État d'Israël

3) La politique linguistique israélienne

Toute la politique linguistique d’Israël est conditionnée par le caractère ethnico-religieux d'un État qui se veut juif. En effet, c’est essentiellement un «État juif» qui a pour mission de rassembler ses membres dispersés de par le monde et de promouvoir la culture et la religion des juifs. De plus, dans un contexte de guerre israélo-arabe permanente, il serait surprenant que la langue arabe reçoive un traitement favorable.

1 La création d’un «État juif»

Les signataires juifs de la Déclaration d'indépendance de l'État d'Israël de 1948 avaient proclamé avec force leur adhésion à une citoyenneté à fondement universaliste:

L’ÉTAT D’ISRAËL sera ouvert à l’immigration juive et aux juifs venant de tous les pays de leur Dispersion ; il veillera au développement du pays pour le bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur la liberté, la justice et la paix selon l’idéal des prophètes d’Israël ; il assurera la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe ; il garantira la liberté de culte, de conscience, de langue, d’éducation et de culture ; il assurera la protection des lieux saints de toutes les religions et sera fidèle aux principes de la Charte des Nations unies. Nous tendons la main à tous les pays voisins et à leurs peuples et nous leur offrons la paix et des relations de bon voisinage; nous les invitons à coopérer avec le peuple juif rétabli dans sa souveraineté nationale. 

Voilà pour les principes, car la réalité fut toute autre chose. Les représentants sionistes avaient voulu créé avant tout un État juif, c’est-à-dire un État fondé sur l’appartenance au judaïsme. Or, le fait que les Arabes musulmans constituaient la majorité de la population en 1948 contrecarrait ce projet de communauté politique fondée sur la religion. Pour parvenir à leurs fins, les dirigeants juifs devaient bouleverser l’ordre démographique de la région. La première guerre arabo-israélienne de 1948, qui entraîna l’exode de 750 000 Palestiniens hors d’Israël, permit au pays non seulement d’élargir ses frontières, mais aussi de «réduire» sa population arabe à environ 160 000 personnes.

Évidemment, ce statut d’«État juif» entraîne des problèmes de discrimination (juridique, politique, sociale et économique), dans la mesure où l’État d’Israël se définit aussi comme un «État libéral et démocratique» à l’occidentale. Le problème, c'est qu'une véritable société démocratique ne peut être que laïque. Par exemple, en Israël, les mariages civils n'existent pas; seuls les mariages religieux sont reconnus. Cela signifie qu'aucun athée ne peut se marier, ni les non-pratiquants, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans.

À long terme, le problème risque de devenir explosif, car la croissance démographique des Arabes israéliens dépasse l’apport juif dû à l’immigration. Des voix commencent à s’élever pour exiger des changements sur le «droit du retour», l’hymne national, le drapeau à l’étoile de David, etc. On parle aussi de plus en plus de «société post-sioniste» dans une société qui vit l’éclatement communautaire, religieux et ethnique. Il pourrait même être possible qu'un jour Israël en arrive à deux communautés juives: l'une religieuse, l'autre laïque, vivant côte à côte en se tournant le dos. 

Bref, l’État d’Israël constitue l’exemple le plus flagrant d’une «démocratie ethnique». Claude Klein, juriste et ancien doyen de la faculté de droit de l'Université hébraïque de Jérusalem, citait ainsi le président de la Cour suprême d'Israël (Aharon Barak) dans son livre La démocratie d’Israël (1997): 

L’État juif est un État dont l’histoire est imbriquée dans celle du peuple juif. C’est un État dont la langue est l’hébreu et dont les fêtes reflètent la renaissance nationale. [...] L’État juif est celui qui développe la culture juive, l’éducation juive et l’amour du peuple juif. [...] L’État juif  est celui qui puise ses valeurs dans celles de la tradition religieuse, dont la Bible est le livre le plus fondamental et les Prophètes la base de sa morale: l’État juif est cet État dans lequel le droit hébraïque joue une rôle important et où ce qui relève des mariages et des divorces des juifs est réglé par le droit de la Torah.

Dans un tel État, même si l’égalité de citoyens est garantie, l’État lui-même appartient au «peuple principal» et non à l’ensemble des citoyens. Ainsi, l’État ne peut être neutre, car il y a deux catégories de citoyens: les juifs et les «autres».

1.1 Le nettoyage des frontières

Le premier président de l'État d'Israël, Chaïm Weizmann, avait déclaré à l’époque que «le monde jugerait l'État juif à la façon dont il traiterait les Arabes». Or, l'administration militaire fut imposée aux Arabes dès octobre 1948 «pour raison de sécurité»; ce gouvernement militaire ne fut définitivement supprimé qu'en 1966. L’administration militaire instaura un système de contrôle général qui limitait considérablement l'exercice des libertés publiques de tous les Arabes, et non pas seulement de ceux soupçonnés d'activités hostiles. De plus, toujours pour les besoins de la sécurité nationale, l’armée israélienne décidait, entre 1949 et 1951, de nettoyer systématiquement les frontières et d’expulser manu militari de 20 000 à 30 000 Arabes habitant les zones frontalières vers la Syrie, la Jordanie et la bande de Gaza (voir la carte). 

1.2 La politique foncière

Dans le domaine foncier, les Arabes palestiniens furent soumis à toute une série de lois qui conduisirent à un transfert massif de leurs propriétés aux seuls Juifs. En tant qu'État successeur, Israël prit possession de toutes les terres publiques et de celles considérées comme «sans maître»; néanmoins, un tiers des terres restait légalement la propriété privée d'Arabes. Une législation appropriée y mit rapidement un terme: non seulement toutes les terres et immeubles des Palestiniens réfugiés dans les pays arabes voisins furent progressivement transférés à l'État hébreu, mais il en alla de même pour la moitié des terres appartenant à des Arabes israéliens qui furent considérés, pour la moitié d'entre eux, comme «présents-absents» en vertu de la Loi sur les absents de 1950.

Ces dispositions signifiaient que, même s’ils étaient présents physiquement sur le territoire israélien, ces Arabes étaient considérés comme «des propriétaires absents» parce qu'ils s'étaient trouvés à un moment ou à un autre, après le 29 novembre 1947 (date de la résolution de l'ONU sur le partage de la Palestine mandataire), dans «une zone contrôlée par des forces hostiles à Israël». Cette législation d'exception conduisit à la réduction draconienne de la propriété arabe qui ne couvre plus aujourd'hui que 3,5 % de la surface du pays, alors que l'État hébreu en contrôle désormais 93 % (le reste appartenant à des particuliers juifs).

Pour l’État juif, les Arabes ne furent alors pas considérés comme des citoyens israéliens dont il fallait avant tout respecter les droits, mais plutôt comme des Arabes palestiniens, membres d'un groupe ethnique qu'il convenait de transformer en «minorité dominée». En réalité, il s’agit d’une politique foncière qui, en s’appuyant sur l’apartheid, consiste à empêcher l'achat de terres par les non-juifs.

1.3 La symbolique nationale

Ce caractère juif de l’État d’Israël est manifeste dans la symbolique nationale (p. ex., le drapeau marqué de l’étoile de David et le candélabre à sept branches), le rôle officiel de la religion en sein de l’État, le droit à la citoyenneté, les subventions gouvernementales, etc.

En effet, les institutions officielles du pays, les jours fériés, les symboles et les héros sont exclusivement juifs. La langue hébraïque est nettement dominante, bien que, en vertu de la législation en vigueur, l'arabe soit aussi une langue officielle; on devrait plutôt parler de «deuxième langue officielle», car elle n'est pas sur le même pied. Plusieurs des lois prévoient des institutions culturelles juives, mais aucune ne crée des organismes similaires pour les citoyens arabes. En outre, depuis la création de l’État d’Israël, le gouvernement n'a jamais consacré toutes les ressources disponibles pour créer ou enrichir les institutions arabes éducatives ou culturelles (par exemple, une université arabe).

On comprendra que, du point de vue des juifs d’Israël, l’intégration d’une minorité non juive — celle des Palestiniens arabophones — constitue un problème sérieux sur la nature même de l’État juif.

1.4 La question constitutionnelle

Soixante-dix ans après sa création, l'État d’Israël n’a pas encore de constitution formelle. Bien que la Déclaration d’indépendance du 14 mai 1948 annonce « une constitution qui sera adoptée par l'Assemblée constituante convoquée d’ici le 1er octobre 1948 », les conflits entre les représentants religieux et les représentants laïcs empêchèrent la rédaction d’un texte constitutionnel:

NOUS DÉCLARONS que dès l’expiration du mandat, en cette veille de Chabbat, 6 Iyar 5708 (15 mai 1948), et jusqu’à l’installation des autorités régulières de l’État, dûment élues, conformément à la Constitution qui sera adoptée par l’Assemblée constituante convoquée avant le 1er octobre 1948, le Conseil remplira les fonctions de Conseil provisoire de l’État et son organisme exécutif, le Directoire du Peuple, fera fonction de gouvernement provisoire de l’État juif qui sera appelé «Israël».

Le premier ministre David Ben Gourion exhorta l’Assemblée à ne pas achever ses travaux constitutionnels avant le retour des juifs du monde entier dans leur patrie. À l'époque, beaucoup de juifs très religieux (ultra-orthodoxes) rejetaient l’idée d’un texte juridique non religieux qui aurait pour l’État une autorité supérieure aux textes religieux comme la Torah (enseignement divin transmis par Moïse), le Tanakh (Ancien Testament et Bible hébraïque) ou le Choulhan Aroukh (Code de la loi juive). C'est comme si la Charia pour les musulmans et la Bible pour les chrétiens devait avoir la primauté sur la Constitution d'un pays. En juin 1950, les députés de la Knesset en arrivèrent à un compromis: au lieu de rédiger une constitution, ils donnèrent le mandat à leur comité constitutionnel et judiciaire d’adopter un document similaire chapitre par chapitre. De cette façon, chacun des chapitres pouvait entrer en vigueur avec le statut de «loi fondamentale» (חוק יסוד) qu'il serait possible de rassembler pour en faire une éventuelle constitution. C'est ainsi que, de 1958 à 2001, quatorze lois fondamentales ont été adoptées, mais certaines ne sont jamais entrées en vigueur (en rouge):

1958 : La Knesset
1960 : Les terres d’Israël
1964 : Le président de l’État
1968 : Le Gouvernement (non en vigueur)
1975 : L’économie nationale
1976 : Les Forces de défense d'Israël
1980 : Jérusalem, capitale d’Israël
1984 : Le pouvoir judiciaire
1988 : Le contrôleur de l’État
1992 : Dignité humaine et liberté (non en vigueur)
1992 : Le Gouvernement (non en vigueur)
1992 : Liberté professionnelle
1994 : Liberté professionnelle
2001 : Le Gouvernement

Ces lois dites «fondamentales» n'ont pas vraiment une valeur constitutionnelle, mais elles ont acquis une certaine primauté sur les autres lois. En fait, les lois fondamentales ont été rédigées par des comités ne regroupant qu’une petite partie de la Knesset. Elle sont été adoptées à la majorité simple, alors que la pratique normale dans les démocraties occidentales consiste à adopter soit une majorité qualifiée, soit référendum, soit les deux. Ces lois fondamentales n’ont jamais fait l’objet d’un débat national et n’ont pas été légitimées par un référendum ou une autre procédure démocratique. Néanmoins, certains juristes juifs estiment que le simple fait qu'elles aient été adoptées par la Knesset agissant en qualité d'«Assemblée constituante» leur donnerait leur caractère quasi constitutionnel et supérieur aux autres lois. Bref, on pourrait affirmer que la Constitution d'Israël est composée de chapitres, dont chacun constitue une loi fondamentale distincte, tous les chapitres constituant ainsi la Constitution de l'État... sans que ce soit une constitution.

Dans tous les cas, aucun de ces textes fondamentaux n'a traité de la question linguistique. Jamais la Knesset n'a adopté une loi linguistique pour clarifier ou définir le statut des langues officielles. Depuis la création d'Israël, le statut juridique des langues officielles est encore défini par l'Ordonnance en Conseil privé sur la Palestine (1922) et l'Ordonnance sur le droit et l'administration, n° 1, 5708 (1948). Il en résulte que l'hébreu et l'arabe sont les langues officielles de l'État d'Israël, langues imposées au départ par le Parlement britannique qui y avait imposé l'anglais. 

En 2017, une autre loi fondamentale a été adoptée mais seulement en première lecture. C'est la Loi fondamentale: Israël en tant qu'État-nation du peuple juif. Il s'agit encore d'un projet de loi — il est possible qu'il ne devienne jamais une loi —, car il n'a pas franchi toutes les étapes pour son adoption au Parlement. Les dispositions controversées du projet de loi de 2017 concernent la suprématie du caractère juif d'Israël sur son caractère démocratique ainsi que le statut de l'arabe qui ne serait plus une langue officielle, car il serait rétrogradée à un «statut spécial» qu'il resterait à déterminer par une future loi.

1.5 La politique de la citoyenneté

En 1952, la Loi sur la nationalité fut adoptée et fixa les conditions d'octroi de la citoyenneté israélienne. La loi oblige tout candidat à la citoyenneté israélienne d’avoir une certaine connaissance de l’hébreu, mais ne nécessite aucune connaissance de la langue arabe. La loi établit aussi une distinction majeure entre l'acquisition de la citoyenneté par les Juifs et celle des non-Juifs, essentiellement les Arabes, car conformément à la loi seules les personnes définies comme «juives» sont concernées par ce statut. Les juifs bénéficient d'un droit automatique à la citoyenneté, qui découle directement de la Loi du retour (1950) accordant à tout juif le droit d'immigrer en Israël. Une modification de 1970 précise: «Pour les besoins de cette loi, est considérée comme juive une personne née de mère juive ou convertie au judaïsme et qui n'appartient pas à une autre religion.» En 1971, un amendement à la Loi sur la nationalité a même permis d'accorder la nationalité israélienne sans qu'il ne soit nécessaire de venir s'installer en Palestine. Le juriste Claude Klein écrivait en 1977: «Depuis l'adoption de cet amendement, il semble que plusieurs centaines de personnes aient bénéficié de ce mode très spécial d'acquisition de la nationalité.» L'acquisition de la citoyenneté israélienne, considérée alors comme inconditionnelle, semble la manifestation la plus éclatante du caractère ethnique de l'État juif.

Quant aux Arabes israéliens, ils obtinrent la citoyenneté à partir d’un fondement juridique différent: celui de leur résidence sur le territoire israélien, à la condition qu’ils aient été présents de façon ininterrompue sur le territoire entre le 14 mai 1948 et l'entrée en vigueur de la loi. Dans tous les autres cas, il est impossible pour un non-juif de devenir citoyen israélien.

Pour ce qui est des juifs immigrants, en vertu de la Loi du retour, ils bénéficient lors des premières années de leur installation d’importantes exemptions fiscales et des possibilités d'emprunts à taux préférentiel. Une partie de cette aide financière est versée, non par l'État hébreu, mais plutôt par l'Agence juive, un organisme dépendant d'une institution internationale, l'Organisation sioniste mondiale (OSM), dont la vocation est de faciliter l'immigration des juifs de la diaspora. Les fonds de cet organisme proviennent des contributions volontaires des juifs établis un peu partout dans le monde. Le problème, c’est que les sommes — soit environ 23 millions de dollars US annuellement — sont versées aux juifs immigrants, en vertu d’une convention avec l’État hébreu. Ce dernier bénéficie ainsi d'un moyen pratique de privilégier les juifs tout en ne violant pas officiellement l'égalité entre les citoyens, puisque l’État n'intervient pas directement. Il n’en demeure pas moins que cette politique s’apparentant à de l’apartheid constitue l’un des éléments d’une politique globale dont fait partie la politique linguistique. Le plus curieux, c’est que le gouvernement israélien est convaincu que la Loi du retour n'est pas discriminatoire, car elle est simplement interprétée comme une loi concernant l'immigration.

Par ailleurs, on doit souligner qu’une grande partie des immigrants d’origine russe n’étaient pas réellement juifs (environ 80 %) et qu’Israël a dû contourner la Loi du retour pour faire venir ces nouveaux arrivants. Il y aurait eu beaucoup d’abus, de faux témoignages et de papiers truqués. Dans la plupart des cas, il a suffi de prétendre avoir été considéré comme juif par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, ou avoir évoqué des souvenir d’enfance (du genre: «chez mes grands-parents, on allumait des bougies le vendredi soir»), ou encore affirmer que l’un de ses parents était de religion juive. Ces immigrants n’avaient rien à voir avec le judaïsme, mais ces centaines de milliers de nouveaux citoyens permettaient d’augmenter l’apport démographique «juif».

Enfin, à la suite d’un accord signé en 1988 entre les États-Unis, l'ex-URSS et Israël, les immigrants juifs russophones furent soumis à des conditions strictes. Même s'ils voulaient quitter leur pays d’origine, ils ne furent pas autorisés à choisir une autre destination qu'Israël. Ces immigrés quittèrent l'ex-URSS pour Israël avec des papiers israéliens qui n'étaient valables qu'en Israël. À leur arrivée dans le pays, ils durent signer le Livret de l'Agence juive qui devenait leur document officiel. Tout ce qu'ils devaient à l'État hébreu y était inscrit; ils devaient également s'engager par écrit à rembourser toute somme qui serait dépensée pour eux, incluant les dépenses faites pour leur voyage. De plus, ils ne devaient pas quitter Israël pendant cinq ans à compter de la date de leur arrivée, sous peine de payer une «indemnité» de l'ordre de 6000 $ US par personne ou 24 000 $ pour une famille de quatre personnes. On peut se demander si de genre de mesure, ou plutôt de moyen de pression, à l’égard des immigrants pour les attirer et les garder en Israël constitue bel et bien une pratique démocratique.

2 Le statut juridique de l'hébreu et de l'arabe

Le statut des langues fut défini par la Grande-Bretagne avant l'instauration de l'État d'Israël. Dans dans l'Ordonnance en Conseil privé sur la Palestine (1922) (Palestine Order in Council), promulguée le 10 octobre 1922, qui tenait lieu de Constitution, l'article 82 stipulait que l'anglais, l'hébreu et l'arabe seraient les trois langues officielles des actes d'autorité publique, de l'Assemblée législative, de l'administration, des cours de justice, etc.: 

Article 82

Toutes les ordonnances, tous les avis et actes officiels du gouvernement, de même que tous les avis officiels des autorités locales et municipales dans les zones prescrites en vertu d'un décret du Haut Commissaire, doivent être publiés en anglais, en arabe et en hébreu. Les trois langues peuvent être utilisées dans les débats et les discussions du Conseil législatif et peuvent être assujetties à tout règlement qui, à l'occasion, est adopté par les services gouvernementaux et les tribunaux.

En cas de conflit entre la version anglaise d'une ordonnance, d'un avis officiel ou d'un formulaire officiel et sa version arabe ou hébraïque, la version anglaise prévaudra.

Cet article de l'ordonnance de 1922 a été le seul texte juridique à portée linguistique jusqu'à la création de l'État d'Israël. Jamais le Parlement, la Knesset, n'a adopté de loi définissant le statut de l'hébreu et de l'arabe. La législation israélienne repose donc sur une règle du mandat britannique déclarant trois langues comme co-officielles sur le territoire qu'on appelait alors la «Palestine». Le statut des langues a continué d'être régi juridiquement par l'ordonnance britannique de 1922, à l'exception d'une modification importante sous la forme d'un article 15b de l'Ordonnance sur le droit et l'administration, n° 1, 5708 (1948), qui stipule ce qui suit:

Article 15

Autres adaptations de la loi

a) La "Palestine", partout où elle apparaît dans la loi, doit dorénavant être lue comme "Israël".

b)
Toute disposition juridique requérant l'usage de la langue anglaise est abrogée.

C'était une façon pour les Juifs de s'affranchir de la prépondérance de l'anglais, sans l'interdire. Aux yeux des dirigeants politiques de 1948, seul l’hébreu se trouvait digne d’être la langue nationale de tous les Juifs, tout particulièrement dans la fondation d’un État national sur le territoire même où cette tradition linguistique plusieurs fois millénaire était d’abord apparue. En même temps, de nouvelles migrations issues des pays arabes renforcèrent l’idée que le yiddish ne pouvait être une langue fédératrice pour les Juifs de souche sépharade ou orientale et il apparaissait prématurée d'éliminer l'arabe parlé par une bonne partie de la population musulmane. Cette période de ressentiment envers l'anglais était perçue comme une réminiscence du Mandat britannique peut aussi s’expliquer par le fait qu'Il fallait défense l’hébreu en réduisant la concurrence d'une langue trop forte.

Ainsi, depuis 1948 jusqu'à aujourd'hui, l'hébreu et l'arabe sont les deux seules langues officielles. Peu de lois israéliennes font référence à l'une ou l'autre des langues officielles, mais elles se résument aux cas suivants:

1) les non-juifs, soit les candidats à la citoyenneté, sont obligés de démontrer une certaine connaissance de l'hébreu;
2) un étranger doit subir une épreuve de connaissance de l'hébreu pour être admis au barreau;
3) les lois du Parlement doivent être interprétées dans la langue de la promulgation (toujours l'hébreu) ou traduits en hébreu;

À cela s'ajoute un texte plus récent, qui traite de façon spécifique des langues officielles: c'est le projet de Loi fondamentale: Israël en tant qu'État-nation du peuple juif, adoptée en première lecture par la Knesset en mai 2017, avec 48 voix pour et 41 contre. Deux articles concernent la langue, l'article IV et l'article IX :

Article IV

La langue

1) L'hébreu est la langue nationale.

2) L'arabe doit bénéficier d'un statut spécial au sein de l'État; ceux qui parlent l'arabe doivent avoir le droit d'accès dans leur propre langue aux services de l'État, et ce, tel qu'il sera prescrit par la loi.

Article IX

Préservation de la culture, du patrimoine et de l'identité

1) Tout résident d'Israël, sans distinction de religion ou de nationalité, a le droit d'agir pour préserver sa culture, son patrimoine, sa langue et son identité.

2) L'État peut autoriser une communauté, y compris les membres d'une seule religion ou les membres d'une même nationalité, de s'établir dans des communautés distinctes.

Bien que l'hébreu soit déclaré langue officielle (ou «langue de l'État»: "State language" en anglais), tout résident d'Israël a le droit d'agir pour préserver sa culture, son patrimoine, sa langue et son identité. Étant donné le peu de précision à ce sujet, on peut se demander si toutes les langues parlées dans de pays doivent être préservées et, surtout, de quelle manière. Outre l'hébreu, faut-il inclure aussi l'arabe, le russe, le polonais, l'anglais et l'amharique, qui sont les langues les plus utilisées en Israël? Ces langues peut-elles être employées dans les services publics et enseignes dans les écoles? Le texte ne va pas jusque là et se contente de considérations générales.

En fait, le projet de loi n’a pas encore été adopté en troisième lecture; il est possible qu'il le soit jamais. Concernant la question linguistique, seul l'hébreu demeurerait une langue officielle, car l'arabe serait relégué à un «statut spécial» tout en autorisant son usage dans les services de l'État. Certes, les députés ont pris un engagement du fait que la réduction du statut de la langue arabe ne provoquerait pas de changement négatif dans la situation existante. Cependant, on ne sait pas très bien ce que cet engagement signifierait dans la réalité.

Nous savons que dans les faits l'arabe, malgré son statut de langue officielle, ne l'est pas au même titre que l'hébreu. Il est constamment relégué à un état de subordination. Autrement dit, les deux langues ne sont pas officielles au même degré: la première langue officielle (dans la version anglaise: State language) est l'hébreu, tandis que l'arabe bénéficie d'un «statut spécial», ce que le projet de loi de 2017 viendrait confirmer.

Pour beaucoup d’Israéliens, l’arabe est d’abord considéré comme la «langue des États voisins», c’est-à-dire ceux qui ont engagé la guerre contre Israël depuis son établissement et qui sont perçus comme une menace potentielle à l’identité nationale. C’est ensuite la «langue des Palestiniens» vivant dans la bande de Gaza et la partie nord et la partie est, soit celle des héritiers et des partisans d'un mouvement national de libération qui emploie encore le terrorisme pour réaliser ses objectifs. C’est ensuite la «langue d'un groupe minoritaire en Israël», bénéficiant de droits civils importants et pouvant se rebeller contre leur État, avec la collaboration des Palestiniens et d’autres États arabes. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le statut de l’arabe soit dévalorisé.

3 La politique linguistique de l’État hébreu

L'État d'Israël poursuit une politique très volontariste d'hébraïsation. Celle-ci se traduit nécessairement dans la langue utilisée par l'État au Parlement, dans l'Administration, la justice, l’éducation, l'armée et la radio-télédiffusion.

3.1 Les langues du Parlement

Les langues utilisées à la Knesseth (Parlement israélien) sont l’hébreu et l’arabe classique. Cependant, dans les débats parlementaires, bien que l'hébreu et l'arabe soient effectivement tous deux utilisés, la traduction simultanée ne se fait que de l'arabe vers l'hébreu. Les parlementaire arabophones ont compris: ils emploient presque toujours l'hébreu. Les lois et règlements sont d’abord publiés en hébreu, puis en arabe et en anglais avec beaucoup de retard. La Cour suprême a même statué que la non-publication en arabe n'affectait pas la validité des lois.

Les citoyens arabes d'Israël ont le droit de voter et d’être élus à la Knesset. Cependant, ces droits sont limités par la Loi sur les partis politiques (1992). Selon l'interprétation de la Cour suprême, tout parti politique qui demande à l’État d’Israël d’accorder des droits égaux et entiers aux citoyens arabes, et/ou de remettre en question le caractère juif de l'État pourra être exclus de s'enregistrer comme parti politique ou de participer à des élections nationales. Autrement dit, la loi israélienne ne permet pas qu’un parti politique arabe participe à une élection à la Knesset si ses statuts nient qu'Israël est «l'État du peuple juif».

À la Knesset, les députés non juifs (17 % de la population d’Israël) ne représentent guère plus que 6 % à 8 % de sièges. Ils n'ont pas le pouvoir d'influencer la politique israélienne, car ils n'ont pas le droit de participer à de nombreux comités parlementaires pour le seul fait qu'ils ne sont pas juifs. Certains arabophones affirment que leur participation à la Knesset n'aurait qu'un seul rôle: celui de donner un «simulacre de démocratie» à l'État d'Israël. Cela dit, il arrive que des ministres et des hauts fonctionnaires soient arabophones. Dans les Règles de procédures de la Knesset (2012), les seules dispositions concernant les langues sont le suivantes:

Article 22

Discours dans l'Assemblée

Ont le droit de prendre la parole à l'Assemblée de la Knesset: les membres de la Knesset, les ministres et les députés-ministres qui ne sont pas membres de la Knesset, ainsi que le président de l'État, conformément aux dispositions d'une loi ou sur invitation du président de la Knesset et avec l'approbation du Comité de la Chambre. Le président de la Knesset, avec l'approbation du Comité de la Chambre, a également le droit d'inviter un chef d'État, un premier ministre ou le chef d'un parlement étranger à prendre la parole, ainsi que le chef d'une organisation internationale dans laquelle Israël est membre; et ils auront le droit de parler dans leur langue maternelle.

Article 38

Procès-verbaux (amendements nos 109 et 120)


a) Lors des assemblées de la Knesset, il est tenu un procès-verbal qui doit inclure le déroulement de toute la procédure, qu'elle soit orale, qu'elle vienne du podium ou des lieux désignés dans la salle de l'assemblée plénière ou des exclamations, ainsi que les résultats des votes. Les procès-verbaux, ainsi que les résultats détaillés du vote électronique doivent être publiés sur le site Internet de la Knesset.

b)  Une allocution qui n'a pas été prononcée en hébreu, sur la base des dispositions de l'article 22, doit apparaître dans le procès-verbal dans sa traduction hébraïque et, sur la base d'une décision du secrétaire général, elle doit figurer dans le annexes au rapport de la Knesset dans la langue dans laquelle elle a été présentée.

Article 119

Rédaction et consignation du procès-verbal

d) Si des paroles ne sont pas exprimées en hébreu lors d'une réunion d'un comité, elles doivent être consignées dans le procès-verbal dans leur traduction hébraïque et, sur la base d'une décision du secrétaire général de la Knesset, elles doivent figurer dans un annexe au procès-verbal dans la langue dans laquelle elles ont été prononcées.

Il est clair que les documents issus de la Knesset doivent être rédigés en hébreu ou traduits en hébreu, alors que dans des circonstances particulières un texte dans une autre langue (l'arabe n'est pas mentionné) peut figurer en annexe après avoir été traduit en hébreu. Ainsi, les deux langues officielles ne le sont pas au même degré.

3.2 Les langues de la justice

La langue des tribunaux est l’hébreu, mais il est possible d’utiliser l’arabe ou l’anglais. Lorsqu’un témoin ou l’une des parties désire recourir à l’arabe ou à l’anglais, des services de traduction arabe-hébreu ou anglais-hébreu sont prévus. La sentence doit être rendue en hébreu et les procès-verbaux sont rédigés en hébreu. La loi qui régit l'Association israélienne du barreau oblige les avocats israéliens à posséder la connaissance de l'hébreu (mais pas de l'arabe). L’État compte un certain nombre de juges arabophones, notamment dans les tribunaux d’instance inférieure et les tribunaux de districts. Cependant, aucun arabophone (ou aucun non-juif) n’a déjà fait partie de la Cour suprême.

La Loi de procédure pénale (1982) demeure l'une des rares lois à mentionner la langue en matière de justice :

Article 140

Traduction pour le défendeur

S'il est démontré à la cour que le défendeur ne connaît pas l'hébreu, celle-ci doit lui
désigner un traducteur ou agir elle-même comme interprète.

Article 141

Témoignage autre qu'en hébreu

Les témoignages présentés, avec l'autorisation de la cour, autrement qu'en hébreu ou dans une autre langue familière au tribunal et aux parties,
doivent être traduits par un traducteur, et le témoignage donné tel que présenté doit être inscrit au dossier en version hébraïque à moins que la cour en décide autrement. L'inscription de la traduction au dossier constituera une preuve à première vue des faits traduits.

Article 142

Rémunération du traducteur

La rémunération d'un traducteur est payée à même le Trésor public, à moins que le tribunal n'en décide autrement.

Rappelons également l’existence en Israël du droit religieux, qui s’applique uniquement en matière de statut personnel. C’est ainsi qu’il existe des tribunaux rabbiniques, des tribunaux musulmans et des tribunaux druzes, lesquels sont tous reconnus comme des tribunaux d'État. Les tribunaux chrétiens correspondent à des tribunaux de chacune des religions considérées (catholiques, orthodoxes, arméniens, etc.), dont les décisions seront cependant exécutées par l'État. Tous ces tribunaux sont soumis au contrôle de la Cour suprême, par la voie du contrôle de l'«excès de pouvoir». Cette possibilité de révision d'une décision des tribunaux religieux par la Cour suprême a souvent créé des graves conflits, car le rabbinat refuse toute intervention des autorités laïques. Rappelons que, dans les tribunaux religieux, les autorités concernées sont libres d’utiliser la langue de leur choix. Les tribunaux rabbiniques utilisent l’hébreu, parfois le yiddish, les tribunaux musulmans et druzes, l’arabe. Les tribunaux chrétiens ont recours tantôt à l’hébreu tantôt à l’anglais, mais il peut arriver que ce soit le français.

3.3 Les langues de l’éducation

Le système d'enseignement en Israël comprend trois niveaux: l'enseignement primaire (niveaux 1 à 6 : environ 6 à 12 ans), l' école intermédiaire (7e à la 9e année : environ 12 à 15 ans) et l'école secondaire (10e à 12e année : env. 15-18 ans). L'éducation obligatoire a lieu de la maternelle à la douzième année. L'année scolaire commence le 1er septembre et se termine le 30 juin pour les élèves du primaire et le 20 juin pour les collégiens et les lycéens. L'article 3 de la Loi sur les droits des élèves (2000) énonce que chaque enfant et adolescent dans l'État d'Israël a droit à l'éducation:

Article 3

Le droit à l'éducation

Chaque enfant et adolescent dans l'État d'Israël a droit à l'éducation, conformément aux dispositions de la législation.

La Loi sur l'instruction publique (1953) prévoie (elle est encore en vigueur) des systèmes d'éducation indépendants — des établissements laïcs et des établissements religieux — afin de répondre aux besoins distincts des citoyens juifs d'Israël. L’article 2 de la Loi sur l'instruction publique définit les objectifs de l’instruction publique comme inculquant les «valeurs de la culture juive», «l’amour de la patrie et la fidélité à l’État et au peuple juif», ainsi que «l’aspiration à une société basée sur la liberté, l’égalité, la tolérance, l’assistance mutuelle et l’amour du genre humain».

Article 2

Objet de l'éducation de l'État

L'instruction publique a pour objet de créer l'enseignement primaire sur les valeurs de la culture juive et les réalisations de la science, sur l'amour de la patrie et la fidélité à l'État et au peuple juif, sur la pratique du travail agricole et artisanal, sur le chalutzisme (pionnier) et sur la recherche d'une société fondée sur la liberté, l'égalité, la tolérance, l'assistance mutuelle et l'amour du genre humain.

Historiquement, ces objectifs ont conduit à la poursuite de deux stratégies d'instruction inégales et séparées: l’un pour les élèves juifs et un autre pour les élèves arabes. La politique de la langue en éducation a été diffusée par le ministère de l’Éducation dans une circulaire du directeur général datée du 1er juin 1995 et révisée le 15 avril 1996. Le ministère de l’Éducation soutient encore ses politiques d’encouragement exclusif à la culture sioniste et juive, la langue hébraïque et l'histoire du peuple juif. Les secteurs juif et arabe sont conservés, mais ce double système n’implique aucune dualité administrative. Il n’existe donc pas de système autonome pour la minorité arabophone d’Israël.

- Le secteur juif

L'enseignement est entièrement hébraïsé, de la maternelle à l'université. Dans les écoles primaires du secteur juif, l’unique langue d’enseignement demeure l’hébreu. En tant que symbole de l’unité nationale par excellence, l’hébreu est devenu le premier objectif d’apprentissage de l’école. Comme le judaïsme est la religion de l’État, les élèves reçoivent une éducation très rigoureuse en ce qui a trait à leur identité nationale et aux valeurs de la Torah. Afin de devenir des juifs loyaux à Israël, ils doivent apprendre l’Ancien Testament et tous les autres textes religieux comme la Torah, s’initier à la géographie et à l’histoire juive, etc. Un enfant fréquentant une école juive doit apprendre le respects des autres, notamment la responsabilité vis-à-vis la famille et le dévouement envers la communauté et le peuple juif. On laisse entendre que, si les enfants ignorent la beauté de la Torah et du judaïsme, ils sont susceptibles de tomber entre les mains de cultes dangereux et de missionnaires idolâtres.

En ce qui concerne les langues, les enfants juifs doivent apprendre au moins une langue étrangère. L’anglais est une matière facultative en 3e et 4e année, mais devient une matière obligatoire pour tout le reste du programme scolaire, et ce, jusqu’à la fin du secondaire. En principe, l’arabe est obligatoire à partir de la 7e jusqu’à la 10e année, mais les écoles peuvent choisir le français en lieu et place de l’arabe. Ainsi, beaucoup de juifs — environ 50 % — n’ont pas à apprendre l’arabe, l’autre langue officielle. Depuis la rentrée scolaire de 2011, les cours d’arabe sont devenus obligatoires: ils commencent dès la 6e année du primaire. Bref, l'enseignement de l'arabe n'est plus une option, comme c'était le cas auparavant. Parmi les 200 écoles pilotes ou ce nouveau programme d’enseignement de l’arabe sera offert, 42 écoles religieuses ont accepté de mettre en branle ce programme pédagogique. En 2010, l’enseignement de l’arabe était donné dans quelque 600 établissements scolaires juifs israéliens. Cette réforme des programmes de l’enseignement de l’arabe, appelée Ya Salam, prévoit deux heures hebdomadaires d’études arabes et de cours d’éducation civique en langue arabe, et ce, dans le but de familiariser les jeunes Juifs israéliens avec la culture des habitants arabes d’Israël et du Proche-Orient.

En Israël, tout immigrant juif est automatiquement dispensé de l’enseignement en arabe et peut choisir le français ou le russe. Le gouvernement encourage les élèves à apprendre une troisième langue étrangère (après l’anglais et le français); les langues pour lesquelles il existe des programmes sont le russe, l’espagnol, le yiddish (dans les écoles ultra-orthodoxes), le judéo-espagnol, l’allemand et l’amharique.

Selon un sondage mené en 2015 par l’institut Van Leer de Jérusalem, conjointement avec le Centre arabe Dirasat de droit et de sciences politiques, et Sikouil (l’Association pour le progrès de l’égalité civique en Israël), seuls 10 % des Juifs israéliens pouvaient parler ou comprendre un niveau acceptable d’arabe ; seuls 2,6 % étaient capables de lire un journal en arabe, et seul un maigre 1 % de Juifs de l’échantillon se disait apte à lire de la littérature en arabe.

Il existe plusieurs établissements scolaires supérieurs en Israël: l’Université hébraïque de Jérusalem, l’Institut de technologie de Haifa (appelé aussi Technion), l’Université de Tel Aviv, l’Université Bar-Ilan, l’Université Ben-Gurion du Négev, l’Institut Weizmann des sciences et l'Université de Haifa. Le total des inscriptions dépasse les 90 0000 étudiants. En général, l’enseignement est en hébreu, mais une grande partie des cours se donnent en anglais, parfois en français (départements de français, littérature, sciences de l’éducation). Selon les universités, un cours intensif d’hébreu peut être obligatoire pour les étudiants ayant une connaissance insuffisante de cette langue.

L'État d'Israël scolarise près d’un million d’enfants (primaire et secondaire) et dispose d’une cinquantaine d’écoles normales pour former ses enseignants ainsi que de sept universités et instituts de recherches. Israël consacre 2 % de son PNB à la recherche scientifique, ce qui lui permet d'occuper le second rang mondial per capita pour le nombre de publications scientifiques produites dans le pays.

- Le secteur arabe

En principe, les enfants arabophones fréquentent les écoles arabes, mais les parents ne sont pas tenus d’envoyer leurs enfants dans les écoles arabes. S’ils le désirent, ils ont le droit d’envoyer leurs enfants dans les écoles où la langue de l’enseignement est l’hébreu. Dans toutes les écoles primaires arabes, on enseigne l’arabe classique et non l’arabe palestinien. L'enseignement de l’arabe comme langue maternelle en Israël est devenu plus compliqué en raison du problème de la diglossie arabe: les Arabes parlent la variété palestinienne de l’arabe, tandis qu’on enseigne à l’école l’arabe classique. Autrement dit, l’arabe des Palestiniens d’Israël entre en conflit avec non seulement l’hébreu, mais aussi avec l’arabe classique. 

Durant les deux premières années du primaire, la seule langue d’enseignement demeure l’arabe classique. L’élève commence à apprendre l’hébreu en 3e année; cet enseignement de la langue seconde, en raison de trois à cinq heures par semaine, reste obligatoire jusqu’à la fin du secondaire. En règle générale, les professeurs d’hébreu sont des Arabes. Toutes les écoles dans le secteur arabe emploient l’arabe comme leur langue d'enseignement, et l’hébreu comme deuxième langue et l’anglais comme langue étrangère. Étant donné que les arabophones doivent apprendre d’abord l’hébreu et l’anglais, très peu d’entre eux ont l’occasion d’apprendre le français comme langue étrangère.

Dans tous les établissements scolaires, les élèves arabophones reçoivent une formation sommaire sur l'histoire palestinienne, sa géographie, sa littérature, sa culture et ses traditions, le Coran et autres textes islamiques. Cependant, les élèves sont tenus de lire l’Ancien Testament et les autres textes juifs comme la Torah, de même que la poésie et la littérature juives, tandis que les examens portent davantage sur la connaissance du judaïsme que sur leur propre religion. Naturellement, l'étude obligatoire des textes religieux juifs suscitent beaucoup d'hostilité de la part des élèves et des enseignants arabes.

Les responsables des écoles arabes affirment que leurs écoles sont sous-financées par le ministère israélien de l’Éducation, qui a la discrétion absolue sur les affectations de budget aux écoles arabes et juives. Ainsi, le Ministère accorderait substantiellement moins de ressources et de services aux écoles arabes, ce qui aurait pour résultat d’appauvrir ces écoles. Le budget du ministère des Affaires religieuses montre le contraste frappant entre les juifs et les non-juifs, et l’énorme discrimination à l’égard des non-juifs. La Loi sur le budget de 1998 affectait seulement 1,86 % du montant total (soit 430 millions de dollars US) pour les communautés religieuses musulmane, chrétienne et druze, bien que celles-ci comptent pour près de 20 % de la population. Plus que 98 % du budget total est censé soutenir des institutions et des services religieux juifs. Les écoles arabes (musulmanes) manquent en général de programmes éducatifs d'enrichissement, d’une infrastructure adéquate et d’autres services nécessaires. Le gouvernement israélien a reconnu qu'il dépensait plus d’argent par enfant juif que par enfant arabe, mais il n'a jamais changé sa politique discriminatoire. De plus, le nombre des élèves arabes par classe est en moyenne 20 % plus élevé que celui des enfants juifs.

Cette situation engendre des inégalités entre les Juifs et les Arabes dans la mesure où tous les enfants de 6 à 13 ans fréquentent les écoles primaires israéliennes, mais les arabophones abandonnent plus tôt leurs études. Par exemple, 48 % des Arabes ont abandonné leurs études à 17 ans, contre 15 % pour les Juifs. Bref, quelque 80 % des décrocheurs sont des arabophones. Les pourcentages d’Arabes étudiant dans les établissements universitaires varient entre 1 % et 8 %, alors qu’ils devraient être d’environ 20 %. Au ministère de l’Éducation, on ne compte que 80 Arabes dans des postes de fonctionnaires. Cela dit, il n’en demeure pas moins que les arabophones d’Israël demeurent l’une des communautés parmi les plus scolarisées de tout le monde arabe, surtout du fait que les filles doivent fréquenter l’école durant au moins huit ans. En 1978, l’entrée des filles dans les écoles avait provoqué un véritable séisme culturel dans les communautés musulmanes d’Israël. Aujourd’hui, tous les écoles arabophones sont mixtes, même certaines d’entre elles obligent les garçons et les filles à s’asseoir sur des côtés différents dans la classe.

Évidemment, non seulement le ministère israélien de l’Éducation devrait cesser certaines pratiques discriminatoires à l’égard de ses citoyens arabophones, mais le Parlement (la Knesset) devrait être saisi de cette question et modifier les lois en matière d'éducation, de sorte que soit interdite toute pratique discriminatoire en provenance des établissements d’enseignement. Toutefois, dans les circonstances actuelles, c’est probablement rêver en couleurs!

- Les immigrants et les oulpanim

L'État israélien ne ménage pas ses efforts pour promouvoir l'hébreu et aider les immigrants à apprendre cette langue. Le moyen privilégié, c’est l’oulpan, c’est-à-dire l’«école de langue hébraïque» qui dispense en des cours intensifs les bases de l’hébreu parlé et écrit, ainsi que la compréhension, parallèlement aux rudiments de la culture, de l’histoire, de la géographie et de l’instruction civique d’Israël. Cet enseignement a pour objet principal d’aider les nouveaux arrivants à s’intégrer aussi rapidement et aussi aisément que possible dans la vie sociale, culturelle et économique du pays, bref, dans un environnement qui parle l’hébreu. Une session normale dure cinq mois, à raison de 28 heures de cours par semaine. Le nombre des élèves est généralement limité à 20 et les cours comptent trois niveaux: débutant, intermédiaire et avancé. À la fin de leur oulpan, les débutants peuvent espérer maîtriser un vocabulaire d’environ 2000 mots.

Le premier oulpan, l'Etzion, ouvrit ses portes à Jérusalem en 1949. Il en existe aujourd'hui des centaines (au moins 800 oulpanim) dans l'ensemble du pays dispensant des cours à plus de 80 000 élèves et répartis dans près de 350 lieux différents: villes, kibboutzim, usines, hôpitaux, bases militaires, universités, centres communautaires et organismes du gouvernement. Les oulpanim sont gérés par le Département des adultes au ministère israélien de l'Éducation, de la Culture et des Sports. Il existe aujourd’hui des oulpanim spécialisés pour les professionnels, par exemple, pour les médecins, les enseignants ou les comptables, mais également pour les personnes âgées, les malentendants ou les non-voyants, etc.

- Le cas des russophones

L’immigration massive des Juifs de l'ex-Union soviétique en Israël fut un événement positif pour le pays; elle a représenté un défi socio-économique considérable et a contribué au dynamisme de l'économie nationale. La plupart des Juifs russophones sont arrivés avec un fort degré d’instruction. Plus de la moitié a obtenu un diplôme supérieur avant leur fuite de l’Union soviétique. Soixante pour cent avaient suivi plus de 13 ans d’enseignement en arrivant en Israël, contre 24 % pour le reste de la population israélienne. Cette immigration considérable comprenait près de 68 000 ingénieurs, 50 000 enseignants, 40 000 musiciens, 20 000 journalistes, 20 000 chercheurs et 10 000 médecins et dentistes.

Évidemment, l'arrivée d'un million d'immigrants russophones a bouleversé le système d'éducation en Israël. Ainsi, les Russes ont voulu créé leurs propres réseaux parallèles en éducation. Mais les autorités israéliennes ont considéré que les Russes n’avaient pas le droit d’ouvrir leur propres écoles, car il s’agit pas d’une minorité linguistique nationale, mais immigrante, contrairement aux Arabes installés dans le pays. La communauté russe s'est alors organisée pour préserver sa langue et assurer un enseignement de qualité aux jeunes russophones.

Sous la pression de la communauté russophone, le ministère israélien de l’Éducation a introduit le russe comme matière scolaire en 1992. En 1996, un document intitulé «La nouvelle politique linguistique» est venu consacré le droit de chaque communauté à recevoir son instruction dans sa langue. Des écoles maternelles accueillent aujourd'hui les jeunes enfants et leur offre des cours en trois langues: hébreu, russe et anglais. Dans les écoles primaires, l’enseignement se fait d'abord en russe, et au fur et à mesure des années il se poursuit en hébreu. Selon la situation de 2010, la langue russe est étudiée dans environ 150 établissements scolaires en Israël et le nombre d'étudiants de l'enseignement moyen et supérieur s'élève à 7000.

3.4 Les langues de l’Administration

La politique officielle d’hébraïsation fait en sorte que l’hébreu reste massivement la langue de l’Administration publique. La plupart des documents administratifs sont, en principe, publiés en hébreu et en arabe. Les services gouvernementaux sont offerts dans les deux langues, mais il est difficile, voire impossible, à un Arabe unilingue de se faire servir oralement dans sa langue, sauf en Galilée.

Malgré la politique officielle au profit de l’hébreu, chacun des ministères et autres organismes publics a développé ses habitudes particulières et, selon les régions, les besoins, etc., des documents sont fournis en arabe, en russe, en amharique ou en d’autres langues. La langue anglaise a continué à prospérer et elle se propage dans tous les secteurs de la population israélienne. Certains Israéliens affirment même que l’anglais est souvent en concurrence avec l’hébreu et pourrait remettre en question la suprématie de la langue nationale. Dans les faits, l’anglais est vraiment la «seconde langue officielle» de l’État hébreu, bien avant l’arabe. Il suffit de lire un certain nombre de textes législatifs pour s'en rendre compte.

L'article 5 de la Loi sur la nationalité (1952) impose comme condition à la citoyenneté israélienne «une certaine connaissance de la langue hébraïque»:

Article 5

Naturalisation

a) Toute personne majeure, n'étant pas ressortissante d'Israël, peut obtenir la nationalité d'Israël par naturalisation si:

(1) elle réside en Israël, et
(2) elle réside en Israël depuis trois ans, sur les cinq années précédant immédiatement le jour de la présentation de sa demande; et
(3) elle a le droit de résider en Israël en permanence; et
(4) elle s'est établie ou a l'intention de s'installer en Israël; et
(5)
elle a une certaine connaissance de la langue hébraïque; et

La Loi sur les travailleurs étrangers (1991) énonce qu'un employeur doit conclure un contrat de travail écrit avec un travailleur étranger dans une langue comprise par celui-ci, mais doit aussi conserver sur le lieu de travail une copie de ce document avec une traduction correcte en hébreu :

Article 1A

L'employeur ne peut employer un travailleur étranger sans se conformer à toutes les dispositions des articles 1B à 1E.

Article
1C

a) L'employeur doit conclure un contrat de travail écrit avec un travailleur étranger dans une langue comprise par celui-ci et lui en remettre une copie.

Article 1F

a) Quiconque emploie un travailleur étranger doit conserver sur le lieu de travail où celui-ci employé une copie de son contrat de travail et une traduction correcte en hébreu, ainsi que les documents supplémentaires prescrit par le Ministre ;

L'article 143 de la Loi sur les brevets (1967) prescrit la maîtrise de l'hébreu pour s'inscrire au Registre des brevets:

Article 143

a)
Si un individu souhaite s'inscrire au Registre des experts en brevets, il doit subir un examen selon la manière prescrite afin de prouver qu'il a une connaissance appropriée de la Loi sur les brevets, des modèles et des marques déposées d'Israël et des pays étrangers, ainsi que sur d'autres textes législatifs pertinents, tout comme il est prescrit, et
qu'il maîtrise l'hébreu et au moins une autre langue nécessaire pour son travail, tel qu'il est prescrit.

Dans la Loi sur les valeurs mobilières (1968), il est affirmé qu'un fiduciaire doit publier ses certificats d'endettement dans au moins deux quotidiens largement diffusés en hébreu publiés en Israël:

Article 35H

Devoirs du syndic

f) Un avis du fiduciaire aux porteurs des certificats d'endettement peut être émis par sa publication dans au moins deux quotidiens largement diffusés en hébreu publiés en Israël.

Mais dans la Loi sur les sociétés (1999), l'un des rares énoncés du genre précise que, pour une société installée principalement dans le secteur arabe, une décision de liquidation volontaire doit être publiée dans un quotidien publié en arabe:

Article 345T

Liquidation volontaire

b) Outre les dispositions de l'article 321 de l'Ordonnance sur les sociétés, une décision de liquidation volontaire doit être publiée dans les sept jours suivant son adoption dans un quotidien publié en hébreu et à l'égard d'une société qui est principalement menée dans le secteur arabe également dans un quotidien publié en langue arabe; le registraire des dotations peut ordonner à la compagnie de faire connaître la décision par d'autres moyens, s'il l'estime nécessaire dans les circonstances.

Dans certains cas, la loi ne mentionne pas une langue en particulier dans les questions de discrimination. Par exemple, dans la Loi sur les banques (1981), il est interdit à une institution bancaire d'occasionner des préjudices à un client pour un motif de non-connaissance d'une langue:

Article 4

Prévention des préjudices au client dans des circonstances particulières

Une institution bancaire ne doit rien faire
par un acte ou une omission, par écrit, verbalement ou de toute autre manière qui consiste à profiter de l'impuissance d'un client, de sa faiblesse mentale ou physique, de son ignorance,
de sa non-connaissance d'une langue ou de son inexpérience, ou de l'exercice d'une influence indue sur lui, le tout dans le but d'effectuer une transaction de service à des conditions déraisonnables ou de donner ou recevoir une contrepartie déraisonnablement différente de la situation normale.

Il en est ainsi dans la Loi sur la protection du consommateur (1981): 

Article 3

Profiter de l'impuissance du consommateur

Un revendeur ne doit rien faire
par un acte ou une omission, par écrit ou oralement ou de toute autre manière
qui consiste à profiter de l'impuissance d'un client, de sa faiblesse mentale ou physique, de son ignorance, de sa non-connaissance d'une langue ou de son inexpérience, ou de l'exercice d'une influence indue sur lui, le tout dans le but d'effectuer une transaction de service à des conditions déraisonnables ou de donner ou recevoir une contrepartie déraisonnablement différente de la situation normale.

Toutefois, on peut penser qu'il s'agit aussi bien de la non-connaissance de l'hébreu que de l'arabe, ou de toute autre langue.  

Enfin, la Loi sur l'égalité des droits des personnes handicapées (1998) impose l'usage de la langue des signes, sans préciser s'il s'agit de l'hébreu ou de l'arabe, ou même d'une autre langue; la loi précise aussi de recourir à une procédure pour un individu qui souffre d'une déficience intellectuelle ou mentale dans une langue qu'il comprend (sans autre précision):

Article 19A

Définitions

Dans ce chapitre -

"Moyens auxiliaires et services auxiliaires", y compris,

(1) Des interprètes en langue des signes ou des dispositifs adaptés pour les malentendants, y compris le sous-titrage, la signalisation, le sous-titrage en temps réel ou l'usage de dispositifs d'amplification;

(2) De présentateurs, des textes enregistrés ou des dispositifs conçus pour les malvoyants ou les personnes ayant des troubles d'apprentissage, y compris le braille, les lettres en relief ou les caractères imprimés agrandis;

(3) Un tableau de communication ou tout autre dispositif de communication; la prise en charge des procédures, de la formation, de l'orientation et de l'information dans une langue comprise par un individu ayant une déficience intellectuelle ou mentale ou par une personne autiste, avec le personnel disponible;

Compte tenu de la situation politique d'Israël, il convient de souligner l'importance de l'hébreu dans les Forces armées (Tsahal). Le service militaire est obligatoire pendant trois ans pour les hommes et pendant deux ans pour les femmes; on sait qu’en Israël les hommes doivent aussi servir dans l'armée 30 jours par année jusqu'à l'âge de 55 ans. Les Forces armées constituent un lieu de rencontre privilégié où se fondent les juifs de toute origine. Les Arabes, pour leur part, sont généralement exclus du service militaire, sauf pour les druzes. En réalité, ils peuvent rejoindre l’armée en tant que volontaires. Les arabophones ne perçoivent pas les compensations financières liées à la conscription et ne peuvent exercer partout les mêmes droits que les Juifs.

De façon générale, les dirigeants juifs ont su valoriser l'hébreu et en faire une langue de prestige. Les études révèlent que 70 % des immigrants qui arrivent en Israël apprennent l'hébreu parce qu'il leur permet d'accéder au monde du travail. L'État d'Israël a démontré qu'il était possible d'intervenir pour promouvoir une langue que tous les dictionnaires et encyclopédies classaient parmi les langues mortes. Pour y arriver, il a fallu intervenir sur deux plans: le code et le statut. Les responsables juifs de la planification n'ont jamais improvisé: un long travail lexicographique préliminaire a dû être entrepris pendant qu'on élaborait des stratégies pour valoriser et faire apprendre la langue.

3.5 L'affichage public et commercial

L’affichage et la présence dans l’espace public d’une grande variété de langues ne semblent guère constituer un enjeu important dans la société israélienne, que ce soit au point de vue politique ou social. D'ailleurs, il n'existe aucune réglementation particulière en Israël concernant l'emploi de l’hébreu dans le domaine du commerce. Son usage varie énormément selon les les régions et les quartiers des villes, avec comme résultat qu'on peut trouver des messages en hébreu, en anglais, en arabe, voire en russe avec des alphabets hébreu, arabe, latin et cyrillique. Quant aux pouvoirs publics, ils ont tendance à privilégier un affichage trilingue (hébreu, anglais et arabe) sur les routes à grande circulation, dans les lieux touristiques et dans les zones à achalandage international.

En matière d'affichage, bien qu'il n'existe pas de loi ou de règlement à l'échelle nationale, les municipalités peuvent intervenir et réglementer l'affichage public. En principe, les édifices gouvernementaux affichent en hébreu et en arabe, mais plusieurs inscriptions n'apparaissent qu'en hébreu sur les édifices situés dans les villes et les quartiers juifs. Même si les municipalités peuvent adopter des règlements en matière d'affichage, ce ne serait pas là une pratique généralisée. L'usage tend plutôt à établir qu'il n'est pas nécessaire d'utiliser les deux langues officielles en même temps: une seule suffit, le plus souvent l'hébreu. D’ailleurs, la Cour suprême a jugé qu’un règlement municipal exigeant que les avis placés sur les panneaux d’affichage municipaux soient bilingues (hébreu-arabe) n’était pas valide. Aujourd’hui, la langue russe s’affiche également sur les devantures de certains magasins, sur des panneaux administratifs, des kiosques à journaux, etc., ce qui ne fait pas l'affaire des juifs orthodoxes.

En principe, les noms des rues apparaissent dans trois langues: hébreu, arabe et anglais. C'est le seul domaine avec la signalisation routière où il existerait une cohabitation linguistique écrite.

Beaucoup d'Arabes considèrent que leur langue, dans la vie de tous les jours, disparaît de l'usage. Par exemple, dans les gares et les terminus d'autobus de Tel Aviv et de Haïfa, on ne trouverait qu'une seule affiche en arabe: celle qui indique les... toilettes! Il est probable que ce genre de situation soit appelé à disparaître.

La signalisation routière était, jusqu'à récemment, soit en hébreu seulement soit plus généralement bilingue (hébreu-anglais); le bilinguisme hébreux-arabe demeurant plutôt exceptionnel; il se confinait le plus souvent à quelques inscriptions sur les autoroutes ou grandes routes nationales. Le statut de langue officielle de l'arabe était donc, à toutes fins utiles, ignoré dans la signalisation routière.

Cependant, un arrêt de la Cour suprême a obligé l'État d'Israël au bilinguisme arabo-hébreu. Aujourd'hui, la signalisation routière est généralement trilingue (hébreu, arabe et anglais). L'une des particularités en Israël est le panneau STOP représenté parfois par une main, ce qui n'empêche pas de voir aussi des panneaux octogonales «normaux».

Même s'il n'y a pas de législation au sujet de l'affichage commercial, celui-ci est en hébreu dans au moins 90 % des cas à l'échelle du pays. Pourtant, l'hébreu n'est pas écrit en alphabet latin, et cela ne facilite sûrement pas la tâche aux touristes. L'hébreu s'impose comme langue écrite véhiculaire en dehors de toute législation à l'échelle nationale, alors que le bilinguisme hébreu-anglais et l'unilinguisme anglais demeurent peu fréquents.

Quant à l'unilinguisme arabe, qu'il soit public ou commercial, il n'existe que dans les municipalités totalement arabes, surtout celles situées en Galilée (au nord du pays), et dans les quartiers très majoritairement arabes. Et, encore là, il faut que les affiches relèvent de la municipalité, non du gouvernement israélien. Convenons que le présent conflit arabo-israélien ne peut guère contribuer à favoriser un statut égalitariste de la langue arabe dans ce pays.

Aujourd’hui, en plus de l'hébreu, la langue russe s'affiche sur les devantures des magasins, les panneaux administratifs, les kiosques à journaux, les salles de spectacle. Il est fréquent de voir des affiches publiées en quatre langues: hébreu, arabe, anglais et russe, y compris de la part du gouvernement israélien, ce qui implique l'alphabet latin (anglais), l'alphabet hébreu (hébreu), l'alphabet arabe (arabe) et l'alphabet cyrillique (russe). Les affiches commerciales unilingues russes sont de plus en plus courantes. 

Il existe même des affiches dites «sacrilèges» (pour les juifs orthodoxes) qui invitent les clients russophones à des "vodka parties" le vendredi soir, c’est-à-dire après le début du shabbat, ce qui heurtent moralement les juifs plus religieux qui perçoivent souvent les russophones comme des «goyim corrupteurs» (goyim = «non-juif» pour un juif).

N'oublions pas que l'ancienne société soviétique, d'où sont originaires des centaines de milliers de russophones, était farouchement antireligieuse et profondément antisémite. Toute expression d’appartenance religieuse, en l'occurrence l’identité juive, était sévèrement réprimée, surtout à partir des années 1920. À la suite de quelques générations d’athéisme et d’assimilation forcés, les immigrants de l’ex-Union soviétique qui ont trouvé refuge en Israël se sont retrouvés dans un pays profondément religieux où la communauté juive et les vieilles traditions ont une très grande importance.

Dans ces conditions, il n'est guère surprenant que la plupart de ces immigrants ne se sont pas intégrés au sein de cette société. Ils n'appartenaient ni au monde juif ni à la société israélienne. Cependant, si leurs enfants ont mieux réussi à s'intégrer en devenant complètement israéliens et en parlant hébreu, ils ne sont pas nécessairement devenus juifs de religion. Dans la plupart des cas, ils s'intéressent peu à la tradition juive, avec le résultat que, dans l'ensemble, les enfants de cette génération se sentent israéliens, mais pas nécessairement juifs, voire pas du tout. C'est pourquoi les juifs orthodoxes les considèrent comme des goyim qui corrompent la société israélienne. Depuis 2015, plus de 7500 juifs ukrainiens ont effectué leur «alya» à la recherche d’un pays sûr et stable. La plupart parlent l'ukrainien et le russe. Pour les Juifs israéliens, les Ukrainiens sont généralement considérés aussi comme des «russophones». De toute façon, non seulement les Ukrainiens sont bilingues (ukrainien-russe), mais les Israéliens sont incapables de différencier le russe de l'ukrainien.

3.6 La place de l'anglais en Israël

Rappelons que l'anglais a commencé à jour un rôle important dans la région, appelée alors la «Palestine» au moment du Mandat britannique qui s'est étalé de 1920 jusqu'en 1948. L'anglais fut de facto la langue officielle jusqu'à l'Ordonnance sur le droit et l'administration, n° 1, 5708 (1948) qui abrogeait le statut de l'anglais comme langue officielle pour laisser la place à l'hébreu et à l'arabe. Si l'anglais a reculé pendant deux décennies, il a repris du poil de la bête au cours des années 1970. Dès lors, cette langue fut perçue comme bénéfique au point de vue économique et social. La langue anglaise devint un signe d’appartenance socio-économique et quasiment un symbole d'identité du développement économique de la nation israélienne. L'anglais est aussi devenu important pour les immigrants en Israël; ce phénomène se reflète dans le fait que l’anglais fait partie intégrante de la liste des matières indispensables dans le système scolaire israélien. C'est même un moyen pour aider les nouveaux arrivants à s’intégrer et à s’adapter à leur nouveau pays.

Il est même possible de ne parler que l'anglais en Israël, mais un tel locuteur court le risque de vivre des problèmes de communication dans sa vie quotidienne au prix de savants calculs parce que l'hébreu reste la langue officielle du pays. Cela signifie qu'il est possible et probable de se heurter à des fonctionnaires unilingues dans l'administration, notamment au téléphone, dans la rue avec les enfants, dans les services privés de tous genre (électricité, menuiserie, informatique, etc.), etc. Il est donc possible pour une personne retraitée de survivre en anglais à la condition de créer son propre cercle social tout en vivant en marge de la société israélienne.

En somme, l'anglais occupe une place exceptionnelle parmi les nombreuses langues parlées en Israël. Depuis le début du XXe siècle, l'anglais a tracé les traits du paysage linguistique israélien et il ne montre aucun signe de régression. Il bénéficie aussi du soutien indéfectible des anglophones israéliens et est manifestement encouragé par des mesures de l'État et un soutien financier de la part des États-Unis. L'anglais est là pour rester, mais il entraîne forcément une concurrence à l'hébreu.

3.7 L’emploi des langues dans les médias

Nous ne pouvons que constater le fait que les deux langues officielles de l’État d’Israël ne le sont pas au même degré, l’arabe étant subordonné à l’hébreu. L’un des problèmes vient du fait que l’hébreu restera toujours une langue de faible diffusion dans le monde, alors que l’arabe est appelé à devenir une langue de très grande diffusion au même titre que l’anglais. Étant donné que l’État d’Israël est un pays multilingue et que 38 % des Israéliens ont une autre langue maternelle que l’hébreu, il n’est pas toujours facile pour ces derniers de communiquer dans la langue officielle.

- Les médias écrits

En Israël, on compte plus de 25 quotidiens et 400 périodiques de toutes sortes. Avec une population à peine plus nombreuse, certains pays ne disposeraient que d'une dizaine de quotidiens. La société israélienne semble donc hyper-informée. Les quotidiens sont généralement publiés en hébreu, mais plusieurs quotidiens le sont en anglais, et un seul paraît en hébreu simplifié. La plupart des magazines sont publiés en hébreu; les autres sont en «hébreu simplifié», en anglais, en arabe, en français ou dans l’une ou l’autre des langues immigrantes. Le Jerusalem Post publie un hebdomadaire en français. Les journaux arabes sont très peu nombreux et connaissent une faible diffusion. De plus, l’État hébreu limite sévèrement la circulation des journaux étrangers, surtout arabes, à l’intérieur des territoires palestiniens dont il contrôle encore les frontières. Ainsi, les échanges de publications entre la Jordanie et la Cisjordanie sont toujours interdits, en dépit d’un accord jordano-palestinien de février 1999.

Le quotidien le plus influent et le plus respecté est Ha'aretz («le territoire» ou «le pays») tant pour ses reportages que pour ses commentaires; ce journal tente de maintenir une approche non sensationnelle des faits. Cependant, son lectorat semble éclipsé par la presse populaire du Ma'ariv («la prière du soir»), qui bénéficie d'un tirage de 160 000 en semaine et de 270 000 le week-end - et du Yedioth Aharonoth («les dernières nouvelles») avec un tirage de 300 000 et un circulation en fin de semaine de 600 000 exemplaires.

Voici quelques autres titres: Al Anba («les nouvelles»), Globes, Hadashot («les nouvelles), Al Hamishmar («le gardien»), Hamodia («l'informeur»), Hatzofeh («la sentinelle»), Israel Nachrichten («les nouvelles d'Israël»), Al -Itihad («unité»), Le Journal d'Israël, Letzte Nyess («les dernières nouvelles»), Ma'ariv («prière du soir»), Nasha Strana («notre pays»), Ash Shaab («le peuple»), Shearim («les portes»), etc.

- Les médias électroniques

Dès 1965, l'État d'Israël a créé l'Autorité de radiodiffusion (en anglais: Israël Broadcasting Authority) qui fut mise en place sur le modèle de la BBC britannique. L'Autorité de radiodiffusion est le réseau de radiodiffusion d'Israël. Cet organisme est responsable de la radio (Kol Yisrael ) et de la télévision (ITV); il est financé principalement par des droits de licence sur les téléviseurs. Environ 20 % de ses revenus proviennent de la publicité. La loi créant l'Autorité de radiodiffusion a été adoptée par la Knesset le 6 juin 1965. Les émissions de télévision ont commencé le 2 mai 1968.

L'article 3 de la Loi sur l'Autorité de radiodiffusion (1965) prescrit le recours à l'hébreu pour assurer la promotion de la créativité hébraïque et en arabe pour les besoins de la population arabophone :

Article 3

Les fonctions de l'Autorité (modifié le 572920)

L'Autorité maintient les émissions dans le but d'exercer les fonctions suivantes:

b) Promouvoir la créativité hébraïque et israélienne;
c) Maintenir des émissions en langue arabe pour les besoins de la population arabophone et radiodiffuser, dans l'intérêt de la compréhension et de la paix avec les États voisins, les objectifs fondamentaux de l'État;
d) Maintenir des émissions pour les Juifs de la diaspora;

Article 7

Composition de l'assemblée

A. L'Autorité aura une assemblée de trente et un membres nommés par le président de l'État pour:

1. Trente personnalités publiques recommandées par le gouvernement après consultation des organismes représentatifs des auteurs, des enseignants et des artistes en Israël; avec les institutions d'enseignement supérieur et l'Académie de la langue hébraïque;
et avec d'autres organismes publics ayant des affinités avec la radiodiffusion, à condition qu'ils ne comprennent pas plus de quatre fonctionnaires; aux fins du présent paragraphe,


La station de radio Kol Yisrael exploite plusieurs canaux, adaptés à différents publics. Reshet Alef (premier réseau) diffuse des discussions sur des événements culturels et généraux, ainsi que des programmes pour enfants. Reshet Bet (deuxième réseau) fournit des nouvelles et des discussions sur les événements actuels. Reshet Gimmel (troisième réseau) propose de la musique légère. Kol Hamusica joue de la musique classique, Kol Haderech interrompt les rapports de trafic avec la musique, et Reka est désigné pour les nouveaux immigrants et les émissions principalement en russe et en amharique. Quant à la station Kol Zion Lagola, elle est diffusée à l'intention des communautés juives à l'étranger, mais la station Kol Yisrael est diffusée en arabe pour les Arabes israéliens et les auditeurs dans les pays arabes.

L'écoute radiophonique est très élevée en Israël; le gouvernement en profite pour normaliser l'hébreu, diffuser les mots nouveaux, souligner les erreurs linguistiques, etc. La radio constitue pour nombre d'Israéliens un guide linguistique très utile. Plusieurs fois par jour, la radio et la télévision diffusent en «hébreu simplifié» des nouvelles à l'intention des immigrants. Les journalistes diffusent généralement les nouvelles en hébreu et traduisent eux-mêmes les nouvelles en provenance de l’étranger. La radio israélienne diffuse, en raison de trois fois par jour, des émissions en anglais, en français, en russe, en amharique, en espagnol, etc.

En décembre 1999, la Knesset a adopté une loi (Loi sur la défense de la chanson hébraïque; en anglais, Hebrew Song Law) qui imposait au moins 50 % des chansons en hébreu dans les émissions publiques de radio. Cette loi est le résultat d'un projet élaboré par les membres du Parti travailliste visant à promouvoir la langue hébraïque dans le domaine de la musique; pour plusieurs, c’est un autre exemple de la politique israélienne destinée à promouvoir l’hébreu comme instrument de l’identité et de l’unité des Israéliens. En fait, Israël suivait en cela l'exemple de la France, du Canada, de la Belgique, de l'Allemagne de l'Islande et de la Norvège.

L'ITV (la Télévision israélienne), fondée en 1968, exploite deux chaînes. Channel One, sa chaîne principale, diffuse des nouvelles, des productions originales, des émissions et des films pour enfants et divertissements. Une heure et demie d'émissions chaque soir sont consacrées à des émissions en arabe. L'autre chaîne d'ITV, diffusée par satellite, a été créée au début des années 1990.

Au total, il existe près d'une trentaine de chaînes de télévision dans le pays. La plupart son en hébreu, mais la station i24 New diffuse en anglais, en arabe et en français.

Conformément à la législation relative à la diffusion de la télévision (sous-titrage et langue des signes) adopté en 2005 (n° 5765), de nombreuses diffusions sont accompagnées de sous-titres ou du langage des signes destinés aux personnes sourdes et malentendantes. La Loi sur les sous-titrages et le langage des signes comporte des obligations d’accompagnement avec sous-titrage du texte de programmes dans différentes catégories (programmes en direct, programmes des heures de grande audience, programmes pour la jeunesse, etc.) et le nombre de programmes accompagnés augmente conformément aux objectifs fixés par la loi.

En 1966, le ministère de l’Éducation et de la Culture avait créé une télévision éducative diffusant en hébreu. Mais, étant donné la faible diffusion de cette langue dans le monde, la télévision israélienne ne peut produire elle-même toutes ses émissions. Une grande quantité de sa production est donc d’origine étrangère, essentiellement américaine, et offerte aux citoyens en anglais avec des sous-titres hébreux. Or, les nouveaux arrivants — 38 % des Israéliens — ont beaucoup de mal à lire les sous-titres, puisque l’hébreu, une langue consonantique, ne note pas les voyelles. Il faut une bonne connaissance de la langue écrite pour «reconstruire» les mots. Afin d’éviter la «fuite des téléspectateurs» vers des chaînes câblées en langues étrangères, les principales chaînes israéliennes ont décidé de diffuser des émissions en anglais, en français, en russe, etc., avec des sous-titres en anglais, en russe, en amharique, etc.

De plus, afin de contrer la propagande anti-sioniste, le gouvernement a créé dès 1979 une télévision publique en langue arabe. Plusieurs des émissions consacrent une plage horaire quotidienne en arabe (environ 20 heures/semaine); le reste des émissions provient de programmes en hébreu sous-titrés en arabe. Par ailleurs, grâce à des fonds de l’Agence juive, le réseau est complété par un service d’émission surtout en «hébreu simplifié», en anglais, en français et en russe, mais également en yiddish, en judéo-espagnol, en hongrois, en roumain, etc. Les Israéliens peuvent capter par le câble trois chaînes de télévision françaises (France 2, Arte et TV5).

Soulignons aussi que, en quelques années seulement, les russophones d'Israël se sont dotés de moyens permettant d'assurer la survie de leur langue. Il ne se sont pas toujours fondus dans la société israélienne. Souvent, ils forment une communauté soudée autour de leur langue et fiers de leur culture. Ils disposent d'une vingtaine de journaux, dont deux quotidiens tirés chacun à 50 000 exemplaires. Selon des études, ils s'informent presque exclusivement grâce aux médias russes, notamment les télévisions reçues par satellite. Effectivement, des grandes chaînes de télévision russes occupant une place de choix dans les foyers russes d'Israël.

La politique linguistique d'Israël ne correspond pas à une véritable politique de bilinguisme officiel. C'est une politique volontariste d'hébraïsation qui a produit des résultats remarquables. Quant à l’arabe, la «seconde langue officielle» du pays, elle ne bénéficie pas, dans les faits, d'un statut de co-officialité. Il serait même préférable que l'État consente un statut réel défini comme minoritaire plutôt que de proclamer une égalité théorique. Pour beaucoup d'arabophones israéliens, leur langue est quasiment perçue comme une langue étrangère. Pire, elle serait devenue un symbole de primitivité, une sorte de monstre pour le Juif moyen. Il faut dire que l'état de guerre permanent avec les pays voisins de langue arabe ne favorise pas une pleine reconnaissance de l'arabe. Les Juifs d'Israël se sentent minoritaires au sein d'un monde massivement arabophone. Ils se défendent en affirmant leur identité. Au cours des dernières décennies, ils ont gagné quatre guerres contre les Arabes, mais ces victoires n’ont pas permis à Israël de remporter la paix.

En effet, la région demeure l’une des plus importantes poudrières de la planète, car les achats d’armes continuent de s’intensifier et les conflits, de persister. C’est pourquoi, malgré les promesses gouvernementales, il serait surprenant qu’Israël finisse par reconnaître l’Autorité palestinienne comme un État souverain. Tous les gouvernements israéliens semblent avoir raidi leur position à ce sujet et mettent en application la déclaration de l’ancien premier ministre assassiné, Itzhak Rabin: «Les territoires appartiennent à Israël. Les Juifs s’implanteront partout sur notre terre jusqu’au bout de l’horizon.» En somme, si Israël a réussi sa politique d’hébraïsation, il a certainement raté celle de l’arabisation. Et les accords d'Oslo peuvent être considérés comme nuls et non avenus. C'est Ariel Sharon, premier ministre d'Israël du 17 février 2001 au 14 avril 2006, qui déclarait que les accords d'Oslo constituaient «la plus grande catastrophe qui ne soit jamais arrivée à Israël». C'est tout dire!

Dès sa fondation, l'erreur d'Israël fut d'avoir fonctionné en terme d’«État-nation», alors que la structure sociale du pays était manifestement au moins binationale. L’échec était d’autant plus prévisible que cette politique d’uniformisation se réalisait sur une base autocratique, pour ne pas dire théocratique. Dès lors, le recours à la violence était inévitable. De plus, loin d’enrayer les mouvements d’émancipation palestinienne, la mobilisation israélienne ne réussit qu’à les renforcer et les confirmer dans leur volonté de rupture avec cet État-nation dont les arabophones étaient exclus. Il reste trois solutions:

(1) la reconnaissance d'un État binational et la fin de l'État juif ou religieux;
(2) la liquidation pure et simple des Palestiniens (Arabes);
(3) l'imposition d'une solution par la communauté internationale, ce qui supposerait l'accord des Américains.

Parions que, dans l'état actuel des choses, Israël a déjà choisi la seconde solution, bien que ce ne soit pas matériellement possible! Il reste cependant une autre voie encore vraisemblable: la fragmentation de la communauté juive, l'une religieuse, l'autre laïque, les deux vivant côte à côte en se tournant le dos.

Quoi qu'il arrive, l'État d'Israël ne pourra indéfiniment prétendre demeurer à la fois un État démocratique et un État religieux. Il devra un jour choisir entre la religion et la démocratie. C'est la démocratie qui risque d'écoper... au profit de la religion, ce qui serait la plus mauvaise des solutions. Dans toute l'histoire de l'humanité, le mariage entre l'État et la religion a toujours entraîné un cul-de-sac.

En ce qui a trait à la question linguistique, la place de l'arabe dans la législation actuelle est très préjudiciable pour la communauté arabophone. Dans les faits, Israël n'est pas un État bilingue. Il vaudrait mieux le reconnaître, quitte à adopter une loi linguistique reconnaissant à la minorité arabophone des droits particuliers, surtout en matière de justice et d'éducartion, sans oublier des services publics dans cette langue dans les localités où les arabophones sont en nombre suffisant (au moins 20 %). 

Quoi qu'il en soit, l'État d'Israël n'a pas beaucoup d'avenir dans sa forme actuelle, et ce, même s'il s'entête dans une stratégie de force brutale, presque suicidaire. D'insoluble qu'il était, le conflit va devenir ingérable. Il ne resterait qu'une issue presque invraisemblable, surtout depuis l'arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis: un État binational imposé contre la volonté des dirigeants israéliens! La situation actuelle risque de perdurer et le conflit israélo-palestinien est là pour rester.

Dernière mise à jour: 09 juil. 2018
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Israël
 
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Données historiques

 

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La politique linguistique
 

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