État d'Israël

3) La politique linguistique israélienne

Toute la politique linguistique d’Israël est conditionnée par le caractère ethnico-religieux de l’État juif. En effet, c’est essentiellement un «État juif» qui a pour mission de rassembler ses membres dispersés de par le monde et de promouvoir la culture et la religion des juifs. De plus, dans un contexte de guerre israélo-arabe permanente, il serait surprenant que la langue arabe reçoive un traitement favorable.

1 La création d’un «État juif»

Les signataires juifs de la Déclaration d'établissement de l'État d'Israël de 1948 avaient proclamé avec force leur adhésion à une «citoyenneté à fondement universaliste»:

L'État d'Israël sera ouvert à l'immigration juive [...] stimulera le développement du pays pour le plus grand profit de tous ses habitants; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix prônés par les prophètes d'Israël; il assurera à tous ses habitants une totale égalité des droits sociaux et politiques sans distinction de religion, de race ou de sexe; il garantira la liberté de culte, de conscience, de langue, d'éducation et de culture; il assurera la protection des Lieux saints de toutes les religions et sera fidèle aux principes de la Charte des Nations unies. Nous tendons la main à tous les pays voisins et à leurs peuples et nous leur offrons la paix et des relations de bon voisinage; nous les invitons à coopérer avec le peuple juif rétabli dans sa souveraineté nationale. 

Voilà pour les principes, car la réalité fut toute autre chose, car les leaders sionistes avaient voulu créé avant tout un État juif, c’est-à-dire un État fondé sur l’appartenance au judaïsme. Or, le fait que les Arabes musulmans constituaient la majorité de la population en 1948 contrecarrait ce projet de communauté politique fondée sur la religion. Pour parvenir à leurs fins, les dirigeants juifs devaient bouleverser l’ordre démographique de la région. La première guerre arabo-israélienne de 1948, qui entraîna l’exode de 750 000 Palestiniens hors d’Israël, permit au pays non seulement d’élargir ses frontières, mais aussi de «réduire» sa population arabe à environ 160 000 personnes.

Évidemment, ce statut d’État juif occasionne des problèmes de discrimination (juridique, politique, sociale et économique), dans la mesure où l’État d’Israël se définit aussi comme un «État libéral et démocratique» à l’occidentale. Le problème, c'est qu'une véritable société démocratique ne peut être que laïque. Par exemple, en Israël, les mariages civils n'existent pas; seuls les mariages religieux sont reconnus. Cela signifie qu'aucun athée ne peut se marier, ni les non-pratiquants, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans.

À long terme, le problème risque de devenir explosif, car la croissance démographique des Arabes israéliens dépasse l’apport juif dû à l’immigration. Des voix commencent à s’élever pour exiger des changements sur le «droit du retour», l’hymne national, le drapeau à l’étoile de David, etc. On parle aussi de plus en plus de «société post-sioniste» dans une société qui vit l’éclatement communautaire, religieux et ethnique. Il est même possible qu'un jour Israël en arrive à deux communautés juives: l'une religieuse, l'autre laïque, vivant côte à côte en se tournant le dos. 

Bref, l’État d’Israël constitue l’exemple le plus flagrant d’une «démocratie ethnique». Claude Klein, dans son livre La démocratie d’Israël (1997), cite ainsi le président de la Cour suprême d'Israël (Aharon Barak):

L’État juif est un État dont l’histoire est imbriquée dans celle du peuple juif. C’est un État dont la langue est l’hébreu et dont les fêtes reflètent la renaissance nationale. [...] L’État juif est celui qui développe la culture juive, l’éducation juive et l’amour du peuple juif. [...] L’État juif  est celui qui puise ses valeurs dans celles de la tradition religieuse, dont la Bible est le livre le plus fondamental et les Prophètes la base de sa morale: l’État juif est cet État dans lequel le droit hébraïque joue une rôle important et où ce qui relève des mariages et des divorces des juifs est réglé par le droit de la Torah.

Dans un tel État, même si l’égalité de citoyens est garantie, l’État lui-même appartient au «peuple principal» et non à l’ensemble des citoyens. Ainsi, l’État ne peut être neutre, car il y a deux catégories de citoyens: les juifs et les «autres».

1.1 Le nettoyage des frontières

Le premier président de l'État d'Israël, Chaïm Weizmann, avait déclaré à l’époque que «le monde jugerait l'État juif à la façon dont il traiterait les Arabes». Or, l'administration militaire fut imposée aux Arabes dès octobre 1948 «pour raison de sécurité»; ce gouvernement militaire ne fut définitivement supprimé qu'en 1966. L’administration militaire instaura un système de contrôle général qui limitait considérablement l'exercice des libertés publiques de tous les Arabes, et non pas seulement de ceux soupçonnés d'activités hostiles. De plus, toujours pour les besoins de la sécurité nationale, l’armée israélienne décidait, entre 1949 et 1951, de nettoyer systématiquement les frontières et d’expulser manu militari de 20 000 à 30 000 Arabes habitant les zones frontalières vers la Syrie, la Jordanie et la bande de Gaza (voir la carte). 

1.2 La politique foncière

Dans le domaine foncier, les Arabes palestiniens furent soumis à toute une série de lois qui conduisirent à un transfert massif de leurs propriétés aux seuls Juifs. En tant qu'État successeur, Israël prit possession de toutes les terres publiques et de celles considérées comme «sans maître»; néanmoins, un tiers des terres restait légalement la propriété privée d'Arabes. Une législation appropriée y mit rapidement un terme: non seulement toutes les terres et immeubles des Palestiniens réfugiés dans les pays arabes voisins furent progressivement transférés à l'État hébreu, mais il en alla de même pour la moitié des terres appartenant à des Arabes israéliens qui furent considérés, pour la moitié d'entre eux, comme «présents-absents» en vertu de la Loi sur les absents de 1950. Ces dispositions signifiaient que, même s’ils étaient présents physiquement sur le territoire israélien, ces Arabes étaient considérés comme «des propriétaires absents» parce qu'ils s'étaient trouvés à un moment ou à un autre, après le 29 novembre 1947 (date de la résolution de l'ONU sur le partage de la Palestine mandataire), dans «une zone contrôlée par des forces hostiles à Israël». Cette législation d'exception conduisit à la réduction draconienne de la propriété arabe qui ne couvre plus aujourd'hui que 3,5 % de la surface du pays, alors que l'État hébreu en contrôle désormais 93 % (le reste appartenant à des particuliers juifs).

Pour l’État juif, les Arabes ne furent alors pas considérés comme des citoyens israéliens dont il fallait avant tout respecter les droits, mais comme des Arabes palestiniens, membres d'un groupe ethnique qu'il convenait de transformer en «minorité dominée». En réalité, il s’agit d’une politique foncière qui, en s’appuyant sur l’apartheid, consiste à empêcher l'achat de terres par les non-juifs.

1.3 La politique de la citoyenneté

Par la suite, en 1952, la Loi sur la citoyenneté fut adoptée et fixa les conditions d'octroi de la citoyenneté israélienne. La loi oblige tout candidat à la citoyenneté israélienne d’avoir une certaine connaissance de l’hébreu, mais ne nécessite aucune connaissance de la langue arabe. La loi établit aussi une distinction majeure entre l'acquisition de la citoyenneté par les Juifs et celle des non-Juifs, essentiellement les Arabes, car conformément à la loi seules les personnes définies comme «juives» sont concernées par ce statut. Les juifs bénéficient d'un droit automatique à la citoyenneté, qui découle directement de la Loi du retour (1950) accordant à tout juif le droit d'immigrer en Israël. Une modification de 1970 précise: «Pour les besoins de cette loi, est considérée comme juive une personne née de mère juive ou convertie au judaïsme et qui n'appartient pas à une autre religion.» En 1971, un amendement à la Loi sur la citoyenneté a même permis d'accorder la nationalité israélienne sans qu'il ne soit nécessaire de venir s'installer en Palestine. Le juriste Claude Klein écrivait en 1977: «Depuis l'adoption de cet amendement, il semble que plusieurs centaines de personnes aient bénéficié de ce mode très spécial d'acquisition de la nationalité.» L'acquisition de la citoyenneté israélienne, considérée alors comme inconditionnelle, semble la manifestation la plus éclatante du caractère ethnique de l'État juif.

Quant aux Arabes israéliens, ils obtinrent la citoyenneté à partir d’un fondement juridique différent: celui de leur résidence sur le territoire israélien, à la condition qu’ils aient été présents de façon ininterrompue sur le territoire entre le 14 mai 1948 et l'entrée en vigueur de la loi. Dans tous les autres cas, il est impossible pour un non-juif de devenir citoyen israélien.

Pour ce qui est des juifs immigrants, en vertu de la Loi du retour, ils bénéficient lors des premières années de leur installation d’importantes exemptions fiscales et des possibilités d'emprunts à taux préférentiel. Une partie de cette aide financière est versée, non par l'État hébreu, mais plutôt par l'Agence juive, un organisme dépendant d'une institution internationale, l'Organisation sioniste mondiale (OSM), dont la vocation est de faciliter l'immigration des juifs de la diaspora. Les fonds de cet organisme proviennent des contributions volontaires des juifs établis un peu partout dans le monde. Le problème, c’est que les sommes — soit environ 23 millions de dollars US annuellement — sont versées aux juifs immigrants, en vertu d’une convention avec l’État hébreu. Ce dernier bénéficie ainsi d'un moyen pratique de privilégier les juifs tout en ne violant pas officiellement l'égalité entre les citoyens, puisque l’État n'intervient pas directement. Il n’en demeure pas moins que cette politique s’apparentant à de l’apartheid constitue l’un des éléments d’une politique globale dont fait partie la politique linguistique. Le plus curieux, c’est que le gouvernement israélien est convaincu que la Loi du retour n'est pas discriminatoire, car elle est simplement interprétée comme une loi concernant l'immigration.

Par ailleurs, on doit souligner qu’une grande partie des immigrants d’origine russe n’étaient pas réellement juifs (environ 80 %) et qu’Israël a dû contourner la Loi du retour pour faire venir ces nouveaux arrivants. Il y aurait eu beaucoup d’abus, de faux témoignages et de papiers truqués. Dans la plupart des cas, il a suffi de prétendre avoir été considéré comme juif par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, ou avoir évoqué des souvenir d’enfance (du genre: «chez mes grands-parents, on allumait des bougies le vendredi soir»), ou encore affirmer que l’un de ses parents était de religion juive. Ces immigrants n’avaient rien à voir avec le judaïsme, mais ces centaines de milliers de nouveaux citoyens permettaient d’augmenter l’apport démographique «juif».

Par ailleurs, à la suite d’un accord signé en 1988 entre les États-Unis, l'ex-URSS et Israël, les immigrants juifs russophones furent soumis à des conditions strictes. Même s'ils voulaient quitter leur pays d’origine, ils ne furent pas autorisés à choisir une autre destination qu'Israël. Ces immigrés quittèrent l'ex-URSS pour Israël avec des papiers israéliens qui n'étaient valables qu'en Israël. À leur arrivée dans le pays, ils durent signer le Livret de l'Agence juive qui devenait leur document officiel. Tout ce qu'ils devaient à l'État hébreu y était inscrit et ils devaient également s'engager par écrit à rembourser toute somme qui serait dépensée pour eux, incluant les dépenses faites pour leur voyage. De plus, ils ne devaient pas quitter Israël pendant cinq ans à compter de leur arrivée, sous peine de payer une «indemnité» de l'ordre de 6000 $ US par personne ou 24 000 $ pour une famille de quatre personnes. On peut se demander si de genre de mesure, ou plutôt de moyen de pression, à l’égard des immigrants pour les attirer et les garder en Israël constitue bel et bien une pratique démocratique.

1.4 La symbolique nationale

Ce caractère juif de l’État d’Israël est manifeste dans la symbolique nationale (p. ex., le drapeau marqué de l’étoile de David et le candélabre à sept branches), le rôle officiel de la religion en sein de l’État, le droit à la citoyenneté, les subventions gouvernementales, etc.

En effet, les institutions officielles du pays, les jours fériés, les symboles et les héros sont exclusivement juifs. La langue hébraïque est nettement dominante, bien que, en vertu de la législation en vigueur, l'arabe soit aussi une langue officielle. Plusieurs des lois prévoient des institutions culturelles juives, mais aucune ne crée des centres similaires pour les citoyens arabes. En outre, depuis la création de l’État d’Israël, le gouvernement n'a jamais consacré toutes les ressources disponibles pour créer ou enrichir les institutions arabes éducatives ou culturelles (par exemple, une université arabe).

On comprendra que, vue d’Israël, l’intégration d’une minorité non juive — celle des Palestiniens arabophones — constitue un problème sérieux sur la nature même de l’État juif.

2 Le statut juridique de l'hébreu et de l'arabe

Le statut des langues était déjà défini par la Grande-Bretagne avant l'instauration de l'État d'Israël. En effet, dans l'ordonnance prise en Conseil privé de la Palestine (Palestine Order in Council), promulguée le 10 octobre 1922, qui tenait lieu de Constitution, l'article 82 stipulait que l'anglais, l'hébreu et l'arabe seraient les trois langues officielles des actes d'autorité publique, de l'Assemblée législative, de l'administration, des cours de justice, etc.: 

Article 82

Toutes les ordonnances, tous les avis et actes officiels du gouvernement, de même que tous les avis officiels des autorités locales et municipales dans les zones prescrites en vertu d'un décret du Haut Commissaire, seront publiés en anglais, en arabe et en hébreu. Les trois langues peuvent être utilisées dans les débats et les discussions du Conseil législatif et peuvent être assujetties à tout règlement qui, à l'occasion, est adopté par les services gouvernementaux et les tribunaux.

Cet article de l'ordonnance de 1922 a été le seul texte juridique à portée linguistique jusqu'à la création de l'État d'Israël. Pour des raisons religieuses et politiques, l'État hébreu n'a pas encore adopté de constitution écrite. Il existe, il est vrai, un certain nombre de textes qualifiés de lois fondamentales, mais il ne semble pas que l'on puisse considérer ces lois fondamentales comme ayant une valeur constitutionnelle.

Le statut des langues continue donc d'être régi juridiquement par le décret-loi de 1922, à l'exception d'une modification importante sous la forme d'un article 15b qui stipule ce qui suit: «Toute disposition juridique requérant l'usage de la langue anglaise est abrogée.» Ainsi, l'hébreu et l'arabe sont les deux seules langues officielles. Peu de lois font référence aux langues officielles, mais elles se résument aux cas suivants:

1) les non-juifs, soit les candidats à la citoyenneté, sont obligés de démontrer une certaine connaissance de l'hébreu;

2) un étranger doit subir une épreuve de connaissance de l'hébreu pour être admis au barreau;

3) les lois du Parlement doivent être interprétées dans la langue de la promulgation (toujours l'hébreu).

À cela s'ajoute un texte plus récent, qui traite de façon spécifique des langues officielles: c'est le projet de Loi fondamentale n° 9 de 1988. L'article 3 comprend deux paragraphes:

Article 3

1) L'hébreu est la langue de l'État.

2) Les publications officielles paraîtront également en arabe. La langue arabe aura un statut spécial en ce qui concerne les autorités de l'État, les autorités publiques et les questions d'enseignement et de culture.

En fait, le projet de loi n’a jamais été adopté. Néanmoins, les faits démontrent que l’arabe est relégué à un état de subordination. Autrement dit, les deux langues ne sont pas officielles au même degré: la première langue officielle (dans la version anglaise: State language) est l'hébreu, tandis que l'arabe jouit d'un «statut spécial». Ce statut découle directement de la politique d’immigration et d’hébraïsation du territoire. Toute la législation est conçue pour avantager les juifs et discriminer les non-juifs.

Dans la réalité, pour beaucoup d’Israéliens, l’arabe est d’abord considéré comme la «langue des États voisins», c’est-à-dire ceux qui ont engagé la guerre contre Israël depuis son établissement et qui sont perçus comme une menace potentielle à l’identité nationale. C’est ensuite la «langue des Palestiniens» vivant dans la bande de Gaza et la partie nord et la partie est, soit celle des héritiers et des partisans d'un mouvement national de libération qui emploie encore le terrorisme pour réaliser ses objectifs. C’est ensuite la «langue d'un groupe minoritaire en Israël», bénéficiant de droits civils importants et pouvant se rebeller contre leur État, avec la collaboration des Palestiniens et d’autres États arabes. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le statut de l’arabe soit dévalorisé.

3 La politique linguistique de l’État hébreu

L'État d'Israël poursuit une politique très volontariste d'hébraïsation. Celle-ci se traduit nécessairement dans la langue utilisée par l'État au Parlement, dans l'Administration, la justice, l’éducation, l'armée et la radio-télédiffusion.

3.1 Les langues du Parlement

Les langues utilisées à la Knesseth (Parlement israélien) sont l’hébreu et l’arabe classique. Cependant, dans les débats parlementaires, bien que l'hébreu et l'arabe soient effectivement tous deux utilisés, la traduction simultanée ne se fait que de l'arabe vers l'hébreu. Les parlementaire arabophones ont compris: ils emploient presque toujours l'hébreu. Les lois et règlements sont d’abord publiés en hébreu, puis en arabe et en anglais avec beaucoup de retard. La Cour suprême a même statué que la non-publication en arabe n'affectait pas la validité des lois.

Les citoyens arabes d'Israël ont le droit de voter et d’être élus à la Knesset. Cependant, ces droits sont limités par la Loi sur les partis politiques (1992). Selon l'interprétation de la Cour suprême, tout parti politique qui demande à l’État d’Israël d’accorder des droits égaux et entiers aux citoyens arabes, et/ou de remettre en question le caractère juif de l'État pourra être exclus de s'enregistrer comme parti politique ou de participer à des élections nationales. Autrement dit, la loi israélienne ne permet pas qu’un parti politique arabe participe à une élection à la Knesset si ses statuts nient qu'Israël est «l'État du peuple juif».

À la Knesset, les députés non juifs (17 % de la population d’Israël) ne représentent guère plus que 6 % à 8 % de sièges. Ils n'ont pas le pouvoir d'influencer la politique israélienne, car ils n'ont pas le droit de participer à de nombreux comités parlementaires pour le seul fait qu'ils ne sont pas juifs. Certains arabophones affirment que leur participation à la Knesset n'aurait qu'un seul rôle: celui de donner un «simulacre de démocratie» à l'État d'Israël. Cela dit, il arrive que des ministres et des hauts fonctionnaires soient arabophones.

3.2 Les langues de la justice

La langue des tribunaux est l’hébreu, mais il est possible d’utiliser l’arabe ou l’anglais. Lorsqu’un témoin ou l’une des parties désire recourir à l’arabe ou à l’anglais, des services de traduction arabe-hébreu ou anglais-hébreu sont prévus. La sentence doit être rendu en hébreu et les procès-verbaux sont rédigés en hébreu. La loi qui régit l'Association israélienne du barreau oblige les avocats israéliens à posséder la connaissance de l'hébreu (mais pas de l'arabe). L’État compte un certain nombre de juges arabophones, notamment dans les tribunaux d’instance inférieure et les tribunaux de districts. Cependant, aucun arabophone (ou aucun non-juif) n’a déjà fait partie de la Cour suprême.

Rappelons également l’existence en Israël du droit religieux, qui s’applique uniquement en matière de statut personnel. C’est ainsi qu’il existe des tribunaux rabbiniques, des tribunaux musulmans et des tribunaux druzes, lesquels sont tous reconnus comme des tribunaux d'État. Les tribunaux chrétiens correspondent à des tribunaux de chacune des religions considérées (catholiques, orthodoxes, arméniens, etc.), dont les décisions seront cependant exécutées par l'État. Tous ces tribunaux sont soumis au contrôle de la Cour suprême, par la voie du contrôle de l'«excès de pouvoir». Cette possibilité de révision d'une décision des tribunaux religieux par la Cour suprême a souvent créé des graves conflits, car le rabbinat refuse toute intervention des autorités laïques. Rappelons que, dans les tribunaux religieux, les autorités concernées sont libres d’utiliser la langue de leur choix. Les tribunaux rabbiniques utilisent l’hébreu, parfois le yiddish, les tribunaux musulmans et druzes, l’arabe. Les tribunaux chrétiens ont recours tantôt à l’hébreu tantôt à l’anglais, mais il peut arriver que ce soit le français.

3.3 Les langues de l’éducation

La Loi sur l’éducation officielle de 1953 prévoyait des systèmes éducatifs indépendants — des établissements laïcs et des établissements religieux — afin de répondre aux besoins distincts des citoyens juifs d'Israël. L’article 2 de la Loi sur l’éducation officielle définit les objectifs de l’éducation officielle comme inculquant les «valeurs de la culture juive», «l’amour de la patrie et la fidélité de l’État et du peuple juif», ainsi que «l’aspiration à une société basée sur la liberté, l’égalité, la tolérance, l’assistance mutuelle et l’amour du genre humain». Historiquement, ces objectifs ont conduit à la poursuite de deux stratégies d'instruction inégales et séparées: l’un pour les élèves juifs et un autre pour les élèves arabes. La politique de la langue de l’éducation a été diffusée plus récemment par le ministère de l’Éducation dans une circulaire du directeur général datée du 1er juin 1995 et révisée le 15 avril 1996. Le ministère de l’Éducation soutient encore ses politiques d’encouragement exclusif à la culture sioniste et juive, la langue hébraïque et l'histoire du peuple juif. Les secteurs juif et arabe sont conservés, mais ce double système n’implique aucune dualité administrative. Il n’existe donc pas de système autonome pour la minorité arabophone d’Israël.

- Le secteur juif

L'enseignement est entièrement hébraïsé, de la maternelle à l'université. Dans les écoles primaires du secteur juif, l’unique langue d’enseignement demeure l’hébreu. En tant que symbole de l’unité nationale par excellence, l’hébreu est devenu le premier objectif d’apprentissage de l’école. Comme le judaïsme est la religion de l’État, les élèves reçoivent une éducation très rigoureuse en ce qui a trait à leur identité nationale et aux valeurs de la Torah. Afin de devenir des juifs loyaux à Israël, ils doivent apprendre l’Ancien Testament et tous les autres textes religieux comme la Torah, s’initier à la géographie et à l’histoire juive, etc. Un enfant fréquentant une école juive doit apprendre le respects des autres, notamment la responsabilité vis-à-vis la famille et le dévouement envers la communauté et le peuple juif. On laisse entendre que, si les enfants ignorent la beauté de la Torah et du judaïsme, ils sont susceptibles de tomber entre les mains de cultes dangereux et de missionnaires idolâtres.

En ce qui concerne les langues, les enfants juifs doivent apprendre au moins une langue étrangère. L’anglais est une matière facultative en 3e et 4e année, mais devient une matière obligatoire pour tout le reste du cursus scolaire, et ce, jusqu’à la fin du secondaire. En principe, l’arabe est obligatoire à partir de la 7e jusqu’à la 10e année, mais les écoles peuvent choisir le français en lieu et place de l’arabe. Ainsi, beaucoup de juifs — environ 50 % — n’ont pas à apprendre l’arabe, l’autre langue officielle. De plus, tout immigrant juif est automatiquement dispensé de l’enseignement en arabe et peut choisir le français ou le russe. Le gouvernement encourage les élèves à apprendre une troisième langue étrangère (après l’anglais et le français); les langues pour lesquelles il existe des programmes sont le russe, l’espagnol, le yiddish (écoles ultra-orthodoxes), le judéo-espagnol, l’allemand et l’amharique.

Il existe sept établissements scolaires supérieurs en Israël: l’Université hébraïque de Jérusalem, l’Institut de technologie de Haifa (appelé aussi Technion), l’Université de Tel Aviv, l’Université Bar-Ilan, l’Université Ben-Gurion du Négev, l’Institut Weizmann des sciences et l'Université de Haifa. Le total des inscriptions dépasse les 90 0000 étudiants. En général, l’enseignement est en hébreu, mais une grande partie des cours se donnent en anglais, parfois en français (départements de français, littérature, sciences de l’éducation). Selon les universités, un cours intensif d’hébreu peut être obligatoire pour les étudiants ayant une connaissance insuffisante de cette langue.

Ce petit État scolarise près d’un million d’enfants (primaire et secondaire) et dispose d’une cinquantaine d’écoles normales pour former ses enseignants ainsi que de sept universités et instituts de recherches. Israël consacre 2 % de son PNB à la recherche scientifique, ce qui lui permet d'occuper le second rang mondial per capita pour le nombre de publications scientifiques produites dans le pays.

- Le secteur arabe

En principe, les enfants arabophones fréquentent les écoles arabes, mais les parents ne sont pas tenus d’envoyer leurs enfants dans les écoles arabes; s’ils le désirent, ils ont le droit d’envoyer leurs enfants dans les écoles où la langue de l’enseignement est l’hébreu. Dans toutes les écoles primaires arabes, on enseigne l’arabe classique et non l’arabe palestinien. L'enseignement de l’arabe comme langue maternelle en Israël est devenu plus compliqué en raison du problème de la diglossie arabe: les Arabes parlent la variété palestinienne de l’arabe, tandis qu’on enseigne à l’école l’arabe classique. Autrement dit, l’arabe des Palestiniens d’Israël entre en conflit avec non seulement l’hébreu, mais aussi avec l’arabe classique. 

Durant les deux premières années du primaire, la seule langue d’enseignement demeure l’arabe classique. L’élève commence à apprendre l’hébreu en 3e année; cet enseignement de la langue seconde, en raison de trois à cinq heures par semaine, reste obligatoire jusqu’à la fin du secondaire. En règle générale, les professeurs d’hébreu sont des Arabes. Toutes les écoles dans le secteur arabe emploient l’arabe comme leur langue d'enseignement, et l’hébreu comme deuxième langue et l’anglais comme langue étrangère. Étant donné que les arabophones doivent apprendre d’abord l’hébreu et l’anglais, très peu d’entre eux ont l’occasion d’apprendre le français comme langue étrangère.

Dans tous les établissements scolaires, les élèves arabophones reçoivent une formation sommaire sur l'histoire palestinienne, sa géographie, sa littérature, sa culture et ses traditions, le Coran et autres textes islamiques. Cependant, les élèves sont tenus de lire l’Ancien Testament et les autres textes juifs comme la Torah, de même que la poésie et la littérature juives, tandis que les examens portent davantage sur la connaissance du judaïsme que sur leur propre religion. Naturellement, l'étude obligatoire des textes religieux juifs suscitent beaucoup d'hostilité de la part des élèves et des enseignants arabes.

Les responsables des écoles arabes affirment que leurs écoles sont sous-financées par le ministère israélien de l’Éducation, qui a la discrétion absolue sur les affectations de budget aux écoles arabes et juives. Ainsi, le Ministère accorderait substantiellement moins de ressources et de services aux écoles arabes, ce qui aurait pour résultat d’appauvrir ces écoles. Le budget du ministère des Affaires religieuses montre le contraste frappant entre les juifs et les non-juifs, et l’énorme discrimination à l’égard des non-juifs. La Loi sur le budget de 1998 affectait seulement 1,86 % du montant total (soit 430 millions de dollars US) pour les communautés religieuses musulmane, chrétienne et druze, bien que celles-ci comptent pour près de 20 % de la population. Plus que 98 % du budget total est censé soutenir des institutions et des services religieux juifs. Les écoles arabes (musulmanes) manquent en général de programmes éducatifs d'enrichissement, d’une infrastructure adéquate et d’autres services nécessaires. Le gouvernement israélien a reconnu qu'il dépensait plus d’argent par enfant juif que par enfant arabe, mais il n'a jamais changé sa politique discriminatoire. De plus, le nombre des élèves arabes par classe est en moyenne 20 % plus élevé que celui des enfants juifs.

Cette situation engendre des inégalités entre les Juifs et les Arabes dans la mesure où tous les enfants de 6 à 13 ans fréquentent les écoles primaires israéliennes, mais les arabophones abandonnent plus tôt leurs études. Par exemple, 48 % des Arabes ont abandonné leurs études à 17 ans, contre 15 % pour les Juifs. Bref, quelque 80 % des décrocheurs sont des arabophones. Les pourcentages d’Arabes étudiant dans les établissements universitaires varient entre 1 % et 8 %, alors qu’ils devraient être d’environ 20 %. Au ministère de l’Éducation, on ne compte que 80 Arabes dans des postes de fonctionnaires. Cela dit, il n’en demeure pas moins que les arabophones d’Israël demeurent l’une des communautés parmi les plus scolarisées de tout le monde arabe, surtout du fait que les filles doivent fréquenter l’école durant au moins huit ans. En 1978, l’entrée des filles dans les écoles avait provoqué un véritable séisme culturel dans les communautés musulmanes d’Israël. Aujourd’hui, tous les écoles arabophones sont mixtes, même certaines d’entre elles obligent les garçons et les filles à s’asseoir sur des côtés différents dans la classe.

Évidemment, non seulement le ministère israélien de l’Éducation devrait cesser certaines pratiques discriminatoires à l’égard de ses citoyens arabophones, mais le Parlement (la Knesset) devrait être saisi de cette question et modifier les lois en matière d'éducation, de sorte que soit interdite toute pratique discriminatoire en provenance des établissements d’enseignement. Dans les circonstances actuelles, c’est probablement rêver en couleurs!

- Les immigrants et les oulpanim

L'État israélien ne ménage pas ses efforts pour promouvoir l'hébreu et aider les immigrants à apprendre cette langue. Le moyen privilégié, c’est l’oulpan, c’est-à-dire l’«école de langue hébraïque» qui dispense en des cours intensifs les bases de l’hébreu parlé et écrit, ainsi que la compréhension, parallèlement aux rudiments de la culture, de l’histoire, de la géographie et de l’instruction civique d’Israël. Cet enseignement a pour objet principal d’aider les nouveaux arrivants à s’intégrer aussi rapidement et aussi aisément que possible dans la vie sociale, culturelle et économique du pays, bref, dans un environnement qui parle l’hébreu. Une session normale dure cinq mois, à raison de 28 heures de cours par semaine. Le nombre des élèves est généralement limité à 20 et les cours comptent trois niveaux: débutant, intermédiaire et avancé. À la fin de leur oulpan, les débutants peuvent espérer maîtriser un vocabulaire d’environ 2000 mots.

Le premier oulpan, l'Etzion, ouvrit ses portes à Jérusalem en 1949. Il en existe aujourd'hui des centaines (au moins 800 oulpanim) dans l'ensemble du pays dispensant des cours à plus de 80 000 élèves et répartis dans près de 350 lieux différents: villes, kibboutzim, usines, hôpitaux, bases militaires, universités, centres communautaires et organismes du gouvernement. Les oulpanim sont gérés par le Département des adultes au ministère israélien de l'Éducation, de la Culture et des Sports. Il existe aujourd’hui des oulpanim spécialisés pour les professionnels, par exemple, pour les médecins, les enseignants ou les comptables, mais également pour les personnes âgées, les malentendants ou les non-voyants, etc.

- Le cas des russophones

L'arrivée d'un million d'immigrants russophones a bouleversé le système d'éducation en Israël. Ainsi, les Russes ont voulu créé leurs propres réseaux parallèles en éducation. Mais les autorités israéliennes ont considéré que les Russes n’avaient pas le droit d’ouvrir leur propres écoles, car il s’agit pas d’une minorité linguistique nationale, mais immigrante, contrairement aux Arabes installés dans le pays. La communauté russe s'est alors organisée pour préserver sa langue et assurer un enseignement de qualité aux jeunes russophones.

Sous la pression de la communauté russophone, le ministère de l’Éducation a introduit le russe comme matière scolaire en 1992. En 1996, un document intitulé «La nouvelle politique linguistique» est venu consacré le droit de chaque communauté à recevoir son instruction dans sa langue. Des écoles maternelles accueillent aujourd'hui les jeunes enfants et leur dispensent des cours en trois langues: hébreu, russe et anglais. Dans les écoles primaires, l’enseignement se fait d'abord en russe, et au fur et à mesure des années il se poursuit en hébreu.

3.4 Les langues de l’Administration

La politique officielle d’hébraïsation fait en sorte que l’hébreu reste massivement la langue de l’Administration publique. La plupart des documents administratifs sont, en principe, publiés en hébreu et en arabe. Les services gouvernementaux sont offerts dans les deux langues, mais il est difficile, voire impossible, à un Arabe unilingue de se faire servir oralement dans sa langue, sauf en Galilée.

Malgré la politique officielle au profit de l’hébreu, chacun des ministères et autres organismes gouvernementaux a développé ses habitudes particulières et, selon les régions, les besoins, etc., des documents sont fournis en arabe, en russe, en amharique ou en d’autres langues. La langue anglaise a continué à prospérer et elle se propage dans tous les secteurs de la population israélienne. Certains Israéliens affirment même que l’anglais est souvent en concurrence avec l’hébreu et pourrait remettre en question la suprématie de la langue nationale. Dans les faits, l’anglais est vraiment la «seconde langue officielle» de l’État hébreu, bien avant l’arabe.

En matière d'affichage, il n'existe pas de loi ou de règlement à l'échelle nationale; toutefois, les municipalités peuvent intervenir et réglementer l'affichage officiel. En principe, les édifices gouvernementaux affichent dans les deux langues; cependant, plusieurs inscriptions n'apparaissent qu'en hébreu sur les édifices situés dans les villes et les quartiers juifs. Même si les municipalités peuvent adopter des règlements en matière d'affichage, ce ne serait pas là une pratique généralisée. L'usage tend plutôt à établir qu'il n'est pas nécessaire d'utiliser les deux langues officielles en même temps: une seule suffit, le plus souvent l'hébreu. D’ailleurs, la Cour suprême a jugé qu’un règlement municipal exigeant que les avis placés sur les panneaux d’affichage municipaux soient bilingues (hébreu-arabe) n’était pas valide. Aujourd’hui, la langue russe s’affiche également sur les devantures de certains magasins, sur des panneaux administratifs, des kiosques à journaux, etc., ce qui ne fait pas l'affaire des juifs orthodoxes.

En principe, les noms des rues apparaissent dans trois langues: hébreu, arabe et anglais. C'est le seul domaine avec la signalisation routière où il existerait une cohabitation linguistique écrite.

Toutes les photos des affiches: J.-P. Porret-Blanc

Beaucoup d'Arabes considèrent que leur langue, dans la vie de tous les jours, disparaît de l'usage. Par exemple, dans les gares et les terminus d'autobus de Tel Aviv et de Haïfa, on ne trouverait qu'une seule affiche en arabe: celle qui indique les... toilettes! Il est probable que ce genre de situation soit appelé à disparaître.

La signalisation routière était, jusqu'à récemment, soit en hébreu seulement soit plus généralement bilingue (hébreu-anglais); le bilinguisme hébreux-arabe demeurant plutôt exceptionnel; il se confinait le plus souvent à quelques inscriptions sur les autoroutes ou grandes routes nationales. Le statut de langue officielle de l'arabe était donc, à toutes fins utiles, ignoré dans la signalisation routière.

Cependant, un arrêt de la Cour suprême a obligé l'État d'Israël au bilinguisme arabo-hébreu. Aujourd'hui, la signalisation routière est généralement trilingue (hébreu, arabe et anglais). L'une des particularités en Israël est le panneau STOP représenté parfois par une main, ce qui n'empêche pas de voir aussi des panneaux octogonales «normaux».


Stop «normal»

Cette affiche (prise par J.-P. Porret-Blanc) du ministère israélien de la Défense nationale et du ministère des Cultes apparaît à la fois en hébreu (au haut), puis en français (à gauche) et en arabe (à droite).

Même s'il n'y a pas de législation au sujet de l'affichage commercial, celui-ci est en hébreu dans au moins 90 % des cas à l'échelle du pays. Pourtant, l'hébreu n'est pas écrit en alphabet latin, et cela ne facilite sûrement pas la tâche aux touristes. L'hébreu s'impose comme langue écrite véhiculaire en dehors de toute législation à l'échelle nationale, alors que le bilinguisme hébreu-anglais et l'unilinguisme anglais demeurent peu fréquents. La photo de gauche (J.-P. Porret-Blanc) montre un restaurant à l'affichage bilingue hébreu-anglais, plutôt que hébreu-arabe.

Quant à l'unilinguisme arabe (voir  la photo de J.-P. Porret-Blanc), qu'il soit public ou commercial, il n'existe que dans les municipalités totalement arabes, surtout celles situées en Galilée (au nord du pays), et dans les quartiers très majoritairement arabes. Et, encore là, il faut que les affiches relèvent de la municipalité, non du gouvernement israélien. Convenons que le présent conflit arabo-israélien ne peut guère contribuer à favoriser un statut égalitariste de la langue arabe dans ce pays.

Compte tenu de la situation politique d'Israël, il convient de souligner l'importance de l'hébreu dans les Forces armées (Tsahal). Le service militaire est obligatoire pendant trois ans pour les hommes et pendant deux ans pour les femmes; on sait qu’en Israël les hommes doivent aussi servir dans l'armée 30 jours par année jusqu'à l'âge de 55 ans. Les Forces armées constituent un lieu de rencontre privilégié où se fondent les juifs de toute origine. Les Arabes, pour leur part, sont généralement exclus du service militaire, sauf pour les druzes. En réalité, ils peuvent rejoindre l’armée en tant que volontaires. Les arabophones ne perçoivent pas les compensations financières liées à la conscription et ne peuvent exercer partout les mêmes droits que les Juifs.

De façon générale, les dirigeants juifs ont su valoriser l'hébreu et en faire une langue de prestige. Les études révèlent que 70 % des immigrants qui arrivent en Israël apprennent l'hébreu parce qu'il leur permet d'accéder au monde du travail. L'État d'Israël a démontré qu'il était possible d'intervenir pour promouvoir une langue que tous les dictionnaires et encyclopédies classaient parmi les langues mortes. Pour y arriver, il a fallu intervenir sur deux plans: le code et le statut. Les responsables juifs de la planification n'ont jamais improvisé: un long travail lexicographique préliminaire a dû être entrepris pendant qu'on élaborait des stratégies pour valoriser et faire apprendre la langue.

3.5 L’emploi des langues dans les médias

Les deux langues officielles de l’État d’Israël ne le sont pas au même degré, l’arabe étant subordonné à l’hébreu. L’un des problèmes vient du fait que l’hébreu restera toujours une langue de faible diffusion dans le monde, alors que l’arabe est appelé à devenir une langue de très grande diffusion au même titre que l’anglais. Étant donné que l’État d’Israël est un pays multilingue et que 38 % des Israéliens ont une autre langue maternelle que l’hébreu, il n’est pas toujours facile pour ces derniers de communiquer dans la langue officielle.

En Israël, on compte plus de 25 quotidiens et 400 périodiques de toutes sortes. Avec une population à peine plus nombreuse, certains pays ne disposeraient que d'une dizaine de quotidiens. La société israélienne semble donc hyper-informée. Les quotidiens sont généralement publiés en hébreu, mais plusieurs quotidiens sont publiés en anglais, et un seul paraît en hébreu simplifié. La plupart des magazines sont publiés en hébreu; les autres sont en «hébreu simplifié», en anglais, en arabe, en français ou dans l’une ou l’autre des langues immigrantes. Le Jerusalem Post publie un hebdomadaire en français. Les journaux arabes sont très peu nombreux et connaissent une faible diffusion. De plus, l’État hébreu limite sévèrement la circulation des journaux étrangers, surtout arabes, à l’intérieur des territoires palestiniens dont il contrôle encore les frontières. Ainsi, les échanges de publications entre la Jordanie et la Cisjordanie sont toujours interdits, en dépit d’un accord jordano-palestinien de février 1999.

En 1966, le ministère de l’Éducation et de la Culture avait créé une télévision éducative diffusant en hébreu. Mais, étant donné la faible diffusion de cette langue dans le monde, la télévision israélienne ne peut produire elle-même toutes ses émissions. Une grande quantité de sa production est donc d’origine étrangère, essentiellement américaine, et offerte aux citoyens en anglais avec des sous-titres hébreux. Or, les nouveaux arrivants — 38 % des Israéliens — ont beaucoup de mal à lire les sous-titres, puisque l’hébreu, une langue consonantique, ne note pas les voyelles. Il faut une bonne connaissance de la langue écrite pour «reconstruire» les mots. Afin d’éviter la «fuite des téléspectateurs» vers des chaînes câblées en langues étrangères, les principales chaînes israéliennes ont décidé de diffuser des émissions en anglais, en français, en russe, etc., avec des sous-titres en anglais, en russe, en amharique, etc. De plus, afin de contrer la propagande anti-sioniste, le gouvernement a créé dès 1979 une télévision publique en langue arabe. Plusieurs des émissions consacrent une plage horaire quotidienne en arabe (environ 20 heures/semaine); le reste des émissions provient de programmes en hébreu sous-titrés en arabe. Par ailleurs, grâce à des fonds de l’Agence juive, le réseau est complété par un service d’émission surtout en «hébreu simplifié», en anglais, en français et en russe, mais également en yiddish, en judéo-espagnol, en hongrois, en roumain, etc. Les Israéliens peuvent capter par le câble trois chaînes de télévision françaises (France 2, Arte et TV5).

L'écoute radiophonique est très élevée en Israël; le gouvernement en profite pour normaliser l'hébreu, diffuser les mots nouveaux, souligner les erreurs linguistiques, etc. La radio constitue pour nombre d'Israéliens un guide linguistique très utile. Plusieurs fois par jour, la radio et la télévision diffusent en «hébreu simplifié» des nouvelles à l'intention des immigrants. Les journalistes diffusent généralement les nouvelles en hébreu et traduisent eux-mêmes les nouvelles en provenance de l’étranger. La radio israélienne diffuse, en raison de trois fois par jour, des émissions en anglais, en français, en russe, en amharique, en espagnol, etc.

En décembre 1999, la Knesset a adopté une loi (Loi sur la défense de la chanson hébraïque) qui impose au moins 50 % des chansons en hébreu dans les émissions publiques de radio. Cette loi est le résultat d'un projet élaboré par les membres du Parti travailliste visant à promouvoir la langue hébraïque dans le domaine de la musique; pour plusieurs, c’est un autre exemple de la politique israélienne destinée à promouvoir l’hébreu comme instrument de l’identité et de l’unité des Israéliens.

Soulignons aussi que, en quelques années seulement. les russophones d'Israël se sont dotés de moyens permettant d'assurer la survie de leur langue: des dizaines de journaux sont apparus en russe, tandis que des grandes chaînes de télévision russes occupant une place de choix dans les foyers russes d'Israël.

La politique linguistique d'Israël ne correspond pas à une véritable politique de bilinguisme officiel. C'est une politique volontariste d'hébraïsation qui a produit des résultats remarquables. Quant à l’arabe, la «seconde langue officielle» du pays, elle ne bénéficie pas, dans les faits, d'un statut de co-officialité. Il serait même préférable que l'État consente un statut réel défini comme minoritaire plutôt que de proclamer une égalité théorique. Il faut dire que l'état de guerre permanent avec les pays voisins de langue arabe ne favorise pas une pleine reconnaissance de l'arabe. Les Juifs d'Israël se sentent minoritaires au sein d'un monde massivement arabophone. Ils se défendent en affirmant leur identité. Au cours des dernières décennies, ils ont gagné quatre guerres contre les Arabes, mais ces victoires n’ont pas permis à Israël de remporter la paix.

En effet, la région demeure l’une des plus importantes poudrières de la planète, car les achats d’armes continuent de s’intensifier et les conflits, de persister. C’est pourquoi, malgré les promesses gouvernementales, il serait surprenant qu’Israël finisse par reconnaître l’Autorité palestinienne comme un État souverain. Tous les gouvernements israéliens semblent avoir raidi leur position à ce sujet et mettent en application la déclaration de l’ancien premier ministre assassiné, Itzhak Rabin: «Les territoires appartiennent à Israël. Les Juifs s’implanteront partout sur notre terre jusqu’au bout de l’horizon.» En somme, si Israël a réussi sa politique d’hébraïsation, il a certainement raté celle de l’arabisation. Et les accords d'Oslo peuvent être considérés comme nuls et non avenus. C'est Ariel Sharon, premier ministre d'Israël du 17 février 2001 au 14 avril 2006, qui déclarait que les accords d'Oslo constituaient «la plus grande catastrophe qui ne soit jamais arrivée à Israël». C'est tout dire!

Dès sa fondation, l'erreur d'Israël fut d'avoir fonctionné en terme d’«État-nation», alors que la structure sociale du pays était manifestement au moins binationale. L’échec était d’autant plus prévisible que cette politique d’uniformisation se réalisait sur une base autocratique, pour ne pas dire théocratique. Dès lors, le recours à la violence était inévitable. De plus, loin d’enrayer les mouvements d’émancipation palestinienne, la mobilisation israélienne ne réussit qu’à les renforcer et les confirmer dans leur volonté de rupture avec cet État-nation dont les arabophones étaient exclus. Il reste trois solutions:

(1) la reconnaissance d'un État binational et la fin de l'État juif ou religieux,
(2) la liquidation pure et simple des Palestiniens,
(3) l'imposition d'une solution par la communauté internationale, ce qui supposerait l'accord des Américains.

Parions que, dans l'état actuel des choses, Israël a déjà choisi la seconde solution, bien que ce ne soit pas matériellement possible! Il reste cependant une autre voie encore vraisemblable: la fragmentation de la communauté juive, l'une religieuse, l'autre laïque, les deux vivant côte à côte en se tournant le dos.

Quoi qu'il arrive, l'État d'Israël ne pourra indéfiniment prétendre demeurer à la fois un État démocratique et un État religieux. Il devra un jour choisir entre la religion et la démocratie. C'est la démocratie qui risque d'écoper... au profit de la religion, ce qui serait la plus mauvaise des décisions. Dans toute l'histoire, le mariage entre l'État et la religion a toujours entraîné un cul-de-sac.

Enfin, il faudrait bien aussi que certains dirigeants israéliens cessent de croire que ceux qui critiquent Israël sont nécessairement des antisémites. Tous ceux qui n'appuient pas les politiques israéliennes à 100 % sont automatiquement accusés d'être antisémites! C'est passablement réducteur, voire carrément simpliste! Par exemple, pourquoi est-ce possible de critiquer le gouvernement américain sans être accusé pour autant d'être anti-américain? On finira par penser que les Juifs qui se replient sans cesse sur l'antisémitisme le font dans le but très précis de tuer dans l'œuf toute opposition. Il semble que tous soient tombés dans la potion islamique pour voir dans le moindre commentaire négatif sur Israël un impardonnable blasphème? Quoi qu'il en soit, l'État d'Israël n'a aucun avenir dans sa forme actuelle et il va probablement s'entêter dans une stratégie de force brutale, presque suicidaire. D'insoluble qu'il était, le conflit est devenu ingérable. Il ne resterait qu'une issue presque invraisemblable depuis l'arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis: un État binational imposé contre la volonté des dirigeants israéliens!

Dernière mise à jour: 24 avr. 2017
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Israël
 
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