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Maroc
(1) Situation démolinguistique
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Remarque:
d'autres sites portant sur le Maroc nous ont copiés; nous les
remercions pour cette reconnaissance, mais nous les prions d'actualiser
leurs « références », car entre-temps, contrairement à ces sites, le
nôtre a évolué, il s'est actualisé et enrichi.
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Documents à jour pour 2026

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Avertissement: tous les
textes juridiques présentés dans ce site uniquement en français
sont déjà des traductions du gouvernement marocain; les textes
proposés à la fois en arabe et en français sont des documents
officiels uniquement pour l'arabe, car les traductions sont
celles de l'auteur du site.
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1 Situation
générale
Le Maroc a été nommé par les géographes arabes al-maghreb
al-aqsâ, c'est-à-dire
«le pays de
l'Extrême Couchant», puis Al Mamlakah al Maghribiyah
(«royaume du Maroc»).
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Le pays est un État dAfrique du Nord limité
au nord-ouest par locéan Atlantique, au
nord par le détroit de Gibraltar et la Méditerranée, à lest
et au sud par lAlgérie et au sud-ouest par la Mauritanie (voir
la carte détaillée). Le Maroc est donc situé à l’extrême nord-ouest de
l’Afrique, juste en face de l’Europe, dont il n’est séparé que par les 17 km du
détroit de Gibraltar. Le Maroc fait partie des États du Maghreb
dont c'est le pays le plus occidental. Avec ses
446 550 km², sans le
Sahara occidental dont il revendique le territoire,
le Maroc est le plus grand pays de la région après l'Algérie. Le Maroc revendique également les enclaves espagnoles de Ceuta
(18,5 km²) et de Melilla (20 km²)
situées au nord des côtes méditerranéennes.
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1.1 Les régions administratives
Le Maroc est
découpé en wilayas, en provinces et en préfectures. Depuis 2015, le Maroc
comprend 12 «régions administratives» divisées en wilayas, ces dernières sont
subdivisées en provinces et préfectures (total: 75), sans compter les communes
urbaines et rurales (total: 1503). Pour le Maroc, le Sahara occidental est
désormais «intégré» au découpage administratif du territoire national avec deux
régions (n° 11: Laâyoune-Sakia El Hamra; n° 12 : Dakhla-Oued Ed-Dahab),
quoiqu'une portion du territoire soit contrôlée par la RASD.

Le statut de «région» au Maroc dispose d'un organisme de
délibération appelé «Conseil régional» qui est l'assemblée délibérante de la
région, élue au suffrage universel direct par les électeurs de la région pour
une durée de six ans. La région compte aussi un Exécutif, le président, élu par
l'assemblée. La politique régionale est élaborée sous le contrôle du wali de la
région, lequel représentant le pouvoir central. C'est le roi qui nomme les walis
sur proposition du chef du gouvernement, l'équivalent de premier ministre.
Par ailleurs, le Maroc compte plusieurs régions
géographiques «naturelles» : le Maroc méditerranéen
au nord-est, la Côte Atlantique-Nord et la
Côte Atlantique-Sud à l'ouest, le
Moyen-Atlans et le
Haut-Atlas au centre, le Maroc saharien
à l'est et l'Anti-Atlas au sud. (
voir
la carte détaillée).
1.2 Le Sahara occidental
Pour l'instant, le
Sahara occidental
n'a pas encore trouvé de statut définitif au plan juridique, soit plus de
quarante
ans après le départ des Espagnols en 1976. Selon l'ONU, le Sahara occidental
figure sur la liste des «territoires non autonomes». Le territoire est
revendiqué à la fois par le Maroc, qui le désigne maintenant comme le «Sahara marocain», et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD),
fondée par le Front Polisario en 1976. Cette situation est un héritage de la
guerre froide, lorsque les États occidentaux soutenaient le Maroc, tandis que
l'URSS soutenait l'Algérie qui elle-même soutenait le Polisario.
Le Sahara occidental est en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du Front Polisario au Maroc. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental est même devenu un enjeu politique témoignant de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, avec comme conséquence que le dossier saharien bloque indéfiniment la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
L'UMA est un organisme économique et politique formé par les cinq pays dits du
«Maghreb arabe» — l'Algérie, la Libye, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie —
et dont le siège du secrétariat général est situé à Rabat au Maroc. Dans les faits, le Maroc contrôle et
administre aujourd'hui environ 80 % du territoire, alors que le Front Polisario,
pour sa part, n'en contrôle que 20 %.
1.3 Une monarchie hybride
Le Maroc est officiellement une monarchie constitutionnelle, démocratique
et parlementaire, selon sa constitution de 2011, mais il est classé par les
observateurs internationaux comme un «régime hybride». En effet, le pays
combine des institutions élues et un pluralisme politique avec la
prépondérance du roi qui détient les pouvoirs clés. ll existe certes un
processus démocratique au Maroc, avec des élections libres multipartites qui
déterminent la composition de la Chambre des représentants au Parlement
marocain. Cependant, c'est le roi qui possède réellement le pouvoir au
Maroc, car la Constitution ne met aucune limite à ses pouvoirs et lui
confère un caractère sacré, celui de «Commandeur des croyants». C'est
davantage une monarchie «exécutive» aux pouvoirs très étendus qu'une
monarchie constitutionnelle et représentative. IL est vrai que la
Constitution de 2011 a réduit
certains des pouvoirs politiques et religieux du souverain, ainsi
qu'un renforcement des pouvoirs du premier ministre appelé «chef du
gouvernement». Rappelons aussi que le roi est l'arbitre suprême des
institutions et le chef des armées, ce qui fait que le régime conserve un
poids monarchique très fort par rapport à une monarchie parlementaire de
type classique. Par comparaison avec les monarchies européennes, le roi du
Maroc dispose d’un champ de compétences beaucoup plus étendu.
On parle de régime hybride parce que des restrictions persistent concernant
la liberté d'expression, la liberté de la presse et le traitement de certains
opposants ou militants.
Dans ce contexte, bien mal avisés sont ceux qui critiquent ouvertement le roi,
sa famille ou la religion. Il faut comprendre que le Maroc est aux prises avec
des aspirations contraire: d'une part, il existe une minorité de la population
qui s'inspire idéologiquement de l'Europe et de l'Amérique du Nord (États-Unis
et Canada), d'autre part, une majorité religieuse très conservatrice qui cherche
dans l'islam son pôle de référence.
De plus, le roi actuel, Mohammed VI, possédait une fortune
personnelle estimée à 500 millions de dollars au moment de son intronisation, le
30 juillet 1999, une somme qui aurait été multipliée plusieurs fois, car sa
fortune est estimée entre deux et sept milliards d'euros (environ 5,7 milliards
de dollars US) selon les classements de magazines comme Forbes, ce qui le place
parmi les monarques les plus riches du monde. Au final, il s'agit d'une richesse
quelque peu inconvenante quand la population marocaine continue de s’appauvrir
sous le règne d’un monarque immensément riche.
De fait, au Maroc plus
de cinq millions de personnes vivent avec moins d’un euro ou 1,15$ US par jour (ou 10 dirhams),
tandis que le pays est classé en 2026, selon l'ONU, au 126e rang mondial sur 190 en terme de
richesse par habitant; par comparaison, les États-Unis se situent au 10e
rang, l'Union européenne au 28e
rang, ex æquo avec la France. La part des Marocains vivant dans la
pauvreté a considérablement augmenté depuis deux décennies, avec 82,5 % de la
population marocaine se trouvant sous le seuil de pauvreté, selon le Haut
Commissariat au Plan, un organisme marocain officiel.
2 Données démolinguistiques
Le pays comptait 37,4 millions d'habitants
selon le Recensement général de 2014, mais ce total comprend les deux régions du
Sahara occidental avec 510 713) habitants.
2.1 La population des régions
Les régions numériquement les plus
importantes sont celles de L'Oriental (21,8%), de Casablanca-Settat (20,2%),
puis celles de Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), de Marrakech-Safi (13,3 %) et de
Fès-Meknès (12,5 %). Les deux régions du Sahara occidental ne compte que pour
1,4 % de la population totale:
Population
2024 |
|
1 |
Tanger-Tétouan-Al Hoceïma |
Préfecture de
Tanger-Assilah |
4 008 655 |
11,3 % |
|
2 |
L'Oriental |
Préfecture
Wejda-Angad |
2 269 378 |
6,3 % |
|
3 |
Fès-Meknès |
Préfecture de
Fès |
4 436 873 |
12,5 % |
|
4 |
Rabat-Salé-Kénitra |
Préfecture de
Rabat |
5 088 656 |
14,3 % |
|
5 |
Béni Mellal-Khénifra |
Province de
Béni-Mellal |
2 510 799 |
7,0 % |
|
6 |
Casablanca-Settat |
Préfecture de
Casablanca |
7 651 096 |
21,5 % |
|
7 |
Marrakech-Safi |
Préfecture de
Marrakech |
4 864 187 |
13,7 % |
|
8 |
Drâa-Tafilalet |
Province d'Errachidia |
1 643 144 |
4,6 % |
|
9 |
Souss-Massa |
Préfecture
d'Agadir Ida-Outanane |
2 994 360 |
8,4 % |
|
10 |
Guelmim-Oued Noun |
Province de
Guelmim |
417 663 |
1,1 % |
|
11 |
Laâyoune-Sakia El Hamra (Sahara occidental) |
Province de
Laâyoune |
419 169 |
1,1 % |
|
12 |
Dakhla-Oued Ed-Dahab
(Sahara occidental) |
Province d'Oued
Ed-Dahab |
186 611 |
0,5 % |
| |
Source: Recensement
général de 2024 |
Total : 36 937 529
(sans le Sahara occidental) |
35 467 148 |
100 % |
Des trois principaux pays du
Maghreb, le Maroc est celui qui présente la
situation linguistique la plus complexe: l'arabe
coranique et l'arabe moderne pour
les plus instruits, l'arabe véhiculaire ou
arabe marocain pour
quasiment toute la population, le berbère,
appelé amazigh
(le rifain dans le Rif, le tamazight dans le Moyen-Atlas, le tachelhit dans le Souss),
pour environ 40 % des Marocains; le français
pour ceux qui fréquentent les écoles, l'espagnol
pour une faible partie de la population du Nord, et l'anglais
qui tend à s'imposer en tant que véhicule de la modernité. La Constitution du
Maroc ne fait aucune mention de ces langues, sauf pour l'arabe (dans le
Préambule).
Dans le cadre cet article, le terme «arabe» employé seul renvoie toujours à
l'arabe standard moderne. L'expression «arabe dialectal» désigne toujours
l'arabe marocain.
La répartition de cette population est très inégale au
Maroc: près de 90 % des habitants vivent dans le nord du
pays. La capitale, Rabat (515 600 habitants en 2024), se classe
derrière l'agglomération de Casablanca (3,2 millions d'habitants), de Fès (1,2 million),
de Tanger (1,2 million), de Salé (1,0 million), de Marrakech
(1,0 million), de Meknès (551 500 habitants),
mais devant Tétouan (469 4700 habitants). Les
musulmans (98,7 %), principalement sunnites, constituent la quasi-totalité
de la population.
2.2 La langue arabe
La langue arabe s'est introduite au Maroc au
VIIe siècle, notamment dans la partie nord-ouest du pays. L'arabe
s'est implanté encore davantage auprès des populations berbères à la suite
de la fondation de la ville de Fès par le sultan Idris II (791-828) en 808. À partir du 1118, le
Maroc vit arriver un flux massif de tribus hilaliennes, descendantes de la
région du Nejd en Arabie; celles-ci arabisèrent
profondément la population locale. À la suite à la Reconquista
espagnole du XVe siècle, le pays reçut des centaines de milliers
d'Andalous arabophones qui s'installèrent dans des centres urbains comme Rabat,
Fès, Salé et Tétouan. C'est alors que le processus d'arabisation
s'amplifia et atteignit tout le nord du pays.
On estime que 65 % de la population actuelle du
Maroc parle l'arabe comme langue maternelle. Mais le Maroc, à l'instar des
autres pays arabophones, compte trois types d'arabe: l'arabe vernaculaire, l'arabe
coranique et l'arabe
moderne standard. Voir
l'article complet sur la Langue arabe et ses variétés
- L'arabe marocain
L'arabe marocain reste la
langue maternelle de tous les Marocains arabophones,
soit 68 % de la population totale.
Cette langue est appelée au Maroc Addarij ou darija, c'est-à-dire
«langue courante». Elle sert généralement d'outil de communication entre les
locuteurs arabophones et berbérophones.
Bien qu'il soit socialement dévalorisé, l'arabe vernaculaire marocain constitue la langue la
plus employée dans tout le Maroc.
Comme pour presque toutes les variétés
d'arabe vernaculaire,
l'arabe marocain connaît plusieurs variétés régionales ou locales. Certains linguistes distinguent ainsi les
variétés
urbaines aux variétés rurales (ou bédouines), les variétés orientales (Tanger,
Tétouan, etc.) aux variétés du Gharb (Casablanca,
Kénitra, etc.), les particularismes de type rbati (Rabat), fassi
(Fès), marrakchi (Marrakech), etc. D'autres différencient cinq
catégories:
1) l'arabe marocain urbain employé dans les anciennes cités
impériales — Fès, Marrakech, Rabat, Meknès — démontrant des
similarités avec l'arabe andalou;
2) l'arabe marocain des montagnes du
Nord-Ouest ;
3) l'arabe marocain des Bédouins de l'Ouest;
4) l'arabe marocain des
Bédouins de l'Est;
5) l'arabe marocain hassanya.
|
Le tableau qui suit présente les principaux types d'arabe
vernaculaire:
|
Ethnie arabe ou
arabisée |
Population |
Pourcentage |
Langue principale |
Filiation
linguistique |
Religion principale |
|
Arabe marocain |
25 913 000 |
90,9 % |
arabe marocain |
langue sémitique |
islam |
|
Berbère jebala
arabophone |
1 329 000 |
4,7 % |
arabe marocain |
langue sémitique |
islam |
|
Arabe
libanais |
587 000 |
2,1 % |
arabe marocain |
langue sémitique |
islam |
|
Arabe beidane |
196 000 |
0,7 % |
arabe hassanya |
langue sémitique |
islam |
|
Bédouin yahia |
119 000 |
0,4 % |
arabe algérien |
langue sémitique |
islam |
|
Sahraoui |
92 000 |
0,3 % |
arabe hassanya |
langue sémitique |
islam |
|
Arabe harratin |
60 000 |
0,2 % |
arabe hassanya |
langue sémitique |
islam |
|
Arabe algérien |
54 000 |
0,2 % |
arabe algérien |
langue sémitique |
islam |
|
Bédouin gil |
51 000 |
0,2 % |
arabe algérien |
langue sémitique |
islam |
|
Berbère réguibat
(Maure noir) |
41 000 |
0,1 % |
arabe marocain |
langue sémitique |
islam |
|
Juif marocain |
21 000 |
0,0 % |
arabe judéo-marocain |
langue sémitique |
judaïsme |
|
Berbère tekna |
20 000 |
0,0 % |
arabe hassanya |
langue sémitique |
islam |
|
Amazigh izarguien |
19 000 |
0,0 % |
arabe marocain |
langue sémitique |
islam |
|
Total langue
arabe |
28 502 000 |
100 % |
|
- |
|
Ainsi, parmi les arabophones, l'arabe marocain est parlé
par plus de 90% des locuteurs du Maroc. On peut consulter une carte
linguistique illustrant les deux langues maternelle des Marocains,
l'arabe marocain et les langues berbères, avec leurs variantes
en cliquant ici s.v.vp.
 |
Le fait qu'il existe des
livres pour
apprendre l'arabe marocain (L'arabe marocain de poche) témoigne
de la vitalité de cette variété d'arabe. De cette façon, chaque variété
ou sous-variété de l'arabe marocain est identifié avec une ville ou une
région. Mais
ces variantes n’altèrent pas pour
autant la compréhension langagière entre les différentes régions. Il existe aussi des groupes qui proposent des cours de
"Speak Moroccan": on y offre des expressions utiles utilisables dans la vie
de tous les jours, ainsi que des cours simples de grammaire. C'est utile
lorsqu'on planifie un voyage touristique ou un voyage d’affaires au Maroc,
ou qu'on veuille simplement impressionner ses amis marocains.
Les variétés de l'arabe marocain et celles du
berbère demeurent les
langues maternelles de la quasi-totalité des
Marocains. L'arabe marocain (ou une variété de
berbère) demeure la première langue que tout
Marocain apprend dans sa famille et dans la vie
quotidienne du quartier. Outre sa présence dans le
milieu familial et le quartier, cet arabe est
utilisé dans la littérature populaire, les pièces de
théâtre, la radio et lors de certains débats
parlementaires. À l'école, l'emploi de l'arabe
marocain est courant en dehors de la classe (cour,
bureaux, réunions, etc.), dans la cour), mais la
plupart des enseignants utilisent cette variété dans
les classes, même si les directives du ministère de
l'Éducation interdisent cette pratique. |
Dans ses réalisations quotidiennes, l’arabe
marocain est non seulement imprégné de l’arabe moderne, mais a emprunté
aussi de très nombreux termes français et berbères (amazigh). Il s’agit donc d'un
métissage entre l’arabe standard, le français et l'amazigh, ce qui n'altère
nullement les valeurs culturelles et spirituelles des locuteurs marocains,
car son usage s'étend à toute la nation, même parmi les Berbères. L'arabe
marocain, y compris ses variétés locales, constitue en quelque sorte une
langue nationale illégale, qui n'est pas reconnue par la loi, mais utilisé
de facto par toute la population arabophone.
En plus
de l'arabe marocain, il se parle dans le pays d'autres variétés d'arabe:
l'arabe libanais, l'arabe algérien, l'arabe tunisien, l'arabe saharien,
l'arabe hassanya, etc.
- L'arabe
coranique
Quant à l'arabe
coranique ou classique, il n'est la langue maternelle d'aucun Marocain et il n'est pas
utilisé comme véhicule spontané de communication, pas plus au Maroc que dans
tout autre pays arabe parce que c'est une
langue sacrée figée dans
le temps, le VIIe siècle. L'arabe coranique demeure pour tout arabophone la
langue de la prédication islamique et de l'enseignement religieux (la langue du
Coran), puis celle de la langue écrite en concurrence surtout avec le français.
Mais c'est également la référence et l'outil symbolique
de l'identité arabo-musulmane, une langue supranationale réservée à des usages
formels et limités à certaines situations particulières. Aux yeux des nationalistes, l'arabe
classique représente le moyen de lutte contre l'oppression linguistique
exercée par l'Occident à travers ses langues, que ce soit le français,
l'espagnol ou l'anglais. L'un des problèmes avec la langue arabe coranique, c’est qu’elle est défendue
par des arabophones religieux qui la considèrent comme un objet sacré qu'il ne
faut ni toucher ni souiller, au lieu de la considérer comme un outil de
communication entre les individus et entre les peuples. Les défenseurs de cet
arabe sacré croient que tout apport extérieur, qu'il vienne du français, de
l'arabe marocain, de l'amazigh ou de l'anglais, constitue une menace.
- L'arabe moderne standard
L’arabe moderne standard, ou simplement
«arabe standard», correspond à la variante moderne de la langue arabe,
soit celle qui est enseignée dans les écoles, par opposition à l'arabe
classique ancien associé à l'arabe du Coran. Au Maroc, comme dans
d'autres pays arabophones, l'arabe moderne standard sert de véhicule dans
l'enseignement à tous les les niveaux, sauf dans l'enseignement
supérieur scientifique. L'arabe moderne standard est également la langue
des productions littéraires, de la presse écrite, de la presse
électronique, et de toute sorte de brochures et de documents
administratifs et judiciaires. Surtout, c'est la langue qui est utilisée
dans les manifestations officielles et institutionnelles, notamment au
Parlement.
Au niveau supranational, l'arabe moderne standard est la
langue de communication par excellence dans le monde arabe, à la fois à
l'écrit et à l'orale. Pour cette raison, c'est une variété de
référence pour toute la communauté arabe, parce que, à travers elle,
sont véhiculées la culture arabe en général et une partie de la culture
marocaine en particulier.
L'arabe marocain, présent partout dans la vie
quotidienne, n'a aucun statut constitutionnel, mais l'arabe coranique,
totalement absent de la vie quotidienne, est la langue officielle du pays, celle
dont le statut est reconnu dans la la
Constitution de 2011. Dans les faits, c'est
l'arabe moderne standard qui sert de langue officielle, l'arabe classique
n'étant qu'un symbole. Qu'il soit véhiculaire, coranique ou moderne, l'arabe fait
partie de la famille des langues
afro-asiatiques (ou chamito-sémitiques).
Voir l'article sur la Langue arabe et ses
variétés.
2.3 Les langues
berbères
Si les arabophones parlent diverses variétés
locales, il en est ainsi pour les berbérophones. En
fait, le mot berbère désigne une branche de langues appartenant à la famille afro-asiatique
(appelée aussi ''chamito-sémitique''). Les langues sémitiques (comme l'arabe) et
les langues berbères (comme l'amazigh) constituent les deux plus importants
groupes linguistiques de la famille afro-asiatique.
En principe, le terme «Amazigh» désigne les peuples
autochtones d'Afrique du Nord, tandis que le mot «tamazight» fait référence à la
langue qu'ils parlent. Cependant, au Maroc, le terme «amazigh» peut aussi
désigner la langue. De plus, il ne faut pas oublier que les
berbérophones sont présents dans une dizaine de pays couvrant près de cinq
millions de kilomètres carrés et compte plus de 40 millions de locuteurs (voir la carte linguistique
berbérophone). Forcément, les variétés berbères peuvent porter des
appellations différentes.
Au Maroc, la langue berbère est appelée amazigh
dans la mesure où l'on parle du «berbère standardisé».
En ce cas, on ne fait plus la distinction entre le rifain, le tamazight ou le
tachelhit. En fait, l'arabe utilise تمازيغي, ce qui se traduit aussi bien par
«amazigh» que par «tamazight». Depuis le 8 avril 2022, la Chambre des
représentants assure l’interprétation vers la langue amazighe dans ses
trois variantes: le tachelhit, le tamazight et le tarifit.
En français, le mot berbère
est dérivé du grec barbaroi et retenu par les Romains dans barbarus,
puis récupéré par les Arabes en barbar et enfin par les Français avec
berbère, puis par les Espagnols avec beréber, par les Catalans
avec berber et par les Italiens avec berbero. Étymologiquement, ce terme désigne avant tout les «gens dont on ne comprend pas
la langue», c'est-à-dire les étrangers considérés comme des «barbares». Autrement dit, le mot berbère
avait une signification bien négative, puis par extension le mot a
même signifié «sauvage» ou «non civilisé». Avec le temps, le mot berbère
a fini par perdre son sens péjoratif pour désigner les Amazighes. Pour les
linguistes francophones, le mot berbère renvoie à un groupe linguistique
parmi les langues
afro-asiatiques.
Quant aux Berbères, ils préfèrent se désigner
eux-mêmes par le terme Amazigh, ce
qui signifie «homme noble» ou «homme
libre». La terminologie officielle du gouvernement marocain utilise aussi le terme
amazighe (ou amazigh). Bref, l'appellation «berbère» n'appartient
ni à la population concernée ni à sa langue, car ce terme a été apporté de
l'extérieur. Dans les faits, les mots «Berbère» et «Amazigh» sont
synonymes.
|
 |
Au Maroc, le nombre de berbérophones
est de 10 millions de locuteurs, soit 26 % de la population totale; ils constituent la minorité linguistique la plus importante
du pays. Dans certaines zones rurales, cette proportion se situerait entre 80 %
et 100 %. Parmi les berbérophones, plus d’un tiers ne maîtriserait pas
l’arabe standard. Les Berbères parlent
plusieurs variétés linguistiques, dont les principales sont l'amazigh (3,3 millions), le tachelhit (1,4 million), le tarifit
ou rifain (1,5 million), le zénaga (53 000), le
chaoui (26 000) et le ghomari (12 000). Il existe
quelques autres variétés ne comptant qu'un nombre restreint de
locuteurs. De façon habituelle, on distingue les variétés suivantes:
- le tarifit (ou rifain),
parlé dans le Rif, au nord-est;
- l'amazigh ou tamazight parlé dans le
Moyen-Atlas, une partie du
Haut-Atlas et plusieurs vallées; il dispose d’un
alphabet, le tifinagh (prononcé [tifinar], également utilisé par les Touaregs;
- le tachelhit ou
chleuh pratiqué par les Chleuhs du
Haut-Atlas, du Souss et du littoral du sud du Maroc.
|
On peut consulter une carte linguistique illustrant les deux
langues maternelle des Marocains, l'arabe marocain et les langues berbères,
avec leurs variantes en cliquant ici s.v.vp.
Si l'on additionne les peuples qui parlent la même variété de langue, on
aura pour l'amazigh (ou tamazight) 3,59 millions de locuteurs 32,6); pour le
tachelhit 4,47 millions de locuteurs (44,7%); il ne reste que 1,6 million
pour le tarifit (1,44%), 97 000 pour le tasenhajit (ou sanhadja de
Srayr), 27 000 pour le chaoui, 16 000 pour le taznati et 12 000 pour le
ghomari. Le tasenhajit, une langue berbère parlée par les Sanhadja de Srayr,
est considéré comme une langue en danger, avec des variations dialectales
importantes. Cette diversité a historiquement compliqué les efforts
d’unification linguistique et a parfois été instrumentalisée par les
autorités pour fragmenter les revendications politiques berbères.
|
Ethnie berbère |
Population |
Pourcentage |
Langue
maternelle |
Affiliation linguistique |
Religion principale |
|
Berbère du shilha
du Sud |
3 556 000 |
32,7 % |
tachelhit |
langue berbère |
islam |
|
Berbère de l'Atlas
central |
2 937 000 |
27 % |
amazigh |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
rifain |
1 649 000 |
15,2 % |
rifain (tarifit) |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
draoui |
524 000 |
4,8 % |
tachelhit |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
filala |
393 000 |
3.6 % |
tachelhit |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
warain |
342 000 |
3,2 % |
amazigh |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
atta |
159 000 |
1,5 % |
amazigh |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
sanhadjien
(de Srayr) |
97 000 |
0,9 % |
tasenhajit
|
langue berbère |
islam |
|
Berbère
ouregou |
78 000 |
0,7 % |
amazigh |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
zekara |
78 000 |
0,7 % |
amazigh |
langue berbère |
islam |
|
Berbère chaoui |
27 000 |
0,3 % |
chaoui |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
taznatit |
16 000 |
0,2 % |
taznati |
langue berbère |
islam |
|
Berbère
ghomari |
12 000 |
0,1 % |
ghomari |
langue berbère |
islam |
|
Total (2025) |
10 868
000 |
100 % |
- |
- |
- |
Il est possible également de consulter une
carte linguistique plus grande
des langues berbères au Maroc, en cliquant
ICI, s.v.p.
Cependant, il convient de préciser que la berbérophonie au Maroc,
contrairement à celle de l'Algérie, n'est pas aussi clairement territorialisée
que cette carte le laisse supposer. En réalité, il existe des arabophones
partout au Maroc, y compris dans les aires berbérophones, notamment tout autour de ces
zones où les langues sont davantage mélangées.
Par ailleurs, dans toutes les
grandes villes du pays, on compte de très nombreux berbérophones, que ce soit
Rabat, Tanger, Casablanca, Marrakech, Fès, Essaouira, etc. Autrement dit,
cette carte illustre davantage l'aire historique des parlers berbères que la
réalité actuelle qui est devenue plus complexe avec le temps. Il faut aussi
considérer que l'emploi des langues berbères tend à diminuer dans les grandes
villes au profit de l'arabe marocain. Dans les zones rurales, les variétés
berbères sont exclusivement utilisées par les berbérophones, y compris au sein
de l'Administration, dans la mesure où les employés sont berbérophones. De plus,
les provinces du Haut Atlas, du Rif et de
l’Anti-Atlas se classent régulièrement parmi les plus pauvres du
pays, avec des taux d’analphabétisme, de chômage et d’insécurité
alimentaire bien supérieurs à la moyenne nationale.
 |
En ce qui a trait à l'écriture, l'emploi de l'amazigh est exclusivement oral,
rarement écrit en dehors des dénominations officielles.
Tous
les Marocains écrivent soit en arabe standard moderne soit en français. On n’écrit pas
en arabe véhiculaire ni généralement en berbère, bien que ce dernier possède une
écriture: l'alphabet tifinagh. Au point de vue linguistique, l'arabe
et l'amazigh, ainsi que leurs variétés, sont des
langues
afro-asiatiques
(ou chamito-sémitiques).
Depuis la
Constitution de 2011,
le tamazigh est aussi «une» langue officielle avec l'arabe (art. 5), mais ce statut
n'est pas tout à fait équivalent. En effet, il fallait attendre l'adoption d'une
loi organique, promulguée seulement en 2019, qui devait définir les modalités et le processus de la mise en
œuvre de l’officialisation de la langue amazighe, ainsi que son intégration dans
l’enseignement, dans les médias et dans l'administration de l'État.
|
2.4
Le français
Depuis la signature du traité de Fès, le 30 mars 1912
jusqu'à la proclamation de l'indépendance le 2 mars 1956, le français était la
langue officielle du régime du protectorat et de ses institutions. Même après
cette date, le français a conservé un rôle privilégié en tant que première
langue étrangère — langue seconde généralisée —
du Maroc. Les dirigeants marocains ont pourtant entamé une ambitieuse politique
d'arabisation qui s'est poursuivie avec effort jusque vers 1976, avant de
connaître un certain essoufflement. Aujourd’hui, un certain pragmatisme semble
avoir pris la relève, qui a fait place à la «cohabitation linguistique». Le
Maroc compte encore quelque 80 000 Français et 20 000 Espagnols. Il y a aussi un
certain nombre de Marocains qui ont perdu leur langue arabe marocaine: ce sont ceux qui
ont émigré en France et qui sont revenus après plusieurs années.
- Une langue sans statut officiel
Le français n'a aucun statut officiel de droit au Maroc,
puisque la Constitution
déclare dans son préambule que l'arabe est la langue officielle du Maroc. Mais
le français est la seule langue au Maroc, qui
puisse prétendre d'être à la fois lue, écrite et parlée, tout en étant la
langue de toutes les promotions sociales et économiques. La langue française a
gardé des positions importantes dans l'éducation, les tribunaux, la politique,
l'Administration et les médias, ce qui est beaucoup, il va sans dire, car il
faut mentionner aussi la visibilité de cette langue dans l'espace et
l'environnement graphique marocain. Le
français a donc acquis un statut de fait (de facto) au Maroc. Il ne
faut pas oublier que la France est demeurée le principal partenaire économique
du Maroc, voire le premier client, le premier investisseur, et le premier
formateur de cadres marocains à l'étranger. De son côté, le Maroc participe
aux Sommets de la Francophonie et adhère à l'Agence universitaire francophone
(AUF), à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), ainsi qu'à
divers autres organismes internationaux francophones.
Cela étant dit, le français n'est pas connu par
tous les Marocains. Pour parler et lire le français, il faut avoir fréquenté
l'école jusqu'à la fin du secondaire. Comme près de 50% des enfants marocains
ne terminent pas leur secondaire, il arrive qu'ils oublient ensuite le peu de
français qu'ils ont appris. Bref, le français est connu et utilisé par tous ceux
qui ont fait des études universitaires, qui tiennent des commerces importants,
qui font des affaires, qui jouent un rôle primordial dans la vie culturelle de la
nation ou qui sont en contact régulier avec les touristes.
- Le français «rudimentaire»
Il existe au Maroc un français «rudimentaire» qui a une fonction
essentiellement pratique et limitée. Il sert d'instrument de communication
pour les Marocains peu alphabétisés, sinon pas du tout, qui sont en contact
avec une population francophone vivant au Maroc ou le visitant en tant que
touriste. C'est le cas en général des employés de maison ou des
domestiques, des jardiniers, des gardiens de piscine, des laquais dans les
hôtels, des guides touristiques de fortune, des agents de service des
diverses sociétés privées franco-marocaines, des vendeurs itinérants, des
femmes de chambre, etc. Ce type de français rudimentaire est caractérisé par
un vocabulaire très limité, une syntaxe simplifiée et une phonétique
influencée par l'arabe dialectal. C'est un français strictement utilitaire
qui ne peut soutenir une conversation élaborée.
Beaucoup de Marocains
peu instruits ne parlent donc que l'arabe local. Dans les zones rurales, il
est fréquent d'aborder des Marocains qui n'ont aucune connaissance du français
ni de l'arabe standard moderne, et qui ne parlent que l'arabe marocain. Quant aux Berbères, il est plus rare
qu'ils ne parlent que leur variété locale. Ils parlent en général au moins
l'arabe marocain comme langue seconde.
Le bilinguisme arabo-amazigh est propre aux seuls amazighophones (ou
berbérophones); il est rare qu'un arabophone tentera d'apprendre l’amazigh parce
qu’il n'en voit pas la nécessité. Un Marocain instruit parle généralement
l'arabe marocain, l'arabe standard, le français et, parfois, l'anglais et
l'espagnol. Dans les hôtels, le personnel en contact directement avec le public
peut être polyglotte et s'exprimer en arabe marocain, en arabe standard, en
français, en anglais, en espagnol et parfois en allemand.
2.5 L'espagnol et l'anglais
L'espagnol
est présent sur le territoire marocain depuis la chute de Grenade en 1492 et
ensuite l'arrivée des Maures et des Juifs chassés d'Espagne. Cette langue est devenue
plus «populaire» à la suite de la colonisation espagnole à la fin du
XIXe
siècle, surtout dans le Sahara occidental. La conférence d'Algésiras
(1906), qui entérinait l'intervention des puissances occidentales au Maroc,
reconnut à l'Espagne et à la France des droits particuliers. En dépit de
l'opposition de l'Allemagne, le traité de protectorat, finalement imposé au
sultan du Maroc, fut signé à Fès le 30 mars 1912. Mais, en novembre
1912, la convention de Madrid plaçait le nord du pays (Sahara occidental) sous
protectorat espagnol.
Après l'indépendance du Maroc en 1956, la
récupération du Rif au nord, d'Ifni et du Sahara occidental en 1975,
l'espagnol perdit beaucoup de sa vitalité. Aujourd'hui, l'espagnol n'a
gardé qu'une faible position dans des centres comme Tanger, Tétouan, Nador. Par
contre, le Sud demeure encore très influencé par l'espagnol qui est enseigné au secondaire et à l'université
en tant que langue étrangère. Dans de nombreux cas, l'espagnol prévaut sur le
français dans le Sud. La présence de nombreux médias espagnols, sans compter
les milliers d'Espagnols qui, pour des raisons liées au commerce ou de travail,
doivent voyager dans ces régions ou qui résident à Ceuta ou à Melilla. D'autres
facteurs entrent en ligne de compte, comme la proximité avec le territoire
espagnol et la très importante quantité de touristes espagnols qui choisissent
le Maroc pour y passer leurs vacances ou simplement comme un pays à visiter, ce
qui encourage les Marocains à apprendre l'espagnol.
 |
Depuis quelques années, il existe un
mouvement pour promouvoir l'usage de l’anglais au Maroc afin
de supplanter l’usage du français. Cela dit, le Maroc semble
avoir renouvelé la controverse sur les langues
étrangères, après qu'une page spécialisée dans la publication d'un
contenu scolaire en anglais ait lancé une campagne électronique
pour exiger que l'anglais soit la première langue étrangère dans
le système d'éducation au lieu du français. Les progrès du Maroc
dans l’emploi de l’anglais ces dernières années ont été
limités, mais ces progrès restent freinés par la forte
présence de la langue française dans l'éducation,
l’administration et l’économie.
Il faut reconnaître que la position de l'anglais reste encore faible
sur le «marché linguistique» marocain, mais sa force augmente lentement et
sûrement en raison de son statut au plan international. L'intelligentsia
marocaine, formée à l'école anglo-américaine, estime que le français n'a
pas le monopole de la modernité. L'anglais pénètre dans des champs
traditionnellement tenus par le français, comme l'éducation, la recherche et les médias.
Ce désir de passer à l’anglais se manifeste à chaque fois
que les relations avec la France se tendent. |
Certains croient qu'il faudrait que le Maroc passe de la francophonie à la
francophilie et à l'anglophonie, mais c'est sans compter sur la force d'inertie,
et les ressources limitées en matière d'éducation (en personnel et en
financement).
2.6
L'ensemble des langues
Si l'on rassemble les statistiques
démo-linguistiques, on aura le tableau suivant:
|
Ethnie |
Langue
maternelle |
Population |
Pourcentage |
Affiliation linguistique |
Religion principale |
|
Arabe
|
arabe + variétés |
28 502 000 |
71,8 % |
langue sémitique |
islam |
|
Berbère |
amazigh + variétés |
10 868 000 |
27,3 % |
langue berbère |
islam |
|
Espagnol |
espagnol |
7 200 |
0,0 % |
langue romane |
christianisme |
|
Français |
français |
5
800 |
0,0 % |
langue romane |
christianisme |
|
Autres
|
diverses |
312 000 |
0,7 % |
- |
- |
|
Total |
- |
39 695 000 |
100 % |
|
|
On peut affirmer que le Maroc est un pays
multilingue, avec trois variétés d'arabe (véhiculaire, coranique et standard) et
trois variétés de berbère (tachelhit, amazigh et tarifit), ainsi que, comme
langue secondes, le français un peu partout ou l'espagnol dans le Nord, sinon
l'anglais.
- Les langues transmises à la maison (2017)
En dépit de la politique d'arabisation prônée
par le gouvernement marocain, le français est présent au sein du cercle
familial, à l’école, au travail et dans les activités de loisirs. Le taux
d’usage du français, comparativement au taux des autres langues (arabe
vernaculaire, arabe standard, amazigh) est significatif, même s’il connaît certaines variations. En général,
le foyer maghrébin est plurilingue et le français y occupe une place de choix.
 |
En 2017, l'enquête DUFRAM (Dynamique d’usage, de la
transmission et des représentations du français dans l’espace
arabo-francophone
au Maghreb et au Moyen-Orient) était une enquête réalisée par une équipe
internationale soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)
et l’Agence universitaire francophone (AUF). Cette enquête de 2017 cherchait à décrire et
à répondre aux questions d’usage et de pratiques des langues généralement et du
français particulièrement au Maroc, en Algérie, en Tunisie et au Liban. Les
données disponibles du projet DUFRAM au Maroc portaient sur six
villes : Agadir, Casablanca, Fès, Marrakech, Rabat et Tanger. En dépit de la
politique d'arabisation, pratiquée par le gouvernement, c'est l'arabe
vernaculaire
qui était le plus employé à la maison dans une proportion de 90 %, contre 34% pour
l'arabe standard, 21 % pour l'amazigh et 27 % pour le français. Quoi qu'il en
soit, le français est partout présent, y compris dans la transmission de la
langue. Mais une enquête menée en 2024 est
venue modifier ces résultats. |
- L’enquête de Sunergia en 2025 sur les pratiques
linguistiques au Maroc
 |
Depuis plus de 30 ans, le Groupe Sunergia est devenu un acteur
majeur des études de marché et du conseil stratégique au Maroc et en
Afrique. Son expertise réside dans sa capacité à fournir des
analyses précises et fondées sur les données, ce qui permet aux
décideurs dans tous les domaines d'agir en conséquence.
En 2024,
Sunergia a réalisé une enquête sur les langues employées au Maroc.
Il s'est limité à sept langues : la ''darija'' (ou arabe marocain),
l’arabe standard (appelé ''arabe classique''), l'amazigh (sans
distinction des variétés appelées ''dialectes''), le français,
l’anglais, l’espagnol et l’allemand. Les personnes interrogées
provenaient de manière représentative des principales régions du
Maroc, dont Casablanca, Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Marrakech,
Agadir, etc.
|
Si Sunergia a distingué l'arabe marocain (la darija) et l'arabe officiel (arabe
classique), le recensement de 2024 ne mentionnait que l'arabe tout en faisant la
différence entre les «langues locales» (darija, tachelhit, tamazight, tarifit et
hassanya). Le recensement emploie l'expression «autres langues» pour faire
référence aux langues européennes.
Pour l'arabe:
Au contraire du recensement de 2014, l'enquête de Sunergia montre une très
grosse différence entre l'arabe marocain et l'arabe officiel: seuls 2% des
sondés emploient l’arabe standard dans leurs communications orales personnelles
contre 94% pour la ''darija''. Au niveau professionnel, la ''darija'' est
utilisée par 69% des Marocains à l’oral et 39% à l’écrit, contre seulement 8% et
10% pour l’arabe standard (juristes, journalistes, etc.). Seulement 12,6% des
Marocains se considèrent bilingues dans ces deux langues, c'est-à-dire les deux
variétés d'arabe.
Pour l'amazigh
Quant à l'amazigh, 25% des Marocains le parlent couramment selon l'enquête, 21%
comme langue maternelle, avec une concentration élevée dans le sud du pays
(39%). Son usage reste stable à travers les générations, ce qui témoigne de sa
pérennité dans la culture marocaine.
Pour le français
Quelque 19 % des Marocains parlent couramment le français qui n’a aucun statut
officiel, mais qui demeure omniprésent dans l’administration, l’éducation et le
monde des entreprises. Seulement 10% des Marocains sont bilingues ou trilingues
avec le français. Dans le monde professionnel, le français est employé par 31%
des utilisateurs à l’oral et 32% à l’écrit, presque la même proportion que pour
la ''darija''. Et un énorme écart existe entre oral et écrit dans un contexte
personnel : 9% à l’oral contre 22% à l’écrit, l’inverse de la ''darija''. Selon
les dernières données de l’ Organisation internationale de la Francophonie (OIF),
le Maroc occupe la 4e place mondiale en nombre
de locuteurs francophones, derrière la France, le Congo-Kinshasa et l’Algérie.
Pour l'anglais
En ce qui concerne cette langue, 9% des Marocains disent la parler couramment,
mais à peine 3% de ceux-ci parlent l’anglais en plus de l’arabe. La croissance
de l'anglais s’explique par son intégration dans l’éducation, mais également par
son poids dans les activités professionnelles, particulièrement dans les
secteurs du numérique et du commerce international; l’attrait des jeunes pour
les contenus anglophones – séries, musique, jeux vidéo et plateformes en ligne –
contribue également à cette dynamique.
- Des usages différents à l'oral et à l'écrit
Le tableau «Les langues
les plus parlées au Maroc en 2024» révèle les différences entre l'emploi des
langues à l'oral et à l'écrit, ainsi qu'entre les relations personnelles et
professionnelles:
| |
Langues |
Personnel
à l'oral |
Personnel
à l'écrit |
Professionnel
à l'oral |
Professionnel
à l'écrit |
|
 |
Darija (arabe marocain) |
94 % |
69 % |
69 % |
39 % |
 |
Arabe officiel standard
|
2 % |
9 % |
8 % |
10
% |
|
 |
Amazigh |
19
% |
8 % |
8 % |
3 % |
|
 |
Français |
9 % |
22 % |
31 % |
32 % |
|
 |
Anglais |
3 % |
4 % |
7 % |
7 % |
|
 |
Espagnol |
1 % |
1 % |
1 % |
0 % |
|
 |
Allemand |
0 % |
0 % |
1 %
|
1 % |
Ce tableau révèle deux faits indéniables: la darija
(arabe marocain) et le français constituent les deux principales langues
au service de la vie quotidienne et de la vie professionnelle. L'enquête
démontre des tendances évidentes dans l’usage des langues:
1. La
darija domine largement à l’oral, que ce soit dans les échanges
personnels (94%) ou professionnels (69%), soulignant son rôle central comme
langue du quotidien.
2. La
darija reste majoritaire à l'écrit dans les communications
personnelles (69%) par rapport à 22% pour le français). Dans les
communications professionnelles, cette prédominance est moins marquées (39%
contre 32% pour le français).
3. L’arabe officiel (2% et 8%) et
l’amazigh sont moins employés, mais l’amazigh conserve une présence
significative à l’oral (19% en usage personnel), reflétant son importance
culturelle.
4. L’anglais,
l’espagnol et l’allemand
restent marginaux, bien que l’anglais soit plus présent en milieu
professionnel (7%).
Par ailleurs, selon les données du recensement de 2024, 24,8%
des Marocains sont analphabètes; presque la totalité de la population
alphabétisée, âgée de 10 ans et plus, sait lire et écrire la langue arabe
(99,2%, sans distinction) ; mais près de neuf personnes sur dix (91,9%)
utilisent la darija (96,3% en milieu urbain contre 84,5% en milieu rural).
2.8 Les religions
L'islam sunnite est la religion dominante au Maroc, mais le pays possède
également des communautés juives et chrétiennes, avec une histoire de
coexistence et de tolérance religieuse. De fait, la
Constitution marocaine stipule également à
l'article 3 que l’islam est la religion officielle de l’État, tout en
garantissant la liberté de pratiquer des rituels religieux aux non-musulmans.
- L'islam
L'islam est la religion d'État au Maroc, et le roi porte le titre de
«commandeur des croyants» (''Amir al-Muminin'') afin de garantir le respect de
l'islam dans le pays. La plupart des Marocains pratiquent l'islam sunnite,
soit 98,5 %, bien que la pratique religieuse soit relativement modérée, avec
environ un tiers des hommes se rendant à la mosquée chaque vendredi. Néanmoins,
les cinq piliers de l'islam — profession de foi, prière, aumône, jeûne du
ramadan et pèlerinage — sont généralement respectés et intégrés dans la vie
quotidienne.
- Le judaïsme
Le judaïsme bénéficie d'une longue histoire au Maroc, avec des communautés
présentes depuis l'Antiquité, donc avant l'apparition de l'islam, et renforcées
par l'arrivée des juifs d'Espagne après la Reconquista au XVe
siècle. Aujourd'hui, la population juive est très réduite, puisqu'elle
représente environ 0,2 % de la population, soit environ 20 000 personnes pour
tout le pays. Cela dit, les anciens quartiers juifs, appelés ''mellahs'', et les
synagogues historiques témoignent de cet héritage, notamment dans des villes
comme Fès, Grenade, Marrakech et Essaouira.
- Le christianisme
Le christianisme est une autre religion grandement minoritaire au Maroc, car
elle représente environ 1 % de la population. Ce sont principalement de
communautés catholiques et protestantes, en général issues de résidents
étrangers ou de la diaspora marocaine. Il existe quelques communautés
chrétiennes arabes et berbères, elles sont très minoritaires.

Dernière mise à jour:
13 août 2026
Afrique
