Union de Myanmar

Birmanie (Myanmar)

Pyidaungzu Myanma Naingngandaw

 
 
Capitale: Naypyidaw (depuis mars 2007)
Population: 46,2 millions 
Langue officielle: birman 
Groupe majoritaire: birman (75 %)
Groupes minoritaires: une centaine de langues dont le shan (11 %), l’arakan (6 %), le karen (5 %), le môn (3 %), le kachin (2,5 %), le chin, le karenni, le lahu, le rohingya, etc.  
Système politique: république fédérale de 7 États et de 7 provinces; régime militaire à parti unique 
Articles constitutionnels (langue): art. 22, 364 et 450 de la Constitution de 2008
Lois linguistiques: sans objet

1 Situation géographique

La Birmanie ou Myanmar  (en birman : Pyidaungzu Myanma Naingngandaw) est un pays du Sud-Est asiatique situé dans la péninsule indochinoise. Ce pays, d'une superficie de  678 500 km² (France:  547 030 km²), est limité au nord par la région autonome du Tibet (Chine), à l'est par la Chine, le Laos et la Thaïlande, au sud par la mer d'Andaman et le golfe du Siam, et à l'ouest par l’océan Indien, le golfe du Bengale, le Bangladesh et l'Inde. Jusqu'en février 2006, la capitale de l'État était Rangoon dans le Sud, mais depuis le mois de novembre 2005, c'est Pyinmana et changée lors de l'inauguration officielle, le 27 mars 2007, en Naypyidaw, située dans le centre du pays.

Au moment de l'indépendance, le pays avait comme nom officiel Burma (en anglais) ou Union of Burma. Aujourd'hui, son nom officiel en birman est Myanma transcrit erronément «Myanmar». En fait, Myan Ma signifierait le pays merveilleux créé par ces «esprits-habitants mythiques». L'appellation officielle utilisée par l'Onu est Myanmar, mais la France et le Canada emploient le nom Birmanie.

La Birmanie forme, en principe, une union fédérale – d’où le nom jusqu’en 1989 d’Union birmane, puis d'union de Myanmar – composée de sept États (voir la carte des États ethniques) théoriquement peuplés de non-Birmans au nord (l’État arakan, l’État chin,  l’État kachin, l’État karen, l’État kayah, l’État shan et l’État môn) et de sept provinces ou «divisions» administratives habitées par des Birmans au sud (division de Rangoon, division de Irrawaddy, division de Mandalay, division de Sagaing, division de Tenasserim, division de Magway et division de Pegou).

2 Données démolinguistiques

L’État birman, né des frontières que lui a laissées la Grande-Bretagne, englobe un nombre considérable d’ethnies, plus d'une centaine: les Birmans (57,2 %), les Shans (8,3 %), les Arakans ou Arakanais (4,9 %), les Karènes (5,6 %), les Môns (2,1 %), les Kachins (1,8,5 %), les Chins, les Karennis (Kayahs), les Lahu, les Rohingya, les Gurkha, les Palaung, les Méos (Hmongs), les Naga, les Akha, les Lisaw, les Kadu, les Wa, les Moken (ou Mawken), etc. Le pays compte aussi près de un million de Chinois et 800 000 Indiens. Trois de ces ethnies font souvent parler d'elles parce qu’elle se révoltent contre l’ethnie majoritaire birmane: les Karènes, les Kachins et les Shan. De plus, les Wa vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection, sans oublier les Rohingya qui subissent la répression. Le tableau qui suit représente les peuples comptant 100 000 individus et plus:
 

Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation Religion
Birman 31 542 000 57,2 % birman  sino-tibétaine bouddhisme
Shan  4 593 000 8,3 % shan  sino-tibétaine bouddhisme
Arakanais 2 740 000 4,9 % arakanais  sino-tibétaine bouddhisme
Karène sgaw 1 969 000 3,5 % karène sgaw sino-tibétaine christianisme
Karène blanc 1 187 000 2,1 % karène pwo sino-tibétaine christianisme
Môn 1 160 000 2,1 % môn austro-asiatique bouddhisme
Kachin 1 038 000 1,8 % kachin jingpho sino-tibétaine christianisme
Chinois 994 000 1,8 % chinois mandarin sino-tibétaine bouddhisme
Karène noir 858 000 1,5 % karène pao sino-tibétaine bouddhisme
Rohingya 842 000 1,5 % bengali rohingya langue indo-iranienne islam
Tavoyan 464 000 0,8 % tavoyan sino-tibétaine bouddhisme
Wa 464 000 0,8 % wa sino-tibétaine religion ethnique
Lisu 348 000 0,6 % lisu sino-tibétaine christianisme
Népalais 299 000 0,5 % népalais langue indo-iranienne hindouisme
Palaung d'argent 297 000 0,5 % palaung (ruching) austro-asiatique bouddhisme
Bengalais 286 000 0,5 % bengali langue indo-iranienne islam
Chin tedim 256 000 0,4 % chin tedim sino-tibétaine christianisme
Palaung Doré 231 000 0,4 % palaung (shwe) austro-asiatique bouddhisme
Lahu 227 000 0,4 % lahu sino-tibétaine christianisme
Akha 223 000 0,4 % akha sino-tibétaine religion ethnique
Karène pwo occidental 212 000 0,3 % karène pwo occidental sino-tibétaine religion ethnique
Chaungtha 186 000 0,3 % chaungtha sino-tibétaine bouddhisme
Asho khyang 171 000 0,3 % chin asho sino-tibétaine bouddhisme
Karène kayah 164 000 0,2 % karène kayah occidental sino-tibétaine bouddhisme
Palaung rumai 158 000 0,2 % palaung rumai austro-asiatique bouddhisme
Tamoul 151 000 0,2 % tamoul dravidienne hindouisme
Kayan 147 000 0,2 % kayan sino-tibétaine religion ethnique
Télougou 140 000 0,2 % télougou dravidienne hindouisme
Chin haka 137 000 0,2 % chin hakha sino-tibétaine christianisme
Hindi 133 000 0,2 % hindi langue indo-iranienne Hindouisme
Tai khun 132 000 0,2 % khun thaï-kadai bouddhisme
Danau 129 000 0,2 % danau austro-asiatique bouddhisme
Odia 122 000 0,2 % odia langue indo-iranienne hindouisme
Lhao Vo 121 000 0,2 % lhao vo sino-tibétaine religion ethnique
Danu 117 000 0,2 % danu sino-tibétaine bouddhisme
Tai laing 116 000 0,2 % laing thaï-kadai bouddhisme
Intha 104 000 0,1 % intha sino-tibétaine bouddhisme
Tai nua 102 000 0,1 % taï nua thaï-kadai bouddhisme
Autres langues 2 276 000 4,1 % - - -
Total 2017 54 836 000 100 % - - -

On peut consulter un tableau plus complet des nombreux peuples de la Birmanie en cliquant ICI, s.v.p.
 

Les Birmans (ou Bamars) constituent le groupe ethnique le plus important avec 57 % de la population; ils parlent le birman, une langue tibéto-birmane apparentée au tibétain et appartenant à la famille sino-tibétaine. Il existe plusieurs langues birmanes: outre, le birman (ou myanmar), il faut mentionner le kachin (ou jingpo), le deng, le karène, le chin, l'achang, le naga, le yi, le hani, le jino, le luoba, le xarba, etc. L’alphabet du birman repose sur le sanskrit et le pali, les deux langues sacrées du bouddhisme. C'est en réalité un alphasyllabaire aux formes arrondies qui est utilisé en Birmanie pour l'écriture du birman, mais d'autres langues utilisent une partie des lettres de l'écriture birmane: le môn, le shan, le karène sgaw, le karène pwo (occidental et oriental), etc.

Les minorités de ce pays, pour leur part, représentent environ 40  de la population totale, occupent les deux tiers du territoire et parlent une centaine de langues, dont le shan, l’arakanais, le karène et ses variétés, le môn, le kachin, le chin, le karenni, le lahu, le rohingya, etc. La plupart de ces langues sont d’origine sino-tibétaine (groupe tibéto-birman), mais certaines d’entre elles, comme le môn, appartiennent à la famille austro-asiatique, ou la famille thaï-kadai (thaï lu) ou dravidienne (tamoul, télougou). En plus du birman, l'anglais, le chinois et le thaï sont très  utilisés dans ce pays en tant que langues véhiculaires.

3 Données historiques

L’histoire de la Birmanie a toujours été marquée par l’influence culturelle et religieuse de l’Inde mais aussi par des guerres et les répressions sanglantes. Le premier empire birman unifié fut fondé au XIe siècle par les Môns. Puis, au XIIIe siècle, le royaume môn tomba aux mains des armées mongoles. Une partie de la Birmanie subit ensuite la domination des Shans, ensuite à nouveau celle des Môns. Mentionné sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux») dans les récits de Marco Polo au XIIIe siècle, le pays s’appela ensuite Bamar du nom du peuple bamar (en birman, le [r] ne se prononce pas).

Au début du XIXe siècle, les Britanniques déclenchèrent la première guerre anglo-birmane (1824-1826) qui leur laissa le contrôle d’une partie de la Birmanie. Ils changèrent le nom de Bamar en Burma, que les Français traduiront plus tard par Birmanie. À l'issue d’une seconde guerre anglo-birmane (1852-1855), toute la Birmanie fut annexée et proclamée en 1886 comme province de l'empire des Indes, non sans avoir massacré des populations entières.

3.1 La colonisation britannique

Les Britanniques se sont mis à coloniser le pays en imposant militairement la loi et l’ordre, en administrant la justice d’une manière expéditive, en supprimant la religion et la langue des populations autochtones pour favoriser exclusivement la langue anglaise. Les Britanniques entreprirent de déplacer des populations entières dans leur grand Empire des Inbdes, faisant venir des centaines de milliers de Bengalis dans cette région, l'État d'Arakan, qui a longtemps été un royaume autonome. L'économie s'est vite développée avec la colonisation britannique et les travailleurs bengalis. Toutefois, les habitants bouddhistes du pays réagirent très mal à la colonisation maladroite des Britanniques, car ils perçurent ces Bengalis musulmans comme des «étrangers» et des «importés». 

La capitale coloniale était Pyinmana, située au centre du pays, ce qui permettait aux Britanniques de mieux contrôler la région. La résistance s’organisa et, après un demi-siècle de  colonisation, des mouvements nationalistes surgirent partout dans le pays à un  point tel que, lors de la Deuxième Guerre mondiale, les Britanniques perdirent rapidement le contrôle de la Birmanie au profit des Japonais. Finalement, au lendemain de la guerre, la Birmanie proclama son indépendance, le 4 janvier 1948, et refusa de faire partie du Commonwealth.

3.2 Après l'indépendance

Après l’indépendance, l’Union birmane connut une relative prospérité, troublée seulement par les incessantes exigences des Karens et des Shans, mais les autorités ne firent rien pour atténuer l'animosité à l'égard des Rohingya. En 1962, le général Ne Win s'empara du pouvoir à la suite d’un coup d’État et instaura un régime centralisateur fort; il refusa aux minorités le droit à la sécession. La politique du parti au pouvoir, qui s’était engagé dans la «voie birmane du socialisme», entraîna une catastrophe économique sans précédent et fut accompagnée d'une diminution draconienne des libertés personnelles. Les principaux secteurs de l'économie furent étatisés. La nouvelle Constitution socialisante de 1974 transféra le pouvoir du parti unique du Conseil révolutionnaire militaire à une Assemblée du peuple dirigée par le général Ne Win et d'autres anciens dirigeants militaires. 

En 1988, un nouveau coup d'État militaire se produisit et la loi martiale fut instaurée à la suite de répressions sanglantes. Dès ce moment, le Conseil d'État pour le rétablissement de la loi et l'ordre (le SLORC: State Law and Order Restoration Council ) se mit en place et rebaptisa le pays sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux»).  En 1989, le pays prit le nom d'union de Myanmar.

Les élections législatives de mai 1990 virent la victoire écrasante du parti d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dirigé par Mme Aung San Suu Kyi (fille de Aung San, l’un des héros de l’Indépendance), mais le SLORC refusa la tenue de la convention de l'Assemblée du peuple et poursuivit sa politique de répression et de nettoyage ethnique.

3.3 Un État répressif

Les militaires accaparèrent les pleins pouvoirs en Birmanie; le général en chef des Forces armées (la Tatmadaw) exerça l'autorité législative et exécutive avec l'aide d'une Assemblée constituante de 485 membres en principe élus. Le tribunal le plus important devint le Conseil des juges du peuple, alors que tous les tribunaux civils étaient suspendus. La junte au pouvoir musela les médias, emprisonna les journalistes étrangers et interdit toute forme d'expression dissidente. Madame Aung San Suu Kyi, dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et prix Nobel de la Paix en 1991, fut constamment assignée à résidence après avoir été emprisonnée. Les militaires du SLORC réprimèrent dans le sang (10 000 morts en 1988, des milliers depuis) les manifestations en faveur de la démocratie.

La communauté internationale a reconnu la violation des droits de l'homme en Birmanie et prit des sanctions économiques à son encontre. Les journalistes étrangers connurent des difficultés croissantes: restrictions des conditions d'attribution des visas, confiscation sur place de leur matériel, de leurs films ou cassettes, sans compter les nombreuses expulsions.  Le SLORC conserva des archives sur les journalistes étrangers et leur refusa le visa si leur dossier n'était pas «satisfaisant». Quant aux journalistes birmans jugés «non patriotes» pour avoir rédigé des «articles partiaux fondés sur de fausses accusations», ils furent détenus à la prison d’Insein à Rangoon, lieu réputé pour les terribles conditions qui y régnaient et où la torture y était une pratique courante. Pour la presse internationale, la Birmanie était alors dirigée par une véritable narcodictature.

3.4 La narcodictature

De fait, les dirigeants militaires birmans se sont résolument lancés dans le lucratif commerce international de la drogue, plus précisément l’héroïne, espérant ainsi rehausser le niveau de l’économie. L’objectif a paru réussi, car la Birmanie est devenue le premier pays producteur d'opium et d'héroïne du monde, et fournissait la moitié de la production mondiale d’héroïne. La plupart des régions de production du pavot étaient situées dans des zones contrôlées par l'armée nationale ou par les milices qui avaient signé des accords avec Rangoon; les  généraux entretinrent tous des rapports étroits avec les barons de la drogue. La Chine est devenue un pays de transit qui a détrôné la Thaïlande et le gouvernement de Pékin renouvelait régulièrement des ventes d'armes à la Birmanie, à des conditions financières particulièrement favorables. Les revenus de ce trafic permit au SLORC d’augmenter les effectifs de l’armée – 45 % du budget de l’État était consacré à l’armée – et de contrôler, par exemple, l’État shan pour réaliser ses grands projets hydro-électriques et annihiler les Shans du pouvoir local. Il suffisait d’étendre cette pratique aux autres États ethniques du pays pour contrôler ainsi les minorités.

Bref, le régime birman, acculé à une rare brutalité, exerça de plus en plus une répression impitoyable envers ses populations, que celles-ci soient birmanes ou non birmanes (minorités ethniques). Pire: le régime a élevé la corruption en un système économique dans lequel se côtoyaient affairistes et investisseurs étrangers (chinois, américains, français, thaïlandais, etc.). La narcodictature militaire tint fermement le pays par une répression accrue, mais les signes de tension dans la population se sont multipliés.

Déjà premier producteur mondial d'opium, la Birmanie devint aussi un pays d'approvisionnement en hommes, en femmes et en enfants pour un trafic à destination de l'Asie de l'Est et du Sud-Est à des fins d'exploitation sexuelle ou économique. Dans une moindre mesure, la Birmanie est devenue également un pays de transit pour des femmes en provenance de Chine, que le trafic destinait à l'exploitation sexuelle en Asie du Sud-Est. Des femmes et de jeunes filles furent également arrachées à leurs villages et forcées par les trafiquants à la prostitution dans les villes. Il existait aussi un trafic de travailleurs forcés à l'intérieur même de la Birmanie, qui est d'abord à destination des zones agricoles ou industrielles. Bref, ce sont toujours des membres des minorités qui firent les frais de ces exploitations d'humains.

3.5 La nouvelle capitale
 

La ville de Rangoon, avec ses 5,3 millions d'habitants, formait une grande métropole peuplée de Birmans et d'ethnies minoritaires. La majorité des habitants est hostile au régime militaire qui gouverne le pays. C'est pourquoi, afin d'assurer ses arrières et sa sécurité, le gouvernement a commencé en novembre 2005 à déplacer les bureaux de l'administration centrale de Rangoon vers l'ancienne capitale britannique, Pyinmana. Cette ville, estimée alors à près de 85 000 habitants, est située à quelque 380 km au nord de Rangoon, dans une zone étroite entourée de montagnes.

La nouvelle capitale présente aussi comme avantage pour la junte d'être située plus à proximité des frontières de la Chine et de la Thaïlande, lesquels constituent, on le sait, ses principaux soutiens extérieurs. De plus, en cas de danger, les membres du régime pourraient s'enfuir plus rapidement vers l'un ou l'autre de ces pays. Ainsi, la junte militaire se protège en se mettant «à l'abri» de la population de Rangoon qu'elle craint; des fortifications souterraines y auraient déjà été construites.

Le transfert de la capitale permet également le recyclage de l'argent sale provenant du trafic de la drogue grâce à l'achat et la vente des terrains, la construction des bâtiments, d'un aéroport, etc. Quoi qu'il en soit, les véritables raisons de cette délocalisation demeurent encore obscures.
 

Évidemment, le déplacement d'une capitale est toujours un exercice très coûteux, surtout pour un pays pauvre comme la Birmanie. Afin de minimiser les coûts, seuls les principaux ministères (Intérieur, Défense, Affaires étrangères, Transports, Énergie, Agriculture, Information, etc.) et le gouvernement lui-même ont été transférés à Pyinmana; ce transfert aurait coûté quatre milliards de dollars (3,69 milliards d’euros), dans un pays qui dépense à peine 0,4 % de son PIB pour la santé de ses citoyens, l’un des pourcentages les plus faibles au monde. Le transfert de la capitale devait s'achever en 2006. La construction de cette capitale-bunker compte une dizaine de quartiers tous facilement verrouillables aux fonctions précises : hôtel, boutiques, marchés, parc à thème, etc. Lors de l'inauguration, le 27 mars 2007, le nom de Pyinmana a été changé en Naypyidaw, signifiant «cité royale».

C'est aujourd'hui une ville d’une superficie de 4800 km², soit apparemment six fois la taille de New York, avec des voies de circulation pouvant accueillir jusque 20 files de véhicules, et qui s’étendent à perte de vue. Malgré les efforts manifestes des autorités, Naypyidaw, la «résidence des rois» ne semble pas attirer les foules. Officiellement, la population de la ville serait d’un million d’habitants, mais nombreux sont ceux qui doutent de ce nombre surfait. C'est une capitale flambant neuve et... déserte. Les rues sont vides et il semble difficile de trouver la trace de ce million d'habitants.

Dans l'éventualité où la junte militaire perdrait le pouvoir au profit d'un gouvernement civil et démocratique, il serait probable que Rangoon redeviendrait la capitale du pays, afin de correspondre à la tradition historique.

En 2008, Transparency International (ou Transparence internationale), un organisme non gouvernemental international d'origine allemande, a publié son «Indice de perception de la corruption» (IPC): la Birmanie est l'un des pays les plus corrompus du monde (en 178e place sur un total de 180 pays en 2008), venant juste avant la Somalie, mais après l'Irak, Haïti, le Tchad, la Guinée, le Soudan et l'Afghanistan. Évidemment, il s'agit de la classe politique, non du peuple lui-même.

3.6 Le gouvernement civil et les minorités

Les tensions et les luttes avec les minorités s’inscrivent dans l’histoire nationale du pays. Ces minorités se sont battues contre le régime fédéral dans l'espoir d’obtenir une plus grande autonomie, sinon l'indépendance. Plusieurs communautés, notamment celles situées près des zones frontalières, détiennent des armées de rébellion comme les Shan, les Kachin, les Môn, etc. La plupart des rébellions contre l’État birman ont été très violentes; elles étaient le résultat très souvent d'une violation des droits de l’Homme et des déplacements forcés. Plusieurs sont devenus des migrants et, dans le cas des Kachin, ils se sont sauvés vers la frontière thaïe, où il existe plusieurs camps de réfugiés.

En 2011, la junte militaire a officiellement cédé la place à un pouvoir civil dirigé par l'un de ses anciens membres. Bien que le poids de la hiérarchie militaire demeure encore prépondérant, le gouvernement civil, le premier depuis près de cinquante ans, a surpris par les signes d'ouverture et de libéralisation. Mme Aung San Suu Kyi, figure légendaire de l'opposition non violente à la dictature militaire de son pays, puis lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, devint libre de ses mouvements en novembre 2010 et parcourut le pays. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), redevint légal en décembre 2011.
 

Aung San Suu Kyi avait promis de faire pression pour obtenir une plus grande autonomie des minorités ethniques en Birmanie. Le gouvernement devrait, selon elle, mettre en place «une véritable union démocratique fédérale». Rappelons que cette ancienne colonie britannique fait face, depuis son indépendance en 1948, à des soulèvements de la part des groupes ethniques qui réclament plus d’autonomie, mais la Constitution du pays, rédigée sous la junte militaire en 2008, a toujours centralisé les pouvoirs.

Aung San Suu Kyi fut élue députée en avril 2012, lors d'élections partielles remportées par son parti. Aux élections législatives de novembre 2015, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi remportait une écrasante victoire sur le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP). En avril 2016, Aung San Suu Kyi, qui ne pouvait devenir chef de l'État en raison d'une disposition constitutionnelle (étant la veuve et la mère de citoyens étrangers britanniques), était nommée ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence, sa position étant dans les faits celle d'un chef de gouvernement.

Trois mois après l'arrivée au pouvoir d'Aung San Suu Kyi, l'ONU publiait un rapport évoquant de possibles crimes contre l'humanité commis sous le mandat précédente.

La minorité musulmane des Rohingya vit dans la région de Rakhine, près du Bangladesh; elle est reconnue comme la minorité la plus persécutée par la majorité ethnique bouddhiste birmane. Les Rohingya ont même perdu le droit à la citoyenneté birmane depuis la loi de 1982; ils sont désormais des apatrides. Plusieurs membres de cette communauté vivent aujourd'hui en tant que réfugiés au Bangladesh, en Malaisie et en Thaïlande. Dans la province d'Arakan, la minorité musulmane des Rohingya, dont la langue est le bengali, est persécutée à la fois par la majorité bouddhiste et par les autorités, avec une intensification des violences depuis 2012. D’après les derniers chiffres des Nations unies, près de 300 000 personnes, la plupart des musulmans de la minorité rohingya, se sont réfugiées au Bangladesh pour fuir les troubles. Des milliers de personnes seraient toujours en fuite, cachées dans les forêts ou sur des collines du côté birman, sans vivres ni eau. Depuis des décennies, le million de Rohingya, qui représente la plus grande population apatride au monde, est victime de discriminations en Birmanie, pays à majorité bouddhiste.

Loin de dénoncer le sort des Rohingya et de s'investir dans l'amélioration de leurs conditions de vie, Aung San Suu Kyi critique plutôt la communauté internationale et les organismes humanitaires qui décrivent les injustices dont la minorité musulmane est victime; elle parle de «désinformation». Beaucoup de Birmans critiquent Aung San Suu Kyi de ne pas en faire assez et l'accusent de négliger les Rohingyas pour conserver ses électeurs. Le cap des 300 000 musulmans rohingya réfugiés depuis le 25 août 2017 au Bangladesh pour fuir les violences en Birmanie a été franchi, a estimé lundi l'ONU, dénonçant un «exemple classique de nettoyage ethnique».

Aujourd'hui, toutes les minorités du pays demeurent méfiantes et ne s’attendent pas à un réel changement de leur situation; ils n'y croient plus. Alors que les Bamas, l'ethnie majoritaire, aspirent à la démocratie, les minorités ethniques se préoccupent avant tout de la paix. Les partis «ethniques», qui représentent 40 % de la population, n’ont remporté que 6 % des sièges du Parlement. Ils ne sont donc pas en mesure de peser sur la politique du gouvernement ni d'influencer la position de l’armée qui refuse toujours de leur garantir la reconnaissance constitutionnelle de leurs droits et une certaine forme d’autonomie leur permettant de contrôler en partie leur territoire et leurs ressources naturelles.

4 La politique linguistique socialiste de 1974

La Constitution adoptée à l'accession à l'indépendance de la Birmanie en 1948 fut abolie lors du coup d'État de mars 1962. À partir de 1974, une nouvelle Constitution régit le pays en tant que république socialiste, jusqu'au coup d'État militaire de septembre 1988. Ainsi, cette constitution n’est plus appliquée aujourd’hui, mais elle n’a jamais été abrogée et remplacée par une autre. Depuis 1996, le SLORC poursuit sa convention nationale pour rédiger une nouvelle constitution – qui traîne depuis des années – visant à donner un rôle politique permanent et majeur aux militaires qui gouvernent la Birmanie et, semble-t-il, à offrir une autonomie assez grande aux fortes minorités ethniques de l'Union birmane pour que celles-ci ne rompent pas les cessez-le-feu provisoires passés avec l 'armée ces dernières années.

En attendant, la Constitution de 1974 (aujourd'hui abrogée) supposait une politique linguistique de statut différencié à l’égard des minorités nationales. L’article 198 précisait que le birman est la langue officielle et que la langue d’une ethnie nationale pouvait aussi être utilisée:
 

Article 198 [abrogé]

Le birman est utilisé comme langue officielle afin que les communications soient uniformes et claires entre les organismes supérieurs et inférieurs de l'État et entre les organes de même niveau. Au besoin, la langue d’une ethnie nationale concernée peut être utilisée.

En vertu de l'article 21 de la Constitution birmane de 1974 (abrogée), aucune des quelque 30 minorités ethniques ne pouvait être victime de discrimination, que ce soit au plan de la race, de la langue ou de la religion.  De plus, toutes les nationalités pouvaient exercer leur religion propre, et employer et développer leur langue et leur culture:
 

Article 21 [abrogé]

1) L'État sera responsable de développer et de promouvoir en permanence l'unité, l'assistance mutuelle, la bonne entente et le respect mutuel entre les races nationales.

2) Les ethnies nationales seront libres de pratiquer leur religion, d'utiliser et de développer leur langue, leur littérature et leur culture, de suivre leurs traditions et leurs coutumes les plus chères, à la condition que cette liberté n'enfreigne pas les lois ou l'intérêt public.

En ce qui a trait à la justice, le birman devait être la langue normale, mais les langues des ethnies nationales concernées pouvaient également être utilisées, au besoin, et des dispositions devaient être prises pour que des interprètes soient disponibles (art. 102):
 

Article 102 [abrogé]

Le birman sera utilisé dans l'administration de la justice. Les langues des ethnies nationales concernées pourront également être utilisées, au besoin, et des dispositions seront prises pour que des interprètes soient disponibles.

L’article 152 de la Constitution de 1974 prescrivait que tout citoyen a droit à l’instruction, que le birman est la langue commune et que les langues des autres ethnies nationales peuvent également être enseignées:
 

Article 152 [abrogé]

1) Tout citoyen aura droit à l'instruction.

2) Le birman est la langue commune. Les langues des autres ethnies nationales peuvent également être enseignées.

3) Tout citoyen recevra l'enseignement de base prescrit par la loi de l'État comme étant obligatoire.

Enfin, l’article 153 reconnaissait au paragraphe 2 que les minorités pouvaient utiliser librement leur langue et leur religion, mais l'exercice de ce droit ne pouvait cependant se faire au détriment de la solidarité nationale et de l'ordre social socialiste, exigences fondamentales de l'ensemble de l'Union birmane:  
 

Article 153 [abrogé]

2) Tout citoyen aura le droit d'utiliser librement sa langue et sa littérature, de suivre ses coutumes, sa culture et ses traditions et de pratiquer la religion de son choix.  L'exercice de ce droit ne pourra cependant se faire au détriment de la solidarité nationale et de l'ordre social socialiste, exigences fondamentales de l'ensemble de l'Union.  À cet égard, toute action pouvant porter atteinte aux intérêts de l'une ou de plusieurs races nationales ne pourra être entreprise qu'après consultation et consentement des parties concernées.

Voilà pour les principes, car la réalité a toujours été tout autre!  Près de trois décennies de guerres civiles continuelles ne peuvent favoriser une attitude réceptive à l'égard des minorités. En effet, malgré l'article 21 de la Constitution interdisant la discrimination, la politique linguistique de la Birmanie en est une, au mieux, d'indifférence, au pire, de dénégation, sinon de répression (spécialement à l'égard du karen).

5 La Constitution de 2008

Le 9 avril 2008, le gouvernement militaire, qui était encore au pouvoir en Birmanie, proposa une nouvelle constitution au peuple devant faire l'objet d'un référendum public le 10 mai. Cette procédure s'inscrivait dans un processus visant l'instauration d'une démocratie. Le 24 mai 2008, les autorités militaires annoncèrent un taux de participation de 98,12 %, avec 92,48 % des voix en faveur de la Constitution, contre 6,1 % de NON et 1,42 % de bulletins nuls. Le projet de réforme constitutionnelle fut donc adopté. Cependant, La Ligue nationale pour la démocratie dirigée par Aung San Suu Kyi n'avait pas été autorisée à participer à la rédaction de la constitution. Elle avait même exhorté les citoyens a la rejeter, la qualifiant de mascarade.

Les dispositions linguistiques de la Constitution de 2008 sont très simples. La langue officielle est le myanmar, terme synonyme de birman. Les autres dispositions sont des considérations générales sur le respect et l'entraide entre les communautés nationales du pays :  
 

Constitution de la République de l'Union du Myanmar (2008)

Article 22

L'Union doit prêter son aide :

(a) pour développer le langue, la littérature, les beaux-arts et la culture des communautés nationales;

(b) pour promouvoir la solidarité, l'amitié mutuelle, le respect et l'entraide entre les communautés nationales;

(c) pour promouvoir le développement socio-économique, y compris l'éducation, la santé, l'économie, les transports et la communication, de même que les communautés nationales moins développées.

Article 354

Tout citoyen doit être libre dans l'exercice des droits suivants si ce n'est pas contraire aux lois promulgués pour la sécurité de l'Union, la prévalence de l'ordre public, la paix et la tranquillité communautaire, la moralité et l'ordre public:

(a) exprimer et publier librement ses convictions et ses opinions;
(b) se rassembler pacifiquement sans armes et organiser des manifestations;
(c) former des associations et des organisations;
(d) développer sa langue, sa littérature, sa culture, la religion qu'il professe et ses coutumes, sans préjudice des relations entre une communauté nationale et d'autres communautés nationales ou de croyance.

Article 450

Le myanmar [birman] est la langue officielle.

5.1 La politique linguistique actuelle

La politique de linguistique actuelle de l’État birman en est une de répression et de dénégation des droits des minorités. Toutes les dispositions constitutionnelles ont volé en éclat sous la narcodictature. Des termes tels que minorités raciales et nationalités ont complètement disparu de l'usage officiel.

Comme il n’y avait plus de PARLEMENT, l’Exécutif militaire ne fonctionnait qu’en birman, de même que l’administration de la justice – pour ce qu’il en restait. Des services d’interprètes étaient fournis lors de certains procès politiques. L’administration gouvernementale n’utilisait en fait que le birman et l’anglais. C’est d’ailleurs cette dernière langue qui sert de véhicule de communication avec les nombreuses ethnies du pays.

Dans les ÉCOLES de l’État, seul le birman est en principe admis à tous les niveaux. L'école primaire est obligatoire et l'instruction se fait en birman, mais l'anglais est la seconde langue et on l’enseigne dans toutes les écoles secondaires contrôlées par l’État birman. Mais comme l’éducation est devenue un luxe en Birmanie, la plupart des familles pauvres envoient leurs enfants seulement à l’école primaire – d’ailleurs obligatoire – et font ensuite travailler leurs enfants. Moins de la moitié des enfants poursuivent leur secondaire et la majorité persévérante ne termine pas toujours ses cours. 

La pénurie de ressources pédagogiques est époustouflante: nombre insuffisant d'écoles, classes surchargées d’élèves, locaux insalubres, formation inadéquate des professeurs, grave pénurie de livres, de bibliothèques, etc. La plupart des livres scolaires ne sont disponibles qu’en anglais: il n’y a plus personne pour rédiger des manuels scolaires dans le pays. Cette éducation atrophiée et anémiée est le reflet de la politique des dirigeants militaires qui ont toujours préféré réduire le budget de l’éducation plutôt que celui des dépenses militaires (45 % du budget de l’État).

5.2 Les minorités

En ce qui a trait aux langues des minorités, seuls le môn, le menton, le kayin, et le kachin réussissent à être enseignés dans certaines écoles primaires des États ethniques. Cet enseignement se fait par défaut, parce que l’État militaire ne peut exercer son contrôle partout.

Dans bien dans cas, les enfants des minorités risquent leur vie à la sortie des écoles, des gares, des quais ou des cinémas. C'est à ces endroits que les soldats de la junte militaire (la Tatmadaw) les «recrute» en échange d'une récompense. L'armée a besoin de bras; on compte 70 000 enfants soldats dans ce pays (sur un total de 300 000 dans le monde) et quelque 500 000 soldats pour mâter les minorités. Les militaires ont ainsi quasiment tué le système scolaire du pays. L'État consacre 1 % de son budget pour l'éducation et 40 % pour l'armée. La priorité va donc à l'appareil militaire et, pour l'entretenir, il faut des gens qui soient valides. Enrôler des enfants vers l'âge de 12 ans permet de les retrouver à 20 ans chefs de régions militaires ou commandants. C'est uniquement pour former des cadres sur le terrain et pour avoir des soldats, qui pourront ensuite constituer une part importante de l'armée, que le Myanmar «recrute» des enfants.   

À partir de 1988, les UNIVERSITÉS ont été fermées durant une dizaine d'années. Les seuls étudiants capables de faire des études universitaires sont les enfants des officiers militaires, qui vont parfaire leurs études à l’étranger. Cette situation faire dire à plusieurs que même l’éducation est atteinte de corruption et de favoritisme, mais cette façon de faire permet à la narcodictature du Myanmar de prolonger son autorité chez les jeunes.

Quant aux PROFESSEURS, ils demeurent sous-payés et maltraités, surtout s’ils ne satisfont pas aux exigences du gouvernement. Non seulement, les professeurs doivent-ils enseigner les programmes officiels fournis par les militaires – étude des manoeuvres militaires, apprentissage des chansons militaires suscitant le patriotisme, etc. –, mais plusieurs sont également obligés de porter l’uniforme militaire lorsqu’ils enseignent. Pour beaucoup de professeurs, enseigner ne constitue même plus une priorité: pour arrondir leur fin de mois, ils sont devenus aussi vendeurs de cartes postales, de crayons, de sacs d’écoliers, etc., ou garçons de restaurant, livreurs, etc. Certains admettent qu’ils sont devenus des «esclaves» au service du régime.

En somme, en ce qui concerne les minorités, elles n’existent plus au sens juridique du terme. D’ailleurs, le journaliste Antoine Spire, du mensuel Chronique d’Amnesty International, dressait (1997) ainsi un constat très noir de la situation en Birmanie:  
 

Dans les montagnes, les villages sont incendiés, les maisons détruites, le bétail abattu, les arbres déracinés, les récoltes et réserves alimentaires brûlées. Le SLORC se livre à des séances publiques de torture pour précipiter les soumissions des villages. On frappe ceux qui ne supportent pas l'effroi du sang qui gicle, sous prétexte qu'il faut habituer les ennemis à l'horreur qu'ils vont désormais connaître. On assassine des prêtres, on tire dans les mosquées, on viole femmes et fillettes, on enlève les enfants pour les abandonner dans la nature. Les bombardements aériens, l'artillerie, les mortiers et roquettes sont utilisés à tout-va. Les habitants survivants sont encerclés, tués froidement, brûlés vifs ou, dans le meilleur des cas, déclarés "porteurs"... porteurs de munitions qui vont servir à décimer toute vie dans les montagnes. Il s'agit là véritablement d'un génocide. Les nombreux camps de concentration réservés à "l'abattage des ethnies" témoignent de l'ampleur du drame. Sur la seule frontière birmano-thaïlandaise, vingt-cinq camps renferment les restes de 80 000 Karens. Des milliers de femmes et d'enfants auraient été envoyés aux travaux forcés.

5.3 L'anglais

Bien qu'il n'y ait pas de loi linguistique en Birmanie, l'anglais est très utilisé en tant que langue du COMMERCE et des AFFAIRES. Pour le reste, il n'y a pas d'affichage possible en d'autres langues, car certaines dispositions du Code civil auraient pour effet d'interdire toute autre langue — c’est surtout le chinois qui serait visé — que le birman et l'anglais.  Évidemment, selon les sources officielles, les textes juridiques en cette matière ne sont «pas disponibles».
 

L'affichage officiel est soit unilingue birman, soit bilingue birman-anglais. Il demeure souvent unilingue birman, surtout sur les inscriptions des édifices gouvernementaux ou municipaux et la signalisation routière. La toponymie et les noms de rues sont en birman, mais certains lieux-dits sont en karen, en môn, etc. 

Quant aux enseignes commerciales, le bilinguisme birman-anglais est largement utilisé dans les grands centres urbains; dans les autres localités, l'unilinguisme birman est de règle et l'anglais reste marginal. Pour ce qui est de la publicité, elle demeure quasi absente, car on n’y retrouve aucune enseigne de Coca-Cola, de Pepsi, de Heineken, de McDonald, etc. Parfois, des grands panneaux gouvernementaux unilingues (en birman) viennent proclamer «la volonté du peuple» de s’opposer à «ceux qui cherchent à mettre en danger la stabilité de l’État», à «ceux qui agissent comme des pantins pour le compte d’éléments extérieurs» et qui «cherchent à répandre des idées négatives», aux «nations étrangères qui cherchent à s’ingérer dans nos affaires», etc.

Du côté des MÉDIAS écrits, il n'y a, selon les sources disponibles, aucun journal dans les langues de la trentaine de minorités ethniques du pays, du fait des procédures complexes imposées par les autorités militaires: il y faut une traduction préalable en birman, afin que le Conseil des censeurs puisse jouer son rôle.

La situation des droits linguistiques en Birmanie constitue l’un des pires exemples du genre dans le monde entier. En réalité, on ne peut même plus parler de droits, puisque le minimum, celui du droit à la vie, n’est même pas respecté. Amnesty International montre souvent du doigt la narco-dictature qui a dirigé la Birmanie durant trop de décennies : violation du droit d'expression, trafic d’héroïne érigé en système politique, tortures en tout genre des personnes incarcérées, souvent sans procès, génocide et nettoyage ethnique. Même l'espoir de gagner une ou deux places dans le rang des nations moins pauvres semble confisqué. En somme, la Birmanie est devenu un «pays de fer» au fond de l'abîme.

La nouvelle démocratie au pouvoir est porteuse d'espoir, mais le chemin est encore très long avant de voir le pays devenir un État de droit. Les minorités ethniques revendiquent l’instauration d’un État fédéral leur garantissant plus d’autonomie et la reconnaissance constitutionnelle de leurs droits. Mais ces nombreuses minorités ethniques se méfient encore de leur gouvernement, car l'armée a encore conservé de nombreux pouvoirs. De fait, aucun accord de réconciliation nationale n’a pu être obtenu et l’armée birmane continue de lancer des offensives militaires contre plusieurs groupes ethniques et de commettre des exactions sur les civils. L'armée montre ainsi son manque de volonté d’écouter les revendications des minorités et de résoudre les conflits.

La difficulté du gouvernement birman consiste à rallier une ethnie birmane majoritaire aux autres minorités ethniques, et à tenter de constituer une vraie fédération. Malheureusement, tout nationalisme birman qui rallierait les langues et les cultures de chacune des communautés nationales est pour le moment irréalisable. Pourtant, la stabilité du pays dépend beaucoup de l’évolution des relations entre l’État birman et les minorités ethniques.
 

Dernière mise à jour: 12 sept. 2017
 

 

Bibliographie

 

ALL BURMA FEDERATION OF STUDENTS' UNIONS. «An overview of the current education situation in Burma prepared by the all Burma Federation of students’ Union» dans Education in Burma, 2 Ko, 27 mars 1998, [http://www.burma.net/education/overview.htm]. 

BOUCAUD, André et Louis BOUCAUD. «Reconnaissance régionale pour la junte birmane» dans Le Monde diplomatique, Paris, JUIN 1997, p. 10. 

BOUCAUD, André et Louis BOUCAUD. «Ralliement du " roi de l'Opium " et des investisseurs: victoire totale des généraux birmans» dans Le Monde diplomatique, Paris, mai 1996, p. 24. 

GASSI, Renaldo. «Le viol permanent du peuple birman», dans Le Monde diplomatique, Paris, décembre 1995. 

KANCHUN. Ethnic Composition, 1998, [http://azumi.shinshu-u.ac.jp/~kanchun/EthnicComp.html] 

LUBEIGT, Guy. La Birmanie. L'âge d'or de Pagan, Paris, Société d'édition Les Belles Lettres, 2005, 319 p.

REPORTERS SANS FRONTIÈRES. «Birmanie» dans Zone Asie, s.l., 5 mai 1997, 13 Ko, 
[http://www.calvacom.fr/rsf/RSF_VF/Rapp_VF/Asie_VF/BIR.html]. 

YACOUB, Joseph. «Asie du Sud-Est» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 557-591. 

 
 
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