[Thailand]
Royaume de Thaïlande

Thaïlande

(Muang Thai)

Capitale: Bangkok
Population: 70 millions (2007)
Langue officielle: thaï (de facto)
Groupe majoritaire: thaï (80 %)
Groupes minoritaires: chinois min, chinois hakka, chinois mandarin, chinois yu, malais, khmer, vietnamien, karène, yao, lisu, lahu, etc.
Système politique: monarchie constitutionnelle
Articles constitutionnels (langue): art. 30 de la Constitution de 1997
Lois linguistiques: Code civil et commercial (1989); Loi sur l'éducation nationale no 2542 (1999).

1 Situation géographique

La Thaïlande est un pays du Sud-Est asiatique, délimité au sud par le golfe du Siam, à l'ouest et au nord par la Birmanie, à l'est par le Laos, au sud-est par le Cambodge et au sud par la Malaysia (voir la carte).  La superficie totale de la Thaïlande est de 513 115 km², soit un taille un peu plus petite que celle de la France (543 998 km²). Bangkok (Krung Thep en thaï) est la capitale et la plus grande ville du pays. Les autres villes importantes sont Chiang Mai, la plus grande ville en Thaïlande nordique, Songkhla sur la péninsule de la Malaysie, et Nakon Si Thammarat, également sur la péninsule malaise.

La Thaïlande est découpée administrativement en 76 provinces:

Les provinces du Nord: Chiang Rai, Kamphaengphet, Lampang, Lamphun, Mae Hong Son, Nakhon, Sawan, Nan, Petchabun, Phayao, Phichit, Phitsanulok, Phrae, Sukhothai, Tak, Uthai Thani, Uttaradit.

Les provinces du Sud: Chumpon, Krabi, Nakhon Si Thammarat, Narathiwat, Pattani, Phang Nga, Phattalung, Phuket, Satun, Songkhla, Ranong, Trang, Surat Thani, Yala.

Les provinces du Nord-Est: Amnat Charoen, Buriram, Chaiyaphum, Kalasin, Khon Kaen, Loei, Maha Sarakham, Mukdahan, Nakhon Phanom, Nakhon Ratchasima, Nongbua Lamphu, Nong Khai, Roi Et, Sakhon Nakhon, Sisaket, Surin, Ubon Ratchathani, Udon Thani, Yasothon.

Les provinces du centre: Ang Thong, Ayutthaya, Bangkok, Chainat, Kanchanaburi, Lopburi, Nakhon Pathom, Nonthaburi, Pathumthani, Prachuap Khiri Khan, Ratchaburi, Petchaburi, Samut Prakan, Samut Sakhon, Samut Songkhram, Saraburi, Singburi, Suphanburi.

Les provinces de l'Est: Chachoengsao, Chanthaburi, Chonburi, Nakhon Nayok, Prachinburi, Rayong, Sakaeo, Trat.

Il s'agit avant tout d'entités administratives dotées d'une certaine autonomie. Mais, contrairement aux provinces canadiennes par exemple, celles de la Thaïlande ne peuvent adopter de lois particulières, le pays restant un État unitaire.

2 Données démolinguistiques

De tous les pays indochinois, sauf le Vietnam (82 millions), la Thaïlande est le pays le plus peuplé avec 70 millions d’habitants (2007). On distingue deux types d’ethnies en Thaïlande: les Thaïs, ceux qui parlent l’une des langues thaïes (famille thaï-kadai), et les non-Thaïs, ceux qui parlent des langues austro-asiatiques, austronésiennes, miao-yao, etc. Par tradition, la graphie française a adopté la graphie thaï, parce qu'il subsiste une aspiration dans cette langue, bien que, en français, celle-ci soit inexistante.

Environ 77 % de la population thaïlandaise vit dans les campagnes, mais les Thaïlandais ne sont pas uniformément répartie sur le territoire; ils se concentrent principalement dans le centre du pays, avec les Thaïs. Pour ce qui est de la religion, les Thaïlandais sont très majoritairement bouddhistes (95 %), puis musulmans (4 %), chrétiens ou hindous (1 %), etc.

2.1 Les Thaïs

La Thaïlande compte de nombreux peuples. On peut en distinguer deux types principaux: d’abord les Thaïs (env. 80 % de la population), des peuples d’origine thaï-kadai, puis les non-Thaïs (env. 20 %). Les Thaïs sont eux-mêmes composés de quatre groupes ethniques et linguistiques: les Thaïs siamois, les Thaïs du Nord-Est ou les Isans (ou Lao-Thaïs), les Thaïs du Nord ou les Muangs et les Thaïs du Sud ou les Pak Tai.

Les Thaïs siamois, qui vivent généralement dans le centre du pays, parlent le siamois (appelé aussi thaï siamois, thaï central ou thaï standard), seraient entre 20 et 25 millions (environ 40 % de la population totale). Ce sont les Thaïs siamois qui dirigent le pays, qui ont défini la norme linguistique et imposé leur variété linguistique à l’ensemble du pays, notamment au gouvernement, en éducation et dans les médias écrits. Le thaï officiel correspond en effet au thaï siamois. Les Thaïs siamois se considèrent comme les «vrais Thaïs».

Les Thaïs du Nord-Est ou Isans (appelés aussi Lao-Thaïs) habitent dans quelque 17 provinces du Nord. On compte entre 15 et 23 millions de locuteurs parlant le thaï du Nord-Est (ou l’isan), soit environ 31 % de la population totale. Quelque 11 % d’entre eux sont bilingues et parlent le thaï du Nord-Est et le thaï siamois.

Les Thaïs du Nord, les Muangs (appelés également Yuans), sont concentrés dans les zones montagneuses du Nord. Au nombre de six millions (10 %), ils parlent le thaï du Nord ou muang, mais 9,5 % d’entre eux connaissent aussi la langue officielle.

Enfin, on compte cinq millions (8,3 % de la population) de Thaïs du Sud, appelés aussi les Pak Tai, disséminés dans les 14 provinces du Sud. On estime que 81 % d’entre eux s’expriment généralement en thaï du Sud, 8,5 % en thaï central et 10,5 % sont résolument bilingues. 

Parmi les Thaïs, on distingue parfois les Thaïs musulmans (1 %), qui dont la langue maternelle est le thaï central. On peut consulter le tableau ci-dessous pour un résumé de principaux groupes ethnolinguistiques. 

Principaux groupes ethnolinguistiques

 

Groupes

Région principale

%

Groupes de langues thaï    83,0   
  Siamois Centre  40,0  
  Isans (ou Lao-Thaïs) Nord-Est  31,0  
  Muangs (ou Yuans) Nord  10,0  
  Thaïs du Sud ( ou Pak Tai) Sud  4,0
  Thaïs musulmans Centre et Sud  1,0
  Autres groupes thaïs (Shan, etc.) Centre et Ouest montagneux  2,0
Sino-Thaïs et Chinois Régions urbaines (surtout Bangkok)    10,0   
Groupes  austro-asiatiques        2,2    
  Khmers Est frontalier  1,5
  Môns Centre  0,2
  Kuis  Nord-Est  0,4
  Autres (Lahus, Lawas, etc.) Nord montagneux  0,1
Austronésiens (Malais)  Sud frontalier     3,0   
Groupes «montagnards»      1,0   
  Karens (tibéto-birman) Nord et Ouest montagneux  0,6
  Hmongs et Yaos Nord montagneux  0,2
  Autres (Akhas, etc.) Nord montagneux  0,2
Groupes immigrants       0,3   
  Vietnamiens Régions urbaines et Nord-Est  0,2
  Indiens et autres Régions urbaines  0,1
Total en %   100,0   

2.2 La langue thaïe

Les Thaïs parlent l’une des nombreuses variétés de thaï. L’intercompréhension demeure difficile entre les quatre langues thaïes, mais pas impossible. La langue officielle, répétons-le, est le thaï siamois, anciennement appelée le siamois.  Le thaï appartient à la famille thaï-kadai.

Le thaï est non seulement parlé en Thaïlande, mais aussi au Laos (dont la langue, le lao, est très proche parente du thaï, avec une écriture presque identique et une intercompréhension facile), en Chine (où la principale langue thaï, le zhuang, est parlée par 15 millions de personnes dans les provinces du Guangxi et du Yunnan) et en Birmanie (où tout l'État shan à l'est du pays est de langue thaïe). On considère que le lao du Laos est une variante dialectale du thaï. Le thaï et le lao s'écrivent tous deux avec un alphabet dérivé de l'alphabet khmer, lui-même tiré des langues de l'Inde. Quant au zhuang parlé en Chine, il s’écrit en idéogrammes chinois et l’intercompréhension avec le thaï est pratiquement impossible. Les autres langues du groupe thaï ne s'écrivent pratiquement pas.

Le thaï (siamois) est réputé difficile en raison notamment de son système tonal — quatre tons: haut, bas, montant, descendant et normal (le cinquième) —, ses neuf voyelles de bases qui peuvent être courtes ou longues, ses 44 consonnes, etc. Il s’écrit, rappelons-le, avec un alphabet dérivé de l'alphabet khmer, tiré des langues de l'Inde. 

Précisons aussi qu’il existe un alphabet pour les consonnes (au nombre de 44, dont deux sont désormais hors d'usage) et un alphabet pour les voyelles (subdivisé en voyelles simples et voyelles composées, pour un total de 32). 

Une autre des particularités de l'écriture thaï est de ne pas séparer les mots d’une phrase. Comme il n'existe pas de ponctuation, on a recours à un espacement pour marquer une division dans un texte.

 En alphabet thaï: «Rien ne sèche plus rapidement qu'une larme.»

La grammaire et la phonétique du thaï sont très proches du chinois, qu'il s'agisse, par exemple, du rôle des tons, de l'emploi du verbe ou des nombreux numératifs. Tous les mots sont invariables: il n’existe pas de féminin, ni de pluriel ni de conjugaison. De plus, la notion de minuscule-majuscule est inexistante en thaï. 

Enfin, soulignons aussi que, comme dans plusieurs langues asiatiques (notamment en khmer, en vietnamien, en lao, etc.), le thaï exprime d’une manière très précise les nuances relatives à la politesse: par exemple, les pronoms et parfois le vocabulaire varient selon l'âge, le sexe, la fonction sociale de l'interlocuteur, et le respect qu'on lui porte.

Ajoutons que, depuis le XVIIe siècle, la Thaïlande utilise une «langue de cour», une variété de thaï appelée phasa ratchasap, mais le roi actuel, Bhumibol Adulyadej (Rama IX, 1946- ), a toujours encouragé l'emploi du thaïs central (siamois). Parallèlement, le pali, une langue religieuse encore employée, est graduellement remplacée par le thaï central dans beaucoup de cérémonies officielles et de textes sacrés.

2.3 Les minorités non thaïes

La Thaïlande compte aussi de nombreuses minorités ethniques non thaïes (une soixantaine), qui vivent pour la plupart à la périphérie du pays (sauf les Chinois au nord-est), surtout dans le Nord, le Sud-Est et le Sud (voir la carte ethnique). La plus importante de ces minorités est la minorité chinoise (plus de 10 % de la population du pays). Parfaitement intégrée à la culture thaïe — beaucoup de Chinois ont le thaï comme langue maternelle —, elle demeure très influente dans les commerces urbains et les financiers; cette communauté contrôle le commerce de l'alcool, de l'opium, de la loterie et des jeux. Suivent les minorités austro-asiatiques, telles que les Khmers (1,5 %) près de la frontière cambodgienne, les Môns (0,2 %), les Kui (0,4 %), etc., auxquels on ajoute les Malais dans le Sud, une minorité austronésienne. Pour leur part, les Vietnamiens (50 000), également d’origine austro-asiatique, sont des immigrants établis dans le nord-est du pays.

Citons aussi les peuples dits «montagnards» (appelés aussi «tribus montagnardes» ou «peuples des collines»), une vingtaine d’ethnies concentrées dans les provinces du Nord et du Nord-Ouest. Ce sont en majorité des peuples d'origine semi-nomade venus du Tibet, de la Birmanie, de la Chine ou du Laos au cours des derniers siècles. On dénombre parmi eux les Lisus (25 000), les Hmongs (100 000), les Yaos (20 000), les Miens (36 000), les Lahus (60 000), les Akhas (40 000), les Karènes (285 000), les Lawas (10 000), les H’tins, les Kayans, etc. En raison de leur isolement, très peu de «montagnards» parlent le thaï, la plupart étant restés analphabètes (environ 90 %). Ces peuples, qui compteraient entre 650 000 et 800 000 individus, selon l'Institut des études ethniques de Chiang Mai, parlent en général des langues sino-tibétaines (tibéto-birmanes) et hmong-mien (miao-yao). Le niveau de vie de ces peuples est l'un des plus bas de toute la Thaïlande. Ces peuples sont aussi menacés d'assimilation et d'extinction.

3  Données historiques

Les fouilles menées dans plusieurs sites archéologiques en la Thaïlande ont révélé la présence de civilisations préhistoriques datant de 10 000 à 2000 ans avant notre ère. Dès le début du Ier siècle, des royaumes môn-khmères se formèrent et occupèrent certaines régions de l’Asie su Sud-Est. Les Khmers finirent par contrôler toute la région. Vers le milieu du XIIIe siècle, sous la pression des conquérants mongols qui contrôlaient la Chine, les Thaïs quittèrent les hautes vallées du Yunnan chinois et s’installèrent en Asie du Sud-Est où ils prospérèrent en marge des deux principautés môn-khmères qui asservirent l'actuel territoire thaïlandais. Ce sont les Khmers qui appelèrent Syams (signifiant «basanés») les premiers émigrants thaïs venus de Chine.

3.1 Le royaume de Siam

À la fin du XIIe siècle, les Thaïs s'affranchirent de la souveraineté khmère et prospérèrent sous l'autorité de Rama le Fort: ils fondèrent un État thaï — le royaume de Siam — face à l'Empire malais. La société thaïe fut alors organisée en nation: le Siam. Aux Mongols, les Thaïs avaient emprunté l’organisation administrative et sociale; aux Khmers, la religion, le bouddhisme singhalais, et l'écriture cursive. Ce fut l’ère de Sukhothai (1220-1349), puis celle d'Ayuthya (1350-1767); les rois d'Ayuthya (alors la capitale) adoptèrent les coutumes cambodgiennes et établirent des lois basées sur la tradition hindoue. À son apogée, le royaume de Siam contrôla non seulement toute la Thaïlande actuelle, mais aussi des territoires qui se trouvent aujourd'hui en Birmanie, et il fut l'un des États les plus puissants d'Asie du Sud-Est. Mais les rois d'Ayuthya régnèrent au prix de nombreuses guerres aux résultats assez inégaux avec les pays voisins, notamment la Birmanie et le Cambodge. Ainsi, en 1563, Ayuthya, la capitale du royaume de Siam, fut conquise par les Birmans (1563), qui y imposèrent leur tutelle pendant quinze ans et anéantirent ainsi une grande partie de l’héritage culturel des Thaïs.

Dès le XVIe siècle, le Siam (ancien nom de la Thaïlande) fut visité par les Européens, d’abord les Portugais, puis les Hollandais et les Anglais. Le pays dut résister aux visées tant portugaises, que hollandaises et anglaises. Le roi Phra Narai (1657-1688) sollicita l'alliance de la France. En 1687, une escadre de six navires français se rendit à Bangkok pour fortifier la ville, mais la France échoua dans sa tentative d’implantation, la mort de Phra Narai faisant en sorte que les troupes de Louis XIV se replièrent sur les Indes françaises. Les linguistes thaïlandais affirment que le règne de Phra Narai constitue le moment marquant de la langue thaïe (ou siamois). C’est à cette époque que la variété du thaï central (ou siamois) devint la langue véhiculaire employée par les fonctionnaires, les universitaires, les affaires commerciales, etc. Le thaï siamois servit alors de norme à partir de laquelle toutes les autres variétés de thaï furent comparées. C’est au cours des XVIe et XVIIe siècles que des missionnaires espagnols et portugais introduisirent le christianisme au Siam. Leur succès fut modeste, car la communauté chrétienne de la Thaïlande demeura toujours peu nombreuse. À la fin du XXe siècle, on ne comptait qu’environ 260 000 catholiques dans le pays, soit proportionnellement l’une des communautés chrétiennes parmi les plus petites d’Asie.

Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, le Siam dut faire face aux armées vietnamiennes et birmanes. En 1758, la Birmanie attaqua la ville d'Ayuthya qui fut rasée en avril 1767. Des milliers d’habitants furent déportés en Birmanie tandis que les survivants se retirèrent vers le sud. Mais le royaume de Siam fut libéré et reconstitué par le général Phya Tak (ou Taksin) qui se fit proclamer roi. Tirant profit de l'affaiblissement des Vietnamiens, il annexa le royaume laotien de Vientiane et renforça ses positions au Cambodge. En 1782, Phya Tak fut exécuté après avoir été détrôné par le général Chakri. Par la suite, Rama Ier (1782-1809) imposa une nouvelle dynastie et fonda Bangkok comme capitale. Le bouddhisme resta la religion d’État.

Au XIXe siècle, le Siam s’ouvrit à l’influence européenne et adopta l’économie de marché et les techniques modernes. Menacé par les ambitions colonialistes britanniques et françaises, le pays perdit des territoires au Laos, au Cambodge et en Malaisie. Tandis que le Vietnam (Tonkin, Annam et Cochinchine) devint un protectorat français, le royaume de Siam conserva son indépendance, grâce surtout à l'action de Rama V (1868-1910), qui sut habilement tirer profit de la rivalité entre les puissances coloniales, même au prix de la reconnaissance des protectorats français sur le Cambodge et le Laos (1867), puis anglais sur le sultanat malais (1874). Le roi encouragea l'immigration chinoise et fit appel à l'expertise occidentale pour réorganiser l'administration et construire un réseau de chemin de fer. En fait, la Thaïlande resta le seul pays de l'Asie du Sud-Est à n’avoir pas été colonisé. En effet, tandis que la Birmanie était resté la chasse gardée des Britanniques, le Vietnam, le Cambodge et le Laos étaient tombés sous la domination française.

Entre 1896 et 1898, le gouvernement thaïlandais créait un ministère de la Foresterie royale et décréta que tout territoire «inoccupé» appartenait à la couronne. Or, les territoires «inoccupés» dans le Nord étaient en fait habités par les diverses ethnies montagnardes qui, dans certains cas, habitaient là depuis de nombreuses générations.

3.2 La Thaïlande

En 1932, un coup d’État fomenté par des cadres militaires et administratifs instaura un régime de monarchie constitutionnelle et parlementaire, en lieu et place de la monarchie absolue. Durant plusieurs années, le pays fut dominée par les forces armées. En 1938, Phibun Songkram, chef du gouvernement, donna au pays le nom de Thaïlande, dont la traduction en thaï siamois signifie «terre des hommes libres», expliquant ainsi la fierté de ce peuple de n’avoir jamais été colonisé. Le Japon devint le principal fournisseur du royaume; des traités d'amitié (1940) et d'alliance (1941) furent signés entre les deux pays, mais l'expansionnisme sino-soviétique et la décolonisation de l'Indochine permirent à la Thaïlande de faire oublier ses alliances avec le Japon. Le 15 décembre 1946, la Thaïlande fut admise à siéger à l'Organisation des Nations unies (ONU), devenant ainsi son 55e membre. Dès 1962, les Américains obtinrent le droit de stationner des troupes sur le sol thaïlandais et d’y ouvrir des bases militaires. En 1969, on comptait quelque 49 000 soldats américains en Thaïlande, dont 36 000 dans l’aviation, 10 000 dans l’armée de terre et près de 1000 conseillers militaires. À partir de cette époque, la langue thaïe fut considérablement influencée par l’anglais américain, surtout dans le domaine des sciences et de la technologie, mais aussi dans le commerce et les affaires.

La ville de Bangkok s’occidentalisa. On y construisit des hôtels internationaux, de grands centres commerciaux, sans oublier que les activités liées au tourisme sexuel, avec l’arrivée des bars de nuit, des discothèques et des salons de massage. Si les premiers clients étaient des soldats américains en permission, c’est une clientèle internationale qui, à partir des années 1970, les remplaça grâce au développement du tourisme de masse. Pour répondre de plus en plus à la demande, l’usage de la langue anglaise se développa considérablement. Afin d’attirer les clients étrangers, il n’est plus rare de voir de nos jours des publicités rédigées dans cette langue dans les rues de Bangkok et de Pattaya.

Sur le plan de la politique intérieure, jusqu’en 1973, les coups d’État se succédèrent les uns aux autres, mais ne changèrent pas la nature du régime politique figé dans l’immobilisme. Néanmoins, le pays connut de profondes mutations socio-économiques qui se traduisirent par l'apparition d'un prolétariat urbain et rural. En 1979, la Thaïlande dut faire face à l’afflux de milliers de réfugiés en provenance du Cambodge et du Laos ainsi qu’aux velléités militaires vietnamiennes sur sa frontière. Durant une dizaine d'années, la Thaïlande dut déployer une intense activité diplomatique visant à faire reculer le Vietnam.

Les coups d’État continuèrent et, en 1992, le roi intervint pour imposer un gouvernement plus respectueux de la démocratie. La Thaïlande a rejoint en 1993 la zone asiatique de libre-échange de l’ANSEAN (Association des Nations du Sud-Est Asiatique). En 1995, Chuan Leekpai, chef du Parti démocrate, prit la tête du gouvernement. Premier ministre jusqu’en 1995, il revint au pouvoir en 1997 lors de l’effondrement économique du pays. Avec la nouvelle Constitution de 1997, la Thaïlande semble avoir définitivement rompu avec l'instabilité politique au profit d'un cadre institutionnel qui répond davantage aux exigences du jeu démocratique. En mars 2000, le pays fit un nouveau pas sur le chemin de la démocratisation, grâce à l'élection, pour la première fois de leur histoire, des 200 membres du Sénat, jusqu'alors nommés par le chef du gouvernement. Ce scrutin déboucha aussi sur l'entrée au Sénat de militants des droits de l'homme et des droits sociaux, d'universitaires et d’autres candidats indépendants.

4  Les droits constitutionnels

Le thaï n’a jamais été déclaré la langue officielle du pays, et ce, dans aucune des 16 constitutions qu’a connues la Thaïlande. Il n’y a jamais eu en effet de disposition linguistique reliée à une officialisation quelconque du thaï. Cependant, dans la Constitution du 27 septembre 1997, l’article 30 traite partiellement de la langue en tant qu'objet de non-discrimination:

Article 30

Tous les citoyens sont égaux devant la loi et jouissent de la même protection en application de la loi. Les hommes et les femmes ont les mêmes droits.

Tout acte discriminatoire perpétré injustement à l’égard d’une personne pour des raisons d’origine, de race, de langue, de sexe, d’âge, de condition physique, d’état de santé, de situation personnelle, économique ou sociale, de confession, d’éducation ou d’opinion politique autorisée par la Constitution est interdit.

Les mesures adoptées par l’État pour éliminer les obstacles qui empêchent certaines personnes de faire usage de leurs droits et libertés à l’égal des autres ou pour encourager ces personnes à le faire ne doivent pas être considérées comme constituant un acte discriminatoire injuste au sens qu’en donne le troisième paragraphe.

Cet important article garantit plusieurs droits fondamentaux, dont celui de l’égalité entre tous les citoyens, y compris dans le domaine linguistique. Dans un pays comptant une soixantaine d’ethnies, cette disposition s’avère importante. Il s’agit là d’une initiative positive en vue de protéger les droits humains dans un contexte où les coups d’État ont constitué historiquement plus souvent la norme que l’exception.

Pourtant, la Constitution de 1997 autorise toujours le recours à la peine de mort. Par exemple, la peine de mort est régulièrement prononcée en Thaïlande, généralement pour les cas de meurtre, de viol et de trafic d’héroïne. Les exécutions se déroulent ordinairement en secret et sans avertissement préalable.

D’autres droits fondamentaux garantis par la Constitution thaïlandaise, tels que celui de ne pas être soumis à la torture ni à aucune autre forme de mauvais traitements, sont désormais protégés par la législation, mais dans les faits ces droits sont fréquemment bafoués. Il arrive ainsi que la police torture des suspects de droit commun et fasse un usage abusif de la force pour disperser des manifestations publiques. On passera sous silence les conditions pénibles de détention, qui règnent dans les établissements pénitentiaires du pays, sans compter la surpopulation carcérale et la négligence médicale.

5 La politique linguistique

On ne risque pas de se tromper lorsqu’on affirme que la Thaïlande n’a pas de politique linguistique autre que la non-intervention en matière législative. Dans la pratique, les autorités thaïlandaises (siamoises) se sont révélées très centralisatrices, voire intégratrices, pour ne pas dire assimilatrices. En effet, toutes les pratiques administratives ne favorisent que le «vrai thaï», le siamois, et ignorent totalement les autres langues thaïes et, à plus forte raison, les langues non thaïes. On peut donc parler d’une politique linguistique d’assimilation.

5.1 La langue du gouvernement

Seul le thaï siamois est reconnu et utilisé au Parlement et dans les cours de justice. Dans les cas de force majeure, des interprètes sont à la disposition de la cour pour les citoyens et les étrangers qui ignorent la langue officielle. Sauf dans des cas exceptionnels (à l’oral), les fonctionnaires ne s’expriment qu’en thaï siamois et les documents administratifs ne sont rédigés qu’en cette langue. Autrement dit, la langue des services gouvernementaux est le thaï central et parfois... l’anglais avec les étrangers.

Pour ce qui est des minorités ethniques de la Thaïlande, elle ne sont guère reconnues. Beaucoup de leurs membres sont des réfugiés du Laos, du Vietnam ou de la Birmanie et, en ce cas, ils ne bénéficient pas de la citoyenneté et de droits particuliers, surtout pas en matière de langue. Pour ceux qui habitent dans les montagnes, les peuples dits «montagnards», la situation paraît à peine plus enviable. En effet, les fonctionnaires ne peuvent même pas déterminer avec une certaine précision le nombre de ces individus. On estime que seulement la moitié d’entre eux seraient inscrits sur les registres officiels du gouvernement. Or, l’absence de la citoyenneté réduit forcément l’accès à l’éducation et aux soins médicaux. Considérés comme des non-citoyens, ils ne participent pas davantage à la vie politique. Ils ne peuvent posséder des terres, ne sont pas soumis aux lois du travail, et leurs dirigeants sont devenus de simples représentants du gouvernement réduits à communiquer les directives de celui-ci à leurs communautés. 

Par ailleurs, la présence des représentants de l’État (fonctionnaires) généralement au comportement autoritaire et souvent injuste provoque le mécontentement chez les communautés minoritaires, lesquelles se sentent exploitées et écartées de tout développement. Dans ces conditions, on ne peut pas s’attendre à des services dans les langues de ces populations.

5.2 La langue des tribunaux

En matière de justice, le thaï est la langue obligatoire de la procédure. Dans certains cas, la Cour peut admettre des documents en anglais («une autre langue»), si toutes les parties les acceptent: 

Civil and Commercial Code (1989)

Section 14

Whenever a document is executed in two versions, one in the Thai language, the other in another language, and there are discrepancies between the two versions, and it cannot be ascertained which version was intented to govern, the document executed in the Thai language shall govern.

Code civil et commercial (1989)

Article 14

Lorsqu'un document est rédigé en deux versions, l'un en thaï, l'autre dans une autre langue, et qu'il existe des différences entre les deux versions, et qu'il ne peut être établie quelle version peut prévaloir, le document rédigé en thaï doit prévaloir.

L'anglais est permis dans le cas de litiges internationaux, sans traduction. Tous les documents rédigés en d'autres langues doivent être traduits en thaï. Cependant, dans les procès ordinaires dans lesquels des membres des minorités ethniques sont représentés, il est toujours possible de recourir à la traduction, surtout lorsque le témoin ou l'accusé ne comprend pas la langue de la cour, le thaï. 

5.3 La langue de l’éducation

En ce qui a trait aux écoles, la seule langue d’enseignement des écoles publiques demeure le thaï siamois aux 12 millions d’élèves et étudiants thaïlandais. La Loi sur l'éducation nationale no 2542 de 1999 réaffirme le droit de tous les citoyens thaïlandais à une instruction gratuite et une formation de qualité, pour une durée de douze ans; elle précise aussi que des efforts particuliers doivent être envisagés afin de favoriser l’éducation des enfants ayant des besoins particuliers. La Loi sur l'éducation nationale prévoit des matières obligatoires : la langue thaïe, les mathématiques, les sciences, les études sociales, la religion et la culture, l'éducation physique et la santé, les arts, l'anglais langue étrangère. Cette loi ne mentionne que deux langues: le thaï, la langue officielle, et l'anglais, comme langue étrangère obligatoire; mais la loi mentionne occasionnellement, comme autres langues étrangères facultatives, le chinois et le malais. De plus, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement est encouragée.

La Thaïlande compte une administration nationale complétée par un réseau d'administrations locales autonomes. À partir des années quatre-vingts, les administrations locales se sont mises à revendiquer davantage de pouvoirs et une plus grande prise en compte des particularités locales. La Thaïlande a adopté en 2000 une loi relative à la décentralisation, qui précise les modalités de cette décentralisation. Les transferts de compétences doivent se faire selon trois principes : l'autonomie, la délimitation claire des compétences et l'efficacité. En ce qui a trait aux questions scolaires, chaque établissement d'enseignement est libre de fournir l’un ou les trois types d’enseignement (formel, non-formel et informel). Le ministère de l'Éducation élabore les programmes pour les matières principales obligatoires de l’enseignement de base, ce qui représente près des trois quarts de tout l'enseignement. Pour ce qui reste, les établissements d'enseignement sont libres de définir un programme particulier correspondant à des besoins de la communauté locale.

Le taux d'alphabétisation du pays, proche de 90 % au primaire, est le plus élevé de l'Asie du Sud-Est, bien qu'il demeure relativement bas au secondaire (28 %).

En ce qui a trait aux minorités linguistiques, les autres langues thaïes et les langues non thaïes ne sont pas reconnues dans le système d’éducation thaïlandais, elles restent des «langues parlées à la maison». Dans le passé, les autorités thaïlandaises ont toujours exercé beaucoup de pression sur les Thaïlandais non thaïs pour qu’ils abandonnent «leurs dialectes» et utiliser la «langue de la culture moderne», le thaï central.

Présentement, la situation des minorités ethniques en éducation n’est guère enviable, surtout chez les peuples montagnards et les réfugiés. En général, le taux d’analphabétisme se situe autour de 88 % (moins de 10 % pour les non-Thaïs) et, par voie de conséquence, la connaissance du thaï standard chez ces populations demeure assez basse. En raison de leur isolement, l’instruction primaire n’est pas dispensée à toutes ces communautés; la moitié des villages des montagnes n’ont même pas d’écoles. Lorsque des enfants réussissent à fréquenter une école secondaire, ils ne trouvent pas d’emploi au sein de leur communauté. Certains spécialistes commencent à croire qu’il serait préférable d’alphabétiser les enfants des minorités ethniques dans leur langue de façon à favoriser un meilleur accès à l’école primaire.

La Thaïlande compte plusieurs universités, les plus importantes restant l'université de Chulalongkorn située à Bangkok et l'université de Chiang Maï dans le nord du pays. L’Institut de technologie asiatique est également implanté à Bangkok depuis 1959. Toutes les universités du pays enseignent en thaï, parfois en anglais.

L’un des problèmes importants dans le système d'éducation thaïlandais réside dans l’absence de prestige des enseignants. En général, les professeurs ne sont pas très reconnus ni respectés. L'enseignement en Thaïlande semble une profession peu enviable qu’on choisit par défaut, c’est-à-dire quand on ne peut faire autrement. Cette situation semble due au fait que les salaires des enseignants reste très bas et que ces derniers sont sous-payés. Ainsi, une grande partie des enseignants est obligée de se livrer à d’autres occupations afin de boucler les fins de mois. Enfin, la formation des enseignants paraît inadéquate, ce qui entraîne des conséquences désastreuses dans la qualité des étudiants inscrits dans certaines facultés universitaires.

L’anglais est une langue seconde obligatoire et il est enseigné dans la plupart des écoles secondaires du pays. Cela dit, l’apprentissage de l’anglais comporte de graves lacunes, car dans les faits, il est très difficile, par exemple pour un étranger, de trouver en dehors des sites touristiques des gens sachant parler l’anglais; il faut dire que seulement 28 % des Thaïlandais atteignent le niveau secondaire où l'on enseigne obligatoirement l'anglais comme langue seconde.

Les autres langues étrangères enseignées sont le français, le chinois, le japonais et l’allemand. Pour ce qui est du français, il demeure la première des langues secondes enseignées et bénéficie d'une bonne implantation dans le système éducatif thaï, puisque près de 300 écoles secondaires et une quinzaine d'universités, publiques et privées, en assurent la diffusion (pour environ 45 000 étudiants). Le français jouit d’un prestige certain à la cour, puisque ce fut la langue dans laquelle l’actuel roi de la Thaïlande, Bhumidol Adulyadej, par ailleurs très vénéré dans son pays, fit ses études supérieures au moment où il poursuivait sa formation universitaire en Suisse romande (Lausanne). 

5.4 Les médias

En Thaïlande, la plupart des médias écrits et électroniques sont diffusés en thaï siamois. Pour ce qui est des minorités, on repassera, car il n'y a rien qui leur soit destiné.

Pour ce qui est des médias écrits, presque tous les journaux paraissent en thaï, même lorsqu’ils ont des raisons sociales anglaises: p. ex.Krungthep Turakij, Thaï Rath, Daily News, Dao Siam, Daily Mirror, Kwanruen Magazine, Nation Weekender Magazine, Siam Business Newspaper, Thairath Daily, Thansettakij Newspaper, Thai News, etc. On compte aussi quelques journaux en chinois (Sin Sian Yit, Sirinakorn, Kuang Hua Pao, Chia Pao) et en anglais (The Bangkok Post, The Nation). 

Il existe également des magazines en anglais (Bangkok Metro, Business Day, Chiang Mai News, etc.), en français (Le Gavroche, L'Écho francophone du Siam, L’Alizé), en allemand (Der Farang, Phuket aktuell, Thai Rath, Thailand aktuell), en japonais (Bangkok Shuho), etc.

La Thaïlande compte également plus de 400 stations de radio en langue thaïe. Quelques-unes d’entre elles diffusent de courts bulletins d’information en anglais. Les stations de radio sont attribués à des organismes gouvernementaux, et la plupart appartiennent aux militaires (armée de terre, armée de l’air, marine et police). Elles sont dans l’obligation de diffuser plusieurs fois par jour les bulletins d’informations préparés par le Département des relations publiques (le «Public Relations Department»). Radio-Thaïlande diffuse des émissions d’information dans les langues officielles des Nations unies (anglais, français, chinois mandarin, russe et espagnol) et dans les langues des pays du Sud-Est asiatique (khmer, birman, lao, vietnamien, malais, etc.). Sur ondes courtes, il est possible de recevoir des émissions en anglais (The BBC World Service, Radio Japan, Radio New Zealand, Singapore Broadcasting Company et Voice of America), en français (Radio-France International), en allemand (Dentsche Welle), etc., berf, une douzaine de langues.

Quant à la télévision, elle compte neuf chaînes, toutes en langue thaïe, à savoir le Canal 2, le Canal 3, le Canal 5, le Canal 7, le Canal 8, le Canal 9, le Canal 10, le Canal 11 et le Canal 12. Le Canal 9 est la seule chaîne reçue dans tout le pays; le Canal 3 est une station privée, les canaux 5 et 7 sont possédés par les militaires, et le canal 11 est sous la responsabilité du ministère de l'Éducation. Les chaîne 3, 7 et 9 diffusent quelques courtes émissions en anglais, alors que la chaîne 11 en diffuse en français. Seules les chaînes câblées et payantes offrent une programmation complète en d’autres langues. Il en est ainsi de la chaîne International Broadcasting Corporation (IBC) qui diffuse les nouvelles de CNN, ABC, CBS, etc.  Beaucoup de ses abonnés proviennent des meilleurs hôtels du pays. 

5.4 La vie économique

Bien qu'il n'y ait pas de loi linguistique à ce sujet en Thaïlande, le thaï standard est généralement la langue employée dans les commerces et les affaires, mais la présence de l’anglais (avec le thaï) semble maintenant incontournable. Ainsi, les enseignes commerciales témoignent de la présence de l’anglais: Bangkok Mass Transit Authority, Central Department Stores, Save One, Asian Food Group, HageMayer, Inchcape, Food & Hotel Asia, Thailand Food Fair, International Hospitality Show & Hotel, Food Highlight, etc. Mais il y en a également en français, étant donné que la France est le 8e client et 10e fournisseur de la Thaïlande qui accueille 340 entreprises françaises dont les plus grands groupes internationaux: Danone, Vittel, Total, Elf, Lafarge, Merlin-guerin, Michelin, Thompson, Rhône Poulenc, Alcatel, Bouygues, Accor, Usinor, Casino, Carrefour, Auchan, Alstom.

La toponymie et les noms de rues sont massivement en thaï, mais certains noms de rues à Bangkok portent des dénominations anglaises (américaines).

En Thaïlande, toute la vie politique, sociale, éducative et culturelle se déroule en thaï siamois, la variété tahïe parlée par l’ethnie dominante en Thaïlande; la vie économique laisse une certaine place à l’anglais. La politique linguistique officielle à l'égard de toutes les minorités du pays en est une d’assimilation dans le cadre d'un État «intégrateur». Il semble que la communauté musulmane ait particulièrement souffert des effets d'une centralisation à outrance. Les dirigeants thaïlandais craignent en général que le fait de défendre les droits des minorités ou des peuples autochtones ne mène ces derniers à revendiquer leur auto-détermination et à faire sécession. En ce qui concerne particulièrement les peuples autochtones (peuples de montagnes et tribus des collines), le gouvernement thaïlandais a choisi comme attitude d'ignorer simplement la question et de définir tous les Thaïs comme le «peuple autochtone». Ceux qu’on appelle normalement les «minorités ethniques» sont perçus en Thaïlande comme des producteurs d'opium, potentiellement non loyaux, et engagés dans des activités illégales.

Évidemment, ce refus de reconnaître les différences culturelles risque de susciter éventuellement, avec le développement de l'instruction et de la conscience sociale, l'émergence de mouvements antagonistes régionaux. Le mouvement semble d’ailleurs amorcé.

Présentement, les minorités ethniques, notamment les peuples des montagnes, ne participent à aucune vie politique, n’ont qu’un accès limité aux services gouvernementaux, à l’éducation et aux soins de santé. Les membres de ces communautés subissent non seulement de la discrimination, mais perdent graduellement leur identité culturelle.

Le gouvernement thaïlandais pourrait reconsidérer sa politique linguistique d'assimilation et permettre l’instruction primaire dans les langues locales, ce qui faciliterait l’alphabétisation des populations concernées; ensuite, il faudrait accroître le réseau des écoles secondaires. Des mesures devraient être aussi prises pour soutenir le développement des systèmes d’écriture pour les langues qui manquent encore d’alphabet et pour promouvoir la fierté dans l’utilisation des langues indigènes. Il serait possible également de favoriser l’embauche des membres des minorités ethniques pour remplir les divers postes gouvernementaux, ce qui inclut les fonctionnaires, les professionnels de la santé, les enseignants et les conseillers au développement communautaire. Finalement, le gouvernement thaïlandais devra réviser ses pratiques et ses lois sur l’obtention de la citoyenneté afin que tous ses citoyens participent pleinement à la vie thaïlandaise.

Dernière mise à jour: 01 oct. 2009

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YACOUB, Joseph. «L’Asie et les minorités» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 547-591.

 

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