Northern Ireland

Irlande du Nord

(Royaume-Uni)

 

Capitale: Belfast  
Population: 1,6 million (2001)
Langue officielle: anglais 
Groupe majoritaire: anglais (88 %) 
Groupes minoritaires: irlandais (10 %), scots d'Ulster (2 %), hindi, ourdou, bengali, etc. 
Système politique: province administrative de la Grande-Bretagne  
Articles constitutionnels (langue): aucun 
Lois linguistiques: Loi sur l'administration de la justice (Irlande), 1737; Ordonnance de 1989 sur l'éducation pour l'Irlande du Nord ; Ordonnance de 1995 sur l'administration locale (dispositions diverses) pour l'Irlande du Nord ; Ordonnance de 1996 sur l'éducation
;  Ordonnance de 1998 sur l'éducation pour l'Irlande du Nord ; Accord de Belfast (Belfast Agreement) de 1998; Loi sur l'Irlande du Nord de 1998; Ordonnance de 1999 pour l'Irlande du Nord sur la coopération Nord/Sud; Ordonnance sur la santé des végétaux (bois et l'écorce) (2006); Règlement sur les juges de paix (2010).

1 Situation générale

L’Irlande (Éire en irlandais) du Nord (angl. Northern Ireland) constitue la partie nord-est de l'île d'Irlande. Cette région de 14 148 km² (soit 1/5 de la république d’Irlande: 70 283 km²) est enclavée au nord-ouest et au sud par la république d’Irlande, mais elle est bordée à l’est par le canal du Nord et la mer d’Irlande (voir la carte 1). On sait que le nord de l’Irlande est séparé politiquement du sud de l’Irlande depuis 1921. 

L’Irlande du Nord fait partie du Royaume-Uni (angl. United Kingdom) avec l’Écosse (angl. Scotland), l’Angleterre (angl. England) et le pays de Galles (angl. Wales), alors que la république d’Irlande au sud forme un État indépendant depuis 1937 (voir la carte 2). 

L'Irlande du Nord fait partie de l'Ulster, l'une des quatre grandes provinces historiques de l'île d'Irlande: l'Ulster (Ulaidh) au nord, le Connaught (Connacht) à l'ouest, le Munster (Mumhain) au sud et le Leinster (Laighin) à l'est. On peut consulter la carte des comtés de toute l'île d'Irlande, mais il faut distinguer l'Irlande du Nord de la république d'Irlande.

Rappelons que, depuis 1922, six des neuf comtés de l'«Uster historique» forment l'Irlande du Nord: Antrim, Armagh, Londonderry, Down, Fermanagh, Tyrone. Les trois autres comtés de la province «historique» de l'Ulster font partie de la république d'Irlande: Donegal, Monaghan et Cavan (voir la carte). Pour de nombreux Irlandais de la république d'Irlande, les six comtés de l'Irlande du Nord sont «sous domination britannique». 

Le 2 décembre 1999, des pouvoirs décentralisés («dévolution») ont été transférés à l'Assemblée irlandaise et à l'Exécutif d'Irlande du Nord, même si les deux organismes sont plus souvent «suspendus» qu'en «activité». 

Depuis la «dévolution» accordée à l'Irlande du Nord, au pays de Galles et à l'Écosse, le gouvernement britannique utilise l'expression devolved administrations («administrations déléguées») pour désigner les trois «entités» en question, ce qui se traduirait en français par «administrations déléguées». En réalité, le seul terme utilisé décrivant le territoire est celui de area, ce qui équivaut en français à «région». 

On a également recours aux expressions local authorities («autorités locales») et local government («administration locale») pour désigner les «administrations déléguées», ainsi que le mot nation («nation») pour dénommer la population de chacune des «régions déléguées». On emploie aussi les termes central government («gouvernement central») pour désigner le gouvernement de Londres.

Le Royaume-Uni n'étant pas une fédération, il n'est pas possible de recourir à des termes tels que «État» (comme aux États-Unis), «province» (comme au Canada et en Afrique du Sud) ou «canton» (comme en Suisse). Le Royaume-Uni n'a pas non plus retenu les expressions telles que «région autonome» (comme en Italie) ou «communauté autonome» (comme en Espagne). Bref, la terminologie demeure incertaine et ambiguë pour désigner les nouvelles entités découlant de la dévolution. Contentons-nous de l'expression «autorités locales» correspondant en anglais à local authorities.

2 Données démolinguistiques

L'Irlande du Nord comptait quelque 1,6 million d'habitants lors du recensement de 2001. Les habitants de l’Irlande du Nord sont d’origine anglaise, écossaise ou irlandaise.

Ceux d’origine anglaise et écossaise – communément appelés les Ulster-Scots – forment la majorité de la population, soit 60 %: ils sont de religion protestante et veulent généralement poursuivre la politique de rattachement avec la Grande-Bretagne. 

Les autres 40 % sont des Irlandais de souche, c’est-à-dire des catholiques et des nationalistes natifs de l’Ulster, et ils sont généralement considérés comme des «indépendantistes» prônant le rattachement avec la république d’Irlande. Cependant, même si les protestants constituent 60 % de la population d'Irlande du Nord, ils sont progressivement rattrapés par les catholiques, dont le taux de natalité reste plus élevé (recensement de 1991). Dans les écoles des villes où l’on retrouve des catholiques et des protestants, les enfants de confession catholique sont aujourd'hui déjà majoritaires. Si la population catholique s’élevait à environ 33 % lors de la ratification de l’Accord de Belfast en 1998, elle pourrait bien atteindre plus de 45 % dans quelques années, ce qui diminuerait d'autant la proportion des protestants et entraînerait une quasi-égalité numérique des deux communautés. Les catholiques sont concentrés dans les districts de l'Ouest et du Sud, à proximité de la frontière avec la république d'Irlande, ainsi que dans certains ghettos urbains de Belfast (la capitale) et de Londonderry.

Qu'ils soient catholiques ou protestants, les Irlandais d'Irlande du Nord parlent pratiquement tous l'anglais comme langue maternelle.  Il s'agit d'un anglais légèrement différent de celui de l'Angleterre. Ils parlent donc l'«anglais d'Irlande du Nord».

2.1 L'irlandais d'Irlande du Nord

Selon le recensement de 2001, seulement 167 490 locuteurs (10,4 % du total) auraient une certaine connaissance de l'irlandais en Irlande du Nord: ce sont très massivement des catholiques irlandais. Comme le gallois et le gaélique écossais, l’irlandais est une langue indo-européenne appartenant au groupe celtique. La langue irlandaise de l'Irlande du Nord résulte d'un mouvement de renaissance linguistique dit «revivaliste», car la totalité des derniers locuteurs ayant historiquement l'irlandais comme  langue maternelle sont décédés au cours des années soixante-dix. Puis certaines familles «irlandisantes» ont voulu faire renaître la langue ancestrale, notamment dans divers districts de l'Irlande du Nord, y compris à Belfast. C'est à partir de ces familles que l'irlandais a continué de se transmettre comme langue seconde d'une génération à l'autre. Aujourd'hui, ces locuteurs de l'irlandais sont répandus un peu partout dans toute l'Irlande du Nord, mais il existe une concentration plus forte dans la région de Belfast.

Le recensement de 2001 donne les résultats qui suivent au sujet de l'irlandais:

  3 à 11 ans 12 à 15 ans 16 à 24 ans 25 à 39 ans 40 à 59 ans 60 à 74 ans 75 et plus
 
Total
Ayant une connaissance de l'irlandais 13 710
(6
,1 %)
25 662
(23
,8 %)
33 874
(16
,0 %)
39 784
(10
,7 %)
36 772
(9
,0 %)
12 735
(6
,5 %)
4 953
(4
,9 %)
167 490
(10
,4 %)
N'ayant aucune connaissance de l'irlandais 209 420
(93
,9 %)
81 954
(76
,2 %)
177 608
(84
,0 %)
332 076
(89
,3 %)
370 185
(91
,0 %)
184 045
(93
,5 %)
95 179
(95
,1 %)
1 450 467
(89
,6 %)
Total 223 130
(100
,0 %)
107 616
(100
,0 %)
211 482
(100
,0 %)
371 860
(100
,0 %)
406 957
(100
,0%)
196 780
(100
,0 %)
100 132
(100
,0 %)
1 617 957
(100
,0 %)

 Source: Northern Ireland Census 2001

La question du recensement portait sur «une connaissance de l'irlandais» (''Some Knowledge of Irish'') ou  «aucune connaissance de l'irlandais» (''No Knowledge of Irish''), ce qui semble plutôt imprécis. Aucun niveau de maîtrise de la langue n'était précisé dans le questionnaire du recensement. Ce recensement de 2001 révèle aussi ce qui suit pour les locuteurs de l'irlandais (10,4 % en Irlande du Nord) âgés de trois ans ou plus:

Type de locuteurs

Nombre

Pourcentage
Comprenant l'irlandais sans le parler, ni le lire ou l'écrire

36 479

21,7 %
Parlant l'irlandais sans le lire ni l'écrire

24 536

14,6 %
Parlant et lisant l'irlandais sans l'écrire

7 183

4,2 %
Parlant, lisant, écrivant et comprenant l'irlandais

75 125

44,8 %
Autres combinaisons possibles

24 167

14,4 %
Total

167 490

100,0 %

 Source: Northern Ireland Census 2001

En somme, on peut affirmer que 10,4 % des citoyens ont une «certaine connaissance» de l'irlandais et que 89,6 % n'en ont aucune. Dans les faits, il est probable qu'environ 35 000 locuteurs puissent le parler convenablement. Quoi qu'il en soit, tous les irlandisants parlent l'irlandais comme langue seconde.

2.2 Le scots d'Ulster

Le scots d'Ulster (en anglais: Ulster-Scots) est l'une des deux langues «nationales» avec l'irlandais en Irlande du Nord. C'est une langue germanique parlée d'abord dans l'est et le sud de l'Écosse, mais il existe une variété du scots en Irlande du Nord (ainsi que dans le comté de Donegal en république d'Irlande). Le scots d'Ulster est parlé dans les comtés d'Antrim, de Down et de Derry (voir la carte). Cependant, le recensement de 2001 ne comportait aucune question relative à cette langue. De plus, il n'existe pas de données fiables quant au nombre de ses locuteurs. Dans le cadre de l'enquête «Northern Ireland Life and Times Survey» de 1999, seulement 2 % des personnes interrogées ont déclaré être des locuteurs du scots d'Ulster, ce qui représenterait approximativement 35 000 individus, sans précision sur le degré de connaissance de cette langue. Cette enquête a été effectuée sur un échantillon représentatif de quelque 2200 adultes.

La variété du scots d'Ulster (Ulster-Scots), qui est appelée Ullans dans les textes législatifs, est parlée surtout dans le nord-est du comté de Londonderry, le nord-est du comté de Down (les «Ards») et dans une grande partie du comté d'Antrim, ainsi que dans le comté de Donegal en république d'Irlande (voir la carte).

À l'origine, le scots était la langue des Scots, un peuple qui a donné son nom à l'Écosse (Scotland). On estime que quelque 100 000 locuteurs parleraient le scots ou l'une de ses variétés (le lallans et le doric) en Écosse, notamment dans le Sud et l'Est.

Contrairement au gaélique qui est d'origine celtique, l'écossais d'Ulster est une langue germanique de l'Ouest.  C'est pourquoi il ne faut pas confondre le scots ou l'écossais d'Ulster avec l'écossais d'Écosse (ou gaélique écossais), car  ce dernier appartient au groupe celtique, l'autre, au groupe germanique.

Le scots est formé à partir du vieil anglais parlé à l'origine par les Scots de la région de Northumbrie en Angleterre, c'est-à-dire du vieux-northumbrien, l'un des dialectes anglo-saxons du Nord, avant l'invasion normande de 1066. Il a aussi été influencé par le vieux-norrois, apporté par les Vikings danois au IXe siècle. C'est au début du XVIIe siècle que de nombreux Scots ont quitté l'Écosse pour l'Ulster. Le scots a toujours été traditionnellement parlé dans les Basses-Terres (Lowlands) de l'Écosse.

Cette langue est également connue en Écosse sous différentes dénominations: l'inglis (synonyme d'anglais archaïque, ce qui démontre sa parenté avec l'anglais), le lallans ou Lowland Scots (dans les Lowlands du centre de l'Angleterre) et le doric (à Edinburg, particulièrement au XVIIIe siècle) comme langue régionale d'Aberdeen dans le nord est. Le scots est reconnu officiellement comme une «langue régionale» de l'Écosse et, depuis 2002, en Irlande du Nord. Bien que des Écossais utilisent encore le lallans, celle-ci est désormais considérée comme une langue strictement littéraire.

Si l'Irlande du Nord est appelée Northern Ireland en anglais, la dénomination prend la forme de Tuaisceart Éireann en irlandais et de Norlin Airlann en scots d'Ulster.

2.3 Les langues immigrantes

Cela étant dit, l'Irlande du Nord compte aussi un certain nombre d'immigrants, notamment des Indiens (1505), des Pakistanais (619) et des Bangladeshi (192). Les locuteurs des langues autres que l'anglais, l'irlandais et le scots d'Ulster sont peu nombreux. Au nombre de moins de 2000, ils se limitent essentiellement à l'hindi, à l'ourdou, au bengali, etc.

3 Données historiques

C'est à partir du IVe siècle avant notre ère que, par vagues successives, les premières populations celtophones arrivèrent dans l'île d'Irlande. Les Celtes imposèrent leur culture et leur langue aux populations qui les avaient précédées. Isolés dans leur île, les Celtes échappèrent à la Conquête romaine et aux invasions anglo-saxonnes. La religion catholique fut introduite en Irlande à partir du Ve siècle, ce qui donna l’occasion aux Irlandais de se familiariser avec l'alphabet latin, car ils avaient utilisé jusqu'alors l'alphabet grec. Les grands monastères irlandais devinrent des centres éducatifs et culturels; on croit aussi que les plus grands d'entre eux pourraient avoir fonctionné comme des villes pour donner lieu à une importante littérature irlandaise. Entre les VIIe et IXe siècles, ce fut l'âge d'or irlandais: la vie intellectuelle et religieuse fut intense, ce qui valut à l'Irlande d'être surnommée l'«île des Saint et des Savants». L'irlandais est une langue parlée depuis l’an 350 avant notre ère. Cette langue était véhiculée par les bardes, les druides et les moines. Ce fut la première langue européenne après le latin, qui est demeurée, pendant trois siècles, la plus importante de l’Occident.

3.1 Le changement de destin: la domination anglaise

L'arrivée des Tudor en 1454 changea complètement le destin des Irlandais. Les rois Henri VII (1485-1509) et Henri VIII (1509-1547), ainsi que la reine Élisabeth Ire (1558-1603), transformèrent radicalement le royaume d'Angleterre. Henri VIII réprima cruellement les velléités d'insoumission en se faisant nommer «roi d'Irlande». La conquête militaire entamée par Henri VIII a eu pour effet de détruire toute autorité celtique et de favoriser l’expropriation de toutes les terres cultivables pour les donner aux Anglais. Toute la richesse s’est alors retrouvée entre les mains des anglophones ainsi que le développement économique et social. La langue de l’école est devenue l’anglais, l’irlandais, une langue interdite. Pourtant, dans la vie quotidienne, la langue irlandaise restait la seule langue utilisée en Irlande.

La répression d'Oliver Cromwell en 1649 fut impitoyable, alors que la «pacification» ne prit fin qu'en 1653. Les catholiques irlandais furent déportés par milliers dans les comtés de Clare et de Connacht. Les lois pénales adoptées entre 1695 et 1727 furent dirigées contre les catholiques qui se trouvèrent exclus de l'armée, de l'administration et des professions libérales; il leur était même interdit de faire instruire leurs enfants en irlandais. Malgré tout, la langue irlandaise réussit à résister à l'anglais.

Puis la situation évolua rapidement, car l'Angleterre fit venir des milliers de colons anglais en Irlande, surtout dans le Nord (Ulster). La répression anglaise fut suivie d'une nouvelle distribution des terres à des Anglais, ce qui créa une situation complexe dans les rivalités religieuses en plaçant en concurrence la religion catholique, la religion anglicane et la religion presbytérienne. La langue irlandaise était encore parlée dans toute l'île, mais beaucoup d'Irlandais n'osaient plus l'utiliser en public. Même l'Église catholique considérait que l'irlandais constituait un obstacle à l'avancée du protestantisme en Irlande et encourageait son enseignement.

Après avoir été complètement dominée et exploitée par l'Angleterre, l'Irlande n’obtint son autonomie législative qu’en 1782-1783 en tant que «nation protestante» libre avec ses deux parlements, l'un à Dublin, l'autre à Belfast. En 1737, le parlement britannique promulguait une loi sur l’administration de la justice en matière de langue: la "Administration of Justice (Language) Act (Ireland)". Cette loi réglementait l’emploi des langues dans les tribunaux dans toute l'Irlande. La loi énonçait que l’administration de la justice devait obligatoirement utiliser la langue anglaise, et non pas le latin, ni le français ni aucune autre langue. Cette loi a eu pour conséquence d’interdire l’usage de l’irlandais dans les tribunaux. C'est de cette façon qu'elle a été interprétée et mise en œuvre. On peut la lire en cliquant ICI, s.v.p.

En 1800, le parlement de Westminster vota la Loi d'Union avec l'Irlande qui forma, dès lors, un Royaume-Uni avec la Grande-Bretagne. Dorénavant, les lois durent être adoptées au parlement de Westminster. Les députés irlandais présents à la Chambre assistèrent, minoritaires et impuissants, à l'adoption des lois s'appliquant à l'Irlande. L'anglais devint l'unique langue du pouvoir politique, de l'administration, de la justice, des affaires, etc.

Sous l'influence du système d'éducation, l'anglicisation progressa lentement. Tout poussait les Irlandais à troquer leur vieille langue gaélique pour l'anglais associé à la langue de la modernité. En 1841, à la veille de la Grande Famine, 50 % des huit millions d'Irlandais parlaient encore l'irlandais. Puis un million à un million et demi d'Irlandais périrent de faim et de maladie, tandis qu'un million et demi d'autres furent contraints d'abandonner leur terre natale. La saignée fut considérable, et l'Irlande n'a jamais pardonné à l'Angleterre cette catastrophe sans précédent. Une dizaine d'années plus tard, le progrès de l’anglicisation a été tel que plus de 80 % des Irlandais ne parlaient plus qu’anglais, puis 12 % étaient devenus bilingues et 8 % ne parlaient encore que l’irlandais. En 1851, le Gaeltacht n'était plus constitué que de la côte ouest de l'île d'Irlande, ainsi qu'une partie au sud.

Il faut dire que les Anglais avaient pratiqué un génocide assez réussi: famines, massacres, esclavage, déportations, etc. Les survivants des massacres et des famines qui n’ont pas émigré ont dû s’assimiler pour pouvoir survivre.  Les recensements parlent d'eux-mêmes: 8,1 millions d'habitants en 1841, contre 3,4 millions en 1891.

L'anglais a pris toute la place: tandis que les locuteurs de l’irlandais étaient massivement assimilés, un mouvement en faveur de la préservation de l'irlandais est apparu, l'organisation la plus influente étant la Gaelic League (Ligue gaélique) créée en 1893. Les partisans de la ligue prônèrent le retour de l’irlandais dans la vie sociale, au lieu de simplement tenter de la préserver. L’importance de ce mouvement de restauration linguistique fut considérable dans la mesure où il fut ensuite intégré dans le combat pour l'indépendance politique.

3.2 La partition de l'île

La Home Rule fut promulguée le 18 septembre 1914, mais son application fut suspendue jusqu'à la fin des hostilités, soit en 1920. Dès lors, Londres constitua deux parlements «religieux» en Irlande: l'un, à majorité anglo-protestante, dans la province de l'Ulster (capitale: Belfast), l'autre, à majorité anglo-catholique, dans le reste de l'Irlande (capitale: Dublin). Les deux Irlande, celle du Nord et celle du Sud, durent prêter serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre, car elles faisaient toujours partie du Royaume-Uni. Autrement dit, le traité anglo-irlandais avait concédé un statut d'«États libres» à 26 des 32 comtés de l'Irlande, soit tout le Sud catholique. Les six autres comtés, situés en Irlande du Nord et dont les citoyens étaient protestants, restèrent au sein du Royaume-Uni.

La Home Rule était une loi de partition, d'ou le nom qu'on lui donna parfois: "Partition Act". Mais la partition était, en principe, tenue pour temporaire. Il fallait aussi que le gouvernement britannique ait prévu un système de protection à l'égard des minorités religieuses. À cet effet, l'article 5 de la Government of Ireland Act du 23 décembre 1920 interdit aux législatures irlandaises de favoriser une religion aux dépens de l'autre. Effectivement, la minorité protestante fut protégée en Irlande (le Sud), mais pas la minorité catholique ulstérienne.

Ainsi, au nord, quelque 430 000 catholiques, représentant un tiers de la population, restait assujettis au bon vouloir des protestants, alors qu'au sud plus de 325 000 protestants, représentant 10 % de la population, avaient un droit de véto. Malgré la partialité de la Government of Ireland Act en leur faveur, les unionistes protestants ne parurent guère satisfaits, car ils ne voulaient pas d'un régime «partitionniste» qu'ils n'avaient pas sollicité; ils voulaient faire partie intégrante de l'Angleterre. Ce fut le mouvement du «retour à Westminster». Les unionistes croyaient aussi que les protestants du Sud étaient livrés corps et âmes aux nationalistes irlandais. En fait, la partition de l'Irlande fut le comble de l'ironie, car personne n'en voulait, ni les nationalistes irlandais qui aspiraient à l'indépendance complète de l'île, ni les unionistes protestants qui désiraient le maintien de l'union entre les deux îles de l'archipel britannique, ni même les dirigeants britanniques qui considéraient la partition comme un expédient temporaire. 

Pourtant, le gouvernement britannique avait prévu une régime de subordination à l'égard de l'Irlande. L'article 75 de la Government of Ireland Act de 1920 énonçait formellement que l'établissement des parlements d'Irlande ne supprimait ni ne diminuait ni l'autorité du Parlement du Royaume-Uni, qui pouvait restreindre, élargir ou supprimer le domaine de l'autonomie des deux Irlande. 

Article 75

Saving for supreme authority of the Parliament of the United Kingdom.

Notwithstanding the establishment of the Parliaments of Southern and Northern Ireland, or the Parliament of Ireland, or anything contained in this Act, the supreme authority of the Parliament of the United Kingdom shall remain unaffected and undiminished over persons, matters, and things in Ireland and every part thereof.

Article 75

Pour sauvegarder l'autorité suprême du Parlement du Royaume-Uni

Nonobstant l'établissement du Parlement d'Irlande du Sud et d'Irlande du Nord, ou du Parlement de l'Irlande, ou de toute disposition contenu dans la présente loi, l'autorité suprême du Parlement du Royaume-Uni sur les citoyens ne sera affectée ni diminuée sur des questions et sujets en Irlande et pour chacune de ses parties.

Si le parlementarisme britannique s'est révélé positif pour l'Angleterre, il n'en a pas été ainsi pour l'Irlande, trop divisée aux plans de la religion, de la société, de la politique et de l'économie.  Deux communautés s'affrontèrent tout en s'ignorant totalement, chacune motivée par la peur de l'Autre, le signe extérieur de cet affrontement demeurant la religion, catholique pour l'une, protestante pour l'autre. Les unionistes protestants qui contrôlaient l'Assemblée législative nord-irlandaise restèrent des ardents défenseurs de l'intégrité du Royaume-Uni. Quant aux Irlandais du Sud, ils demeurèrent des nationalistes catholiques partisans d'une Irlande unie. Évidemment, les six comtés qui ont été détachés du reste de l'Irlande permettaient aux unionistes protestants de se tailler une confortable majorité en Irlande du Nord.  Conséquemment, l'Irlande du Nord s'est transformé en État-parti protestant. De plus, le découpage des circonscriptions fut effectué de sorte que le parti unioniste se voyait accordé la majorité des sièges jusque dans les conseils locaux. Sir James Craig (1748-1812) définissait ainsi le caractère des institutions nord-irlandaises: A Protestant Parliament fort a Protestant People. Condamnée à vivre dans un état de subordination, la minorité catholique nord-irlandaise rejeta cette partition. Les catholiques mobilisèrent toute leur énergie à renverser l'État d'Irlande du Nord, tantôt par la violence tantôt par des moyens pacifiques, en vain. De leur côté, les unionistes adoptèrent toute une série de mesures et de lois d'exception afin de doter l'Exécutif des pouvoirs d'une véritable dictature policière.

3.3 Les suites de l'indépendance de l'Irlande dans le Nord

En 1949, l'Irlande catholique du Sud proclama unilatéralement son indépendance et prit le nom officiel de république d'Irlande. L’irlandais et l’anglais devinrent les deux langues officielles de la République. Quant à l'Irlande du Nord, majoritairement protestante, elle continua d'être rattachée à la Grande-Bretagne tout en disposant encore de son parlement local à Belfast. En Irlande du Nord, les gouvernements unionistes successifs prirent en grippe la langue irlandaise, devenue une langue nettement hostile et la première langue officielle d'un pays (la république d'Irlande) dont la Constitution ne reconnaissait même pas l’existence l’Irlande du Nord. Dès lors, l’irlandais fut perçu comme l’apanage d'une minorité nationaliste subversive. L'Irlande du Nord n'osa pas interdire la langue irlandaise, mais celle-ci fut condamnée à l’invisibilité dans la vie publique.

Néanmoins, le problème de l'Irlande n’était pas réglé pour autant. L'Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army), qui voulait réunir la province de l'Ulster (l'Irlande du Nord) à la république d'Irlande, intensifia sa lutte au point que l'armée britannique dut occuper l'Irlande du Nord en 1969. Les années soixante-dix virent se produire un changement radical dans le rôle de l'irlandais en Irlande du Nord.

Dans un contexte politique nettement tendu, l'irlandais devint une arme de combat chez les républicains de l'IRA. Gerry Adams, le chef du Sinn Féin, la branche politique de l’IRA, associait en 1986 la langue à la lutte contre l'oppression: «La langue irlandaise est la reconquête de l'Irlande, et la reconquête de l'Irlande est la langue irlandaise.» Désormais, la question linguistique devenait incontournable en Irlande du Nord. C'est alors que Londres chercha à dissocier la langue irlandaise du nationalisme républicain en soutenant la contribution de la communauté protestante et unioniste à la cause de la langue irlandaise. En même temps, le gouvernement britannique mit en place une politique de subventions de façon à susciter des projets à dimension «transcommunautaire». De fait, plusieurs organisations bénévoles œuvrant pour la promotion de la langue ont ainsi pu bénéficier d’allocations gouvernementales. Cependant, cette politique déplut aux unionistes qui virent dans le soutien financier à un groupe irlandisant une contribution directe au mouvement républicain.  

En 1972, le gouvernement de Londres avait décidé de suspendre le gouvernement nord-irlandais et d’abolir le parlement de Belfast, puis d'imposer la loi martiale. Les députés de Belfast vinrent siéger au parlement de Westminster; l'Irlande du Nord fut à nouveau entièrement liée au gouvernement central de Londres. Il faudra l'accord de 1998 sur l'avenir de l'Ulster pour remédier à la situation. En 1991, le gouvernement britannique prit l'initiative de poser une question sur l’irlandais lors du recensement en Irlande du Nord.  Or, depuis 1911, aucune question du genre n’avait figuré à l’occasion d'un recensement depuis la partition de l’île. Selon le Irish Language Report, quelque 142 000 locuteurs résidant en Irlande du Nord auraient affirmé avoir des connaissances en irlandais, alors que les estimations avancent les chiffres de 35 000 locuteurs. Le recensement provoqua une levée de boucliers chez les unionistes qui contestaient la valeur de ces résultats.

Mais les statistiques permirent aux nationalistes irlandais d'ouvrir un nouveau front de revendications fondées sur l'injustice que subissait la langue irlandaise. Pris au piège de la «justice distributive» par rapport au pays de Galles et à l'Écosse, les Britanniques durent faire certaines concessions pour l'irlandais comme ils l'avaient fait pour le gallois et la gaélique écossais. De leur côté, les stratèges unionistes comprirent qu'ils perdraient la bataille contre la valorisation de l'irlandais. Ils décidèrent alors de contrecarrer les avances nationalistes en valorisant le scots d'Ulster, qui était parlé par une partie non négligeable de la population de la population nord-irlandaise, de souche écossaise et majoritairement protestante, c'est-à-dire surtout unioniste. Les unionistes mirent à profit l’expérience des militants irlandisants et produisirent aussi des estimations sur le nombre de locuteurs; on avança le nombre de quelque 150 000 locuteurs du scots d'Ulster tout en soulignant la dimension «transcommunautaire» de cette langue. Cette stratégie permettait de mettre trois langues en concurrence plutôt que deux, tout en bénéficiant de meilleures subventions: l'anglais, l'irlandais et le scots d'Ulster. Il n'en demeure pas moins que l'hostilité traditionnelle du gouvernement britannique à l'égard de la langue irlandaise a fait place à une implication minimaliste. puis à un certain engagement auprès de la communauté irlandisante.

3.4 L’accord de 1998 sur l’avenir de l’Ulster

Dans le but d’instaurer des réformes jugées nécessaires dans les institutions britanniques, le parlement de Wesminster a adopté la Loi sur l'Irlande du Nord (la Northhern Ireland Act de 1998) destinée à redonner à l’Irlande du Nord son autonomie politique perdue. Le 10 avril 1998, à Belfast, un accord politique d’une importance capitale a été conclu sur l’avenir de l’Ulster. Cet accord, appelé l’accord de Belfast (The Belfast Agreement 1998) et qui a permis de bâtir un triangle de coopération inédite entre Belfast, Dublin, et Londres, lie non seulement le Royaume-Uni et les partis politiques d’Irlande du Nord, mais aussi la république d’Irlande.

- L'accord de Belfast

L’accord prévoyait, dès février 1999, le rétablissement du parlement de l’Irlande du Nord réunissant pour la première fois loyalistes protestants et catholiques irlandais. Il prévoyait également la création du Conseil Nord-Sud pour développer des politiques communes entre les deux Irlandes, la création du Conseil Est-Ouest réunissant des représentants du Parlement britannique, du nouveau Parlement écossais et du nouveau Parlement nord-irlandais. En outre, l’accord qui, rappelons-le, lie aussi la république d’Irlande, prévoyait que celle-ci accepte de modifier sa constitution afin de ne plus formuler des revendications territoriales sur l’Irlande du Nord; néanmoins, la Grande-Bretagne ne s'opposerait pas à l'union entre le nord (Irlande du Nord) et le sud de l'Irlande (république d’Irlande), si telle était la volonté de la majorité de tous les Irlandais en Ulster, catholiques comme protestants. Sur le plan de la langue, Londres s’engageait même à promouvoir la langue irlandaise là où les Irlandais du Nord (surtout catholiques) le désirent, c’est-à-dire dans l’enseignement, les arts et la culture, les médias, l’usage tant public que privé, et à militer contre tout ce qui peut en restreindre l’emploi.

Lors du référendum de mai 1998, les Irlandais du Nord ont approuvé l’accord de Belfast dans une proportion de 71,1 %, les Irlandais du Sud, 94,4 %. De son côté, l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise, a fait savoir par voie de communiqué qu’elle ne rendrait pas les armes. Or, la question du désarmement de l’IRA a toujours bloqué l’avancée du processus de paix. L'accord de paix accordait un délai de deux ans aux paramilitaires pour restituer l'intégralité de leur arsenal.

- L'autonomie réduite

Comme en fait foi la Loi sur l’Irlande du Nord (Northhern Ireland Act) de 1998, l’autonomie politique dont bénéficie, à partir du 2 décembre 1999, le nouveau parlement de l’Irlande du Nord demeure assez réduite. En effet, l'Assemblée irlandaise de 108 membres élus a l'autorité de légiférer dans des domaines limités concernant les affaires intérieures telles que la justice, l’éducation, la culture, l’administration locale, le patrimoine, le logement, la santé, l’agriculture. C’était en février 1999 que Londres devait transférer à l'Assemblée irlandaise ses pleins pouvoirs en matière d'administration, à l'exception de secteurs comme la défense, la police et la fiscalité. Depuis 1998, toutes les institutions prévues dans l'accord ont dû être mises sur pied, notamment la formation du gouvernement local (l’Exécutif) de l’Ulster, qui devait être composé de six à huit membres. Encore faut-il que les protestants et les catholiques puissent travailler ensemble. Déjà, lors de l'ouverture solennelle (en septembre 1998) de l'Assemblée autonome d'Ulster au château de Stormont, catholiques et protestants se sont chamaillés pour savoir si le drapeau britannique devait flotter sur le parlement et si les débats devaient être traduits ou non en irlandais.

Notons également que toutes les lois irlandaises devront recevoir l’approbation du parlement de Westminster, qui pourrait alors opposer son veto. Quant au rôle du secrétaire d’État de Sa Majesté, il a la responsabilité de représenter les intérêts de l’Irlande du Nord au Conseil des ministres britanniques. Autrement dit, l’Irlande du Nord fait encore partie du Royaume-Uni dont le Parlement ne perd aucune de ses prérogatives, notamment celle d’adopter des lois concernant l’Irlande du Nord. On peut déjà prévoir des conflits juridiques alors que les deux parlements adopteront des lois politiquement et juridiquement incompatibles.

- La question linguistique

En ce qui a trait à la langue, le parlement de Westminster peut légiférer pour faciliter et encourager l'emploi de la langue irlandaise là où il y aura une demande appropriée. Il devra supprimer tout obstacle qui empêcherait le développement de l’irlandais, fournir des moyens pour assurer des communications avec toute autre communauté de langue irlandaise, créer un organisme administratif (l’Education Department) destiné à encourager l’instruction en irlandais, fournir un soutien financier pour promouvoir la production de films et d’émissions de télévision en irlandais. Enfin, le gouvernement britannique devra s’assurer que cet engagement sera poursuivi par le nouveau Parlement irlandais.

À supposer que toutes les dispositions linguistiques de l’accord de Belfast se concrétisent, il est peu probable qu’elles auront pour effet d’améliorer vraiment le statut réel de la langue irlandaise en Irlande du Nord, comme d’ailleurs en république d’Irlande. Par exemple, l’introduction de la traduction simultanée au Parlement irlandais ne changerait pas grand-chose dans la mesure où il existe peu de parlementaires parlant cette langue, à supposer que son emploi soit demandé et exigé par les catholiques. Dans la vie sociale et économique, les quelque 142 000 catholiques parlant l’irlandais et représentant 9 % de la population de l’Ulster ne pèseront pas d’un poids très lourd, pas assez en tout cas pour redonner vie à la langue irlandaise.

- Une paix aléatoire

Quoi qu’il en soit, la paix en Irlande du Nord se trouve toujours dans une délicate position. Après trente années de conflit, les catholiques et les protestants ont souvent été dans l'impasse. Il y a eu deux accords de cessez-le-feu, un accord de paix, la création d’un parlement biconfessionnel et d’innombrables crises politiques. En juillet 1999, il a été impossible de former un gouvernement mixte, ce qui a eu pour effet de geler le processus de paix pour un certain temps, les unionistes protestants ayant boycotté la séance qui devait, pour la première fois, voir entrer des ministres catholiques dans le gouvernement nord-irlandais. En fait, David Trimble, le chef du Parti unioniste d'Ulster, a rejeté le plan de paix en persistant à exiger un désarmement immédiat de l'Armée républicaine irlandaise (IRA); son acceptation du partage du pouvoir avec la branche politique de l'IRA, le Sinn Fein, était à ce prix. Pourtant, l'accord de paix d'avril 1998 — appelé l’accord du Vendredi saint — prévoyait initialement que le désarmement n'interviendrait qu'en mai 2000, plus d'un an après la mise en place des nouvelles institutions. Mais l'IRA a refusé de déposer les armes tant que le gouvernement ne serait pas formé et a menacé à mots de rompre le cessez-le-feu si les négociations n'aboutissaient pas. Un accord temporaire a été trouvé — le désarmement de l’IRA devait commencer dès la formation de l’Exécutif nord-irlandais — et le gouvernement nord-irlandais a été formé le 2 décembre 1999. Mais un peu plus de deux mois plus tard (le 12 février 2000), le gouvernement britannique adoptait au Parlement une loi suspendant temporairement les jeunes institutions en place en Irlande du Nord, en raison de l’absence (ou du commencement) de désarmement de l’IRA (pourtant prévue pour mai 2000). La suspension du gouvernement nord-irlandais signifiait que le gouvernement britannique reprenait la gestion directe de la «province» nord-irlandaise, comme il l’a fait quasiment sans interruption depuis 1972.

Pendant ce temps, les dirigeants, tant catholiques que protestants, se sont rejeté la faute de l’échec de leur seconde tentative de se gouverner eux-mêmes. D’ailleurs, certains députés protestants ont même laissé entendre que cette situation leur plaisait dans le mesure où Londres conserverait sa mainmise en Irlande du Nord. Les relations anglo-irlandaises fonctionnent sur un mode colonial depuis plus de huit siècles: elles ne changeront pas en un jour.

Quoi qu'il en soit, depuis le 11 septembre 2001, les actions terroristes de l'IRA semblaient beaucoup plus difficiles à justifier. Si les membres de l'IRA ne rendaient pas les armes, les riches donateurs américano-irlandais pourraient ranger leurs chéquiers et les alliés du Capitole retireraient maintenant leur soutien au Sinn Féin. C'est que le terrorisme islamique a eu pour effet d'éclipser le terrorisme irlandais. Certains commentateurs parlent même de la «bonne vieille IRA» par opposition aux «méchants» islamistes! Depuis le 11 septembre, les républicains irlandais savent que leur guerre ne peut plus se poursuivre «comme avant» et qu'ils devront opérer de façon différente que les groupes islamistes. D'un autre côté, l'unification des deux Irlandes paraît tout aussi lointaine que jamais. Quelque trente années de violence ont laissé un héritage de haine et d'amertume au sein d'une communauté déchirée.

- Un gouvernement fragile

Le 14 octobre 2002, le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord a suspendu l'Assemblée et l'Exécutif d'Irlande du Nord. Le secrétaire d'État, assisté de son équipe de ministres pour l'Irlande du Nord, a pris la direction et le contrôle des ministères nord-irlandais. Les plus optimistes croyaient à une restauration du gouvernement décentralisé à l’automne 2006, soit quatre ans après la suspension de l’Assemblée nord-irlandaise de Stormont. Puis l'IRA a renoncé à la violence et démantelé son arsenal le 28 juillet 2005, mais sans grand résultat institutionnel jusqu’à présent. L'IRA dit préférer suivre la voie démocratique au moyen de sa branche du Sinn Fein. Faute d'accord, le processus de paix risque d'être enterré. Néanmoins, le premier ministre Tony Blair n’a pas hésité à qualifier cet évènement de «développement capital et historique».

Les fameux «accords du Vendredi saint» de 1998 ont mené à la création d’un Parlement dans lequel toutes les décisions doivent être adoptées à la double majorité, une majorité nationaliste et une majorité unioniste. En vertu de ces accords, le gouvernement de l'Irlande du Nord doit être formé de membres issus des deux blocs. Les élections du 2 mars 2017 se sont conclues par un résultat serré. Les nationalistes du Sinn Féin, qui prône le rattachement à la république d’Irlande, se sont approchés à un siège de la victoire, remportée par le Parti unioniste démocrate. Après trois semaines, la formation d’un nouveau gouvernement a échoué. Les négociations entre le Parti unioniste démocrate (DUP, favorable à l’union avec la Grande-Bretagne) et le Sinn Féin (le parti nationaliste irlandais, qui aspire à l’unification de l’Irlande) n’ont pas abouti. Comme il fallait s'y attendre, les deux partis se reprochent mutuellement d’être la cause du fiasco. L’impasse politique actuelle pourrait mener Londres à administrer la province. La date limite pour la formation d’un gouvernement, fixée au 27 mars 2017, a été repoussée «de quelques courtes semaines» par le gouvernement britannique. On peut se demander si une mise en tutelle favoriserait les membres du camp nationaliste!

Selon The Belfast Telegraph, si les négociations ont échoué, ce serait en raison d'un désaccord sur une proposition de loi pour protéger la langue irlandaise (le gaélique). Cette loi, qui constitue l’un des chevaux de bataille du Sinn Féin, n’a pas eu l’approbation du DUP.  Ce parti aurait voulu une loi plus large qui protégerait également le scots d’Ulster, langue parlée par les descendants des Écossais qui ont colonisé le nord de l’Irlande.

3.5 L'Irlande du Nord et le Brexit

Le 24 juin 2016, le Royaume-Uni a choisi de mettre fin à quarante-trois années d’appartenance à l’Union européenne (UE). Le camp du «Leave» (sortie), favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’a emporté avec 51,9 % des voix, contre 48,1 % pour le «Remain» (maintien), camp pro-européen. On peut consulter des résultats plus détaillés par région en cliquant ici , s.v.p. Or, l'Irlande du Nord a voté à 56 % pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. On parle alors du Brexit qui désigne la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Il s'agit d'un mot-valise anglais composé de «Britain» («Grande-Bretagne») et de «exit» («sortie»), c'est-à-dire finalement "Bristish Exit".

Le premier ministre britannique David Cameron a dû démissionner. Nommée en juillet 2016, la nouvelle première ministre Theresa May devait dorénavant mener les discussions sur la sortie de son pays de l’Union face à une équipe de négociateurs représentant l'UE. Craignant que l'Angleterre voit se détériorer ses relations avec le gouvernement écossais, indépendantiste et europhile, la nouvelle première ministre britannique, Mme Theresa May, a promis que les quatre nations constitutives du pays — l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande du Nord et le pays de Galles — récupéreront de nouvelles compétences, ce qui est nouveau.

Cette question se pose davantage avec la réintégration de l'arsenal juridique européen dans le droit britannique. En Irlande du Nord, le Brexit pourrait se traduire par le rétablissement de la frontière disparue entre les deux Irlandes, qui deviendrait une frontière extérieure de l’Union européenne après le Brexit. De plus, un psychodrame parallèle se joue en Irlande du Nord où les républicains, partisans du rattachement à Dublin, et les unionistes, qui font allégeance aux Britanniques, ne sont pas parvenus à former un gouvernement régional, alors que le délai de trois semaines prévu par la loi s’achevait. Pendant que le Parlement écossais votait en faveur d'un nouveau référendum sur l'indépendance, la politique de la chaise vide poursuivie par le Sinn Féin à Belfast en en train de faire lentement le jeu de l'idée de réunification de l'Irlande. Plus de 85 % des électeurs du Sinn Féin ont voté pour rester, tandis que 70 % des sympathisants du DUP (Parti unioniste démocrate ou en anglais Democratic Unionist Party) ont choisi le Brexit.

Le retour éventuel d’une frontière entre la province britannique de l'Irlande du Nord et la république d’Irlande suscite des inquiétudes profondes. De son côté, Dublin accorde la citoyenneté à tout Nord-Irlandais qui en fait la demande. Près de deux millions de citoyens du Royaume-Uni pourraient ainsi posséder un passeport européen, une fois le Brexit achevé. Les régions frontalières ont d’ailleurs voté majoritairement en faveur du Remain ("rester"), tandis que le Leave ("quitter") l’a emporté dans le nord-est de la province, situé plus près du reste du Royaume-Uni. L’économie nord-irlandaise bénéficie aussi grandement de l’appartenance à l’UE.

4 Le statut des langues en Irlande du Nord

Le statut des langues en Irlande du Nord n'est pas bine clairement défini dans aucun texte juridique. Même l'anglais n'a pas de statut juridique officiel, ce qui signifie que l'anglais jouit néanmoins de ce statut dans les faits (de facto). Malgré cette situation juridique floue, l'Accord de Belfast (ou Accord du Vendredi saint), signé le 10 avril 1998, précise que toutes les parties signataires ont reconnu «l'importance du respect, de la compréhension et de la tolérance vis-à-vis de la diversité culturelle y compris, en Irlande du Nord, pour l'irlandais, le scots d'Ulster et les langues des diverses communautés ethniques».  En ce sens, le gouvernement du Royaume-Uni a pris des engagements spécifiques concernant l'irlandais. De plus, la déclaration commune des gouvernements britannique et irlandais, en date du 1er avril 2003, indique ce qui suit :

Le gouvernement britannique va continuer de s'acquitter de toutes les obligations, acceptées au titre de l'Accord, concernant l'irlandais. En particulier, pour ce qui concerne la radiodiffusion, le gouvernement britannique prendra toutes les mesures nécessaires pour garantir la création, aussi tôt que possible après la réception en avril du dossier économique définitif, d'un fonds de soutien financier pour la production de films de cinéma et de télévision en irlandais. Il prendra aussi des mesures afin d'encourager l'octroi d'une aide à une académie du scots d'Ulster. Les deux gouvernements poursuivront leur collaboration avec les organismes de surveillance compétents et les autorités de radiodiffusion afin de lever les obstacles techniques et autres qui s'opposent à une extension substantielle de la réception de TG4 en Irlande du Nord.

On est peut-être loin de la proclamation de langues co-officielles, mais il s'agit d'une reconnaissance réelle acceptée par le plus haut niveau de l'État.

Par ailleurs, l'ordonnance de 1999 pour l'Irlande du Nord sur la coopération Nord/Sud, officiellement appelée «The North/South Co-operation (Implementation Bodies) (Northern Ireland) Order 1999», a prévu la création de l'Organisme Nord/Sud pour la mise en application des politiques linguistiques grâce à deux instances: le Foras na Gaeilge (ou Bureau de la langue irlandaise) et le Tha Boord o Ulstèr Scotch (ou Bureau du scots d'Ulster). Ces deux organismes ont pour mandat de promouvoir ces deux langues. De plus, en 2006, le Parlement britanique a adopté la Loi sur l'Irlande du Nord, appelée aussi «Accord de la Saint-Andrew», qui oblige le Comité exécutif de l'Irlande du Nord à adopter une politique disposant comment il entend accroître et protéger le développement de l'irlandais et du scots d'Ulster.

En réalité, la situation de l'Irlande du Nord s'avère différente de celle l'Écosse et du pays de Galles. Il serait abusif de parler de statut juridique particulier en Irlande du Nord, l'anglais demeurant la seule langue officielle de cette région ou «province» du Royaume-Uni. On peut même affirmer que l'Irlande du Nord n'a, de jure, aucune langue officielle, et que l'irlandais et le scots d'Ulster sont reconnues, au sens de la Charte du Conseil de l'Europe, comme des «langues régionales ou minoritaires». En en mars 1999, un organisme chargé de la gestion des questions linguistiques fut créé, avec trois dénominations : The North-South Language Body (en anglais), An Foras Teanga (en irlandais) et Tha Boord o Leid (en scots d'Ulster).   

4.1 La langue de la législation

En vertu de l'accord de Belfast signé le 10 avril 1998, le gouvernement du Royaume-Uni s'engage, conjointement avec la république d'Irlande, à favoriser activement la diversité linguistique, ce qui est encore loin de la reconnaissance officielle de l'irlandais. En outre, le gouvernement du Royaume-Uni s'engage à rendre accessibles en irlandais les textes législatifs nationaux les plus importants et ceux qui concernent particulièrement les locuteurs de cette langue, à moins que ces textes ne soient déjà disponibles autrement. Certains textes officiels nationaux ont été traduits et sont disponibles en irlandais.

Cependant, l'Assemblée d'Irlande du Nord, lorsqu'elle siège, peut autoriser l'utilisation de l'irlandais dans ses débats; elle a d'ailleurs pris des dispositions dans ce sens. L'Assemblée emploie aujourd'hui à plein-temps une personne chargée de la traduction et de l'interprétation en irlandais. Le Foras na Gaeilge, (le «Bureau de la langue irlandaise»), a même rédigé un dictionnaire des termes parlementaires, lequel a été publié le 27 mai 2002 par le président de l'Assemblée législative d'Irlande du Nord.

4.2 La justice

En matière de justice, il n'existe aucune disposition juridique sur la langue irlandaise. Il n'est donc pas possible d'utiliser l'irlandais ou le scots d'Usler dans un tribunal situé en Irlande du Nord. Cependant, l'article 52 du Règlement sur les juges de paix (2010) prévoit l'usage obligatoire de l'anglais pour une audience judiciaire con concernant la télévision ou le téléphone:

Article 52

Interprète aux fins de procédure impliquant un lien par télévision ou par téléphone

1)
La présente règle s'applique lorsque le tribunal désigné en vertu de l'article 30 (3) (audition de témoins au Royaume-Uni par des liens de télévision) ou de l'article 31 (4) (audition de témoins au Royaume-Uni par téléphone) est un tribunal d'instance.

2) S'il apparaît au greffier d'une audience judiciaire que le témoin devant être entendu lors d'une procédure pertinente est susceptible de témoigner dans une autre langue que l'anglais, il doit prendre des dispositions pour qu'un interprète soit présent à la procédure en question afin de traduire ce qui se dit en anglais.

3) Lorsqu'il apparaît au greffier d'une audience judiciaire que le témoin devant être entendu lors d'une  procédure pertinente est susceptible de témoigner dans une autre langue que celle dans laquelle doit se dérouler la cour, il doit prendre des dispositions pour qu'un interprète soit présents à la procédure en question afin de pour traduire ce qui est dit dans la langue dans laquelle la procédure du tribunal se déroulera.

4) Lorsque le témoignage dans la procédure pertinente est donné dans une autre langue que l'anglais et n'est pas traduit en anglais par un interprète, le tribunal doit ajourner la procédure jusqu'à ce que l'interprète puisse être présent pour rendre une traduction en anglais.

4.3 L'Administration publique

Jusqu'à récemment, seul l’anglais était permis, aussi bien pour l’administration locale de l’Irlande du Nord que pour celle de Sa Majesté. Plusieurs ministères nord-irlandais ont traduit leurs principaux documents en irlandais et en scots d'Ulster. Les autorités locales peuvent désormais permettre et encourager les locuteurs de l'irlandais ou du scots d'Usler à présenter des demandes orales ou écrites dans l'une ou l'autre langue. Pour le moment, la politique du gouvernement n'interdit pas aux autorités locales (l'Assemblée) ou régionales (les 26 conseils de district) d'accepter des demandes orales ou écrites en irlandais. Les services publics doivent faire en sorte de permettre aux locuteurs de formuler toute demande dans ces langues. Une messagerie vocale a été mise en place pour les membres du public qui souhaitent effectuer leurs démarches en irlandais ou en scots d'Usler.

L'Organisme Nord/Sud pour la langue a été créé en vertu de l'ordonnance de 1999 pour l'Irlande du Nord sur la coopération Nord/Sud Order 1999 (North/South Co-operation, Implementation Bodies, Northern Ireland). Cet organisme est composé de deux instances distinctes: le Boord o Ulster Scotch («Bureau du scots d'Ulster») et le Foras na Gaeilge («Bureau de la langue irlandaise») chargés de promouvoir, selon le cas, l'irlandais et le scots d'Ulster. Plus précisément, le Bureau du scots d'Ulster a particulièrement pour mission de «la promotion d'une plus grande conscience et d'un plus grand usage de l'ullans et des questions culturelles du scots d'Ulster, tant en Irlande du Nord que dans l'ensemble de l'île».

Ajoutons qu’une loi du 13 décembre 1949, la Loi sur la santé publique et l'administration locale (Public Healt and Local Government Act), a jadis interdit l'usage de l'irlandais sur les plaques odonymiques (noms de rue). Cette loi est demeurée en vigueur jusqu’à récemment. Cependant, l'ordonnance de 1995 sur l'administration locale pour l'Irlande du Nord (Local Government, Miscellaneous Provisions, Northern Ireland, Order 1995) a réintroduit une législation donnant aux conseils de district le pouvoir de nommer les rues dans «une autre langue», parallèlement à la dénomination anglaise:

Section 11

Powers of councils in relation to street names and numbering of buildings

1) A council may erect at or near each end, corner or entrance of any street in its district a nameplate showing the name of the street; and a nameplate erected under this paragraph—

(a) shall express the name of the street in English; and
(b) may express that name in any other language.

2) A council may, immediately adjacent to a nameplate erected under paragraph (1) which expresses the name of a street in English only, erect a second nameplate expressing the name of the street in a language other than English.

Article 11

Pouvoirs des conseils pour les noms de rue et la numérotation des édifices

1)
Un conseil peut ériger au ou près de chaque fin, coin ou entrée de rue dans son district une enseigne montrant le nom de la rue; et une enseigne érigée en vertu du présent paragraphe:

(a) doit exprimer le nom de la rue en anglais; et
(b) peut exprimer ce nom en une autre langue.

2) Un conseil peut, immédiatement contiguë à une enseigne érigée en vertu du paragraphe 1 désignant le nom d'une rue seulement en anglais, apposer une seconde enseigne désignant le nom de la rue dans une autre langue que l'anglais.

Dans ce cas, les conseils de district doivent tenir compte de l'opinion des citoyens résidant à proximité de la rue en question. Il n'existe aucune restriction quant à l'usage de la version irlandaise d'autres parties des adresses telles que le ''townland'' (plus petite division administrative, propre à l'Irlande), la ville ou le comté. Le texte de l'Ordonnance de 1995 a permis l'adoption de noms de rues bilingues anglais-irlandais et anglais-scots d'Ulster. Un certain nombre d'affiches odonymiques (environ 500) ont été ont été libellées en irlandais et en anglais. Pour ce qui est de la signalisation routière, on ne compte que quelques panneaux bilingues (anglais-irlandais) près de la frontière de la république d'Irlande, là où est concentrée une partie des Irlandais celtophones (catholiques).

Londonderry est le nom officiel et légal de la seconde ville d'Irlande du Nord par sa population, après Belfast; c'est également la quatrième plus grande ville de toute l'île d'Irlande. Cependant, les nationalistes et la plupart des catholiques d’Ulster utilisent le nom de Derry, tandis que la plupart des protestants unionistes préfèrent Londonderry, ce qui n'exclut pas que le nom Derry soit couramment employé par les deux communautés. Bien que tous les panneaux routiers présentent l'appellation Londonderry, la plupart d'entre eux ont été effacés ou maculés partiellement en (London)derry. Dans la république d'Irlande, seule l'appellation Derry est utilisée, que ce soit sur les cartes, dans les médias ou dans les conversations personnelles. 

4.4 L'éducation

Le système d'enseignement de l'Irlande du Nord est identique à celui de tout le Royaume-Uni et il est soumis aux mêmes lois, notamment à la  Loi sur l'éducation de 2002. Tous les citoyens habitant l'Irlande du Nord sont assurés de recevoir un enseignement en anglais. La scolarité obligatoire du Programme national est formée de quatre «cycles» (''key stages'': «étapes-clés» ou «niveaux-seuil»), dont deux au primaire et deux au secondaire:

Enseignement primaire
(Primary school)
KEY STAGE 1
(Infant school)
1re année 5 - 8 ans
2e année
3e année
KEY STAGE 2
(Junior school)
4e année 8 - 11 ans
5e année
6e année
Enseignement secondaire
(Secondary school)
KEY STAGE 3 7e année 11 - 14 ans
8e année
9e année
KEY STAGE 4 10e année 14 - 16 ans
11e année

Les matières obligatoires du programme dans les écoles primaires sont réglementées par la Loi sur l'éducation (Education Act 2002) du Royaume-Uni. Les trois «matières principales» (''core subjects'') comprennent les cours d’anglais, de mathématiques et de science. Les articles 105 et 106 de la Loi sur l'éducation de 2002 décrivent les programmes pour chacun des cycles (''Key stages'').

Cependant, d'après l'ordonnance de 1998 sur l'éducation pour l'Irlande du Nord (''Education (Northern Ireland) Order 1996''), le ministère nord-irlandais de l'Éducation est tenu, en principe, d'encourager et d'organiser le développement de l'enseignement en langue irlandaise. Mais l'article 3 de cette ordonnance paraît quelque peu ambigu, car il ne précise aucune langue, laquelle est assimilée à des «besoins spéciaux en éducation»:

Section 3

Meaning of "special educational needs" and "special educational provision" etc.

3) A child is not to be taken as having a learning difficulty solely because the language (or form of the language) in which he is, or will be, taught is different from a language (or form of a language) which has at any time been spoken in his home.

Article 3

Signification de "besoins spéciaux en éducation" et "dispositions spéciales en éducation", etc.

3) Un enfant ne doit pas être considéré comme ayant d'une difficulté d'apprentissage uniquement parce que la langue (ou type de langue) dans laquelle il apprend, a appris ou apprendra diffère d'une langue (ou type de langue) qu'il a toujours parlé à la maison.

En Irlande du Nord, la langue irlandaise est incluse dans le Programme national de l'Angleterre ("National Curriculum in England"), mais il faut aussi comprendre que l'enseignement de l'irlandais est proposé comme un cours facultatif dans le cadre des langues étrangères avec le français, l'allemand, l'italien et l'espagnol. L'article 35 de l'Annexe 3 (Schedule 3) de l'ordonnance de 1996 sur l'éducation pour l'Irlande du Nord est précis sur les matières obligatoires (''compulsory contributory subjects''):

Cycle 1
(''Key stage 1'')
Cycle 2
(''Key stage 2'')
Cycle 3
(''Key stage 3'')
Cycle 4
(''Key stage 4'')
Domaine d'études Matières obligatoires
dans les étapes 1 et 2
Matières obligatoires
dans l'étape 3
Matières obligatoires
dans l'étape 3
Anglais Anglais (A) Anglais (A) Anglais (A)
Mathématiques Mathématiques (A) Mathématiques (A) Mathématiques (A)
Science et technologie Science (A)


    Science (A)
    Technologie et design (A)
     

Science (A)
Environnement et société


    Histoire (A)
    Géographie (A)
     


    Histoire (A)
    Géographie (A)
     

Histoire ou Géographie, ou Études des affaires ou Sciences économiques ou Sciences politiques ou Économie domestique or Études environnementales ou sociales (A)
Études artistiques et expressives


    Éducation physique
    Art et design
    Musique
     

    Éducation physique
    Art et design
    Musique

Éducation physique

Études d'une langue

Irlandais (seulement dans les écoles de langue irlandaise) (A) Français ou allemand ou italien
ou espagnol ou irlandais (A)
Français ou allemand ou italien
ou espagnol ou irlandais (A)

Le même ministère de l'Éducation a créé, en août 2000, un organisme (le Comhairle na Gaelscolaíochta) chargé de la promotion de l'irlandais; cet organisme a pour objectifs de promouvoir, d'organiser et d'encourager le développement de l'enseignement en irlandais en Irlande du Nord, de représenter ce secteur et d'entretenir des liens avec le Ministère, en le conseillant sur différentes questions relatives à l'enseignement de l'irlandais.

Le statut d'école subventionnée a été accordé à plusieurs écoles primaires de langue irlandaise. Parmi les critères de viabilité pour ces écoles primaires irlandaises et mixtes (irlandais-anglais), il faut compter un minimum de 15 élèves pour les écoles de Belfast et de Londonderry, et 12 partout ailleurs. Il est rare que l'irlandais soit enseigné dans les écoles primaires (catholiques). Mais il existe une section pour l'enseignement de l'irlandais dans les «Irish Medium Primary Schools». On y compte quelque 35 écoles maternelles (Naíscoileanna) dont peu sont financées par le gouvernement, 25 écoles primaires (Bunscoileanna) dont 10 sont financées par le gouvernement et deux écoles secondaires (Meánscoileanna), toutes deux financées par le gouvernement: l’une est située à Belfast, l’autre à Londonderry. Le nombre des élèves qui étudient l'irlandais au niveau secondaire était de 2452 en 2000/2001, puis 2670 en 2001/20002 et 2689 en 2002/2003.

Le système d'éducation prévoit des cours d'irlandais à l'intention des adultes dans la plupart des régions de l'Irlande du Nord. L'administration de l'Irlande du Nord soutient, grâce à l'aide de l'Organisme Nord/Sud pour la langues, les organismes qui proposent des cours d'irlandais ou de scots d'Ulster. Le ministère de l'Éducation a créé en août 2000 un organisme de promotion, le Comhairle na Gaelscolaíochta, qui a pour objectif, entre autres, de faciliter et d'encourager le développement de l'enseignement en irlandais en Irlande du Nord, de représenter ce secteur et d'entretenir des liens avec le Ministère, en le conseillant sur différentes questions relatives à l'enseignement de l'irlandais.

En ce qui a trait à l'enseignement supérieur, les universités d'Irlande du Nord  — Open University in Ireland, Queen's University Belfast et University of Ulster  — proposent un programme d'irlandais dans les divers cycles universitaires. La Queen's University de Belfast offre aux étudiants de premier cycle préparant un diplôme d'anglais la possibilité d'étudier le scots d'Ulster dans le cadre d'un module irlandais-anglais.

4.5 Les médias

Tous les journaux de l'Irlande du Nord sont publiés en anglais. Il n’existe aucun journal en langue irlandaise, mais le Bureau du scots d'Ulster publie le journal Ulster-Scot, dont le premier numéro est paru en novembre 2002. L'Ulster Scot est inséré gratuitement dans l'édition dominicale d'un journal régional d'Irlande du Nord, le Newsletter. Chaque édition du quotidien Irish News offre un supplément en irlandais intitulé An tEolas.

La BBC nord-irlandaise a produit et diffusé, régulièrement pour la radio et de façon occasionnelle pour la télévision, des émissions sur le scots d'Ulster. La BBC diffuse en irlandais quelque 150 heures de radio et seulement trois ou quatre heures de télévision, et ce, au cours de toute une année. Les émissions en irlandais des radios et télévisions de la république d'Irlande (RTE et TG4) peuvent être captées facilement en Irlande du Nord. En raison des nouvelles conditions de diffusion, la couverture de RTE et TG4 est passée de 30 % à près de 70 % de la population d'Irlande du Nord.   

C'est pourquoi le gouvernement britannique et l'Administration locale ne peuvent qu'encourager la diffusion de l'irlandais. D'ailleurs, le gouvernement britannique s'est engagé à garantir la liberté de réception directe des émissions de radio et de télévision des pays voisins dans une langue pratiquée sous une forme identique ou proche de l'irlandais, et à ne pas s'opposer à la retransmission d'émissions de radio et de télévision des pays voisins dans cette langue; à veiller à ce qu'aucune restriction à la liberté d'expression et à la libre circulation de l'information dans une langue pratiquée sous une forme identique ou proche de l'irlandais ne soit imposée à la presse écrite.

En Irlande du Nord, il est difficile de parler de droits linguistiques à l'égard de l'irlandais, car cette langue, lorsqu'elle est parlée, constitue une langue seconde. Par contre, les Scots d'Usler parlent souvent le scots d'Usler comme langue maternelle, et ils sont tous bilingues (anglais-scots). La quasi-liquidation des langues nationales d'Irlande du Nord sont le résultat d'une longue politique d'assimilation pratiquée par les différents gouvernements anglais au cours de  l'histoire. Maintenant que l'irlandais et le scots d'Usler ne peuvent plus constituer un danger pour l’anglais, leur survie étant devenue extrêmement précaire, le gouvernement de Sa Majesté peut se payer le luxe de la générosité en accordant une certaine autonomie politique aux Irlandais, qui pourraient éventuellement tenter de restaurer leurs langues ancestrales. 

Bien que les réformes du Royaume-Uni fussent nécessaires, elles semblent arriver un peu trop tard. L’assimilation est devenue une issue incontournable pour ces minorités nationales du Royaume-Uni. Plus rien n’empêchera la très grande majorité des Scots d'Usler et des Irlandais de souche de continuer à faire usage de l’anglais dans leur vie quotidienne, à leur travail ou à l’école. Peu importe les subventions gouvernementales de Sa Majesté, les directives de l’Union européenne, la restauration de l'administration régionale ou les campagnes de promotion linguistique, l’imaginaire collectif des minorités continuera de s’exprimer en anglais. L’irlandais risque de demeurer une «langue de décoration», c'est-à-dire une langue identitaire qu’on emploiera dans les lois, les noms de rue, les menus de restaurant, etc., mais pas dans la vraie vie. On ne voit pas comment l'irlandais et le scots d'Usler pourraient devenir des instruments de communication généralisés dans la vie quotidienne des Irlandais du Nord.

Enfin, il faut souligner fortement que le territoire actuel de l'Irlande du Nord constitue aujourd'hui un anachronisme destiné à protéger ad nauseam  la minorité anglo-protestante de l'île d'Irlande. Jusqu'à tout récemment, les Irlandais du Nord ont joué à une guerre rétrograde qui relevait du Moyen Âge. Or, le gouvernement britannique n'a plus l'énergie nécessaire pour perpétuer un passé colonial de plusieurs siècles, pendant lequel il a défendu ses intérêts économiques et stratégiques dans l'île, sans tenir compte des souhaits de la majorité du peuple irlandais. 

Certes, Londres joue encore un rôle-clé dans le conflit irlandais et sa position, fatalement partiale, n'a pas fini de conditionner le contenu et l'issue des négociations jamais terminées. De plus, il y a eu un événement crucial: les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Pendant un bout de temps, il n’y a plus eu de mitraillette et les républicains de l’Irlande du Nord ont choisi la voie politique. L’IRA a finalement déposé les armes, éclipsée par le terrorisme islamique. Ce geste historique a été salué partout dans le monde entier. La célèbre maxime de l'IRA «un bulletin de vote dans une main, une mitraillette dans l'autre» ne fonctionnait plus. Depuis que la Grande-Bretagne est devenue une alliée des États-Unis dans la lutte au terrorisme, l'IRA avait perdu toute liberté d'action, sauf rentrer dans «le club des bons garçons». Il aura fallu une secousse sismique, les attentats du 11 septembre 2001, pour forcer l’IRA à désarmer.  

Depuis lors, la province britannique nord-irlandaise continue d'avoir beaucoup de difficultés à fonctionner convenablement, nationalistes et unionistes s'accusant mutuellement de rompre toute négociation. Toutes les raisons sont bonnes pour ne jamais arriver à une entente qui tienne! On peut soupçonner les unionistes d'entraver tout accord de façon à mettre la province en tutelle par le Royaume-Uni. On peut croire que les nationalistes font tout pour se rapprocher de la république d'Irlande de façon à provoquer les unionistes. Quoi qu’il en soit, la Grande-Bretagne et les protestants nord-irlandais devront se faire à l’idée que l'Ulster va un jour leur échapper et retournera à la république d'Irlande, même si ce n'est pas demain la veille. Cette scission entre les deux Irlandes relève d'un passé colonial révolu.

Lois diverses à portée linguistique pour l'Irlande du Nord

Dernière mise à jour: 09 avr. 2017
 

Royaume-Uni

 

Angleterre
 

Pays de Galles
 

Écosse
 

Île de Man
 

Î
les Anglo-Normandes

 

Bibliographie
 

 

La république d'Irlande

L'Europe

 

Accueil: aménagement linguistique dans le monde