[Flag of Azerbaijan]
République azerbaïdjanaise

Azerbaïdjan

1) Situation générale

Capitale: Bakou
Population:  9,9 millions (2017)
Langue officielle:  azéri
Groupe majoritaire: azéri (91,6 %)
Groupes minoritaires: lezghien (1,9 %), arménien (1,2 %), russe (1,2 %), talish (0,7 %), avar (0,5 %), tatar (0,2 %), ukrainien, tsakhour, géorgien, kurde, etc. 
Système politique:  république présidentielle autoritaire
Articles constitutionnels (langue): art. 21, 25, 45 et 127 de la Constitution du 12 novembre 1995
Lois linguistiques: Loi constitutionnelle sur l'indépendance de l'État de la république d'Azerbaïdjan (1991); Loi sur le rétablissement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine (1991); Décret du Conseil national du Conseil suprême de la république d'Azerbaïdjan concernant la réglementation de l'entrée en vigueur de la loi de la république d'Azerbaïdjan «sur le renouvellement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine» (1992); Loi sur la langue officielle (1992, abrogée); Décret de l'Assemblée nationale sur la mise en œuvre de la Loi sur la langue officielle du 22 décembre 1992
; Décret sur la protection des droits et libertés et sur le soutien accordé par l’État à la promotion des langues et des cultures des minorités nationales, des populations et des groupes ethniques numériquement restreints qui vivent dans la république d’Azerbaïdjan (1992); Règles générales des activités du Milli Majlis de la république d'Azerbaïdjan (1996); Loi sur les tribunaux et les juges (1997); Loi sur la Cour constitutionnelle (1997); Loi sur les brevets (1997); Loi sur les médias (1999); Code civil (1999); Code pénal (2000); Code de procédure pénale (2000); Code des infractions administratives (2000); Loi sur la structure territoriale et la division territoriale administrative (2000); Loi sur la langue officielle (2002, en vigueur); Loi sur la télévision et la radiodiffusion (2002); Loi sur le droit d'obtenir des informations (2004); Loi sur l'éducation (2009); Loi sur la culture (2012); Code électoral (2013); Code de l'immigration (2013); Loi sur la citoyenneté (2014).

1 Situation générale

L'Azerbaïdjan, officiellement république d'Azerbaïdjan (en azéri, Azärbaycan Respublikasi), est un État d’Asie occidentale, situé en Transcaucasie orientale. L’Azerbaïdjan est limité au nord par la Russie, au nord-ouest par la Géorgie, à l’ouest par l’Arménie, au sud par l’Iran et à l’est par la mer Caspienne.

Le pays s’étend sur une superficie de 86 600 km². Sa capitale est Bakou. L’Azerbaïdjan possède une république autonome (le Nakhitchevan) et une région autonome (le Haut-Karabagh). Située entre l’Arménie et l’Iran, la République autonome du Nakhitchevan (5500 km²) est séparée du reste de l’Azerbaïdjan par une étroite portion de territoire arménien. Cet isolement de la République autonome du Nakhitchevan (en azéri : Naxçıvan) de l'Azerbaïdjan date de 1924, quand Joseph Staline transféra cette province sous contrôle azerbaïdjanais, alors qu'elle avait toujours fait partie de l'Arménie historique sous le nom de Vaspourakan.

Quant à la Région autonome du Haut-Karabagh (4400 km²), elle constitue une enclave de langue arménienne l’ouest de l'Azerbaïdjan. L'éclatement de l'URSS en 1991 provoqua l'indépendance de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, mais aussi de la république autoproclamée du Haut-Karabagh, ce qui avait conduit l'Azerbaïdjan à abroger le statut d'autonomie de la région autonome.

L'enjeu pour l'Azerbaïdjan est de rattacher l’enclave arménienne du Haut-Karabagh, alors que l'Arménie veut se l'approprier. L'Azerbaïdjan estime devoir récupérer une région qui lui a été arrachée par la force en 1991 par l'armée arménienne, mais l'Arménie croit que Staline lui a arraché de force cette région en 1923.  La signature d’un cessez-le-feu en 1994, en principe encore en vigueur aujourd’hui, n’a pas résolu le conflit entre Bakou et Erevan, qui ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le statut de la région.

Le nom du pays, l'Azerbaïdjan, provient de celui d'un général d'Alexandre le Grand, Atropates («protégé par le feu»), qui créa ce royaume»: azer est la déformation de la première partie de son nom et baïdjan est, dans la culture turque, le royaume d'un bey (le mot bey est apparenté au grec basileos : «roi»). Les habitants de l'Azerbaïdjan sont des Azerbaïdjanais, mais il faut distinguer les Azéris (appelés abusivement «Azerbaïdjanais») des autres ethnies telles que les Lezghiens, les Russes, les Arméniens, les Talish, les Avars, les Turcs, les Tatars, les Ukrainiens, etc. Le gouvernement tend à utiliser le terme Azerbaïdjanais pour désigner les Azéris, ce qui serait une façon de ne pas nommer les autres ethnies. Quant à la langue azérie, si elle est appelée azerbaïdjanais, cela signifie qu'elle pourrait être différente de la même langue parlée en Iran et qui est appelée azérie. En cas cas, on distinguerait l'azérie de l'Iran et l'azerbaïdjanais de l'Azerbaïdjan. On pourrait parler aussi de l'azérie du Nord (azerbaïdjanais) et de l'azérie du Sud (azérie). 

2 Données démolinguistiques

L’Azerbaïdjan est le pays le plus peuplé de la Transcaucasie. En 2017, la population était estimée à 9,9 millions d'habitants. L'Azerbaïdjan a été longtemps un État multinational et comptait, à la fin des années cinquante, 67 % d’Azéris, 12 % d’Arméniens, 13,5 % de Russes. Depuis quelques années, le pays connaît une certaine homogénéisation ethnique, mais il abrite encore de nombreuses minorités qui vivent en Azerbaïdjan depuis des siècles. Voici la répartition de population azerbaïdjanaise en 2017 :

Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation linguistique Religion
Azerbaïdjanais du Nord 8 852 000 88,7 % azéri du Nord

famille altaïque

islam
Azerbaïdjanais du Sud   292 000 2,9 % azéri du Sud

famille altaïque

islam
Lezghien   193 000 1,9 %

lezghien

famille caucasienne

islam
Arménien   129 000 1,2 % arménien

isolat indo-européen

christianisme arménien
Russe   128 000 1,2 % russe

langue slave

christianisme orthodoxe
Talish    74 000 0,7 % talish

langue indo-iranienne

islam
Avar    53 000 0,5 % avar

famille caucasienne

islam
Tatar   28 000 0,2 % tatar

famille altaïque

islam
Tat musulman   25 000 0,2 %

tat

famille caucasienne

islam
Ukrainien   23 000 0,2 %

ukrainien

langue slave

christianisme orthodoxe
Inghiloy   18 000 0,1 %

géorgien

famille caucasienne

islam
Routoul   18 000 0,1 %

routoul

famille caucasienne

islam
Tsakhour   13 000 0,1 %

tsakhour

famille caucasienne

islam
Turc   12 000 0,1 %

turc

famille altaïque

islam
Géorgien   11 000 0,1 %

géorgien

famille caucasienne

christianisme orthodoxe
Biélorusse    6 500 0,0 %

biélorusse

langue slave

christianisme orthodoxe
Kurde kurmandji    6 500 0,0 %

kurde kurmandji

langue indo-iranienne

islam
Kryz    5 700 0,0 %

kryz

famille caucasienne

islam
Tchétchène    5 200 0,0 %

tchétchène

famille caucasienne

islam
Oudine    4 100 0,0 %

oudi

famille caucasienne

christianisme orthodoxe arménien
Britannique   2 800 0,0 %

anglais

langue germanique

protestantisme
Ossète   2 700 0,0 %

ossète

langue indo-iranienne

christianisme orthodoxe
Moldave  2 500 0,0 % moldave (roumain) langue romane christianisme
Khinalug   2 400 0,0 %

khinalugh

famille caucasienne

islam
Kazakh  2 300 0,0 % kazakh famille altaïque islam
Tat juif   2 200 0,0 %

judéo-tat (juhuri)

langue indo-iranienne

religion ethnique
Shahseven  2 000 0,0 % azéri du Sud famille altaïque islam
Ouzbek du Sud  1 900 0,0 % ouzbek famille altaïque islam
Lack  1 600 0,0 % lack famille caucasienne islam
Roumain  1 600 0,0 % roumain langue romane christianisme
Assyrien  1 500 0,0 % assyrien langue sémitique christianisme
Perse (Iranien)  1 400 0,0 % iranien (persan) langue indo-iranienne islam
Darguine  1 200 0,0 % dargwa (darguine) famille caucasienne islam
Budug  1 100 0,0 % budukh famille caucasienne islam
Mordve  1 000 0,0 % erzya famille ouralienne christianisme orthodoxe
Polonais  1 000 0,0 % polonais langue slave christianisme orthodoxe
Allemand   900 0,0 % allemand langue germanique christianisme
Tadjik   800 0,0 % tadjik langue indo-iranienne islam
Autres 46 100 0,4 % - - -
Total (2017) 9 974 000 100,0 % - - -

Les Azéris, peuple d’origine turque, constituent aujourd’hui plus de 90 % de la population. Leur proportion s’est accrue depuis le début du conflit armé qui a contraint un certain nombre d’Azéris à fuir l’Arménie. Inversement, les Russes et les Arméniens ont massivement quitté l’Azerbaïdjan. Désormais, les Arméniens d'Azerbaïdjan se concentrent exclusivement dans la Région autonome du Haut-Karabagh où ils représentent 90 % de la population de cette région. Au nord, soit sur sa frontière septentrionale, le pays compte d’importantes communautés originaires du Daguestan (Avars, Tsakhours, Lezghiens, Tats, Oudis, etc.); certaines d’entre elles revendiquent leur rattachement à la République russe du Daguestan. Sur la frontière méridionale (près de la mer Caspienne) vit la petite communauté des Talishs.

2.1 La langue azérie

L'azéri (en azéri: azəri dili) ou azerbaïdjanais (en azéri: azərbaycan dili) est la langue parlée par la très grande majorité de la population de l'Azerbaïdjan. C'est une langue du groupe turcique appartenant à la famille altaïque au même titre que le turc, le turkmène, l'ouzbek, l'ouïgour, le kazakh, le kirghiz, le tatar, etc.

Langues Structure de la phrase
Français Les enfants écrivent notre langue avec l'alphabet latin à l'école.
Azéri Uşaqlar məktəbdə dilimizi latin əlifbası ilə yazır.
Turc Çocuklar okulda dilimizi latin alfabesi ile yazar.
Turkmène Çagalar mekdepde dilimizi latyn elipbiýi bile(n) ýazýar.
Ouzbek Bolalar maktabda tilimizni latin alifbosi bilan / ila yozadi.
Kazakh Balalar mektepte tilimizdi latın älipbiyimen jazadı.
Tatar Balalar mәktәpdә telebezne latin әlifbası bilәn / ilә yaza.
Quand on consulte le tableau comparatif (d'après Wikipedia) présenté à gauche, on constate que les ressemblances entre les langues turciques (azéri, turc, turkmène, etc.) sont évidentes, comme le seraient, par exemple, le français par rapport à l'espagnol ou à l'italien. Toutes les langues turciques ont une origine commune avec une intercompréhension plus ou moins aisée entre leurs locuteurs.

L'azéri a été appelé «turc azéri» par l'Azerbaïdjan nouvellement indépendant, qui a changé le nom en «azerbaïdjanais» ou «turc azerbaïdjanais». Dans de nombreux pays, l'azerbaïdjanais est appelé azéri, sauf en Azerbaïdjan où le terme azerbaïdjanais est de plus en plus employé pour désigner la langue officielle, alors qu'il devrait désigner les habitants résidant en Azerbaïdjan.

En russe d'Azerbaïdjan, on utilise le terme азербайджанского, c'est-à-dire azerbaydjanskiy ("azerbaïdjanais"). En anglais, on emploie le terme Azerbaijani et en allemand Aserbaidschanische. Dans la plupart des langues romanes (français, italien, espagnol, portugais, catalan, etc.), on emploie azeri, sans accent, sauf en français (azéri) et en roumain (azeră). En fait, le terme azerbaïdjanais a été préféré depuis 2002 dans la législation azerbaïdjanaise à la place du mot azéri. C'est un peu comme si on disait que les Suisses parlaient la «langue suisse», que les Canadiens parlaient la «langue canadienne» ou que les Afghans parlaient la «langue afghane».

L'azéri est également parlé dans le sud du Daguestan (Russie), en Arménie, en Géorgie, en Iran, au Kazakhstan, au Turkménistan, en Ouzbékistan, au Kirghizstan et même en Estonie (immigrants).

En plus d'un grand nombre de variétés dialectales au plan local, l'azéri connaît deux grandes variantes linguistiques (avec une trentaine de variétés dialectales): on distingue l'azéri du Nord et l'azéri du Sud. L'azéri du Nord est parlé principalement en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie et en Russie (Daghestan), alors que l'azéri du Sud est parlé en Iran. Les termes azéri du Nord et azérie du Sud, sans connotation politique, servent à désigner les régions géographiques de l'ancien Azerbaïdjan situées au nord ou au sud de la rivière Araxe, ce qui correspond aujourd'hui à la frontière septentrionale de l'Iran.

Il y a plusieurs siècles, c'est-à-dire depuis la dynastie des Safadides (de 1501 à 1736) jusqu'aux guerres russo-persanes (1728-1828), toute la région de ce qui est aujourd'hui l'Azerbaïdjan était sous contrôle persan, ce qui signifiait que tout le nord de la Perse parlait l'azéri. Depuis la partition de l'Azerbaïdjan en 1828 à la suite du traité de Turkmanchai, la partie nord a été incorporée à l'Empire russe des tsars, puis à l'URSS. Bref, la partie méridionale de l'ancien Empire perse fait aujourd'hui partie de l'Iran. Depuis 1991, l'Azerbaïdjan désigne la région au nord-ouest de l'Iran, partagée entre les États modernes de la république d'Azerbaïdjan et de l'Iran.

Jusqu'en 1929, l'azéri s'écrivait avec l'alphabet arabo-persan (voir la figure à gauche). Sous l'influence de la Turquie et de Mustafa Kemal Atatürk, l'azéri se mit à l'alphabet latin, comme le turc. Enfin, à partir de 1939, par la Loi de la République socialiste soviétique de l'Azerbaïdjan sur le transfert de langue écrite de l'Azerbaïdjan du latin à l'alphabet russe (du 11 juillet 1939), le Présidium du Soviet suprême d'Azerbaïdjan adopta l'alphabet cyrillique dans le but de marquer la séparation des Azéris soviétiques et des Turcs.
Aujourd'hui, la langue azérie a encore changé d'alphabet. Par la Loi sur le rétablissement de l'alphabet azerbaïdjanais avec la graphie latine du 25 décembre 1991, la loi de 1939 a été abrogée et l'azéri est revenu à l'alphabet latin (32 lettres):

Remarques:

- la lettre ç se prononce comme [tch];
- la lettre ş se prononce comme [ch];
- les lettres kh se prononcent comme la jota espagnole;
- la lettre ğ se prononce comme un [r] grasseyé;
- la lettre ö renvoie à la voyelle [eu] comme peu;
- la lettre ü renvoie à [y] comme dans flûte:
- la lettre u renvoie à [ou] comme dans fou.  
- la lettre ə, appelée le schwa, renvoie à un phonème intermédiaire entre le [a] et le [è] français, ce qui correspondrait au [æ] de l'anglais cat et non au [ə] de l’alphabet phonétique français dans peler.

Depuis le XIXe siècle, beaucoup de mots russes ont pénétré dans la langue azérie, sans parler des influences grammaticales, L'azéri compte aussi un certain nombre de mots persans. Soulignons que 38 % des Azerbaïdjanais seraient bilingues et parlent le russe couramment.

Azeri Latin alphabet

2.2 Les minorités nationales

Comme l'Azerbaïdjan est un pays multiethnique, on distingue plusieurs minorités, bien qu'elles ne comptent que pour 8% ou 9% de la population azerbaïdjanaise. Trois communautés semblent plus importantes que les autres: les Lezghiens, les Arméniens et les Russes.

Les Lezghiens sont les plus nombreux (193 000 individus): ils sont installés essentiellement dans les régions du nord de l’Azerbaïdjan — districts de Khachmaz (n° 59) et de Qusar (n° 43), le long de la frontière avec le Daghestan (Russie). Leur langue, le lezghien, est rattachée à la famille caucasienne du groupe nakho-daguestanien (Nord-Est).

Suivent les Arméniens (129 000) qui sont regroupés massivement dans le Haut-Karabagh, mais plusieurs vivent en dehors de cette région, notamment, dans la région de Bakou où se sont installés de 30 000 à 50 000 Arméniens. Les Arméniens parlent l'arménien, une langue indo-européenne du groupe arménien.

Quant aux Russes (128 000 personnes), de langue slave, ils sont localisés dans les centres industriels de l'Est de Bakou et de Sumgayit (district n° 10) et dans un certain nombre de districts ruraux tels Ismailli (n° 25) au centre du pays et Gadabey (n° 19) au nord-ouest.

- Les langues turciques

Parmi les autres minorités, il faut mentionner les langues de la famille altaïque telles que le turc (12 000 locuteurs) parlé surtout dans la république autonome du Nakhitchevan, et le tatar (28 000 locuteurs) utilisé surtout dans les principales villes d’Azerbaïdjan (dont Bakou).

- Les langues indo-européennes

Ajoutons aussi les langues indo-européennes comme l'ukrainien (23 000 locuteurs) surtout parlé à Bakou, le talish (74 000 locuteurs près de la frontière iranienne dans les districts de Lenkara, d'Astara, de Massaly et de Lerik) du groupe indo-iranien, le kurde (6500 locuteurs parlant la variété kurmanji) dans les districts de Lachin (n° 28), de Kalbajar (n° 26), de Qubadli (° 42) et de Zangilan (n° 68), particulièrement dans la bande de terre ou «couloir» entre le Haut-Karabagh et la frontière arménienne, et le tat (25 000 locuteurs) employé surtout dans les districts de Khachmaz (n° 59) et de Shabran (n° 17), le long de la mer Caspienne. À la suite de la guerre au Haut-Karabagh, les Kurdes d'Azerbaïdjan sont maintenant soit dispersés à travers le pays au risque d'accroitre leur assimilation soit repliés dans les districts du couloir de Lachin (nos 28, 26, 42). C'est pourquoi un changement de langue du kurde vers l'azéri est rapporté au sein des familles kurdes.

- Les langues caucasiennes

Enfin, on compte quelques langues caucasiennes dont l'avar (53 000 locuteurs dans le Nord, surtout dans les districts de Zaqatala (n° 69) et de Balakan (n° 10), le tsakhour (13 000 locuteurs dans le Nord, surtout dans les districts de Zaqatala (n° 69) et de Qakh (n° 38), le géorgien (11 000 locuteurs implantées essentiellement dans les districts de Qakh (n° 38) et de Samukh (n° 51), l'oudi (4100 locuteurs dans les districts de Qabala (n° 37) et d’Oghuz (n° 36).

- Les petites communautés

On compte également une petite communauté de Juifs (2200 personnes) réparties entre les Juifs d’Europe (ashkénazes), les Juifs montagnards et les Juifs géorgiens; ils vivent essentiellement dans la région de Quba (n° 41) et la ville de Bakou; ils parlent surtout l’hébreu, mais aussi le russe, l’hébreu de Géorgie et le géorgien. La plupart des minorités sont bilingues et parlent, outre leur langue maternelle, le russe, l'azéri ou le farsi (persan). Les Russes parlent l'azéri dans une proportion d'environ 32 %, mais les Arméniens du Haut-Karabagh connaissent plutôt le russe que l'azéri.

L'Azerbaïdjan compte aussi plusieurs autres petites nationalités. Par exemple, les Khinalugh, les Ingiloy, les Haput, les Dzhek, les Kiriz, les Molokans, les Routouls, les Grizlis, les Boudouglous, etc., sont des nationalités qui n'existent qu'en Azerbaïdjan et leurs populations n'excèdent pas 3000 à 5000 individus au total. De plus, le Département pour la recherche sur les minorités nationales de l'Institut des relations nationales effectue des études ethnographiques au sujet de ces peuples. Il a publié des monographies sur les Oudines, les Inghiloy, les Talish et les Juifs.

2.3 Les religions

Au plan religieux, la Constitution garantit la liberté de conscience et de religion. L'islam est la religion principale en Azerbaïdjan, laquelle est implantée dans le pays depuis le VIIe siècle. Cependant, la population azériphone fut convertie au chiisme au XVIe siècle. Aujourd'hui, les adeptes de l'islam comptent pour 91,7 % de la population, contre 5 % pour le christianisme (orthodoxe, catholique et protestant), 0,3 % pour le baha'isme, le judaïsme et le zoroastrisme. Il existe trois petites communautés juives à Bakou, à Oghuz et à Quba.

En ce qui concerne la religion musulmane, il faut distinguer les chiites (env. 70%) et les sunnites (env. 25%). Après l’Iran, l’Azerbaïdjan est donc le deuxième pays au monde en pourcentage de chiites. Avant le XVIe siècle, la proportion était à l’inverse, alors que les sunnites ont été majoritaires jusqu’aux grandes vagues de conversion au chiisme.

Bien que l'islam soit la religion de la quasi-totalité des Azerbaïdjanais, c'est l'un des peuples les moins religieux au monde. Le gouvernement fait montre d'attitude négative envers toute forme de religion, tandis qu'un comité des affaires religieuses contrôle toutes les activités reliées à la religion. Tous les chrétiens sont victimes de persécution, mais ce sont les chrétiens d’origine musulmane qui sont le plus touchés; mais la petite communauté zoroastriste demeure relativement respectée dans le pays. L'Azerbaïdjan est un État laïc, alors que la religion et l'État sont strictement séparés.

3 Données historiques

Ce qu'on a l'habitude d'appeler l'«Azerbaïdjan historique» correspond à une région d’Asie occidentale englobant l'actuelle république d'Azerbaïdjan et les provinces du nord-ouest de l’Iran. Après avoir fait partie du royaume d’Ourartou (vers le VIIIe siècle avant notre ère), l'Azerbaïdjan fut intégré au VIe siècle avant notre ère à l’empire des Mèdes, puis à l’Empire perse des Achéménides. Comme c'était la patrie de Zoroastre (VIe siècle avant notre ère), la région devint un haut lieu de la religion mazdéenne.

La région fut conquise par les Arabes et la population fut convertie à l’islam vers la fin du VIIe siècle de notre ère. La population parlait des variétés de persan, rarement l'arabe.

À la suite des luttes de la population locale contre le califat au IXe siècle, plusieurs nouveaux États (Khanats) apparurent en Azerbaïdjan, dont le plus durable sera l’État de Shirvan, avec pour capitale Shamakhi, où régna la dynastie Shirvanshah; cet État a existé jusqu’au XVIe siècle et joua un rôle important dans l’histoire de l’Azerbaïdjan médiéval. Au cours du IXe, et jusqu’au XIe siècle, les États indépendants des Sajides, des Salarides, des Ravvadides (capitale: Tabriz) et l’État des Sheddadides (capitale: Ganja) furent constitués et se développèrent sur le territoire de l’Azerbaïdjan.

- La turquisation

Au XIe siècle, le pays fut envahi par les Turcs oghouz. Dominée par la dynastie des Seldjoukides, la population devint turcophone au dépens des langues persanes. La langue et l’origine turque, ainsi que la religion musulmane des populations locales, ont finalement conduit à la consolidation du peuple azéri, laquelle s’acheva aux XIe et XIIe siècles. C’est essentiellement à cette période que fleurit la culture et la langue azéries avec des philosophes, des architectes, des poètes et des scientifiques de renommée mondiale. C'est au cours de cette longue période que l'azéri fut grandement influencé par la langue persane, notamment dans la phonologie, la syntaxe et le vocabulaire, mais relativement peu dans la morphologie. L'alphabet utilisé était l'alphabet arabo-persan.

Conquis par les Mongols au XIIIe siècle, l’Azerbaïdjan connut à partir du XVe siècle une longue période d’instabilité. Disputée pendant deux cents ans entre les Perses et les Turcs, la région connut une nouvelle prospérité sous la dynastie des Safavides (XVIIe siècle). C’est en 1501 qu’apparut l’État des Safavides (ainsi nommé d’après la dynastie régnante, avec Tabriz pour capitale) qui, au début du XVIe siècle, pour la première fois dans l’histoire de l’Azerbaïdjan, unifia tous les territoires du pays en un seul État, celui des Safavides. Ce territoire se développa comme un «État azéri», le pouvoir politique étant aux mains de la noblesse azérie, l'armée étant constituée d’unités issues des plus grandes tribus azéries.

Les Safavides se convertirent au chiisme. De plus, l’azéri devint la langue officielle de l’État des Safavides. Dès le début du XVIe siècle, le turc était devenue la langue dominante de la région; il était une langue parlée à la cour des Safavides et des Afsharides.

- La fin de la domination safavide

La fin de la domination safavide au XVIIe siècle provoqua un émiettement du territoire en principautés, khanats et sultanats. La capitale de l’État des Safavides fut transférée à Ispahan, en Perse (Iran). Le shah de Perse gouverna le pays en s’appuyant sur la noblesse perse. C'est pourquoi les Azéris empruntèrent beaucoup aux  spécificités de la Perse.

Un peu avant le milieu du XVIIIe siècle, l’affaiblissement du pouvoir du shah se traduisit par l’apparition sur le territoire de l’Azerbaïdjan d’un certain nombre de khanats indépendants: Ardabil, Bakou, Ganja, Derbent, Kavad, Karabakh, Garadag, Erevan, Guba, Maku, Maraga, Nakhitchevan, Salyan, Ourmia, Khoy, Tabriz, Talysh, Sarab, Shirvan et Sheki. En plus de ces khanats, apparurent un certain nombre de sultanats: Gazakh-Shamsadil, Borchali, Ilisu, Arash, Gutgashen et Gabali. Les musulmans d’Azerbaïdjan et la population albano-chrétienne du Haut-Karabagh faisaient partie du khanat azéri du Karabakh qui regroupait alors les territoires compris entre les fleuves Kura et Arak.

3.1 Les dominations russe et soviétique

En raison de sa situation géographique décisive, l’Azerbaïdjan devint le théâtre de luttes entre l’Iran, la Russie et l’Empire ottoman. La conquête russe commença au début du XIXe siècle. À la suite de plusieurs guerres, l'Iran céda à la Russie, lors des traités de Gulistan (1813) et de Tourkmantchaï (1828), ses provinces situées au nord de l’Araxe.

- La bipartition de l'Azerbaïdjan
 

Aux termes du traité de Tourkmantchaï (1828) imposé par la Russie, l’Azerbaïdjan s'est retrouvée divisée en deux (voir la carte ci-contre). Le nord du territoire passa sous le contrôle de Moscou (et constituera le territoire actuel de l’Azerbaïdjan), alors que la Perse maintint sa souveraineté sur la partie sud (dont les provinces forment aujourd’hui l’Azerbaïdjan iranien). L’Azerbaïdjan historique, théâtre des rivalités russo-iraniennes, ne retrouvera jamais ses frontières d'antan. La Perse perdit ainsi tous ses territoires du Caucase au nord de la rivière Araxe qui faisait la démarcation entre l'Azerbaïdjan du Nord et l'Azerbaïdjan du Sud. Ainsi, de nos jours, il y a davantage d’Azéris en Iran (au moins 12 millions) qu’en Azerbaïdjan (9 millions).

Les Arméniens, qui vivaient à cette époque en Perse et dans l'Empire ottoman furent contraints de s'installer dans ce qui est aujourd'hui l'Azerbaïdjan, devenu en 1828 une province russe, essentiellement sur le territoire des khanats de Nakhitchevan, d'Erevan et de Karabakh. Entre 1828 et 1830, on estime que 40 000 Arméniens de la Perse et 84 000 Arméniens de la Turquie s'installèrent dans la région transcaucasienne. Le gouvernement russe attribua 200 000 dessiatines (mesure de superficie) de terres aux Arméniens.

En réalité, la politique russe visait à transformer la structure démographique de l’Azerbaïdjan au profit des Arméniens et aux dépens des Azéris. Après avoir envahi la partie est de la Turquie en 1854, les Russes déportèrent 100 000 Arméniens vers le Caucase où ces derniers s'installèrent à la place des Azéris contraints à l’émigration ou à la mort.

Pendant la guerre de 1877-1878, la Russie s’empara de la région du Kars-Ardahan (au nord-ouest de la Turquie actuelle), expulsa les musulmans et y installa 70 000 Arméniens, puis environ 60 000 autres à l’occasion des événements de 1895-1896. Jusqu'en 1920, on estime qu'au total 560 000 Arméniens se seraient installés en Azerbaïdjan du Nord. En réalité, les Arméniens qui vivent aujourd'hui dans le Haut-Karabagh sont les descendants de la population locale albanaise «arménianisée». L’historien arménien B. Ishkhanian écrivait ceci en 1916 à ce propos: «Les Arméniens qui vivaient au Haut-Karabagh sont en partie des aborigènes, les descendants d’anciens Albanais… et, en partie, des réfugiés de Turquie et d’Iran pour lesquels le territoire de l’Azerbaïdjan est devenu un refuge contre les persécutions». On comprendra que, aux yeux de la plupart des Azéris, les Arméniens sont apparus comme le symbole d'un capitalisme étranger exploiteur. C'est pourquoi ces derniers seront les victimes privilégiées des pogroms, en particulier en 1905.

Tandis que l'azéri devenait une langue de la poésie épique et lyrique, mais aussi une langue journalistique et scientifique, sa version littéraire s'est plus ou moins unifiée et simplifiée avec la perte de nombreux éléments turcs archaïques, d'iranismes et d'ottomanismes, et d'autres mots, expressions et règles qui n'ont pas réussi à gagner la popularité parmi les masses azerbaïdjanaises.

- L'indépendance provisoire (1918-1920)

En 1918, l’Azerbaïdjan proclama son indépendance sous le nom de "République démocratique d'Azerbaïdjan" ou RDA (en azéri: Azərbaycan Xalq Cümhuriyyəti). Le territoire comprenait non seulement le Haut-Karabagh, mais également le sud de l'Arménie et le Nakhitchevan (voir la carte ci-contre), ce qui ne faisait sûrement pas l'affaire des Arméniens. Un fort vent identitaire balaya la RDA. L’azérisme devint la doctrine officielle du développement national du pays, dont les fondements reposaient également sur le principe du modernisme; c’est ainsi que l’islamisme et le turquisme symbolisèrent le «combat du peuple azéri» pour la préservation et l’appartenance à la civilisation musulmane et à la spécificité culturelle et ethnique turque. Rappelons que l'azéri est une langue turque (turcique) de la famille altaïque. En juin 1918, le gouvernement de la République démocratique d'Azerbaïdjan promulgua une loi déclarant le turc comme langue officielle. À une époque où le nationalisme ethnique romantique au sein de l'élite politique était très populaire, il s'agissait d'un résultat naturel qui reflétait aussi les réalités historiques.

Mais les Russes socialistes ne devaient pas laisser l'Azerbaïdjan indépendant très longtemps. En effet, selon le télégramme adressé par le quartier général du front pour le Caucase du commandement de la 11e Armée rouge, il fut donné ordre aux troupes de l’URSS de «s’emparer de la totalité du territoire de l’Azerbaïdjan tel que défini par les frontières de l’ancien Empire russe et sans passer la frontière avec l’État perse».

Le 28 avril 1920, la RDA fut occupée par les Soviétiques et perdit aussitôt son indépendance. Le même jour, la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan fut fondée. Ainsi, la durée de vie de la première république n'aura duré que vingt-quatre mois. Après la chute de la RDA, de nombreux fonctionnaires sous la direction de Lénine ne montrèrent en faveur de l'abandon de l'appellation «langue turque» ("türk dili") pour la langue de l'Azerbaïdjan. Cependant, les politiques staliniennes de l'ancienne URSS reposaient sur le principe de «diviser pour régner». C'est pourquoi la mise en œuvre de ces politiques consistait à séparer linguistiquement et culturellement des peuples similaires et à isoler le plus possible les peuples et les langues.

Des noms de langues ont été créées pour désigner les mêmes langues (p. ex. le roumain et le moldave, le tadjik et le persan), des alphabets nouveaux ont été adoptés pour les peuples et les langues identiques, etc.

En 1922, un accord sur la formation de l'URSS a été conclu : le russe, l'ukrainien, le biélorusse, le géorgien, l'arménien et le turc furent mentionnés comme les six langues de travail de l'URSS. Il s'agissait évidemment d'une fumisterie, car le russe allait supplanter toutes les autres langues. En juin 1924, le Comité soviétique exécutif central azerbaïdjanais a fait du «turc» la langue officielle de la république. Bien qu'il n'y ait aucune mention explicite d'une langue officielle en Azerbaïdjan soviétique, le turc fut substitué à l'azéri dans les documents officiels. Même la Loi sur la langue officielle de 1992, donc après l'indépendance, a continué à utiliser l'appellation «langue turque» ("türk dili"). De fait, en Iran, la langue azerbaïdjanaise s'appelle Türkü / Türki, alors qu'elle est strictement identique à l'azerbaïdjanais tout en étant différente du turc de Turquie.

- Le Haut-Karabagh et le Nakhitchevan
 

Pendant l’ère soviétique, les territoires du Zangezur et de Goycha (aujourd'hui lac Seven), ainsi que d’une partie du Nakhitchevan et d’autres régions, ont été soustraits à l’Azerbaïdjan au profit de l’Arménie voisine. En fait, l'Arménie acquit des districts arménophones (Sisian, Goris, Kapan et Meghri) pendant que l'Azerbaïdjan recevait des districts musulmans (Lachin, Kubately et Zangelan). Ainsi, le territoire de l’Azerbaïdjan qui, pendant la période de la RDA en 1920, comportait quelque 114 000 km², s’est trouvé réduit à 86 600 km² pendant la période 1920-1991. Cette situation s'expliquait parce que les représentants de l'Arménie avaient accepté de se joindre à l’Union soviétique en 1920 à la condition que le Haut-Karabagh (de population arménienne) et le Nakhitchevan soient réintégrés à l’Arménie. Cette promesse fut tenue jusqu’en 1923 par le «commissaire aux nationalités» de l’époque, Joseph Staline.

Toutefois, celui-ci est revenu sur sa promesse quand il s'est rendu compte que le gouvernement soviétique avait besoin d’alliés diplomatiques. En effet, la Turquie s’engageait à aider l'URSS à la condition que le Haut-Karabagh et le Nakhitchevan soient de nouveau attribués à l’Azerbaïdjan. En 1923, ces deux régions passèrent sous juridiction azerbaïdjanaise.

La même année, l’URSS érigea le Haut-Karabagh en région autonome, mais Staline redéfinit les frontières du Haut-Karabagh en amputant une partie de son territoire tout en le gardant enclavé dans l’Azerbaïdjan (1930). Bien que le Haut-Karabagh soit peuplé essentiellement d’une majorité d’Arméniens, les dirigeants soviétiques se sont toujours refusé par la suite à rattacher ce territoire à l’Arménie en invoquant l’insuffisance des voies de communication et de transport entre les deux régions. Bref, la Région autonome du Haut-Karabagh fut créée par les autorités soviétiques en dépit de l'opposition de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Cette décision unilatérale constitua la première étape d’une politique délibérée qui visait à détacher le Haut-Karabagh de l’Azerbaïdjan. En 1936, l'Azerbaïdjan devint une république socialiste soviétique fédérée de l’URSS: la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Dès lors, son histoire se confondit avec celle de l’URSS.

Quant au Nakhitchevan qui était avant la soviétisation peuplé d'un peu moins de 50 % d’Arméniens, il finit par perdre presque toute sa population arménienne en raison des mouvements d’émigration et d’une politique pro-azérie dans l’enclave azerbaïdjanaise. Dans les années 1980, il n'y avait plus que 1 % à 2 % d'Arméniens au Nakhitchevan, la population arménienne du Nakhitchevan ayant préféré quitter la République socialiste soviétique autonome du Nakhitchevan pour la République socialiste soviétique d'Arménie voisine. Par voie de conséquence, les Arméniens développèrent un fort ressentiment à l'égard des Azerbaïdjanais, ce qui constitua un facteur supplémentaire de tensions dans les relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

- La russification et la soviétisation

Au point de vue économique, l'Azerbaïdjan est vite apparue comme un simple satellite de l’économie soviétique fournisseur de pétrole, de matières premières et de produits agricoles. Dans le domaine culturel, le changement forcé de l'alphabet latin pour l'alphabet cyrillique entraîna une diminution des liens avec les sources écrites de la culture spirituelle du peuple azéri. Si les Azéris se considéraient comme des «Turcs» et furent qualifiés de «Turcs» dans les documents officiels, le pouvoir soviétique tenta de couper tous les liens qui unissaient l'Azerbaïdjan à la Turquie. La russification des populations turciques apparut dès lors comme le seul moyen d'accéder à la promotion sociale et aux connaissances. Dans ces conditions, il était prévisible que le sentiment national azéri soit réapparu avec le résultat que l'identité azérie a même supplanté l'identité turque.

Par ailleurs, au cours des deux siècles passés sous le contrôle des empires russe et soviétique, il n'y eut aucune politique cohérente au sujet des minorités nationales. Au contraire, les politiques impérialistes firent tout pour favoriser les hostilités nationales et opposer les différents peuples entre eux. Dans le cas de l'Azerbaïdjan, il y eut un effort délibéré et systématique de la part des autorités soviétiques pour détruire physiquement tous les livres, manuels ou manuscrits écrits avec l'alphabet arabo-persan en raison de son association avec l'islam honni (comme toutes les religions). Des citoyens azerbaïdjanais ont raconté qu'ils étaient dans l'obligation de jeter leurs collections de livres dans d'immenses feux de joie dressés à cet effet. Les Soviétiques considéraient que l'écriture arabe (ou alphabet arabo-persan) était la plus grande menace à l'unification de l'Union des républiques socialistes soviétiques, d'où l'imposition d'un alphabet unique, le cyrillique.

Les Azéris ont russifié leurs prénoms en ajoutant des suffixes traditionnels, tels que "-yev" / "-eva" ou "-ov". "-ova", signifiant "né de". On a eu alors des modifications comme suit: Ali est devenu Aliyev (homme) ou Aliyeva (femme), Hussein est devenu Husseinov ou Huseinova, Mammad (abréviation de Mohammad) est devenu Mammadov ou Mammadova. Il y eut aussi la vague des noms prononcés et épelés avec un «k» final comme en russe: Rafik, Faik, Shaik, Namik, Natik, Tofik, etc. Alors que certains Azerbaïdjanais tentaient d'obtenir un statut social et politique en russifiant leurs noms personnels, d'autres faisaient des efforts tout aussi calculés pour préserver leur identité nationale en choisissant délibérément des noms d'origine azérie. À la recherche de noms «frais et nouveaux», les Azerbaïdjanais se sont de nouveau inspirés de diverses sources, notamment littéraires (livres, romans et pièces de théâtre). En fait, de nombreux nouveaux noms ont été introduits par les poètes et les écrivains azerbaïdjanais à partir de la période de soviétisation. En même temps, l'un des changements les plus spectaculaires dans les pratiques d'appellation dans la République azerbaïdjanaise soviétique était la tendance à se débarrasser des prénoms ou des noms personnels islamiques. Ainsi, beaucoup de noms tels que Ali, Mohammad, Hussein, Hasan et Mahmud, existent toujours aujourd'hui, mais ils ne sont pas aussi fréquents que chez les Azerbaïdjanais iraniens. De plus, de nouveaux noms d'origine étrangère sont devenus à la mode, comme Dinara, Diana, Elza, Elvira, Ellina, Elina, Kamillam, Samir, Samira, Sabina, Jamila ou Emil. La tendance à la russification s'est considérablement affaiblie, même dans les familles russophones. En lieu et place, il exister maintenant une tendance à recourir à des noms turcs ou d'origine turcique: Turan, Semra, Selma, Aydan, Leyla, Murad, Rustam, Majnoun, Fuzuli, Tural, Seljan, etc.

- Le Haut-Karabagh

Le 20 février 1988, la Région autonome du Haut-Karabagh, l'enclave arménienne en territoire azerbaïdjanais, profita du climat de réformes instauré par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président de l'URSS, pour réclamer son rattachement à l’Arménie, tandis que de nombreux Azéris fuyaient l'Arménie. Dans cette région autonome de l'Azerbaïdjan, on dénombrait, en 1988-1989, pas moins de 136 établissements secondaires où l’arménien était la langue d’enseignement (16 120 élèves) et 13 écoles internationales (7045 élèves). Durant cette même période, il y avait en Azerbaïdjan 181 établissements secondaires arméniens (20 712 élèves) et 29 établissements internationaux (12 766 élèves). Dans la seule ville de Khankendi (anciennement Stepanakert), une école normale accueillait 2130 élèves (essentiellement des Arméniens) qui suivaient des enseignements en azéri, en arménien et en russe. Par ailleurs, des douzaines de collèges d’enseignement technique et d’établissements professionnels fonctionnaient dans la région autonome du Haut-Karabagh (RAHK) en langues arménienne et russe.

D’importantes manifestations se déroulèrent en 1988 à Stepanakert (aujourd'hui Khankendi), la capitale du Haut-Karabagh, et en Arménie. Ce fut l’un des détonateurs de la «flambée nationale» en URSS. En réaction, la ville de Sumqayit, un important centre industriel proche de Bakou, devint le lieu d’un véritable pogrom. Plusieurs dizaines d’Arméniens furent assassinés et des centaines d’autres blessés. En janvier 1990, quelques milliers d’Azéris réfugiés d’Arménie firent subir un nouveau pogrom à l’importante communauté arménienne de Bakou (environ 100 000 personnes). Une semaine après, l’armée soviétique donna l’assaut à la ville de Bakou, perpétrant un véritable massacre dans la population civile. Au printemps 1991, les troupes soviétiques entreprirent de «vider» les villages arméniens situés sur le territoire de l’Azerbaïdjan. Dans la mesure où l'Azerbaïdjan, en tant que république socialiste constitutive de l’URSS, ne pouvait disposer de politique étrangère autonome, les relations entre l'Iran et l'Azerbaïdjan demeurèrent quasi inexistantes, éclipsées par les relations Iran-URSS. Ce n'est que vers la fin de l’Union soviétique que l’Azerbaïdjan et l’Iran vont commencer à rétablir des liens.

Pendant ce temps, le Nakhitchevan proclamait son indépendance «totale», le 20 janvier 1990. Fief du clan du président Heydar Aliyev, l'enclave était devenue la plaque tournante de nombreux trafics et l'un des passages les plus fréquentés des filières de l'opium à destination des entreprises turques spécialisées.

3.2 L’Azerbaïdjan indépendant (1991)

L’effondrement du bloc communiste conduisit l’Azerbaïdjan à proclamer son indépendance le 30 août 1991. Le pays adhéra à l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1992. Les premières années de l’indépendance se caractérisèrent par un grand désarroi politique. En juin 1992, Aboulfazl Eltchibey, le chef du Front populaire azéri (FPA), fut élu président au suffrage universel avec 55 % des voix. À la suite d'une courte guerre civile, il fut destitué en juin 1993 et remplacé provisoirement par l’ancien dirigeant soviétique Heydar Aliyev (ou Haïdar Aliev ou Gueïdar Aliev, selon la transcription utilisée), chef du Parti communiste. La destitution d’Eltchibey fut «acceptée» par référendum en octobre 1993 et Aliyev fut élu président avec 98,8 % des suffrages lors d’un scrutin incontesté.

Les droits des minorités et des peuples autochtones en Azerbaïdjan étaient très mal protégés. Des efforts furent déployés pour résoudre ce problème en 1992 avec la promulgation de la Loi sur la langue officielle et du décret présidentiel (1992) qui aurait protégé les droits et libertés, et accordé un soutien public pour promouvoir la langue et la culture des minorités. Cependant, la guerre au Haut-Karabagh a empêché l'application de cette loi et, depuis que la famille Aliyev a pris le pouvoir en 1993, peu de mesures ont été prises sur cette question. Le désaccord sur la taille des minorités constitue l'un des problèmes clés pour les droits des minorités en Azerbaïdjan.

- La guerre du Haut-Karabagh

Le conflit avec l’Arménie fut marqué en 1993 par une vaste offensive arménienne qui aboutit à l’occupation par les troupes arméniennes de la partie occidentale de l’Azerbaïdjan séparant l’Arménie du Haut-Karabagh. L'Azerbaïdjan était très mal équipée au point de vue militaire; elle dut faire face à des rebelles arméniens qui allaient non seulement repousser les milices azéries, mais aussi occuper le cinquième du territoire de l'Azerbaïdjan. Cette défaite engendra d’importants problèmes politiques. La minorité azérie du Haut-Karabagh fut expulsée. Et dans les villages qui ont ensuite été conquis par les rebelles arméniens, il y eut des épurations ethniques. Des dizaines de milliers d'Azéris se sont réfugiés à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan.

Pour sa part, le Conseil de sécurité des Nations unies condamna l'occupation du territoire de l'Azerbaïdjan dans ses résolutions nos 822 (30 avril 1993), 853 (29 juillet 1993) 874 (14 octobre 1994) et 884 (11 novembre 1993). Un cessez-le-feu entra en vigueur au printemps 1994, tandis que le président Heydar Aliyev paraissait décidé à mener à leur terme les négociations engagées avec le gouvernement arménien. En réalité, les Azerbaïdjanais avaient signé un cessez-le-feu parce qu'ils étaient financièrement incapables de soutenir l'effort militaire nécessaire pour récupérer les territoires perdus. Après l’échec d’une tentative de putsch en octobre 1994, l’état d’urgence fut instauré en Azerbaïdjan; en mars 1995, une nouvelle tentative de coup d’État échoua avec le résultat que l’état d’urgence fut prolongé et tous les partis d’opposition interdits.

La Constitution adoptée en 1995 a restauré le concept de nationalisme ethnique de l'Azerbaïdjan par la renaissance de la langue azérie désormais appelée azerbaïdjanais, et l'a protégée contre les influences culturelles et politiques de l'Union soviétique et de la Turquie. Toutefois, même si l'azerbaïdjanais langue est linguistiquement différent du turc de Turquie, les Azerbaïdjanais du Sud, c'est-à-dire ceux qui habitent l'Iran l'appellent encore «turc».

En novembre 1995 ont eu lieu de nouvelles élections législatives et un référendum constitutionnel. Entachés par de nombreuses irrégularités selon l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), ces consultations donnèrent une écrasante victoire au président Heydar Aliyev. Les négociations sur la «république autoproclamée du Haut-Karabagh» commencèrent en novembre 1995, mais butèrent sur le problème concernant le corridor de Lachin (ou Latchine) qui sépare le Haut-Karabagh de l’Arménie. Ce corridor, une passe de montagne, est la voie d'accès la plus courte entre l'Arménie et le Haut-Karabagh; il peut aussi servir de lien entre l'Azerbaïdjan et le Nakhitchevan en traversant l'Arménie, ce qui lui donne une grande importance au point de vue stratégique.

Mais le corridor demeure toujours sous le contrôle de l'armée et des milices arméniennes du Haut-Karabagh. Ainsi, la République autonome du Nakhitchevan demeure totalement isolée de l'Azerbaïdjan, enclavée par la Turquie à l'ouest, l'Arménie à l'est et l'Iran au sud. Les voies terrestres qui ont déjà relié l'Azerbaïdjan à son enclave azérie en passant par une bande de l'Arménie sont fermées depuis 1993.  

Cependant, même si les négociations sur le Haut-Karabagh demeuraient dans l’impasse après le rejet, en 1997, du plan de paix de l’OSCE par les dirigeants du Haut-Karabagh, l’Azerbaïdjan a vu sa position internationale se renforcer en raison de ses très importantes réserves pétrolières situées dans ses eaux territoriales de la mer Caspienne. Cette situation, qui lui valut le surnom de «nouveau Koweït», lui permit de resserrer ses liens avec la Turquie et de se rapprocher des États-Unis, avec lesquels ont été signés d’importants contrats (près de 10 milliards de dollars US) en août 1997. Après avoir signé un pacte d’amitié et de coopération économique et pétrolière avec l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, la Russie a accepté, en avril 1998, de partager les réserves pétrolières de la mer Caspienne avec l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Évidemment, l'Azerbaïdjan a vu ses revenus intérieurs se multiplier par trois ou quatre, ce qui lui a permis d'investir de façon colossale dans le réarmement. C'est ainsi que le déséquilibre militaire initial, qui était en défaveur de l'Azerbaïdjan et à l'avantage de l'Arménie, fut largement renversé.

Depuis 1998, l'Arménie a encore expulsé des milliers d'Azéris de la région autonome du Haut-Karabagh, ce que les Azéris ont appelé «une véritable épuration ethnique de toute population non arménienne». En octobre 1998, le président Heydar Aliyev fut réélu avec 76,1 % des suffrages, lors d’un scrutin boycotté par les partis d’opposition. En juin 1999, des affrontements reprirent entre les forces azéries et les Arméniens du Haut-Karabagh. En décembre 1998, réunis à Istanbul au sommet de l’OSCE, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Géorgie et la Turquie ont signé un accord pour la construction d’un oléoduc stratégique reliant Bakou (Azerbaïdjan) à Ceyhan (Turquie). Son ouverture, qui était prévue pour 2004, devait permettre de réduire la dépendance de l’Azerbaïdjan à l’égard de la Russie.

- Le pouvoir dynastique

Le président Heydar Aliyev, qui a dirigé d'une main de fer l'Azerbaïdjan de 1993 à 2003, a fait élire son fils Ilham Aliyev à la présidence lors des élections de 2003 avec près de 77 % des voix. La mort de Heydar Aliyev, le 12 décembre 2003, marqua la fin d'une ère dans la politique azerbaïdjanaise. Ilham Aliyev a été réélu avec 89% des voix en octobre 2008, en l’absence d’une opposition qui avait choisi de boycotter le scrutin. Aussitôt après cette élection, l'entourage du président a commencé à s’interroger sur la continuité du pouvoir dans la famille Aliyev qui dirige l’Azerbaïdjan depuis 1969. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a considéré cette élection comme «non démocratique».

En mars 2009, le président Ilham Aliyev  (fils) a fait adopter par référendum une réforme constitutionnelle qui levait la limitation des mandats présidentiels. Déjà fort d'une très large majorité au Parlement depuis les élections de 2010, Ilham Aliyev a ainsi été réélu sans difficulté pour un troisième mandat en octobre 2013 avec plus de 80 % des suffrages sans même faire campagne. Les partis d'opposition ont dénoncé de nombreuses irrégularité dans l'administration publique. Une contestation appuyée par les observateurs de l'OSCE soulignent les atteintes à la liberté d'expression et le manque d'équité entre les citoyens. Comme aucune ouverture ne se faisait jour : la répression s'abattit de nouveau sur les opposants en 2014 et en novembre 2015, le président confirmait davantage son pouvoir à la suite de la victoire prévue de son parti ("Nouvel Azerbaïdjan") aux élections législatives.

En raison des restrictions qui lui étaient imposées, l'OSCE n'a pas envoyé d'observateurs et l'opposition a boycotté le scrutin. Évidemment, l’Azerbaïdjan est loin de répondre aux normes de la démocratie occidentale, le pays de la dynastie Aliyev étant considéré comme l’un des régimes les plus autoritaires du monde. De plus, la corruption en Azerbaïdjan est omniprésente, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, alors que des inefficacités économiques dues à des structures de production inadéquates ralentissent toute croissance à long terme.

Quant à la République autonome du Nakhitchevan, elle demeure sans continuité territoriale avec le reste de l'Azerbaïdjan, puisque les tensions persistantes avec l'Arménie entravent toute communication directe entre l'Azerbaïdjan et le Nakhitchevan, accentuant l'isolement de ce territoire; il faut donc traverser l'Arménie par la voie des airs. Aujourd'hui, le Nakhitchevan est peuplé de quelque 400 000 habitants avec une grande majorité de langue azérie et de religion musulmane chiite; de petites minorités kurdes et russes vivent dans le sud de la région.

- La reprise des hostilités arméno-azerbaïdjanaises

Puis la chute du baril de pétrole a fini par affecter durement l'économie de l'Azerbaïdjan. Afin de détourner l'attention politique des enjeux économiques internes, Ilham Aliyev n'a rien trouvé de mieux que de reprendre les hostilités avec l'Arménie au sujet du Haut-Karabagh, ce qui favorise le patriotisme et le nationalisme. Pendant que la Turquie encourage l'Azerbaïdjan, la Russie, qui est liée par un traité de sécurité collective avec l'Arménie, est tenue de prendre le parti des Arméniens. De son côté, l'Arménie n'a aucun intérêt à régler ce conflit: appuyée par la Russie, les Arméniens ne veulent pas renoncer à leurs gains militaires, car ils contrôlent non seulement le Haut-Karabagh, mais également tout le corridor de Lachin (Latchine). Curieusement, le gouvernement arménien n'a jamais reconnu formellement l'indépendance du Haut-Karabagh, ni tenté juridiquement d'annexer ce territoire. Dans les faits, le Haut-Karabagh est un État indépendant autoproclamé qui n'est reconnu par aucun État dans le monde.

D'un côté, les Arméniens refusent tout retour en arrière, au nom du droit à leur sécurité, pendant que la population et les autorités du Haut-Karabagh sont exclusivement arméniennes et n’ont aucune envie de passer sous la juridiction de Bakou. De l'autre, les Azerbaïdjanais ne veulent pas reconnaître une situation de fait, c'est-à-dire une république du Haut-Karabagh qui a un gouvernement, un parlement et une administration depuis un quart de siècle. En réalité, le conflit du Haut-Karabagh trouve ses sources il y a plusieurs siècles, mais la situation s'est détériorée à l'époque de l'URSS, lorsque Moscou a attribué ce territoire à la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan. Le Haut-Karabagh est ensuite passé sous le contrôle de forces séparatistes proches d'Erevan. Bref, le mieux qu'on puisse espérer, c'est qu'il y ait une reprise d'un cessez-le-feu afin de minimiser au moins le nombre de morts. De là à espérer en arriver à un règlement ou à une solution, il faudrait rêver, car le conflit et là pour durer encore très longtemps

4 Le Haut-Karabagh et le Nakhitchevan

En théorie, l'Azerbaïdjan possède une république autonome, le Nakhitchevan, et une région autonome, le Haut-Karabagh. Il subsiste deux problèmes avec ces deux régions. D'une part, la Région autonome du Haut-Karabagh (4400 km²) demeure sous le contrôle des forces armées et des milices arméniennes; d'autre part, la République autonome du Nakhitchevan (5500 km²) est séparée du reste de l’Azerbaïdjan par une étroite portion de territoire arménien.

4.1 La Haut-Karabagh

La population du Haut-Karabagh était estimée en 2013 à quelque 146 500 habitants et était composée pour l’essentiel d’Arméniens de confession chrétienne orthodoxe. Avant le conflit, le Haut-Karabagh comptait 138 600 Arméniens (73,5 %) et 47 500 Azéris ou Azerbaïdjanais (25,3 %). Aujourd'hui, la population serait composée à 95 % d'Arménien, le reste comprenant des Kurdes, des Grecs et des Assyriens, les Azéris et les Russes étant tous partis.

Étant donné que l'Azerbaïdjan n'exerce aucun contrôle sur la Région autonome du Haut-Karabagh, on peut affirmer que ce sont les lois arméniennes qui prévalent sur ce territoire non reconnu par aucun pays, y compris par la Russie qui préfère conserver le statu quo. Dans les faits, le Haut-Karabagh ne constitue pas une région autonome, mais bel et bien un pays non reconnu.  La Haut-Karabagh est constitué de plusieurs districts de l'Azerbaïdjan: une partie du Kalbajar (n° 26), le Tartar (n° 56), le Khojali (n° 63), le Khojavend (n° 64), la capitale, Stepanakert (n° 60), l'Agdam (n° 3) en quasi-totalité

4.2 Le Nakhitchevan

La population du Nakhitchevan était estimée à 450 000 en 2013. La grande majorité des habitant est d'origine azérie, de langue azerbaïdjanaise et de religion musulmane chiite. Les minorités sont des Russes et des Kurdes. Les Russes résident dans la capitale, Nakhitchevan, ou dans l'agglomération. Quant aux Kurdes, ils sont concentrés dans le Sud, le district de Sadanak et le district de Julfa (village de Teyvaz).

Cette région, isolée par l'Arménie, demeure sous la juridiction de l'Azerbaïdjan, mais le 20 janvier 1990, le Nakhitchevan a proclamé son indépendance «totale». En réalité, cette république est tellement «autonome» qu'elle est considérée comme un pays quasi indépendant. Le Nakhitchevan est la terre d'origine du clan des Aliyev, présidents de père en fils de l'Azerbaïdjan. Cette enclave est devenue progressivement une plaque tournante pour le trafic de l'opium à destination de la Turquie. Autrement dit, le Nakhitchevan, comme le Haut-Karabagh, est presque un pays non reconnu.

 

Dernière révision: 31 oct. 2017

 

 
L'Azerbaïdjan
 
 

La situation générale en Azerbaïdjan

 

La politique à l'égard de la langue officielle
 

La question des minorités nationales
 

Bibliographie

 

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