux alinéas (i) (a) à (d) remplit les conditions suivantes :

a) a été un résident légal pour une période totale de 15 ans ou plus ou un résident permanent pour une période de 10 ans immédiatement avant de présenter une demande et a été physiquement présent aux Seychelles pour une période totale d'au moins treize ans;

b) n'a pas été absent des Seychelles pendant une période continue supérieure à un an sans l'autorisation écrite préalable du Ministre;

c) obtient au moins
80 % des points dans l'une des trois langues nationales lors d'un examen de qualification de la citoyenneté effectué selon les modalités prescrites;

Cet examen national Test de citoyenneté ou Citizenship Test comprend des questions qui visent à évaluer la connaissance des candidats sur la Constitution et l'histoire des Seychelles. En réalité, les candidats potentiels à la citoyenneté des Seychelles doivent répondre à 20 questions dans un groupe ("pool") de 100 questions dans l'une des trois langues nationales, l'anglais, le français et le créole, dans lequel une note de passage de 80% est requise avant le dépôt de la demande de citoyenneté.

Soulignons que le français est la langue la plus utilisée dans les offices religieux catholiques. Étant donné que 95 % des Seychellois sont catholiques et que la liturgie se déroule entièrement en français, ils demeurent en contact avec cette langue. Seules quelques prières sont en créole. Dans les quelques temples protestants, l'anglais replace le français.

5.4 L'éducation

Le système d'éducation des Seychelles semble assez complexe. Depuis 1944, l’anglais est officiellement entré dans les écoles. Auparavant, seul le français était enseigné et les professeurs ne parlaient généralement que le français et le créole à l'école. Puis le rôle de l’anglais s’est accru au point où le gouvernement britannique a même supprimé en 1970 le français comme langue d’enseignement pour le réduire à une simple «matière d’enseignement».

Après l’indépendance (1976), le gouvernement seychellois a institué une réforme importante en 1981. Cette réforme officialisait l'alphabétisation en créole et lui donnait un statut comme langue d'enseignement aux côtés de l’anglais et du français. L'Institut pédagogique national (IPN) fut créé en janvier 1981 afin de faciliter l'application d'une politique de l'éducation sous ses aspects pédagogiques, de contribuer à la formulation des finalités de l'éducation en fournissant des éléments de nature à faciliter la prise de décision au niveau politique, de traduire les finalités de l'éducation fixées au plan politique en objectifs spécifiques et, enfin, de proposer les programmes et les directives pédagogiques concernant les méthodes et les moyens.

Dans le Rectificatif d'août 1981 au Plan sectoriel de mai 1981, on trouve les prescriptions suivantes:

"Le créole sera non seulement la première langue enseignée, mais aussi le support de 1'enseignement au début de la scolarité primaire ..."

"L'étude de l'anglais sera introduite dès que les enfants sauront lire et écrire en créole, donc au début de la seconde année d'enseignement primaire. L'anglais deviendra dès que possible la langue d'enseignement à tous les niveaux pour toutes les matières, à l'exception toutefois de celles qui continueront à être enseignées en créole."

"Le français sera obligatoirement la troisième langue enseignée et sera introduit au niveau primaire dès que l'anglais sera suffisamment maîtrisé. Il ne sera pas utilisé comme langue d'enseignement contrairement à ce qui est actuellement le cas pour l'histoire et la géographie."

C'est ainsi que le créole devient la première langue nationale; l'anglais, la seconde; et le français, la troisième.

La Loi sur l'éducation de 1990 de mentionne aucune disposition concernant l'enseignement des langues aux Seychelles:

Article 4

Politique gouvernementale

1)
Il relève de la politique du gouvernement -

a) de veiller à ce que tous les Seychellois bénéficient d'occasions  égales d'instruction en fonction de leurs habiletés, de leurs aptitudes et de leurs besoins;

b) de veiller à ce qu'aucun Seychellois ne subisse un préjudice dans son éducation en raison de son sexe, de sa couleur ou de sa croyance;

c) d'encourager les Seychellois à la prise de conscience de l'identité nationale et du respect de l'individu; et

d) d'assurer -

(i) le développement progressif des établissements consacrés à l'éducation;

(Ii) la réalisation et le maintien dans ces établissements des plus hautes normes pédagogiques; et

(Iii) l'offre d'un service éducatif varié et complet.

Cependant, l'Énoncé de politique du ministère de l'Éducation de 2000  énonce que l'enseignement primaire doit permettre d'acquérir l'alphabétisation «dans les trois langues nationales» :

Enseignement primaire (7½ - 12 ans)

L'objectif de l'enseignement primaire consiste à ce que l'enfant puisse :

• acquérir
l'alphabétisation dans les trois langues nationales à un niveau correspondant à son développement mental et aux habitudes d'utilisation des trois langues dans sa vie quotidienne;

• acquérir un niveau de compétence dans le principal moyen d'enseignement suffisamment pour répondre aux exigences de l'enseignement et de l'apprentissage dans les matières de base du programme;

• être doté de compétences de calcul de base en arithmétique, comprendre certains principes mathématiques de base et avoir la capacité de faire des jugements fondés sur la compréhension des résultats quantitatifs de certains des choix ou des décisions qu'il prend dans la vie quotidienne;

- L'enseignement primaire

Cela étant dit, le créole seychellois est la seule langue employée et enseignée à la maternelle ainsi que durant les deux premières années de l'enseignement primaire: le créole est donc la langue d’enseignement dans toutes les matières. À partir de la troisième année, le créole est utilisé comme langue d'enseignement pour quelques matières, et ce, jusqu'à la sixième année, à la fin du primaire.

Évidemment, l’enseignement du créole ou du seselwa a révolutionné l'éducation aux Seychelles. Ainsi, la promotion du créole dans le système éducatif a conduit les enseignants à s'intéresser à la tradition populaire véhiculée dans cette langue, notamment au moyen des contes, des légendes, des chansons, etc., et a suscité la production d'un grand nombre d'ouvrages didactiques en créole. Par exemple, la publication de poèmes et d'essais littéraires en créole a été encouragée. Par le fait même, c’est le français qui a bénéficié de l’augmentation du taux de lecture chez les jeunes Seychellois.

L’anglais langue seconde prend progressivement la place du créole dès la deuxième année pour la compréhension orale. À la troisième année, l'anglais devient une langue d'enseignement avec le créole pour toutes les matières de base. Il est maintenu comme matière obligatoire tout au long de la scolarité jusqu'à la fin du secondaire. Autrement dit, dès que l’élève a appris à lire et à écrire en créole, il passe à l’anglais.

Le français est obligatoirement la troisième langue enseignée et son étude est introduite au primaire dès la deuxième année, mais ce n'est qu'au troisième trimestre de la deuxième année que les élèves commencent à réaliser des activités de lecture et d'écriture. Le français devient une matière obligatoire à partir de la troisième année jusqu'à la fin du secondaire. Il sert aussi de langue de soutien à tous les niveaux. Néanmoins, le français occupe une place inférieure dans le système d'éducation aux Seychelles. Pour résumer, on peut dire que le créole n'est enseigné qu'au primaire et correspond à 34 % du temps d'enseignement des langues, contre 42 % pour l'anglais et 23 % pour le français.

- L'enseignement secondaire

Dans les écoles secondaires, le créole est exclus pour faire place à l'anglais (53 % du temps d'enseignement des langues) et au français (47 %). Bien que le créole ne soit pas officiellement enseigné au secondaire, il sert de langue d'enseignement dans certaines matières non sanctionnées par des examens.

En 2013, le ministère de l'Éducation publiait le Programme-cadre national en matière de langue. Ce programme officiel, paru uniquement en anglais, laisse croire à la parité des trois langues nationales, alors que ce n'est guère le cas :

[Traduction]

En dépit d'être une petite société, les Seychelles possèdent une riche diversité de langues. Le créole, l'anglais et le français sont nos langues nationales et elles font partie intégrante de notre patrimoine historique et culturel. L'apprentissage et l'enseignement de ces trois langues sont guidés par la politique trilingue du pays et par la Politique linguistique du ministère de l'Éducation (1998) qui précise que le créole constitue le moyen d'enseignement et d'apprentissage des premières années de l'enfance. Dès le début de l'Étape 2 (P3), l'anglais devient le support de certaines matières, tandis que les trois langues sont enseignées dans le programme scolaire en tant que composantes du domaine d'apprentissage des langues. Les trois langues nationales peuvent également être utilisées comme langues de soutien dans l'enseignement de matières particulières, en fonction du contexte et des circonstances des élèves, des enseignants et des écoles, afin d'assurer un niveau de compréhension maximum par tous les élèves.

L'utilisation du créole à l'étape 1 aide les enfants à développer des compétences de base pour l'apprentissage ultérieur, avec la confiance et l'estime de soi pour apprendre l'anglais et le français à mesure qu'ils progressent. Des recherches approfondies sur l'utilisation de la première langue de l'enfant aux premiers stades de l'apprentissage ont montré hors de tout doute raisonnable que l'apprentissage dans la première langue est plus efficace et améliore l'acquisition des autres langues. La maîtrise de la langue maternelle et des deux autres langues nationales est donc cruciale pour tous les apprentissages ultérieurs - d'où l'importance accordée dans notre programme national à l'alphabétisation en créole, en anglais et en français.

En plus des langues utilisées pour l'apprentissage et l'enseignement, chaque domaine d'apprentissage détient sa propre langue spécialisée que les élèves doivent apprendre et devenir compétents. Les enseignants doivent aider les élèves à acquérir le vocabulaire spécialisé associé à des domaines d'apprentissage particuliers, les aider dans la lecture et la compréhension, é
couter et communiquer leurs idées, surtout là où le langage de la communication en classe leur est relativement nouveau.

- L'École française des Seychelles

Mentionnons qu'il existe aux Seychelles un établissement d'enseignement entièrement francophone. Il s'agit de l’École française des Seychelles, qui scolarise 275 élèves de la maternelle jusqu'à la fin du primaire, puis tout le secondaire. Cet établissement situé à Victoria, la capitale, accueille des élèves de nombreuses nationalités, mais l'aptitude des enfants à pouvoir s'exprimer en français constitue un critère d'admission incontournable. L’établissement est homologué pour le primaire et contrôlé par le ministère français de l’Éducation nationale. Il est conventionné avec l’AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger) qui garantit la formation des enseignants et la qualité des enseignements. Bien que les cours se donnent en français, les élèves doivent apprendre l'anglais. Au secondaire, on y ajoute l'espagnol et l'allemand. L'École française des Seychelles (EFS) est gérée par une association à but non lucratif de droit seychellois : l'Association des parents d’élèves de l’École française des Seychelles.

- L'enseignement tertiaire

L'enseignement tertiaire comprend les établissements d'enseignement post-secondaires, notamment les hautes écoles universitaires, ainsi que les formations professionnelles supérieures accessibles aux étudiants ayant achevé une formation professionnelle du niveau secondaire. Les premières années de l’enseignement tertiaire désignent la période d’études, en général de trois à cinq ans, qu’il faut suivre pour obtenir un premier diplôme reconnu sur le marché du travail.

L'article 7 de la Loi sur l'enseignement tertiaire (2011) énonce que «la langue d'enseignement d'un établissement d'enseignement tertiaire est l'anglais, le créole ou le français», mais que «d'autres langues» peuvent être utilisées pour l'enseignement:
 

Article 7

1) La langue d'enseignement d'un établissement d'enseignement tertiaire est l'anglais, le créole ou le français. D'autres langues peuvent être utilisées pour l'enseignement, conformément à la charte de l'établissement :

a) si un programme, une unité ou un module est lié à cette autre langue;

b) si des conférences sont offertes et d'autres programmes d'apprentissage sont donnés par des enseignants et des spécialistes de l'enseignement tertiaire externe ou par d'autres organisations étrangères;

c) si c'est exigé selon les termes d'un programme international d'échange d'études.

2) La langue d'administration d'un établissement d'enseignement tertiaire est l'anglais, le créole ou le français.

Dans les établissements post-secondaires, l'anglais et le français demeurent les seules langues d'enseignement, mais à l'avantage de l'anglais. Toutefois, à l'École polytechnique et à l'Institut national de l'éducation, le français est enseigné comme matière principale. En réalité, la langue d'enseignement la plus courante est l'anglais.

5.4 Médias et vie économique

Il existe une presse régulière en anglais et en français, la presse française demeurant plus accessible en général à la population. Il existe un journal quotidien contrôlé par le gouvernement, le Seychelles Nation, qui paraît à la fois en anglais (83 % des articles), en français (15 % des articles) et en créole (2 % des articles). L’anglais occupe donc la majorité des rubriques et presque tous les articles sont rédigés dans cette langue. Quelques journaux privés rédigent la totalité de leurs articles en créole. Cependant, le créole est grandement utilisé dans certaines revues politiques et certaines publications religieuses quand il est question de traiter des sujets proches des lecteurs.

Manifestement, la place accordée au créole écrit, malgré son statut de langue de communication orale son statut officiel est peu significative. Le créole n’occupe pas la fonction de langue de grande diffusion d’information, car c'est l’anglais qui détient ce rôle.

Radio-Seychelles diffuse à la fois en anglais, en français et en créole. On estime que 20 % des émissions à la télévision sont diffusées en créole, 35 % en français et 45 % en anglais. À la radio, il existe deux stations nationales: SBC AM avec 50 % de créole, 25 % d'anglais et 25 % de français; SBC FM avec 80 % d'anglais, 5 % de français et 15 % de créole. Radio France internationale et la BBC (British Broadcasting Corporation) diffusent, la première en français et la seconde en anglais, diffusent des émissions 24 h sur 24.  

L'article 4 de la Loi sur la radiodiffusion et les télécommunications (2012) mentionne qu'un diffuseur doit tenir compte des langues nationales et de la culture seychelloise, sans plus de préciusion:

Article 4

1) Lors de l'octroi d'une licence aux fins du présent règlement, l'Autorité doit tenir compte :

a) du développement ordonné des services de radiodiffusion sonore;

b) du spectre disponible pour les bandes de fréquences de radiodiffusion;

c) de la spécificité du requérant et, si celui-ci une personne morale, la spécificité des administrateurs ou des membres du conseil d'administration, selon le cas;

d) de la pertinence de l'expertise et de l'expérience dont dispose le requérant et des moyens et capacités de celui-ci pour exploiter un service de radiodiffusion sonore;

e) de l'étendue et du type de programmes proposés en général par le requérant,
y compris ceux concernant les langues nationales et la culture seychelloise;

L’espace médiatique et le monde des affaires restent dominés par l’anglais et le créole. Le français semble essentiellement présent dans la diplomatie et le tourisme.

Dans la vie économique, les trois langues sont utilisées de façon fonctionnelle. L’anglais et le créole sont généralement plus utilisés dans les communications orales, mais l'unilinguisme français reste très fréquent dans l'affichage commercial; il est suivi du bilinguisme français-créole. Quant à l'unilinguisme anglais, il est à peu près inexistant, de même que le bilinguisme français-anglais ou créole-anglais. Le trilinguisme dans l'affichage demeure très marginal aux Seychelles. En somme, la répartition des langues se fait selon des critères de rentabilité économique à partir du groupe qui contrôle un secteur d'activité donné.

Dans sa politique linguistique, l’administration gouvernementale fait tout pour favoriser davantage l’anglais aux dépens du français: que ce soit dans la législature, la justice, l'éducation, l'administration, les médias, Le problème, c’est qu'au point de vue linguistique la population se sent plus près du français que de l’anglais. En effet, il est plus facile pour la majorité des Seychellois d’apprendre le français que l’anglais en raison des affinités linguistiques avec le créole qui est à base de français. 

Cependant, même si l’anglais souffre de son «isolement linguistique» par rapport au créole et au français, les Seychellois maîtrisent mieux l'anglais que le français. Pour le gouvernement, l’anglais constitue la première langue du pays, suivie du créole, puis du français. Pour les Seychellois, c'est le créole qui sert de première langue, suivie de l'anglais puis de l’anglais (parfois l'inverse). On voit bien que le statut des trois langues «nationales» (officielles) et leurs rôles respectifs ne correspondent pas tout à fait aux visées juridiques des autorités, car la politique linguistique actuelle s’appuie davantage sur la tradition britannique plutôt que d’être orientée sur les intérêts de la population.

Dernière mise à jour: 21 déc. 2016

Bibliographie

 

GOUVERNEMENT DES SEYCHELLES. Le système d’éducation aux Seychelles, Ministère de l’éducation et de l’Information de la république des Seychelles, janvier 1982. 

HACHETTE MULTIMÉDIAS. «Seychelles» dans Le dossier multimédia, Paris, 1997-1998,
[http://www.encyclopedies.hachette-multimedia.fr/FRANCO/ARTICLES/cl_853.html]

HOAREAU,M.-R. «Le créole seselwa dans tous ses états» dans Études créoles, Paris, vol. XXVIII, no 2, Éditions de l'Harmattan, p. 67-89.

KÖSTER, Dietrich, «Seychellen - Die soziale und politische Rolle des Seychellen-Kreols», Bonn, 2010,                [http://www.colonialvoyage.com/de/seychellen-die-soziale-und-politische-rolle-des-seychellen-kreols/]. 

LIVI, Giovanni. «L’utilisation du créole (seselwa) dans l’enseignement, un défi culturel» dans Le Courrier, no 119, Bruxelles, janvier-février 1990, p. 60-62.

PERREAU, Joëlle. «Enseignement et apprentissage du français en milieu créolophone aux Seychelles» dans Appropriation du français et pédagogie convergente dans l'océan Indien, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2007, p.97-109.

VÉDRINE, Emmanuel W. «20 Fraz kreyòl potomitan» dans Creole Project inc., Dorchester (Massachusetts),
http://www.palli.ch/~kapeskreyol/vedrine/fraz.php.

 

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