Union de Myanmar

Birmanie (Myanmar)

Pyidaungzu Myanma Naingngandaw

 
Capitale: Naypyidaw (depuis mars 2007)
Population: 46,2 millions 
Langue officielle: birman 
Groupe majoritaire: birman (75 %)
Groupes minoritaires: une centaine de langues dont le shan (11 %), l’arakan (6 %), le karen (5 %), le môn (3 %), le kachin (2,5 %), le chin, le karenni, le lahu, le rohingya, etc.  
Système politique: république fédérale de 7 États et de 7 provinces; régime militaire à parti unique 
Articles constitutionnels (langue): art. 21, 102, 152, 153, 198 de la Constitution de 1974
Lois linguistiques: sans objet

1 Situation géographique

La Birmanie ou Myanmar  (en birman : Pyidaungzu Myanma Naingngandaw) est un pays du Sud-Est asiatique situé dans la péninsule indochinoise. Ce pays, d'une superficie de  678 500 km² (France:  547 030 km²), est limité au nord par la région autonome du Tibet (Chine), à l'est par la Chine, le Laos et la Thaïlande, au sud par la mer d'Andaman et le golfe du Siam, et à l'ouest par l’océan Indien, le golfe du Bengale, le Bangladesh et l'Inde. Jusqu'en février 2006, la capitale de l'État était Rangoon dans le Sud, mais depuis le mois de novembre 2005, c'est Pyinmana et changée lors de l'inauguration officielle, le 27 mars 2007, en Naypyidaw, située dans le centre du pays.

La Birmanie forme, en principe, une union fédérale – d’où le nom jusqu’en 1989 d’Union birmane, puis d'union de Myanmar – composée de sept États (voir la carte des États ethniques) théoriquement peuplés de non-Birmans au nord (l’État arakan, l’État chin,  l’État kachin, l’État karen, l’État kayah, l’État shan et l’État môn) et de sept provinces ou «divisions» administratives habitées par des Birmans au sud (division de Rangoon, division de Irrawaddy, division de Mandalay, division de Sagaing, division de Tenasserim, division de Magway et division de Pegou).

2 Données démolinguistiques

L’État birman, né des frontières que lui a laissées la Grande-Bretagne, englobe un nombre considérable d’ethnies, plus d'une centaine: les Birmans (75 %), les Shans (11 %), les Arakans ou Arakanais (6 %), les Karènes (5 %), les Môns (3 %), les Kachins (2,5 %), les Chins, les Karennis (Kayahs), les Lahus, les Rohingyas, les Gurkhas, les Palaungs, les Méos (Hmongs), les Nagas, les Akhas, les Lisaws, les Kadus, les Was, les Mokens (ou Mawkens), etc. Le pays compte aussi 150 000 Chinois et 800 000 Indiens. Trois de ces ethnies font souvent parler d'elles parce qu’elle se révoltent contre l’ethnie majoritaire birmane: les Karènes, les Kachins et les Shans. De plus, les Was vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection. Le tableau qui suit représente les peuples comptant 100 000 individus et plus:

 

Peuple Langue maternelle Famille linguistique Population
(100 000 et plus)
Birmans (Myen, Bhama ) birman

    sino-tibétaine

 31 000 000
Birmans shans (Thai Yai ) shan     sino-tibétaine    2 974 592
Arakanais (Arakans, Rhakine, Maghi, Mogh) arakanais      sino-tibétaine    2 300 000
Karènes sgaw (Paganyaw ) karène sgaw sino-tibétaine 1 625 249
Karènes blancs (Karènes pwo) karène pwo sino-tibétaine 1 530 492
Môns pegu austro-asiatique 1 056 469
Karènes noirs (Karènes pao) karène pao sino-tibétaine 1 000 000
Chinois han chinois min nan sino-tibétaine 938 400
Karènes pwo de l'Ouest karène pwo de l'Ouest sino-tibétaine 800 000
Kachins jingpho sino-tibétaine 671 629
Wa (Kawa) vo austro-asiatique 610 278
Taungyo (Dawe, Taru ) taungyo sino-tibétaine 560 935
Va (Wa, Baraog ) parauk austro-asiatique 440 754
Parauk (Praok ) parauk austro-asiatique 348 400
Rohinga (Chittagonian ) bengali langue indo-iranienne 325 000
Karènes pwo de l'Est karène pwo de l'Est sino-tibétaine 266 640
Gorkha (Népalais) népali langue indo-iranienne 265 000
Thaïs lu lu thaï-kadai 263 925
Karènes rouges (Kayahs) kayah de l'Ouest sino-tibétaine 249 867
Bengalis bengali     langue indo-iranienne    236 000
Akha (Ekaw / Khako ) akha sino-tibétaine    214 331
Chin tedim chin tedim sino-tibétaine 206 961
Palaungs d'or (Shwe ) palaung (shwe) austro-asiatique 200 000
Palaung d'argent palaung (pale) austro-asiatique 200 000
Hani  (Putu, Pudu) hani sino-tibétaine 180 219
Chaungtha chaungtha      sino-tibétaine     153 961
Lisu Lisu sino-tibétaine 146 827
Palaung rumai palaung rumai austro-asiatique 137 000
Intha intha sino-tibétaine 133 641
Lahu (Noirs) lahu sino-tibétaine 127 844
Marou maru sino-tibétaine 124 865
Tamouls tamoul dravidienne 123 150
Chin falam chin falam sino-tibétaine 118 986
Hindis hindi langue indo-iranienne 115 000
Télougous telougou dravidienne 114 028
Khun khun austro-asiatique 109 444
Chin haka (Baungshe ) chin haka sino-tibétaine 107 168
Oriya oriya langue indo-iranienne 104 906
Hui (Dounganes) chinois mandarin sino-tibétaine 100 000
Rawang rawang sino-tibétaine 100 000
Tavoyan tavoyan sino-tibétaine 100 000

On peut consulter un tableau complet des nombreux peuples de la Birmanie en cliquant ICI, s.v.p.

Les Birmans, qui constituent le groupe ethnique le plus important et forment 75 % de la population et parlent le birman, une langue tibéto-birmane apparentée au tibétain et appartenant à la famille sino-tibétaine. L’alphabet du birman repose sur le sanskrit et le pali, les deux langues sacrées du bouddhisme. Les minorités de ce pays, pour leur part, représentent environ 23 % de la population totale, occupent les deux tiers du territoire et parlent une centaine de langues: le shan (11 %), l’arakanais (6 %), le karène (5 %), le môn (3 %), le kachin (2,5 %), le chin, le karenni, le lahu, le rohingya, etc. La plupart de ces langues sont d’origine sino-tibétaine (groupe tibéto-birman), mais certaines d’entre elles, comme le môn, appartiennent à la famille austro-asiatique, ou la famille thaï-kadai (thaï lu) ou dravidienne (tamoul, télougou). En plus du birman, l'anglais, le chinois et le thaï sont très  utilisés dans ce pays en tant que langues véhiculaires.

3 Données historiques

L’histoire de la Birmanie a toujours été marquée par l’influence culturelle et religieuse de l’Inde mais aussi par des guerres et les répressions sanglantes. Le premier empire birman unifié fut fondé au XIe siècle par les Môns. Puis, au XIIIe siècle, le royaume môn tomba aux mains des armées mongoles. Une partie de la Birmanie subit ensuite la domination des Shans, ensuite à nouveau celle des Môns. Mentionné sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux») dans les récits de Marco Polo au XIIIe siècle, le pays s’appela ensuite Bamar du nom du peuple bamar (en birman, le [r] ne se prononce pas).

Au début du XIXe siècle, les Britanniques déclenchèrent la première guerre anglo-birmane (1824-1826) qui leur laissa le contrôle d’une partie de la Birmanie. Ils changèrent le nom de Bamar en Burma, que les Français traduiront plus tard par Birmanie. À l'issue d’une seconde guerre anglo-birmane (1852-1855), toute la Birmanie fut annexée et proclamée en 1886 comme province de l'empire des Indes, non sans avoir massacré des populations entières.

3.1 La colonisation britannique

Les Britanniques se sont mis à coloniser le pays en imposant militairement la loi et l’ordre, en administrant la justice d’une manière expéditive, en supprimant la religion et la langue des populations autochtones pour favoriser exclusivement la langue anglaise. Les habitants du pays réagirent très mal à la colonisation maladroite des Britanniques.  La capitale coloniale était Pyinmana, située au centre du pays, ce qui permettait aux Britanniques de mieux contrôler toute la région.

La résistance s’organisa et, après un demi-siècle de  colonisation, des mouvements nationalistes surgirent partout dans le pays à un  point tel que, lors de la Deuxième Guerre mondiale, les Britanniques perdirent rapidement le contrôle de la Birmanie au profit des Japonais. Finalement, au lendemain de la guerre, la Birmanie proclama son indépendance, le 4 janvier 1948, et refusa de faire partie du Commonwealth.

3.2 Après l'indépendance

Après l’indépendance, l’Union birmane connut une relative prospérité, troublée seulement par les incessantes exigences des Karens et des Shans. En 1962, le général Ne Win s'empara du pouvoir à la suite d’un coup d’État et instaura un régime centralisateur fort; il refusa aux minorités le droit à la sécession. La politique du parti au pouvoir, qui s’était engagé dans la «voie birmane du socialisme», entraîna une catastrophe économique sans précédent et fut accompagnée d'une diminution draconienne des libertés personnelles. Les principaux secteurs de l'économie furent étatisés. La nouvelle Constitution socialisante de 1974 transféra le pouvoir du parti unique du Conseil révolutionnaire militaire à une Assemblée du peuple dirigée par le général Ne Win et d'autres anciens dirigeants militaires. 

En 1988, un nouveau coup d'État militaire se produisit et la loi martiale fut instaurée à la suite de répressions sanglantes. Dès ce moment, le conseil d'État pour le rétablissement de la loi et l'ordre (le SLORC) se mit en place et rebaptisa le pays sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux»).  En 1989, le pays prit le nom d'union de Myanmar.

Les élections législatives de mai 1990 virent la victoire écrasante du parti d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie, dirigé par Mme Aung San Suu Kyi (fille de Aung San, l’un des héros de l’Indépendance), mais le SLORC refusa la tenue de la convention de l'Assemblée du peuple et poursuivit sa politique de répression et de nettoyage ethnique.

3.3 Un État répressif

Depuis que les militaires exercent les pleins pouvoirs en Birmanie, le général en chef des Forces armées (la Tatmadaw) exerce l'autorité législative et exécutive avec l'aide d'une Assemblée constituante de 485 membres en principe élus. Le tribunal le plus important est le Conseil des juges du peuple, puisque tous les tribunaux civils ont été suspendus. La junte au pouvoir muselle les médias, emprisonne les journalistes étrangers et interdit toute forme d'expression dissidente. Madame Aung San Suu Kyi, dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie et prix Nobel de la Paix en 1991, est toujours assignée à résidence après avoir été emprisonnée. Les militaires du SLORC répriment dans le sang (10 000 morts en 1988, des milliers depuis) les manifestations en faveur de la démocratie.

La communauté internationale reconnaît la violation des droits de l'homme en Birmanie et prend des sanctions économiques à son encontre. Les journalistes étrangers connaissent des difficultés croissantes: restrictions des conditions d'attribution des visas, confiscation sur place de leur matériel, de leurs films ou cassettes,  sans compter les nombreuses expulsions.  Le SLORC conserve des archives sur les journalistes étrangers et leur refuse le visa si leur dossier n'est pas "satisfaisant". Quant aux journalistes birmans jugés «non patriotes» pour avoir rédigé des «articles partiaux fondés sur de fausses accusations», ils sont détenus à la prison d’Insein à Rangoon, lieu réputé pour les terribles conditions qui y règnent et où la torture y est une pratique courante. Pour la presse internationale, la Birmanie est maintenant dirigée par une véritable narcodictature.

3.4 Une narcodictature

De fait, les dirigeants militaires birmans se sont résolument lancés dans le lucratif commerce international de la drogue, plus précisément l’héroïne, espérant ainsi rehausser le niveau de l’économie. L’objectif semble réussi, car la Birmanie est devenue le premier pays producteur d'opium et d'héroïne du monde, et fournit la moitié de la production mondiale d’héroïne. La plupart des régions de production du pavot sont situées dans des zones contrôlées par l'armée nationale ou par les milices qui ont signé des accords avec Rangoon; les  généraux entretiennent tous des rapports étroits avec les barons de la drogue. La Chine est devenue un pays de transit qui a détrôné la Thaïlande et le gouvernement de Pékin renouvelle régulièrement des ventes d'armes à la Birmanie, à des conditions financières particulièrement favorables. Les revenus de ce trafic permet au  SLORC d’augmenter les effectifs de l’armée – 45 % du budget de l’État est consacré à l’armée – et de contrôler, par exemple, l’État shan pour réaliser ses grands projets hydro-électriques et annihiler les Shans du pouvoir local. Il suffit d’étendre cette pratique aux autres États ethniques du pays pour contrôler ainsi les minorités.

Bref, le régime birman, acculé à une rare brutalité, exerce de plus en plus une répression impitoyable envers ses populations, que celles-ci soient birmanes ou non birmanes (minorités ethniques). Pire: le régime a élevé la corruption en un système économique dans lequel se côtoient affairistes et investisseurs étrangers (chinois, américains, français, thaïlandais, etc.). La narcodictature militaire tient fermement le pays par une répression accrue, mais les signes de tension dans la population se multiplient.

3.5 La nouvelle capitale

La ville de Rangoon, avec ses 5,3 millions d'habitants, forme une grande métropole peuplée de Birmans et d'ethnies minoritaires. La majorité des habitants est hostile au régime militaire qui gouverne le pays. C'est pourquoi, afin d'assurer ses arrières et sa sécurité, le gouvernement a commencé en novembre 2005 à déplacer les bureaux de l'administration centrale de Rangoon vers l'ancienne capitale britannique, Pyinmana. Cette ville, de près de 85 000 habitants, est située à quelque 380 km au nord de Rangoon, dans une zone étroite entourée de montagnes. Ainsi, la junte militaire se protège en se mettant «à l'abri» de la population de Rangoon qu'elle craint. Des fortifications souterraines y auraient déjà été construites. La nouvelle capitale présente aussi comme avantage pour la junte d'être située plus à proximité des frontières de la Chine et de la Thaïlande, lesquels constituent, on le sait, ses principaux soutiens extérieurs. De plus, en cas de danger, les membres du régime pourraient s'enfuir plus rapidement vers l'un ou l'autre de ces pays.

Cependant, le déplacement d'une capitale est toujours un exercice très coûteux, surtout pour un pays pauvre comme Myanmar. Afin de minimiser les coûts, seuls les principaux ministères (Intérieur, Défense, Affaires étrangères, Transports, Énergie, Agriculture, Information, etc.) et le gouvernement lui-même sont transférés Pyinmana. Le transfert de la capitale permet également le recyclage de l'argent sale provenant du trafic de la drogue grâce à l'achat et la vente des terrains, la construction des bâtiments, d'un aéroport, etc. Dans l'éventualité où la junte militaire perdrait le pouvoir au profit d'un gouvernement civil et démocratique, il serait probable que Rangoon redeviendrait la capitale du pays, afin de correspondre à la tradition historique. Le transfert de la capitale devait s'achever en 2006. Lors de l'inauguration, le 27 mars 2007, le nom de Pyinmana a été changé en Naypyidaw, signifiant «Cité royale». En 2008, Transparency International (ou Transparence internationale), un organisme non gouvernemental international d'origine allemande, a publié son «Indice de perception de la corruption» (IPC): la Birmanie est l'un des pays les plus corrompus du monde (en 178e place sur un total de 180 pays en 2008), venant juste avant la Somalie, mais après l'Irak, Haïti, le Tchad, la Guinée, le Soudan et l'Afghanistan. Évidemment, il s'agit de la classe politique, non du peuple lui-même. En 2011, la junte militaire a officiellement cédé la place à un pouvoir civil dirigé par l'un de ses anciens membres. Cependant, le poids de la hiérarchie militaire demeure encore prépondérant.

4 La politique linguistique socialiste de 1974

La Constitution adoptée à l'accession à l'indépendance de la Birmanie en 1948 fut abolie lors du coup d'État de mars 1962. À partir de 1974, une nouvelle Constitution régit le pays en tant que république socialiste, jusqu'au coup d'État militaire de septembre 1988. Ainsi, cette constitution n’est plus appliquée aujourd’hui, mais elle n’a jamais été abrogée et remplacée par une autre. Depuis 1996, le SLORC poursuit sa convention nationale pour rédiger une nouvelle constitution – qui traîne depuis des années – visant à donner un rôle politique permanent et majeur aux militaires qui gouvernent la Birmanie et, semble-t-il, à offrir une autonomie assez grande aux fortes minorités ethniques de l'Union birmane pour que celles-ci ne rompent pas les cessez-le-feu provisoires passés avec l 'armée ces dernières années.

En attendant, la Constitution de 1974 demeure donc théoriquement en vigueur et suppose une politique linguistique de statut différencié à l’égard des minorités nationales. L’article 198 précise que le birman est la langue officielle et que la langue d’une ethnie nationale peut être aussi utilisée:
 

Article 198

Le birman est utilisé comme langue officielle afin que les communications soient uniformes et claires entre les organismes supérieurs et inférieurs de l'État et entre les organes de même niveau. Au besoin, la langue d’une ethnie nationale concernée peut être utilisée.

En vertu de l'article 21 de la Constitution birmane, aucune des quelque 30 minorités ethniques ne peut être victime de discrimination, que ce soit au plan de la race, de la langue ou de la religion.  De plus, toutes les nationalités peuvent exercer leur religion propre, et employer et développer leur langue et leur culture:
 

Article 21

1) L'État sera responsable de développer et de promouvoir en permanence l'unité, l'assistance mutuelle, la bonne entente et le respect mutuel entre les races nationales.

2) Les ethnies nationales seront libres de pratiquer leur religion, d'utiliser et de développer leur langue, leur littérature et leur culture, de suivre leurs traditions et leurs coutumes les plus chères, à la condition que cette liberté n'enfreigne pas les lois ou l'intérêt public.

En ce qui a trait à la justice, le birman est la langue normale, mais les langues des ethnies nationales concernées pourront également être utilisées, au besoin, et des dispositions seront prises pour que des interprètes soient disponibles (art. 102):
 

Article 102

Le birman sera utilisé dans l'administration de la justice. Les langues des ethnies nationales concernées pourront également être utilisées, au besoin, et des dispositions seront prises pour que des interprètes soient disponibles.

L’article 152 de la Constitution de 1974 prescrit que tout citoyen a droit à l’instruction, que le birman est la langue commune et que les langues des autres ethnies nationales peuvent également être enseignées:
 

Article 152

1) Tout citoyen aura droit à l'instruction.

2) Le birman est la langue commune. Les langues des autres ethnies nationales peuvent également être enseignées.

3) Tout citoyen recevra l'enseignement de base prescrit par la loi de l'État comme étant obligatoire.

Enfin, l’article 153 reconnaît au paragraphe 2 que les minorités peuvent utiliser librement leur langue et leur religion, mais l'exercice de ce droit ne pourra, cependant, se faire au détriment de la solidarité nationale et de l'ordre social socialiste, exigences fondamentales de l'ensemble de l'Union birmane:  
 

Article 153

2) Tout citoyen aura le droit d'utiliser librement sa langue et sa littérature, de suivre ses coutumes, sa culture et ses traditions et de pratiquer la religion de son choix.  L'exercice de ce droit ne pourra cependant se faire au détriment de la solidarité nationale et de l'ordre social socialiste, exigences fondamentales de l'ensemble de l'Union.  À cet égard, toute action pouvant porter atteinte aux intérêts de l'une ou de plusieurs races nationales ne pourra être entreprise qu'après consultation et consentement des parties concernées.

Voilà pour les principes, car la réalité est tout autre!  Près de trois décennies de guerres civiles continuelles ne peuvent favoriser une attitude réceptive à l'égard des minorités. En effet, malgré l'article 21 de la Constitution interdisant la discrimination, la politique linguistique de la Birmanie en est une, au mieux, d'indifférence, au pire, de dénégation, sinon de répression (spécialement à l'égard du karen).

5 Une réelle politique linguistique de répression

La politique de linguistique actuelle de l’État birman en est une de répression et de dénégation des droits des minorités. Toutes les dispositions constitutionnelles ont volé en éclat sous la narcodictature. Des termes tels que minorités raciales et nationalités ont complètement disparu de l'usage officiel.

Comme il n’y a plus de PARLEMENT, l’Exécutif militaire ne fonctionne qu’en birman de même que l’administration de la justice – pour ce qu’il en reste. Des services d’interprètes sont fournis lors de certains procès politiques. L’administration gouvernementale n’utilise que le birman et l’anglais. C’est d’ailleurs cette dernière langue qui sert de véhicule de communication avec les nombreuses ethnies du pays.

Dans les ÉCOLES de l’État, seul le birman est en principe admis à tous les niveaux. L'école primaire est obligatoire et l'instruction se fait en birman, mais l'anglais est la seconde langue et on l’enseigne dans toutes les écoles secondaires contrôlées par l’État birman. Mais comme l’éducation est devenue un luxe en Birmanie, la plupart des familles pauvres envoient leurs enfants seulement à l’école primaire – d’ailleurs obligatoire – et font ensuite travailler leurs enfants. Moins de la moitié des enfants poursuivent leur secondaire et la majorité persévérante ne termine pas toujours ses cours. 

La pénurie de ressources éducatives est époustouflante: nombre d'écoles insuffisant, classes surchargées d’élèves, locaux insalubres, formation inadéquate des professeurs, grave pénurie de livres, de bibliothèques, etc. La plupart des livres scolaires ne sont disponible qu’en anglais: il n’y a plus personne pour rédiger des manuels scolaires dans ce pays. Cette éducation atrophiée et anémiée est le reflet de la politique des dirigeants militaires qui préfèrent réduire le budget de l’éducation plutôt que celui des dépenses militaires (45 % du budget de l’État).

En ce qui a trait aux langues des minorités, seuls le môn, le menton, le kayin, et le kachin réussissent à être enseignés dans certaines écoles primaires des États ethniques. Cet enseignement se fait par défaut, parce que l’État militaire ne peut exercer son contrôle partout.

Dans bien dans cas, les enfants des minorités risquent leur vie à la sortie des écoles, des gares, des quais ou des cinémas. C'est à ces endroits que les soldats de la junte militaire (la Tatmadaw) les «recrute» en échange d'une récompense. L'armée a besoin de bras; on compte 70 000 enfants soldats dans ce pays (sur un total de 300 000 dans le monde) et quelque 500 000 soldats pour mâter les minorités. Les militaires ont ainsi quasiment tué le système scolaire du pays. L'État consacre 1 % de son budget pour l'éducation et 40 % pour l'armée. La priorité va donc à l'appareil militaire et, pour l'entretenir, il faut des gens qui soient valides. Enrôler des enfants vers l'âge de 12 ans permet de les retrouver à 20 ans chefs de régions militaires ou commandants. C'est uniquement pour former des cadres sur le terrain et pour avoir des soldats, qui pourront ensuite constituer une part importante de l'armée, que le Myanmar «recrute» des enfants.   

Depuis 1988, les UNIVERSITÉS ont été fermées durant une dizaine d'années. Les seuls étudiants capables de faire des études universitaires sont les enfants des officiers militaires, qui vont parfaire leurs études à l’étranger. Cette situation faire dire à plusieurs que même l’éducation est atteinte de corruption et de favoritisme, mais cette façon de faire permet à la narcodictature du Myanmar de prolonger son autorité chez les jeunes.

Quant aux PROFESSEURS, ils demeurent sous-payés et maltraités, surtout s’ils ne satisfont pas aux exigences du gouvernement. Non seulement, les professeurs doivent-ils enseigner les programmes officiels fournis par les militaires – étude des manoeuvres militaires, apprentissage des chansons militaires suscitant le patriotisme, etc. –, mais plusieurs sont également obligés de porter l’uniforme militaire lorsqu’ils enseignent. Pour beaucoup de professeurs, enseigner ne constitue même plus une priorité: pour arrondir leur fin de mois, ils sont devenus aussi vendeurs de cartes postales, de crayons, de sacs d’écoliers, etc., ou garçons de restaurant, livreurs, etc. Certains admettent qu’ils sont devenus des «esclaves» au service du régime.

Bien qu'il n'y ait pas de loi linguistique en Birmanie, l'anglais est très utilisé en tant que langue du COMMERCE et des AFFAIRES. Pour le reste, il n'y a pas d'affichage possible en d'autres langues, car certaines dispositions du Code civil auraient pour effet d'interdire toute autre langue — c’est surtout le chinois qui serait visé — que le birman et l'anglais.  Évidemment, selon les sources officielles, les textes juridiques en cette matière ne sont «pas disponibles». L'affichage officiel est soit unilingue birman, soit bilingue birman-anglais. Il demeure souvent unilingue birman, surtout sur les inscriptions des édifices gouvernementaux ou municipaux et la signalisation routière. La toponymie et les noms de rues sont en birman, mais certains lieux-dits sont en karen, en môn, etc. 

Quant aux enseignes commerciales, le bilinguisme birman-anglais est largement utilisé dans les grands centres urbains; dans les autres localités, l'unilinguisme birman est de règle et l'anglais reste marginal. Pour ce qui est de la publicité, elle demeure quasi absente, car on n’y retrouve aucune enseigne de Coca-Cola, de Pepsi, de Heineken, de McDonald, etc. Parfois, des grands panneaux gouvernementaux unilingues (en birman) viennent proclamer «la volonté du peuple» de s’opposer à «ceux qui cherchent à mettre en danger la stabilité de l’État», à «ceux qui agissent comme des pantins pour le compte d’éléments extérieurs» et qui «cherchent à répandre des idées négatives», aux «nations étrangères qui cherchent à s’ingérer dans nos affaires», etc.

Du côté des MÉDIAS écrits, il n'y a, selon les sources disponibles, aucun journal dans les langues de la trentaine de minorités ethniques du pays, du fait des procédures complexes imposées par les autorités militaires: il y faut une traduction préalable en birman, afin que le Conseil des censeurs puisse jouer son rôle.

En somme, en ce qui concerne les minorités, elles n’existent plus au sens juridique du terme. D’ailleurs, le journaliste Antoine Spire, du mensuel Chronique d’Amnesty International, dressait (1997) ainsi un constat très noir de la situation en Birmanie:  
 

Dans les montagnes, les villages sont incendiés, les maisons détruites, le bétail abattu, les arbres déracinés, les récoltes et réserves alimentaires brûlées. Le SLORC se livre à des séances publiques de torture pour précipiter les soumissions des villages. On frappe ceux qui ne supportent pas l'effroi du sang qui gicle, sous prétexte qu'il faut habituer les ennemis à l'horreur qu'ils vont désormais connaître. On assassine des prêtres, on tire dans les mosquées, on viole femmes et fillettes, on enlève les enfants pour les abandonner dans la nature. Les bombardements aériens, l'artillerie, les mortiers et roquettes sont utilisés à tout-va. Les habitants survivants sont encerclés, tués froidement, brûlés vifs ou, dans le meilleur des cas, déclarés "porteurs"... porteurs de munitions qui vont servir à décimer toute vie dans les montagnes. Il s'agit là véritablement d'un génocide. Les nombreux camps de concentration réservés à "l'abattage des ethnies" témoignent de l'ampleur du drame. Sur la seule frontière birmano-thaïlandaise, vingt-cinq camps renferment les restes de 80 000 Karens. Des milliers de femmes et d'enfants auraient été envoyés aux travaux forcés.

La situation des droits linguistiques en Birmanie constitue l’un des pires exemples de ce genre dans le monde entier. En réalité, on ne peut même plus parler de droits, puisque le minimum, celui du droit à la vie, n’est même pas respecté. Amnesty International montre souvent du doigt la narcodictature qui dirige la Birmanie: violation du droit d'expression, trafic d’héroïne érigé en système politique, tortures en tout genre des personnes incarcérées, souvent sans procès, génocide et nettoyage ethnique. Même l'espoir de gagner une ou deux places dans le rang des nations moins pauvres semble confisqué. En somme, la Birmanie est un pays de fer au fond de l'abîme.

Dernière mise à jour: 17 juil. 2013
 

 

Bibliographie

 

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BOUCAUD, André et Louis BOUCAUD. «Ralliement du " roi de l'Opium " et des investisseurs: victoire totale des généraux birmans» dans Le Monde diplomatique, Paris, mai 1996, p. 24. 

GASSI, Renaldo. «Le viol permanent du peuple birman», dans Le Monde diplomatique, Paris, décembre 1995. 

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LUBEIGT, Guy. La Birmanie. L'âge d'or de Pagan, Paris, Société d'édition Les Belles Lettres, 2005, 319 p.

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YACOUB, Joseph. «Asie du Sud-Est» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 557-591. 

 
 
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