Asturies
Principauté des Asturies

Asturies

Principado de Asturias
Principáu d'Asturies

(Espagne)

Capitale:  Uviéu (Oviedo en espagnol)
Population: 1,1 million  (2005)
Langue officielle: castillan   
Groupe majoritaire: castillan (90 %) 
Groupes minoritaires: asturien (10 %), langues immigrantes
Système politique: l’une des 17 communautés autonomes d’Espagne  
Articles constitutionnels (langue): art. 3 de la Constitution espagnole de 1978; art. 4 et 10 du Statut d'autonomie de 1981  
Lois linguistiques:
Loi 3/1984 du 9 mai sur la reconnaissance de l'asturianité, modifiée par la loi 18 du 31 décembre 1999; Décret 73/1994 du 29 septembre instituant la Commission consultative pour la normalisation linguistique; Décret 89/1994 du 22 décembre instaurant le Registre général sur la formation en langue asturienne et en asturo-galicien; Loi 1/1998 du 23 mars sur l'usage et la promotion du bable/asturien; Décret 39/2001 du 5 avril réglementant le Registre général sur la formation en bable/asturien et en asturo-galicien; Loi 11/2002 du 2 décembre relative aux consommateurs et usagers
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1 Situation géographique

La région des Asturies est appelée «Principauté des Asturies» («Principado de Asturias» en espagnol ou «Principáu d'Asturies» en asturien). Les Asturies forment une communauté autonome au nord de l'Espagne, laquelle est limitée à l'ouest par la Galice, au sud par la Castille-et-León, à l'est par Cantabrie, au nord par l'océan Atlantique (voir la carte détaillée de l'Espagne).

Cette région de 10 604 km² (trois fois moindre que la Catalogne) n'est composée que d'une seule province et la capitale se nomme Uviéu (Oviedo en espagnol), mais la ville la plus peuplée est Gijón (266 000, contre 201 000 pour la capitale).

Le drapeau asturien représente, sur fond bleu, la croix de la Victoire, jaune, croisée, légèrement pattée et à branches inégales. Il tire son origine de la bataille de Cuadonga (en 722) lorsque l'armée asturienne triompha sur les musulmans. La croix portée par Pelayo (ou Pélage le Conquérant), premier roi des Asturies, fut élevée vers le ciel en signe de victoire. Au IXe siècle, le roi Alphonse III des Asturies adopta ce drapeau comme symbole de son royaume en y ajoutant les lettres grecques alpha (en majuscule) et oméga (en minuscule) en référence à l'éternité du Christ, qui est le commencement et la fin.

2 Données démolinguistiques

Les Asturies comptaient 1,1 million d'habitants en 2005. La majeure partie de la population est concentrée dans la plaine côtière, là où sont installées les régions industrielles. La très grande majorité des Asturiens parlent le castillan (langue maternelle) dans une proportion de 90 %. Il existe une langue minoritaire autochtone dans les Asturiens: l'asturien (ou asturianu), appelé officiellement le bable, d'après le Statut d'autonomie de 1982.

Comme le castillan, le catalan, le galicien et l'aragonais, l'asturien est une langue romane dérivée du latin. Ces langues font partie du groupe ibéro-roman septentrional, mais seul le castillan bénéficie du statut de langue officielle dans les Asturies. Le castillan et l'asturien sont des idiomes très proches linguistiquement l'un de l'autre; c'est pourquoi certains considèrent, à tort, que l'asturien constitue un dialecte du castillan (alors que historiquement il est un dialecte du latin). Cela étant dit, environ 80 % des mots de l'asturien sont intelligibles pour un castillanophone. Voici un exemple d'asturien avec l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme:

Article 1 [français]

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Artículu 1 [asturien]

Tolos seres humanos nacen llibres y iguales en dignidá y drechos y, pola mor de la razón y la conciencia de so, han comportase hermaniblemente los unos colos otros.

Artículo 1 [castillan]

Todos los seres humanos nacen libres e iguales en dignidad y derechos y, dotados como están de razón y conciencia, deben comportarse fraternalmente los unos con los otros.

L'asturien est principalement parlé dans les Asturies, mais également en Cantabrie et en Castille-et-Léon (provinces de Léon, Zamora et Salamanque (où l'on appelle la langue l'asturo-léonais ou simplement le léonais, soit plus précisément le llionés). L'asturien est aussi parlé au Portugal dans région de Miranda del Douro, où il est appelé mirandais et possède un statut de langue officielle régionale depuis 1999.

Le nombre des locuteurs de l'asturien n'est pas aisé à déterminer avec précision, car le groupe ethnique compte quelque 600 000 personnes, et la plupart des locuteurs ont perdu leur langue ancestrale en s'assimilant au castillan. Selon une enquête menée en 1991 par le gouvernement des Asturies, 36 % des Asturiens considéraient l'asturien comme leur «première langue» (contre 32 % cour le castillan), 23 % affirmaient qu'ils utilisaient un «mélange des deux» et 5 % disaient recourir aux «deux langues». Cependant, ces résultats ne paraissent pas significatifs en raison de la façon dont les questions ont été posées. Les sources les plus sérieuses laisseraient croire que seulement 100 000 locuteurs (soit 10 % de la population) utiliseraient l'asturien comme langue maternelle, alors que plus de 450 000 personnes l'emploieraient comme langue seconde. Cependant, quelque 68 % de tous les Asturiens affirment comprendre l’asturien, ce qui est assez aisé lorsqu'on parle déjà le castillan.

Parmi les quelque 100 000 locuteurs véritables de l'asturien, il faut distinguer différentes variétés dialectales. On distingue l'asturien oriental, l'asturien central et l'asturien occidental (influencé par le galicien). À l'ouest, l'asturo-galicien (ou galicien-asturien) correspond à un dialecte tenant autant de l'asturien que du galicien. Selon les données d'Ethnologue, on dénombrerait 50 000 locuteurs de l'asturien central (soit 50 %), 30 000 locuteurs de l'asturien occidental et 20 000 locuteurs de l'asturien oriental. Ces trois variétés sont intelligibles entre elles, mais c'est l’asturien central (le bable) qui a servi de base à l’élaboration de l’«asturien standard» pour la confection d'une première grammaire et d'un dictionnaire normalisé. Néanmoins, il existe d'importantes différences entre l'asturien occidental (plus apparenté au galicien) et l'asturien oriental. Il faut mentionner également une autre forme d'asturien: l'amasteo, un mélange de castillan et d'asturien, utilisé par beaucoup d'Asturiens.

Pour les philologues et les linguistes, l'asturien, le léonais (estrémadurien et cantabre) et le mirandais constituent trois variétés d'une même langue appartenant au sous-groupe asturo-léonais ("subgrupo asturleonés"). Voici un exemple de l'article 3 de la Constitution espagnole (au paragraphe 2) en léonais et en asturien:

Traduction française Version léonaise Version asturienne Version castillane
2) Les autres langues espagnoles sont également officielles dans les différentes Communautés autonomes en accord avec leurs Statuts.  2) Las outras llinguas hespañolas sedrán tamién ouficiales nas respeutivas Comunidaes Autónomas d'alcuerdu cunos sous Estatutos. 2) Les otres llingües españoles serán tamién oficiales nes respectives Comunidaes Autónomes acordies colos sos Estatutos. 2) Las demás lenguas españolas serán también oficiales en las respectivas Comunidades Autónomas de acuerdo con sus Estatutos.

Rappelons que le terme asturien ("asturiano") ou bable est utilisé pour désigner la forme de l'asturo-léonais parlée dans la principauté des Asturies. Mais on emploie léonais (leonés en castillan; llingua llïonesa en léonais) en Castille-et-Léon, extrémadurien ("estremeñu") en Extrémadure, cantabre ("cántabro", "cántabru" ou "montañés") en Cantabrie et mirandais ("mirandés") au Portugal. Pour les linguistes, ce sont toutes des variétés d'une même langue. 

Depuis de nombreuses décennies, l'asturien a subi une dévalorisation sociale qui a entraîné son déclin. Beaucoup de locuteurs de l'asturien ont cru qu'ils parlaient plutôt un «dialecte de l'espagnol», un «mauvais espagnol» ou au mieux un «parler local» ou une «langue du village». On parle généralement l'asturien en famille, avec les parents, les amis ou les voisins. Plus le contexte de la communication est formel, plus l'usage de l'asturien décroît, car il est encore perçu par certains comme une «langue de seconde zone».

Depuis quelques années, le gouvernement local a tenté de revaloriser l'asturien, mais n'a pu empêcher son déclin: alors que 50 % des Asturiens âgés de plus de 60 ans disent avoir l'asturien comme langue maternelle, seulement 15 % des adolescents disent parler cette langue. Lorsqu'une la langue ne se transmet plus aux jeunes générations, elle est sur la voie de l'extinction.

3 Bref historique

Dès le paléolithique, la région était habitée de tribus montagnardes d'origine celte, les Astures. Les peuplades astures ont occupé très tôt le territoires des Asturies ainsi que des zones adjacentes comme le León, le Zamora et le Miranda. Leur langue fut influencée par celles des peuples de l’époque préromane habitant les Asturies, c'est-à-dire avant l'arrivée du latin.

3.1 La romanisation

Le territoire des Asturies fut conquis par les troupes d'Auguste en 29, devenant ainsi la dernière région de la péninsule à tomber sous la coupe de l'Empire romain (en -19).  La région prit du temps à se romaniser et à se christianiser. La conquête romaine fit entrer les Asturies dans l'histoire.

Après plus d'un siècle sans présence étrangère, les Wisigoths s'installèrent dans la région au VIe siècle, mais le royaume wisigoth fut menacé au début du VIIIe siècle par l'invasion arabe. Le premier roi des Asturies, Pélage (ou Pelayo), fut l'initiateur de la Reconquista («Reconquête») qui permit aux royaumes chrétiens d'Espagne et du Portugal de chasser les Maures de la péninsule Ibérique.  Les Asturies jouèrent un rôle capital au cours de cette période, car c'est en 722 que le roi Pélage gagna la bataille de Covadonga contre les Maures, un symbole de cette époque. À l'exemple des autres langues romanes de la péninsule Ibérique, l'asturien est né de la fragmentation du latin commun du Moyen Âge, mais l'évolution du latin à l'asturien fut long et progressif. Cette langue fut parlée dans le tout le Royaume des Asturies (718-910).

3.2 Les royaumes des Asturies et de León

Alphonse Ier (739-757) fut le véritable fondateur du Royaume des Asturies, dont la capitale fut Cangas de Onís. Sous le règne d'Alphonse II le Chaste (791-842), les liens avec l'Europe chrétienne se développèrent, renforcés par le début du culte voué à saint Jacques, à Compostelle, en Galice; Oviedo devint la nouvelle capitale. Sous Alphonse III le Grand (838-910), le royaume des Asturies s'agrandit en englobant la Galice et le León, prit le nom de «royaume de León», et la capitale fut transférée d’Oviedo à León en 914. Le règne d'Alphonse III marqua le sommet de la puissance du Royaume des Asturies.

En 1230, le Royaume de León s'unit à la Castille. Cependant, il n’exista pas immédiatement d’union réelle des royaumes de León et de Castille, car les deux royaumes maintinrent des institutions séparées, des lois différentes et des systèmes économiques indépendants, même s'ils partageaient le même monarque. Dans les faits, le León  bénéficia de son indépendance jusqu’en 1301. À partir de 1390, sous l'impulsion d'Henri III, roi de Castille, les héritiers de la couronne d'Espagne prirent le titre de «prince des Asturies».  On peut donc dire que les Asturies constituent le berceau de la monarchie espagnole.  En 1388, les Asturies devinrent un Principado, c'est-à-dire une principauté, qui donna son nom aux héritiers de la couronne d'Espagne.

Au cours des XIIe et XIIIe siècles et même une grande partie au XIVe, l’asturien (asturo-léonais) demeura la langue officielle des documents du royaume (voir la carte).

Puis l’arrivée des administrateurs et des gouverneurs envoyés en Asturies par le roi de Castille pour occuper les postes politiques et ecclésiastiques introduisit le castillan dans les écrits officiels. L'asturien fut évincé au lendemain de la défaite de l'aristocratie asturienne (1391) qui avait soutenu Alfonso Enríquez, le prétendant au trône, fils bâtard d'Enrique de Trastámara (Henri de Trastamare, 1334-1379); Alfonso Enríquez se rebella encore contre le roi Juan I, puis contre Enrique III. Le royaume de León allait continué d’exister comme entité théorique jusqu’au XIXe siècle, avec ses particularités propres, mais avec le temps son territoire se réduisit jusqu’à l’actuelle province de León et la moitié nord de Zamora.

3.3 La castillanisation

Dans les siècles qui suivirent, on ne trouva aucun trace de l'asturien écrit, car celui-ci resta une langue strictement orale, limitée aux communications informelles. L'asturien continua de péricliter, surtout lorsque le castillan s'implanta dans les écoles. Au XIXe siècle, l'industrialisation rapide des Asturies en fit une région essentiellement ouvrière, rapidement gagnée aux idées socialistes. La langue castillane prit de plus en plus de l'importance et devient progressivement la langue maternelle de nombreux Asturiens, au point où l'asturien parvint au rôle d'une langue minoritaire dans les Asturies. Dès le début du XXe siècle, l’asturien n'était plus du tout valorisé et était perçu comme une «langue primitive», une «langue rurale» et une «langue inutile».

En 1934, le gouvernement espagnol dut envoyer la légion pour mettre fin à la révolution dans les Asturies, celle-ci étant menée par différents partis de gauche alliés aux syndicats; d'autres soulèvements se déroulèrent plus tard. Puis les nationalistes de Franco s'emparèrent des Asturies en 1937. Avec l'affaiblissement de la dictature franquiste, on assista à la montée du nationalisme asturien et le développement des revendications régionales. Les Espagnols, dont la langue maternelle n'était pas le castillan, mais plutôt le catalan, le basque ou le galicien, commencèrent des campagnes qui exigeaient l’obtention d’un statut officiel.

3.4 Vers la restauration de l'asturien?

C’est dans ce contexte que le Conseil de la langue asturienne (Conceyu Bable) fut créé en 1974. Cet organisme contribua à donner une nouvelle vision de la langue asturienne, mais toutes les tentatives ne réussirent pas à obtenir le statut officiel de l'asturien dans le cadre du Statut d’autonomie (1981). Tout au plus, on a reconnu l'existence de la langue à l'article 4 sous le nom de «bable» en précisant qu'elle bénéficiera désormais «de protection». Même la création de l'Académie de la langue asturienne (Academia de la Llingua Asturiana), un organisme public fondée en 1980 et chargé de la normalisation de l'asturien, n'a pas réussi à faire modifier l'ordre établi. L'Académie a publié en 1981 des normes orthographiques, en 1998 une grammaire, en 2000 un dictionnaire et en 2002 une histoire de la littérature. Son bulletin, Lletres Asturianes, paraît quatre fois l'an.

En 1998, le Parlement des Asturies a adopté la loi 1/1998 du 23 mars relative à l'usage et la promotion du bable/asturien. Cette loi était destinée à favoriser la récupération et le développement de l'asturien en définissant des mesures pour promouvoir son usage et en garantissant son enseignement en tenant compte des principes du libre choix, de la progression et du respect de la réalité sociolinguistique des Asturies.

Depuis ces dernières années, des progrès considérables ont été accomplis en matière de promotion de l'asturien, mais les résultats sont insuffisants pour arrêter le processus de minorisation dont est victime l'asturien. C'est pourquoi de grandes manifestations populaires ont régulièrement lieu dans la région afin de demander (en vain?) la co-officialité de l'asturien avec le castillan.

Bien que de plus en plus d'Asturiens accordent de l'importance à la sauvegarde de leur langue, le castillan demeure la langue dominante sans partage. Pour le moment, rien ne semble pouvoir freiner l'asturien de poursuivre son déclin, ce qui doit faire l'affaire des partisans de l'unilinguisme castillan. 

4 Le statut des langues

Le statut des langues est défini d'abord dans le Statut d'autonomie de 1981. L'article 4 déclare simplement que «le bable bénéficie de protection»:

Article 4

1) Le bable bénéficie de protection. Son emploi et sa présence dans les médias et au sein du système scolaire sont encouragés, en respectant dans tous les cas les variétés locales et le caractère volontaire de son apprentissage.

2) Une loi de la Principauté doit réglementer la protection, l'usage et la promotion de l'asturien.

Article 10

1) La principauté des Asturies a compétence exclusive dans les domaines mentionnés ci-après, sans préjudice de ce qui est établi aux articles 140 et 149 de la Constitution: [...]

21. La promotion et la protection de l'asturien sous ses diverses formes qui, en tant que particularités linguistiques, sont pratiquées dans le territoire de la principauté des Asturies.

Autrement dit, le Statut d'autonomie accordé aux Asturies en 1982 n'accorde aucune reconnaissance officielle ni au castillan ni à l'asturien. L'article 4 se limite à prévoir des mesures de protection à l'égard du «bable» (asturien), sans lui reconnaître un quelconque statut, ce qui laisse la possibilité de ne rien faire. Dans l'intention du législateur, les «variétés linguistiques» ou «particularités linguistiques» (en espagnol: «modalidades lingüística») sont associées aux éléments du patrimoine culturel et historique des Asturies. Rappelons que la culture constitue l'un des domaines relevant de la juridiction du gouvernement autonome, qui était, en ce sens, tenu de veiller à la conservation et à l'étude des variétés spécifiques du territoire. Malheureusement, C'est seulement en 1998 que la loi linguistique a été adoptée et elle n'a pas davantage reconnu l'asturien comme langue officielle ou co-officielle.

En conséquence, seul l'article 3 (trois paragraphes) de la Constitution espagnole s'applique dans la principauté des Asturies, car le castillan est la langue espagnole officielle de l'État :

Artículo 3

1) El castellano es la lengua española oficial del Estado. Todos los españoles tienen el deber de conocerla y el derecho a usarla.

2) Las demás lenguas españolas serán también oficiales en las respectivas Comunidades Autónomas de acuerdo con sus Estatutos.

3) La riqueza de las distintas modalidades lingüísticas de España es un patrimonio cultural que será objeto de especial respeto y protección.

Article 3

1) Le castillan est la langue espagnole officielle de l'État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l'utiliser.

2) Les autres langues espagnoles seront également officielles dans les Communautés autonomes respectives en accord avec leurs Statuts. 

3) La richesse des diverses modalités linguistiques de l'Espagne est un patrimoine culturel qui doit être l'objet d'une protection et d'un respect particuliers.

Rappelons que, si tous les Espagnols ont le devoir de connaître le castillan, cette obligation ne s'applique pas au catalan, au basque et au galicien, encore moins aux autres langues comme l'aragonais ou l'asturien. L'utilisation de ces langues minoritaires en Espagne ne constitue pas une obligation, mais simplement un droit. Les langues ne sont donc pas officielles au même degré: la langue officielle de toute l'Espagne demeure le castillan, ce qui lui assure une préséance certaine.  Il faut bien comprendre que, en termes de droits linguistiques, la Constitution espagnole reconnaît deux catégories de citoyens et deux catégories de territoires.

Ainsi, la Constitution prévoit un État espagnol unilingue composé de territoires officiellement unilingues (les castillanophones) et de territoires officiellement bilingues (pour les Catalans, les Basques et les Galiciens). Comme la Constitution est muette sur l'asturien et que le Statut d'autonomie des Asturies n'en fait pas davantage mention, seul le castillan bénéficie du statut d'officialité. Bref, l'asturien n'a aucun statut au sens juridique du terme, bien qu'il bénéficie d'une protection officielle.

L'article 1er de la Loi 1/1998 du 23 mars sur l'usage et la promotion du bable/asturien réduit le statut de l'asturien comme une «langue traditionnelle»:

Article 1er

Langue traditionnelle

Le bable/asturien, comme langue traditionnelle des Asturies, bénéficiera de protection. La principauté d'Asturies doit promouvoir son usage, sa diffusion et son enseignement.

Il s'agit là d'un statut vide de sens au point de vue juridique. En fait, en Espagne, toute langue qui n'est pas reconnue formellement par un statut co-officiel est condamnée à disparaître. Autrement dit, ou bien une langue reçoit une protection juridique adéquate ou bien elle ne bénéficie d'aucun droit. C'est donc la règle du «tout ou rien» qui s'applique en Espagne! Dans un rapport remis au Conseil de l'Europe en 2006, l'Espagne affirmait: «Le processus de normalisation et la codification de l'asturien ne sont pas complètement consolidés.» C'est une façon de noyer le poisson! Puisque l'asturien n'est pas protégé par le statut d'autonomie des Asturies, il doit être laissé pour compte. Pour les partisans de l'asturien, si cette langue ne réussit pas à recevoir une intervention urgente de la part des institutions européennes, elle est condamnée à disparaître. Beaucoup comptent sur d'autres lois, conventions ou traités signés par l'Espagne pour que l'asturien obtienne une protection et assure sa promotion: Déclaration universelle des droits de l'homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, etc. Le problème de l'asturien, c'est que les pouvoirs publics ne veulent pas ou ne peuvent pas accorder des droits à la langue parce qu'elle n'est pas reconnue par des lois. C'est un cercle vicieux!

5 La politique linguistique

La dénomination officielle pour désigner le gouvernement autonome est Gobierno del Principado de Asturias (en français: gouvernement de la principauté des Asturies), ce qui équivaudrait à un «Exécutif gouvernemental». Le gouvernement est aussi appelé Junta General del Principado de Asturias: «Junte générale de la principauté des Asturies». Le gouvernement est composé du président ("Presidente"), d'un vice-président ("Vicepresidente") et de «conseillers» ("Consejeros») équivalant à la fonction de «ministres». Le président est élu par le parlement des Asturies ou Parlamento de Asturias, mais nommé par le roi d'Espagne.

À l'instar des autres Communautés autonomes, la principauté des Asturies utilise les termes Consejerías (ancien français: «conseillerie»), ainsi que consejero / consejera (fr. «conseiller / conseillère»), qui servent à désigner les ministères et les ministres du gouvernement des Asturies. On peut, en français, employer l'expression «ministre-conseiller» (ou «ministre-conseillère»), voire simplement «ministre», pour rendre compte adéquatement du terme consejero / consejera ; le terme français «conseiller» correspond mal à la fonction dévolue aux conselleiros / conselleiras en Espagne, car ces postes n'ont rien à voir avec une «personne qui donne des conseils» conseiller juridique, conseiller d'orientation, etc. ou qui fait partie, par exemple, d'un conseil municipal. De plus, le mot vicepresident (fr. «vice-président») sert d'équivalent à «premier ministre». En Espagne, les termes ministerio (fr. «ministère») et ministro / ministra (fr. «ministre») désignent les ministères et les ministres du gouvernement central, et non ceux des Communautés autonomes; le premier ministre du gouvernement espagnol est désigné par l'expression Primer ministro (fr. «premier ministre»).  

La plus grande partie de la politique linguistique du gouvernement des Asturies est définie dans la loi 1/1998 du 23 mars sur l'usage et la promotion du bable/asturien, bien qu'il existe également d'autres lois plus ponctuelles et concernant occasionnellement la langue.

5.1 La justice

La loi 1/1998 du 23 mars sur l'usage et la promotion du bable/asturien (Ley 1/1998, de 23 de marzo, de uso y promoción del Bable / Asturiano) ne fait aucune allusion à la langue des tribunaux. Quoi qu'il en soit, l'asturien n'est pas utilisé dans les cours de justice des Asturies. Comme le castillan est la langue officielle et que tous les citoyens connaissent cette langue, seul le castillan est employé. Les seuls documents écrits et déposés à la cour doivent être rédigés en castillan. On ignore quelle est la proportion du personnel qui pourrait savoir utiliser l'asturien dans une cour de justice.

5.2 Les services publics

En ce qui a trait aux services gouvernementaux du pouvoir central, l'Administration s'en tient aux dispositions constitutionnelles qui déclarent que le castillan est la langue officielle. Lorsqu'un citoyen fait parvenir une lettre dans un bureau du gouvernement central, l'Administration se contente de retourner le document sans même y répondre.

En revanche, l'Administration autonome semble avoir adopter une politique très différente. En effet, l’Administration asturienne prend en compte les documents rédigés en asturien, bien qu'elle aie tendance à répondre en castillan. De plus, les fonctionnaires connaissent généralement l'asturien lorsqu'ils sont originaires de la principauté des Asturies. À l'oral, les fonctionnaires vont facilement répondre dans la langue du citoyen. D'ailleurs, l'article 4 de la Loi sur l'usage et la promotion du bable/asturien autorise l'emploi de l'asturien, tant à l'oral qu'à l'écrit:

Article 4

Usage administratif

1) Tous les citoyens ont droit d'employer le bable/asturien et de s'exprimer dans cette langue, oralement ou par écrit.

2) L'usage du bable/asturien sera obligatoire pour toutes les fins lors des communications orales ou écrites entre les citoyens et la principauté des Asturies

3) La principauté des Asturies rendra propice la connaissance du bable/asturien à tous les employés du secteur public, qui exercent une fonction dans les Asturies; la connaissance du bable/asturien pourra être évalué comme un avantage dans les concours annoncés par la principauté des Asturies, lorsque les caractéristiques du poste de travail et la nature des fonctions à être exercées l'exigeront.

Néanmoins, le castillan reste encore la langue la plus utilisée dans l’Administration régionale, l’asturien n’apparaissant que dans des circonstances particulières.

En vertu de l'article 7 de la loi en vigueur, l'Administration de la Principauté dispose d'un organisme de traduction officielle. Cet organisme exerce les fonctions suivantes:

a) Traduire ou certifier sa validité, selon le cas nécessaire, de tous les textes qui doivent être publiés en bable/asturien dans le Bulletin officiel de la principauté des Asturies et celui de l'Assemblée générale de la Principauté.

b) Traduire tout texte rédigé en asturien en version castillane lorsque c'est nécessaire, tant par les pouvoirs publics que par les institutions auxquelles réfère l'article 16 de la loi.

Cela étant dit, les services publics tels que le téléphone, le gaz, l’eau, etc., ne sont pas offerts en asturien, mais uniquement en castillan. Cependant, en raison des nombreuses plaintes quant à l'usage de la langue asturienne, certains services ont commencé à penser à son emploi. Ainsi, la compagnie de téléphone Telefónica, a décidé d'employer l'asturien dans certains cas comme les modes d’emploi et les renseignements généraux. Mais il ne s'agit guère d'un emploi généralisé. En fait, les autorités locales et les services publics n'accordent pratiquement aucune place à l’asturien, et ce, d'autant plus que les citoyens ont tendance à recourir au castillan lorsqu'ils communiquent avec l'Administration.

Pour ce qui est des affiches, des panneaux de circulation et aux indications toponymiques, il y a beaucoup de travail à faire. Il existe plusieurs panneaux bilingues, mais ils demeurent encore très limités. Pourtant, l'article 15 de la Loi sur l'usage et la promotion du bable/asturien autorise l'usage de l'asturien:

Article 15

Toponymes

1) Les toponymes de la Communauté autonome de la principauté des Asturies auront leur dénomination officielle de façon traditionnelle. Lorsque l'usage généralisé d'un toponyme est dans sa forme traditionnelle et en castillan, sa dénomination peut être bilingue.

2) Conformément à procédure réglementaire, il revient au Conseil du gouvernement, soumis à l'avis préalable de la Junte de toponymie de la principauté des Asturies, et sans préjudice des compétences des municipalités et de l'État, de déterminer les toponymes de la Communauté autonome.

Au sein des entreprises, on trouve parfois des affiches publicitaires en asturien, sinon des enseignes de magasins, voire des menus de restaurants, mais ces services semblent plutôt inhabituels, car de façon générale c'est le castillan qui accapare toute la place. En 2002, le gouvernement des Asturies a fait adopter une loi (loi 11/2002 du 2 décembre relative aux consommateurs et usagers) à l'intention des consommateurs pour exiger que «toute information légalement exigible doit figurer au moins en castillan»:

Article 15

Principes généraux :

3)
Toute information légalement exigible doit figurer au moins en castillan.

Les politiques de certaines municipalités sont plus accueillantes, mais elles ne sont guère uniformes. Les municipalités situées dans les zones où l’asturien est plus parlé sont plus portées à employer l'asturien, même si cette pratique est loin d'être répandue, bien que la Loi sur l'usage et la promotion du bable/asturien le permette et l'encourage (art. 8):

Article 8

Municipalités

1) Les municipalités asturiennes pourront adopter des mesures nécessaires pour assurer l'efficacité de l'exercice des droits linguistiques que la présente loi accorde à tous les citoyens résidant dans les Asturies.

2) La principauté des Asturies pourra convenir avec les municipalités de projets spécifiques pour l'utilisation effective du bable/asturien dans leurs conseils respectifs, afin de pouvoir subventionner les services et les activités nécessaires.

Quelques municipalités ont décidé d'accorder à l’asturien le même statut que le castillan. Dès lors, les opposant se sont levés pour s'y objecter. Pire, la Delegación del Gobierno en Asturias (la «Délégation du gouvernement dans les Asturies»), un organisme qui représente le gouvernement central dans la Communauté autonome, a même porté la cause devant les tribunaux. Un cas particulier mérite d'être signalé: le Conseil municipal la ville de Nava a approuvé en 2001 une série d'ordonnances concernant le statut officiel de la langue asturienne. Ces ordonnances garantissent l'usage de la langue dans les communications avec l'administration au moyen d'étiquettes bilingues, de l'établissement d'un programme annuel pour le développement et l'enseignement de la langue. Le Conseil municipal de Nava est l'un des rares conseils à reconnaître et à réglementer les droits linguistiques de ses citoyens. Mais ces ordonnances attendent leur approbation finale par la principauté des Asturies.

Par ailleurs, le gouvernement de la Communauté autonome a autorisé la création de l'Académie de la langue (l’Academia de la Llingua afin de protéger et promouvoir l’asturien, mais les résultats se font attendre, bien que des améliorations sensibles aient été réalisées. De son côté, la Xunta pola Defensa de la Llingua Asturiana (Junte pour la défense de la langue asturienne), un organisme voué à la promotion de l'usage et de l'enseignement de l'asturien, organise des manifestations pour faire adopter l'asturien comme langue co-officielle. Cette association a été créée en 1984 et, depuis lors, propose périodiquement diverses activités pour impliquer la société asturienne dans la défense de la langue. Quant à l'Empresarios y Profesionales EPA, un organisme privé regroupant des chefs d'entreprise et des professionnels, elle œuvre à la promotion de l'asturien dans le monde du commerce et des affaires. Cet organisme a souvent fait campagne à plusieurs occasions et a reçu des subventions de la part du gouvernement autonome.

Mentionnons aussi le Conceyu Abiertu pola Oficialidá (CAO: «Conseil en faveur de l'officialité»), fondé en 2004, une association apolitique regroupant des syndicats, des partis politiques locaux et des partisans favorisant le statut co-officiel de l'asturien. Le CAO a été créé par la Xunta pola Defensa de la Llingua Asturiana («Junte pour la défense de la langue asturienne») et est actuellement appuyé par plus d'une centaine d'organisations politiques, syndicales, culturelles, professionnelles, sportives, etc. Le CAO cessera d'exister le jour où l'asturien obtiendra un statut officiel avec le castillan. D'ici là, l'organisme veut développer «un travail pédagogique et de conscientisation sociale» pour que le caractère co-officiel de l'asturien soit mené à bien à partir d'un vaste consensus social.

5.3 L'éducation

Compte tenu de la législation en vigueur, les écoles publiques dans les Asturies sont dans l'obligation de dispenser un enseignement en castillan. Cependant, des cours en asturien sont donnés dans certaines écoles depuis 1983. Depuis, l'enseignement de l'asturien s'est répandu. En 1997- 98, on a enseigné l’asturien à 14,791 élèves de l’école primaire dans 166 écoles, et à 956 élèves de l’école secondaire dans 14 écoles. Ces pratiques semblent conformes avec l'article 9 de la Loi sur l'usage et la promotion du bable/asturien :

Article 9

Enseignement

La principauté des Asturies, dans l'exercice de ses compétences, devra assurer l'enseignement du bable/asturien et promouvoir son utilisation dans le système d'éducation, selon les termes prévus dans le Statut d'autonomie des Asturies.

Néanmoins, l'enseignement de l'asturien demeure tributaire du castillan. Les défenseurs de l’asturien considèrent que cet enseignement est nettement insuffisant. Ils soulignent que l’asturien n’est pas une matière obligatoire dans les écoles publiques et que ce sont des bénévoles qui dispensent cet enseignement seulement dans les écoles qui ont décidé de l'offrir sur une base volontaire. L'article 10 de la Loi sur l'usage et la promotion du bable/asturien oblige les écoles à offrir son enseignement sur une base volontaire:

Article 10

Programme d'études

1) Dans l'exercice de ses compétences, la principauté des Asturies garantira l'enseignement du bable/asturien à tous les niveaux et degrés, en respectant cependant le libre choix de son apprentissage. En tout cas, le bable/asturien devra être dispensé dans l'horaire scolaire et sera considéré comme une matière intégrante du programme d'études.

Rappelons que l'emploi de l'asturien dans les écoles primaires demeure une matière d'enseignement et qu'il ne peut devenir une langue d'enseignement. En règle générale, il y a deux leçons par semaine pour la langue asturienne, chacune d'une durée d'une heure. En général, les établissements d'enseignement qui offrent ces cours  semblent concentrés dans les zones industrielles telles que les municipalités d'Oviedo, de Xixón et d'Avilés. 

Le nombre des élèves étudiant l'asturien au primaire atteint les 14 200 pour tout le système d'éducation, sur un total de 45 000 (environ 30 %). La proportion des élèves recevant un enseignement limité en asturien demeure bien faible. Ceux qui ne choisissent pas cette «option» reçoivent des cours sur la culture asturienne.

Nombre des élèves au primaire

 
Nombre total des élèves  dans les écoles publiques

30 325

Nombre des élèves apprenant l'asturien dans les écoles publiques

14 238

Nombre total des élèves dans les écoles privées

14 991

Nombre des élèves apprenant l'asturien dans les écoles privées

----

Nombre total des élèves du primaire

44 916

L'emploi de l'asturien reste une matière facultative dans les écoles secondaires. Le nombre d'étudiants recevant un enseignement en asturien atteignait un peu plus de 1000 en 2001-2002. De plus, le matériel pédagogique (manuels, dictionnaires, ouvrages de référence, etc.), produit par des éditeurs privés, semble de faible qualité et ne répondre pas aux exigences minimales pour ce type d'enseignement. L’Academia de la Llingua Asturiana offre également des cours d’été chaque année ouverts aux enseignants et au grand public.

Pour ce qui est de l'enseignement supérieur, il est possible d'étudier l’asturien à l’Université d’Oviedo, qui offre deux programmes spécialisés en asturien: la philologie asturienne à la Faculté de philologie et la philologie asturienne au Collège universitaire de formation des professeurs (Escuela Universitaria de Maxisteriu) qui se destinent à l’enseignement primaire. Le Conseil espagnol pour les universités, dont le siège est à Madrid, n'avait pas voulu accorder son autorisation et avait opposé son veto à la demande de l’Université d’Oviedo de dispenser des cours de philologie asturienne, prétextant que l'asturien n'était pas une «langue» mais un «dialecte», réponse typique des nationalistes espagnols à l'époque du régime de Franco.

En 1985, le gouvernement autonome des Asturies a créé le Servicio de Enseñanza Lingüística (Service de l'enseignement linguistique), puis la Commission consultative pour la normalisation linguistique (Comisión Asesora para la Normalización Lingüística).

5.4 Les médias

Tous les quotidiens et la plupart des magazines publiés dans les Asturies sont en castillan. Mais certains journaux (La Nueva España, El Comercio, La Voz de Asturias) publient quelques articles en asturien. Le journal Les Noticies publie même une version castillane et une autre en asturien à 5000 exemplaires (financée par le gouvernement des Asturies). Depuis 1987, les Publications Ámbitu S.L., un groupe de jeunes universitaires liés au mouvement de «récupération linguistique de l'asturien» ont créé une association culturelle afin de travailler à la diffusion de la culture et de l'identité asturienne. Il ont fondé une revue nationaliste en 1996: Ámbitu, la revista con acentu  (esp.: «Ámbitu, la revista con acento»; en fr.: Ámbitu, la revue avec accent). Une quinzine d'ann.es plus tard, les Publications Ámbitu diffusaient une version asturienne des Noticies. L'actualité politique asturienne est toujours analysée dans une perspective «asturianistique» et, par conséquent, nouvelle avec une attention spéciale aux «petites nations sans État» et aux «mouvements alternatifs». Depuis sa naissance, Les Noticies a cherché dans les domaines littéraires, politiques et sociaux les meilleures signatures du pays, en essayant d'offrir une vision libre de ce que sont les Asturies en ce début du XXIe siècle.

La revue mensuelle El Fielatu est rédigée en asturien. Il existe un magazine pour la jeunesse, Xyz, ainsi que plusieurs magazines en asturien destinés aux écoliers comme Lleo-Lleo, Rede C et La Bígara, bien que ceux-ci soient des traductions de magazines en d'autres langues et qu'ils soient utilisés en tant qu'outils pédagogiques dans les écoles. El Gomeru, conçu et publié en Asturies est aussi destiné aux enfants et aux adolescents.

L'utilisation de l'asturien dans les médias électroniques est plutôt pauvre et sporadique. Le Centre asturien de la télévision espagnole avait l'habitude d'émettre quelques émissions en asturien, puis il a cessé. Quelques chaînes de télévision émettent en partie ou totalement en asturien, comme la stationd e télévision locale Xixon-TLG (qui émet environ deux heures par semaine en asturien) et les stations de télévision locales Uvieu-TLU (environ trois heures par semaine) et Teleasturias. Les émissions consistent en des nouvelles locales, des magazines ethnographiques, du folklore depuis peu des dessins animés. Environ 20 % de programmes produits par la Productora de Programas del Principado, un organisme public créé par le gouvernement autonome des Asturies pour produire des programmes de radio et de télé, sont en en asturien. Il existe un projet pour créer une télévision asturienne soutenue par le gouvernement autonome, mais le processus de mise en marche semble particulièrement lent.

Quant à la radiodiffusion, la Radio Sele est une station d'émission culturelle qui émet totalement en Asturien dans les principales villes comme Uviéu, Xixón, Avilés, La Pola ((Suiero), Mieres, Llangréu, etc., pour une population potentielle de 800 000 auditeurs. La radio Kras est une station d'émission indépendante, dont une partie des émissions est en asturien; Antena Norte offre aussi des émissions en asturien. En ce qui concerne les principales stations espagnoles, la plupart d'entre elles émettent en asturien (entre vingt minutes et un peu plus d'une heure par semaine). Toutes ces activités reçoivent de l'aide financière du gouvernement de la principauté des Asturies.

À l'heure où la plupart des États d'Europe ont adopté la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, il paraît plutôt insolite que des citoyens espagnols, comme dans les Asturies, s'opposent encore à sauvegarder des langues minoritaires sur leur territoire.  Le discours des opposants fait penser à celui des Américains devant l'espagnol: ils craignent, eux aussi, de voir apparaître le spectre de la tour de Babel!

Du point de vue de la politique linguistique, la principauté des Asturies a encore beaucoup de chemin à parcourir, car la situation actuelle paraît anachronique. Il n'est pas normal que, dans un pays démocratique comme l'Espagne, des membres des minorités nationales aient à subir des traitements différents selon qu'ils habitent les Asturies, l'Aragon, la Catalogne ou le Pays basque. Il existe encore un bon nombre de politiciens espagnols du pouvoir central qui ne peuvent supporter un seul instant que des langues comme l'asturien (ou l'aragonais en Aragon) bénéficient d'un statut de co-officialité; ils en ont déjà plein les bras avec le catalan, le basque et le galicien. C'est pourquoi ils font tout pour nuire à la normalisation de l'asturien (et de l'aragonais). Des organismes tels que la Delegación del Gobierno en Asturias ne devraient même pas exister en Espagne.

Par ailleurs, malgré tous ses efforts pour revaloriser l'asturien, le gouvernement autonome semble encore quelque peu timoré devant les partisans opposés à toute officialisation de l'asturien. Ce n'est pas pour rien que la Loi sur l'usage et la promotion du bable/asturien n'a pas su accorder un statut de co-officialité à l'asturien. Pourtant, ce serait là un pas dans la bonne direction. Mais un statut de co-officialité de l'asturien ne résoudrait pas toutes les difficultés, car c'est une langue faible, sans prestige. Il faudrait aussi que le gouvernement autonome fasse touts les efforts pour transposer dans la pratique ce même statut et que les citoyens jouent le jeu. Pour ce faire, il faut réussir à changer les mentalités de la majorité, ce qui n'est pas une tâche facile. Pour le moment, la politique linguistique de la principauté des Asturies correspond à une politique sectorielle.       

Dernière mise à jour: 11 déc. 2015
   

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