Aragon (Espagne)
Comunidad Autónoma de Aragón

Aragon

Communauté autonome d'Aragon

Capitale:  Saragosse
Population: 1,3 million  (2011)
Langue officielle: castillan   
Groupe majoritaire: castillan (90 %) 
Groupes minoritaires: catalan (3,3 %), aragonais (2,5 %), arabe, roumain, bulgare, portugais, chinois, polonais, etc.
Système politique: l’une des 17 communautés autonomes d’Espagne  
Articles constitutionnels (langue): art. 3 de la Constitution espagnole de 1978; art. 7 de la Loi organique 5/2007 du 20 avril sur la réforme du Statut d'autonomie de l'Aragon (2007)
Lois linguistiques: Déclaration de Mequinenza (1984); Loi sur les voies de circulation d'Aragon (1998); Loi 8/1997 du 30 octobre sur le statut du consommateur et de l'usager de la Communauté autonome d'Aragon (1997); Loi 7/1999 du 9 avril sur l'administration locale d'Aragon (1999) ; Loi 3 du 10 mars sur le patrimoine culturel aragonais (1999); Décret 140/2000 du 11 juillet du gouvernement d'Aragon créant les départements didactiques d'économie, de formation et d'orientation du travail et des langues d'Aragon dans les établissements d'enseignement secondaire de la communauté autonome d'Aragon (2000); Loi de la Communauté autonome d'Aragon no 5 du 28 novembre sur les relations avec les communautés aragonaises de l'extérieur (2000); Avant-projet de Loi sur les langues d'Aragon (2001); Loi 10/2002 du 3 mai portant création de la comarque de Banjo-Aragon (2002); Loi no 16 du 24 mars sur la publicité institutionnelle (2003); Décret 206/03 du 22 juillet du gouvernement d'Aragon approuvant le Règlement général de la loi 8/98 du 17 décembre sur les voies de circulation d'Aragon (2003) ; Ordonnance du 6 mai du département de l'Éducation, de la Culture et du Sport approuvant le programme d'études de l'enseignement primaire pour la Communauté autonome d'Aragon (2005); Loi sur la qualité des aliments en Aragon (2006); Loi sur les consommateurs et les usagers d'Aragon (2006); Loi sur la jeunesse d'Aragon (2007); Loi no 10 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon (2009); Code du droit foral d'Aragon (2011); Décret 87 du 5 avril du gouvernement d'Aragon approuvant les statuts de l'Académie de la langue aragonaise (2011); Décret 88 du 5 avril du gouvernement d'Aragon adoptant les règles d'organisation interne et le fonctionnement du Conseil supérieur des langues d'Aragon (2011); Décret 89 du 5 avril du gouvernement d'Aragon approuvant les statuts de l'Académie aragonaise du catalan (2011); Avant-projet de loi sur l'usage, la protection et la promotion des langues et des variétés linguistiques d'Aragon (2012).

1 Situation géographique
 

Située au nord de l'Espagne, l'Aragon (esp.: Aragón) est au pied de la chaîne des Pyrénées. Sa superficie est de 47 720 km² (9,4 % de la superficie du pays), soit l'équivalent de la République dominicaine ou du Bhoutan.

L'Aragon forme une Communauté autonome (Comunidad autónoma de Aragón) limitée au nord par la France, à l'est par la Catalogne et le Pays valencien, au sud par le Pays valencien et la Castille-La Manche, à l'ouest par la Navarre, La Rioja et la Castille-et-Léon. L'Aragon est formée de trois provinces: Huesca au nord, Zaragoza (ou Saragosse) au centre et Teruel au sud. La capitale est Saragosse (Zaragoza) située dans la province du même nom, sur l’Èbre.

Le drapeau de l'Aragon est formé de quatre bandes rouges horizontales sur champ d’or avec le blason d’Aragon constitué de ses quatre quartiers traditionnels: le chêne de Sobrarbe (une croix rouge  sur un arbre représentant l’ancien royaume de Sobrarbe), la croix d’Iñigo Arista (une croix blanche sur fond bleu foncé, rappelant la première dynastie de rois d’Aragon), la croix de San Jorge (entourée par les quatre têtes de Maures sur un champ d’argent rappelant la victoire des troupes chrétiennes guidées par Pedro Ier en 1096, contre l’armée musulmane sur le coteau d’Alcoraz) et les bandes d’Aragon (à la verticale).

Lors de la réforme territoriale de 1833, l'Aragon fut divisé en trois provinces; la capitale de chacune d'entre elle se trouve dans la ville du même nom. Chacune des provinces est divisée en dix comarques (comarca ou comarcas) dans les provinces de Huesca et de Teruel, mais treize dans la province de Saragosse. Puis chaque comarque est divisée en plusieurs communes, elles-mêmes comprenant des municipalités ou municipios, ou des villages.
 
Province Population (2011) % Comarques Communes
Huesca 228 566  17,2 % 10 202
Zaragoza (Saragosse) 973 252 73,3 % 13 292
Teruel 125 227 9,4 % 10 236
Total 1 327 045 100,0 % 33 467

La population est inégalement répartie dans les provinces, puis que la province de Saragosse compte pour 73,3 % des Aragonais. De plus, la capitale, Saragosse, compte  675 121 habitants, ce qui représente 69,3 % de la province du même nom et 50,8 % de toute la Communauté autonome. Ainsi, avec une densité de 25,2 hab./km², l'Aragon se place au 4e rang parmi les autres communautés autonome, après la Castille-La Manche, l'Estrémadure et la Castille-et-Léon.

2 Données démolinguistiques

L'Aragon comptait 1,3 million d'habitants en 2011. Plus de 90 % sont des ressortissants espagnols, mais les autres sont des immigrants venant de nombreux pays et de tous les continents.

2.1 Les langues nationales

L'expression «langues nationales» n'a rien d'officielle en Aragon, car elle ne sert qu'à désigner les langues historiquement parlées en Aragon.  On dénombre trois langues romanes historiques dans la région: le castillan, l'aragonais et le catalan. Ces langues font partie du groupe ibéro-roman septentrional. Le castillan, le catalan et l'aragonais sont trois langues assez proches linguistiquement l'une de l'autre:

Français Castillan Aragonais Catalan
L'aragonais (langue aragonaise) est une langue romane parlée par plus de 10 000 personnes dans les localités pyrénéennes d'Aragon. El aragonés (lengua aragonesa) es una lengua románica hablada por algo más de 10.000 personas en las localidades pirenaicas de Aragón. L'aragonés (Luenga aragonesa) ye una luenga romanze parlada agora por bellas 10,000 personas en as redoladas pirenencas d'Aragón. L'aragonès (llengua aragonesa) és una llengua romànica parlada per alguna cosa més de 10.000 persones a les localitats pirenaiques d'Aragó.

La répartition de la population pour chacune des trois langues se révèle très inégale, notamment pour le castillan en position nettement dominante, tant pour le nombre des locuteurs que par le statut de chacune d'elles. Seul le castillan bénéficie du statut de langue officielle en Aragon.

L'aragonais et le catalan d'Aragon font partie des "modalidades lingüísticas propias", c'est-à-dire des «modalités linguistiques propres». Dans ce contexte, les termes français «modalités» et «propres» sont pour le moins ambigus. Le mot «modalité» ne peut s'appliquer à une forme particulière d'une langue; on parle alors de «variantes», de «variétés» ou de «particularités» linguistiques. Quant au mot «propre», il peut signifier «approprié», «spécifique» ou «qui n'est pas sale». En Espagne, l'expression "modalidad lingüística propia" renvoie en français davantage à des «particularités» linguistiques «distinctives» dans une région donnée. C'est pourquoi il semble préférable de traduire cette expression en français par «particularités linguistiques distinctives».

2.2 Le castillan

Près de 90 % des Aragonais, soit environ un million de locuteurs, parlent le castillan (espagnol) comme langue maternelle. Le castillan en usage en Aragon est similaire au reste de l'Espagne, et l'intercompréhension est relativement aisée. Toutefois, le «castillan aragonais» ("castellano aragonés"), appelé aussi «espagnol aragonais» ("español aragonés"), compte certaines caractéristiques particulières, notamment un accent plus régional, ainsi que quelques expressions et constructions syntaxiques locales. La plupart de ces traits distinctifs proviennent de la langue aragonaise; c'est donc un castillan influencé par l'aragonais. Ce castillan aragonais peut être considéré comme une variante septentrionale du castillan.

Comme n'importe quelle variété linguistique, ce castillan aragonais n'est pas homogène. Il existe des différences géographiques que les Espagnols appellent «géolectales» ("geolectales") découlant de traits particuliers propres à une zone géographique donnée.

On distingue trois variétés internes dans le castillan aragonais:

(1) Le castillan aragonais du Sud-Ouest ("castellano aragonés suroccidental"):

C'est la variété parlée dans le sud-ouest des provinces de Saragosse et de Teruel. Dans la province de Teruel, elle couvre les comarques de Jiloca, de la Comunidad de Teruel, de la Sierra de Albarracín, de Gúdar-Javalambre; dans la province de Saragosse, ce sont les comarques de l'Aranda, de Campo de Daroca, de la Comunidad de Calatayud, de Tarazona-et-Moncayo. C'est la variété castillane la plus proche du castillan officiel parce qu'elle est située près de la Communauté autonome de Castille-La Manche.

(2) Le castillan aragonais central ("castellano aragonés central") :

Cette variété occupe le milieu des provinces de Saragosse et de Teruel, englobant les comarques de Ribera Alta del Ebro, de Campo de Borja, de Valdejalón, de Zaragoza et de Campo de Cariñena (Saragosse) ainsi que les comarques de Cuencas Mineras et de Maestrazgo (Teruel). Il s'agit d'une variété intermédiaire partageant des traits distinctifs du Sud-Ouest et du Nord-Est. 

(3) Le castillan aragonais du Nord-Est ("castellano aragonés nororiental") :

Cette troisième variété du castillan aragonais recouvre une grande zone dans la partie sud de la province de Huesca, ainsi que l'extrémité nord de la province de Saragosse (Cinco Villas), une vaste zone du sud de la province de Huesca (Monegros) et la partie orientale des provinces de Saragosse et de Teruel (Bajo Aragón Histórico et de Ribera Baja del Ebro). C'est la variété qui retient le plus représentatif des particularités phonétiques de la langue aragonaise.

En espagnol (castillan) En français
- español aragonés
- español de Aragón
- español regional de Aragón
- espagnol aragonais
- espagnol d'Aragon
- espagnol régional d'Aragon
- castellano de Aragón
- castellano aragonés
- castellano-aragonés
- castillan d'Aragon
- castillan aragonais
- castillan-aragonais
- dialecto aragonés (del español)
- aragonés
- dialecte aragonais
- aragonais
- baturro ou dialecto baturro - baturro ou dialecte beturro
En réalité, le castillan aragonais est une variété linguistique particulière aux locuteurs originaires de la Communauté autonome d'Aragon. Il peut aussi porter plusieurs noms (voir le tableau de gauche). Le terme baturro semble être tombé en désuétude, car il correspond à sens nettement dépréciatif: il est utilisé comme synonyme de rusticité ("rusticidad") et d'ignorance ("incultura").

Évidemment, pour les linguistes, les mots castillan (ou espagnol) et aragonais ne sont pas du tout des synonymes. Le castillan est une langue différente de l'aragonais, bien que des similitudes soient manifestes.

Ces dernières décennies, le castillan aragonais tend à perdre une grande partie de ses propres caractéristiques. La cause est due généralement à la politique de normalisation de la langue castillane qui existe en Espagne en éducation, dans les médias et l'administration en Aragon. Dans les situations formelles de communication, le castillan standard est de plus en plus utilisé aux dépens du castillan aragonais qui se limite progressivement au plan informel. En outre, les traits aragonais particuliers sont souvent considérés même par beaucoup d'Aragonais comme «vulgaires» ("vulgares") ou «incorrects» ("incorrectos") par comparaison au castillan standard.

2.3 L'aragonais

L'autre langue particulière à l'Aragon est l'aragonais, appelé aussi fabla, mais aussi Aragoieraz, Altoaragonés, Aragonés, Aragonesa, Patués (patois) ou encore haut-aragonais. Cette langue serait parlée par environ 30 000 locuteurs dans toute la partie nord de l'Aragon. Cependant, il n'existe pas de recensement réel et fiable sur le nombre de locuteurs parlant l'aragonais. La façon la plus habituelle de précéder est de compiler les chiffres de plusieurs études sur cette question : le nombre de locuteurs se situerait alors entre 12 000 et 40 000 personnes qui le parleraient de façon active; plus de 40 000 Aragonais connaîtraient cette langue passivement et l'utiliseraient occasionnellement. Par ailleurs, on estime que seulement 6000 locuteurs utiliseraient l'aragonais sur une base quotidienne. De plus, le degré de conservation de la langue semble très disparate selon les localités. Ainsi, il existe des localités où son degré de conservation est bon, alors que dans d'autres l'aragonais paraît fortement castillanisé (castellanizada). Selon l'UNESCO, l'aragonais constituerait une «langue en danger» avec seulement quelque 10 000 locuteurs.

Encore au Moyen Âge, l'aragonais était parlé sur presque tout le territoire de l'ancien royaume d'Aragon, mais il a constamment régressé depuis le XVIIIe siècle pour n'être plus parlé aujourd'hui que dans certaines vallées des Pyrénées, tout au nord de la seule province de Huesca.

De plus, l'aragonais est fragmenté en quatre grandes variétés dialectales:

1. L'aragonais occidental (Ansó, Echo, Chasa, Berdún et Chaca):
2. L'aragonais central (Panticosa, Biescas, Torla, Broto, Bielsa, Yebra et L'Ainsa);
3. L'aragonais oriental (Benás - Benasque, Benasc, Patués -, Plan, Bisagorri, Campo, Perarrua, Graus, Estadilla);
4. L'aragonais méridional (Augure, Ayerbe, Rasal, Bolea, Lierta, Huesca, Almudébar, Nozito, Labata, Alguezra, Angüés, Pertusa, Barbastro, Nabal).

En général le niveau d'intelligibilité entre les variétés dialectes est assez élevé. L'aragonais central est réputé être «pur», c'est-à-dire libre de castillanismes («castellanismos») ou de catalanismes («catalanismos»). Quant à l'aragonais écrit, il est basé sur l'aragonais central et l'aragonais oriental. Ce dernier compterait plus de locuteurs que toutes les autres variétés d'aragonais. Il ne faut pas croire que les aires géographiques des différentes variétés de castillan aragonais et d'aragonais (proprement dit) sont parfaitement cloisonnées sur le territoire d'Aragon.  Ces parlers sont souvent enchevêtrés, car le castillan aragonais est également parlé dans les aires de l'aragonais occidental, central, oriental ou méridional.

Ajoutons un mot sur le bénasquais ("benasqués") parlé dans la vallée de Bénasque (cast.: Valle de Benasque; arag. : Bal de Benás) située dans les Pyrénées, plus précisément dans la comarque de Ribargorce (province de Huesta). Le bénasquais a conservé beaucoup de similitudes à la fois avec l'aragonais, le catalan ribagorçan  et même le gascon (appelé aranais en Catalogne). Il s'agit d'une «langue de transition» entre l'aragonais, le catalan et le gascon, puisqu'elle possède des caractéristiques communes avec chacune des trois langues. Le nombre de locuteurs est estimé entre 1000 et 2500 locuteurs.

Il convient de considérer aussi les différents degrés de conservation de la langue aragonaise. On distingue trois zones :

1) Les zones où l'aragonais est bien conservé (zonas donde el aragonés donde se conserva bien); c'est la langue habituelle des locuteurs parlant cette langue : bal d'Echo, bal de Chistau, A fueba, bal de Benás, Ribagorza (depuis Campo jusqu'à Graus) et Ballibió.

2) Les zones où l'aragonais est dans une phase régressive (zonas donde el aragonés se encuentra en una clara fase regresiva); le castillan est la langue habituelle des locuteurs qui utilisent également l'aragonais dans les communications informelles: bal d'Ansó, bal de Tena, bal de Bielsa, Aragüés, Sobrarbe central et méridional, Ayerbe et Galliguera, ainsi que les localités de Semontanos et de Barbastro en Huesca.

3) Les zones où l'aragonais est employée de façon très résiduelle (zonas donde el aragonés se emplea de una forma cada vez más residual); l'aragonais est limitée aux conversations informelles: bal d'Aragón, Zinco Billas et de Bal d'Onsella, Semontanos, Riberas del Ara, del Basa et du Güarga, Plana de Huesca.

On comprendra pourquoi l'UNESCO considère que l'aragonais est une langue en danger de disparition. Pour sa part, l'aragonais est aussi considéré par l'Union européenne comme une langue minoritaire en danger de disparition. Aussi, s'efforce-t-elle de faire pression sur les députés d'Aragon afin de promouvoir son usage.

2.4 Le catalan dans la Frange d'Aragon

Le catalan est la troisième langue en usage en Aragon; il serait parlé par environ 40 000 locuteurs dans la Franja Oriental de Aragón (en espagnol) ou en catalan Franja Oriental d'Aragó, c'est-à-dire la «Frange orientale d'Aragon», une bande frontalière avec la Catalogne d'une largeur de 15 à 30 km et d'une superficie de 5077 km². Familièrement, cette région est appelée la Franja, la Frange. Ce territoire ne correspond à aucune structure administrative: tout en faisant partie de Communauté autonome d'Aragon, les frontières des comarques ne coïncident guère avec les aires linguistiques qui caractérisent la «Frange». La Frange d'Aragon fait partie de l'aire catalane, qui est parlée dans le Roussillon (département français des Pyrénées-Orientales), à Andorre, en Catalogne, au Pays valencien et aux îles Baléares, sans oublier la ville d'Alghero en Sardaigne. Dans la Frange d'Aragon, le catalan est appelé le «catalan d'Aragon» (en esp.: "catalán de Aragón" ou en catalan: "català a Aragó"). Dans la Frange, l'aire linguistique comprend les comarques de la Ribagorza, la Litera, de Bajo Cinca, de Bajo Aragón-Caspe, de Bajo Aragón et de Matarraña.

Le catalan d'Aragon constitue un ensemble de parlers locaux qui maintiennent des caractéristiques distinctes du catalan occidental du Nord, même s'il en fait partie. Ces particularités sont souvent des «aragonismes» (aragonesismos), puisque cette langue a très été en contact avec l'aragonais au moment où cette langue n'avait pas encore été remplacée par le castillan. Le catalan d'Aragon, qui a maintenu aussi des caractéristiques particulières dans la prononciation. En fait, il s'agit du «dialecte de Ribagorza» de la province de Huesca. La plupart des catalanophones d'Aragon n'écrivent qu'en castillan. Selon le recensement de 1981, le nombre des locuteurs s'élevait à environ 48 000, dont quelque 10 000 locuteurs passifs. Des estimations plus récentes de 2004 révèlent qu'environ 70 % de la population locale aurait le catalan comme langue habituelle.

Comme dans tout l'Aragon, le catalan est fragmenté en plusieurs variétés locales dans la région de la frange orientale : fragatino (Fraga), tamaritano (de Litera Tamarite) maellano (Maella), etc.

Par ailleurs, beaucoup de députés des partis de droite, surtout ceux qui sont membres du PP (Partido Popular : Parti populaire) et du PAR (Partido Aragonés : Parti aragonais), ne veulent pas entendre parler de mesures de protection. Ils sont même farouchement opposés à toute reconnaissance du catalan en Aragon. Les termes suivants sont utilisés : "lengua aragonesa propia del área oriental de la comunidad con sus modalidades lingüísticas", ce qui correspond à «langue aragonaise de l'aire orientale de la communauté avec ses variétés linguistiques».

En 2004, le Secrétariat à la politique linguistique de la Generalitat de Catalunya effectué une enquête sur les locuteurs du catalan dans la Frange d'Aragon. Les résultats ont révélé que 70,5 % des habitants de la Frange avaient le catalan, ou l'une de ses variétés, comme langue maternelle, ce qui représentait quelque 27 800 locuteurs. Le castillan arrivait en seconde position avec 26,4 % des locuteurs (10 400).

Population selon la langue maternelle ou langue première (2004) Nombre Pourcentage
Catalan 27 812 70,5 %
Castillan 10 402 26,4 %
Catalan et castillan à égalité 715 1,8 %
Autres situations 519 1,3 %
Total Frange d'Aragon (Franja d’Aragó) 39 448 100 %

L'enquête a aussi porté sur la langue d'usage à la maison: 62 % des Aragonais de la région utilisent seulement le catalan:

Population selon la langue d'usage à la maison Nombre Pourcentage
Seulement en catalan 21 695 62,0 %
Plus en catalan qu'en castillan 2 344 6,7 %
Autant en catalan qu'en castillan 2 546 7,3 %
Plus en castillan qu'en catalan 1 651 4,7 %
Seulement en castillan 66 86 19,1 %
Autres situations 62 0,2 %
Total Frange d'Aragon (Franja d’Aragó) 34 984 100,0 %

Comme on le constate, le catalan est une langue vivante dans la Frange d'Aragon, mais son prestige est quasi nul. Ce qui favorise le catalan d'Aragon, c'est sa proximité avec le catalan de la Catalogne.

2.5 Les langues immigrantes

En 2007, l'Aragon comptait quelque 124 400 immigrants, dont 41 000 Roumains, 12 700 Marocains, 11 4000 Équatoriens, 6300 Colombiens, 4200 Bulgares, 4000 Algériens, 3000 Portugais, 2800 Chinois, 2400 Polonais, 2200 Sénégalais, 2100 Argentins, 1800 Gambiens, 1700 Ukrainiens, 1500 Français, 1300 Italiens, etc. Les autres viennent de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Lituanie, des Pays-Bas, de la Belgique, de la Russie, de la Moldavie, etc. Tous ces immigrants parlaient leur langue maternelle à leur arrivée, mais progressivement ils adopteront le castillan standard contribuant ainsi à minoriser davantage l'aragonais et le catalan.

2.6 Les zones linguistiques

En 2009, les Cortes (Parlement) d'Aragon ont adopté dans la controverse la Loi sur les langues (Ley de Lenguas), officiellement appelé la loi 10/2009 du 22 décembre sur l'usage, la protection et la promotion des langues d'Aragon. Cette loi a reconnu la réalité trilingue de l'Aragon, le castillan étant la langue officielle, avec l'aragonais et le catalan comme «langues distinctives» (en espagnol: "lenguas propias") ou particulières. La loi prévoyait quatre zones linguistiques:

1. Une zone d'utilisation historique prédominante de l'aragonais, à côté du castillan, dans la partie nord de la Communauté autonome.

2. Une zone d'utilisation historique prédominante du catalan, à côté du castillan, dans la partie est de la Communauté autonome, la Frange orientale du Sud.

3. Une zone mixte d'usage historique des deux langues d'Aragon, à côté du castillan, dans la partie nord-est de la Communauté autonome, la Frange orientale du Nord.

4. Une zone d'utilisation exclusive du castillan avec des variétés et des particularités à l'ouest de la Frange du Nord.

Selon les annexes au texte de loi de 2009, la langue aragonaise et ses variétés locales sont couramment utilisées dans 137 localités dans la province de Huesca et 8 dans la province de Saragosse. En ce qui concerne le catalan, il est utilisé dans 32 localités de Huesca, dans 24 localités de Teruel et 5 localités de Saragosse. Cependant, avec l'arrivée au pouvoir des partis de droite, cette reconnaissance est remise en question, surtout le catalan.

3 Données historiques

Après la défaite des Carthaginois contre les Romains durant les guerres puniques des IIIe et IIe siècles avant notre ère, l’Aragon fit partie de la province romaine appelée Tarraconaise. À l'époque romaine, furent fondées des villes comme Cæsar Augusta (Zaragoza), Bilbilis (Calatayud) et Osca (Huesca). La région fut latinisée pour ensuite être conquise par les Wisigoths à la fin du Ve siècle de notre ère, puis par les Arabes sarrasins à la fin du VIIe siècle. L'incorporation progressive du monde musulman dans les villes contribua à enrichir la vie culturelle et artistique en Aragon, parce les villes devinrent des foyers de culture actifs en mettant en contact le monde occidental avec le monde scientifique arabe.

La région fut rattachée royaume de Navarre au Xe siècle. L'Aragon devint un royaume indépendant lorsque Ramire Ier (1035-1063) reçut le territoire en héritage de son père Sanche le Grand. En 1076, la Navarre fut annexée au royaume d’Aragon et, au cours du siècle qui suivit, d’autres territoires se rattachèrent au royaume grâce à des guerres victorieuses contres les Arabes (Maures). La langue aragonaise fut appelée au cours de cette période le navarro-aragonais.

En 1137, Raimond Bérenger IV de Barcelone épousa Pétronille d'Aragon et réunit le royaume de Catalogne et celui d’Aragon. L'union de l'Aragon et de la Catalogne allait permettre d'annexer les royaumes de Valence et de Majorque. Le catalan devint, conjointement à l'aragonais, la langue officielle du royaume d'Aragon, alors une puissance navale majeure autour du port de Barcelone. En 1172, le Roussillon fut conquis par l’Aragon. Par la suite, le royaume de Valence (en 1238), suivi par les îles Baléares (Majorque), puis la Sicile, la Sardaigne et la ville de Naples furent reprises aux Arabes et formèrent avec le royaume d’Aragon une confédération d’États appelée la «couronne d’Aragon». Au cours de cette période, la Chancellerie royale utilisait le latin langue écrite, mais le catalan et l'aragonais comme langues d'usage et, de façon occasionnelle, l'occitan.

En 1400, le Royaume d'Aragon comprenait la Catalogne, Valence, les Baléares et la Sardaigne et, à partir de 1409, de la Sicile.

En 1469, le mariage de Ferdinand II d’Aragon (futur Ferdinand V de Castille) et d’Isabelle Ire de Castille (1451-1504) unifia les royaumes d’Aragon et de Castille: les deux monarques régnèrent ensemble, même si les deux couronnes restèrent séparées. Les deux royaumes fusionnèrent officiellement en 1516 avec l’accession au trône d’Espagne de Charles Ier (futur Charles Quint). L’Aragon conserva sa propre administration et ses institutions particulières jusqu’à la fin du XVIIe siècle. L'usage généralisé du castillan débuta au XVIIIe avec l'avènement de la dynastie des Bourbon. Lors du découpage administratif de l'Espagne en provinces (1833), la Franja fut divisée entre les trois provinces aragonaises (Huesca, Saragosse et Teruel). Dès lors, le castillan avait progressivement remplacé l'aragonais à la cour. La noblesse et les centres urbains furent les premiers foyers de la castillanisation. L'aragonais périclita tout en subissant une influence déterminante de la part du castillan et fut graduellement relégué à l'oral, à la ruralité et au discrédit social. La plupart des auteurs aragonais n'écrivaient déjà plus qu'en castillan.

Au XIXe siècle, l’Aragon résista fermement aux troupes napoléoniennes, alors que la lutte pour la succession au trône (dès 1833) déchira la population aragonaise entre les partisans carlistes et révolutionnaires et les libéraux. Le XXe siècle vit naître, dans la vallée de l’Èbre, un mouvement anarcho-syndicaliste qui, lors de la guerre d’Espagne (1936-1939), devint un groupe révolutionnaire tentant d’imposer un communisme agraire. Les batailles les plus sanglantes du conflit entre révolutionnaires aragonais et franquistes eurent lieu à Teruel et sur l’Èbre. Sous le règne du général Franco (1937-1975), la répression linguistique s'abattit sur les Aragonais qui ont dû voir leur langue interdite sur la place publique. On ne l'employait plus qu'en famille.

Cependant, après des années de dictature franquiste, l'aragonais vécut une certaine revitalisation. On a assisté à la création d'associations de défense et de promotion de la langue, à des tentatives de normalisation des dialectes et de l'orthographe, à une grande créativité artistique, principalement littéraire. Depuis 1978, l'Aragon est devenue une communauté autonome et dispose d'une large autonomie dans plusieurs domaines. Si le Nord conserve encore l'usage de l'aragonais et l'est, celui du catalan, le castillan demeure néanmoins la seule langue officielle du gouvernement autonome. L'aragonais, qui fut la langue de l'ancien royaume d'Aragon pendant des siècles, semble n'être plus que l'ombre de lui-même.

En 1984, la déclaration de Mequinenza devint le premier document juridique assurant une certaine protection au catalan d'Aragon: il fut alors possible pour un élève de recevoir des cours en catalan sur une base volontaire. En 1999, la loi 3 du 10 mars sur le patrimoine culturel aragonais accordait le statut de «langues minoritaires» à l'aragonais et au catalan, lesquels constituent «une richesse culturelle propre» et doivent être particulièrement protégés par l'Administration. Après maintes tergiversations, le Parlement aragonais finit par adopter la loi no 10/2009 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon. Ce fut là le premier texte juridique réglementant l'emploi de l'aragonais et du catalan en tant que langues distinctives ou particulières («langues propres») de l'Aragon.

Cependant, la Communauté autonome d'Aragon est soumise aux aléas de la petite politique. Si les partis de gauche, tels le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), le CHA (Chunta Aragonesista : Union aragonaise) et l'UI (Izquierda Unida : Gauche unie), appuient généralement les mesures de protection concernant l'aragonais et le catalan, les partis de droite les combattent vigoureusement. En effet, le PP (Parti populaire) et le PAR (Parti aragonais) sont prêts à abroger la Loi sur les langues de 2009 pour abolir toute protection au catalan perçu par beaucoup de castillanophones comme inacceptable.

4 Le statut des langues

Le statut des langues est mentionné dans deux documents importants: la Constitution espagnole de 1978 et le Statut d'autonomie ou la Loi organique 5/2007 du 20 avril sur la réforme du Statut d'autonomie de l'Aragon de 2007.

4.1 La Constitution espagnole et le castillan

Lorsqu'il n'existe pas de disposition dans la législation d'une communauté autonome, c'est l'article 3 (trois paragraphes) de la Constitution espagnole qui s'applique, car le castillan est la langue espagnole officielle de l'État :

Artículo 3

1) El castellano es la lengua española oficial del Estado. Todos los españoles tienen el deber de conocerla y el derecho a usarla.

2) Las demás lenguas españolas serán también oficiales en las respectivas Comunidades Autónomas de acuerdo con sus Estatutos.

3) La riqueza de las distintas modalidades lingüísticas de España es un patrimonio cultural que será objeto de especial respeto y protección.

Article 3

1) Le castillan est la langue espagnole officielle de l'État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l'utiliser.

2) Les autres langues espagnoles seront également officielles dans les Communautés autonomes respectives en accord avec leurs Statuts. 

3) La richesse des diverses spécificités linguistiques de l'Espagne est un patrimoine culturel qui doit être l'objet d'une protection et d'un respect particuliers.

Le gouvernement espagnol a utilisé lui-même dans sa traduction française le mot «modalité» («modalidades») plutôt que «spécificités» ou «variétés». Rappelons que, si tous les Espagnols ont le devoir de connaître le castillan, cette obligation ne s'applique pas au catalan, au basque et au galicien. L'utilisation de ces langues minoritaires en Espagne ne constitue pas une obligation, mais simplement un droit. Les langues ne sont donc pas officielles au même degré: la langue officielle de toute l'Espagne demeure le castillan, ce qui lui assure une préséance certaine.  Il faut bien comprendre que, en termes de droits linguistiques, la Constitution espagnole reconnaît deux catégories de citoyens et deux catégories de territoires.

Ainsi, la Constitution prévoit un État espagnol unilingue composé de territoires officiellement unilingues (les castillanophones) et de territoires officiellement bilingues (pour les Catalan, Basques et les Galiciens). Comme la Constitution est muette sur l'aragonais et le catalan d'Aragon et que le Statut d'autonomie de l'Aragon n'en fait pas davantage mention, seul le castillan bénéficie du statut d'officialité. Bref, le catalan et l'aragonais n'ont aucun statut au sens juridique du terme.

Bien sûr, cette absence de reconnaissance officielle a souvent été critiquée. Beaucoup ont reproché au gouvernement aragonais de ne pas avoir respecté l'article 3.2 de la Constitution espagnole en vertu de laquelle les langues autres que le castillan «seront également officielles dans les Communautés autonomes respectives, en accord avec leurs statuts». Certains croient cet article implique un caractère obligatoire, ce qui signifierait que cette situation correspondrait à une discrimination par rapport aux langues des autres communautés autonomes. Selon un rapport que la Commission juridique consultative publié en 2001, il n'est pas possible, du strict point de vue de l'adéquation à la Constitution espagnole de déclarer l'aragonais ou le catalan co-officiel dans la Communauté autonome d'Aragon.

4.2 Le Statut d'autonomie de 1982: des particularités linguistiques distinctives

Le Statut d'autonomie de 1982, modifié en 1996 par la Loi organique 5/1996 du 30 décembre (Ley Orgánica 5/1996, de 30 de diciembre), ne traitait pas de la langue officielle en Aragon.

Artículo 7 [abrogé]
(Modificado por Ley Orgánica 5/1996, de 30 de diciembre)


Las lenguas y modalidades lingüísticas propias de Aragón gozarán de protección. Se garantizará su enseñanza y el derecho de los hablantes en la forma que establezca una ley de Cortes de Aragón para las zonas de utilización predominante de aquéllas.

Artículo 35 [abrogé]
(Modificado por las Leyes Orgánicas 6/1994, de 24 de marzo y 5/1996, de 30 de diciembre)

Uno. Corresponde a la Comunidad Autónoma la competencia exclusiva en las siguientes materias:

[...]

30) Cultura, con especial atención a las manifestaciones peculiares de Aragón y a sus modalidades lingüísticas, a su conservación y a la promoción de su estudio.

31) Artesanía.

32) Museos, archivos y bibliotecas, conservatorios de música y danza y centros dramáticos y de bellas artes de interés para la Comunidad Autónoma que no sean de titularidad estatal.

33) Patrimonio cultural, histórico, artístico, monumental, arqueológico, arquitectónico y científico de interés para la Comunidad Autónoma.

Article 7 [abrogé]
(Modifié par la Loi organique 5/1996 du 30 décembre)

Les langues et les particularités linguistiques distinctives de l'Aragon jouiront de protection. Leur enseignement et le droit des locuteurs de ces langues sont garantis selon la manière prévue par une loi des Cortès d'Aragon dans les zones d'utilisation prédominante de celles-ci.

Article 35 [abrogé]
(Modifié par les lois organiques 6/1994 du 24 mars et 5/1996 du du 30 décembre)


Unique. La Communauté autonome a compétence exclusive dans les matières suivantes :

[...]

30) La culture,  spécialement dans ses manifestations particulières à l'Aragon et en ce qui a trait aux variétés linguistiques, dont on veillera à la conservation et dont on favorisera l'étude.

31) L'artisanat.

32) Les musées, les archives et les bibliothèques, les conservatoires de musique et de danse et les centres dramatiques et les beaux arts d'intérêt pour la de la Communauté autonome qui ne sont pas sous la responsabilité de l'État.

33) Le patrimoine culturel, historique, artistique, monumental, archéologique, architectonique et scientifique d'intérêt pour la Communauté autonome.

Le statut d'autonomie accordé à l'Aragon en 1982 ne contenait aucune référence ni à l'aragonais ni au catalan, ni même au castillan. L'article 7 se limitait à prévoir des mesures de protection pour les diverses «partiocularités linguistiques» (''modalidades lingüísticas'') de la région, une notion relativement vague en français, mais qui pourrait correspondre à celle de «variétés linguistiques» ou encore mieux à «spécificités linguistiques».

Cette même notion est d'ailleurs présente dans l'article 3 de la Constitution espagnole : «La richesse des diverses modalités linguistiques de l'Espagne est un patrimoine culturel qui doit être l'objet d'une protection et d'un respect particuliers.» Dans l'intention du législateur, ces «modalités linguistiques» ou «spécificités linguistiques» sont associées aux éléments du patrimoine culturel et historique de l'Aragon. Rappelons que la culture constitue l'un des domaines relevant de la juridiction du gouvernement autonome, qui était, en ce sens, tenu de veiller à la conservation et à l'étude des manifestations spécifiques de l'Aragon et de ses «spécificités linguistiques». Malheureusement, ces mesures n'auraient pas été respectées par le gouvernement autonome, du moins jusqu'à la seconde moitié des années 1980. 

4.3 Le Statut d'autonomie de 2007: le presque statu quo

En 2007, l'Aragon bénéficiait d'un nouveau Statut d'autonomie par la Loi organique 5/2007 du 20 avril sur la réforme du Statut d'autonomie de l'Aragon. L'article 7 du nouveau statut prévoit encore la reconnaissance des langues et des particularités distinctives de l'Aragon:

Artículo 7

Lenguas y modalidades lingüísticas propias

1.
Las lenguas y modalidades lingüísticas propias de Aragón constituyen una de las manifestaciones más destacadas del patrimonio histórico y cultural aragonés y un valor social de respeto, convivencia y entendimiento.

2. Una Ley de las Cortes de Aragón establecerá las zonas de uso predominante de las lenguas y modalidades propias de Aragón, regulará el régimen jurídico, los derechos de utilización de los hablantes de esos territorios, promoverá la protección, recuperación, enseñanza, promoción y difusión del patrimonio lingüístico de Aragón, y favorecerá, en las zonas de utilización predominante, el uso de las lenguas propias en las relaciones de los ciudadanos con las Administraciones públicas aragonesas.

3. Nadie podrá ser discriminado por razón de la lengua.

Article 7

Langues et particularités linguistiques distinctives

1)
Les langues et les particularités linguistiques distinctives d'Aragon constituent l'une des manifestations les plus importantes du patrimoine historique et culturel aragonais et une valeur sociale de respect, de compréhension et de coexistence.

2) Une loi des Cortes d'Aragon déterminera les zones d'utilisation prédominante des langues et des
particularités distinctives de l'Aragon, réglementera le système juridique et les droits d'utilisation des locuteurs de ces territoires, favorisera la protection, le rétablissement, l'enseignement, la promotion et la diffusion du patrimoine linguistique de l'Aragon, et favorisera, dans les zones d'usage prédominant, l'emploi des langues distinctives dans les communications entre les citoyens et l'administration publique aragonaise.

3) Nul ne peut être discriminé pour un motif de langue.

Juridiquement parlant, aucune langue n'acquiert un statut quelconque, pas même le castillan, mais le texte suppose qu'une loi pourrait reconnaître aussi l'aragonais et le catalan, voire le castillan aragonais. Il est probable que les partis politiques présents aux Cortes d'Aragon n'ont pu s'entendre sur les langues à reconnaître au moment de l'adoption du nouveau Statut d'autonomie.  Nous savons que les partis de gauche tels l'UI (Izquierda Unida : Gauche unie), le PSOE (Partido Socialista Obrero Español : Parti socialiste ouvrier espagnol) et le CHA (Chunta Aragonesista : Union aragonaise), se montrent généralement favorables à la protection des langues minoritaires. Toutefois, les partis de droite y sont normalement farouchement opposés: le PP (Partido Popular : Parti populaire) et le PAR (Partido Aragonés : Parti aragonais). Les partis politiques ont préféré miser sur une éventuelle loi qui permettrait de le faire ou non, selon les partis au pouvoir à ce moment-là.

4.3 La Loi 3/1999 du 10 mars: des langues minoritaires

En 1999, la Loi 3 du 10 mars sur le patrimoine culturel aragonais énonçait que l'aragonais et le catalan étaient les «langues minoritaires d'Aragon», dans le cadre duquel sont comprises les diverses spécificités linguistiques qui constituent une richesse culturelle propre et doivent être particulièrement protégés par l'Administration:

Article 4

Langues minoritaires

L'aragonais et le catalan, langues minoritaires d'Aragon, dans le cadre duquel sont comprises les diverses spécificités linguistiques, constituent une richesse culturelle propre et doivent être particulièrement protégés par l'Administration.

L'article 6 prévoit un «devoir de préservation» de ces langues:

Article 6

Devoir de préservation

1) Toutes les personnes ont le devoir de préserver le patrimoine culturel aragonais, en l'utilisant rationnellement et en adoptant des mesures préventives, de défense et de restauration nécessaires pour garantir son usage par les générations futures.

2) Dans tous les cas, les personnes qui ont connaissance d'une situation de danger ou de destruction, consommée ou imminente, ou de la détérioration d'un bien du patrimoine culturel aragonais devront, dans les plus brefs délais possibles, les porter à la connaissance de la Mairie correspondante, du Département responsable du patrimoine culturel ou des forces et des corps de sécurité, lesquels vérifieront l'objet de la dénonciation et agiront conformément au droit. L'Administration de la Communauté autonome portera à la connaissance du requérant les actions entreprises.

3) Les associations culturelles aragonaises enregistrées légalement pourront collaborer avec l'Administration dans les tâches indiquées aux points précédents.

Le paragraphe 2 de cet article 6 énonce également que, dans tous les cas, les personnes qui auraient connaissance d'une situation mettant en danger de détruire ou de détériorer un bien du patrimoine culturel aragonais, ce qui inclut les langues minoritaires, devront, dans les plus brefs délais possibles, avertir les autorités compétentes (la mairie correspondante, les services responsables du patrimoine culturel, les forces sécurité). Celles-ci devront alors vérifier l'objet de la dénonciation et agiront conformément au droit. S'il apparaît relativement aisé d'intervenir lorsqu'un individu détruit, par exemple, un artefact patrimonial dans un musée, on voit mal comment il est possible d'évaluer un dommage similaire lorsqu'il s'agit d'une langue, que ce soit l'aragonais ou le catalan.

Le seconde disposition finale de la Loi sur le patrimoine culturel prévoit la nécessité d'adopter une éventuelle loi sur les langues qui déclarerait co-officiels l'aragonais et le catalan, notamment en matière d'enseignement:

DISPOSITIONS FINALES

Seconde

Langues d'Aragon

Une loi sur les langues d'Aragon fournira le cadre juridique spécifique pour réglementer la co-officialité de l'aragonais et du catalan, langues minoritaires d'Aragon, ainsi que l'efficacité des droits de leurs communautés linguistiques respectives, tant en ce qui concerne l'enseignement et la langue propre, que la normalisation complète de l'usage de ces deux langues dans leurs territoires respectifs.

Effectivement un Avant-projet de Loi sur les langues d'Aragon a été déposé en 2001, mais il n'a jamais été  adopté par les Cortes d'Aragon. Un total de 80 groupes sociaux et de citoyens particuliers ont présenté 3144 mémoires relativement à ce projet de loi linguistique. Ensuite, le gouvernement a rédigé son projet de loi couvrant 41 articles et rendant co-officiels le castillan, l'aragonais et le catalan. Le projet de loi est conçu pour les 206 communes aragonaises dans lesquelles prédominent l'aragonais et le catalan, mais la loi serait en application pour tout le territoire de la Communauté autonome. Selon les annexes au texte de loi, la langue aragonaise ou ses variétés locales seraient d'usage commun dans 137 municipalités, alors que le catalan le serait dans 32 localités de la province de Huesca, 24 dans la province de Teruel et 5 dans la province de Saragosse. Par la suite, tout le processus s'est arrêté, car les partis politiques n'ont pu s'entendre sur le projet de loi. L'Aragon fut alors le théâtre d'une véritable «guerre linguistique».

4.4 La Loi sur les langues de 2009: des langues indigènes et historiques


Marcelino Iglesias
(photo: PSOE Extremadura)

Cette loi adoptée dans la controverse est officiellement appelée la loi 10/2009 du 22 décembre sur l'usage, la protection et la promotion des langues d'Aragon. Elle réglemente l'emploi de l'aragonais et du catalan en tant que langues distinctives ou particulières («langues propres») de l'Aragon. La loi a été approuvée au Parlement (Cortes) avec le soutien des partis politiques de gauche, le PSOE (Partido Socialista Obrero Español : Parti socialiste ouvrier espagnol) et le CHA (Chunta Aragonesista : Union aragonaise). Mais elle a été combattue par les partis de droite: le PP (Partido Popular : Parti populaire), le PAR (Partido Aragonés : Parti aragonais) et même par le parti d'extrême-gauche, l'UI (Izquierda Unida : Gauche unie) pour d'autres raisons. Les partis de droite sont généralement opposés à toute reconnaissance du catalan dans la partie orientale de l'Aragon («la Frange d'Aragon»), tandis que l'UI va jusqu'à préconiser la co-officialité du castillan, de l'aragonais et du catalan en Aragon. Autrement dit, pour le PP et le PAR, la loi va trop loin; pour l'UI, elle n'est pas pas assez ambitieuse. La loi 10/2009 a été adoptée alors que Marcelino Iglesias Ricou, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol, le PSOE, était le président de l'Aragón (du 2 août 1999 au 14 juillet 2011).

Dans la  loi 10/2009, le statut de l'aragonais et du catalan est ambigu, car à l'article 2 seul le castillan est officiel. Mais l'aragonais et le catalan sont des langues indigènes et historiques de la Communauté autonome d'Aragon:

Article 2

Les langues distinctives de l'Aragon

1)
Le castillan est la langue officielle en Aragon. Tous les Aragonais ont le devoir de le connaître et le droit de l'utiliser.

2) L'aragonais et le catalan sont des langues indigènes et historiques de notre Communauté autonome.

3) À ce titre, ces langues
bénéficient d'une protection; leur enseignement est garanti et favorisé, ainsi que le droit des locuteurs à les utiliser dans les domaines d'utilisation historique prédominante, en particulier en ce qui concerne l'administration publique.

4) La procédure pour déclarer les municipalités qui constituent des zones d'utilisation historique prédominante des langues est déterminé à l'article 9 de la présente loi, selon des critères sociolinguistiques et historiques.

La grande différence par rapport aux autres lois en ce qui a trait au statut des langues, c'est que, en tant que «langues indigènes et historiques», ces deux langues, l'aragonais et le catalan, bénéficient d'une protection; leur enseignement est garanti et favorisé, ainsi que le droit des locuteurs à les utiliser dans les domaines d'utilisation historique prédominante, en particulier en ce qui concerne l'administration publique. Compte tenu de ces mesures, on dirait dans un autre pays que ces langues ont acquis le statut de «langues officielles» localisées, c'est-à-dire limitées à des zones précises. Mais, en Aragon, on n'ose pas aller jusque là, sauf la Gauche unie.

4.5 L'avant-projet de Loi sur les langues d'Aragon de 2012

À la suite des élections aragonaises de 2011, le Parti populaire (PP) et le Parti aragonais (PAR), deux partis de droite, ont pris le pouvoir en Aragon. Comme ces deux partis se sont opposés à l'adoption de la Loi sur les langues de 2009, la candidate à la présidence du gouvernement de l'Aragon, Mme Luisa Fernanda Rudi, a exprimé lors de son son discours d'investiture, le 27 juin 2011, la position de son parti concernant la loi sur les langues. Elle a annoncé que son gouvernement allait abroger la loi 10/2009 et proposer un nouveau projet de loi qui, dans le même temps, protégerait l'usage des langues particulières d'Aragon et annulerait les aspects de la loi actuelle imposant la normalisation du catalan et de l'aragonais. Voici à ce sujet les propos de Mme Luisa Fernanda Rudi:
 

No puedo finalizar este apartado sin dejar constancia aquí de que mi Gobierno remitirá a estas Cortes un proyecto de ley de reforma de la actual ley de lenguas, una reforma que al mismo tiempo que proteja y desarrolle el uso de las modalidades lingüísticas propias, derogue aquellos aspectos de la actual que imponen la denominada normalización del catalán y del aragonés.» [Aplausos.] Je ne saurais terminer ce discours sans signaler ici que mon gouvernement va soumettre à cette assemblée des Cortes un projet de loi réformant l'actuelle loi sur les langues, une réforme qui en même temps protégera et étendra l'usage des particularités linguistiques distinctives et abrogera les aspects de la loi actuelle imposant la normalisation du catalan et de l'aragonais. [Applaudissements.]

Le gouvernement veut promouvoir plus «en douce» l'aragonais et bannir toute référence au catalan au profit des «langues et des particularités linguistiques distinctives d'Aragon» ("lenguas y modalidades lingüísticas propias de Aragón). En même temps, il désire remettre ces deux langues à leur place, l'espace informel.

Ainsi, à l'article 2 de l'Avant-projet de loi sur l'usage, la protection et la promotion des langues et des variétés linguistiques d'Aragon (2012), on peut lire le statut des langues d'Aragon:
 

Artículo 2

Las lenguas y modalidades lingüísticas propias de Aragón

1) El castellano es la lengua oficial y utilizada en Aragón. Todos los aragoneses tienen el deber de conocerla y el derecho a usarla.

2) Además del castellano, Aragón tiene como propias, originales e históricas las lenguas aragonesas con sus modalidades lingüísticas de uso predominante en las áreas septentrional y oriental de la Comunidad Autónoma.

3) En calidad de tales, gozarán de protección; se promoverá su enseñanza y recuperación, y se reconoce el derecho de los hablantes a su uso en las zonas de utilización histórica predominante de las con las administraciones públicas.

Article 2

Les langues et les particularités linguistiques distinctives d'Aragon

1) Le castillan est la langue officielle utilisée en Aragon. Tous les Aragonais ont le devoir de le connaître et le droit de l'utiliser.

2) En plus du castillan, l'Aragon possède comme distinctives, originales et historiques les langues aragonaises avec leurs particularités linguistiques d'usage prédominant dans les zones septentrionales et orientales de la Communauté autonome.

3) À ce titre, elles bénéficient d'une protection ; elle sont favorisées dans leur enseignement et leur rétablissement, et le droit des locuteurs à son usage dans les zones d'utilisation historique prédominante avec l'administration publique est reconnu.

Une première constatation s'impose: l'absence d'allusion au catalan d'Aragon. Seconde constatation: les langues aragonaises (au pluriel) sont des langues distinctives ("propias"), originales ("originales ") et historiques ("históricas ") avec leurs particularités linguistiques d'usage prédominant dans les zones septentrionale et orientale de la Communauté autonome. Non seulement il ne s'agit pas là d'une réelle avancée pour l'aragonais, mais c'est un net recul pour le catalan d'Aragon.

Selon le projet de loi, le chapitre I reconnaît la pluralité linguistique de l'Aragon et garantit aux Aragonais l'usage des langues et des particularités linguistiques distinctives comme un patrimoine historique et culturel qui doit être préservé. Le chapitre II prévoit les zones d'utilisation des langues et des particularités linguistiques distinctives ainsi que la déclaration émanant du gouvernement d'Aragon. Pour sa part, le chapitre III traite de l'Académie aragonaise de la langue comme institution responsable de l'élaboration et de la fixation des règles relatives à l'utilisation des langues et des particularités linguistiques distinctives. Le chapitre IV concerne spécifiquement la caractérisation des langues et des particularités linguistiques distinctives comme partie du patrimoine culturel aragonais et prévoit diverses mesures pour leur préservation, leur protection et leur promotion. L'enseignement des langues et des particularités linguistiques distinctives est régie par le chapitre V du projet de loi, ainsi que d'autres aspects reliés à la politique éducative en matière de langue. Le chapitre VI contient différentes règles concernant l'usage des langues et des particularités linguistiques distinctives d'Aragon dans les communications entre l'administration et les citoyens, avec une référence particulière aux publications officielles, à la toponymie et à l'anthroponymie.

Le projet de loi a soulevé l'indignation du PSOE (Partido Socialista Obrero Español : Parti socialiste ouvrier espagnol) et du CHA (Chunta Aragonesista : Union aragonaise), qui avaient fait adopter la loi no 10/2009 sur les langues, mais aussi celle des locuteurs du catalan qui refusent ce «retour au franquisme» ("volver al franquismo"). Les associations catalanes d'Aragon ont  évidemment réagi contre la présentation de ce projet sur les langues; ils exigent de légiférer pour protéger les droits linguistiques des locuteurs de l'aragonais et du catalan, deux langues considérées comme vulnérables en Aragon. Même le Conseil scolaire d'Aragon (Consejo Escolar de Aragón), représentant toute la communauté scolaire, s'est opposé à son adoption.

Quant à l'UI (Izquierda Unida : Gauche unie), parti favorable à la reconnaissances officielle du castillan, de l'aragonais et du catalan, il parle de «muerte del aragonés» ("mort de l'aragonais") et d'anticatalanismo ("anticatalanisme"). C'est pourquoi l'UI a présenté son propre projet de loi sur la défense, la promotion et l'enseignement des langues d'Aragon et sur l'engagement que les trois langues co-officielles en Aragon puissent être utilisées dans l'administration publique. Dans le projet de loi élaboré par l'UI (Izquierda Unida : la Gauche unie), on peut lire à l'article 2 ce statut de co-officialité des langues en Aragon:

Artículo 2

Oficialidad de las lenguas que se hablan en Aragón

1) El castellano es la lengua oficial en la Comunidad Autónoma de Aragón.

2) El aragonés y el catalán son las lenguas propias, originales e históricas, que gozan de la condición de lenguas cooficiales en la Comunidad Autónoma de Aragón conforme a lo establecido en el artículo 6 de esta Ley.

3) En calidad de tales, los poderes públicos aragoneses garantizarán el uso normal y oficial, sobre todo en relación con las Administraciones Públicas, su enseñanza y el derecho de los hablantes a su uso, especialmente en los respectivos territorios en los que son predominantes.

4) Las modalidades o variantes locales del aragonés y del catalán serán objeto de especial respeto y protección, pudiendo los municipios en los que se hable declarar su término municipal como zona de

Article 2

Officialité des langues parlées en Aragon

1) Le castillan est la langue officielle de la Communauté autonome d'Aragon.

2) L'aragonais et du catalan sont les langues distinctives, originales et historiques, qui ont le statut de langues co-officielles en Aragon, conformément à l'article 6 de la présente loi.

3) À ce titre, les pouvoirs publics aragonais doivent garantir l'usage normal et officiel, en particulier en ce qui concerne les relations avec l'administration publique, l'enseignement et le droit des locuteurs de les utiliser, en particulier dans les territoires où ils sont majoritaires.

4) Les particularités ou les variantes locales de l'aragonais et du catalan doivent faire l'objet d'un respect et d'une protection particulière, en autorisant les municipalités dans lesquelles elles sont parlées à déclarer leur territoire comme zone d'utilisation prédominante de la langue ou de la particularité vernaculaire.

Évidemment, ce statut de co-officialité des langues paraît beaucoup plus avantageux que tous les autres projets de loi et même de la loi no 10/2009 sur les langues. Étant donné que le consensus est impossible entre les parlementaires et les partis politiques, là aussi, le processus s'est enlisé et le déblocage se fait attendre. Évidemment, les défenseurs de la langue catalan en Aragon sont en furie. Quant au projet de loi de la Gauche unie, il n'a aucune chance d'être adopté.

5 La politique linguistique

La dénomination officielle pour désigner le gouvernement autonome est Gobierno de Aragón (en français: gouvernement d'Aragon), ce qui équivaudrait à un «Exécutif gouvernemental». Selon les dispositions du Statut d'autonomie de 1982 (chapitre I du Titre II), le gouvernement composé du président ("Presidente"), d'un vice-président ("Vicepresidente") et de «conseillers» ("Consejeros») équivalant à la fonction de «ministres». Le président est élu par le parlement d'Aragon ("Cortes de Aragón"), mais nommé par le roi d'Espagne.

À l'instar des autres Communautés autonomes, l'Aragon utilise les termes Departemento et consejero / consejera (fr. «conseiller / conseillère») qui servent à désigner les ministères et les ministres du gouvernement d'Aragon. On peut, en français, employer l'expression «ministre-conseiller» (ou «ministre-conseillère»), voire simplement «ministre», pour rendre compte adéquatement du terme conselleiro / conselleira ; le terme français «conseiller» correspond mal à la fonction dévolue aux consejeros / consejeras en Espagne, car ces postes n'ont rien à voir avec une «personne qui donne des conseils» conseiller juridique, conseiller d'orientation, etc. ou qui fait partie, par exemple, d'un conseil municipal. De plus, le mot vicepresident (fr. «vice-président») sert d'équivalent à «premier ministre». En Espagne, les termes ministerio (fr. «ministère») et ministro / ministra (fr. «ministre») désignent les ministères et les ministres du gouvernement central, et non ceux des Communautés autonomes; le premier ministre du gouvernement espagnol est désigné par l'expression Primer ministro (fr. «premier ministre»).  

La politique linguistique de l'Aragon ne se compare pas du tout à celle de la Catalogne (catalan), du Pays basque (basque), de la Galice (galicien), du Pays valencien (catalan) ou des îles Baléares (catalan). Dans ces cinq communautés autonomes, les mesures de protection à l'égard de la langue nationale minoritaire sont très élevées. En Aragon, la situation est très différente, car les partis politiques n'ont jamais réussi à s'entendre à ce sujet. Avant l'adoption de la Loi sur les langues ou plus précisément la Loi 10/2009 du 22 décembre sur l'usage, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon, la politique linguistique se résumait à un argumentaire strictement identitaire, sans réelle mesure de protection. La seule langue officielle est le castillan, celle qui est obligatoire par défaut, selon la Constitution espagnole de 1978.

Toutefois, l'adoption de la Loi 10/2009 du 22 décembre sur l'usage, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon est venue changer la donne. La loi 10/2009 a été adoptée dans la controverse — le Parti populaire, le Parti aragonais et la Gauche unie ayant voté contre —, alors que Marcelino Iglesias Ricou, du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), était le président de l'Aragón (du 2 août 1999 au 14 juillet 2011). Cette loi de 2009 reconnaît la réalité trilingue de l'Aragon avec l'aragonais et le catalan comme langues particulières distinctives (en espagnol: "lenguas propias"). L'Aragon a toujours privilégié l'expression "modalidades lingüísticas propias", c'est-à-dire en français «particularités linguistiques distinctives». Cette fois-là, la loi a donné des droits aux langues aragonaise et catalane, notamment dans les domaines de l'administration, de la justice, de l'éducation, des médias, etc. De plus, c'est là la grande nouveauté: la loi prévoit quatre zones linguistiques:

1. Une zone d'utilisation historique prédominante de l'aragonais, à côté du castillan, dans la partie nord de la Communauté autonome.
2. Une zone d'utilisation historique prédominante du catalan, à côté du castillan, dans la partie est de la Communauté autonome.
3. Une zone mixte d'usage historique des deux langues d'Aragon, à côté du castillan, dans la partie nord-est de la Communauté autonome.
4. Une zone d'utilisation exclusive du castillan avec des variétés et des particularités.

La loi accorde des droits aux citoyens vivant dans les zones qui sont désignées bilingues afin de recevoir un enseignement et de s'adresser à l'administration dans n'importe laquelle langue distinctive de la zone reconnue. Toutefois, cette loi ne reconnaît pas le statut officiel de l'aragonais ni du catalan dans la Communauté autonome, car seul le castillan conserve ce statut juridique. Cependant, si la loi ne reconnait pas formellement (de jure) l'aragonais ni le catalan comme des langues co-officielles à côté du castillan, elles le sont dans les faits (de facto). Par voie de conséquence, les autres lois adoptées après 2009 peuvent contenir des dispositions concernant l'emploi des langues et particularités distinctives.

Cependant, il est possible que la loi 10/2009 soit abrogée par la coalition au pouvoir, le Parti populaire et le Parti aragonais, du moins d'après la disposition dérogatoire insérée dans l'Avant-projet de loi sur l'usage, la protection et la promotion des langues et des variétés linguistiques d'Aragon.  Ce projet de loi constituait une promesse électorale des deux partis formant le nouveau gouvernement aragonais: le PP et le PAR. Ce faisant, le gouvernement veut consolider le statut du castillan, sans lui opposer de concurrence linguistique. Il veut seulement promouvoir symboliquement l'aragonais et bannir toute référence au catalan au profit des «langues et des particularités linguistiques distinctives d'Aragon». Bref, il s'agirait là d'un net recul pour la protection et la promotion des langues particulières de l'Aragon.  

5.1 Les langues de la législation

Aux Cortes d'Aragon (Parlement de Saragosse), les parlementaires ne s'exprimaient traditionnellement qu'en castillan. Les lois n'étaient adoptées et promulguées dans cette seule langue. Nul n'était autorisé à utiliser oralement une autre langue que le castillan. Toutefois, la loi 10/2009 est venue changer cette pratique. L'article 29 de la Loi 10/2009 du 22 décembre sur l'usage, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon ne précise pas les langues qu'il est possible d'utiliser lors des débats parlementaires, préférant s'en remettre à une réglementation à venir:

Article 29

Les Cortes d'Aragon

1)
La réglementation sur l'usage des langues distinctives d'Aragon dans les activités internes et externes des Cortes d'Aragon sera établie par règlement.

2) Quiconque peut s'adresser par écrit aux Cortes d'Aragon dans l'une ou l'autre des langues distinctives d'Aragon. Les Cortes d'Aragon doivent s'adresser au requérant dans la langue employée par celui-ci et en castillan.

L'article 28 énonce simplement que les citoyens ont le droit de s'adresser dans leur langue auprès des autorités administratives, ce qui devrait inclure le Parlement, mais il s'agit des citoyens, non des parlementaires eux-mêmes. 

5.2 La justice

Depuis toujours, une procédure dans une cour de justice d'Aragon se déroulait en castillan. Seules certaines personnes qui ne connaissaient pas la langue officielle avaient en principe le droit de s'exprimer dans une autre langue et de recourir aux soins d'un interprète. Cependant, tous les Aragonais connaissent le castillan, que leur langue maternelle soit le catalan ou l'aragonais. Néanmoins, l'article 30 de la Loi sur les langues de 2009 autorise l'emploi des langues distinctives d'Aragon et le droit de recevoir une réponse dans ces langues. 

Article 30

La justice d'Aragon

1) La justice d'Aragon, dans l'exercice de sa juridiction, doit assurer la protection des droits linguistiques reconnus par la présente loi et le respect de ses dispositions par les autorités publiques.

2) Tout citoyen peut s'adresser par écrit à la justice d'Aragon dans l'une ou l'autre des langues distinctives d'Aragon et il lui sera répondu dans cette langue et en castillan.

3) La justice d'Aragon peut publier des rapports écrits et des documents dans les langues distinctives d'Aragon, aussi bien qu'en castillan.

De là à obtenir des procès en aragonais ou en catalan, il y a encore beaucoup de travail à faire de la part des autorités aragonaises.

De plus, il est autorisé par le Code du droit foral d'Aragon (2011) d'utiliser les langues minoritaires dans les régimes matrimoniaux devant notaire (art. 196), les accords de succession (art. 382) et les testaments (art. 412) :

Article 196

Langue des régimes

Les régimes matrimoniaux peuvent être rédigées dans l'une ou l'autre des langues ou particularités linguistiques d'Aragon que les contractants choisissent. Si le notaire autorisé ne connait pas la langue ou la variété choisie, les régimes sont conclus en présence et avec l'intervention d'un interprète, pas nécessairement officiel, mais désigné par les contractants et accepté par le notaire, qui doit signer le document.

Article 382

Langue des accords de succession

Les accords de succession peuvent être rédigés dans l'une ou l'autre des langues ou variétés linguistiques d'Aragon que les contractants choisissent. Si le notaire autorisé ne connait pas la langue ou la variété choisie, le contrat est conclu en présence et avec l'intervention d'un interprète, pas nécessairement officiel, mais désigné par les contractants et accepté par le notaire, qui doit signer le document.

Article 412

Langue des testaments

1) Les testaments notariés peuvent être rédigés dans l'une ou l'autre des langues ou variétés linguistiques d'Aragon que les testateurs choisissent. Si le notaire autorisé ou, le cas échéant, les témoins ou d'autres personnes impliquées dans le testament ne connaissent pas la la langue ou la variété linguistique choisie, celui-ci doit être décerné en présence et avec l'intervention d'un interprète, pas nécessairement officiel, désigné par les testateurs et accepté par le notaire qui doit signer le document.

2) De même, les testaments fermés et holographes peuvent être rédigés dans l'une ou l'autre des langues ou variétés linguistiques d'Aragon.

5.3 Les services gouvernementaux

Étant donné que le castillan est la langue officielle, l'Administration publique n'utilisait jusqu'à récemment que cette langue avec les citoyens. C'est le cas de façon absolue avec les fonctionnaires de l'État espagnol, tant à l'oral qu'à l'écrit. Cependant, les communications orales au sein de l'administration autonome peuvent se faire en aragonais ou en catalan, mais sur une base strictement locale. Il en est ainsi des administrations municipales, surtout dans la Franja Oriental (Frange orientale) et certaines municipalités aragonophones. Quoi qu'il en soit, les communications écrites ont toujours été exclusivement en castillan. De plus, il n'a jamais été obligatoire de connaître le catalan ou l'aragonais de la part des employés de la fonction publique aragonaise. Autrement dit, la connaissance d'une autre langue que le castillan n'a jamais constitué un critère d'embauche.

Toutefois, cette situation est en train de changer depuis l'adoption de la Loi no 10/2009 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon. En effet, l'article 27 de la loi énonce que «tous les citoyens ont le droit de s'exprimer oralement et par écrit en castillan et/ou dans les langues et les particularités linguistiques distinctives de l'Aragon, dans leurs zones respectives d'usage prédominante». Toute administration sous la juridiction de la Communauté autonome doit assurer l'exercice de ce droit. L'administration publique doit mettre à la disposition de la population des formulaires et des textes administratifs d'usage fréquent dans les langues distinctives d'Aragon ou dans des versions bilingues.

Article 27

Relations entre les citoyens avec l'administration publique

1)
Tous les citoyens ont le droit de s'exprimer oralement et par écrit en castillan et/ou dans les langues et particularités linguistiques distinctives de l'Aragon, dans leurs zones respectives d'utilisation prédominante, en conformité avec les dispositions de la présente loi.

2) Dans toute procédure administrative traitée par l'administration de la Communauté autonome et par l'administration locale, ainsi que par les agences et les organismes qui en dépendent, dans les zones d'utilisation historique prédominante, l'exercice du droit prévu au paragraphe précédent
doit être assuré, conformément aux dispositions de la présente loi et de ses règlements d'application.

3) Dans les cas prévus au paragraphe précédent, les personnes intéressées peuvent s'adresser dans une langue distinctive auprès des organismes de l'administration aragonaise. Les organismes compétents pour traiter la procédure doivent procéder à la traduction en langue castillane par le moyen des organismes officiels de traduction, et en informer le requérant. En outre, les communications qui doivent être effectuées auprès des requérants doivent se dérouler en castillan et dans la langue qui leur est particulière.

4) Les autorités publiques mentionnées ci-dessus doivent procurer les moyens nécessaires pour  faciliter les communications orales des citoyens dans leur langue distinctive dans les zones respectives d'utilisation historique prédominante.

5) Aux fins énoncées dans les paragraphes précédents, l'administration publique doit mettre à la disposition de la population des formulaires et des textes administratifs d'usage fréquent dans les langues distinctives d'Aragon ou dans des versions bilingues.

L'article 28 de la loi no 10/2009 précise que les documents écrits provenant des organismes institutionnels de la Communauté autonome peuvent être publiés dans les langues distinctives au moyen d'une édition séparée :
 

Article 28

Publications officielles

1)
Les dispositions, résolutions et accords provenant des organismes institutionnels de la Communauté autonome peuvent être publiés dans les langues distinctives au moyen d'une édition séparée dans le Bulletin officiel d'Aragon, lorsque cela est décidé par l'organisme responsable de ces dispositions ou ces accords. Dans tous les cas, les dispositions, résolutions et accords publiés dans les langues distinctives d'Aragon peuvent également être publié en castillan.

2) Les dispositions élaborées dans la présente loi doivent être publiés dans les langues distinctives d'Aragon, une fois établie la norme linguistique correspondante.

Compte tenu des zones d'utilisation historique prédominante, l'article 31 de la loi no 10/2009 énonce que «les débats sur les organismes des institutions locales peuvent être faites dans la langue distinctive concernée, sans préjudice de l'usage de la langue castillane»:

Article 31

Les institutions locales

1)
Dans les zones d'utilisation historique prédominante pour les langues distinctives, les débats sur les organismes des institutions locales peuvent être faites dans la langue distinctive concernée, sans préjudice de l'usage de la langue castillane.

2) Les actes, accords et autres documents officiels, y compris les sociétés locales comprises dans les zones visées au paragraphe précédent, doivent être rédigés en castillan et dans la langue distinctive concernée.

En vertu de l'article 33 de la loi no 10/2009, la toponymie doit n'avoir qu'une seule dénomination, donc dans une seule langue:

Article 33

La toponymie

1)
Dans les zones d'utilisation historique prédominante des langues distinctives, la dénomination officielle des toponymes doit être unique, celle traditionnellement utilisée dans le territoire, sous réserve des dispositions prévues par la législation aragonaise de l'administration locale, tant en ce qui concerne les municipalités que les comarques.

2) Il revient au département du Gouvernement d'Aragon compétent en matière de politique linguistique d'entendre le Conseil supérieur des langues d'Aragon et l'autorité linguistique concernée de fixer les toponymes de la Communauté autonome, ainsi que les noms officiels des territoires, des agglomérations de population et des routes interurbaines.

3) Les rues des villes doivent disposer d'une dénomination unique, dont la dénomination revient aux municipalités.

On peut comprendre qu'une dénomination puisse être uniquement en castillan, en aragonais ou en catalan. Dans la Loi 7/1999 du 9 avril sur l'administration locale d'Aragon, l'article 23 précise bien que le dénomination des municipalités doit être en castillan ou dans la langue traditionnelle de leur toponymie:

Article 23

Dénomination

La dénomination des municipalités doit être en castillan ou dans la langue traditionnelle de leur toponymie. Cependant, dans les zones du territoire aragonais où l'usage d'une autre langue ou d'une
particularité linguistique est généralisé, le gouvernement d'Aragon peut aussi autoriser, sur demande préalablement fondée, l'usage simultané de la dénomination dans cette langue.

La loi parle aussi d'usage simultané (en castillan: utilización conjunta), ce qui signifie une inscription bilingue. L'article 67 du Décret 346/2002 du 19 novembre du gouvernement d'Aragon approuvant le Règlement sur le territoire et la population des organismes locaux d'Aragon reprend en des termes similaires la même disposition:

Article 67

Dénomination des municipalités

1)
Toutes les municipalités ont leur propre dénomination à caractère officiel.

2) La dénomination des municipalités doit être en castillan ou dans la langue traditionnelle de sa toponymie. Cependant, dans les zones du territoire aragonais où l'usage d'une autre langue ou d'une particularité linguistique est généralisé, le gouvernement d'Aragon peut aussi autoriser, l'usage simultané de la dénomination dans les deux langues, sur demande préalable de la Mairie et selon les dispositions prévues à l'article suivant.

Cet «article suivant» correspond à l'article 68 qui décrit la procédure prévue pour modifier une dénomination toponymique. Il faut au préalable un vote des deux tiers de la part d'un conseil municipal pour modifier le nom d'une commune, d'un village ou d'une municipalité. La résolution du conseil municipal doit être acheminée au département de la Présidence et des Relations institutionnelles (''Departamento de Presidencia y Relaciones Institucionales''). Par la suite, si la résolution est acceptée, elle sera publiée par décret du gouvernement d'Aragon dans le Bulletin officiel d'Aragon (''Boletín Oficial de Aragón'') et inscrite au Registre des organismes locaux (''Registro de Entidades locales'').

Signalons aussi la Loi 10/2002 du 3 mai portant création de la comarque de Banjo-Aragon. La septième disposition additionnelle prévoit que le conseil municipal de Ribagorza (localité située au nord-ouest de l'Aragon) doit promouvoir et soutenir, dans le cadre de ses compétences, l'usage des langues distinctives, pourvu qu'il en soit sollicité par les mairies respectives des territoires concernés:

DISPOSITIONS ADDITIONNELLES

Septième disposition

Usage des langues distinctives

Compte tenu du caractère plurilingue de la comarque de la Ribagorza, le Conseil municipal doit promouvoir et soutenir, dans le cadre de ses compétences, l'usage des langues distinctives, pourvu qu'il en soit ainsi sollicité par les mairies respectives des territoires concernés.

L'article 47 de la Loi sur les voies de circulation d'Aragon (1998) traite de la signalisation routière: la signalisation d'information doit être bilingue, en tenant compte des langues et des particularités linguistiques d'Aragon comme des parties intégrantes de son patrimoine culturel et historique.

Article 47

Signalisation d'orientation et d'information

Dans tous les cas, tout en respectant la réglementation de base internationale et nationale, la signalisation d'information doit être bilingue, en tenant compte des langues et des particularités linguistiques d'Aragon comme des parties intégrantes de son patrimoine culturel et historique.

Dans le Décret 206/03 du 22 juillet du gouvernement d'Aragon approuvant le Règlement général de la loi 8/98 du 17 décembre sur les voies de circulation d'Aragon (2003), l'article 108 reprend les mêmes dispositons à cet égard:

Article 108

Signalisation bilingue

1)
Dans tous les cas, tout en respectant la réglementation de base internationale et nationale, la signalisation d'information doit être bilingue, en tenant compte des langues et des particularités linguistiques d'Aragon comme des parties intégrantes de son patrimoine culturel et historique.

2) Les conditions et les critères pour la mise en place d'une signalisation bilingue doivent être établis par le gouvernement d'Aragon, sur proposition conjointe des départements de la Présidence et des Relations institutionnelles, des Travaux publics, de l'Urbanisme et des Transports, et de la Culture et du Tourisme.

On aurait pu, bien sûr, préciser de quelles langues il s'agit, mais le législateur a préféré ne pas aller plus loin. On suppose qu'il s'agit de l'aragonais dans le Nord et du catalan dans l'Est (la Frange orientale). 

Dans un autre domaine, celui de la protection des consommateurs, l'article 24 de la Loi sur les consommateurs et les usagers d'Aragon (2006) impose l'usage du castillan pour toute information sur les produits de consommation, mais en autorisant aussi la possibilité d'employer aussi les langues et les particularités linguistiques distinctives en Aragon:

Article 24

Principe général

3)
Toutes les informations juridiquement exigibles doivent contenir du moins en castillan et, sans préjudice pour le gouvernement d'Aragon d'adopter des mesures appropriées pour protéger et promouvoir l'emploi des langues et des particularités linguistiques distinctives en Aragon en relation au droit à l'information reconnu au consommateur dans la présente loi.

Article 39

Particularités concernant l'information

En plus de se conformer aux exigences d'information énoncées dans la présente loi, le fournisseur de services de la société d'information qui effectue des activités d'embauche électronique est tenu d'informer le consommateur de manière claire, compréhensible, sans ambiguïté et, avant d'entamer le processus de recrutement sur les cas qu'exige la loi régissant la société d'information et tenu, dans tous les cas, de ce qui suit:

a) De respecter les différentes procédures à suivre pour conclure le contrat.
d) De respecter la ou les langues dans lesquelles le contrat peut être signé.

En outre, l'article 6 de la Loi no 16 du 24 mars sur la publicité institutionnelle (2003) autorise l'usage des langues et des particularités linguistiques d'Aragon:

Article 6

Langues de rédaction

Pour l'usage du castillan ou de certaines des particularités linguistiques aragonaises, la publicité institutionnelle réglementée dans la présente loi doit être adaptée aux dispositions dans la réglementation en vigueur.

Cependant, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. L'aragonais et le catalan ne sont pas encore des langues à égalité avec le castillan dans l'espace public. Ainsi, tout l'affichage public est en castillan, que ce soit les enseignes gouvernementales ou commerciales, mais certains toponymes, de façon bien exceptionnelle, peuvent être rédigés en catalan, voire en aragonais. De façon générale, tous les panneaux routiers et la signalisation n'apparaissent qu'en castillan. Il est extrêmement rare qu'un commerçant utilise une affiche rédigée dans une autre langue que le castillan. En réalité, les seuls cas où la publicité est utilisée en une autre langue que le castillan demeure les campagnes en faveur de l'aragonais ou du catalan, ou encore lors de certaines fêtes patronales. En somme, l'usage des langues minoritaire reste facultatif et épisodique. Même dans les régions où l'on parle l'aragonais ou le catalan, il est probable que le gouvernement autonome ainsi que les entreprises et les commerçants craignent la réaction hostile des castillanophones devant toute utilisation trop visible d'une autre langue.

5.3 L'éducation

Tous les établissements d'enseignement d'Aragon dispensent leurs cours en castillan, de la maternelle jusqu'à l'université. En principe, il n'existe pas d'écoles dispensant exclusivement un enseignement en catalan ou en aragonais. Jusque dans les années 1980, ces langues n'ont jamais été enseignées dans les écoles en Aragon. Elles ont toujours été interdites, car seul le castillan était autorisé en tant que seule langue officielle. Les diverses dispositions juridiques (le décret 1.433/75 du 30 mai, le décret 2.929/75 du 31 octobre et l'art. 3 de la Constitution espagnole, etc.) n'ont jamais été appliquées en Aragon. Ce sont des associations culturelles, principalement la Fabla Aragonesa, qui ont tenté de développer l'enseignement de l'aragonais, à titre privé. Ainsi, dans les années 1970, différents ateliers et stages ont eu lieu Saragosse, notamment par le moyen de la radio, surtout dans la province de Huesta. Avec des ressources très limitées et des difficultés de toutes sortes, les résultats demeurèrent faibles pour la décennie 1970-1980: pas plus de 2000 personnes eurent accès à la connaissance formelle de l'aragonais ou ont accédé à sa connaissance. La présence de l'aragonais dans l'enseignement demeura strictement anecdotique durant les décennies suivantes. De nombreuses mairies du Haut-Aragon ont signé des manifestes pour la défense de l'aragonais et son introduction dans les écoles, mais cet enseignement ne s'est jamais concrétisé. Il a bien existé quelques rares projets pilotes depuis 1997, mais les piètres conditions dans lesquelles fut dispensé cet enseignement ne laissaient rien présager de positif.

Il en fut de même pour le catalan jusque dans les années 1980. Lors de l'année scolaire 1983-1984, le gouvernement autonome d'Aragon a signé plusieurs accords et conventions sur l'enseignement du catalan. En vertu de ces ententes, les écoles qui le désiraient avaient l'autorisation d'offrir des cours de catalan aux enfants dont les parent en ont fait la demande par écrit. On estime qu'en 1990 quelque 90 % des enfants catalanophones avaient accès à ces cours dans la Franja Oriental de Aragón. Il s'agit bien de «cours de catalan», en tant que langue étrangère, destinés aux élèves du primaire en raison de deux à trois heures par semaine; c'est seulement une ou deux heures au secondaire. Dans ces conditions, le castillan demeure la langue d'enseignement. Quoi qu'il en soit, à peine 10 % à 20 % des enseignants posséderaient la maîtrise du catalan. Comme il n'y a guère de réglementation statutaire, le choix de la langue peut dépendre de la bonne volonté du professeur.

En 1999, avec l'adoption de la Loi no 10/2009 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon, l'enseignement de l'aragonais et du catalan fut autorisé... sur une base volontaire (par. 1):

Article 22

L'enseignement des langues distinctives

1) Le droit à l'enseignement dans les langues et les particularités linguistiques d'Aragon est garanti dans les zones d'utilisation historique prédominante, mais l'apprentissage doit être volontaire. Le gouvernement d'Aragon, au moyen du département chargé de l'Éducation, doit assurer ce droit grâce à une offre suffisante dans les établissements d'enseignement.

2) Ce droit précédent est également garanti dans les zones de transition et d'accueil, et dans les localités où il y a des établissements d'enseignement de référence pour les élèves des municipalités situées dans les zones d'utilisation historique prédominante dans les langues distinctives.

3) Sans préjudice des dispositions des paragraphes précédents, le gouvernement d'Aragon doit prendre des mesures pour assurer sur l'ensemble du territoire de la Communauté autonome l'enseignement de l'histoire et de la culture dont les langues qui sont l'expression des langues distinctives d'Aragon.

L'Aragon est une communauté autonome située en Espagne où le castillan est partout la langue officielle. L'enseignement d'une autre langue ne peut être imposé aux castillanophones; ceux-ci ne sont pas tenus d'apprendre l'aragonais ou le catalan. Le Tribunal constitutionnel a déjà imposé des limites à ce sujet pour la Catalogne: nul ne peut être tenu de parler la langue catalane à l’école ou dans les administrations locales.

L'article 23 de la loi 10/2009 inscrit l'enseignement des langues distinctives d'Aragon, l'aragonais et le catalan, dans les programmes d'études pour les écoles situés dans les zones d'utilisation historique prédominante des langues distinctives:

Article 23

Usage du programme d'études

1) Dans les zones d'utilisation historique prédominante des langues distinctives, il est garanti que leur enseignement, ainsi que le castillan, soit dispensé à tous les niveaux et à toutes les étapes en tant que matière intégrante du programme d'études. Le contenu de la matière dans les langues distinctives doit tenir compte des particularités et des variétés locales.

2) Le gouvernement d'Aragon doit promouvoir l'édition du matériel pédagogique pour l'utiliser dans les matières concernant les langues distinctives dans les établissements d'enseignement d'Aragon.

Puis des départements des Langues d'Aragon furent introduits dans les écoles secondaires par le Décret 140/2000 du 11 juillet du gouvernement d'Aragon créant les départements didactiques d'économie, de formation et d'orientation du travail et des langues d'Aragon dans les établissements d'enseignement secondaire de la communauté autonome d'Aragon:
 

Article 4

Départements des Langues d'Aragon

Les départements des Langues d'Aragon seront créés dans les établissements d'enseignement secondaire dans lesquels sont dispensées les langues catalane et/ou aragonaise.

Les objectifs généraux de l'enseignement primaire sont précisés à l'article 8 de l'Ordonnance du 6 mai du département de l'Éducation, de la Culture et du Sport approuvant le programme d'études de l'enseignement primaire pour la Communauté autonome d'Aragon (2005):

Article 8

Objectifs généraux de l'enseignement primaire

Afin de développer les capacités prévues dans l'enseignement primaire, les élèves doivent atteindre tout au long de l'étape les objectifs suivants:

f) Comprendre et produire des messages oraux et écrits en castillan et, le cas échéant, dans les langues distinctives de la Communauté autonome d'Aragon, en tenant compte des différents buts et des contextes de communication, ainsi qu'en acquérant des habitudes de lecture.

g) Comprendre et produire des messages oraux et écrits, simples et en contexte, dans une ou deux langues étrangères.

h) Communiquer par des moyens d'expression verbale, corporelle, visuelle, plastique, musical et mathématique, en développant un raisonnement logique, formel et précis, ainsi que la sensibilité esthétique, la créativité et la capacité d'apprécier les œuvres et les manifestations artistiques.

Comme on le constate, l'enseignement des «langues distinctives d'Aragon peut être dispensé (cf. «le cas échéant»), car ce n'est pas obligatoire. La même ordonnance du 6 mai 2005 précise à l'article 22 que les établissements qui dispensent un enseignement en relation avec les langues distinctives de la Communauté autonome d'Aragon, l'aragonais et le catalan, doivent élaborer des projets linguistiques qui facilitent l'apprentissage fonctionnel de ces langues:

Article 22

Enseignement en relation avec les langues distinctives

Les établissements qui dispensent un enseignement en relation avec les langues distinctives de la Communauté autonome d'Aragon, l'aragonais et le catalan, doivent élaborer des projets linguistiques qui facilitent l'apprentissage fonctionnel de ces langues, conformément aux directives du département de l'Éducation, de la Culture et du Sport.

L'ordonnance du 6 mai 2005 impose la même procédure pour l'enseignement des langues étrangères:

Article 23

Enseignement bilingue des langues étrangères

Afin de dispenser un enseignement bilingue dans une langue étrangère, les établissements agréés par le département de l'Éducation, de la Culture et des Sports doivent inclure dans leur projet de programme les éléments de planification linguistique permettant de développer l'apprentissage fonctionnel de cette langue.

La loi permet donc l'enseignement des langues «distinctives», mais qu'en est-il à ce sujet, puisque ce n'est pas obligatoire? En général, cet enseignement facultatif est dispensé du mois de janvier au mois de juin pour une période totale de soixante heures. Les localités où des cours en aragonais sont dispensés sont les suivantes: Aínsa, Almudévar, Albalate de Cinca, Albalatillo, Alcolea de Cinca, Alcubierre, Angüés, Ansó, Ayerbe, Barbastro, Belver de Cinca, Benasque, Bielsa, Biescas, Binéfar, Boltaña, Castillazuelo, Estadilla, Fañanás, Graus, Fonz, Grañén, Huesca, Jaca, Monzón, Plan, Robres, Sabiñánigo, Santa Lecina, Siétamo, Sariñena, Tardienta, Tierrantona et Torla.

En ce qui a trait au catalan dans la Frange orientale, le plus grand nombre des municipalités où les cours sont dispensés dans cette langue est situé dans la province de Huesca: Albelda, Alcampell, Algayón, Altorricón, Arén Noguera, Baldellou, Benabarre, Camporrells, Castillonroy, Fraga, Le Melusa, Litera , Miralsot, Montanuy, Montañana Bridge, Sopeira, Tamarite Litera, Hopper, Torrente de Cinca, Vencillón et Zaidín.

Pour résumer, on peut affirmer que l'enseignement de l'aragonais et du catalan constituent en Aragon une «matière optionnelle» hors programme, qui est généralement dispensée uniquement dans les centres urbains, surtout pour l'aragonais. Si des cours dans les «langues distinctives» sont effectivement dispensés dans de nombreuses localités, ils sont souvent fragmentaires: ce peut être seulement une classe. Il n'y a rien de systématique et tout se déroule sur la base du volontariat.  Il y a aussi un manque important de personnel enseignant qualifié.  Cependant, les cours de catalan dans la Frange orientale connaissent plus de succès depuis 2010, à la suite d'accords intervenus entre l'Aragon et la Catalogne, garantissant l'enseignement du catalan en Aragon, du primaire à l'université (toujours sur une base volontaire).

5.4 Les médias

Tous les médias utilisent le castillan comme langue de communication, que ce soit à l'oral ou à l'écrit. La plupart des journaux et magazines proviennent de Saragosse, parfois des provinces de Huesca et de Teruel, mais aucun ne paraît ni en catalan ni en aragonais. Il existe quelques revues culturelles à caractère très local publiées en catalan ou en aragonais. Il est possible d'acheter des journaux «étrangers», soit en Catalogne soit en France.

En ce qui concerne les médias électroniques, à part les stations radiophoniques locales (en catalan), aucun n'émet en d'autres langues que le castillan. Même la Corporation aragonaise de radio et de télévision (Corporación Aragonesa de Radio y Televisión) créée en 1987 par le gouvernement autonome ne prévoit d'émissions ni en aragonais ni en catalan. Il existe des émissions radiophoniques sur Radio-Huesca d'une durée de trente minutes par semaine.

Pourtant, la Loi no 10/2009 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon impose à l'administration publique de prendre des mesures appropriées pour promouvoir l'émission dans les radios et télévisions publiques, de façon régulière, de programmes dans les langues distinctives d'Aragon:

Article 35

Les médias

Tout en respectant les principes d'indépendance et d'autonomie des médias, l'administration publique doit prendre des mesures appropriées pour atteindre les objectifs suivants:

a) Promouvoir l'émission dans les radios et télévisions publiques, de façon régulière, des programmes dans les langues distinctives d'Aragon.

b) Favoriser la production et la diffusion d'œuvres audio et audiovisuelles dans les langues distinctives.

c) Favoriser la publication, de façon régulière, d'articles de presse dans les langues distinctives.

d) Augmenter les mesures existantes d'assistance financière aux productions audiovisuelles dans les langues distinctives.

e) Soutenir la formation de journalistes et d'autres types de personnel pour les médias qui utilisent les langues distinctives.

f) Veiller à ce que les intérêts des locuteurs des langues distinctives soient représentés ou pris en considération dans l'élaboration des structures qui peuvent être créées, conformément à la loi, afin d'assurer la liberté et le pluralisme des médias.

Il n'y a bien là rien d'exceptionnel, sinon le recours à de simples vœux pieux.

6 Les organismes culturels et linguistiques

Après la longue décadence dont a souffert la langue aragonaise tout au long des siècles, les années 1970 ont permis la mise en lace d'un processus récupération et de normalisation destiné à sortir l'aragonais du modèle folklorique dans lequel il était enlisé. Dès le début, le Conseil de la langue aragonaise (''Consello d'a Fabla Aragonesa'') a permis de mettre en oeuvre une vision globale de l'aragonais, de renforcer son étude scientifique, de favoriser le respect des diverses variétés dialectales tout en adoptant un «aragonais commun» ("aragonés común") et de promouvoir de nombreuses activités de diffusion et de sensibilisation.

C'est au cours de cette période que sont apparues de nombreuses associations culturelles telles que la Ligue des langues aragonaises (''Ligallo de Fablans de l'Aragonés''), l'Association culturelle Nogara (''Asoziazión Cultural Nogará''), le Réseau des études aragonaises (''Rolde de Estudios Aragoneses''), le Groupe d'études de la langue cheso (''Grupo d'Estudios de la Fabla Chesa''), l'Association des joueurs de cornemuse d'Aragon (''Asociación de Gaiteros de Aragón''), etc. C'est grâce à ces associations si, au cours des 25 dernières années, plus de 5000 personnes ont pu suivre des cours d'aragonais et qu'ont pu être publiés de nombreux livres (plus de 200 titres). Il existe également de nombreux groupes et associations consacrés à la défense du catalan en Aragon.

Il existe aussi des organismes linguistiques officiels créés par le gouvernement de l'Aragon.

- Le Conseil supérieur des langues d'Aragon (Consejo Superior de las Lenguas de Aragón):

En vertu du Décret 88 du 5 avril du gouvernement d'Aragon adoptant les règles d'organisation interne et le fonctionnement du Conseil supérieur des langues d'Aragon, le Conseil supérieur des langues d'Aragon est un organisme corporatif consultatif rattaché à l'instance chargée de la politique linguistique; il dispose d'une autonomie organique et fonctionnelle pour assurer son objectivité et son indépendance. Parmi les fonctions importantes du Conseil, il faut mentionner celle d'adopter des mesures appropriées pour assurer la protection du patrimoine linguistique aragonais et l'emploi des langues et des particularités linguistiques distinctives d'Aragon; apporter aussi des propositions à l'administration publique aragonaises sur les mesures de promotion et de garantie dans l'usage, l'enseignement et la connaissance des langues et des particularités linguistiques distinctives d'Aragon.

- L'Académie de la langue aragonaise (Academia de la Lengua Aragonesa):

 D'après l'article 15 de la loi 10/2009, cette académie a pour objectifs d'établir les normes relatives à l'utilisation correcte de la langue aragonaise en Aragon et de conseiller les autorités publiques et les institutions sur les questions relatives à l'utilisation correcte de la langue aragonaise ainsi que sa promotion sociale.

- L'Académie aragonaise du catalan (Academia Aragonesa del Catalán):

Selon le même article 15 de la loi 10/2009, cette académie a pour objectifs d'établir les normes relatives à l'utilisation correcte du catalan en Aragon et de conseiller les autorités publiques et les institutions sur les questions relatives à l'utilisation correcte de la langue catalane ainsi que sa promotion sociale.

 

7 La législation linguistique

La législation actuellement en vigueur dans la Communauté autonome d'Aragon est limitée par les contraintes constitutionnelles de 1978 et de 1982. C'est que le Statut d'autonomie de 1982 ne prévoit pas de langue officielle en Aragon, ce qui signifie qu'en vertu de la Constitution espagnole seul le castillan bénéficie de ce statut. Pour l'instant, le point de départ de la législation linguistique demeure donc l'article 7 du Statut d'autonomie, qui fait allusion de façon très vague à la question linguistique en indiquant que «les diverses variétés linguistiques jouiront de protection». En espagnol, le Parlement aragonais est appelé Las Cortes de Aragón.

À l'heure où la plupart des États d'Europe ont adopté la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, il paraît plutôt insolite que des citoyens espagnols s'opposent encore à sauvegarder des langues minoritaires sur leur territoire.  Le discours des opposants fait penser à celui des Américains devant l'espagnol: ils craignent, eux aussi, de voir apparaître le spectre de la tour de Babel. Beaucoup de Français s'opposent également à la promotion des langues régionales parce qu'ils redoutent la balkanisation de leur pays.

Or, le modèle hongrois, pour ne prendre qu'un seul exemple, montre bien que la sauvegarde de 13 langues minoritaires n'entraînent pas nécessairement le babélisme linguistique tant appréhendé. La protection juridique ne peut protéger les trop petites minorités dispersées géographiquement.  La loi ne peut pas non plus empêcher l’assimilation des petites minorités dont les membres abandonnent volontairement leur langue. Si la loi ne peut faire supprimer tous les inconvénients liés à la condition minoritaire, elle peut en revanche permettre à certaines minorités bien organisées de garantir leur survie et le respect des individus appartenant à ces minorités.

Si la Loi no 10/2009 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon constituait une avancée certaine, l'Avant-projet de loi sur l'usage, la protection et la promotion des langues et des variétés linguistiques d'Aragon de 2012 constitue un net recul. En ce sens, l'Aragon a encore beaucoup de chemin à parcourir, car la situation actuelle paraît anachronique. Il n'est pas normal que, dans un pays démocratique comme l'Espagne, des membres des minorités nationales aient à subir des traitements différents selon qu'ils habitent l'Aragon, la Catalogne ou le Pays basque. Espérons que le calme reviendra en Aragon et que les Cortès pourront adopter des mesures législatives plus généreuses à l'égard de leurs minorités. Quand on compare la situation juridique de l'Aragon avec celle de la Catalogne, du Pays basque ou des Baléares, il y a de quoi rester songeur, et ce, d'autant plus que ce sont des Aragonais qui sont contre leur propre langue, l'aragonais, voire le catalan d'Aragon. De plus, les partis politiques ne s'entendent pas entre eux sur le statut des langues de leur territoire, ce qui, d'une part, favorise le marchandage et le chantage, d'autre part, une politique linguistique ambivalente toujours soumise aux aléas du parti politique au pouvoir. Ce ne sont pas les intérêts des citoyens qui comptent, mais ceux des politiciens de l'âge des dinosaures, figés dans leurs préjugés et leur rigidité. Dans ces circonstances, les Aragonais doivent s'habituer à vivre des hauts et des bas avec la langue aragonaise ou avec la langue catalane, car rien ne semble être acquis de façon définitive dans cette communauté autonome.

   

L'Espagne  

 

L'État espagnol

 
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