République fédérative du Brésil

Brésil

Présentation générale:
données géo-démolinguistiques
et historiques

Capitale: Brasilia 
Population: 174,4 millions (2001)
Langue officielle: portugais 
Groupe majoritaire: portugais (95 %)
Groupes minoritaires: environ 170 langues autochtones 
Système politique: fédération de 26 États et d'un district fédéral
Articles constitutionnels (langue): art. 12, 13, 210, 215 et 231 de la Constitution de 1988 modifiée en 1994
Lois linguistiques:
Loi 5.765 / 1971 approuvant les modifications dans l'orthographe portugaise et autres dispositions; Loi n° 6.001 relative au statut de l'Indien (1973); Accord orthographique sur la langue portugaise (1990); Décret 43/1991 de 23 d'août du président de la République ratifiant l'Accord orthographique de la langue portugaise; Loi n° 9.394 du 20 décembre de 1996 fixant les directives et les bases de l'Éducation nationale; Projet de loi no 1676 de 1999 relatif à la promotion, la protection, la défense et l'usage de la langue portugaise; Projet de loi nº 4681 de 2001 obligeant la traduction, le doublage et les légendes de films en portugais; Projet de loi substitutif no 50 de 2002; Décret no 5.274 du 18 novembre 2004 instituant le Programme de qualification des professeurs et de l'enseignement du portugais au Timor-Leste et autres dispositions; Loi no 11.161 du 5 août 2005 prévoyant l'enseignement de l'espagnol; Décret n° 50.322 du 8 décembre 2005 Instituant au sein du Secrétariat à la culture le Musée de la langue portugaise et autres dispositions corollaires; Décret no 5.626 du 22 décembre 2005 sur la Langue brésilienne des signes; Loi no 11.310 du 12 juin 2006 instituant le Jour national de la langue portugaise.

1 Situation générale

Le Brésil (en port.: Brasil) est le plus grand État d’Amérique du Sud (avec 8,5 millions de km²), soit 16 fois la France (Canada: 9,9 millions) et il couvre près de la moitié de la superficie du continent sud-américain. Le pays est bordé à l’est et au nord par l’océan Atlantique, et il est limité au nord par le Venezuela, la Guyana, le Surinam et la Guyane française. À l’ouest, ce sont l’Argentine, le Paraguay, la Bolivie et le Pérou, au nord-ouest, la Colombie et au sud, l’Uruguay (voir la carte détaillée). Sur le continent, seuls le Chili et l’Équateur n’ont pas de frontière commune avec le Brésil. Avec une superficie de 8,5 millions de km², le Brésil se place au cinquième rang mondial derrière la Russie, la Chine, le Canada et les États-Unis.

Le Brésil — la République fédérative du Brésil ou fédération — regroupe 26 États fédérés (voir la carte détaillée) et un district fédéral (Brasilia). Les États se répartissent en cinq régions administratives : le Nord (Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins), le Nord-Est ou Nordeste (Alagoas, Bahia, Ceará, Maranhão, Paraíba, Pernambouc, Piauí, Rio Grande do Norte, Sergipe), le Sud-Est ou Sudeste (Espírito Santo, Minas Gerais, Rio de Janeiro, São Paulo), le Sud (Paraná, Rio Grande do Sul, Santa Catarina) et le Centre-Ouest auquel est rattaché le district fédéral de Brasilia (Goiás, Mato Grosso, Mato Grosso do Sul).

Chaque État fédéré possède son propre gouvernement et son propre parlement, dont les pouvoirs apparaissent assez mal définis par rapport à ceux du gouvernement fédéral. Les conflits de juridiction dans cette fédération sont fréquents. Le Brésil compte aujourd’hui 16 mégalopoles de plus d’un million d’habitants et 166 villes de plus de 100 000 habitants.

Autrefois située à Rio de Janeiro, la capitale du pays a été transférée en 1960 dans la ville nouvelle de Brasilia, construite pour rééquilibrer le pays au profit de l’intérieur. Le nom de «Brasil» (Brésil en français) donné au pays dériverait du nom d’un arbre local, le pernambouc ou pau-brasil (le Caesalpinia echinata), dont la sève fut utilisée pour la teinture (rouge) des vêtements; son aire de répartition correspond essentiellement à la Mata Atlantica, la forêt atlantique du Brésil.

2 Données démolinguistiques

Brésil: densité de la population En 2001, on évaluait la population du Brésil à 174,4 millions d’habitants, ce qui en faisait le 5e pays le plus peuplé dans le monde, après la Chine, l'Inde, les États-Unis et l'Indonésie, juste avant la Russie.

Le littoral atlantique est la partie la plus densément peuplée du Brésil, avec notamment les grandes métropoles de São Paulo et de Rio de Janeiro. La capitale, Brasilia, dont la population était estimée en 2000 à deux millions d'habitants, se trouve à plus de 1000 km à l’intérieur des terres.

La densité moyenne de la population est de 20 habitants au kilomètre carré, mais dans les faits, elle varie selon les régions. Le nord-ouest du pays est très peu peuplé, avec moins de 2 hab./km², tout l'est, avec 25 à 100 hab./km²,  et une petite partie du littoral atlantique, avec plus de 100 hab./km².

2.1 Les différences ethniques

Le Brésil est un pays multiracial et multiethnique. Le peuple brésilien est formé de trois grands groupes ethniques: Les Européens, les Africains et les Amérindiens (appelés «Indiens»). C’est pourquoi on distingue les Blancs, les Noirs et les Indiens. Mais les groupes se sont mélangés au cours de l’histoire. Le recensement de 1990 indiquait 40 % de Blancs, 50 % de Métis, 8 % de Noirs et 2% pour les autres minorités (dont 0,1 % d’Amérindiens). En fait, la réalité est beaucoup plus complexe que ne le laissent croire ces pourcentages, car les Brésiliens distinguent plusieurs types de Métis: le Caboclo ou Mameluco (métissage de Blanc + Indien), le Mulato (métissage de Blanc + Noir), le Cafuzo (métissage d’Indien + Noir). 

Et le métissage se poursuit, les Brésiliens distinguant des douzaines de types. À partir du 1908, un grand nombre d'immigrés japonais sont arrivés au Brésil. À la suite des mouvements migratoires, les communautés japonaises se distinguent maintenant des autres groupes de la population brésilienne; par exemple, on s’est mis à identifier les Amarelos («jaunes») et surtout les Ainocôs (pour les Japonais immigrés), les Nisséis (première génération de fils d'immigrés japonais nés au Brésil) et les Sanséis (première génération de petit-fils d'immigrés japonais nés au Brésil).

Les Brésiliens utilisent en portugais le mot cor («couleur») plutôt que raça («race»); les autres termes utilisés sont braca (d’origine blanche européenne), preta («noir») et parda («sang mêlé»). Ces distinctions ne reposent pas sur des critères de classifications scientifiques, mais sur la simple apparence physique. De plus, les distinctions sont «souples», car une personne considérée comme un «Noir à la peau claire» en Europe ou en Amérique du Nord pourrait être perçue comme «blanche» au Brésil. Bref, la classification reste souvent affaire de perception strictement individuelle. En somme, il est à peu près impossible de décrire le physique d’un «Brésilien typique», étant donné qu’il peut avoir la peau couleur olive et les cheveux noirs frisés, la peau d'un brun foncé et les cheveux roux, les cheveux blonds et les yeux bleus, etc.

C’est pourquoi au Brésil le mot pardo («gris») est retenu administrativement pour désigner l'ensemble des Métis et se rapporte à la couleur de la majorité de la population, c’est-à-dire le mixage qui résulte des trois «races originelles» (indienne, noire et blanche); le même terme écarte des classifications officielles tous les autres mots qui réfèrent au mélange de races, que ce soit Mulato, Mameluco ou Caboclo et Cafuso. Lors du recensement de 1990, l'Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística (Institut brésilien de géographie et de statistique) avait relevé plus de 100 nuances de traits physiologiques dont les individus interrogés s'attribuaient les caractères, avec pour souci de s'éloigner autant que possible de la couleur noire.

Pour simplifier un peu le portrait de la répartition ethnique de la population, les Noirs et les Métis vivent généralement dans les vieilles zones de plantations où l'esclavage avait concentré les Africains: les régions du Nordeste (notamment à Pernambuco et à Bahia), d’une partie du Sudeste, surtout à Rio de Janeiro, l’État de Minas Gerais et l’État de Sao Paulo. À l’opposé, dans les États du Sud où l'activité dominante de l'élevage exigeait très peu de main-d'oeuvre, il n'y a très peu de Noirs: le Rio Grande do Sul, Parana, Santa Catarina, etc. On y trouve des populations blanches et métisses.

Bien que la plupart des Brésiliens soient de descendance portugaise ou africaine, voire les deux, on peut noter plusieurs autres courants importants d'immigration qui ont contribué à constituer la population du Brésil. On compte des communautés italiennes, libanaises, allemandes, hongroises, polonaises, russes, irlandaises, écossaises, hollandaises, japonaises, etc.

Malheureusement, les stéréotypes raciaux sont monnaie courante au Brésil et un ordre hiérarchique entre les couleurs de la peau semble établi entre Blancs, Métis et Noirs. Les Noirs sont considérés comme «inférieurs» aux Métis, et les Blancs sont perçus comme «supérieurs»; entre les deux, toute la gamme infinie de la palette des couleurs. Si pratiquement tous les Blancs sont alphabétisés, il n’en est pas ainsi pour les Métis (15 % à 31 % d’analphabètes) et les Noirs (45 % d’analphabètes); présentement, quelque 12 % des Blancs entrent à l'université contre à peine 1 % pour les Noirs. La discrimination raciale n'est certes pas toujours formellement démontrée, mais les inégalités raciales subsistent. Il semble que l'enseignement reproduirait un «modèle raciste de société», particulièrement aux dépens des Afro-Brésiliens.

Évidemment, au plan officiel, il n'existe pas de racisme au Brésil, et ce, d’autant plus que cette pratique est rigoureusement interdite. En effet, la Constitution interdit et condamne la discrimination raciale sous toutes ses formes. L’article 1er de la Constitution de 1988 précise que le Brésil «constitue un État démocratique de droit [qui] a pour fondements [...] la dignité de la personne humaine»:

Artigo 1º

A República Federativa do Brasil, formada pela união indissolúvel dos Estados e Municípios e do Distrito Federal, constitui-se em Estado Democrático de Direito e tem como fundamentos:

I - a soberania;
II - a cidadania;
III - a dignidade da pessoa humana;
IV - os valores sociais do trabalho e da livre iniciativa;
V - o pluralismo político.

Parágrafo único

Todo o poder emana do povo, que o exerce por meio de representantes eleitos ou diretamente, nos termos desta Constituição.

Article 1er

La République fédérative du Brésil, formée par l'union indissoluble des États, des villes et du District fédéral, est constituée comme un État démocratique de droit et a comme fondements:

I - la souveraineté;
II - la citoyenneté;
III - la dignité de la personne humaine;
IV - les valeurs sociales du travail et de la libre initiative;
V - le pluralisme politique.

Paragraphe unique

Tout pouvoir émane du peuple qui l'exerce au moyen des représentants élus ou directement, conformément aux dispositions de cette constitution.

De plus, l’article 5 de la Constitution précise même, au paragraphe XLII que la pratique du racisme constitue une infraction pour laquelle il ne sera autorisé aucune libération sous caution et entraînera une peine de réclusion:

Artigo 5

XLII)

A prática do racismo constitui crime inafiançável e imprescritível, sujeito à pena de reclusão, nos termos da lei;

Article 5

XLII)

La pratique du racisme constitue une infraction imprescriptible pour laquelle il ne sera admis de libération sous caution, et entraînera une peine de réclusion, selon les dispositions de la loi.

De plus, le Brésil compte bien une douzaine de lois définissant les crimes et punissant l’incitation à la haine ou la discrimination raciale.

2.2 Les populations amérindiennes

Les termes officiellement utilisés au Brésil pour désigner les autochtones du pays sont les suivants: Indio ou Indios (indien ou indiens), indígena ou indígenas (indigène ou indigènes), Comunidades indígenas (communautés indigènes) ou Comunidade indígena (communauté indigène), parfois grupo tribal (groupe tribal) et très rarement nativos («natifs»). Le terme le plus fréquent, celui qu’on peut lire le plus souvent dans les textes de loi, est sans nul doute Indio et Indios. Quant aux mots aborígenes, autóctones et ameríndios, ils existent dans la langue portugaise, mais pour désigner généralement les aborigènes, les autochtones ou les Amérindiens des «autres» pays. On préférera au Brésil employer les expressions «língua nativa», «língua indígena» ou «línguas dos nativos». On sait évidemment que le mot indien résulte d'une erreur historique de la part des premiers explorateurs européens (Christophe Colomb) qui se croyaient aux Indes. Les autochtones s'identifient eux-mêmes par leur nom de peuple: Karajás, Suyá, Kamayurá, Bororó, Xavantes, Xingus etc. Bien souvent, s'ils veulent être reconnus et différenciés des civilizados, les autochtones n’ont d’autre alternative que de s’appeler eux-mêmes indios ou indígenas.

- L'effectif amérindien et sa distribution

La population indigène du Brésil atteint officiellement le nombre de 352 652 individus. Ce nombre devrait être supérieur, car il tend à s'accroître en raison du taux de natalité plus élevé que celui de la moyenne nationale. Ils ne constituent que 0,2 % de la population brésilienne. Environ 60 % des autochtones brésiliens vivent dans la région dénommée l’«Amazonie légale», mais on constate la présence de groupes indigènes dans presque tous les États de la fédération, à l'exception de ceux de Rio Grande do Norte, Piaui et du District fédéral. Les «réserves indigènes» s'étendent au Brésil sur 946 452 km², ce qui correspond à environ 11,2 % du territoire national.

Le tableau ci-dessous (d'après des données de février 1995 élaborées par le CEDOC/FUNAI) illustre la répartition des groupes indigènes dans les différents États de la fédération et leur effectif. 

État

Population autochtone

Amazonas
Mato Grosso do Sul
Roraima
Pernambuco
Mato Grosso
Pará
Maranhão
Rio Grande do Sul
Bahia
Paraná
Paraíba
Santa Catarina
Tocantins
Minas Gerais
Acre
Rondônia
Amapá
Alagoas
Ceará
São Paulo
Espírito Santo
Rio de Janeiro
Sergipe
Goiás

89 529
42 259
37 025
19 950
17 329
15 715
14 271
13 354
  8 561
  7 921
  6 902
  6 667
  6 360
  6 200
  6 610
  5 573
  5 095
  4 917
  4 650
  1 774
  1 347
      271
      230
      142

TOTAL

325 652

 

La figure de gauche montre la «distribution régionale» des terres indigènes. La majorité des autochtones vit donc dans le Nord (165 457). Quelque 62 730 d’entre eux sont concentrés dans le Centre-Ouest, près de 60 000 dans le Nordeste (Nord-Est), 28 000 dans le Sud et près de 10 000 dans le Su-Est (Sudeste).

Les principaux groupes indigènes brésiliens peuvent être classés ainsi, en fonction de leur importance démographique: Tikuna, Tukano, Macuxi, Yanomami, Guajajara, Terena, Pankaruru, Kayapó, Kaingang, Guarani, Xavante, Xerente, Nambikwara, Munduruku, Mura et Sateré-Maué. On peut consulter une carte détaillée sur la répartition des populations indigènes au Brésil en cliquant ICI.

- Les langues amérindiennes

Cette population est répartie en quelque 215 ethnies parlant environ 170 langues différentes. Du point de vue linguistique, on distingue deux catégories de familles de langues: d’une part, la famille tupi-guarani, d’autre part, les familles aruak, arawak, caraïbe (karibe), tukano et yanomami; il existe aussi de nombreuses autres langues dont l'appartenance n'a pas été définie. La plupart des quelque 170 langues sont en voie d’extinction. En effet, la très grande majorité d’entre compte moins de 1000 locuteurs, sinon quelques centaines, voire quelques dizaines de locuteurs. Les seules langues parlées par plus de 5000 locuteurs sont les suivantes:

- famille tupi-guarani: chiripá (4900 locuteurs); guajajára (10 000 locuteurs); guaraní (5000 locuteurs), kaiwá (15 000 locuteurs);
- famille macro-ge: kaingáng (18 000 locuteurs); tapacua (8000 locuteurs);
- famille arawak: terêna (15 000 locuteurs);
- famille yanomam: yanomámi (9000 locuteurs);
- langue isolée: ticuna (12 000 locuteurs).

C’est vraiment très peu sur un total d’environ 170 langues. Il ne restera bientôt qu'un nombre infime de ces langues. On estime qu'à l'heure actuelle 133 langues amérindiennes du Brésil sont sur la voie de l'extinction.  

Souvenons-nous que le nombre des autochtones s’élevait à plus de cinq millions avant l’arrivée des Européens. Ils sont tombés à quelque 150 000 au cours des années cinquante pour remonter aujourd’hui à 326 000. Non autonomes, les indigènes dépendent entièrement de l'État pour leur subsistance; acculturés et soumis au bilinguisme, ils vivent dispersés, séparés les uns des autres et conservent leur statut d'indigènes entretenus. Considérés par beaucoup de Brésiliens comme des «vagabonds», des «paresseux», des «incapables de travailler», les autochtones servent tout juste d'attraction pour les touristes en mal de curiosités. Il est évident que le développement économique du pays, le progrès et l'unité nationale l'emportent sur la survie de ces «sauvages» dont beaucoup n'attendent plus que la liquidation. Heureusement, le gouvernement a reconnu dans la Constitution les droits des populations autochtones.

2.3 La langue portugaise

Le portugais est la langue officielle du Brésil. À l'exception des langues parlées par les tribus indiennes qui vivent dans des réserves éloignées et des langues immigrantes, le portugais est la seule langue parlée par presque toute la population (95 %).

Rappelons que le Brésil fait partie des pays lusophones. Cinq pays d'Afrique utilisent le portugais comme langue officielle. Ce sont tous des anciennes colonies portugaises qui n'ont accédé à l'indépendance qu'après 1974: l'Angola (9,4 millions), la Guinée-Bissau (0,9 million), le Mozambique (14,9 millions), les îles du Cap-Vert (335 000), les îles de Saõ Tomé et Principe (103 000); on pourrait ajouter le Timor oriental dont la langue officielle sera le portugais. Étant donné que le portugais est parlé par plus de 170 millions de personnes, il constitue la 8e langue du monde en regard du nombre de ses locuteurs (voir le tableau 1 «Les vingt premières langues du monde»).

- Le portugais écrit

Il existe cependant des différences entre le portugais du Brésil (Português do Brasil) et le portugais du Portugal (Português de Portugal), mais celles-ci ne sont pas aussi importantes qu’on le croit. D’abord, il faut distinguer la langue écrite et la langue orale. En ce qui a trait à l’écriture, il existait jusqu’à récemment deux codes écrits relativement différents, mais les deux pays ont signé des ententes et unifié leur orthographe, ce qui permet de mettre l’accent davantage sur l'unité de cette langue plutôt que sur ses différences.

Depuis 1990, de nombreux accords de coopération scientifique et technique ont été signés entre le Portugal et le Brésil, ce qui a donné lieu à plusieurs commissions communes de terminologie. L'accord orthographique de 1990 — Acordo Ortográfico da língua Portuguesa — a pris en compte les différences afin de réduire les difficultés liées à la tendance naturelle à la différenciation linguistique et de préserver les intérêts de la langue portugaise ainsi que ceux des pays lusophones.

- Le portugais parlé

Pour la langue parlée, c’est autre chose, mais le portugais brésilien et le portugais du Portugal demeure quand même la même langue, même si l'on trouve de nombreux «brésilérismes» ("brasileirismos") dans le vocabulaire. N’oublions pas que le Brésil n’est indépendant que depuis 1822 et c’est à partir de ce moment que le portugais brésilien a commencé à se distinguer de celui du Portugal. Par exemple, il n’a pas subi les changements phonétiques qu'a connus le portugais du Portugal et il a été marqué par d'autres influences, notamment par les langues parlées et les langues amérindiennes tupi-guaranies. En général, la langue parlée en Europe a subi moins de transformations phonétiques et est restée plus conservatrice par rapport à l'Amérique, alors que le vocabulaire, pour sa part, a subi des transformations et des influences différentes. C'est ce qui explique que, dans une large mesure, beaucoup de termes tupi-guaranis et de nombreux mots apportés par les Noirs africains aient contribué à différencier les deux idiomes (le portugais brésilien et le portugais européen).

Dans le cas du portugais du Brésil, le prononciation est plus «douce», non «chuintante», avec peu de nasalisation des voyelles ; le portugais du Portugal est plus chuintant, avec une nasalisation accrue des voyelles, et paraît plus «rauque». Les différences lexicales sont plus nombreuses. Après l’indépendance du Brésil, les emprunts aux langues amérindiennes sont devenus importants, question de se distinguer du Portugal, tandis que les créations brésiliennes sont devenues plus nombreuses. Voici quelques exemples de différences lexicales entre le Portugal et le Brésil:

Mot brésilien (français)

Mot portugais (français)

1. delegacia (commissariat de police)
2. trem (train)
3. bonde (tramway)
4. venda (vente)
5. confeitaria (confiserie)
6. terno (tendre)
7. ônibus (autobus)
8. aero-moça (hôtesse de l’air)
9. time (équipe)
10. prefeito (maire)
11. prefeitura (mairie)
12. basquete (basket-ball)

1. esquadra (escadron)
2. comboio (train)
3. electrico (tramway)
4. mercearia (épicerie)
5. pastelaria (pâtisserie)
6. fato (costume)
7. auto-carro (autocar)
8. hospedeira (hôtesse de l’air)
9. clube (club)
10. presidente da câmara (maire)
11. câmara (mairie)
12. basquetebol (basket-ball)

Par ailleurs, ces différences sont accentuées en raison des emprunts aux langues africaines. La plupart de ces emprunts proviennent soit du yorouba, une langue du Nigeria, soit du kimbudu parlé en Angola. On estime que, du XVIe siècle au XIXe siècle, quelque 16 millions d’Africains auraient été déportés à bord de bateaux portugais, mais seulement quatre millions d’entre eux auraient survécu au voyage et seraient devenus des esclaves au Brésil. La traite des Noirs a effectivement vidé une portion considérable de Bantous angolais, mais à partir de la fin du XVIIe siècle on sait que les esclaves qui arrivaient au Brésil provenaient majoritairement de l’ethnie yorouba dont les descendants vivent aujourd’hui au Nigeria. Ce vocabulaire africain dans la langue portugaise du Brésil occasionne des différences notables entre les deux pays, mais pas au point d’en faire deux idiomes distincts. Il s’agit toujours du portugais. Les différences sont comparables à celles de l’anglais britannique et l’anglais américain ou entre le français de France et celui du Canada français.

De plus, le portugais brésilien présente des variétés régionales populaires, qui se manifestent surtout dans la prononciation et le vocabulaire. Ces variétés n’existent cependant pas dans la langue brésilienne cultivée. Même si l'insuffisance d'informations rigoureusement scientifiques sur ces différences séparant les variétés régionales ne permet pas de classer ces dernières de façon claire, il est possible de distinguer deux groupes relativement distincts entre le nord et le sud du pays. D’une part, on peut opposer schématiquement le portugais brésilien «amazonien» (l’amazonico) et celui du nord-est (le nordestino), d’autre part, ceux de Bahia (le baiano), du «mineur» (le mineiro), de Rio Janeiro (le fluminense) et du Sud (le sulista); il existe un ensemble de sous-variétés à l’intérieur de chacune des régions (voir la carte linguistique).

2.4 Les autres langues minoritaires

Si l’on fait exception des langues amérindiennes, les langues minoritaires sont rares au Brésil. On peut citer néanmoins trois d’entre elles qui méritent quelques mots: le créole de l’État d’Amapá, le caló et le Plautdietsch.

Le créole amapá est un créole à base de français (et un peu d’anglais) parlé par quelque 25 000 locuteurs dans la région de Macapá, la capitale de l’État d’Amapá; cet État est situé tout au nord du pays, près de la frontière avec la Guyane française. Certains autochtones (moins de 1000 locuteurs) parlent également un autre forme de créole: le garifuna. On peut expliquer ce créole à base française par le fait que cette région du nord du Brésil, situé entre les fleuves Oyapock et Araguari, fut longtemps contestée par la France qui la considérait comme faisant partie de la Guyane française. Dans cette région, étaient donc installées des populations de langue française et créole. C’est un arbitrage international, au début du siècle, qui délimita la séparation entre la Guyane française et le Brésil par le fleuve frontière Oyapock.

Le caló ou calão est appelé également le gitano (gitan ou tsigane). C’est une langue indo-iranienne parlée par environ 10 000 locuteurs. Cette variété de tsigane est très influencée par le portugais. Cette langue a été apportée par les immigrants portugais (calão) ou espagnols (caló) d’origine tsigane, qui parlaient déjà cette langue en Europe depuis quelques siècles.

Enfin, soulignons également la présence du Plautdietsch parlé par quelque 110 700 locuteurs de religion mennonite dans toute l'Amérique latine. Au Brésil, ils sont environ 5000 ou 6000. Ils parlent une langue héritée du bas-allemand et fortement teintée d'influences néerlandaises et flamandes. Les mennonites écrivent toujours en allemand standard, une langue qu'ils apprennent et enseignent dans leurs écoles. Partout, sauf aux États-Unis (Pennsylvanie et Ohio) et au Canada, ils résistent ou refusent de parler la langue officielle du pays où ils résident, que ce soit au Brésil ou ailleurs (Mexique, Belize, Paraguay et Argentine). La plupart des mennonites se consacrent à l'agriculture et ont créé leurs propres écoles, banques, hôpitaux, médias, etc., utilisant le Plautdietsch et parlant peu le portugais.

En plus de toutes ces langues (amérindiennes, portugais, créole, caló et Plautdietsch), il existe de nombreuses communautés immigrantes d’origine les plus diverses, qui parlent une autre langue que le portugais en famille ou au sein de leur groupe particulier: allemand, italien, français, japonais, espagnol, etc.

3 Données historiques

Les Arawak, Caraïbes et Tupi-Guarani furent les premiers habitants de l’actuel Brésil; ils étaient établis au nord, sur la côte est et le bassin amazonien. La plupart de ces autochtones étaient des semi-nomades et vivaient de chasse, de cueillette et d’une agriculture primaire. Avant l’arrivée des Européens, on estime que les populations amérindiennes comptaient au moins cinq millions d’individus répartis en un nombre infini de tribus. Ces peuples parlaient des langues et avaient des cultures différentes. Les groupes qui parlaient les langues de la famille tupi-guarani vivaient le long du littoral de la côte est et dans le proche arrière-pays. Par ailleurs, plusieurs tribus parlant des langues appartenant aux familles macro-ge, arawak et yanomam vivaient davantage à l'intérieur des terres.

3.1 La colonisation européenne

La  «découverte» du Brésil daterait de 1498 par le navigateur Duarte Pacheco Pereira, mais il semble que les Portugais connaissaient déjà l'existence de cette terre depuis quelques années. Il fut suivi par l'Espagnol Vicente Yáñez Pinzón. Il accosta près du site de l’actuelle ville de Recife, le 26 janvier 1500. Il navigua ensuite le long de la côte, vers le nord, jusqu’à l’embouchure du fleuve Orénoque. Cependant, en vertu des décisions du traité de Tordesillas (1494), qui modifiait la ligne de partage instaurée en 1493 par le pape Alexandre VI pour délimiter les empires portugais et espagnol, le nouveau territoire fut attribué au Portugal. L’Espagne ne revendiqua donc pas la découverte de Pinzón. 

En avril 1500, le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral (1467-1520) atteignit lui aussi les côtes brésiliennes. Il proclama officiellement la région possession du Portugal. Le territoire fut nommé Terra da Vera Cruz (en portugais, « Terre de la Vraie Croix »). En 1501, au nom du gouvernement portugais, le navigateur italien Amerigo Vespucci (1452-1512) mena une expédition dans ce nouveau territoire. Au cours de ses explorations, Vespucci reconnut et baptisa un grand nombre de lieux, dont la baie de Rio de Janeiro. Il revint au Portugal avec du bois de Pernambouc appelée aussi pau-brasil. La Terra da Vera Cruz prit, à partir de ce moment, le nom de Brasil (Brésil).

En 1530, le roi du Portugal, Jean III le Pieux, entreprit un programme de colonisation systématique du Brésil. Il fit diviser le territoire en 15 districts, appelés capitaineries (capitanias), confiés à perpétuité aux notables de la cour du Portugal, désignés sous le nom de donatarios, et investis de pouvoirs considérables sur leurs nouveaux domaines américains. 

Dès le début de la colonisation, les jésuites ont été chargés de christianiser les autochtones dans les nouvelles terres. Ils ont écrits plusieurs grammaires des langues autochtones et on élaboré une nouvelle langue — le nhengatu — pour l'utiliser comme langue véhiculaire entre les Européens et les autochtones. Cette langue, qui a été employée concurremment au portugais, a servi de langue véhiculaire lors des premiers contacts et, avec le temps, elle s'est répandue dans tout le territoire, jusqu'à la cordillère des Andes sur la côte du Pacifique. 

On peut imaginer que le nhengatu serait facilement parvenue à une «langue générale» («língua geral») dans toute la colonie portugaise en Amérique si, en 1757, le roi du Portugal, à la demande du marquis de Pombal, ne l'avait pas simplement interdit dans toute la colonie.  

L'occupation du territoire qui correspond aujourd'hui au Brésil s'est faite aux dépens des autochtones. Dès que ces derniers tentaient de s’opposer au pillage de leurs territoires, ils étaient massacrés sans merci. Quand ils n’étaient pas exterminés par les Européens qui ne les considéraient que comme des «sauvages», les maladies propagées par l'homme blanc, telles que la grippe, la coqueluche, la rougeole, la variole, la syphilis, la tuberculose, etc., se chargeaient du reste. En un siècle, les populations indigènes, les premiers habitants de la grande colonie portugaise d'Amérique, ont vu leur nombre fondre de 90 %.

En 1549, le gouvernement portugais mit sur pied un pouvoir central sous l’autorité d’un gouverneur fixé à Salvador de Bahia, alors la capitale. Il réforma complètement l’administration et la justice. Pour protéger le pays de la menace française et anglaise, il établit un système de défense côtière (construction des forts). L’importation de nombreux esclaves africains permit de pallier la pénurie de main-d’œuvre locale.

La majorité de ces esclaves provenaient des ethnies bantous et yorouba (habitant ce qu'on appelle aujourd’hui le Nigeria et le Bénin) pour travailler dans la culture de la canne à sucre et, plus tard, dans les mines d'or et de diamants, ainsi que dans les plantations de café dans le sud du Brésil. Le processus d'intégration raciale, qui s'était développé entre les Européens et les Amérindiens en l'absence de tout contrôle gouvernemental au sein de communautés isolées sur de vastes territoire, s'est étendu rapidement aux esclaves noirs et aux Amérindiens.

En 1757, l'utilisation de la langue nhengatu comme comme língua geral fut interdite par une Provisão Real (la «vraie disposition») du gouvernement portugais. Il faut dire que le tupi était déjà supplanté par le portugais en raison de l’arrivée massive des immigrants de la Métropole. Avec l'expulsion des jésuites en 1759, le portugais s'est définitivement fixé comme la língua geral du Brésil. Dès cette époque, le portugais brésilien s’est enrichi de mots relatifs à la faune et la flore (ananas, manioc, acajou, tatou, piranha), ainsi que des noms géographiques. Étant donné que le Portugal possédait un régime colonial particulièrement étendu, le métissage de la population est apparu comme une bonne solution pour assurer le contrôle du territoire. Les Portugais se sont volontairement orientés vers cette solution par des mariages entre Blancs et «femmes de couleur». Cette situation a toujours permis à Lisbonne de disposer d’une population qui lui fut fidèle.

L’Église catholique elle-même ne s'est pas engagée à décourager les actes inhumains qu'impliquait l'esclavage des Noirs. Pour le père Manuel da Nóbrega, l'un des jésuites les plus illustres du Brésil, l'esclavage se justifiait dans la mesure où il y avait dans hommes dans le monde dont le destin était d'être esclaves: 

Recebem esse destino que lhes vem dos ancestrais, porque são descendentes de Cã, o filho de Noé que viu o pai embriagado e em postura indecorosa e foi amaldiçoado; desde então, os negros pagam com a nudez e suas outras misérias, pela maldição de Noé. Ce destin leur vient de leurs ancêtres, parce que nous croyons qu'ils descendent de Cham, fils de Noé, qui a vu son père ivre dans une posture indécente; de là, viennent leur malédiction, leur nudité et leurs autres misères.

C’est durant cette période, en 1554 exactement, que fut fondée, au sud du pays, la ville de São Paulo, et en 1567, la ville de Rio de Janeiro.

3.2 Le pouvoir espagnol et les incursions hollandaises

En 1580, Philippe II, roi d’Espagne, hérita de la couronne du Portugal. Cette période d’union des royaumes d’Espagne et du Portugal dura jusqu’en 1640. Durant ce temps, les Britanniques et les Hollandais tentèrent de prendre possession du Brésil. En 1624, une flotte hollandaise s’empara de Bahia, mais ne put conserver la ville plus d’un an. Les Hollandais reprirent leurs attaques en 1630 et occupèrent Pernambuco (aujourd’hui Recife), et Olinda, puis d’autres territoires côtiers. La partie du Brésil occupée par les Hollandais prospéra durant plusieurs années. En 1640, le Portugal redevint indépendant de l’Espagne. Les colons portugais du Brésil se rebellèrent contre le pouvoir hollandais et, après une dizaine d’années de luttes, les Pays-Bas capitulèrent et renoncèrent en 1661 à toute revendication territoriale sur le Brésil. La langue parlée par les Hollandais, le néerlandais, n’eut aucune influence sur les colons portugais.

3.3 Le rétablissement de la colonie portugaise

Une fois revenu sous la souveraineté portugaise, le Brésil devint une vice-royauté. Espagnols et Portugais vécurent alors pacifiquement en Amérique du Sud, chacun sur leurs territoires. L’expansion portugaise se propagea vers l’intérieur des terres, ce qui provoqua des frictions avec les populations indigènes parce que les Portugais voulurent asservir ces populations. La ruée vers l’or qui s’ensuivit fit venir des dizaines de milliers de colons portugais au Brésil; la croissance économique fut accélérée par la découverte de diamants en 1721 puis, peu après, par l’essor grandissant des cultures de canne à sucre et de café. Le pays avait besoin de milliers d’esclaves pour assurer la prospérité de la colonie, les indigènes s’étant révélés incapables de travailler comme esclaves. Avec le courant d'esclaves apportés de la Afrique, la langue parlée dans la colonie du Brésil reçut de nouvelles «contributions» linguistiques, notamment des peuples originaires de l’Angola, une autre possession portugaise d’Afrique.

En 1750, le traité de Madrid entre l’Espagne et le Portugal entérina les revendications brésiliennes sur un vaste territoire à l’ouest des limites définies autrefois par le traité de Tordesillas. Le traité de Madrid fut annulé par la suite, mais ses principes furent repris et appliqués dans le cadre du traité d’Ildefonso signé en 1777.

Sous le règne du roi Joseph Ier du Portugal, le Brésil connut de nombreuses réformes à l’instigation du secrétaire aux Affaires étrangères, le marquis de Pombal. Celui-ci centralisa l’appareil gouvernemental brésilien dont le siège fut transféré de Bahia à Rio de Janeiro en 1763. Trois ans auparavant, en 1760, Pombal avait expulsé les jésuites du Brésil. Officiellement, les populations locales auraient demandé de renvoyer les jésuites, mais en réalité ces derniers étaient devenus avec leurs missions indiennes de gros concurrents économiques pour les colons portugais. Il devenait nécessaire de se débarrasser d’eux. En 1798, le Brésil avait 3,2 millions d'habitants dont 1,6 million d'esclaves, soit la moitié de la population.

En matière de politique linguistique, le Brésil peut témoigner d'une longue tradition d'interdiction linguistique. Rappelons que, dès 1727, une loi portugaise — la Provisão Real (la «vraie disposition») — interdit l'emploi du tupi-guarani, la «langue générale» qui servait de langue véhiculaire entre Blancs et «Indiens». L'État d'Espérito Santo imposa même des peines de prison à ceux qui employaient une autre langue que le portugais. Une loi de l'État de Sao Paulo (1850) alla jusqu'à interdire les «langues indiennes» à la campagne. Ces faits illustrent simplement que le Brésil a pratiqué pendant la période coloniale une politique de destruction systématique des langues amérindiennes, dont nous pouvons constater les effets aujourd'hui.

3.4 Le transfert de la cour du Portugal au Brésil (1808-1821)

Les guerres napoléoniennes exercèrent une influence profonde sur l’histoire du Brésil. Lorsque Napoléon, en 1807, traversa avec son armée la frontière hispano-portugaise, le prince Jean, régent du Portugal, accompagné de presque toute la Cour, s’enfuit vers le Brésil. Le gouvernement royal du Portugal fut ainsi installé à Rio de Janeiro. La présence de la cour du Portugal eut pour effet de rapprocher les deux variétés de portugais employées de part et d’autre de l’Atlantique. L'arrivée de 20 000 membres de la famille royale du Portugal et du régent à Rio exerça une grande influence dans la langue portugaise. La langue portugaise européanisante de Rio de Janeiro devint alors le modèle linguistique pour toutes les grandes villes du Brésil. L'aristocratie portugaise imposa l'unilinguisme de la langue «standard» dans tout le système d'enseignement ainsi que dans l'administration, et interdit carrément l'usage des autres langues. Sous l’autorité du régent, de nombreux établissements d’enseignement supérieur furent créés, tous en langue portugaise d’Europe. La ville de Rio de Janeiro imposa ainsi son hégémonie linguistique à tout le Brésil.

En mars 1816, le prince Jean devint roi du Portugal sous le nom de Jean VI dit «le Clément». La popularité du roi du Portugal au Brésil finit par baisser dramatiquement. D'abord, le gouvernement royal s’avéra incompétent et corrompu, puis le sentiment républicain largement répandu au Brésil après la Révolution française gagna une grande popularité, surtout que les colonies espagnoles voisines devenaient peu à peu indépendantes. Dès 1816, le roi Jean VI dut intervenir militairement pour contrer l’action de révolutionnaires hispano-américains.

À ce moment, le Brésil comptait 3,6 millions d'habitants dont 1,9 million d'esclaves, dont les Africains nés en Afrique et ceux nés au Brésil. Entre 1790 et 1830, par le seul port de Rio de Janeiro, plus de 700 000 esclaves entrèrent au pays; ils fournirent la capitale, mais aussi les régions du sud-est et du sud du Brésil.

Au Portugal, une vive opposition se manifestait contre les velléités autonomistes du Portugal. Le roi dut rentrer au Portugal en 1821, mais nomma son second fils, Dom Pedro, régent du Brésil avec le titre de vice-roi. L’Assemblée portugaise — les Cortes — adopta plusieurs lois destinées à redonner au Brésil son ancien statut de colonie. Le régent Dom Pedro fut sommé de rentrer en Europe.

Devant les protestations des Brésiliens, Dom Pedro annonça au roi son refus de quitter le Brésil. En juin 1822, il fit convoquer une Assemblée constituante et proclama unilatéralement l’indépendance du Brésil. La Haute-Chambre de l’Assemblée constituante fit de Dom Pedro l’empereur du Brésil sous le nom de Pierre Ier. À la fin de 1823, toutes les troupes portugaises stationnées au Brésil durent se rendre au nouveau régime.

3.5 L'Empire brésilien

Pierre Ier ne fut pas populaire très longtemps. Régnant en dictateur, il s’attira l’opposition de l’Assemblée constituante qu’il dut dissoudre. En 1825, le Brésil entra en guerre contre l’Argentine; défaits en 1827, les Brésiliens durent accorder l’indépendance à l’Uruguay. La fin de la décennie vit la montée de l’opposition populaire contre Pierre Ier, qui abdiqua en 1831 en faveur de Pierre II, son héritier présomptif âgé de cinq ans. La première Constitution brésilienne — l’acte institutionnel de 1824 — ignora totalement l'existence des communautés autochtones. La seule préoccupation du gouvernement impérial fut de promouvoir la catéchèse et de regrouper les «Indiens» dans des «fondations coloniales», ce qui facilitait d’autant l'appropriation de leur terres.

Pendant les dix années qui suivirent, le Brésil fut donc soumis à l’autorité d’une régence marquée par de fréquents soulèvements et révoltes. En juillet 1840, le Parlement brésilien proclama la majorité de Pierre II qui put donc prendre la tête de l’État. Son règne, qui dura près d’un demi-siècle (jusqu'en 1889), fut exceptionnel, tant il se révéla un monarque relativement compétent. Non seulement la production nationale fut multipliée par dix, mais la croissance démographique augmenta considérablement. Le mélange ethnique s’est poursuivi avec l’arrivée de milliers d’immigrants européens qui s’installèrent dans le centre et le sud du pays. Étant donné que l’esclavage était déjà condamné vers 1845 et que l’industrialisation de l’économie créait une demande de main d’oeuvre de plus en plus grande, le gouvernement pratiqua une politique d’immigration à grande échelle, notamment auprès des Italiens; la plupart de ces derniers s’installèrent à Sao Paulo. Néanmoins, le Portugal est resté la source la plus importante de d’immigrants vers le Brésil, avec l'Italie puis le Liban.

En 1853, Pierre II interdit le débarquement d’esclaves noirs. Quelques années plus tard, une campagne en faveur de l’émancipation fut lancée à travers tout le pays. À cette époque, le Brésil comptait 2,5 millions d’esclaves. Les abolitionnistes remportèrent leur première victoire en 1871, lorsque le Parlement approuva une loi affranchissant les enfants nés d’une mère esclave. Les esclaves de plus de 60 ans furent libérés en 1885 et, en mai 1888 — par la loi Áurea — l’esclavage fut définitivement aboli. Les immigrants continuèrent d’affluer vers le Brésil: les Italiens étaient devenus en 1877 la communauté majoritaire, avec même trois Italiens pour un Brésilien, ce qui, on s’en doute, favorisa les emprunts à la langue italienne dans le portugais brésilien.

À la même époque, un sentiment républicain se développa dans le pays, notamment en raison des sacrifices endurés lors de la guerre contre le Paraguay.  C'est que Pierre II avait engagé son pays dans la guerre de la Triple Alliance (avec l'Argentine et l'Uruguay) entre 1865 et 1870 contre le Paraguay. Le commandant en chef des Forces de la Triple Alliance  était le Brésilien Luis Alves de Lima, duc de Caxias et maréchal du Brésil. La guerre de la Triple Alliance se révéla une véritable guerre d'extermination au Paraguay, c'est-à-dire une catastrophe démographique, car ce pays perdit les deux tiers de ses habitants (de 525 000 habitants en 1865 à 221 000 en 1871), ainsi que 140 000 km² de son territoire, annexés par le Brésil et l'Argentine. Après la guerre, le Paraguay fut désigné comme «le pays des femmes» avec un ration d'un homme adulte pour quatre femmes.

3.6 Le régime républicain

Instituée sans compensation pour les maîtres blancs, l’abolition de l’esclavage provoqua la rupture entre les puissants propriétaires fonciers et le gouvernement. Pierre II dut également affronter l’hostilité d’une partie du clergé envers sa politique, ainsi les sentiments antiroyalistes de nombreux officiers et la montée du sentiment républicain à travers l’opinion publique.

En novembre 1889, une révolte militaire dirigée par le général Manuel Deodoro da Fonseca obligea Pierre II à abdiquer. La république fut alors proclamée sous l’autorité d’un gouvernement provisoire dirigé par Fonseca. Les débuts de la jeune République furent marqués par l’agitation politique en raison notamment de l’absence de traditions démocratiques du pays. Succédèrent une série de gouvernement dictatoriaux qui ne réussirent guère à réduire les profondes inégalités sociales héritées de la société esclavagiste et mercantiliste. À partir de 1908, des centaines d’immigrés japonais vinrent s’établir au Brésil, ce qui marqua le début d’une forte immigration en provenance du Japon.

En 1903, la Bolivie cédait au Bréseil par le traité de Pétropolis le territoire de l'Acre (152 190 km²), riche en caoutchouc. Le pays semblait destiné à connaître la prospérité, mais la chute du cours du café sur le marché international entre 1906 et 1910 créa de graves déséquilibres dans l’économie brésilienne. La situation se dégrada encore avec la baisse des prix du caoutchouc. Cette crise fut la cause d’une intense agitation politique et sociale, en particulier sous la présidence du conservateur promilitaire Hermes da Fonseca. Du côté linguistique, le Brésil incorpora beaucoup de mots différents dans la portugais brésilien. L’individualisme et le nationalisme du début du XXe siècle intensifièrent la conception de création de néologismes locaux dans la variété brésilienne de la langue portugaise, d’autant plus que, à partir de la crise économique de 1922, le Brésil rompit avec les modèles traditionnels portugais et privilégia les particularités du parler brésilien. Puis la crise déboucha en juillet 1924 sur une large révolte, dont l’épicentre était à São Paulo. La révolte fut matée après six mois d’affrontements par l’armée. Pour éviter de nouveaux problèmes, le gouvernement décréta la loi martiale. En août 1927, le gouvernement décida l’interdiction des grèves.

En 1933, le gouvernement de Getúlio Vargas issu d’un coup d’État réprima une autre rébellion à São Paulo , puis entreprit de doter le pays d’une nouvelle constitution en convoquant une Assemblée constituante. Le nouveau texte, adopté en 1934, prévoyait notamment le droit de vote des femmes, la sécurité sociale pour les travailleurs et l’élection du président par le Congrès. Le 17 juillet 1934, Vargas fut élu officiellement président. La loi martiale fut instaurée et Vargas gouverna par décrets présidentiels. En novembre 1937, à la veille de l’élection présidentielle, Vargas fit dissoudre le Congrès et proclama une nouvelle constitution lui conférant un pouvoir absolu. Il réorganisa le gouvernement et l’administration du pays à l’exemple des régimes totalitaires italien et allemand. Les partis politiques furent interdits, la presse et la correspondance furent soumises à une étroite censure.

Le gouvernement de Vargas, officiellement désigné par le titre d’Estado Novo, «l’État nouveau», obtint l’assentiment d’une large partie de la population grâce à une série de décrets assurant plus de prestations sociales aux ouvriers des plantations. Malgré son caractère totalitaire, le régime de Vargas entretint des relations harmonieuses avec les démocraties occidentales. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, des bases navales et aériennes furent construites sur les points stratégiques de la côte brésilienne. La flotte brésilienne se vit confier la conduite des missions de patrouille dans l’Atlantique Sud. Mais, pendant ce temps, les manifestations de mécontentement à l’égard de Vargas se multiplièrent. Le gouvernement accepta d’assouplir la censure sur la presse, et tous les prisonniers politiques, y compris les communistes, furent amnistiés. Un coup d’État militaire en 1945 obligea Vargas à démissionner. Les députés nouvellement élus furent chargés de rédiger la nouvelle Constitution qui fut adoptée en septembre 1946. Vargas revint au pouvoir de 1951 à 1954.

En 1908, lors du Congrès des américanistes de Vienne en Autriche, le Brésil fut dénoncé pour sa politique de «massacre des Indiens». Afin de redorer son blason aux yeux de la communauté internationale, les autorités brésiliennes fondèrent, en 1910, le Serviço de Proteçao aos Indios (Service de protection des Indiens), dont la tâche principale fut de «pacifier les peuples aborigènes» en conflit avec les Brésiliens sur des questions de territoire. Au cours des années cinquante, le gouvernement brésilien commença à «s’inquiéter sérieusement» devant la liquidation des populations autochtones. Des cinq à six millions qu’ils étaient au Brésil à l'époque de la «découverte», il n'en restait plus, vers 1950, qu'un peu plus de 100 000. Diverses organisations non gouvernementales avaient réussi à alerter le gouvernement brésilien, qui finit alors par offrir de meilleures conditions à ses autochtones.

En janvier 1956, le gouvernement brésilien annonça un ambitieux plan quinquennal de développement économique. C’est à cette époque que furent approuvés les plans de la future capitale fédérale: Brasilia. La décision de transférer la capitale de la côte vers l’intérieur du pays symbolisait la volonté de rééquilibrer les régions entre elles et de valoriser les régions enclavées. Mais de réforme en réforme, les inégalités sociales demeurèrent.

3.7 Les régimes militaires

Les militaires prirent le pouvoir en 1966 et prirent soin de rédiger une nouvelle Loi institutionnelle. Cette loi donnait d’immenses pouvoirs au nouveau régime et supprimait l’opposition, en particulier des partis de gauche. Le nouveau pouvoir adopta des versions modérées des réformes économiques et entreprit de combattre l’inflation, notamment par le contrôle des salaires et le renforcement de la fiscalité. En 1965, une loi réduisit les libertés civiles, augmenta le pouvoir du gouvernement et confia au Congrès le soin de désigner le président et le vice-président. L’année suivante, le maréchal Artur da Costa E Silva fut désigné président. À la tête d’un gouvernement promilitaire, Costa se préoccupa surtout de la croissance économique du pays. En décembre 1968, tirant les conséquences de l’agitation sociale et politique, Costa se donna des pouvoirs illimités et put ainsi effectuer des purges politiques, des coupes sombres dans l’économie et imposer la censure. Remplacé en août 1969 par une autre militaire, le général Emilio Garrastazú Médici, celui-ci intensifia la répression contre l’opposition, ce qui ne manqua pas de la réactiver. Devant l’échec du programme pour améliorer la situation des plus démunis, l’Église catholique multiplia les critiques à l’égard du gouvernement. La contestation se fit de plus en plus vive dans le pays. Sous ce régime, quelque 247 300 Japonais immigrèrent au Brésil; aujourd'hui, les Brésiliens descendants des Japonais constituent le plus grand groupe d'émigrés japonais.

Un autre général, Ernest Geisel, prit le pouvoir et commença par établir une politique plutôt libérale en desserrant la censure sur la presse et en permettant aux partis d’opposition de reprendre une activité politique légale. Mais ces mesures furent en partie annulées en 1976 et en 1977. En 1979, João Baptista de Oliveira Figueiredo, encore un militaire, succéda à Geisel.

Le 5 décembre 1967, le Service de protection des Indiens fut remplacé par la Fundaçao Nacional do Indio (Fondation nationale de l'Indien) ou FUNAI. La «protection» des Indiens fut modifiée en tenant compte davantage des différences des autochtones et en réduisant le plus possible les efforts d’intégration de force vers les «civilizados». La FUNAI fit en sorte d’éviter d'exposer les autochtones au monde «moderne», afin de les protéger plus efficacement. Néanmoins, la politique officielle continue d’osciller entre la préservation de la culture des autochtones et leur intégration dans le grand ensemble national.

3.8 Le retour au pouvoir civil

Ce ne fut qu’en 1985 que fut élu le premier président civil brésilien depuis plus de deux décennies. Pour asseoir la démocratie, une nouvelle constitution entra en vigueur en octobre 1988. C’est dans le cadre de cette nouvelle constitution prévoyant l’élection du président au suffrage direct que fut élu, en décembre 1989, Fernando Collor de Mello. Mais les mesures draconiennes de lutte qu’il prit contre l’inflation provoquèrent l’une des plus graves récessions que le Brésil ait jamais connues; puis des accusations de corruption commencèrent à être lancées à l’encontre du président Collor. La nouvelle Constitution de la République fédérative du Brésil reconnut formellement les droits collectifs des peuples indigènes sur les terres qu’ils occupent historiquement. Elle leur garantit même «l’usufruit exclusif des richesses sur le sol, les rivières et les lacs existant en leur sein».

En juin 1992, le Brésil accueillit plus d’une centaine de chefs d’État dans le cadre de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, plus connue sous le nom de «Sommet de la Terre». Ce succès diplomatique n’empêcha pas la Chambre des députés d’entamer une procédure de destitution à l’encontre du président Collor qui finit par démissionner. C’est dans ce contexte que fut introduite, en juillet 1994, une nouvelle monnaie, le réal, en remplacement du cruzado mis à mal par l’inflation. Un nouveau gouvernement entra en fonction le 1er janvier 1995; il réforma les systèmes de sécurité sociale et fiscal du pays et poursuivit la politique de lutte contre l’inflation, mais le Brésil demeura le champion des inégalités sociales, l’écart entre séparant riches et pauvres demeura colossal. Au cours de la décennies quatre-vingt-dix, la part des revenus détenue par le cinquième de la population la plus pauvre était trente fois moindre que celle dont jouissait le cinquième la plus riche.

À la fin de 1994, l’élection présidentielle vit la victoire de Fernando Henrique Cardoso, un sociologue reconnu, qui prit ses fonctions le 1er janvier 1995. Dès son arrivée au pouvoir, son gouvernement annonça son intention de réformer les systèmes de sécurité sociale et fiscal du pays et de poursuivre la politique de lutte contre l’inflation, mais le coût social de cette réussite resta très élevé. Malgré son réel décollage économique, le Brésil connut encore des poches de pauvreté considérables. En octobre 1998, le président Fernando Henrique Cardoso fut réélu dès le premier tour de scrutin avec près de 54 % des suffrages, contre moins de 32 % pour son adversaire Luis Inacio Lula da Silva, leader du Parti des travailleurs (PT).

Lors des élections présidentielles de 2002, Luis Inacio Lula da Silva, dit Lula, fut élu président de la République, avec une majorité écrasante: il entra en fonctions le 1er janvier 2003. Le 29 octobre 2006, lors du second tour de scrutin, Lula fut réélu à la présidence de la République avec 60 % des suffrages. Il s'engea à donner «la préférence aux pauvres», tout en maintenant la rigueur fiscale, et souhaita réformer le système politique afin d’éviter de nouveaux scandales de corruption... en vain. Si l’analphabétisme a reculé depuis 1900 — 65 % des 15 ans et plus ne savaient ni lire ni écrire —, il n’a pas disparu pour autant: il était de 17 % en 2005, ce qui fait pour un pays de 175 millions d’habitants, beaucoup de monde. L’éducation demeure encore un privilège qui reproduit les écarts entrer les couches de la population. Autrement dit, Lula a encore du travail à faire.

Dernière modification en date du 25 nov. 2016  

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Bibliographie

 
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