Galicia

Galice 

(Espagne)

Capitale: Saint-Jacques-de-Compostelle 
Population: 2,7 millions  (2007)
Langues officielles: castillan et galicien  
Groupe majoritaire: galicien (55,7 %) 
Groupes minoritaires: castillan (15,7 %), autres langues (1,5 %)
Système politique: l’une des 17 communautés autonomes d’Espagne  
Articles constitutionnels (langue): art. 3 de la Constitution espagnole de 1978; art. 5, 25-26-27 du Statut d'autonomie de 1981  
Lois linguistiques: Décret 173 du 17 novembre sur la normalisation de la langue galicienne (1982); Loi 4 du 26 mai sur la Fonction publique (1983); Loi 3 du 15 juin sur la normalisation linguistique (1983); Loi 4 du 27 mai sur la création de l'École galicienne d'administration publique (1987); Loi 5 du 21 juin relative à l'usage du galicien comme langue officielle de la Galice par les organismes locaux (1988); Loi 10 du 10 juillet modifiant la loi 4/1987 du 27 mai sur la création de l'École galicienne d'Administration publique (1989); Ordonnance du 27 novembre réglementant l'attribution de subventions aux entreprises privées pour leurs activités destinées à la promotion de la langue galicienne (1995); Décret 247 relatif à l'élargissement de la loi 3/1983 sur la normalisation linguistique dans son application à l'enseignement en galicien dans les établissements à régime général répartis dans les différents niveaux non universitaires (1995); Ordonnance du 27 novembre réglementant l'attribution de subventions aux entreprises privées pour leurs activités destinées à la promotion de la langue galicienne (1995); Ordonnance du 3 septembre organisant des stages de formation en galicien pour le personnel au service de l'administration judiciaire (1996); Décret 174 du 5 juin modifiant le décret 43/1984 du 23 mars régissant les fonctions et la composition de la Commission de toponymie (1998); Décret 71 du 18 mars régissant l'aide aux entreprises de journaux et de radiodiffusion (1999); Loi 6 du 1er septembre sur l'audiovisuel en Galice (1999); Ordonnance du 20 décembre annonçant des stages de niveaux fondamental et moyen sur le langage administratif en galicien pour le personnel de l'administration publique de Galice (1999); Décret 267 du 13 juin régissant la qualification professionnelle pour la traduction et l'interprétation sous serment des autres langues au galicien et inversement (2002); Loi 4 du 25 juin sur le statut de la capitale de la Ville de Saint-Jacques-de-Compostelle (2002); Décret 343 du 11 juillet approuvant le Règlement organique sur les conseillers juridiques de la Junte de Galice (2003); Décret 421 du 13 novembre approuvant les statuts de l'Université de Vigo (2003); Décret 28 du 22 janvier approuvant les statuts de l'Université Saint-Jacques-de-Compostelle (2004); Décret 206 du 22 juillet sur l'offre des postes du personnel statutaire du Service galicien de santé (2005); Loi 2 du 14 juin sur le droit civil de la Galice (2006); Loi 17 du 27 décembre sur le livre (2006); Loi 4 du 20 avril sur la coordination des polices locales (2007); Loi 8 du 13 juin sur la police de la Galice (2007); Décret 124 du 28 juin régissant l'usage et la promotion du galicien dans le système d'éducation (2007); Décret 130 du 28 juin instaurant le programme d'études de l'enseignement primaire dans la Communauté autonome de Galice (2007); Décret 133 du 5 juillet régissant l'enseignement de l'éducation secondaire obligatoire dans la Communauté autonome de Galice (2007); Ordonnance du 16 juillet régissant les certificats officiels autorisés sur les niveaux de connaissance du galicienne (CELGA) (2007); Loi 4 du 23 mai sur la création de l'Agence galicienne des industries culturelles (2007); Décret 126 du 19 juin instaurant l'aménagement et le programme d'études du baccalauréat dans la Communauté autonome de Galice (2008); Décret 239 du 25 septembre instituant le programme d'études de niveau avancé dans l'enseignement sur le régime spécial des langues (2008).

1 Situation géographique

Située tout au nord-ouest de l'Espagne, la Galice est essentiellement une région côtière constituant le plus grand centre de pêche de l'Espagne. Sa superficie est de 29 434 km² (5,8 % de la superficie du pays), soit l'équivalent de la Belgique. Il ne faudrait pas confondre la Galice avec la Galicie, une région historique partagée entre la Pologne et l'Ukraine, ni avec la Galatie, une région d'Anatolie; les trois régions ont jadis été occupées quelque temps par les Celtes (du latin gallus > Galice, Galicie ou Galatie).

La Galice forme aujourd'hui une Communauté autonome limitée à l'ouest et au nord par l'océan Atlantique, à l'est par les communautés autonomes des Asturies et de Castille-et-León, au sud par le Portugal. La Galice est formée de quatre provinces: Lugo, La Coruña, Ourense et Pontevedra (voir la carte de la région). La capitale est Saint-Jacques-de-Compostelle (ou Santiago de Compostela), qui est aussi le plus grand centre religieux de l'Espagne.

Soulignons d'abord le fait que le gouvernement autonome galicien a choisi comme dénomination officielle de la Communauté autonome de Galice la seule forme castillane de Galicia, alors que la forme galicienne est Galiza. Il en est également ainsi de la dénomination galicienne Governo da Galiza connue sous la seule expression officielle en castillan de Xunta de Galicia («Junte de Galice»). Dans la mesure où la forme galicienne a été systématiquement écartée, ce simple fait, par son caractère hautement symbolique, reflète l'idéologie politique des membres du gouvernement local. Par comparaison, la Catalogne et le Pays basque possèdent tous deux une dénomination bilingue désignant leur Communauté autonome: pour la Catalogne, Cataluña (en castillan) et Catalunya (en catalan). Pour le Pays basque, País Vasco (en castillan) et Euskadi (en basque).

La Communauté autonome de Galice dispose d'un drapeau officiel, adopté par la ley 5/1984, de 5 de mayo, de símbolos de Galicia (loi 5/1984 du 5 mai sur les symboles de Galice). Il s'agit d'un drapeau blanc avec une bande diagonale de couleur bleue qui le traverse de l'angle supérieur gauche jusqu'à l'angle inférieur droit. On trouve au centre un blason («escudo»: écu en portugais) surmonté de la couronne de l'ancien Royaume de Galice. Sur le blason lui-même, de bleu azur, on voit un calice d'or surmonté d'une hostie d'argent et accompagné de sept croisettes représentant les anciennes provinces du Royaume de Galice (Santiago, Lugo, Ourense Tui, Mondoñedo, Betanzos et A Coruña). Ce fort symbolisme religieux serait dû à la condition épiscopale de l'ancien Royaume de Galice.  

2 Données démolinguistiques

La Galice comptait une population de 2,7 millions en 2007. Selon la Junte de Galice (Xunta de Galicia), près de deux millions et demi des Galiciens considèrent que le galicien est leur «langue habituelle» (maternelle?):

El gallego es la lengua de la mayor parte de la población de Galicia: de los 2.800.000 habitantes, aproximadamente dos millones y medio manifiestan que el gallego es su lengua usual. Este alto nivel de hablantes coloca a Galicia en una situación excepcional en comparación con otras lenguas minorizadas, y demuestra su validez para todo tipo de situaciones comunicativas. Le galicien est la langue de la plus grande partie de la population de la Galice : 2 800 000 d'habitants, approximativement deux millions et demi déclarent que le galicien est leur langue habituelle. Ce haut niveau de personnes parlant cette langue place la Galice dans une situation exceptionnelle en comparaison avec d'autres langues minoritaires et démontre sa valeur pour tout type de situation de communication.
Cela signifierait que près de 90 % de la population aurait le galicien comme langue maternelle. Cependant, le gouvernement n'emploie pas le terme «langue maternelle» (lengua materna), mais plutôt «langue habituelle» (lingua usual/lengua usual). D'autres sources révélaient en 2001 que 62,4 % de la population aurait déclaré le galicien comme sa langue maternelle et 25,6 %, le castillan (langue maternelle); mais 11,4 % des Galiciens estimaient posséder deux langues maternelles: le galicien et le castillan.

Pour sa part, l'Institut galicien de la statistique (Instituto Gallego de Estadística: IGE) par la voix du Conseil de la culture galicienne (Consello da Cultura Galoga) indique que, en 2003, la «langue initiale» (lengua inicial) ou «maternelle» (o materna) galicienne était parlée par 55,7 % de la population comme langue maternelle, contre 27 % pour le castillan, 15,7 % pour les deux langues, et 1,5 % pour une autre langue. 

Le problème, c'est que la population est villes est très castillanophone, alors que la population des campagnes est très majoritairement galécophone.

Selon la région ou la province, le Conseil de la culture galicienne distingue cinq groupes différents de connaissance linguistique à l'oral. Les zones indiquées en rouge foncé indiquent que la population concernée possède une excellente connaissance du galicien. Ce sont surtout les provinces côtières de La Corogne (La Coruña) et de Pontevedra, à l'exclusion des centres urbains.

Dans les zones indiquées en rouge clair, il s'agit de régions rurales du Nord-Est (province de Lugo) et du Sud (province d'Ourense).  Les zones indiquées en rose pâle renvoient à des régions dont la connaissance du galicien oral est jugée suffisante (Santiago et Lugo). 

Cependant, dans les zones en vert pâle (La Coruña, Pontevedra), la connaissance du galicien est considérée comme faible et mauvaise dans les zones urbaines en vert foncé (Ferrol et Vigo).

En ce qui concerne le galicien écrit, tous les centres urbains obtiennent de résultats plus élevés, sauf pour le secteur de Pontevedra.

Cela étant dit, selon une étude de la Fundación BBVA, la Galice a vu, au cours du XXe siècle, quelque 825 000 habitants émigrer ailleurs en Espagne, en Europe et surtout en Amérique du Sud. L'une des conséquences de cette saignée, c'est l'abandon de plus de 1300 bourgs dans toute la région, soit presque la moitié du total espagnol (2874). 

2.1 Le galicien

La langue locale de la Galice est le galicien (appelé galego en galicien), une langue très proche du portugais, qui peut être aisément comprise, à l'écrit comme à l'oral, par le locuteurs du portugais, que ce soit du Portugal ou du Brésil. Le galicien appartient au sous-groupe linguistique galégo-portugais (ou galégo-luso-brésilien) de l'ibéro-roman appartenant aux langues romanes. Jusqu'au XIIIe siècle, le galicien et le portugais constituaient la même langue. Ce n'est que vers 1500 que l'on a commencé à distinguer le galicien du portugais.

Au point de vue historique, le portugais est issu du galicien, et les deux langues, qui sont demeurées relativement proches l'une de l'autre. On estime qu'environ 85 % du vocabulaire des deux langues est commun. Néanmoins, les deux langues ont évolué de manière plus ou moins différente entre le Portugal et l'Espagne. En dehors de la Galice, le galicien est parlé dans d'autres régions autonomes — qu'on appelle la Franxa Exterior («frange extérieure») — comme les Asturies (50 000), la Castille-et-Léon (15 000) et l'Extrémadura (5000). On compte aussi quelques communautés galiciennes en Argentine, en Uruguay, au Venezuela, etc. Au total, on estime que le galicien est parlé par plus de 3,1 millions de locuteurs.

Partout dans le monde, les galégophones sont bilingues, y compris en Galice même. Ainsi, 97,1 % des Galiciens admettent comprendre la langue galicienne et 86,4 % affirment la parler, mais 45,9 % des Galiciens pourraient la lire et seulement 27,1 %, l'écrire. Par ailleurs, les faits démontrent que seulement 38,7 % des Galiciens n'utilisent généralement que la langue galicienne dans leurs communications orales et 29,9 % affirment l'utiliser plus souvent que le castillan; à l'opposé, seulement 10,8 % des Galiciens n'utiliseraient que le castillan et 20,8 % le parleraient plus souvent que le galicien. Selon le recensement de 1991, seulement 7,1 % des citoyens ne seraient pas d'origine galicienne.

Lettre Appellation Prononciation
a a [a]
b be [b]
c ce [θ] (ou [s]), [k]
d de [d]
e e [e], [ε]
f efe [f]
g gue [g] (ou [h])
h hache (cero)
i i [i]
l ele [l]
m eme [m]
n ene [n]
ñ eñe [ɳ]
o o [o], [ɔ]
p pe [p]
q que [k]
r erre [r]
s ese [s]
t te [t]
u u [u]
v uve [b]
x xe [ʃ], [ks]

z

zeta [θ] (ou [s])
C'est en 2003 que furent publiés les Normas ortográficas e morfolóxicas do idioma galego («Normes orthographiques et morphologiques de la langue galicienne») énoncées par la Real Academia Galega (Académie royale de Galice). Ces normes portent, bien sûr, sur l'orthographe (voir le tableau de gauche), mais également l'emploi des accents, de l'apostrophe, du point d'interrogation, des nombres cardinaux, des prépositions et des conjonctions, des locutions adverbiales, la formation du pluriel et du féminin, etc.  Les autorités galiciennes ont élaboré des campagnes de sensibilisation aux nouvelles normes en espérant sans doute que la population fasse sienne cette nouvelle langue normalisée et aspire surtout à l’apprendre et à l’enseigner aux enfants.

Cependant, cette standardisation du galicien ne constitue aucunement la seule variété en usage en Galice; elle a même suscité de sévères critiques de la part de nombreux organismes galiciens. La politique de standardisation du galicien a même entraîné un «effet pervers», car de nombreux Galiciens qui avaient parlé leur variété toute leur vie se sont mis à croire qu'ils parlaient mal leur langue puisqu'elle ne correspondait pas à la variété prônée par le gouvernement. La standardisation du galicien a provoqué une hiérarchisation sociale des variétés galiciennes, alors que, auparavant, toutes ces variétés n'étaient perçues que comme des différences géographiques et locales.

N'oublions pas que la seule langue de prestige avait toujours été le castillan. Dorénavant, les Galiciens allaient se trouver avec une autre langues de prestige, le galicien standard. Néanmoins, en tant que «langue propre de la Galice», le galicien est devenu le symbole de la culture et de l’identité régionales.

2.2 Les formes de galicien

Le galicien n'est pas une langue uniforme, mais il ne présente pas de véritables variations dialectales. Il s'agit plutôt de «blocs» linguistiques régionaux appelés bloque en galicien. On parle aussi de «régiolectes».

- Les «blocs» linguistiques

On distingue principalement à l'oral le bloc occidental, le bloc central et le bloc oriental (incluant la Franxa Exterior). Les aires linguistiques s'étendent dans chacune des quatre provinces du nord au sud et se diversifient en plusieurs variantes: Bergantiña, Fisterra, Pntevedresda, Tudense; Mindoniense, Central de transición, Lucu-Auriense, Limia Baixa; Astutiana, Ancaresa, Zamorana.  

Ce sont formes galiciennes sont  assez similaires, car les différences les plus manifestes résident notamment dans l'accent local et dans la proportion des castillanismes intégrés dans le galicien. Par exemple, le mot camion se dit camións en galicien occidental, camiós en galicien central et camiois en galicien oriental. On a aussi respectivement pour capitaine, capitáns, capitás  et capitais.

En fait, si les distinctions d'ordre phonétique correspondent aux variations normales des dialectes portugais, les variations lexicales sont propres au galicien.

Mais la situation linguistique n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire, car des tendances idéologiques opposées se greffent à ces variantes régionales populaires. On assiste à une polémique entre, d'une part, le galicien officiel (''galogo oficial'') ou galego espanholizado («galicien hispanisé») défendu par les «galéguistes» et le galicien historique ou «réintégré» prôné par les «lusistes» (''lusistas'').

- Le galicien normalisé ou officiel

Le galicien officiel (standard) est celui qui est préconisé par un petit groupe d'intellectuels et de politiciens proches du Partido Popular (Parti populaire) au pouvoir très pro-espagnol depuis toujours. C'est ce galicien normalisé, élitiste, aligné sur le castillan qui est enseigné dans les écoles et employé à la télévision. Ce type de galicien est perçu par la plupart des galégophones comme impersonnel et artificiel, et ceux-ci ne se reconnaissent guère dans cette langue trop castillanisée, dépourvue de toute attache identitaire.

Les normes du galicien écrit Normas ortográficas e morfolóxicas do idioma galego («Normes orthographiques et morphologiques de la langue galicienne») sont élaborées conjointement par l'Académie royale galicienne et l'Institut de la langue galicienne (Instituto da Lengua Galega. Voici les principes évoqués dans les Normas ortográficas e morfolóxicas do idioma galego (1993) pour justifier le recours au galicien standard:

Texte original en galicien

1. A lingua normativa ten que estar ao servizo da cultura dun pobo real e concreto, e por tanto ha de ser necesariamente continuadora da lingua falada pola comunidade e ha de achegarse canto sexa posible a ela, a fin de enraizar sobre bases seguras e vivas. Agora ben, para que estas bases sexan efectivamente sólidas, a norma debe acoller un galego fiel a si mesmo e limpo de canto de alleo innecesario hai incrustado na fala viva pola presión do castelán. É dicir, a lingua común debe ser o máis galega posible, establecida sen sometementos nin dependencias, con atención escrupulosa á estrutura e características lingüísticas do galego.

2. O galego normativo ten que ser o vehículo expresivo común e válido para todo o pobo galego, voz apta e dispoñible para as súas manifestacións tanto escritas coma orais, tanto artísticas coma utilitarias. Consecuentemente, o galego común non pode basearse nun único dialecto, senón que debe prestar atención preferentemente á extensión xeográfica e demográfica das formas para seleccionar as normativas. Ha de ser, pois, supradialectal e lograr que o maior número posible de falantes galegos se identifiquen coas solucións acordadas.

3. O galego común debe seguir as boas tradicións da antiga lingua galega que sexan compatibles coa maneira de ser moderna da lingua, de xeito que as formas tradicionais sexan preferidas ás máis innovadoras e evolucionadas. Debe recoñecer tamén a súa propia literatura e cultura máis recentes, emparentando así con todos os escritores anteriores e aceptando solucións xa consagradas polo uso.

4. As escollas normativas deben ser harmónicas coas das outras linguas, especialmente coas romances en xeral e coa portuguesa en particular, evitando que o galego adopte solucións insolidarias e unilaterais naqueles aspectos comúns a todas elas. Para o arrequecemento do léxico culto, nomeadamente no referido aos ámbitos científico e técnico, o portugués será considerado recurso fundamental, sempre que esta adopción non for contraria ás características estruturais do galego. As escollas deben decidirse de acordo cun criterio de coherencia interna, a fin de que o galego común non resulte arbitrario e incongruente.

Traduction française

1. La langue normalisée doit être au service de la culture d'un peuple réel et concret et, par conséquent, elle doit nécessairement être en continuité avec la langue parlée par la communauté et se rapprocher dans la mesure du possible de celle-ci, afin de s'enraciner sur des bases sûres et vivantes. Or, pour que ces bases soient effectivement solides, la norme doit accueillir un galicien fidèle à lui même et particulier, sans influence étrangère inutile et incrustée dans le parler réel sous la pression du castillan. Cela signifie que la langue commune doit être la plus galicienne possible, instaurée sans soumission ni dépendance, avec un soin scrupuleux pour la structure et les caractéristiques linguistiques du galicien.

2. Le galicien normalisé doit être le véhicule expressif commun et valable pour tout le peuple galicien, un instrument compétent et disponible pour les manifestations tant écrites qu'orales, tant artistiques qu'utilitaires. En conséquence, le galicien commun ne peut reposer sur un seul dialecte, mais doit accorder de préférence un soin à l'extension géographique et démographique des formes pour sélectionner les normes. Il doit donc être supradialectal et faire en sorte que le plus grand nombre possible de locuteurs galiciens s'identifient avec les solutions convenues.

3. Le galicien commun doit suivre les bonnes traditions de l'ancienne langue galicienne qui sont compatibles avec la manière moderne d'être de la langue, de sorte que les manières traditionnelles de sorte que les formes traditionnelles soient préférées aux plus novatrices et développées.  Il doit aussi reconnaître sa littérature et sa culture particulières plus récentes, en s'apparentant ainsi avec tous les auteurs précédents et en acceptant des adaptations déjà consacrées par l'usage.

4. Les choix normatifs doivent être en harmonie avec ceux des autres langues, spécialement avec les langues romanes en général et avec le portugais en particulier, en évitant que le galicien adopte des solutions indépendantes et unilatérales dans ses aspects communs à tous. Pour l'acquisition du lexique cultivé, notamment dans celui se rapportant aux domaines scientifiques et techniques, le portugais doit être considéré comme une ressource fondamentale, pourvu que cette adaptation ne soit pas contraire aux caractéristiques structurelles du galicien. Les choix doivent être décidés en conformité avec un critère de cohérence interne, afin que le galicien commun ne s'avère pas arbitraire et incongru.

Pour les autorités galiciennes, une langue commune basée sur la parole, épurée des castillanismes ("castelanismos"), à caractère supradialectal, enracinée dans la tradition, cohérente et en harmonie avec les autres langues de culture, rend nécessaires les choix suivants:

1) Exclure tout différencialisme ("diferencialismo") radical parce que, en voulant encore être une position de défense face au castillan, cette attitude manifeste une position de dépendance et de domination face à cette langue; il convient donc d'exclure les solutions de différenciation ("diferencialistas") surtout lorsqu'elles reposent sur des «fausses analogies» ("falsas analoxías") et des «vulgarismes» (vulgarismos").
2) Exclure aussi le recours à la «langue médiévale» ("lingua medieval") : des formes définitivement mortes et archaïques ne doivent pas supplanter celles qui sont vivante.
3) Valoriser la contribution du «portugais péninsulaire et brésilien» ("do portugués peninsular e brasileiro"), tout en supprimant toute solution contraire à la structure linguistique du galicien.

Toutefois, le galicien normalisé demeure une tentative d'unifier les nombreux «blocs» galiciens en une «langue commune», mais cette démarche rencontre une résistance farouche de la part des «nationalistes» qui lui préfèrent le «galicien réintégré».

En Galice, ceux qui ne partagent par l'idéologie galéguiste accusent les autres d'être «isolationnistes» (les ''isolacionistas'') et de condamner le galicien à toujours demeurer une forme régionale et dialectalisée de l'espagnol (en réalité du portugais), une sorte de code alternatif, sans variétés ni registres, utilisé uniquement à des fins administratives et liturgiques, alors que le public parle une langue différente. Le discours galéguiste érige comme une vertu le «bilinguisme harmonieux» (''bilinguismo harmónico'') des Galiciens. Les dirigeants galiciens désiraient à leur façon valoriser les caractéristiques distinctives de la Galice au sein de l’État espagnol en tant que patrimoine culturel important qu'il convient de sauvegarder et de revaloriser au sein de la population galicienne.

- Le galicien historique (galaïco-portugais)

Quant au galicien historique (galaïco-portugais: "galego-portugués"), il est prôné par les nationalistes galiciens, notamment par le Bloc nationaliste galicien (''Bloque Nacionalista Galego”: BNG), très «pro-Portugal».

Le Bloc nationaliste galicien défend l'autonomie de la Galice, mais à plus long terme il propose l'autodétermination ainsi que l'absorption du galicien par le portugais. Les partisans du galicien historique, appelés lusitas («lusistes») ou reintegracionesitas («réintégrationnistes»), proposent une réintégration complète du galicien sur le portugais, d'où l'expression «galicien réintégré». La norme préconisée est basée sur un retour au galicien du Moyen Âge (le galaïco-portugués), alors que le galicien était identique au portugais. La langue préconisée par les «réintégrationnistes» (encore plus proches du portugais) ne serait jamais reconnue par les vrais locuteurs du galicien comme leur propre langue, mais plutôt comme une «langue étrangère».

Parmi les nationalistes, on distingue les maximalistas («maximalistes») et les minimalistas («minimalistes»). Les «maximalistes» proposent une adoption intégrale du code écrit portugais, alors que les «minimalistes» acceptent à l'écrit certaines particularités du galicien, mais dans tous les cas le galicien demeure une variété de portugais, non une «langue indépendante» du portugais. On parle parfois du portugalego.  

Il existe à cet effet une association réintégrationniste maximaliste nommée Associaçom Galega da Língua (AGAL), ou Association galicienne de la langue, dont l'objectif est de rapprocher les normes linguistiques du galicien de celles du portugais, tout en prônant certains particularismes (galiciens, brésiliens et portugais) et en se défendant contre les risques centralisateurs de l'État portugais. La commission de l'AGAL a publié en 1883 une norme orthographique alternative aux Normas ortográficas e morfolóxicas do idioma galego, les normes officielles du gouvernement galicien. Cette étude porte le titre de Estudo crítico das 'Normas ortográficas e morfolóxicas do idioma galego' («Étude critique des "Normes orthographiques et morphologiques de la langue galicienne"»).

En 1986, les «lusistes» de la Commission pour l'intégration de la langue de la Galice dans l'Accord orthographique luso-brésilienne ("Comissão para a integração da língua de Galiza no Acordo Ortográfico Luso-Brasileiro" demandèrent l'intégration complète du galicien au sein de la lusophonie lors de la rencontre des pays de la PALOP ("Países Africanos de Língua Oficial Portuguesa»: Pays africains de langue portugaise) regroupant l'Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Cap-Vert
et Sao-Tomé-et-Principe. 

Les militants galiciens nationalistes contestent la norme officielle du galicien qui a été élaborée par le gouvernement de la Communauté autonome. Selon eux, cette norme présenterait beaucoup trop de traits en commun avec le castillan, ce qui perpétuerait la subordination du galicien par rapport à cette langue. Dans leur idéologie la plus extrême, les nationalistes préfèrent que le galicien soit complètement absorbé par le portugais plutôt que de se rapprocher encore davantage du castillan. Dans cette optique, le galicien constitue «un dialecte du portugais» et c'est pourquoi il leur paraît préférable d'accepter la norme officielle de cette langue, par surcroît d'importance mondiale. Le discours nationaliste dominant exalte toutes les traditions et usages typiques de la Galice, qui ne se retrouvent pratiquent pas dans le reste de l'Espagne.

Voici quelques exemples des deux normes, la forme galégo-portugaise (historique ou nationaliste) et la forme officielle (standard):

Français

Norme galégo-portugaise

Norme officielle (castillane)

«Géologie»

geologia (port.: geologia)

geólogo

xeoloxía (cast.: geología)

xeólogo

«Fois»

vez (port.: vez)

vezes

vez (cast.: vez)

veces

«Lumière»

luz (port.: luz)

luzeiro

luz (cast.: luz)

luceiro

«Début»

começo (port.: começo)

comecei

comezo (cast.: comienzo)

comecei

La norme galégo-portugaise correspond à une norme étymologique coïncidant essentiellement avec la norme portugaise. La norme officielle du gouvernement autonome équivaut à celle du castillan avec des adaptations locales. Les lusistes affirment que l'adoption d'une norme déjà existante sur le portugais rendrait superflus toutes les discussions et efforts pour la création d'une langue galicienne standard.

Pour conclure sur ce sujet, certains Galiciens croient que, si la Galice faisait partie du Portugal, le galicien n'existerait pas ou, du moins, pas sous cette forme; en tout cas, on n'en parlerait même pas. Si, aujourd'hui, le galicien reste une langue distincte du portugais, c'est davantage en raison de motifs politiques la Galice ne fait pas partie du Portugal plutôt que linguistiques, car il n'existe que fort peu de différences entre le galicien et le portugais. C'est pourquoi le galicien est quand même devenu le symbole le plus important de la culture et de l’identité galiciennes.

Ci-dessous, on peut lire en français, en galicien standard, en portugais et en castillan l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme :

Français Galicien Portugais Castillan
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Tódolos seres humanos nacen libres e iguais en dignidade e dereitos e, dotados como están de razón e conciencia, díbense comportar fraternalmente uns cos outros. Todos os seres humanos nascem livres e iguais em dignidade e em direitos. Dotados de razão e de consciência, devem agir uns para com os outros em espírito de fraternidade. Todos los seres humanos nacen libres e iguales en dignidad y derechos y, dotados como están de razón y conciencia, deben comportarse fraternalmente los unos con los otros.

De façon générale, quiconque parle le portugais comprend le galicien, et inversement, surtout à l'écrit. À l'oral, il peut subsister certaines difficultés pour un lusophone en raison de la prononciation régionale du galicien.

- Le castrapo

Il existe aussi une forme très particulière du «galicien»: le castrapo ou spanglish. En réalité, le castrapo, qui provient des mots castelhano («castillan» en portugais) et trapo («chiffon» ou «guenille»), est un mélange de castillan et de galicien, utilisé de façon informelle par des hispanophones qui tentent de donner une couleur galicienne à leur façon de parler lorsqu'ils sont placés dans certaines situations sociolinguistiques particulières. Il y a aussi des locuteurs de langue maternelle galicienne, qui mélangent parfois les deux langues, un peu comme le font les Portoricains à New York. Depuis 1987, le gouvernement galicien voudrait promouvoir le castrapo aux dépens du galego populaire. Par contre, les Portugais ne comprennent que fort peu le castrapo, considéré comme du «mauvais portugais» (''abâtardi'') et une forme vulgaire du galicien. L'emploi du castrapo est très fréquent dans des villes comme Vigo, Santiago ou A Coruña.

Pour illustrer ce fait, on peut utiliser un exemple avec la prononciation des mots en -ion. L'équivalent français éducation s'écrit educasao en portugais, educaçom en galicien et educatión en castrapo, ce qui correspond exactement au castillan (educación). Toutes ces variétés de galicien sont parfaitement comprises dans toute la Galice, puisque la quasi-totalité des galégophones est bilingue (galicien-castillan).

Cela étant dit, on aurait intérêt à comparer certains mots en galicien (avec prononciation et accent tonique), en portugais et en castillan (source: Wikipédia):

Français Galicien Prononciation normalisée Portugais Castillan
terre terra

['tεra]

terra tierra
ciel ceo

['θeo]

céu cielo
eau auga

['auga]

água agua
feu lume

['lume]

lume/fogo fuego
feu lume

['lume]

lume/fogo fuego
homme home ['ome] homem hombre
femme muller [mu'λer] mulher mujer
déjeuner xantar [ʃan'tar] almoço almuerzo
navet nabo ['nabo] nabo nabo
grand grande ['grande] grande grande
petit pequeno [pe'keno] pequeno pequeño
nuit noite ['nojte] noite noche
jour día ['dia] dia día
nostalgie morriña/saudade [mo'riɲa] saudade nostalgia
orange

laranxa

[la'ranʃa]

laranja

naranja

On constate que, dans presque tous les cas, la forme galicienne demeure encore plus près de la forme portugaise que de la forme castillane, le fait étant que le portugais et le castillan sont déjà des langues proches l'une de l'autre.

3  Données historiques

La Galice doit son nom aux anciens Gallaeci, un peuple d'origine celtique implanté dans cette région vers le VIe ou Ve siècle avant notre ère; ce sont les mêmes Celtes qui auraient peuplé la Bretagne et la Galice. Cependant, bien que la langue celte se soit maintenue jusqu'à l'arrivée des envahisseurs romains, elle n'a pas survécu jusqu'à la fin de l'Empire romain. La Gallaecia (ou Galice) devint une province romaine dotée d'une relative autonomie avec ses propres capitales (Braga, Lugo et Astorga). Par rapport aux frontières actuelles, on constate que la Gallaecia romaine correspondait à une superficie plus grande que la Galice contemporaine; elle comprenait le nord du Portugal (ancienne Lusitanie) et une partie des Asturies et du Léon.  

Au cours des dernières décennies de l'Empire romain, soit au début des grandes invasions germaniques, un peuple germanique à l'origine installé entre le Rhin et le Danube, les Suèves (les ancêtres des Souabes actuels), atteignit la péninsule ibérique en 409 et, avec l'aide des Vandales et des Alains, s'installèrent dans toute la Gallaecia, au nord de l'Espagne actuelle. Les Suèves fondèrent un royaume (royaume des Suèves) en 411, qu'il gouvernèrent jusqu'en 456.

Le royaume suève allait finir par être intégré à celui des Wisigoths (par le roi Léovigild) vers 585. Comme les Suèves n'avaient gouverné leur royaume que durant quelques décennies, ils n'ont guère eu le temps d'imposer leur langue germanique, le Schwäbisch (en allemand: Schwaben; en latin: suevia). C'est pourquoi les Galiciens (ou Gallaeci) continuèrent de parler le latin qui commença toutefois à évoluer différemment de la langue mère. L'influence la plus durable laissée par les Romains demeure la langue galicienne qui se développa à partir du latin parlé dans cette région. Comme on le sait, l'héritage de Rome imprégna aussi toutes les langues de la péninsule Ibérique (castillan, catalan, portugais, galicien, aranais, aragonais, etc.), à l'exception du basque dont les locuteurs conservèrent leur langue.

3.1 Le royaume de Galice

En 425-426, les Vandales s'établirent également en Galice, après avoir refoulé les Suèves. Après une suite de conflits, les Galiciens, Suèves et Vandales finirent par s'allier pour fonder un nouveau royaume. C'est au cours de cette période que la Galice reçut un important apport ethnique avec l'établissement, au nord de Lugo, d'un nombre relativement considérable de Bretons. Puis, le roi wisigoth Leovigildo (ou Léovigild) annexa, en 585, le royaume de Galice, qui devint alors une unité administrative du royaume wisigoth.

Au cours des quelques siècles qui suivirent, les divers peuples composant la Galice, c'est-à-dire les Galégo-Romains, les Suèves, les Vandales, les Bretons et les Wisigoths, s'intégrèrent socialement et linguistiquement tout en fortifiant leur royaume. Ce fut une époque d'âge d'or pour la Galice qui s'étendit sur presque toute la côte ouest de la péninsule (le Portugal actuel).

En 711, les Arabes mirent fin à la domination des Wisigoths sur l'ensemble de la péninsule Ibérique. Cependant, l'influence arabe demeura très limitée en Galice, car les envahisseurs musulmans ne s'installèrent pas dans cette région.

Au plan linguistique, les Galiciens consolidèrent leur langue, le galego, qui se développa non seulement en Galice du Nord (l'actuelle Communauté autonome de Galice), mais aussi dans toute la Galice du Sud (le Portugal d'aujourd'hui), c'est-à-dire l'ancienne Lusitanie. Durant tout le Moyen Âge, on parlait la même langue en Galice du Nord et en Galice du Sud, soir le galaïco-portugais. Le fleuve Minho, qui sépare la Galice du Nord et la Galice du Sud (Portugal), était au centre de l'aire de la langue commune galaïco-portugaise. C'est ce parler commun, caractérisé par des emprunts celtiques et germaniques, qui s'est transporté jusqu'au sud du Portugal lors de la Reconquête espagnole sur les Arabes.

3.2 La séparation du galicien et du portugais

Soumise par les rois des Asturies au VIIIe siècle, la Galice fut réunie au royaume de León et de Castille en 1071. En 1230, sous le règne de Ferdinand III, appelé aussi saint Ferdinand de Castille (Fernando el Santo), roi de Castille de 1217 à 1230, puis roi de Castille et de León de 1230 à 1252, le royaume de Galice fut définitivement intégré au royaume de Castille et de León. Auparavant, une partie de la Galice du Sud (le nord du Portugal actuel) était devenue indépendante, puis le royaume du Portugal se constitua définitivement en 1139 avec ses frontières actuelles. Dans la péninsule Ibérique, le castillan demeurait alors une langue dont l'aire linguistique était fort limitée, et ne comptait pas davantage que le galaïco-portugais, l'asturo-léonais, le basque, le navarro-aragonais et le catalan. Voir à ce sujet la carte linguistique telle qu'elle pouvait se présenter au milieu du Xe siècle (cliquer ICI, s.v.p.). Par contre, les dialectes mozarabes couvraient alors la plus grande partie de la péninsule. Il s'agissait de langues romanes grandement influencées par l'arabe et dont l'écriture était en alphabet arabe.

Dès lors, la frontière politique qui se fixa définitivement entre le Portugal et la Galice produisit peu à peu ses effets sur la langue commune galégo-portugaise. Cette langue, pourtant née en Galice du Nord, qui s'était implantée au sud lors de la Reconquête espagnole contre les Arabes, fut coupée de ses racines galiciennes et subit des influences différentes. Ainsi, alors que le galicien du Nord (galégo-castillan) commençait à être colonisé par l'Espagne et empruntait massivement au castillan, le galicien du Sud (galaïco-portugais) subissait l'influence arabe (voir la carte).

Plus tard, alors que la région fut soumise à la dynastie des ducs de Bourgogne et à l'influence des moines de Cluny (célèbre abbaye située à Cluny, en Bourgogne), le galicien du Sud emprunta une partie de son vocabulaire au français.

À partir de 1500, le terme portugais remplaça définitivement celui de galego pour désigner la langue parlée par les Portugais, ce qui scella la fragmentation du galego en deux langues : le galicien et le portugais. Dans les siècles qui suivirent, les Galiciens au nord furent de plus en plus influencés par le castillan qui imprégna massivement leur langue. Toutefois, encore aujourd'hui, Portugais et Galiciens parlant leur langue galaïco-portugaise (et non le galégo-castillan) peuvent aisément se comprendre, en dépit des différences phonétiques, grammaticales et surtout lexicales. À l'écrit, le galicien et le portugais demeurent assez semblables, exception faite, bien entendu, des différences lexicales parfois importantes.

3.3 Le déclin du galicien

Durant tout le XVIe siècle, une dernière période de prospérité économique en Galice entraîna une explosion démographique et un développement artistique et linguistique qui atteindra son point culminant à l'époque baroque. Cependant, l'absolutisme royal, la religion catholique et la culture castillane officielle, les trois forces majeures qui devaient unir l'Espagne, ont fait en sorte que le galicien, exclu de tout usage officiel, fut considéré comme une langue ne pouvant seulement être utilisée que dans les communications orales informelles. Il s'ensuivit une longue période sombre appelée les Siglos Oscuros («les Siècles sombres»), qui ne se terminera qu'avec l'avènement de la démocratie en 1975.

La Galice poursuivit son déclin au XIXe siècle et demeura coupée du reste de l'Espagne. Pour diverses raisons, la modernisation rurale n'a pas été possible en Galice, qui sortit du XIXe siècle avec une économie sous-développée et exclusivement agricole, ce qui entraîna une émigration massive vers l'Espagne d'abord, puis à l'extérieur du pays. Entre 1860 et 1936, la plupart des Galiciens émigrants sont partis pour Cuba, l'Argentine, le Brésil et le Venezuela. La Galice prit alors un retard considérable sur le reste de l'Espagne et la langue galicienne resta confinée aux communications orales et perdit tout prestige social.

Ce n'est certes pas le régime autoritaire de Francisco Franco (1936-1975), lequel avait même interdit l'usage du galicien, qui favorisa la restauration de la langue galicienne. Dans les années cinquante, l'émigration galicienne s'est poursuivie vers l'Europe centrale (Royaume-Uni, France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Suisse) ainsi que dans les principaux centres industriels de l'Espagne (Catalogne, Pays basque et région de Madrid).

Cette véritable saignée de la population n'a commencé à ralentir qu'au début des années soixante-dix. Puis, une fois passé le régime de la dictature franquiste (1975), la Galice a pu enfin bénéficier d'un statut d'autonomie où sa condition de «nationalité» a été proclamée en vertu des dispositions de la Constitution espagnole de 1978.

Artículo 2 [castillan]

La Constitución se fundamenta en la indisoluble unidad de la Nación española, patria común e indivisible de todos los españoles, y reconoce y garantiza el derecho a la autonomía de las nacionalidades y regiones que la integran y la solidaridad entre todas ellas.
Article 2

La Constitution est fondée sur l'unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. Elle reconnaît et garantit le droit à l'autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles.

La Communauté autonome de Galice a alors été instaurée et le galicien fut reconnu co-officiel avec la castillan. Néanmoins, la galicien n'a pas réussit à s'imposer comme «langue normale» dans les communications formelles, tant à l'oral qu'à l'écrit, au même titre que le castillan. Qui plus est, le galicien est de moins en moins parlé parmi les jeunes, ce qui laisse supposer, à long terme, son éventuelle disparition. Il est vrai que les gouvernements galiciens, qui se sont succédé depuis 1978, ont élaboré différentes mesures pour assurer la promotion du galicien, mais ce fut un galicien souvent normalisé, artificiel, hispanisé et antinationaliste. De fait, la Communauté autonome de Galice a été dirigée pendant un quart de siècle par des politiciens de droite issus du régime franquiste. Pour ces politicien, l'Espagne doit rester unie et castillane, en tenant compte surtout des intérêts et du parti au pouvoir, le Parti populaire (Partido Popular : PP). Contrairement à la Catalogne et au Pays basque, la politique linguistique a été contaminée par une politique antinationaliste. 

4  Les institutions et les dispositions législatives

Quelques mots suffiront pour faire comprendre plus facilement aux francophones certains termes utilisés en Galice. En réalité, ce n'est guère un «problème» propre à la Galice, il concerne toutes les Communautés autonomes. Comme ailleurs, la Galice a également adopté diverses mesures destinées à protéger sa «langue propre» (distinctive), le galicien. 

4.1 Le vocabulaire utilisé

La dénomination officielle pour désigner le gouvernement autonome est la Xunta de Galicia (en castillan: Junta de Galicia) ou en français Junte de Galice, ce qui équivaudrait à un «Exécutif gouvernemental». Le logo de la Xunta est représenté avec l'escudo qui apparaît aussi sur le drapeau officiel.

Selon les termes du Statut d'autonomie de 1981 (art. 16), la Junte de Galice est composée du président, du ou de plusieurs vice-présidents et de «conseillers» (galicien: Conselleiros ; castillan: Consejeros) équivalant à la fonction de «ministres». Le président est élu par le parlement de Galice, mais nommé par le roi d'Espagne. Le terme de «Junte» (Junta ou Xunta) désignait auparavant certaines institutions propres à l'ancienne monarchie espagnole.
Artigo 16 [galicien]

1)
A Xunta é o órgano colexiado de Goberno de Galicia.

2) A Xunta de Galicia está composta polo Presidente, Vicepresidente ou Vicepresidentes, se é o caso, e mailos Conselleiros.

3) Os Vicepresidentes e Conselleiros serán nomeados e cesados polo Presidente.

4) Unha Lei de Galicia regulará a organización da Xunta e as atribucións e o Estatuto persoal dos seus compoñentes.
Article 16 [traduction]

1) La Junte est l'organisme collégial de gouvernement de la Galice.

2) La Junte de Galice est composée du président, du vice-président ou, le cas échéant, de vice-présidents et des conseillers [ministres].

3) Les vice-présidents et les conseillers seront nommés et révoqués par le président.

4) Une loi de la Galice régit l'organisation de la Junte et les attributions ainsi que le statut particulier de ses composantes.

À l'Instar des autres Communautés autonomes, la Galice utilise les termes Departament (fr. «département») ou plutôt Consellería (ancien français: «conseillerie») et conselleiro / conselleira (fr. «conseiller / conseillère») servent à désigner les ministères et les ministres de la Junte de Galice. On peut, en français, employer l'expression «ministre-conseiller» (ou «ministre-conseillère»), voire simplement «ministre», pour rendre compte adéquatement du terme galicien conselleiro / conselleira ; le terme français «conseiller» correspond mal à la fonction dévolue aux conselleiros / conselleiras en Espagne, car ces postes n'ont rien à voir avec une «personne qui donne des conseils» conseiller juridique, conseiller d'orientation, etc. ou qui fait partie, par exemple, d'un conseil municipal. De plus, le mot vicepresident (fr. «vice-président») sert d'équivalent à «premier ministre». En Espagne, les termes ministerio (fr. «ministère») et ministro / ministra (fr. «ministre») désignent les ministères et les ministres du gouvernement central, et non ceux des Communautés autonomes; le premier ministre du gouvernement espagnol est désigné par l'expression Primer ministro (fr. «premier ministre»).  

Dans l'organisation politique des anciens royaumes d'Espagne, notamment sous le régime de la monarchie absolue, il existait des «conseils» (consejeros) ou assemblées (juntas) dotées de «commissions» particulières. La première Junte de Galice apparut lors de la période moderne du royaume de Galice (Xunta do Reino de Galicia), lorsque la Junte fut créée en 1528, puis dissoute en 1833 par la régente Marie-Christine de Bourbon-Siciles (1806-1878). Dans l'Espagne contemporaine de 1978, certaines Communautés autonomes, dont la Galice, ont repris ce terme de «Junte» pour désigner l'ensemble de leurs institutions, notamment le gouvernement et le Parlement. En Galice, on utilise souvent la simple appellation «la Xunta».

4.2 Les dispositions constitutionnelles et législatives

Le Statut d'autonomie (ou Ley Orgánica 1/1981, de 6 de abril, de Estatuto de Autonomía para Galicia ou Loi organique 1/1981 du 6 avril sur le Statut d'autonomie pour la Galice) accordé à la Galice lui permet d'adopter des lois linguistiques en conformité avec la Constitution de l'État espagnol. L'article 5 du Statut d'autonomie précise l'emploi des langues en Galice:

Artigo 5 [galicien]

1) A lingua propia de Galicia é o galego.

2) Os idiomas galego e castelán son oficiais en Galicia e todos teñen o dereito de os coñecer e de os usar.

3) Os poderes públicos de Galicia garantirán o uso normal e oficial dos dous idiomas e potenciarán o emprego do galego en tódolos planos da vida pública, cultural e informativa, e disporán os medios necesarios para facilita-lo seu coñecemento.

4) Ninguén poderá ser discriminado por causa da lingua.

Article 5 [traduction]

1) La langue propre de la Galice est le galicien.

2) Les langues galicienne et castillane sont officielles en Galice et tous ont le droit de les connaître et de les utiliser.

3) Les pouvoirs publics de la Galice garantissent l'usage normal et officiel des deux langues, et rendent possible l'utilisation du galicien dans les domaines de la vie publique, de la culture et de l'information, et mettent en œuvre les moyens nécessaires pour en faciliter la connaissance.

4) Nul ne peut être victime de discrimination à cause de la langue.

Conformément à ces règles constitutionnelles, le gouvernement galicien a adopté la Loi sur la normalisation linguistique (15 juin 1983). Selon l'article 4 de la loi, le galicien est la langue «propre» (distinctive) de la Galice et co-officielle avec le castillan :

Article 4  [traduction]

1) Le galicien, en tant que langue propre de la Galice, est la langue officielle des institutions de la Communauté autonome, de son administration, de l'administration locale et des entités publiques dépendant de la Communauté autonome.

2) La langue officielle de l'État est aussi le castillan.

N'oublions pas que le bilinguisme est obligatoire pour l'État galicien: «La langue officielle de l'État est aussi le castillan» (par. 2). Cela signifie que le bilinguisme incombe à l'État, non aux citoyens. La politique linguistique du gouvernement autonome de la Galice s’inscrit dans ce courant du «bilinguisme harmonieux» (bilingüismo harmónico), sans aucun conflit ni diglossie. L'objectif du gouvernement galicien est de faire coexister le galicien et le castillan afin que les deux langues aient la même valeur et soient utilisées sans aucune distinction fonctionnelle. L'un des concepteurs de cette idéologie du «bilinguisme harmonieux»,  M. Manuel Regueiro Tenreiro, un ancien directeur général de la politique linguistique galicienne (à Bilbao), explique ainsi son point de vue:

Texte original en galicien

Por tanto, si la política lingüística responde al servicio que hay quehacer a la sociedad, estamos en una opción claramente bilingüe de coo-peración o, paz lingüística. Dentro de esa fase de extensión y de cooperación, por supuesto, hay un hecho social, repito, que es el bilingüismo,y nosotros le ponemos un adjetivo para calificar lo que pretendemos al final del proceso de la extension que es el "bilingüismo armónico". Nuestro objetivo es este: el bilingüismo armónico. Nuestra tarea principal todavía no es especialmente de calidad o de tutela de la lengua, sino que es de extensión. Naturalmente en la sociedad, que es necesariamente plural, hay personas que están en la fase de valoración del hecho lingüístico y que lo valoran con todas su consecuencias, eso es evidente. [...]

Queda dicho que es el bilingüismo armónico lo que buscamos. No es que lo tengamos, sino que buscamos la armonía lingüística. Armonía que incluye la recuperación de usos oficiales, el esfuerzo para conseguirla competencia lingüística de la generalidad de la población y el prestigio del conocimiento de lenguas.

Traduction

Par conséquent, si la politique linguistique répond au service des préoccupations de la société, nous nous situons dans une option clairement bilingue de coopération ou de paix linguistique. Dans le cadre de cette phase d'extension et de coopération, bien sûr, il existe un fait social, je le répète, qui est le bilinguisme, et nous lui trouvons un adjectif pour qualifier ce que nous prétendons être la fin du processus d'extension: le «bilinguisme harmonieux».  Notre principale tâche n'en est pas une notamment de qualité ou de tutelle de la langue, mais d'expansion. Naturellement dans la société, qui est nécessairement plurielle, il existe des personnes qui sont dans la phase d'évaluation du fait linguistique et qui l'évaluent avec toutes leurs conséquences, cela est évident. [... ]

N'est-ce pas le bilinguisme harmonieux que nous recherchons? Ce n'est pas ce que nous avons, mais nous cherchons l'harmonie linguistique, une harmonie qui comprend la récupération des usages officiels, l'effort pour faire acquérir la maîtrise linguistique par la population en général et le prestige de la connaissance des langues.

Dans l'état actuel des choses, le gouvernement galicien entend faire évoluer la situation sociolinguistique vers ce «bilinguisme harmonieux», de telle sorte que le galicien puisse cohabiter avec le castillan dans un environnement sain, puisque les deux langues font partie intégrante de la société galicienne.

Bien que ce modèle de «société bilingue» soit bien perçu par les autorités espagnoles et l’élite hispanophone traditionnelle en Galice, et qu'il soit plutôt accepté par la majorité de la population galicienne qui a toujours vécu en présence des deux langues, cette politique du «bilinguisme harmonieux» a suscité de nombreuses protestations et de violentes critiques parmi les groupes de pression galiciens. Ces derniers dénoncent notamment le manque d'égalité sociale réelle entre les deux langues et le danger de disparition graduelle du galicien. Ils ne croient pas que le soutien institutionnel soit suffisant pour que l'usage du galicien soit une réalité évidente dans tous les domaines, encore moins en coexistence harmonieuse avec le castillan.

Pourtant, la Galice dispose d'un grand nombre de lois, décrets, ordonnances, etc., destinés à assurer au galicien un rôle aussi important qu'au castillan au sein de la Communauté autonome. Le grand nombre d'instruments juridiques témoigne de la difficulté pour les autorités galiciennes de tenir tête au castillan. Malgré tous les efforts et les progrès, le combat est loin d'être gagné.

5  L'emploi des langues au Parlement

Conformément à la loi galicienne, le galicien et le castillan peuvent être employés au Parlement local. D'ailleurs, l'article 5 de la Loi sur la normalisation linguistique de 1983 impose le bilinguisme dans les actes législatifs:

Article 5

Les lois de la Galice, les décrets législatifs, les dispositions normatives et les résolutions officielles de l'administration publique galicienne sont publiés en galicien et en castillan dans le Journal officiel de la Galice.

L'article 1er de la loi 5/1988 du 21 juin relative à l'usage du galicien comme langue officielle de la Galice par les organismes locaux réaffirme l'obligation d'utiliser le galicien (en plus du castillan) de la part des organismes locaux:

Article 1er

1)
Les convocations des assemblées, les ordres du jour, les motions, les votes particuliers, les propositions d'accord, les rapports des commissions d'information et les actes des organismes locaux de la Galice doivent être rédigés en galicien.

2) Sans préjudice des dispositions du paragraphe précédent, ces organismes peuvent le faire en plus dans l'autre langue officielle.

Plusieurs parlementaires font des efforts pour utiliser oralement le galicien au Parlement autonome, mais le bilinguisme demeure passif et peu fréquent, le castillan étant massivement utilisé.

6 Les langues de l'Administration

Compte tenu que le castillan et le galicien sont les langues officielles de la Communauté autonome, l'Administration locale est tenue de les employer. Le problème, c'est que le galicien n'avait pas été employé au plan administratif depuis que la Galice a été réunie au royaume de León et de Castille en 1071. Dans ces conditions, la langue galicienne avait une dure pente à remonter face au castillan.

6.1 Le droit aux services bilingues

Le galicien est l'une des deux langues officielles de l'Administration publique galicienne. D'après la Loi sur la normalisation linguistique, les citoyens peuvent, dans les limites territoriales de la Galice, utiliser l'une ou l'autre des deux langues officielles dans leurs relations avec l'administration de la justice (art. 7): 

Article 7

1) Dans les limites territoriales de la Galice, les citoyens peuvent faire usage de l'une ou l'autre des deux langues officielles dans leurs relations avec l'administration de la justice.

2) La procédure judiciaire en Galice est valide et prend effet, quelle que soit la langue officielle employée. Dans tous les cas, la partie ou l'intéressé aura droit d'en être instruit ou avisé dans la langue officielle de son choix.

3) La Junte de Galice assure la promotion, en accord avec les organismes concernées, de la normalisation progressive de l'usage du galicien dans l'administration de la justice.

L'article 33 (qui n'est plus en vigueur depuis le 14 juin 2008) de la loi 4/1988 du 26 mai sur la Fonction publique garantit le droit aux administrés à l'usage du galicien dans leurs relations avec l'Administration publique:

Article 33

Afin de mettre en œuvre la normalisation de la langue galicienne dans l'Administration publique de la Galice et de garantir le droit des administrés à l'usage de la langue propre de la Galice dans leurs relations avec l'Administration publique dans les limites de la Communauté autonome, et conformément à l'obligation de promouvoir l'usage normal du galicien par les pouvoirs publics de Galice que prévoit l'article 6.3 de la Loi sur la normalisation linguistique, dans les examens de sélection effectués pour l'accès aux postes de l'Administration de la Communauté autonome de Galice et dans les organismes locaux de la Galice, la connaissance de la langue galicienne doit être démontrée. [...]

6.2 Le bilinguisme des fonctionnaires

Assurer aux administrés l'usage du galicien implique que les employés de la Communauté autonome puisse utiliser eux-mêmes le galicien. L'article 2 de la loi 5/1988 du 21 juin oblige les fonctionnaires de la Communauté autonome à maîtriser le galicien, en plus du castillan:

Article 2

1)
Il incombe à la Junte de Galice la promotion du processus d'intégration du galicien dans l'Administration locale, très spécialement à travers des programmes de formation pour les fonctionnaires en galicien.

2) Sans préjudice de ce qui précède, la Junte de Galice doit adopter les mesures adéquates pour que, dans les concours d'accès aux postes dans l'Administration locale, la connaissance du galicien soit garantie.

La Loi 4/1987 du 27 mai sur la création de l'École galicienne d'administration publique a créé l'EGAP: l'Escuela Gallega de Administración Pública. Cette école est destinée à l'élaboration de cours de sélection, de formation et de perfectionnement du personnel au service de l'Administration publique de la Communauté autonome. L'article unique modifiant l'article 3 de la loi 4/1987 dans la Loi 10/1989 du 10 juillet modifiant la loi 4/1987 du 27 mai sur la création de l'École galicienne d'Administration publique a précisé l'un des objectifs de l'EGAP (texte original en galicien):

Article unique [traduit du galicien]

Les articles 3 et 7 de la loi 4/1987 du 27 mai sont modifiés de la manière suivante :

"Article 3

1) Les objectifs de l'EGAP sont les suivants:

i) La diffusion et la normalisation du galicien dans l'Administration publique, la formation linguistique auprès du personnel et la participation l'établissement du langage technique, administratif et juridique en galicien.

De son côté, l'ordonnance du 3 septembre 1996 prévoit des stages de formation en galicien (niveaux d'initiation et de perfectionnement) et de langage juridique de galicien (niveaux fondamental et moyen) pour le personnel au service de l'administration judiciaire. Les stages d'initiation et de perfectionnement ont une durée de 75 heures; les cours de langage juridique de niveau fondamental et moyen ont une durée de 75 heures et les contenus correspondent à ceux fixés par la commission mixte de suivi concernant l'accord sur la normalisation linguistique.

En 2007, le gouvernement galicien a émis une ordonnance pour prévoir des stages de formation à l'intention des fonctionnaires de l'administration publique: l'Ordonnance du 16 juillet 2007 régissant les certificats officiels autorisés sur les niveaux de connaissance du galicienne (CELGA). Selon cette ordonnance, cinq niveaux officiels sur la connaissance du galicien sont prévus et leurs certificats correspondants portent les appellations suivantes:

Type de certificat Type de maîtrise Cadre de référence correspondants
 MCERL / ALTE
Certificat de langue galicienne 1 (CELGA 1) Maîtrise dans l'utilisation de la langue permettant de répondre aux besoins les plus élémentaires de la communication. Correspond au niveau A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues : apprentissage, enseignement et évaluation (maintenant le MCERL) et du niveau 1 de l'Association des centres d'évaluation des langues en Europe (désormais ALTE: Association of Language Testers in Europe).
Certificat de langue galicienne 2 (CELGA 2) Maîtrise suffisante dans l'utilisation de la langue pour intervenir dans un ensemble varié de situations de communication, avec une sécurité et une efficacité relatives. Correspond au niveau B1 du MCERL et de 2 de l'ALTE.
Certificat de langue galicienne 3 (CELGA 3) Maîtrise dans l'utilisation de la langue permettant de l'employer avec un degré important de correction normative sur divers sujets. Correspond au niveau B2 du MCERL et au niveau 3 de l'ALTE.
Certificat de connaissance de la langue galicienne 4 (CELGA 4) Maîtrise suffisante dans l'utilisation de la langue pour s'exprimer avec fluidité et spontanéité dans la plupart des situations de communication. correspond au niveau C1 du MCERL et au niveau 4 de l'ALTE.
Certificat de langue galicienne 5 (CELGA 5) Maîtrise suffisante dans l'utilisation de la langue pour fonctionner sans difficulté et avec correction dans tout type de situation de communication, depuis la plus informelle jusqu'à plus formelle. Correspond au niveau C2 du MCERL et au niveau 5 de l'ALTE.

Malgré ces dispositions, la plupart des citoyens et des entreprises privées préfèrent encore utiliser le castillan comme langue véhiculaire auprès de l'Administration. Certaines administrations municipales manifestent encore des réticences à utiliser le galicien dans leur documentation écrite. Pourtant, l'article 1er de la loi 5/1988 du 21 juin relative à l'usage du galicien comme langue officielle par les entités locales est formelle à ce sujet. 

Ajoutons que des parents ont entrepris une campagne afin de promouvoir l'utilisation des prénoms en galicien à leurs enfants: «¿Xa lle tedes nome?» («Vous avez déjà choisi leur prénom?»). La campagne a connu un certain succès, mais elle s'est arrêtée lorsque certains ont demandé d'étendre ce droit aux patronymes (noms de famille), les obstacles administratifs n'ayant pu être surmontés.

6.3 La toponymie

La Commission de toponymie (voir le décret 174/1998 du 5 juin) est l'organisme d'étude, de conseil et de consultation de la Junte de Galice pour la désignation des dénominations officielles de la toponymie galicienne et la transmission des consultations nécessaires à cette fin. Cette commission est sous la juridiction du Secrétariat général du ministère de la Présidence et de l'Administration publique, qui lui fournit le soutien nécessaire pour l'exercice de ses fonctions.

Selon l'article 10 de la Loi sur la normalisation linguistique, seules les dénominations galiciennes des toponymes sont officielles:

Article 10

1)
Les toponymes de la Galice sont employés comme unique forme officielle en galicien.

2)
Il incombe à la Junte de Galice de fixer les noms officiels des municipalités, des territoires, des agglomérations, des voies de communication interurbaines et des toponymes de la Galice. La dénomination des voies urbaines est fixée par la mairie concernée.


3)
Ces dénominations sont légales avec tous leurs effets et la nomenclature doit concorder avec celles-ci. La Junte de Galice doit réglementer la normalisation de la nomenclature publiée en respectant dans tous les cas les normes internationales auxquelles souscrit l'État.

Par exemple, dans un texte officiel rédigé en castillan, toute administration de la Communauté autonome est dans l'obligation d'employer la forme officielle "A Coruña" pour désigner la ville de La Corogne, alors que l'appellation de cette ville en castillan est "La Coruña".  Or, même la mairie de cette ville a refusé d'utiliser le nom galicien, le seul officiel. Le  Tribunal supérieur de justice de Galice (Tribunal Superior de Xustiza de Galicia) a dû intervenir pour obliger les autorités municipales à utiliser la forme galicienne. Une campagne de revendication du toponyme A Coruña dénonçait ainsi le maire de la Ville: "A Coruña, así a queremos" (A Coruña, on la veut comme ça!).

Il est vrai que, peu à peu, les toponymes apparaissent en galicien, mais les noms de rue demeurent encore massivement en langue castillane. Comme le prévoit la Loi sur la normalisation linguistique (art. 25), les municipalités peuvent accorder des primes à l'affichage et à la publicité en galicien. À l'exception de quelques municipalités, pour le moment, peu de municipalités se sont prévalues de cette prime au bilinguisme.

Article 25

Le gouvernement galicien et les sociétés locales, dans le champs de leur juridiction, doivent favoriser la normalisation de l'usage du galicien dans les activités commerciales, publicitaires, culturelles, associatives, sportives et autres. Dans ce but et par des actes particuliers, il est possible d'accorder des réductions ou des exemptions fiscales.

Il faut noter que, même si 80 % des trois millions d'habitants de la Galice parlent le galicien, le prestige social de cette langue apparaît très faible. Pour le moment, il ne semble pas entrer dans les objectifs du gouvernement galicien d'en faire une langue d'usage dans l'affichage. Tout au plus s'efforce-t-on d'en garantir une présence minimale, par exemple dans la toponymie et sur les inscriptions du gouvernement régional.

6.4 Les organismes linguistiques

La Communauté autonome de Galice dispose de quelques organismes linguistiques, dont l'Académie royale galicienne (gal.: Real Academia Galega; cast.: Real Academia Gallega), l'Institut de la langue galicienne (gal.: Instituto da Lingua Galega; cast.: Instituto de la Lengua Gallega) et l'Observatoire de la langue galicienne (gal.: Observatorio da Lingua Galega ; cast.: Observatorio de la Lengua Galega). Il ne faudrait pas oublier non plus le Secrétariat général de la politique linguistique (gal.: Secretaría Xeral de Política Lingüística) de la Junte de Galice.

L'Académie royale galicienne / Instituto da Lingua Galega (1906) est une institution dont l'objectif principal est l'élaboration de normes grammaticales, orthographiques et lexicales de la langue galicienne, ainsi qu'à sa défense et sa promotion. En vertu de la loi 3/1983 du 15 juin sur la normalisation linguistique, les règles approuvées par l'Académie deviennent les normes officielles du galicien:

DISPOSITION SUPPLÉMENTAIRE

Pour les questions relatives à la réglementation, la mise à jour et l'usage correct de la langue galicienne, le critère d'autorité est celui établi par l'Académie royale de la Galice.

L'Institut de la langue galicienne / Instituto da Lingua Galega (1971) est un centre de recherche linguistique de l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle consacré à la lexicographie, la géographie linguistique, la dialectologie, l'onomastique (toponymie), la phonétique, la grammaire, la sociolinguistique et l'histoire de la langue galicienne.

L’Observatoire de la langue galicienne / Observatorio da Lingua Galega (2007) a pour objectif principal de dresser un état des lieux de la situation sociale de la langue galicienne. De plus, l'Observatoire entend contribuer à la promotion des langues régionales et minoritaires dans le monde entier en publiant des chroniques, par exemple, sur les langues du pays de Galles, de l'Écosse, de la France, de l'Italie, de l'Amérique du Sud, etc.

Le Secrétariat général de la politique linguistique / Secretaría Xeral de Política Lingüística est l'organisme supérieur de l'Administration autonome en matière de promotion et d'enseignement de la langue galicienne et en matière de planification, de coordination et de mise en œuvre de la politique linguistique de la Junte de Galice. Pour atteindre ses objectifs, le Secrétariat général s'est vu attribuer notamment les fonctions suivantes :

- élaborer les propositions législatives et réglementaires;
- coopérer avec la Commission interdépartementale de la Junte de Galice pour coordonner les mesures relatives à la politique linguistique des divers ministères;
- assurer la coordination des travaux sur la normalisation linguistique avec les services des autres organismes et administrations publiques;
- planifier et élaborer des campagnes et des mesures de promotion sur l'usage et la diffusion du galicien;
- produire des rapports sur des projets à caractère normatif;
- autoriser et homologuer des cours de formation de langue galicienne et émettre des certificats d'aptitude aux élèves des établissements d'enseignement;
- fixer un cadre méthodologique de référence et des programmes pour l'enseignement du galicien aux adultes:
- administrer des examens et émettre des certificats de connaissance du galicien;
- effectuer la traduction du galicien vers le castillan et vice;

7 Le système judiciaire

La législation prévoit des mesures destinées à favoriser l'usage du galicien dans le système judiciaire. Ainsi, l'article 7 de la Loi sur la normalisation linguistique précise que les citoyens peuvent faire usage de l'une ou l'autre des deux langues officielles dans leurs relations avec l'administration de la justice:

Article 7

1) Dans les limites territoriales de la Galice, les citoyens peuvent faire usage de l'une ou l'autre des deux langues officielles dans leurs relations avec l'administration de la justice.

2) La procédure judiciaire en Galice est valide et prend effet, quelle que soit la langue officielle employée. Dans tous les cas, la partie ou l'intéressé aura droit d'en être instruit ou avisé dans la langue officielle de son choix.

3) La Junte de Galice assure la promotion, en accord avec les organismes concernées, de la normalisation progressive de l'usage du galicien dans l'administration de la justice.

Article 8

Les documents publics conclus en Galice peuvent être rédigés en galicien ou en castillan. À défaut d'entente entre les parties, les deux langues sont employées.

En conséquence, les fonctionnaires doivent connaître le galicien, les documents rédigés en galicien doivent être valides comme ceux en castillan, et les Galiciens doivent pouvoir s'exprimer en galicien dans les tribunaux. Dans les registres publics sous la juridiction de l'administration autonome, les jugements seront rendus dans la langue officielle dans laquelle est rédigé le document ou dans laquelle se fait la déclaration. Si le document est bilingue, il sera transcrit dans la langue indiquée par celui qui le présente dans le registre. Dans les registres publics qui ne sont pas sous la juridiction de la Communauté autonome, la Junte de Galice (Xunta de Galicia), en accord avec les organismes compétents, doit assurer la promotion de l'usage normal du galicien.

Cela étant dit, l'usage réel du galicien dans le système judiciaire semble relativement rare, car très peu de procès sont entendus en galicien. Généralement, il n'existe pas de traduction du galicien au castillan ni du castillan au galicien, la proximité linguistique des deux langues favorisant la compréhension sans qu'aucune procédure de traduction ne soit indispensable.

8  Les langues en éducation

Le domaine de l'éducation n'est pas en reste pour le gouvernement autonome. Depuis l'obtention de l'autonomie, les Galiciens ont élaboré un projet de galeguización (ou «galéguisation» ou «galicianisation» de l'enseignement. Des campagnes d'information furent mises en œuvre à l'aide d'affiches, de brochures, de vignettes adhésives, etc., afin de sensibiliser les citoyens à la cause de la langue galicienne. En voici quelques exemples:

- "Que nesta aula se fale/escriba en galego depende de ti."
- "O ensino. En Galego."
- "O ensino en galego. Está no seu dereito."
- "Aprender en galego non é un delito."
- «Que dans cette salle de classe l'on parle/écrit en galicien, ça ne dépend que de toi!»
- «L'enseignement. En Galicien!»
- «L'enseignement en galicien. C'est un droit!»
- «Apprendre en galicien, ce n'est pas un délit.»

8.2 Le bilinguisme dans l'enseignement

Les articles 12 à 17 de la Loi sur la normalisation linguistique réglementent l'usage des langues dans le système d'enseignement à tous les niveaux. Le galicien est reconnu comme une langue co-officielle «à tous les niveaux scolaires» (art. 12.1):

Article 12

1) Le galicien, comme langue propre de la Galice est aussi la langue officielle d'enseignement à tous les niveaux scolaires.

2) La Junte de la Galice réglementera la normalisation de l'usage des langues officielles dans l'enseignement, conformément aux dispositions de la présente loi.

Dans l'ensemble des écoles publiques ainsi que pour l'éducation aux adultes, l'enseignement doit être dispensé en nombre égal d'heures entre le galicien et le castillan. L'article 6 du décret no 124 de 2007 précise la répartition horaire de l'enseignement entre le galicien et le castillan:

Article 6

Horaire du galicien

1) Dans l'enseignement de régime général et dans l'éducation aux adultes, visés dans la Loi organique 2/006 du 3 mai sur l'éducation, il est globalement attribué le même nombre d'heures à l'enseignement du galicien et du castillan.

- Le préscolaire

Dans les établissements préscolaires (maternelle), les filles et les garçons reçoivent, d'après le décret 247/1995, un enseignement dans la langue maternelle prédominante (presque toujours le castillan), quoique l'étude de l'autre langue officielle ne soit pas négligée et qu'elle demeure obligatoire:

Article 4

1) Lors de l'étape de la maternelle et lors du premier cycle de l'enseignement primaire, les enseignants doivent utiliser dans la classe la langue maternelle prédominante parmi les élèves; ils tiennent compte de la langue du milieu et veillent à ce que les élèves acquièrent, à l'oral et à l'écrit, la connaissance de l'autre langue officielle de la Galice, dans les limites propres du niveau ou du cycle concerné.

2) De façon individuelle, les élèves d'un groupe qui n'ont pas une connaissance suffisante de la langue maternelle prédominante doivent recevoir une attention particulière, tel qu'il est indiqué au paragraphe précédent.

La langue maternelle prédominante est déterminée par les enseignants, en accord avec les critères établis dans le projet linguistique de l'école. Pour le choix de la langue maternelle, il faut tenir compte, entre autres, des données apportées par la carte sociolinguistique de la Galice, les données statistiques officielles et les informations communiquées par les pères et les mères. Dans le cas d'un milieu de castillanophones, l'emploi dans cette étape du galicien comme langue de communication et d'enseignement doit être au moins égal à celui du castillan. Le décret précise qu'une assistance individuelle doit être donnée aux élèves dont la connaissance de la langue dominante n'apparaît pas assez satisfaisante.

- Le primaire

Les articles 13 et 14 de la Loi sur la normalisation linguistique de 1983 sont parmi les plus importants. Non seulement les enfants ont le droit de recevoir leur enseignement primaire dans leur langue maternelle (art. 13), mais la langue galicienne est une matière d'étude obligatoire à tous les niveaux d'enseignement non universitaires (art. 14):

Article 13

1)
Les enfants ont le droit de recevoir l'enseignement primaire dans leur langue maternelle.

Le gouvernement de la Galice s'efforce de prendre les mesures nécessaires pour que ce droit soit appliqué.

2) Les autorités scolaires de la Communauté autonome doivent s'efforcer de prendre les mesures destinées à assurer la promotion de l'usage progressif du galicien dans l'enseignement.

3) Les élèves ne peuvent être séparés dans des établissements d'enseignement différents pour des motifs linguistiques. La séparation dans des classes différentes doit aussi être évitée, sauf par nécessité pédagogique à caractère exceptionnel.

Article 14

1)
La langue galicienne est une matière d'étude obligatoire à tous les niveaux d'enseignement non universitaires.
L'usage effectif de ce droit est garanti dans tous les établissements publics et privés.

2) Le gouvernement galicien réglemente les circonstances exceptionnelles où un élève peut être dispensé de l'étude obligatoire de la langue galicienne. Aucun élève, qui a poursuivi sans interruption ses études en galicien, ne peut être dispensé de cette obligation.

3) Les autorités scolaires de la Communauté autonome garantissent que, au terme des cycles où l'enseignement du galicien est obligatoire, les élèves connaissent cette langue, à l'oral et à l'écrit, de façon égale avec le castillan.
 

L'objectif est de s'assurer que les élèves connaissent le galicien de façon égale avec le castillan. Comme en Catalogne, il n'y a pas de classes séparées au plan linguistique : «Les élèves ne peuvent être séparés dans des établissements d'enseignement différents pour des motifs linguistiques» (art. 13). Le décret 130/2007 du 28 juin instaurant le programme d'études de l'enseignement primaire dans la Communauté autonome de Galice énonce les objectifs de l'enseignement primaire:

Article 3

Objectifs de l'enseignement primaire

Les objectifs de l'enseignement primaire sont de viser la réalisation de l'acquisition, par tous les élèves, des aptitudes permettant :

e) De connaître et d'utiliser de manière appropriée le galicien et le castillan, et de développer des habitudes de lecture.

f) D'acquérir dans au moins une langue étrangère la maîtrise de la communication de base leur permettant d'exprimer et de comprendre des messages simples et de se développer dans des situations quotidiennes.

Mais le décret 124/2007 du 28 juin régissant l'usage et la promotion du galicien dans le système d'éducation précise davantage les disciplines dans l'enseignement en dispensant obligatoirement en galicien les disciplines de mathématiques, de la connaissance du milieu naturel, social, culturel et éducatif en matière de citoyenneté et de droits humains:

Article 8 [traduction]

Enseignement primaire

Au niveau de l'enseignement primaire, est garantie la mise en œuvre des dispositions prévues dans le Programme général de normalisation du galicien approuvé par le Parlement de la Galice, le 21 septembre 2004 et inclus comme annexe au présent décret, en dispensant obligatoirement en galicien les disciplines de mathématiques, de la connaissance du milieu naturel, social, culturel et éducatif en matière de citoyenneté et de droits humains, en garantissant la compétence linguistique propre de ce niveau dans les deux langues officielles de la Communauté autonome.

Les matières dispensées à tous dans chacune des années de l'enseignement primaire, dont celles requérant une attention particulière par leur caractère instrumental, les langues et les mathématiques, sont les suivantes:

- connaissance du milieu naturel, social et culturel;
- éducation artistique;
- éducation physique;
- langue et littérature galiciennes;
- langue et littérature castillanes;
- langue étrangère;
- mathématiques.

En vertu de l'article 15 du décret 130/2007 du 28 juin, la scolarisation des élèves, qui s'intègrent tardivement au système d'éducation en provenant d'un autre pays ou pour tout autre motif, doit être effectuée en tenant compte des circonstances, des connaissances, de l'âge et des antécédents scolaires. Lorsqu'il existe de graves carences dans la langue de la scolarisation d'un établissement d'enseignement, il faut prévoir un programme d'immersion linguistique qui se fait dans tous les cas simultanément à la scolarisation dans les groupes communs, avec lesquels l'élève partage le plus longtemps possible l'horaire hebdomadaire, selon les modalités prévues par le ministère de l'Éducation et de la Gestion scolaire.

- Le secondaire

D'après l'article 4 du décret 133/2007 du 5 juillet régissant l'enseignement de l'éducation secondaire obligatoire dans la Communauté autonome de Galice, les objectifs de l'enseignement secondaire sont les suivants:

Article 4

Objectifs de l'enseignement secondaire obligatoire

L'enseignement secondaire obligatoire contribue à développer chez les élèves les aptitudes leur permettant :

h) De comprendre et d'exprimer correctement, à l'oral et à l'écrit, en galicien et en castillan, des textes et des messages complexes, et de s'initier à la connaissance, la lecture et l'étude de la littérature.

i) De comprendre et de s'exprimer dans plus d'une langue étrangère de manière appropriée.

j) De connaître, évaluer et respecter les aspects fondamentaux de la culture et de l'histoire propre et des autres personnes, ainsi que le patrimoine artistique et culturel, de connaître des femmes et des hommes qui ont apporté une contribution importante à la culture et à la société galiciennes ou à d'autres cultures dans le monde.

Dans l'enseignement secondaire, l'article 9 du décret 124/2007 du 28 juin, certaines matières sont obligatoirement dispensées en galicien: les sciences de la nature, les sciences sociales, la géographie et l'histoire, les mathématiques et l'éducation à la citoyenneté.

Article 9

Enseignement secondaire obligatoire

1) Dans l'enseignement secondaire obligatoire, sont dispensées en galicien les matières suivantes : les sciences de la nature, les sciences sociales, la géographie et l'histoire, les mathématiques et l'éducation à la citoyenneté. Lorsque la matière des sciences de la nature se fragmentera, d'une part, en biologie et en géologie, d'autre part, en physique et en chimie, les deux matières seront dispensées en galicien.

2) Outre les matières visées au paragraphe précédent, les enseignants compléteront le nombre de matières, excluant la matière que la Loi organique sur l'éducation fixe comme matière facultative à l'élève, matières qui garantissent le respect des dispositions pour cette étape dans le programme général sur la normalisation du galicienne, approuvé par le Parlement de Galice, le 21 septembre 2004, lequel figure en annexe au présent décret.

3) L'enseignement secondaire obligatoire doit fournir à tous les élèves une bonne maîtrise des deux langues officielles qui doivent se refléter de façon positive dans leur usage.

Quoi qu'il en soit, l'enseignement secondaire obligatoire doit fournir à tous les élèves une bonne maîtrise des deux langues officielles.

D'après l'article 6 du décret 133/2007 du 5 juillet, au cours de chacune des trois premières années, tous les élèves doivent apprendre les matières suivantes :

- sciences de la nature;
- sciences sociales, géographie et histoire;
- éducation physique;
- langue et littérature galiciennes;
- langue et littérature castillanes;
- une première langue étrangère;
- mathématiques.

Lors de la première année, les élèves apprennent de plus l'éducation plastique et visuelle et une seconde langue étrangère, et réalisent un projet interdisciplinaire. Au cours de la deuxième année, les élèves apprennent en plus la musique, l'éducation à la citoyenneté et les droits humains, les technologies et une seconde langue étrangère.

Lors de la quatrième année, tous les élèves doivent apprendre les matières suivantes :

- sciences sociales, géographie et histoire;
- éducation moral et civique;
- éducation physique;
- langue et littérature galiciennes;
- langue et littérature castillanes;
- mathématiques.
- un première langue étrangère.

En plus de ces matières, tous les élèves doivent apprendre trois matières parmi les suivantes :

- biologie et géologie;
- éducation plastique et visuelle;
- physique et chimie;
- informatique;
- latin;
- musique;
- une seconde langue étrangère;
- technologie;

Selon l'article 9 du décret 133/2007 du 5 juillet, les établissements d'enseignement doivent dans tous les cas inclure l'offre des matières facultatives, la culture classique et l'atelier d'initiatives entrepreneuriales, qui peuvent être apprises à la troisième ou à la quatrième année; et la seconde langue étrangère, qui peut être apprise à la troisième ou à la quatrième année.

- Le baccalauréat

En vertu de l'article 10 du décret 124/2007 du 28 juin, les élèves doivent recevoir au moins 50 % de l'enseignement en galicien au niveau du baccalauréat:

Article 10

Baccalauréat

Au baccalauréat, les élèves doivent recevoir au moins 50 % de l'enseignement en galicien, selon les termes prévus pour ce niveau scolaire dans le Programme général sur la normalisation de la langue galicienne, approuvé par le Parlement de la Galice, le 21 septembre 2004, lequel est inclus en annexe au présent décret, pour atteindre la maîtrise linguistique propre à ce niveau dans les deux langues.

L'article 6 décret 247/1995 précise les modalités concernant les langues d'enseignement pour le baccalauréat et la formation professionnelle:

Article 6 [traduction]

1) Dans le premier cours de baccalauréat, sont dispensées en galicien, comme matière commune, la philosophie, et comme matières spécifiques, selon les modalités suivantes : la technologie industrielle I (baccalauréat en technologie) ; la biologie et la géologie (baccalauréat en sciences de la nature et en sciences de la santé) ; l'histoire du monde contemporain (baccalauréat en humanités et en sciences sociales) ; le dessin technique (baccalauréat en arts).

2) Dans le second cours de baccalauréat, les élèves doivent recevoir leur instruction en histoire du galicien comme matière commune, et les matières spécifiques suivantes selon les modalités : le dessin technique, la technologie industrielle (baccalauréat de technologie); les sciences de la terre et les sciences environnementales, le dessin technique (baccalauréat en sciences de la nature et en sciences de la santé); la géographie, l'histoire de l'art, l'histoire de la philosophie (baccalauréat en humanités et en sciences sociales) ; l'histoire de l'art (baccalauréat en arts).

3) Sont de même dispensées en galicien les matières facultatives suivantes : l'éthique et la philosophie du droit, l'introduction aux sciences politiques et à la sociologie ainsi que l'histoire et la géographie de la Galice.

4) Dans la formation professionnelle spécifique du niveau moyen et du niveau supérieur, les élèves reçoivent leur instruction en galicien dans les domaines relevant de la connaissance théorique et pratique facilitant leur intégration socioprofessionnelle.

D'après l'article 3 du décret 126/2008 du 19 juin portant sur les programmes d'études du baccalauréat, certains objectifs du baccalauréat sont destinés à assurer la maîtrise tant du galicien que du castillan:

Article 3

Objectifs

Le baccalauréat contribue à développer chez les élèves les aptitudes leur permettant :

e) de maîtriser, tant en expression orale qu'en expression écrite, le galicien et le castillan;
f) de s'exprimer avec fluidité et correctement dans un ou plus d'une langue étrangère.
g) Utiliser efficacement et avec responsabilité les technologies de l'information et de la communication.

Dans les faits, l'enseignement du galicien laisse parfois à désirer tant au primaire qu'au secondaire, dans la mesure où le temps consacré à l'enseignement du castillan peut être plus considérable, mais pas partout. Beaucoup de Galiciens ne croient pas encore nécessaire d'apprendre cette langue à l'école. Les progrès du galicien ont été faibles jusqu'en 1992, puisque seulement 50 % des établissements scolaires (au primaire et au secondaire) réussissaient à employer le galicien comme langue d'enseignement dans au moins une matière. La situation s'est grandement améliorée, car le taux aurait augmenté entre 64 % et 89 %, selon les écoles. Presque tous les élèves du secondaire reçoivent des cours de galicien en raison de trois à quatre heures par semaine.

Depuis 1987, plusieurs associations galiciennes ont dû faire des revendications en vue de demander l'élargissement de l'emploi du galicien comme langue d'enseignement. Partout, on distribuait des dépliants et des autocollants avec les inscriptions suivantes: Aprender en galego non é un delito («Apprendre en galicien, ce n'est pas un délit!»). Des organisations ont réclamé l'élaboration d'un projet de galeguización (ou «galéguisation») de l'enseignement. Il semble que ces mouvements aient porté fruit, du moins lorsqu'on lit le décret 124/2007 du 28 juin relatif à la réglementation de l'usage et de la promotion du galicien dans le système d'éducation.

D'après ce même décret (art. 14), ajoutons que tout établissement d'enseignement doit avoir élaboré son propre «projet linguistique» dans lequel apparaît la politique linguistique. Doivent y figurer: 

a) les langues qui doivent être employées dans les unités, matières, modules ou domaines de connaissance; 
b) les mesures adéquates de soutien et de renforcement pour un bon usage linguistique scolaire et pédagogique ;
c) les critères pour déterminer la langue prédominante;
d) les mesures adoptées pour que les élèves qui n'ont pas la maîtrise suffisante du galicien puisse acquérir son usage dans l'enseignement dispensé.

Le «projet linguistique» fait partie du projet pédagogique de l'établissement d'enseignement. Il est rédigé par un comité d'enseignants de l'établissement, mais il doit être approuvé et évalué par le Conseil scolaire de l'établissement. Dans le cadre du projet linguistique, l'emploi du galicien doit être favorisé dans les activités complémentaires et les documents de l'établissement d'enseignement.  Dans tous les cas, afin de rendre effectif le droit à l'éducation, les enseignants doivent prendre des mesures adéquates pour que les élèves qui n'ont pas la maîtrise suffisante du galicien puissent recevoir pour leur plus grand bien l'enseignement dispensé dans cette langue.

- L'université

À l'université, à l'instar de la Catalogne, les professeurs et les élèves de niveau universitaire ont le droit de faire usage, oralement et par écrit, de la langue officielle de leur choix (art. 15 de la Loi sur la normalisation linguistique).

Article 15

1) Les professeurs et les élèves de niveau universitaire ont le droit de faire usage, oralement et par écrit, de la langue officielle de leur choix.

2) Le gouvernement de la Galice et les autorités universitaires s'efforcent de prendre les mesures appropriées pour rendre normal l'usage du galicien dans l'enseignement universitaire.

3) Les autorités scolaires adoptent les mesures appropriées pour faire en sorte que la langue ne constitue pas un obstacle à l'application du droit qu'ont les élèves de recevoir des connaissances.

Jusqu'à récemment, la Galice ne comptait qu'une seule université: l'Université de Santiago de Compostela (Saint-Jacques-de-Compostelle). En 1989 et en 1990, les universités de La Corogne et de Vigo ont été fondées. En plus de la législation relatives à l'emploi des langues dans les organismes relevant de la Communauté autonome de Galice, les statuts de ces trois institutions incluent le rôle officiel du galicien à côté du castillan. Voici l'article 5 du décret 101/2004 du 13 mai approuvant les Statuts de l'Université de La Corogne :

Article 5

1) Les langues reconnues dans le Statut d'autonomie de la Galice sont les langues officielles de l'Université de La Corogne, sans qu'aucune discrimination ne puisse être exercée pour des motifs d'emploi pour chacune d'elles.

2) La langue propre de l'Université de La Corogne est le galicien, qui constitue son véhicule normal d'expression. Pour sa normalisation, l'Université favorise son emploi dans toutes ses activités.

Des dispositions similaires sont appliquées pour l'Université de Vigo (voir le Décret 421/2003 du 13 novembre approuvant les statuts de l'Université de Vigo) et l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle (voir le Décret 28/2004 du 22 janvier approuvant les statuts de l'Université Saint-Jacques-de-Compostelle). L'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle fait même davantage en précisant son engagement à promouvoir l'emploi et l'étude du galicien. Selon un sondage, 90 % des étudiants affirment pouvoir très bien comprendre le galicien et 51,2 % disent pouvoir le parler; 92,5 % des professeurs et 83,2 % du personnel administratif le comprennent bien ou très bien.

8.3 L'administration scolaire

La législation galicienne ne traite pas uniquement de la langue d'enseignement, mais aussi de la langue administrative dans les établissements d'enseignement.

Le décret 247/1995 (Décret relatif au développement de la loi 3/1983 sur la normalisation linguistique dans son application à l'enseignement en galicien dans les établissements à régime général répartis dans les différents niveaux non universitaires) établit dans son article 1er l'emploi du galicien dans toute l'administration scolaire en Galice:

Article 1er

1) L'administration scolaire de la Galice et les établissements d'enseignement de cette dernière doivent utiliser le galicien et favoriser son usage tant dans leurs relations mutuelles et internes que dans celles qu'ils maintiennent avec les administrations galiciennes territoriales et locales et avec les autres organismes publics et privés de la Galice.

2) Les documents administratifs du ministère de l'Éducation et de la Gestion scolaire, de leurs délégations et des établissements d'enseignement dépendants de cette dernière doivent être rédigés en galicien, et ces derniers seront constitués du nom de l'établissement et du toponyme la municipalité ou de l'entité de la population dans sa forme officielle.

3) Les activités administratives de régime interne des établissements d'enseignement, comme les actes, les communiqués et les annonces doivent être rédigés en galicien. Seront aussi rédigés en galicien les activités menées par l'Administration, sauf à la demande d'une personne intéressée; dans le cas où celle-ci demande qu'elles soient faites en castillan.

4) La documentation qui prend effet à l'extérieur de la Communauté autonome doit être traduite en castillan, comme il est établi à l'article 36 de la loi 30/1992 (RCL 1992\2512), 2775 et RCL 1993\246) relative au régime juridique des administrations publiques et de la procédure administrative commune.

L'article 2 du décret 124 du 28 juin régissant l'usage et la promotion du galicien dans le système d'éducation oblige les administrations scolaires à employer le galicien dans leurs relations mutuelles et internes, ainsi que dans celles qu'elles maintiennent avec les administrations territoriales et locales galiciennes et avec les autres organismes publics et privés de la Galice:
 

Article 2

Utilisation de la langue galicienne par l'administration scolaire

1) L'administration scolaire de Galice, les établissements d'enseignement sous sa juridiction et le personnel à son service doivent utiliser, à titre général, la langue galicienne et favoriser son emploi à l'oral et à l'écrit, tant dans ses relations mutuelles et internes, que dans celles qu'ils maintiennent avec les administrations territoriales et locales galiciennes, ainsi qu'avec les autres organismes publics et privés de la Galice, sans que cela n'entraîne une restriction des droits du personnel enseignant.

2) Les documents administratifs du ministère compétent en matière d'éducation et des établissements d'enseignement sous sa juridiction doivent être rédigés, de façon générale, en galicien, et être composés, le cas échéant, du nom de l'établissement et du nom de la mairie ou de l'entité de l'agglomération dans sa forme officielle.

Le souci pour la normalisation linguistique nécessite non seulement l'emploi obligatoire de la langue, mais encore la promotion de celle-ci par toutes sortes de moyens: les documents relatifs au fonctionnement interne de l'école, les certificats, les comptes rendus, les horaires, les rapports, les enseignes, etc., ainsi que les communications avec des corps administratifs, privés comme publics. Cependant, deux domaines de connaissances doivent être dispensés en galicien, tout au moins l'un d'eux étant celui des connaissances des milieux naturel, social et culturel.

9  Les langues des médias

En Galice, les médias écrits emploient d'abord le castillan, puis le galicien et ensuite le portugais. On trouve donc du galicien dans tous les types de médias, bien que le castillan soit majoritaire dans les journaux et à la radio en particulier. Le portugais est seulement présent dans les magazines et les livres, surtout les manuels de classe. Les journaux en galicien sont encore rares et limités à quelques articles ici et là. Le premier et seul quotidien écrit en galicien est le O Correo Galego fondé en 1994. D'autres journaux locaux rédigés en castillan contiennent à l'occasion des articles en galicien. Par ailleurs, il existe une grande variété de magazines en galicien dont un mensuel d'actualité, Galicia Internacional. Mais la plupart sont des magazines culturels, éducatifs ou littéraires comme Un Trabe de Ouro, Agalia, Revista Galega de Educación, Cadernos da Lingua, Análise Empresarial, Irimia, Encrucillada, Luzes de Galicia, Olisbos, Dorna, Revista de Literatura, Natureza Galega. La plupart des autres journaux et magazines spécialisés publiés en Galice sont bilingues (galicien-castillan).

À la radio, le nombre d'émissions s'est amélioré avec l'apport de Radio-Galega (une radio publique) et de 12 radios privées. Radio-Galega émet 24 heures sur 24 en galicien. Il existe 12 radios municipales émettant uniquement en galicien; elles font toutes partie du réseau Emisoras Municipais Galegas. Les autres radios émettent presque uniquement en castillan et appartiennent généralement à d'importants réseaux radiophoniques commerciaux émettant dans l'État espagnol. Il est possible de capter les radios portugaises au sud de la Galice.

Il existe 11 chaînes locales de télévision en Galice. Elles sont financées par les conseils locaux ou par des capitaux privés et diffusent de manière classique ou par le câble. Celles financées par les conseils locaux produisent leurs propres programmes en galicien. Les chaînes privées diffusent seulement en castillan et ont peu de productions internes. Televisión de Galicia est une chaîne publique qui diffuse chaque jour environ 13 heures de programmes uniquement en galicien. Ces programmes sont reçus en Galice, dans le nord du Portugal, dans l'ouest des Asturies et dans certaines parties des provinces de León et de Zamora. Quelques heures sont aussi diffusées sur TVE2 (la seconde chaîne de télévision publique espagnole) en Galice. La télévision locale diffuse 100 heures/semaine en galicien. Cette situation semble conforme à la loi galicienne qui précise en effet que "la Junte de Galice a l'obligation (art. 20) d'encourager la production, le doublage, le sous-titrage et la présentation de films et autres moyens audio-visuels en langue galicienne". En 1984, la Xunta de Galicia a approuvé la création de la Compañía de Radio e Televisión de Galicia.

Le changement dans la situation politique et le rétablissement de la démocratie ont par ailleurs produit des effets décisifs sur l'utilisation de la langue galicienne dans les médias publics appartenant à l'État espagnol. Par exemple, les stations de Galicia de Radio Nacional de España et de Televisión Española ont commencé à diffuser des programmes en langue galicienne.

Bien que le galicien soit devenu une langue utilisée dans les stations émettrices de radio et de télévision ainsi que dans les autres moyens de communication soumis à la gestion ou à la supervision des institutions de la Communauté autonome (art. 18 de la Loi sur la normalisation linguistique), il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant que le galicien devienne une langue courante.

C'est pourquoi une aide financière est prévue aux entreprises journalistiques domiciliées en Galice et dûment inscrites au registre commercial ou l'équivalent, selon la forme de l'entreprise qui désire que ses activités visent, entre autres, l'édition et la distribution de publications quotidiennes, avec un même titre et un tirage consécutif, ainsi que les entreprises radiophoniques privées dans le territoire galicien. Selon l'article 2 du décret 71/1999 du 18 mars régissant l'aide aux entreprises de journaux et de radiodiffusion, l'aide financière a pour but de promouvoir la défense de l'identité de la Galice et de ses intérêts, ainsi que la promotion ses valeurs, la normalisation de sa langue, ainsi que l'approfondissement et la diffusion de sa culture.

Ajoutons également que la loi 6/1999 du 1er septembre sur l'audiovisuel en Galice prévoit des moyens de soutien aux établissements techniques de Galice servant à développer des activités cinématographiques et audiovisuelles, de manière à combler les besoins en ce domaine et stimuler la production propre en se préparant aux techniques appropriées.

10 Les entreprises privées et le galicien

La législation galicienne ne touche pas directement les entreprises privées, si l'on fait exception de certaines primes au bilinguisme. Autrement dit, la législation n'impose pas l'usage du galicien aux entreprises, mais elle a recours parfois à des mesures incitatives afin de favoriser l'emploi du galicien. L'ordonnance du 27 novembre 1995 réglementant l'attribution de subventions aux entreprises privées pour leurs activités destinées à la promotion de la langue galicienne demeure un cas intéressant à relever. Cette ordonnance était adressée aux entreprises privées légalement constituées qui désirent favoriser l'emploi de la langue galicienne dans le domaine économique et commercial.

10.1 L'Agence galicienne des industries culturelles

Mentionnons également la loi 4/2008 du 23 mai sur la création de l'Agence galicienne des industries culturelles (AGADIC). Cette agence est un organisme public autonome placé sous la juridiction du ministère compétent en matière de culture de la Junte de Galice. L'AGADIC encourage la création et le développement des entreprises qui produisent des biens et des services culturels; l'agence veut favoriser les produits qui diffusent la langue, la culture et les traditions propres de la Galice comme élément distinctif sur le marché, et ceux qui apportent à la culture galicienne des innovations créatives et des offres de qualité pour de nouvelles esthétiques et des langages artistiques.

10.2 L'aide à l'édition en galicien

Par ailleurs, la loi 17/2006 du 27 décembre sur le livre et la lecture en Galice vise à moderniser et mettre en valeur les agents impliqués dans l'existence et la diffusion du livre en galicien, et à procurer la croissance et la diversification du secteur de l'édition du galicien et de ses produits; elle entend également soutenir l'expansion de l'offre d'édition en galicien dans les domaines où celle-ci présente de plus grandes carences de thèmes ou de types d'édition. Dans ce but, la Junte de Galice veut élaborer une filière d'aides périodiques et favoriser la traduction au moyen d'ententes avec les éditeurs et les associations de traducteurs et de traductrices. Comme mesure de soutien aux personnes traduisant des textes galiciens originairement rédigés dans une autre langue, la Junte de Galice peut collaborer avec les éditeurs galiciens dans la traduction de de classiques de la littérature universelle et d'autres œuvres de publication recommandées qui, par leur nature ou leur coût élevé, nécessitent une aide publique. La Junte de Galice favorise une filière spécifique d'aides à caractère annuel ou bisannuelle pour renforcer l'édition universitaire en galicien effectuée par les services centraux de publications des universités galiciennes et soutenues par des fonds publics en collaboration avec les éditeurs privés établis en Galice. Le gouvernement galicien prévoit aussi un système d'aide destiné aux médias privés qui publient des suppléments hebdomadaires consacrés à la promotion de la littérature galicienne et à tout autre type de publications (sur papier ou tout autre type de support) destinées à la promotion et la critique littéraire de la production d'éditions en galicien.

10.3 Les campagnes de promotion du galicien

Au cours des dernières années, des groupes de citoyens se sont formés afin de lancer des campagnes de promotion du galicien auprès des entreprises. Ces campagnes, souvent appelées «campagnes de galéguisation», n'ont pas toujours produit les résultats escomptés. Des campagnes d'information et de soutien au sujet des programmes de subvention accordés par la Junte de Galice ont aussi été mises à contribution: distribution de formulaires, de modèles de projets (pour les vêtements, chaussures, sociétés immobilières, restaurants, etc. Même si ces campagnes n'ont pas obtenu le succès escompté, elles ont fait augmenter quelque peu la présence de la langue galicienne dans les rues et ont contribué à son utilisation. À la longue, certains commerçants ont commencé à rédiger leurs affiches en galicien.

De plus, des groupes de citoyens ont également pris l'initiative de promouvoir l'utilisation des formes galiciennes sur les panneaux des routes, dans les documents administratifs municipaux, dans la publicité et dans les brochures des entreprises et des magasins, etc. Pendant plusieurs années, des affiches portant l'inscription REBAIXAS («soldes») ont été distribuées gratuitement auprès des commerçants afin de les inciter à utiliser ces affiches sur leurs vitrines. D'autres campagnes ont consisté à distribuer partout des autocollants avec la formule: Que aquí se fale en galego depende de vosté («Que dans cet endroit l'on parle en galicien, ça ne dépend que de vous!»).

10.4 Les résistances

Il semble que beaucoup de Galiciens ne croient pas à la valeur de leur langue et préfèrent utiliser le castillan dont la promotion sociale est assurée. La langue galicienne reste confinée au stade d'instrument de communication d'une société encore rurale dans laquelle le castillan occupe un rôle encore prépondérant. La conscience linguistique n'est pas non plus très développée en Galice et la situation semble diglossique: le galicien reste cantonné aux situations de communication informelles à l'oral, tout le reste se déroulant en castillan. Bref, pendant 400 ans, les Galiciens ont été habitués de se faire imposer le castillan à l'oral dans les communications formelles et de se faire pratiquement interdire le galicien à l'écrit. La situation se perpétue dans les mœurs et semble difficile à changer. Il y a des siècles de tradition à modifier, alors que les Galiciens n'ont pas développé de sentiments aussi nationalistes que chez les Catalans de la Catalogne.

11  La politique officieuse à l'égard du code linguistique

Certains Galiciens affirment que le gouvernement local est largement responsable de cette situation déplorable, dans la mesure où la Communauté autonome de Galice bénéficie de pouvoirs législatifs aussi considérables que ceux des Communautés autonomes de la Catalogne et du Pays basque et, à l'exemple du galicien, dans la mesure où le catalan et le basque ont aussi été interdits durant le régime franquiste. En fait, si les résultats sont décevants en ce qui a trait à la «normalisation» du galicien, ce n'est pas parce que le gouvernement autonome n'a pas pris des moyens pour le promouvoir. Alors, pourquoi ce quasi-échec dans la restauration de cette langue?

Ce ne sont pas les moyens politiques mis en œuvre qui seraient la cause d'un tel échec dans la normalisation du galicien. Cependant, contrairement aux Catalans et aux Basques dont les gouvernements se sont révélés très nationalistes et très près de leurs concitoyens, le gouvernement galicien apparaît, au contraire, antinationaliste (galicien) et un peu trop près des intérêts de l'État espagnol. D'ailleurs, les membres du parti au pouvoir, le PP (le Parti populaire galicien), sont appelés par beaucoup de Galiciens, les espanholeiros, c'est-à-dire les pro-Espagnols, plus précisément les «vendus», parce qu'ils placeraient les intérêts de l'Espagne avant ceux des Galiciens qu'ils prétendent défendre. Le parti gouvernemental galicien a été longtemps dirigé par l'un des anciens ministres du général Franco, Manuel Fraga Iribarne (né en 1922), lequel était perçu par plusieurs comme l'un des plus fervents partisans de l'assimilation des Galiciens. En plus d'avoir été président de la Communauté autonome de Galice de 1990 à 2005 il a été défait aux élections du 20 juin de la même année , il avait siégé au parlement de Madrid (élections générales de 1979, 1982 et 1986), a été chef de l'opposition espagnole de 1982 à 1986. Il a continué d'avoir ses entrées dans les officines du gouvernement central, car il a aussi été ministre de l'Information et du Tourisme lors du premier gouvernement de la monarchie contemporaine. En janvier 2006, à l'âge de 83 ans, il se résolut à renoncer à diriger le Parti populaire galicien et retourna à Madrid pour siéger dorénavant au Sénat pour la Galice. Pour nombre de Galiciens, Manuel Fraga Iribarne est un véritable dinosaure de la politique galicienne, ce qui forcément s'est reflété dans la politique linguistique durant quinze ans, c'est-à-dire une politique pro-espagnole, hispanisante et anti-galicienne. 

En Galice, comme dans d'autres régions d'Espagne, de nombreux partis politiques ont été dirigés par des hommes politiques de droite issus de l'ancien régime franquiste. Pour ces dirigeants, rien n'a changé en Espagne et seuls comptent les intérêts et la doctrine du parti au pouvoir. C'est le principe de «l'Espagne d'abord, les Galiciens ensuite». Il en résulte que ces politiciens pratiquent souvent diverses formes de désinformation dans tous les médias qu'ils contrôlent habilement, et éliminent ensuite toute forme d'opposition. Ce semble être le cas en Galice, alors que les décideurs politiques, les espanholeiros, tentent d'exercer un dirigisme linguistique que certains estiment «honteux». C'est très probablement là l'une des causes fondamentales de ce quasi-échec de la «galéguisation». Il est vrai que des moyens réels ont été pris pour assurer la promotion du galicien, mais de quelle variété de galicien s'agit-il? Là est le nœud du problème, car le gouvernement promeut une variété de galicien, la variété «hispanisée» aux dépens de l'autre, dite «authentique».

L'objectif non avoué de certains dirigeants politiques serait de transformer la langue galicienne de telle sorte qu'elle devienne très semblable au castillan, du moins le plus possible. Pour ce faire, il suffit d'adopter de nombreux traits à la langue castillane dans l'orthographe, la phonétique, la grammaire et le vocabulaire, et de créer ainsi une nouvelle langue. De là à croire qu'on en viendra avec le castrapo à une sorte de «langue créole», similaire au «piggy language» en anglais, au «joual» québécois ou au «chiac acadien» (Moncton) en français du Canada, il n'y a qu'un pas.

Le galicien est pour la plupart de ses locuteurs une langue transmise oralement peu utile à l'écrit. Pendant 400 ans, les Galiciens ont été habitués de se faire imposer le castillan à l'oral pour les communications formelles et de se faire interdire le galicien à l'écrit. La stratégie politique consiste à encourager les Galiciens à continuer à utiliser leur langue, mais seulement au moyen du castrapo, c'est-à-dire en recourant à des emprunts phonétiques, orthographiques, grammaticaux et lexicaux puisés exclusivement dans le castillan.

La conséquence la plus importante de l'institutionnalisation du castrapo serait l'assimilation rapide et complète du galicien à la langue castillane. Dans un premier stade, les Galiciens finiront par parler uniquement un dialecte du castillan, le castrapo. Puis, après quelques décennies, cette langue serait facilement et complètement assimilée à la langue castillane en raison de son caractère artificiel, de son usage diglossique, de son manque de prestige et de sa singulière similitude avec le castillan.

L'orientation de la politique linguistique du gouvernement galicien a peu à voir avec les moyens mis en œuvre pour assurer la promotion du galicien, mais concerne avant tout le choix du code linguistique. Pour plusieurs linguistes galiciens, la politique linguistique à l'égard de la variété du castrapo en est une de rupture et d'isolationnisme. Elle couperait le galicien de ses racines propres qui sont celles du galéco-portugais, puis l'isolerait du groupe linguistique auquel il appartient et le priverait de ses contacts culturels avec le Portugal, le Brésil et les autres pays lusophones du monde. Mais l'aboutissement ultime serait qu'en rendant le galicien semblable au castillan il deviendrait inutile pour ses locuteurs de le conserver, puisqu'il constituerait une simple forme dialectale du castillan. En ce sens, la politique linguistique du gouvernement autonome sert à promouvoir une langue-bidon au moyen de simulacres politiques. En somme, ce que les Castillans n'ont pu faire en 400 ans de colonialisme, il est possible que les dirigeants politiques actuels, des Galiciens, ou plutôt des espanholeiros qui veulent promouvoir le galego espanholizado («galicien hispanisé»), réussiront à le faire.

En somme, on peut dire que le courant idéologique «lusiste» et «nationaliste» prône la réintégration dans le portugais; que le courant dit «réaliste» et galéguiste prétend  prendre en considération les apports historiques du castillan, alors qu'un troisième courant s'efforce de cultiver l'originalité du galicien comme «langue à part entière». La situation paraît complexe par ses contradictions. De plus, ces polémiques et ces antagonismes entravent la normalisation linguistique du galicien, pendant que le régime en place s'approprie la forme linguistique officielle. Beaucoup de Galiciens croient, à tort ou à raison, que la tendance actuelle vers la castillanisation peut être inversée et qu'il est possible de revenir sur l'histoire et de modifier l'avenir. Si les Catalans et les Basques ont pu le faire, les Galiciens le peuvent également. Cependant, il reste à savoir si les Galiciens ont la détermination des Catalans et des Basques!

Dernière mise à jour: 04 mars 2013
   

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