[Flag of Azerbaijan]
République azerbaïdjanaise

Azerbaïdjan

2) La politique linguistique à l'égard
de la langue officielle

La politique linguistique de l'Azerbaïdjan repose sur un certain nombre de textes juridiques, dont la Constitution de 1995, la Loi sur le rétablissement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine du 25 décembre 1991, la Loi sur la langue officielle du 22 décembre 1992, le Décret de l'Assemblée nationale sur la mise en œuvre de la Loi sur la langue officielle du 22 décembre 1992, le Décret du président de la République azerbaïdjanaise, du 16 septembre 1992, portant «sur la protection des droits et libertés et sur le soutien de l’État à la promotion des langues et cultures des minorités nationales des groupes ethniques restreints vivant sur le territoire de la République azerbaïdjanaise». Depuis 2002, il faut aussi tenir compte de la Loi sur la langue officielle de la République azerbaïdjanaise du 30 septembre 2002, car elle abrogeait la loi de 1992.

La loi de 2002 est destinée à promouvoir la langue officielle, l'azerbaïdjanais (azéri). Cette loi été adoptée en raison de l'usage du russe perçu comme menaçant en Azerbaïdjan. D'après le Congrès démocratique de l'Azerbaïdjan, un parti nationaliste influent, la langue russe avait augmenté sa domination à travers le pays au cours des dernières années et les écoles russes se seraient multipliées; on voulait aussi encourager les Russes à apprendre l'azerbaïdjanais. La loi stipule, entre autres, que les textes officiels ne peuvent être rédigés qu’en azerbaïdjanais et avec l’alphabet latin au lieu du cyrillique. Évidemment, la loi a irrité la minorité russe du pays, qui prétend qu'elle viole leurs droits. La loi exige notamment que tous les documents officiels soient écrits uniquement en azéri, avec l'alphabet latin plutôt qu'en cyrillique; elle rend obligatoire le doublage en azéri pour toutes les émissions de télévision.

Comme dans d'autres pays, la politique linguistique comporte donc deux volets: l'un sur la langue officielle, l'autre sur les langues des minorités nationales. Mais, auparavant, jetons un coup d'œil sur la politique linguistique sous le régime soviétique, ainsi que l’augmentation du nombre d’écoles dispensant un enseignement dans cette langue, ce qui présentait une menace pour la langue azérie. Par ailleurs, elle encourage l’apprentissage de cette dernière par les Russes et les autres minorités russophones.

1 La politique linguistique sous le régime soviétique

Sous le régime soviétique, le russe était la langue officielle la langue officielle de l'Union, alors que chacune des langues dites «titulaires» l'était dans chacune des républiques. Même si le russe n'a jamais été déclaré formellement langue officielle, ni par l'Union ni par aucune république, pas même pas en Russie (1978), il a toujours joui dans les faits du statut de langue officielle jusqu'en 1991.

1.1    L'égalité des langues titulaires et du russe

Quand on lit la Constitution du 21 avril 1978 de l'Azerbaïdjan, on constate que l'accent est mis sur l'égalité de toutes les langues de l'ex-URSS. En réalité, la politique linguistique de l'Azerbaïdjan soviétique était tout axée sur l’égalité des droits linguistiques de tous les citoyens, surtout ceux des russophones, et sur le développement harmonieux de toutes les nations et ethnies de l’URSS. C'était une façon de banaliser toutes les langues nationales (ou tutélaires) et d'accorder un statut privilégié au russe. C’est ainsi qu’on pouvait lire aux articles 32 et 34:

Article 32

1) Les citoyens de la République socialiste soviétique (RSS) d'Azerbaïdjan sont égaux devant la loi indépendamment de leur origine, de leur situation sociale et de leurs biens, de leur appartenance raciale et nationale, de leur sexe, de leur niveau d'instruction, de leur langue, de leur attitude vis-à-vis de la religion, du genre et du caractère de leurs occupations, de leur lieu de résidence et autres circonstances.

2) L'égalité en droit des citoyens de la RSS d'Azerbaïdjan est garantie dans tous les domaines de la vie économique, politique, sociale et culturelle.

Article 34

1) Les citoyens de la RSS d'Azerbaïdjan de races et de nationalités différentes jouissent de droits égaux.

2) L'exercice de ces droits est garanti par la politique de développement harmonieux et de rapprochement de toutes les nations et ethnies de l'URSS, par l'éducation des citoyens dans l'esprit du patriotisme soviétique et de l'internationalisme socialiste, par la possibilité d'utiliser sa langue maternelle et la langue des autres peuples de l'URSS.

3) Toute restriction directe ou indirecte des droits, tout établissement de privilèges directs ou indirects pour les citoyens en raison de la race ou de la nationalité, de même que toute propagande d'exclusivisme racial ou national, de haine ou de mépris sont punis par la loi.

Malgré tout, à l'article 73, l'azéri (et non l'azerbaïdjanais) était reconnu comme la langue officielle de la République:

Article 73

1) L'azéri est la langue officielle de la RSS d'Azerbaïdjan.

2) La RSS d'Azerbaïdjan garantit l'utilisation dans les organismes gouvernementaux et sociaux, dans les institutions culturelles, dans les institutions d'enseignement et autres, de la langue azérie et elle assure tout le soin possible de l'État à son développement.

3) En RSS d'Azerbaïdjan, sur la base de l'égalité en droit, est garantie dans les institutions et organismes susmentionnés la libre utilisation du russe ainsi que des autres langues qu'emploie la population.

4) Aucun privilège ou aucune restriction dans l'utilisation de ces langues ou d'autres langues n'est autorisé.

Toutefois, le reconnaissance de l'azéri comme langue officielle n'empêchait pas les russophones de jouir de tous les droits et privilèges de la langue officielle de l'Union. À cette époque bénie, la vie était facile pour les russophones vivant dans les républiques de l'Union, en Azerbaïdjan comme ailleurs. En effet, ces derniers bénéficiaient de tous les avantages d’une majorité fonctionnelle qui n’avait pas besoin d’être bilingue; ils détenaient les clés de la domination économique, sociale, culturelle, etc. 

Il faut aussi souligner l'article 171 de la Constitution de 1978 qui rendait obligatoirement trilingues les lois publiées par l'Azerbaïdjan, soit en azéri, en russe et en arménien:

Article 117

Les lois de la RSS d'Azerbaïdjan, les décrets et les autres documents du Soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan sont publiés dans les langues azérie, russe et arménienne, et portent les signatures du président et du secrétaire du Soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan.

Il semble que, d'après les Azerbaïdjanais, les Russes auraient toujours favorisé les Arméniens au sein de la République azerbaïdjanaise, surtout dans le Haut-Karabagh. Les Arméniens sont chrétiens, les Azerbaïdjanais, musulmans. D'ailleurs, l'aide russe aux Arméniens dans le conflit arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabagh est manifeste.

1.2 L'éducation et la justice

En éducation, les Russes pouvaient exiger que leurs enfants reçoivent leur instruction uniquement en langue russe (art. 43 de la Constitution de 1978):

Article 43

1) Les citoyens de la RSS d'Azerbaïdjan ont droit à l'instruction.

2) Ce droit est garanti par la gratuité de tous les types de formation, par la réalisation de l'enseignement secondaire obligatoire universel de la jeunesse, par le vaste développement de l'enseignement secondaire spécialisé, de l'enseignement professionnel et technique et de l'enseignement supérieur sur la base du rapport de l'enseignement avec la vie et avec la production; par le développement des cours par correspondance et des cours du soir; par l'octroi de bourses du gouvernement et d'avantages aux élèves et aux étudiants; par la possibilité d'un enseignement à l'école dans la langue maternelle; par la création de conditions pour l'autodidaxie.

 En matière de justice, il en était ainsi dans la procédure judiciaire (art. 171): 

Article 171

La procédure judiciaire dans la RSS d'Azerbaïdjan est conduite dans la langue azérie ou dans la langue de la république autonome ou de la région autonome ou dans la langue de la majorité de la population de la localité donnée. Les personnes participant au procès et ne possédant pas la langue dans laquelle se fait la procédure judiciaire ont le droit de prendre pleinement connaissance du dossier, de prendre part aux actions judiciaires par l'intermédiaire d'un interprète et de s'exprimer durant l'audience dans leur langue maternelle.

Malgré tout, les Azerbaïdjanais n'ont jamais fréquenté beaucoup les écoles russes. Ces dernières étaient, dans les faits, réservées aux Russes et à la plupart des minorités nationales telles que les Arméniens, les Lezghiens, les Géorgiens, etc. Le russe était la langue des communications interethniques. C'est pourquoi cette langue avait un prestige supérieur à l'azéri. Beaucoup de fonctionnaires dans les centres urbains avaient de la difficulté de s'exprimer en une autre langue que le russe. Ajoutons aussi que l'azerbaïdjanais était relégué au second plan comme langue de travail, sauf dans les régions rurales. On comprendra que, dans ces conditions, les milieux nationalistes aient trouvé un terrain propice à leurs revendications bien que la russification n'ait jamais été très avancée en Azerbaïdjan.  

La situation commença à changer vers la fin du régime soviétique, notamment avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir et la perestroïka, puis la chute du mur de Berlin, l'effondrement des régimes communistes, la fin du monopole politique des partis communistes, etc. 

2 La langue officielle de l'Azerbaïdjan indépendant

L’effondrement du bloc communiste conduisit l’Azerbaïdjan à proclamer son indépendance le 30 août 1991. L'article 21 de la Constitution du 12 novembre 1995 déclare que «la langue azerbaïdjanaise est la langue officielle de la République» et que l'État azerbaïdjanais «assurera le développement de la langue azerbaïdjanaise»:

Article 21
La langue officielle

I)
La langue azerbaïdjanaise est la langue officielle de la République azerbaïdjanaise.

2) La République azerbaïdjanaise assurera le développement de la langue azerbaïdjanaise.

[...]

Il faut comprendre que l'azerbaïdjanais et l'azéri sont des termes synonymes et qu'ils peuvent être employés l'un à la place de l'autre. Néanmoins, la loi constitutionnelle utilise plutôt le terme azerbaïdjanais, alors que la Loi sur la langue officielle de 1992 emploie l'expression langue turque ou langue officielle

Préambule

Considérant que l'usage de la langue turque comme langue officielle est l’une des conditions de réalisation de sa souveraineté, de sa persévérance et de son développement, la République azerbaïdjanaise soutient les Azéris vivant à l'étranger pour obtenir l'éducation dans leur langue maternelle et l'usage nécessaire de leur culture nationale.

Cette loi détermine le statut juridique de la langue turque.

Cette loi ne réglemente pas l'emploi des autres langues dans les communications interpersonnelles informelles.

Toutefois, la la Loi sur la langue officielle de 1992 a été abrogée par la Loi sur la langue officielle de 2002.

3 Le retour à l'alphabet latin

Rappelons qu'après l’effondrement du bloc communiste l’Azerbaïdjan proclamait son indépendance le 30 août 1991. Le 25 décembre 1991, le Parlement azerbaïdjanais abrogeait la Loi de la RSS d'Azerbaïdjanais sur le transfert de l'écriture azerbaïdjanaise avec le latin par l'alphabet russe (du 11 juillet 1939) et adoptait la Loi sur le rétablissement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine du 25 décembre 1991, qui imposait à nouveau l'alphabet latin (32 lettres). Dans le cadre de l'adoption de la Loi de la République azerbaïdjanaise sur le rétablissement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine, le Conseil national du Soviet suprême de la République azerbaïdjanaise décidait en 1991 :

1. L'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine comprenant 32 lettres, avec des modifications mineures s'alignant comme suit : Аа, Вв, Сс, Ээ, Dd, Ее, Зз, Ff, Gg, Дд, Hh, Хх, Лл, Кк Jj, Qq, Ll, Mm, Nn, Oo, Уу, Pр, Rr, Ss, Яя, Tt, Uu, Щщ, Vv, Yщ, Zz.

2. Le rétablissement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine devait se réaliser en deux étapes, en 1992 et en 1993.

À partir de 1992, il a fallu intégrer le nouvel alphabet dans les écoles primaires dès le mois de septembre. Puis on a organisé des cours facultatifs sur le nouvel alphabet latin dans les établissements supérieurs, notamment dans les collèges, les lycées et les universités. Le gouvernement a également institué des cours à l'intention des enseignants, des dactylos, des journalistes, etc. Il a fallu aussi rédiger de nouveaux imprimés administratifs, ce qui inclut les formulaires, les timbres, les cartes et autres documentations, sans oublier des grammaires et des dictionnaires. Les stations de télévision ont été réquisitionnées pour offrir des cours d'alphabet latin à la population.  Enfin, on a modifié graduellement l'écriture de noms de rue, la publicité et les raisons sociales des institutions commerciales. En 1993, les manuels de classes destinés aux écoles secondaires étaient imprimés en alphabet latin. Ont suivi l'impression des journaux ainsi que les systèmes d'ordinateur. 

Comme on pouvait s'y attendre, l'alphabet latin est devenu officiel dans tous les organismes gouvernementaux (affichage, correspondance, documents, etc.), les plaques odonymiques (nom des rues), les actes de naissance et de décès, les passeports, les contrats officiels, la procédure judiciaire, etc. Cependant, la loi ne concerne pas les entreprises privées, ni les commerces, ni l'étiquetage des marchandises importées. C'est pourquoi l'alphabet latin n'est pas toujours employé, notamment dans la publicité, les panneaux d'affichage (nom des commerces) et dans les journaux. Par exemple, certains journaux ont pris des noms étrangers (The Express, The Alternativ, etc.) ou publient les titres en alphabet latin, alors que le texte est rédigé entièrement avec l'alphabet cyrillique. Cette situation devient problématique pour la société azerbaïdjanaise, car elle crée des distorsions entre les jeunes (formés à l'alphabet latin) et les plus âgés (qui ne lisent souvent qu'en cyrillique). 

4 La langue de l'État azerbaïdjanais selon la loi de 1992

Le 22 décembre 1992, le Parlement adoptait Loi sur la langue officielle de la République azerbaïdjanaise qui, rappelons-le, a été abrogée en 2002 par une nouvelle loi sur la langue officielle appelée alors «langue turque» pour désigner l'azerbaïdjanais ou l'azéri. L'article 1 proclamait que «la langue officielle de la République azerbaïdjanaise est la langue turque» et que «tous les organismes gouvernementaux conduisent leurs activités dans la langue turque»:

Article 1er

La langue officielle de la République azerbaïdjanaise est la langue turque. Tous les organismes gouvernementaux conduisent leurs activités dans la langue turque. La langue turque, en tant que langue officielle de la République, est employée dans toutes les sphères de la vie politique, économique, publique, scientifique et culturelle, et est utilisée pour la communication internationale sur le territoire de la République. L'étude de la langue turque par les représentants d'autres nationalités est appréciée et reçoivent un appui pour pour cette initiative.

Cela signifie que l'azéri ou l'azerbaïdjanais (la «langue turque») est employé dans toutes les activités de l'État, que ce soit au Parlement (Milli Mejlis), dans l'Administration, la justice, l'éducation, etc. D'ailleurs, en vertu des articles 8 et 9 de la Loi sur la langue officielle, les délibérations et les lois doivent se faire «dans la langue turque»:

Article 8

1) Les sessions du Conseil suprême de la République azerbaïdjanaise seront conduites en langue turque. [...]

2) Les projets de loi et autres documents juridiques soumis au Conseil suprême de la République azerbaïdjanaise ainsi qu’à ses commissions sont dans la langue officielle de la République azerbaïdjanaise.

Article 9

Les lois et autres documents juridiques adoptés par l'Assemblée nationale de la République azerbaïdjanaise, ainsi que ses commissions, sont publiés en langue turque par le président de la République azerbaïdjanaise.

En matière de justice, la «langue turque» (azéri) doit être employée, mais ceux qui ignorent cette langue ont le droit de recourir aux services d'un interprète (art. 5):

Article 5

Les affaires juridiques et les actes des notaires sont conduites en langue turque. Quiconque est pris à partie dans cette situation et ignore la langue officielle a le droit de demander l’aide d’un traducteur et de prendre part aux séances de la cour par les services d’un interprète et de faire usage de sa langue maternelle.

Il en est ainsi de la langue de l'Administration. Conformément à l'article 10 de la Loi sur la langue officielle, les publications officielles des actes provenant des organismes de l’État et des autorités de la République autonome du Nakhitchevan sont rédigées dans la langue officielle:

Article 10

Les publications officielles des actes provenant des organismes de l’État et des autorités de la République autonome du Nakhitchevan sont rédigées dans la langue officielle de la République azerbaïdjanaise.

C'est pourquoi «les textes des formulaires, timbres et des panneaux indicatifs, ainsi que le nom des ministères, établissements, entreprises et organismes de la République azerbaïdjanaise et de la République autonome du Nakhitchevan sont rédigés en langue turque» ou azérie (art. 12).

Dans ces conditions, en vertu de l'article 4 de la Loi sur la langue officielle, les réponses aux propositions, demandes et plaintes des citoyens de la République doivent être transmises dans la langue officielle:

Article 4

Les réponses aux propositions, demandes et plaintes des citoyens de la République azerbaïdjanaise sont transmises dans la langue officielle de la République azerbaïdjanaise.

On ne se surprendra pas que, selon l'article 6 de la Loi sur la langue officielle, les documents officiels, les cartes d’identité ou toute information sur ce sujet (passeport, livre de travail, livre militaire, diplôme ou réception d'un diplôme, certificats de naissance, de mariage, de décès, etc.) soient rédigés «en langue turque». De plus, l'article 7 précise que les employés dans le domaine des services (commerce, personnel médical, transport, communication internationale, etc.) emploient la langue officielle de la République azerbaïdjanaise pendant leurs heures ouvrables:

Article 7

Les employés dans le domaine des services (commerce, personnel médical, transport, communication internationale, etc.) emploient la langue officielle de la République azerbaïdjanaise pendant leurs heures ouvrables. L’absence de service est interdit sous prétexte du manque de connaissance de la langue.

D'après l'article 16 de la Loi sur la langue officielle, les noms des localités, des unités administratives et autres sites géographiques sur le territoire de la République azerbaïdjanaise sont rédigés dans la langue officielle. Quant au nom des organismes de l’État, des ministères, des comités, des établissements, des organisations et de leurs succursales, il doit être «rédigé en langue turque» (art. 17). En réalité, ces dispositions sont adoptées pour tenir en échec la langue russe qui, pendant longtemps, a tenu le haut du pavé.

La législation linguistique de 1992 ne touchait pas les communications non officielles et interpersonnelles. Ainsi, les transactions n' impliquant pas des organismes ou institutions de l'État pouvaient être utilisées en n'importe quelle langue choisie par les parties. Il en résulte que l'Azerbaïdjan devait faire face à trois langues de travail qui se font concurrence: l'azéri (azerbaïdjanais), le russe et l'anglais. Cependant, pour toute forme d'enregistrement officiel des contrats ou actes de vente, les documents doivent être accompagnés d'une traduction en azerbaïdjanais. 

Ajoutons aussi quelques mots sur la Loi sur la citoyenneté de 1998. Seuls les articles 3 et 14 portent sur la langue. L'article 3 précise que les droits, libertés et obligations des citoyens sont égaux, indépendamment de leur origine et notamment de leur langue. L'article 14 énonce qu'un étranger ou un apatride résidant sur le territoire de la République depuis les cinq dernières années, qui soumet un document certifiant sa connaissance de la langue officielle, peut se voir accorder la citoyenneté à sa demande personnelle.

Law on Citizenship of the Azerbaijan Republic
(In force since 30 September 1998)

Article 3.

Equality of Citizenship

1) Citizenship of the Azerbaijan Republic shall be equal to everyone regardless of the basis of its acquisition.

2) The rights, freedoms and obligations of the citizens of the Azerbaijan Republic shall be equal regardless of their origin, social and property status, race and nationality, sex, educational background, language, religious views, political and other convictions, type and nature of employment, place of residence and the time lived in such a place of residence, as well as of other factors.

Article 14.

Admission to Citizenship of the Azerbaijan Republic

1) A foreigner or stateless person residing on the territory of the Azerbaijan Republic for the last 5 years, who submits a document certifying his/her knowledge of the state language, may be admitted to citizenship of the Azerbaijan Republic upon his/her personal application in accordance with this Law, regardless of his/her origin, social and property status, race and
nationality, sex, educational background, language, religious views, political and other convictions.

[...]

Loi sur la citoyenneté de la république d'Azerbaïdjan
(en vigueur au 30 septembre 1998)

Article 3

Égalité à la citoyenneté

1) La citoyenneté de la république d'Azerbaïdjan est égale pour tous indépendamment de la base de son acquisition.

2) Les droits, libertés et obligations des citoyens de la république d'Azerbaïdjan sont égaux, indépendamment de leur origine, de leur statut social et de propriété, de leur race et nationalité, de leur sexe, leur niveau d'instruction, leur langue, leurs opinions religieuses, politiques et autres, du type et de la nature de leur emploi, de leur lieu de résidence et du temps vécu dans un lieu de résidence, ainsi que d'autres facteurs.

Article 14

Admission à la citoyenneté de la république d'Azerbaïdjan

1) Un étranger ou un apatride résidant sur le territoire de la république d'Azerbaïdjan depuis les cinq dernières années, qui soumet un document certifiant sa connaissance de la langue officielle, peut se voir accorder la citoyenneté de la république d'Azerbaïdjan à sa demande personnelle, conformément à la présente loi, indépendamment de son origine, son statut social et de propriété, sa race et sa nationalité, son sexe, son instruction, sa langue, ses opinions religieuses, politiques et autres.

[...]

Il n'y a pas de discrimination sur la langue, mais il faut néanmoins produire un document certifiant sa connaissance de la langue officielle, l'azerbaïdjanais. La réglementation du 30 août 1999 précise qu'il faut un certificat du ministère de l'Éducation prouvant la connaissance de la langue officielle l'Azerbaïdjan.

5 La langue de l'État azerbaïdjanais selon la loi de 2002

La Loi sur la langue officielle de 2002 a été adoptée dans un climat de controverse, surtout de la part des russophones. La rédaction de la nouvelle loi de 2002 répondait à l'usage croissant du russe, notamment dans le monde scolaire, alors que nombre d'écoles de langue russe augmentait régulièrement, ce qui était considéré les autorités azerbaïdjanaises comme une «sonnette d'alarme» pour la langue officielle, l'azerbaïdjanais. Ainsi, le pays avait vu une vingtaine de nouveaux établissements privés en russe au cours des dernières années. Contrairement à la loi de 1992 qui employait l'expression «langue turque» pour désigner la langue officielle, la loi de 2002 emploie en russe le terme азербайджанский (azerbaydjanskiy), ce qui correspond à azerbaïdjanais.

De plus, les droits ne sont plus accordés aux individus, mais à la langue officielle elle-même. Ainsi, l'article 18 déclare qu'«il est interdit de faire de la propagande cachée ou manifeste contre la langue officielle, de résister à utiliser cette langue et de tenter de limiter ses droits historiquement établis». Les russophones considèrent que la nouvelle loi sur la langue brime leurs droits et leurs intérêts.

L'article 1er de la loi proclame le statut officiel de la langue azerbaïdjanaise:

Article 1er

Situation juridique de la langue officielle

1.1 La langue officielle de la République azerbaïdjanaise, conformément à la Partie I de l'article 21 de la Constitution de la République azerbaïdjanaise, est l'azerbaïdjanais. Chaque citoyen de la République azerbaïdjanaise est dans l'obligation de connaître la langue officielle.

1.2 L'azerbaïdjanais, comme la langue officielle de la République azerbaïdjanaise, est utilisé dans toutes les domaines de la vie politique, publique, économique, scientifique et culturelle du pays.

1.3 La République azerbaïdjanaise assure l'emploi, la protection et le développement de la langue officielle.

L'article 4 énonce que toutes les cérémonies officielles et les activités entreprises par les autorités publiques, les collectivités locales et les structures de l'État de la République azerbaïdjanaise sont tenues dans la langue officielle :

Article 4

Emploi de la langue officielle dans les cérémonies officielles

4.1. Toutes les cérémonies officielles et les activités entreprises par les autorités publiques, les collectivités locales et les structures de l'État de la République azerbaïdjanaise sont tenues dans la langue officielle de la République azerbaïdjanaise.

L'article 5 est celui qui diffère le plus par comparaison avec la législation de 1992. En effet, la loi de 1992 accordait aux Azerbaïdjanais le droit de choisir la langue d'instruction pour leurs enfants. Ce n'est plus le cas dans la loi de 2002, puisque l'éducation dans la République azerbaïdjanaise doit dorénavant se faire dans la langue officielle; même dans les établissements d'enseignement en d'autres langues, l'enseignement de la langue officielle est obligatoire:

Article 3 (1992, abrogé)

1) Les citoyens de la République azerbaïdjanaise ont la garantie et le droit de choisir leur langue de l'éducation.

2) Les nationalités et les minorités ethniques vivant sur le territoire de la République azerbaïdjanaise ont le droit, grâce aux organismes gouvernementaux de la République, de fonder des écoles primaires et secondaires, d’organiser des classes ou des groupes séparés, dans leur langue maternelle.

3) Dans les établissements d’enseignement dispensant l’enseignement dans une autre langue, l’étude de la langue turque, qui est la langue officielle, est dispensée obligatoirement.

Article 5 (2002)

Emploi de la langue officielle dans le domaine de l'éducation

5.1.
L'éducation dans la République azerbaïdjanaise doit se faire dans la langue officielle.

5.2. Les activités des établissements d'enseignement dans d'autres langues se font dans la République azerbaïdjanaise en conformité avec la législation. Dans ces établissements, l'enseignement de la langue officielle est obligatoire.

5.3. Lors de l'admission dans les établissements d'enseignement secondaire professionnel et supérieur dans la République azerbaïdjanaise, l'examen de la discipline «Langue azerbaïdjanaise» est obligatoire.

Cela ne signifie pas que l'enseignement des langues des minorités nationales est interdite, puisque l'article 45 de la Constitution accorde à toute personne le droit d’utiliser sa langue maternelle, mais dorénavant l'azerbaïdjanais doit au moins être enseigné comme langue seconde. Quoi qu'il en soit, cette disposition existait à l'article 3.3 de l'ancienne loi.

L'une des nouvelles exigences de la loi de 2002 est que les textes officiels ne doivent être rédigés qu’en azerbaïdjanais et en graphie latine au lieu du cyrillique:

Article 14

Alphabet de la langue officielle

L'alphabet de la langue officielle de la République azerbaïdjanaise est l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine.

Conformément à l'article 1.4 de la Loi sur la langue officielle de 2002, toutes les activités de la part des autorités compétentes de l'État et de l'autogestion locale, des structures de l'État, des formations politiques, des organisations non gouvernementales, des organisations syndicales, des autres personnes civiles, y compris leurs bureaux et leurs succursales, et de leurs institutions doivent s'effectuer en azerbaïdjanais.

La Loi sur la langue officielle de 2002 précise aussi que la langue officielle est obligatoire pour la radio-télédiffusion et les films (art. 6), les services, la publicité, les annonces, les étiquettes, les modes d'emploi (art. 7), les noms de personne ou patronymes (art. 8), le noms des unités administratives telles que les villes, villages, districts, etc. (art. 9), les sites géographiques (art. 10), les Forces armées, les actes notariés, la procédure judiciaire dans les tribunaux  (art. 11), la correspondance internationale (art. 12), l'édition, (art. 15), les actes de naissance, cartes d'identité, passeports (art. 16), etc. Dans tous les cas, il est obligatoire de respecter les règles de la langue officielle:

Article 13

Normes de la langue officielle

1)
Les normes de l'orthographe et l'orthoépie de l'azerbaïdjanais sont approuvées par les autorités compétentes du pouvoir exécutif. Les personnes morales, physiques et judiciaires doivent respecter les règles en question.

L'article 19 de la Loi sur la langue officielle de 2002 énonce enfin que les personnes morales, personnes physiques et judiciaires, ainsi que les fonctionnaires, qui violent la loi devront en assumer la responsabilité, en vertu des dispositions prévues par la législation de la République azerbaïdjanaise.

C'est pourquoi, dans les entreprises, les demandes d’embauche rédigées en russe ne sont plus acceptées. Il en est ainsi des dossiers d’inscription aux concours d'admission dans les universités, y compris dans les filières russes.

6 La langue des consommateurs

La Loi sur la langue officielle précise également à l'article 15 que «la publicité, les bulletins et autres informations visuelles peuvent être conçus dans la langue officielle et, si cela est nécessaire, simultanément dans une langue étrangère acceptable». Il en est de même pour les étiquettes des marchandises produites dans la République azerbaïdjanaise, les noms des produits alimentaires et industriels, ainsi que leur mode d'emploi (paragr. 3):

Article 15

3) Les étiquettes des marchandises produites dans la République azerbaïdjanaise, les noms des produits alimentaires et industriels, ainsi que leur mode d'emploi, seront rédigés en langue turque et, dans les cas jugés nécessaires, dans une langue étrangère acceptable.

Cette disposition ressemble à celles qui ont été adoptées par d'autres anciennes républiques de l'URSS (Lituanie, Estonie, Lettonie, Arménie, Kazakhstan, Ouzbékistan, etc.). On peut consulter une version française la Loi sur la langue officielle de la République azerbaïdjanaise en cliquant ICI.

Toutes ces mesures sont destinées à revaloriser la langue azérie qui, sous le régime soviétique, était devenue une langue de seconde classe après le russe. La langue russe a été, surtout à l’écrit, une langue omniprésente, que ce soit dans l’Administration, les écoles et les médias. Encore aujourd’hui, après une décennie d’indépendance, la république d’Azerbaïdjan n’est pas encore totalement libérée de sa dépendance à l’égard de la langue russe.

7 La langue des médias

En principe, les journaux sont libres de toute censure en Azerbaïdjan. Toutefois, la liberté de la presse semble avoir connu une rapide dégradation depuis 2001. En effet, une dizaine de journalistes ont été «interpellés», au moins dix autres ont été agressés physiquement, des poursuites judiciaires ont été intentées contre une vingtaine de journaux, qui ont été condamnés à un total de 310 millions de manats (73 000 euros) d'amendes, des chaînes de télévision ont été menacées de fermeture, quatre publications ont été suspendues, et la vente de plusieurs journaux a été interdite. La Loi sur les secrets d'État a été modifiée pour forcer les journalistes à l'«autocensure», en rendant obligatoire l'attribution à une source nommément désignée toute information «relevant de secrets d'État». D'autres mesures, dont celle obligeant les journaux à utiliser l'alphabet latin, et non le cyrillique, handicapent particulièrement la presse indépendante. La plupart des journalistes inquiétés sont des journalistes couvrant les activités des partis d'opposition.

Des journaux sont publiés en Azerbaïdjan depuis 1875. Aujourd'hui, environ 400 journaux sont diffusés dans le pays, mais moins d'une cinquantaine apparaissent plus ou moins régulièrement.  Les journaux régionaux sont à faible tirage, alors que les les journaux les plus populaires sont diffusés à Bakou. Mentionnons d'abord les journaux financés et soutenus par le gouvernement: Azerbaijan (journal du Milli Medjlis), Bakinskii Rabochii, Yeni Azerbaijan, Khalg Gazeti). Puis par les partis politiques: Azadliq (Front populaire), Yeni Musavat & Mukhalifat (Parti Musavat), Millet (Parti pour l'indépendance nationale), Istiglal (Parti social-démocrate), Khurriyet (Parti démocratique de l'Azerbaïdjan), etc. Tous ces journaux sont publiés en azéri. Les journaux dits indépendants sont en azéri (Ayna, Bizim Esr, ), en russe (Zerkalo, Baku Sun, Turan, Bakinski Bulvar, Echo) ou en anglais (Azerbaijan International).

En ce qui concerne les médias électroniques, moins d'une dizaine de stations fonctionnent sur une cinquantaine. La télévision d'État couvre tout le pays et émet sur deux canaux: Az/TV-1 et Az/TV-2. Le Canal 1 consacre les grands segments de ses actualités à la couverture des activités présidentielles. Sept sociétés indépendantes sont en opération, dont ANS (l'Agence de presse de l'Azerbaïdjan) qui semble la puissante; elle fournit des nouvelles et du divertissement à 1,2 million de téléspectateurs à Bakou, Sumgait et la péninsule d'Absheron. La télé Sara de Bakou diffuse des émissions de divertissement seulement. Ces stations diffusent massivement en azéri. On compte aussi une station russe (RTR) et deux canaux turcs. Les stations de radio sont nombreuses et diffusent principalement en azéri, mais il existe aussi des stations étrangères diffusant en russe, en anglais, en turc, en farsi, en arabe, en français et en allemand.

Il ne faudrait pas oublier les médias mis à la disposition des minorités nationales, mais nous y reviendrons dans la section réservée à la question des minorités nationales.

La politique linguistique de l'Azerbaïdjan à l'égard de la langue officielle semble relativement globale. Elle touche tous les secteurs de la vie sociale, elle inclut maintenant, depuis la Loi sur la langue officielle de 2002, le secteur des entreprises privées qui peuvent, à la rigueur, contrecarrer les effets de l'azerbaïdjanisation. Il faut signaler qu'au plan linguistique la langue officielle a été reléguée au second plan durant un grand nombre de décennies sous le régime soviétique. Malgré tout, la politique d'azerbaïdjanisation ne fait pas nécessairement l'unanimité dans la population, même chez les Azéris «de souche». Beaucoup résistent, par exemple, à l'imposition de l'alphabet latin et se cantonnent malgré tout dans l'alphabet cyrillique, quitte à ne lire que des journaux russes.

De plus, l'État doit composer avec de nombreuses minorités qui s'étaient bien adaptées à la politique de russification.  La politique d'azerbaïdjanisation vient les bousculer, surtout les russophones. Et ne parlons pas des Arméniens du Haut-Karabagh qui sont même opposés à l'azerbaïdjanisation et prônent davantage l'arménisation du territoire, voire la russification; on sait que la population arménienne ne désire rien de moins que l'autonomie et le rattachement de la région du Haut-Karabagh à l'Arménie. La question du Haut-Karabagh empoisonne présentement toute la vie politique de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Même si la politique d'azerbaïdjanisation paraît bien légitime, elle n'a pas atteint les résultats escomptés, notamment face au russe et à l'alphabet cyrillique.  Rappelons que les communications non officielles et interpersonnelles ne sont pas soumises à la législation linguistique. Ainsi, les transactions n'impliquant pas des organismes ou institutions de l'État peuvent être avoir lieu en toute autre langue choisie par les parties. Néanmoins, la législation de 2002 sur la langue officielle est plus contraignante qu'auparavant, que ce soit pour les Azéris ou les Russes.

Dernière révision: 25 déc. 2015

 
L'Azerbaïdjan
 
 

La situation générale en Azerbaïdjan
 

La politique à l'égard de la langue officielle

 

La question des minorités nationales
 

Bibliographie
 


 
Carte Asie L'Asie
Accueil: aménagement linguistique
dans le monde