République populaire de Chine
Région autonome hui
du Ningxia

 

Capitale:  Yinchuan
Population: 6,0 millions (2008)
Langue officielle: chinois (98 %) 
Groupe majoritaire: langues chinoises (98 %) : mandarin officiel, mandarin lanyin et mandarin zhongyuan
Groupes minoritaires:
mongol, mandchou, tibétain, dongxiang, etc.
Système politique: région autonome
Articles constitutionnels (langue): art. 4, 19 et 134 de la Constitution de 1982

Lois linguistiques: Loi sur l'autonomie des régions ethniques (1984
); Loi sur la langue et l’écriture communes nationales de la République populaire de Chine (2001).

1 La situation géographique

Localisation du Ningxia

 
La Région autonome hui du Ningxia est une région de 66 400 km², soit l'équivalent du Sri Lanka, de la Lituanie ou de la Lettonie ou encore deux fois la superficie de la Belgique. Le Ningxia est limité au nord par la Région autonome de la Mongolie intérieure, à l'est par la province du Shaanxi et, pour le reste, il est totalement enclavé par la province du Gansu.

La ville de Yinchuan (578 362 hab.) est la capitale du Ningxia. Les autres villes importantes sont Sizuishan (314 296 hab.), Wuzhong (218 525 hab.), Qingtongxia (105 122 hab.), Zhongwei (71 230 hab.), Guyuan (67 013 hab.) et Lingwu (65 276 hab.). 

La Région autonome hui du Ningxia compte cinq villes-préfectures administratives (Yinchuan, Shizuishan, Wuzhong, Guyuan et Zhongwei) dans lesquelles on dénombre 21 cantons (2 villes-comtés, 11 arrondissements et 8 districts) et 229 divisions de niveau canton ou comté (bourgs, cantons et sous-districts).  

 
En principe, le statut de région autonome s'applique aux provinces comptant historiquement d'importantes minorités nationales, telles que les Hui (le Ningxia), les Mongols (la Mongolie intérieure), les Zhuang (le Guangxi), les Tibétains (le Tibet) et les Ouïgours (l'Ouïgour ou le Xinjiang). En plus de ces cinq régions autonomes, la Chine compte aussi 30 préfectures autonomes et 124 cantons ou comtés autonomes et, dans certains cas, des districts autonomes.

Les régions autonomes s'occupent techniquement de leurs affaires intérieures, le pouvoir central chinois se réservant généralement la défense, les affaires étrangères et une foule d'autres prérogatives. Les matières suivantes sont réglementées par la province ou la région autonome: l'éducation, la santé publique, les industries et communications provinciales, l'administration et la mise en vente des propriétés de la province, l'administration des municipalités sous juridiction provinciale, les coopératives provinciales, l'agriculture et les forêts, la conservation des eaux, la pêche et l'élevage, etc. 

Dans les faits, les pouvoirs dont sont dotées les régions autonomes demeurent très limités dans la mesure où le pouvoir central possède un droit de veto sur toutes les décisions de la part des autorités locales. En plus de la Région autonome hui du Ningxia, les Hui disposent de deux préfectures et de neuf districts autonomes.

Rappelons les cinq régions autonomes «égales en statut à la province»:

Nom
de la région autonome

Date de fondation
(région autonome)

Capitale
régionale

Superficie
(km2)

Population en 2005

Ethnie majoritaire locale

Mongolie intérieure
(Mongols)

1er mai 1947

Hohhot

1 197 547

23,0 millions

17,1 %

Guangxi
(Zhuangs)

15 mars 1958

Nanning

237 693

44,9 millions

33 %

Tibet
(Tibétains)
1er septembre 1965

Lhassa

1 228 400

2,7 millions

92,8 %

Ningxia
(Hui)
25 octobre 1958

Yinchuan

62 818

6 millions

20 %

Xinjiang
(Ouïgours)
1er octobre 1955

Urumqi

1 655 826

19,6 millions

45 %

2 Données démolinguistiques

En 2004, la population du Ningxia était estimée à 5,8 millions d'habitants et à 6,0 millions en 2008. Le Ningxia compterait une vingtaine d'ethnies minoritaires. Les Chinois han forment la très grande majorité de la population, avec plus de 98 %. Cependant, au moins 20 % de ces derniers appartiennent à l'ethnie des Hui, une communauté musulmane chinoise. Les musulmans de Chine sont des sunnites, de rite hanéfite, à l’exception de ceux de la minorité tadjik ismaélienne dans le Xinjiang (les Ouïgours). Bien que les Hui soient linguistiquement des Han, ils sont considérés comme une ethnie particulière, d'où la distinction entre Han et Hui. Il reste une foule de petites minorités non chinoises, dont des Mandchous, des Mongols, des Tibétains, des Dongxiangs, etc.

2.1 Les Hui

Les Hui ne forment qu'environ 15 % de la population dans la capitale, Yinchuan. En général, les Hui sont regroupés dans les préfectures de l'Est: Yinchuan (au sud), Wuzhong et Guyuan. Ils vivent souvent dans les régions montagneuses du Sud et de Wuzhong dans les zones d'irrigation. Partout ailleurs, ce sont les Chinois han qui dominent. Il existe des différences entre la pratique religieuse des Hui du Nord et ceux du Sud. En effet, les Hui du Nord privilégient le soufisme (intériorisation et contemplation) avec un peu de taoïsme (religion chinoise ancienne), alors que les Hui du Sud sont plus familiers avec le confucianisme («enseignement des lettrés»). C'est pourquoi le gouvernement local de Yinchuan a souvent favorisé les Hui du Sud dans l'embauche des fonctionnaires parce qu'ils étaient plus près des Chinois han de par leur culture.

Les Hui (en chinois: Huízú) sont à la fois des Chinois et des musulmans. Leurs lointains descendants étaient des marchands arabes de la «route de la soie». Au cours des siècles, à la suite de nombreux mariages inter-ethniques, ils ont acquis des caractéristiques physiques asiatiques un peu distinctes des Chinois han. On ignore quelle langue ils pouvaient parler à l'origine. Après avoir fait partie de la province du Gansu en 1954, le Ningxia est devenu une région autonome en 1958. Au nombre de 10 millions, les Hui sont éparpillés dans plusieurs provinces: Gansu, Henan, Hebei, Qinghai, Shandong, Yunnan, Xinjiang, Anhui, Liaoning, Heilongjiang, Jilin, Shaanxi, Beijing et Tianjin. Ils sont surtout concentrés dans la Région autonome du Ningxia et dans la province voisine du Gansu. En somme, les Hui ne constituent pas une minorité linguistique, mais une minorité religieuse.

2.2 Les langues

Les Han, les Hui et les Mandchous parlent des langues chinoises. Au nord du Ningxia, c'est le mandarin lanyin qui est la langue dominante chez les Han. Au sud, c'est le mandarin zhongyuan (littéralement le «mandarin de la plaine centrale». Cette variété de mandarin est considérée comme le mandarin le plus authentique, son aire originelle, les provinces du Henan et du Shaanxi coïncidant avec celle des premiers peuplements han.

Quant aux Hui du Ningxia, ils parlent plus généralement le putonghua, le mandarin officiel, et utilisent l'arabe pour lire le Coran. Les non-musulmans écrivent leur langue avec les caractères chinois, mais les Hui avec l'alphabet arabe.

Dans le reste de la Chine, le hui (ou huiyu) comprend cinq grandes variétés linguistiques :

1) le jixi-shexian, parlé dans la province de l'Anhui (canton de Jixi, canton de She, canton de Jingde, district de Huizhou et Ningguo) et dans la province du Zhejiang (canton de Chun'an); 

2) le xiuning-yixian, parlé dans dans la province de l'Anhui, (district de Tunxi, district de Huangshan, canton de Xiuning, canton de Yi et canton de Qimen) et dans la province du Jiangxi (canton de Wuyuan);

3) le qimen-dexing, parlé dans la province de l'Anhui (cantons de Qimen et de Dongzhi) et dans la province du Jiangxi (canton de Fuliang, canton de Wuyuan et Dexing);

4) le yanzhou, parlé dans la province du Zhejiang (canton de Chun'an et Jiande);

5) le jingde-zhanda, parlé dans la province de l'Anhui (cantons de Jingde, de Qimen, de Shitai, de Yi et Ningguo).

Bref, les Hui ne connaissent pas d'unité linguistique, car chaque région possède sa propre variété. Les petites minorités du Ningxia parlent surtout le tibétain et le mongol.  En 1969, le Ningxia s'est vu attribuer une minime partie du territoire de la Région autonome de la Mongolie intérieure.

 3 Bref historique

La religion musulmane serait apparue en Chine au cours du VIIe siècle, d'une part par la route de la Soie, d'autre part, par le port très actif de Quanzhou et l'embouchure du fleuve Jing Jiang, face à l'île de Taiwan. Les circuits de la route de la Soie passaient par des régions où vivent encore aujourd'hui au moins une douzaine des 56 minorités ethniques de la Chine, notamment le long de la frontière actuelle des républiques du Tajikistan et du Kirghizistan.

La route de la Soie connut une grande effervescence sous la dynastie des Tang (618-907), alors que la ville de Chang’an était devenue, à la fin du VIIe siècle, un carrefour cosmopolite de deux millions d’habitants. L'âge d'or de la route de la Soie eut lieu sous le régime de l'Empire mongol au XIIIe siècle, alors que se développaient activement les échanges artistiques et commerciaux entre la Chine, la république de Gênes et la république de Venise. Il s'agissait surtout de marchands, de messagers et de missionnaires de l'islam. Ces immigrants s'établirent dans leur grande majorité à X'ian (Shanxi) et à Luoyang (Henan), alors que ceux qui venaient par mer se concentrèrent le long du littoral et notamment à Guangzhou (Guangdong), Quanzhou (Fujian) et Hangzhou (Zhejiang).

3.1 L'implantation de l'islam

C'est à cette époque l'implantation de l'islam fut la plus importante par l'apport de d'immigrants musulmans, dont des Perses, des Turcs d'Asie centrale et des Arabes, qui s'allièrent progressivement aux Han, ainsi qu'aux Mongols et aux Ouïgours, ce qui donnera naissance à l'ethnie hui. Le terme Hui serait une abréviation de «Huihui» apparu pour la première fois sous la dynastie des Song du Nord (960-1127). Ce mot désignait les Huihe, c'est-à-dire des Ouïgours qui avaient vécu à Anxi dans l'actuelle Région autonome ouïgoure du Xinjiang sous la dynastie des Tang (618-907). Ces Huihui étaient en réalité les ancêtres des Ouïgours actuels, lesquels n'ont plus rien de commun avec les Hui d'aujourd'hui, sauf l'appartenance à l'islam. 

Les ancêtres des Hui étaient des immigrants venus en Chine pour faire du commerce, mais plusieurs s'installèrent en permanence dans des villes comme Guangzhou, Quanzhou, Hangzhou, Yangzhou et Chang'an (l'actuelle Xi'an). La première mosquée de Chine fut construite à Chang’an en 742 sous la  dynastie Tang, suivie d’une autre à Canton et une troisième à Tankin sous la dynastie Song. En général, les Hui se sont concentrés dans des colonies autour des mosquées qu'ils avaient construites.

La dynastie des Yuan (1271-1368) donna un essor certain à la propagation de l'islam, mais c'est sous la dynastie de Ming (1368-1644), alors que les mosquées s'étaient multipliées, que les Hui ont commencé à émerger comme groupe ethnique en Chine. Le nombre des Hui augmenta considérablement dans les provinces du Shaanxi et du Gansu, tandis que de plus en plus de Hui s'installèrent dans d'autres parties du pays; la plupart se sont mis à pratiquer l'agriculture, mais aussi l'élevage du bétail, les travaux manuels et le commerce à petite échelle. Le commencement du déclin de la route de la Soie se situe au milieu du XIVe siècle, au moment où s’effondrait l’Empire mongol (dynastie des Yuan) et que progressait l’islam en Asie centrale.

Pour simplifier, on peut dire que l'islam s'est répandu à partir de la région littorale au sud pour s'étendre ensuite vers la région continentale. Mais l’expansion de l’islam en Chine est aussi liée à l’enseignement de la langue arabe. C'est ainsi que se sont implantés en Chine la lecture des préceptes du Coran, la maîtrise de la terminologie du droit musulman et à les connaissances nécessaires de l'arabe à la vie religieuse.

3.2 L'intégration à la Chine sinophone

Au cours de leurs longues pérégrinations, les ancêtres des Hui ont dû parler l'arabe, le persan ou le chinois, ou un mélange des trois langues. Cependant, progressivement, ils ont fini par parler la langue des Han du fait qu'ils cohabitaient avec eux.  Soulignons aussi que les immigrants musulmans ont épousé des Chinoises pour fonder des familles pour se fondre dans une sorte de métissage ethnique. Après diverses phases de bilinguisme, les Hui ont adopté définitivement les langues chinoises, tout en sauvegardant certaines influences arabes et persanes.

Les Hui se confinèrent surtout dans l'agriculture, ce qui leur permit de sauvegarder durant plusieurs siècles leur culture musulmane et de construire des moquées. À partir du XVIe siècle, les Hui ouvrirent des écoles dans les mosquées afin de dispenser un enseignement religieux appelé jingtang jiaoyu, un enseignement dit «de la salle des classiques» caractéristique de l’islam traditionnel.  Dans ces écoles, les élèves (des garçons) apprenaient l’arabe et le persan, et lisaient le Coran ainsi que divers ouvrages religieux fondamentaux. En général, l'accent était davantage mis sur le persan que sur l'arabe classique. Dans la vie quotidienne, les Hui parlaient des langues chinoises, surtout le mandarin.

Les dirigeants de la communauté hui prirent partie pour l'intégration à la Chine parce que, à l'époque, ils ne subissaient pas de représailles ni de persécutions. Devenus entièrement chinois tout en demeurant musulmans, les Hui purent pratiquer leur religion en toute liberté et même garantir leur statut en dehors des frontières chinoises, par exemple, dans le Xinjiang actuel et en Mongolie. 

Au début du XXe siècle, un courant musulman fondamentaliste et réformiste (ikhwan) favorisa la modernisation de l’éducation en dispensant un apprentissage du chinois et en encourageant l’éducation des femmes. Des réformateurs musulmans fondèrent des écoles, dont l'école normale de Chengda, laquelle privilégiait l'enseignement conjoint du chinois et de l’arabe, puis de de l’histoire, des mathématiques, des sciences. Dans toutes les écoles modernes où l'on formait des imams dans les mosquées ainsi que des instituteurs, l'arabe et le chinois furent enseignés en parallèle. De plus, les activités liées à la traduction des ouvrages de l'arabe au chinois ont grandement contribué à l’évolution de l’exégèse, de la philosophie, de l’éthique et de la pensée islamiques. La production intellectuelle des musulmans ne s’est pas limitée à la traduction du Coran ou d'autres textes sacrés, elle s'est aussi étendue à de nombreux ouvrages de tradition islamique qui ont ensuite été traduits en chinois. Des ouvrages originaux furent également publiés et des savants musulmans chinois entreprirent de collecter et de rééditer les anciennes traductions en chinois d’ouvrages islamiques afin de prévenir la perte ou la détérioration du patrimoine musulman.

3.3 La région autonome

Après 1949, les autorités chinoises décidèrent d'appliquer une politique d'autonomie ethnique régionale dans les zones où habitaient les Hui. Toutefois, comme les Hui étaient répartis dans diverses provinces, donc le Ningxia, le Gansu, le Henan, le Hebei, l'Anhui, voire le Yunnan, cette autonomie prit diverses formes. Le Ningxia devint un département autonome, mais il en créa d'autres surtout dans la province du Gansu. En tout, six districts autonomes hui furent prévus et établis. En 1949, la population du Ningxia était seulement de 1,1 million d'habitants. C'est en 1958 que fut créée officiellement la Région autonome hui du Ningxia. Aussitôt, les écoles maternelles publiques furent étendues parmi la population hui. La République populaire de Chine fonda aussi une première université dans la région autonome.

- La Révolution culturelle

Lorsque Mao Tsé-toung lança en 1966 la Grande Révolution culturelle prolétarienne, laquelle fut plus couramment appelée «la Grande Révolution culturelle», puis simplement «la Révolution culturelle», les Gardes rouges chinois accélérèrent les persécutions antireligieuses, dynamitèrent les mosquées et les monuments musulmans et brûlèrent les écrits religieux. Les Hui se sentirent persécutés dans leur identité à la fois chinoise et musulmane. Les Hui furent dans l'obligation d’élever des porcs, chaque foyer devant fournir deux porcs par an à la nation, et d'en manger. Même les mosquée restées ouvertes durent pratiquer l'élevage des porcs. Pékin considérait que toute demande visant la liberté de religion correspondait à des velléités sécessionnistes.

L'Armée populaire de libération intervint violemment en juillet 1975, en détruisant les maisons et en faisant, du côté hui, plus de 1600 victimes. Comme dans toute la Chine, la campagne «À bas les Quatre Vieilleries», c'est-à-dire les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes et les vieilles habitudes culturelles, détruisit de grandes richesses culturelles, y compris dans le Ningxia. De très nombreux livres, beaucoup de calligraphies et de peintures originales et uniques, que des intellectuels avaient réunis, périrent dans les flammes ou furent réduits en pâte à papier.

- Le renouveau islamique

Après la mort de Mao en 1976, la politique de Deng Xiaoping entraîna un renouveau de l'islam dans le Ningxia et dans d'autres provinces. Le Parti communiste trouva des compromis acceptables afin que les Hui puissent vivre en conformité avec leurs croyances et assurer ainsi dans la région autonome une certaine paix sociale. Un institut pour l'étude des textes sacrés musulmans fut même fondé en 1982. En mai 1984, 1400 mosquées avaient été reconstruites dans le Ningxia. La même année, des Chinois arabisants créèrent l'Académie de la langue arabe afin de promouvoir l'arabe dans les domaines de l’enseignement et de la recherche.

Une vingtaine d'années après l'assouplissement de la politique religieuse chinoise, l'islam connaît encore un grand essor en Chine, mais il fait aussi l'objet d'une surveillance très étroite de la part des autorités centrales qui redoutent le «séparatisme» dans les régions à majorité musulmane, notamment dans le Ningxia. Tous les imams «patriotiques» doivent obtenir l'autorisation du gouvernement central pour exercer leur pratique et reconnaître la primauté de l'État sur la religion. Les imams «patriotes» reçoivent une rémunération de l'État variant de 200 à 500 yuans (25 $ à 62 $ US, ou 16 € à 40 €), contrairement aux imams non autorisés qui font généralement l'objet d'une répression systématique. En 1987, le gouvernement chinois a créé l'Institut des études coraniques d'Urumqi, la plus haute école coranique chinoise pour former en cinq ans des «responsables musulmans patriotes». Aujourd'hui, plus de 2700 mosquées ont été construites ou restaurées. Quelque 6000 minarets et 3000 mosquées ont été recensés pour une population musulmane qui est de l’ordre de 10 % de la communauté musulmane de Chine. Même dans les districts méridionaux les plus pauvres, tout village possède sa mosquée et son ahong, son imam, sans compter les enseignes en arabe, les versets coraniques transcrits à l’entrée des maisons et des boutiques.  De plus, les Hui ont perpétué une tradition rare pour des musulmans, l'institution de mosquées féminines (nüsi) et le statut d'imams pour les représentantes des femmes. Il y aurait une trentaine de mosquées pour femmes dans le Ningxia. Il s’agit là d’une pratique imposée au nom de l’égalité des sexes par le gouvernement communiste.

Bien que les Hui aient toujours pratiqué un islam modéré — certains fumaient et buvaient, peu se laissaient pousser la barbe et les femmes portaient rarement le hijab —, l'accroissement des contacts avec le Proche-Orient a apporté certains changements plus près de l'orthodoxie musulmane. Non seulement des centaines d'étudiants hui ont fait leurs études dans des pays arabes, mais des enseignants arabes sont venus dans le Ningxia dispenser un enseignement religieux plus strict. De plus, des milliers de travailleurs hui ont été embauchés au Yémen, en Égypte ou au Koweit. Aujourd'hui, les mosquées du Ningxia ont recommencé à recevoir des fidèles cinq fois par jour, les femmes se sont mises à porter le voile et les calottes chez les hommes sont devenues monnaie courante. Les Hui ont également retrouvé le droit de faire un pèlerinage à la Mecque où ils sont de plus en plus nombreux à se rendre: de 13 000 à 14 000 fidèles annuellement. Depuis 2007, Pékin a autorisé des vols nolisés depuis Yinchuan, la capitale de la région autonome, jusqu'à Médine en Arabie Saoudite. Selon les autorités gouvernementales, seulement 1 % des musulmans chinois observeraient de façon stricte et en toutes circonstances les préceptes de leur religion. Autrement dit, les Hui feraient partie des musulmans les moins orthodoxes du monde!

- «Tenir la bride»

Si c'est le cas, on peut se demander pourquoi le gouvernement central a imposé de nouvelles restrictions aux activités religieuses en obligeant tous les lieux de culte à se faire enregistrer? En novembre 1995, le secrétaire du Parti communiste du Xinjiang affirmait dans un quotidien officiel du Ningxia (Le Quotidien du peuple): «Notre succès dans la promotion de l'unité nationale dépend du contrôle que nous exerçons sur la religion et sur notre capacité à faire cesser les activités religieuses illégales.» En janvier 1996, Ismaïl Amat, alors conseiller d'État de la République populaire de Chine déclarait: «Ceux qui veulent diviser le pays sous couvert de la religion doivent être réprimés.»  L'ouverture de mosquées non autorisées et la distribution de documents religieux diffusés à l'étranger font partie des «activités religieuses illégales» sanctionnées par les autorités chinoises.

Bref, toute minorité, qu'elle soit linguistique, ethnique et/ou religieuse, devient suspecte auprès des dirigeants chinois. Dans le cas de ses musulmans, la Chine craint particulièrement l'apparition d'un mouvement islamiste radical inspiré du Pakistan ou de l'Afghanistan, deux pays accusés par Pékin de vouloir répandre leur influence sur les musulmans chinois, notamment les Hui. En Chine, les politiques pratiquées à l'égard des nationalités ont des objectifs louables de protection, mais elles cachent toujours une stratégie de contrôle destinée à les intégrer de force dans la Grande Nation chinoise. Dans cette perspective, les autorités chinoises favorisent une approche de la religion, qui se conforme le plus possible au dogme communiste. Cela étant dit, les relations entre les Hui et les Han ne sont pas toujours manifestes, car les musulmans font parfois l'objet de railleries ou de mépris de la part de la majorité han.

4 La politique linguistique

La politique linguistique de la Région autonome hui du Ningxia n'a rien de bien particulier par rapport à celle des autorités centrales, puisqu'elle porte sur le chinois standard. Rappelons l'article 4 de la Constitution chinoise qui reconnaît le droit aux minorités de conserver et d'enrichir leur langue:

Article 4

Nationalités, minorités, régions, langues

1) Toutes les nationalités de la République populaire de Chine sont égales en droits. L'État protège les droits et les intérêts légitimes de toutes les minorités nationales, maintient et développe les rapports entre les nationalités selon le principe de l'égalité, de la solidarité et de l'entraide. Toute discrimination ou toute oppression à l'égard d'une nationalité, quelle qu'elle soit, est interdite; tout acte visant à saper l'unité nationale et établir un séparatisme ethnique est proscrit.

2) L'État aide les régions des minorités nationales à accélérer leur développement économique et culturel en tenant compte de leurs particularités et de leurs besoins.

3) Les régions où se rassemblent les minorités ethniques appliquent l'autonomie régionale; elles établissent des organismes administratifs autonomes et exercent leur droit à l'autonomie. Aucune des régions d'autonomie ethnique ne peut être séparée de la République populaire de Chine.

4) Toutes les nationalités ont le droit d'utiliser et de développer leur propre langue et leur propre écriture, de conserver ou de réformer leurs us et coutumes.

L'une des parties du premier paragraphe est importante, car elle peut servir à limiter ou à supprimer des droits accordés: «Tout acte visant à saper l'unité nationale et établir un séparatisme ethnique est proscrit.»

L'article 119 de la même Constitution précise que les organismes d'autonomie des régions ethniques autonomes administrent librement l'éducation, les sciences, la culture, etc., et protègent et collectent le patrimoine culturel ethnique, développent et font rayonner la culture des nationalités:

Article 119

Éducation autonome

Les organismes d'autonomie des régions ethniques autonomes administrent librement l'éducation, les sciences, la culture, la santé et les sports de la région, protègent et collectent le patrimoine culturel ethnique, développent et font rayonner la culture des nationalités.

Enfin, l'article 134 de la Constitution prévoit que «les citoyens des différentes les nationalités du pays ont le droit d'utiliser leur propre langue parlée et écrite au cours des procès»:

Article 134

Langue des procès

1) Les citoyens des différentes les nationalités du pays ont le droit d'utiliser leur propre langue parlée et écrite au cours des procès. Pour les parties ne possédant pas la langue et l'écriture en usage dans la localité, le tribunal populaire et le parquet populaire doivent assurer la traduction.

2) Dans les régions à forte concentration d'une ou de plusieurs nationalités, il est obligatoire d'employer, au cours des audiences, la langue parlée en usage dans la région; les actes d'accusation, verdicts, avis au public et autres documents utilisent, selon les besoins réels, la ou les écritures en usage dans la région.

4.1  L'Administration et la justice

Toute l'administration gouvernementale se fait en chinois standard dans la région autonome hui. Comme la langue officielle est le chinois, c'est donc dans cette unique langue que se déroulent toutes les activités administratives.

Il est ainsi pour les tribunaux. Il est vrai que, d'après l'article 134 de la Constitution chinoise, les citoyens des différentes les nationalités du pays ont le droit d'utiliser leur propre langue parlée et écrite au cours des procès, mais puisque les Hui parlent le chinois comme langue maternelle, il n'y a pas lieu de tenir compte de cette mesure de protection. Cependant, les autorités chinoises ont accepté la présence de tribunaux coraniques au sein des mosquées. L'arabe est alors employé.

Toutefois, les autorités chinoises veillent au grain. Elles ne veulent pas que des sectes religieuses ou sectaires se développent librement. Elles acceptent l'islam à la condition d'exercer un contrôle sur les activités religieuses. Selon l'agence Chine-Nouvelle, la loi «demande aux tribunaux, aux procureurs, à la police et à toutes les instances judiciaires d'être attentifs à toutes les activités des sectes et de les écraser avec rigueur, conformément à la loi.» La loi fixe un cadre juridique à la répression des mouvements sectaires: «Les organisations sectaires qui ont détruit l'ordre social normal et la stabilité par des rassemblements, qui ont conduit aux décès d'adeptes ou aux viols de femmes, et qui ont escroqué de l'argent doivent être traitées avec sévérité.» Par exemple, manifester ou «troubler l'ordre public», publier ou diffuser des textes «répandant des idées fausses et malveillantes» sont des délits passibles de peines allant de trois à sept ans de prison. Les auteurs de délits plus graves, comme «créer des organisations ou recruter des adeptes», encourront, pour leur part, des peines d'au moins sept années de réclusion criminelle. 

En définitive, Pékin veut éviter et les «déviances religieuses» qui feraient en sorte que la religion devienne un «instrument de subversion». L'islam est généralement appelé par les Han «la religion des Hui» ou huijiao; les mosquées se nomment «temple de pureté et de vérité» ou qingzhensi.

4.3 L'éducation

L'article 10 de la Loi sur la langue et l'écriture communes nationales oblige aussi les écoles et autres établissements d'enseignement (sauf exceptions) à utiliser le putonghua et les caractères normalisés:

Article 10

1) Le putonghua et les caractères normalisés sont la langue et l'écriture de base de l'éducation et de la pédagogie dans les écoles et autres établissements d'enseignement, à l'exception des cas autrement stipulés par les lois.

2) Les écoles et autres établissements d'enseignement enseignent le putonghua et les caractères chinois normalisés par l'intermédiaire des cours de langue et d'écriture chinoises. Les manuels de chinois utilisés à cet effet doivent être conformes aux normes et standards de la langue et de l'écriture communes nationales.

Article 20

L'enseignement du chinois langue étrangère doit passer par l'enseignement du putonghua et des caractères normalisés.

La Chine a signé, le 2 mars 1992, la Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989. Les autorités centrales se sont engagées à faire bénéficier tous leurs citoyens d’un enseignement primaire gratuit. Toutefois, malgé les efforts du gouvernement central, les écoles publiques continuent d’imposer des frais de scolarité, qui rendent l’éducation primaire parfois inabordable, notamment pour les enfants des minorités et ceux provenant de l'immigration.

Conformément à l'article 12 de la Loi sur l'éducation de 1995, l'enseignement du chinois demeure obligatoire:

Article 12

1) La langue chinoise, tant à l'oral qu'à l'écrit, est la base de la langue d'enseignement oral et écrit dans les écoles et les autres établissements d'enseignement. Les écoles et d'autres établissements d'enseignement destinés essentiellement aux enfants des minorités nationales peuvent employer pour leur instruction la langue maternelle ou celle de la nationalité généralement en usage dans cette région.

2) Les écoles et les autres établissements d'enseignement doivent dans leurs activités pédagogiques répandre le chinois national commun parlé ainsi que les règles des caractères écrits.

Par ailleurs, la Chine a signé, le 2 mars 1992, la Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989. L'article 30 énonce:

Article 30

Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques ou des personnes d'origine autochtone, un enfant autochtone ou appartenant à une de ces minorités ne peut être privé du droit d'avoir sa propre vie culturelle, de professer et de pratiquer sa propre religion ou d'employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe.

La Chine est ainsi obligée de s'assurer que ses minorités religieuses, les Hui, bénéficient de la protection concernant d'avoir leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur religion.

- L'éducation religieuse

Dans le Ningxia comme dans toute autre province, les enfants âgés de moins de 18 ans n'ont pas le droit de recevoir une instruction religieuse dans les écoles publiques. Conformément aux directives de l'État sur l'éducation et aux dispositions applicables de la loi, les organismes de la Région autonome hui du Nangxia doivent décider des programmes en éducation pour l'ensemble de la région, de l'établissement des écoles dans les différents ordres d'enseignement, y compris les formes d'enseignement, les programmes, la langue d'enseignement et les modalités d'inscription. Dans ce cas-ci, les responsables des écoles primaires publiques ne peuvent dispenser une quelconque éducation religieuse. 

Cependant, il est possible de fonder des écoles confessionnelles privées. Ces écoles ne sont pas gratuites, mais certaines d'entre elles reçoivent des subventions importantes de la part des pays arabes. Cet enseignement confessionnel représente une solution à une certaine crise de l’enseignement public en Chine. Depuis la décentralisation administrative, l'éducation est devenue onéreuse pour les familles pauvres, surtout dans les zones rurales. Les jeunes abandonnent de plus en plus tôt leurs études, souvent même avant d'arriver au secondaire. Or, ces écoles confessionnelles servent, entre autres, à récupérer ces jeunes, d'offrir gratuitement des études et un hébergement gratuit aux plus pauvres. Ces établissements scolaires sont appelés «écoles de langue arabe» (ayu ou alaboyu xuexiao), «écoles sino-arabes» (zhong a xuexiao) ou minban («écoles instituées par les minorités») ou encore «écoles de culture musulmane» (musilin wenhua xuexiao). Ces écoles privées ont acquis une importance considérable et certaines d'entre elles sont réputées pour la diversité de leur formation (garçons et filles) et la possibilité qu’elles offrent de poursuivre des études universitaires en Chine ou à l’étranger.

Non seulement ces établissements d'enseignement privés sont tolérés par les autorités chinoises, mais ils sont même encouragés.  Au cours des dernières années, la Région autonome du Ningxia a reçu des dons d'une valeurs de plusieurs millions de dollars de la part de l'Islamic Development Bank, un établissement saoudien, ce qui a permis à l'Université islamique de Yinchuan d'effectuer d'importantes rénovations, mais aussi de créer plusieurs écoles de langue arabe.

Cela étant dit, les autorités chinoises se sont dotées de moyens de contrôle pour vérifier le contenu des matières enseignées dans les écoles confessionnelles. Selon la revue Zhongguo musilin (no 3, 2001), l'objectif est de «supprimer dans les masses les mauvaises interprétations (wujie) et les confusions (hunluan) sur les questions religieuses». C'est pourquoi les manuels scolaires des écoles confessionnelles sont identiques à ceux des écoles publiques. Le contenu de l'enseignement est aussi vérifier périodiquement de façon à rester conforme à l'idéologie communiste en matière de religion. Toutefois, étant donné que les autorités centrales ne sont pas toujours en mesure d’exercer un contrôle total sur les idées qui circulent, elles doivent confier leur surveillance aux musulmans eux-mêmes, ce qui exige une certaine collaboration.

- Les disparités du système

Soulignons que le taux d'analphabétisme est relativement élevé dans le Ningxia. Il est de 26 % pour les Han, mais de 50 % pour les Hui, contre 7,5 % pour l'ensemble de la Chine (mais 21 % pour les femmes). Il existe aussi un problème criant entre les zones urbaines et les campagnes, comme un peu partout en Chine. Selon les spécialistes hui en éducation, la situation des écoles publiques hui s’est beaucoup détériorée, en particulier avec la décentralisation de 1993. L’un d’eux (cité par Élizabeth Allès) fait cette description au sujet d'une école primaire dans un quartier hui de Xi’an: «Afin de pouvoir subvenir aux besoins de l’école dont les frais ont considérablement augmenté, la cour est devenue un entrepôt pour marchandises, un parking pour taxis et camions, les toilettes de l’école ont été transformées en toilettes publiques.» De plus, il constate aussi que les autorités locales éprouvent des difficultés à payer une partie du salaire des enseignants et que la plupart des élèves doivent travailler après les heures de classe: «Ils ne peuvent donc ouvrir leurs livres que pendant les classes.» Il n'est pas rare que des écoles perdent une proportion importante de leurs effectifs en une seule année. De façon générale, les Hui, qu'ils soient des intellectuels laïcs ou religieux, déplorent le faible niveau d’éducation, qui les handicape.

4.4 Les médias

Comme dans toute la Chine, la presse n'est pas davantage libre au Ningxia. Les autorités chinoises contrôlent totalement les médias tant écrits qu'électroniques. Les principaux journaux tels que le Huaxing Shibao (Yinchuan), le Ningxia Ribao (Yinchuan), le Wuzhong Ribao (Wuzhong), le Yinchuan Wanbao (Yinchuan) et le Zhongwei Ribao (Zhongwei) sont tous en mandarin. Toutes les stations de radio et de télévision du Ningxia émettent en chinois mandarin, ou dans l'un de ses dialectes.

Comme dans toutes les provinces chinoises et les autres régions autonomes, les stations de télévision et de radios demeurent d'importants outils de propagande pour les autorités chinoises. Ainsi, les discours des principaux dirigeants chinois sont régulièrement retransmis, généralement en chinois, afin de contrer les «activités contre-révolutionnaires» au nom de la «nécessaire dictature du prolétariat». Les journalistes de la radio et de la télévision sont dans l'obligation d'appliquer la «politique de sinisation» tant culturelle que linguistique.

La Région autonome hui du Ningxia n'a jamais été contrôlée par les Hui, mais par les autorités centrales de Pékin. Les représentants hui doivent composer avec une politique chinoise qui les ignore totalement, sauf lorsqu'il s'agit de les amadouer de peur qu'ils tentent de revendiquer quoi que ce soit. Il n'existe pas de politique linguistique particulière dans le Ningxia puisque la langue ne cause pas de problème.

L'Administration locale tente bien, lorsque la situation s'y prête, de présenter un caractère identitaire hui à la région autonome.  Elle s'appuie alors sur les chansons folkloriques, les instruments de musique, les costumes traditionnels, rarement la religion. Malgré les déclarations officielles, la Région autonome hui du Ningxia n'est jamais présentée comme musulmane, mais comme un territoire avec une minorité ethnique, les Hui.

Comme ailleurs en Chine, il semble que les lois de protection ne soient là que pour masquer les pratiques de sinisation culturelle et de «nettoyage ethnique». Ces instruments juridiques, qui ne servent pas à protéger l'identité minoritaire, sont là pour amadouer la communauté internationale et protéger théoriquement les petites minorités nationales ne constituant pas un menace pour la Nation chinoise.  Il convient toujours de se rappeler qu'en Chine les politiques ethniques pratiquées à l'égard des nationalités ont des objectifs apparents de protection, tout en dissimulant une stratégie de contrôle destinée à les intégrer de force dans la Grande Nation chinoise. Dans le Ningxia, la politique d'assimilation ne semble pas avoir réussi, mais elle a permis de contrôler sévèrement le chauvinisme local des Hui.

 

Dernière mise à jour: 25 déc. 2015
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