Maroc

(1) Situation démolinguistique

Remarque:  d'autres sites portant sur le Maroc nous ont copiés; nous les remercions pour cette reconnaissance, mais nous les prions d'actualiser leurs « références », car entre-temps, contrairement à ces sites, le nôtre a évolué, il s'est actualisé et enrichi.



 
Documents à jour pour 2026
Capitale: Rabat
Population: 38,7 millions (2026)
Langues officielles: arabe standard moderne et amazigh (plus restrictif)
Groupe majoritaire: arabe marocain (71,8 %)
Groupes minoritaires: amazigh (27,3 %),  arabe hassanya, français, espagnol
Langue coloniale: français
Système politique: monarchie quasi parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 5 de la Constitution de 2011.
Lois linguistiques: Arrêt n° 4550 du Tribunal administratif de Rabat sur l'usage du français dans l'administration publique (2017); Circulaire sur l'usage obligatoire de l'arabe ou de l'amazigh (2018); Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019); Dahir portant création de l'Institut royal de la culture amazighe (2001);
Dahir portant promulgation de la loi portant création de l'Académie Mohammed VI de la langue arabe (2003);
Loi organique n° 04.16 sur le Conseil national des langues et de la culture (2020).

Lois scolaires: Charte nationale d'éducation et de formation (1999); Loi n° 05.00 sur le statut de l'éducation préscolaire (2000); Loi n° 06-00 formant statut de l’enseignement scolaire privé (2000); Loi n° 01-00 portant organisation de l'enseignement supérieur (2000); Convention de partenariat pour la coopération culturelle et le développement entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc (2010); Décret n° 2-02-376 portant statut particulier des établissements d'éducation et d'enseignement public (2002-2013); Loi-cadre n° 51-17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique (2019); Loi n° 59.21 sur l'enseignement scolaire (2025); Vision stratégique de la réforme 2015-2030.

Lois à portée linguistique:  Loi 31/08 édictant des mesures de protection du consommateur (2011); Décret n°2-12-503 pris pour l’application de certaines dispositions de la loi n°31-08 édictant des mesures de protection du consommateur (2013); Loi n° 77-03 sur la communication audiovisuelle (2005-2016); Loi n° 88-13 sur la presse et l'édition (2016); Code de procédure pénale (2016); Code de commerce (2019); Loi n° 70-17 sur la réorganisation du Centre cinématographique marocain et modifiant la loi n° 20-99 relative à l’organisation de l’industrie cinématographique (2020); Loi n° 19-54 en tant que Charte des services publics (2021); Loi n° 38.15 sur l'organisation judiciaire (2022);  Décret d'application sur la loi n° 37-99 relative à l'état civil (2022); Loi n° 95-17 relative à l'arbitrage et la médiation conventionnelle (2022); Code de procédure civile (2023); Code de la nationalité marocaine (2024); Loi n° 31-08 sur la protection du consommateur (2024); Loi n° 18-23 sur l’industrie cinématographique et portant réorganisation du Centre cinématographique marocain (2024); Loi n° 36.21 sur l'état civil (2025)

Avertissement: tous les textes juridiques présentés dans ce site uniquement en français sont déjà des traductions du gouvernement marocain; les textes proposés à la fois en arabe et en français sont des documents officiels uniquement pour l'arabe, car les traductions sont celles de l'auteur du site.   

1 Situation générale

Le Maroc a été nommé par les géographes arabes al-maghreb al-aqsâ, c'est-à-dire «le pays de l'Extrême Couchant», puis Al Mamlakah al Maghribiyah («royaume du Maroc»).

Le pays est un État d’Afrique du Nord limité au nord-ouest par l’océan Atlantique, au nord par le détroit de Gibraltar et la Méditerranée, à l’est et au sud par l’Algérie et au sud-ouest par la Mauritanie (voir la carte détaillée). Le Maroc est donc situé à l’extrême nord-ouest de l’Afrique, juste en face de l’Europe, dont il n’est séparé que par les 17 km du détroit de Gibraltar. Le Maroc fait partie des États du Maghreb dont c'est le pays le plus occidental. Avec ses 446 550 km², sans le Sahara occidental dont il revendique le territoire, le Maroc est le plus grand pays de la région après l'Algérie. Le Maroc revendique également les enclaves espagnoles de Ceuta (18,5 km²) et de Melilla (20 km²) situées au nord des côtes méditerranéennes.

1.1 Les régions administratives

Le Maroc est découpé en wilayas, en provinces et en préfectures. Depuis 2015, le Maroc comprend 12 «régions administratives» divisées en wilayas, ces dernières sont subdivisées en provinces et préfectures (total: 75), sans compter les communes urbaines et rurales (total: 1503). Pour le Maroc, le Sahara occidental est désormais «intégré» au découpage administratif du territoire national avec deux régions (n° 11: Laâyoune-Sakia El Hamra; n° 12 : Dakhla-Oued Ed-Dahab), quoiqu'une portion du territoire soit contrôlée par la RASD. 

Le statut de «région» au Maroc dispose d'un organisme de délibération appelé «Conseil régional» qui est l'assemblée délibérante de la région, élue au suffrage universel direct par les électeurs de la région pour une durée de six ans. La région compte aussi un Exécutif, le président, élu par l'assemblée. La politique régionale est élaborée sous le contrôle du wali de la région, lequel représentant le pouvoir central. C'est le roi qui nomme les walis sur proposition du chef du gouvernement, l'équivalent de premier ministre.

Par ailleurs, le Maroc compte plusieurs régions géographiques «naturelles» : le Maroc méditerranéen au nord-est, la Côte Atlantique-Nord et la Côte Atlantique-Sud à l'ouest, le Moyen-Atlans et le Haut-Atlas au centre, le Maroc saharien à l'est et l'Anti-Atlas au sud. (voir la carte détaillée).

1.2 Le Sahara occidental

Pour l'instant, le Sahara occidental n'a pas encore trouvé de statut définitif au plan juridique, soit plus de quarante ans après le départ des Espagnols en 1976. Selon l'ONU, le Sahara occidental figure sur la liste des «territoires non autonomes». Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc, qui le désigne maintenant comme le «Sahara marocain», et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), fondée par le Front Polisario en 1976. Cette situation est un héritage de la guerre froide, lorsque les États occidentaux soutenaient le Maroc, tandis que l'URSS soutenait l'Algérie qui elle-même soutenait le Polisario.

Le Sahara occidental est en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du Front Polisario au Maroc. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental est même devenu un enjeu politique témoignant de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, avec comme conséquence que le dossier saharien bloque indéfiniment la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA). L'UMA est un organisme économique et politique formé par les cinq pays dits du «Maghreb arabe» — l'Algérie, la Libye, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie — et dont le siège du secrétariat général est situé à Rabat au Maroc. Dans les faits, le Maroc contrôle et administre aujourd'hui environ 80 % du territoire, alors que le Front Polisario, pour sa part, n'en contrôle que 20 %.

1.3 Une monarchie hybride

Le Maroc est officiellement une monarchie constitutionnelle, démocratique et parlementaire, selon sa constitution de 2011, mais il est classé par les observateurs internationaux comme un «régime hybride». En effet, le pays combine des institutions élues et un pluralisme politique avec la prépondérance du roi qui détient les pouvoirs clés. ll existe certes un processus démocratique au Maroc, avec des élections libres multipartites qui déterminent la composition de la Chambre des représentants au Parlement marocain. Cependant, c'est le roi qui possède réellement le pouvoir au Maroc, car la Constitution ne met aucune limite à ses pouvoirs et lui confère un caractère sacré, celui de «Commandeur des croyants». C'est davantage une monarchie «exécutive» aux pouvoirs très étendus qu'une monarchie constitutionnelle et représentative. IL est vrai que la Constitution de 2011 a réduit certains des pouvoirs politiques et religieux du souverain, ainsi qu'un renforcement des pouvoirs du premier ministre appelé «chef du gouvernement». Rappelons aussi que le roi est l'arbitre suprême des institutions et le chef des armées, ce qui fait que le régime conserve un poids monarchique très fort par rapport à une monarchie parlementaire de type classique. Par comparaison avec les monarchies européennes, le roi du Maroc dispose d’un champ de compétences beaucoup plus étendu.

On parle de régime hybride parce que des restrictions persistent concernant la liberté d'expression, la liberté de la presse et le traitement de certains opposants ou militants.
Dans ce contexte, bien mal avisés sont ceux qui critiquent ouvertement le roi, sa famille ou la religion. Il faut comprendre que le Maroc est aux prises avec des aspirations contraire: d'une part, il existe une minorité de la population qui s'inspire idéologiquement de l'Europe et de l'Amérique du Nord (États-Unis et Canada), d'autre part, une majorité religieuse très conservatrice qui cherche dans l'islam son pôle de référence.

De plus, le roi actuel, Mohammed VI, possédait une fortune personnelle estimée à 500 millions de dollars au moment de son intronisation, le 30 juillet 1999, une somme qui aurait été multipliée plusieurs fois, car sa fortune est estimée entre deux et sept milliards d'euros (environ 5,7 milliards de dollars US) selon les classements de magazines comme Forbes, ce qui le place parmi les monarques les plus riches du monde. Au final, il s'agit d'une richesse quelque peu inconvenante quand la population marocaine continue de s’appauvrir sous le règne d’un monarque immensément riche.

De fait, au Maroc plus de cinq millions de personnes vivent avec moins d’un euro ou 1,15$ US par jour (ou 10 dirhams), tandis que le pays est classé en 2026, selon l'ONU, au 126e rang mondial sur 190 en terme de richesse par habitant; par comparaison, les États-Unis se situent au 10e rang, l'Union européenne au 28e rang, ex æquo avec la France. La part des Marocains vivant dans la pauvreté a considérablement augmenté depuis deux décennies, avec 82,5 % de la population marocaine se trouvant sous le seuil de pauvreté, selon le Haut Commissariat au Plan, un organisme marocain officiel.

2 Données démolinguistiques

Le pays comptait 37,4 millions d'habitants selon le Recensement général de 2014, mais ce total comprend les deux régions du Sahara occidental avec 510 713) habitants.

2.1 La population des régions

Les régions numériquement les plus importantes sont celles de L'Oriental (21,8%), de Casablanca-Settat (20,2%), puis celles de Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), de Marrakech-Safi (13,3 %) et de Fès-Meknès (12,5 %). Les deux régions du Sahara occidental ne compte que pour 1,4 % de la population totale:

Code Nom de la région Chef-lieu Population
2024
Nombre
d'habitants
%
1 Tanger-Tétouan-Al Hoceïma Préfecture de Tanger-Assilah 4 008 655 11,3 %
2 L'Oriental Préfecture Wejda-Angad 2 269 378   6,3 %
3 Fès-Meknès Préfecture de Fès 4 436 873 12,5 %
4 Rabat-Salé-Kénitra Préfecture de Rabat 5 088 656 14,3 %
5 Béni Mellal-Khénifra Province de Béni-Mellal 2 510 799   7,0 %
6 Casablanca-Settat Préfecture de Casablanca 7 651 096 21,5 %
7 Marrakech-Safi Préfecture de Marrakech 4 864 187 13,7 %
8 Drâa-Tafilalet Province d'Errachidia 1 643 144    4,6 %
9 Souss-Massa Préfecture d'Agadir Ida-Outanane 2 994 360     8,4 %
10 Guelmim-Oued Noun Province de Guelmim   417 663     1,1 %
11 Laâyoune-Sakia El Hamra (Sahara occidental) Province de Laâyoune   419 169     1,1 %
12 Dakhla-Oued Ed-Dahab (Sahara occidental) Province d'Oued Ed-Dahab    186 611     0,5 %
  Source: Recensement général de 2024 Total : 36 937 529 (sans le Sahara occidental) 35 467 148 100 %

Des trois principaux pays du Maghreb, le Maroc est celui qui présente la situation linguistique la plus complexe: l'arabe coranique et l'arabe moderne pour les plus instruits, l'arabe véhiculaire ou arabe marocain pour quasiment toute la population, le berbère, appelé amazigh (le rifain dans le Rif, le tamazight dans le Moyen-Atlas, le tachelhit dans le Souss), pour environ 40 % des Marocains; le français pour ceux qui fréquentent les écoles, l'espagnol pour une faible partie de la population du Nord, et l'anglais qui tend à s'imposer en tant que véhicule de la modernité. La Constitution du Maroc ne fait aucune mention de ces langues, sauf pour l'arabe (dans le Préambule). Dans le cadre cet article, le terme «arabe» employé seul renvoie toujours à l'arabe standard moderne. L'expression «arabe dialectal» désigne toujours l'arabe marocain.

La répartition de cette population est très inégale au Maroc: près de 90 % des habitants vivent dans le nord du pays. La capitale, Rabat (515 600 habitants en 2024), se classe derrière l'agglomération de Casablanca (3,2 millions d'habitants), de Fès (1,2 million), de Tanger (1,2 million), de Salé (1,0 million), de Marrakech (1,0 million), de Meknès (551 500 habitants), mais devant Tétouan (469 4700 habitants). Les musulmans (98,7 %), principalement sunnites, constituent la quasi-totalité de la population.

2.2 La langue arabe

La langue arabe s'est introduite au Maroc au VIIe siècle, notamment dans la partie nord-ouest du pays. L'arabe s'est implanté encore davantage auprès des populations berbères à la suite de la fondation de la ville de Fès par le sultan Idris II (791-828) en 808. À partir du 1118, le Maroc vit arriver un flux massif de tribus hilaliennes, descendantes de la région du Nejd en Arabie; celles-ci arabisèrent profondément la population locale. À la suite à la Reconquista espagnole du XVe siècle, le pays reçut des centaines de milliers d'Andalous arabophones qui s'installèrent dans des centres urbains comme Rabat, Fès, Salé et Tétouan.  C'est alors que le processus d'arabisation s'amplifia et atteignit tout le nord du pays.

On estime que 65 % de la population actuelle du Maroc parle l'arabe comme langue maternelle. Mais le Maroc, à l'instar des autres pays arabophones, compte trois types d'arabe: l'arabe vernaculaire, l'arabe coranique et l'arabe moderne standard. Voir l'article complet sur la Langue arabe et ses variétés

- L'arabe marocain

L'arabe marocain reste la langue maternelle de tous les Marocains arabophones, soit 68 % de la population totale. Cette langue est appelée au Maroc Addarij ou darija, c'est-à-dire «langue courante». Elle sert généralement d'outil de communication entre les locuteurs arabophones et berbérophones. Bien qu'il soit socialement dévalorisé, l'arabe vernaculaire marocain constitue la langue la plus employée dans tout le Maroc.

Comme pour presque toutes les variétés d'arabe vernaculaire, l'arabe marocain connaît plusieurs variétés régionales ou locales. Certains linguistes distinguent ainsi les variétés urbaines aux variétés rurales (ou bédouines), les variétés orientales (Tanger, Tétouan, etc.) aux variétés du Gharb (Casablanca, Kénitra, etc.), les particularismes de type rbati (Rabat), fassi (Fès), marrakchi (Marrakech), etc. D'autres différencient cinq catégories:

1) l'arabe marocain urbain employé dans les anciennes cités impériales  — Fès, Marrakech, Rabat, Meknès — démontrant des similarités avec l'arabe andalou;
2) l'arabe marocain des montagnes du Nord-Ouest ;
3) l'arabe marocain des Bédouins de l'Ouest;
4) l'arabe marocain des Bédouins de l'Est;
5) l'arabe marocain hassanya. 

Le tableau qui suit présente les principaux types d'arabe vernaculaire:
 

Ethnie arabe ou arabisée Population Pourcentage Langue principale Filiation linguistique  Religion principale
Arabe marocain 25 913 000 90,9 % arabe marocain

langue sémitique

islam
Berbère jebala arabophone 1 329 000 4,7 % arabe marocain langue sémitique islam
Arabe libanais 587 000 2,1 % arabe marocain langue sémitique islam
Arabe beidane 196 000 0,7 % arabe hassanya langue sémitique islam
Bédouin yahia 119 000 0,4 % arabe algérien langue sémitique islam
Sahraoui 92 000 0,3 % arabe hassanya langue sémitique islam
Arabe harratin 60 000 0,2 % arabe hassanya langue sémitique islam
Arabe algérien 54 000 0,2 % arabe algérien langue sémitique islam
Bédouin gil 51 000 0,2 % arabe algérien langue sémitique islam
Berbère réguibat (Maure noir) 41 000 0,1 % arabe marocain langue sémitique islam
Juif marocain 21 000 0,0 % arabe judéo-marocain langue sémitique judaïsme
Berbère tekna 20 000 0,0 % arabe hassanya langue sémitique islam
Amazigh izarguien 19 000 0,0 % arabe marocain

langue sémitique

islam
Total langue arabe  28 502 000 100 %   -  

Ainsi, parmi les arabophones, l'arabe marocain est parlé par plus de 90% des locuteurs du Maroc. On peut consulter une carte linguistique illustrant les deux langues maternelle des Marocains, l'arabe marocain et les langues berbères, avec leurs variantes en cliquant ici s.v.vp.

Le fait qu'il existe des livres pour apprendre l'arabe marocain (L'arabe marocain de poche) témoigne de la vitalité de cette variété d'arabe. De cette façon, chaque variété ou sous-variété de l'arabe marocain est identifié avec une ville ou une région. Mais ces variantes n’altèrent pas pour autant la compréhension langagière entre les différentes régions. Il existe aussi des groupes qui proposent des cours de "Speak Moroccan": on y offre des expressions utiles utilisables dans la vie de tous les jours, ainsi que des cours simples de grammaire. C'est utile lorsqu'on planifie un voyage touristique ou un voyage d’affaires au Maroc, ou qu'on veuille simplement impressionner ses amis marocains.

Les variétés de l'arabe marocain et celles du berbère demeurent les langues maternelles de la quasi-totalité des Marocains. L'arabe marocain (ou une variété de berbère) demeure la première langue que tout Marocain apprend dans sa famille et dans la vie quotidienne du quartier. Outre sa présence dans le milieu familial et le quartier, cet arabe est utilisé dans la littérature populaire, les pièces de théâtre, la radio et lors de certains débats parlementaires. À l'école, l'emploi de l'arabe marocain est courant en dehors de la classe (cour, bureaux, réunions, etc.), dans la cour), mais la plupart des enseignants utilisent cette variété dans les classes, même si les directives du ministère de l'Éducation interdisent cette pratique.

Dans ses réalisations quotidiennes, l’arabe marocain est non seulement imprégné de l’arabe moderne, mais a emprunté aussi de très nombreux termes français et berbères (amazigh). Il s’agit donc d'un métissage entre l’arabe standard, le français et l'amazigh, ce qui n'altère nullement les valeurs culturelles et spirituelles des locuteurs marocains, car son usage s'étend à toute la nation, même parmi les Berbères. L'arabe marocain, y compris ses variétés locales, constitue en quelque sorte une langue nationale illégale, qui n'est pas reconnue par la loi, mais utilisé de facto par toute la population arabophone.

En plus de l'arabe marocain, il se parle dans le pays d'autres variétés d'arabe: l'arabe libanais, l'arabe algérien, l'arabe tunisien, l'arabe saharien, l'arabe hassanya, etc.  

- L'arabe coranique

Quant à l'arabe coranique ou classique, il n'est la langue maternelle d'aucun Marocain et il n'est pas utilisé comme véhicule spontané de communication, pas plus au Maroc que dans tout autre pays arabe parce que c'est une langue sacrée figée dans le temps, le VIIe siècle. L'arabe coranique demeure pour tout arabophone la langue de la prédication islamique et de l'enseignement religieux (la langue du Coran), puis celle de la langue écrite en concurrence surtout avec le français.

Mais c'est également la référence et l'outil symbolique de l'identité arabo-musulmane, une langue supranationale réservée à des usages formels et limités à certaines situations particulières. Aux yeux des nationalistes, l'arabe classique représente le moyen de lutte contre l'oppression linguistique exercée par l'Occident à travers ses langues, que ce soit le français, l'espagnol ou l'anglais. L'un des problèmes avec la langue arabe coranique, c’est qu’elle est défendue par des arabophones religieux qui la considèrent comme un objet sacré qu'il ne faut ni toucher ni souiller, au lieu de la considérer comme un outil de communication entre les individus et entre les peuples. Les défenseurs de cet arabe sacré croient que tout apport extérieur, qu'il vienne du français, de l'arabe marocain, de l'amazigh ou de l'anglais, constitue une menace.     

- L'arabe moderne standard

L’arabe moderne standard, ou simplement «arabe standard», correspond à la variante moderne de la langue arabe, soit celle qui est enseignée dans les écoles, par opposition à l'arabe classique ancien associé à l'arabe du Coran. Au Maroc, comme dans d'autres pays arabophones, l'arabe moderne standard sert de véhicule dans l'enseignement à tous les les niveaux, sauf dans l'enseignement supérieur scientifique. L'arabe moderne standard est également la langue des productions littéraires, de la presse écrite, de la presse électronique, et de toute sorte de brochures et de documents administratifs et judiciaires. Surtout, c'est la langue qui est utilisée dans les manifestations officielles et institutionnelles, notamment au Parlement.

Au niveau supranational, l'arabe moderne standard est la langue de communication par excellence dans le monde arabe, à la fois à l'écrit et à l'orale. Pour cette raison, c'est une variété de référence pour toute la communauté arabe, parce que, à travers elle, sont véhiculées la culture arabe en général et une partie de la culture marocaine en particulier.

L'arabe marocain, présent partout dans la vie quotidienne, n'a aucun statut constitutionnel, mais l'arabe coranique, totalement absent de la vie quotidienne, est la langue officielle du pays, celle dont le statut est reconnu dans la la Constitution de 2011.  Dans les faits, c'est l'arabe moderne standard qui sert de langue officielle, l'arabe classique n'étant qu'un symbole. Qu'il soit véhiculaire, coranique ou moderne, l'arabe fait partie de la famille des langues afro-asiatiques (ou chamito-sémitiques). Voir l'article sur la Langue arabe et ses variétés.

2.3 Les langues berbères 

Si les arabophones parlent diverses variétés locales, il en est ainsi pour les berbérophones. En fait, le mot berbère désigne une branche de langues appartenant à la famille afro-asiatique (appelée aussi ''chamito-sémitique''). Les langues sémitiques (comme l'arabe) et les langues berbères (comme l'amazigh) constituent les deux plus importants groupes linguistiques de la famille afro-asiatique. En principe, le terme «Amazigh» désigne les peuples autochtones d'Afrique du Nord, tandis que le mot «tamazight» fait référence à la langue qu'ils parlent. Cependant, au Maroc, le terme «amazigh» peut aussi désigner la langue. De plus, il ne faut pas oublier que les berbérophones sont présents dans une dizaine de pays couvrant près de cinq millions de kilomètres carrés et compte plus de 40 millions de locuteurs (voir la carte linguistique berbérophone). Forcément, les variétés berbères peuvent porter des appellations différentes. 

Au Maroc, la langue berbère est appelée amazigh dans la mesure où l'on parle du «berbère standardisé». En ce cas, on ne fait plus la distinction entre le rifain, le tamazight ou le tachelhit. En fait, l'arabe utilise تمازيغي, ce qui se traduit aussi bien par «amazigh» que par «tamazight». Depuis le 8 avril 2022, la Chambre des représentants assure l’interprétation vers la langue amazighe dans ses trois variantes: le tachelhit, le tamazight et le tarifit.

En français, le mot berbère est dérivé du grec barbaroi et retenu par les Romains dans barbarus, puis récupéré par les Arabes en barbar et enfin par les Français avec berbère, puis par les Espagnols avec beréber, par les Catalans avec berber et par les Italiens avec berbero. Étymologiquement, ce terme désigne avant tout les «gens dont on ne comprend pas la langue», c'est-à-dire les étrangers considérés comme des «barbares». Autrement dit, le mot berbère avait une signification bien négative, puis par extension le mot a même signifié «sauvage» ou «non civilisé». Avec le temps, le mot berbère a fini par perdre son sens péjoratif pour désigner les Amazighes. Pour les linguistes francophones, le mot berbère renvoie à un groupe linguistique parmi les langues afro-asiatiques. Quant aux Berbères, ils préfèrent se désigner eux-mêmes par le terme Amazigh, ce qui signifie «homme noble» ou «homme libre». La terminologie officielle du gouvernement marocain utilise aussi le terme amazighe (ou amazigh). Bref, l'appellation «berbère» n'appartient ni à la population concernée ni à sa langue, car ce terme a été apporté de l'extérieur. Dans les faits, les mots «Berbère» et «Amazigh» sont synonymes.

Au Maroc, le nombre de berbérophones est de 10 millions de locuteurs, soit 26 % de la population totale; ils constituent la minorité linguistique la plus importante du pays. Dans certaines zones rurales, cette proportion se situerait entre 80 % et 100 %. Parmi les berbérophones, plus d’un tiers ne maîtriserait pas l’arabe standard. Les Berbères parlent plusieurs variétés linguistiques, dont les principales sont l'amazigh (3,3 millions), le tachelhit (1,4 million), le tarifit ou rifain (1,5 million), le zénaga (53 000), le chaoui (26 000) et le ghomari (12 000). Il existe quelques autres variétés ne comptant qu'un nombre restreint de locuteurs. De façon habituelle, on distingue les variétés suivantes:

- le tarifit (ou rifain), parlé dans le Rif, au nord-est;
- l'amazigh ou tamazight parlé dans le Moyen-Atlas, une partie du Haut-Atlas et plusieurs vallées; il dispose d’un alphabet, le tifinagh (prononcé [tifinar],  également utilisé par les Touaregs;
- le tachelhit ou chleuh pratiqué par les Chleuhs du Haut-Atlas, du Souss et du littoral du sud du Maroc.

On peut consulter une carte linguistique illustrant les deux langues maternelle des Marocains, l'arabe marocain et les langues berbères, avec leurs variantes en cliquant ici s.v.vp.

Si l'on additionne les peuples qui parlent la même variété de langue, on aura pour l'amazigh (ou tamazight) 3,59 millions de locuteurs 32,6); pour le tachelhit 4,47 millions de locuteurs (44,7%); il ne reste que 1,6 million pour le tarifit (1,44%), 97 000 pour le tasenhajit (ou sanhadja de Srayr), 27 000 pour le chaoui, 16 000 pour le taznati et 12 000 pour le ghomari. Le tasenhajit, une langue berbère parlée par les Sanhadja de Srayr, est considéré comme une langue en danger, avec des variations dialectales importantes. Cette diversité a historiquement compliqué les efforts d’unification linguistique et a parfois été instrumentalisée par les autorités pour fragmenter les revendications politiques berbères.

Ethnie berbère

Population

Pourcentage

Langue maternelle Affiliation linguistique

Religion principale

Berbère du shilha du Sud

3 556 000

32,7 %

tachelhit

langue berbère

islam

Berbère de l'Atlas central

2 937 000

27 %

amazigh

langue berbère

islam

Berbère rifain

1 649 000

15,2 %

rifain (tarifit)

langue berbère

islam

Berbère draoui

 524 000

4,8 %

tachelhit

langue berbère

islam

Berbère filala

 393 000

3.6 %

tachelhit

langue berbère

islam

Berbère warain

 342 000

3,2 %

amazigh

langue berbère

islam

Berbère atta

 159 000

1,5 %

amazigh

langue berbère

islam

Berbère sanhadjien (de Srayr)

97 000

0,9 %

tasenhajit

langue berbère

islam

Berbère ouregou

  78 000

0,7 %

amazigh

langue berbère

islam

Berbère zekara

  78 000

0,7 %

amazigh

langue berbère

islam

Berbère chaoui

  27 000

0,3 %

chaoui

langue berbère

islam

Berbère taznatit

  16 000

0,2 %

taznati

langue berbère

islam

Berbère ghomari

  12 000

0,1 %

ghomari

langue berbère

islam

Total (2025) 10 868 000 100 % - - -

Il est possible également de consulter une carte linguistique plus grande des langues berbères au Maroc, en cliquant ICI, s.v.p.  Cependant, il convient de préciser que la berbérophonie au Maroc, contrairement à celle de l'Algérie, n'est pas aussi clairement territorialisée que cette carte le laisse supposer. En réalité, il existe des arabophones partout au Maroc, y compris dans les aires berbérophones, notamment tout autour de ces zones où les langues sont davantage mélangées.

Par ailleurs, dans toutes les grandes villes du pays, on compte de très nombreux berbérophones, que ce soit Rabat, Tanger, Casablanca, Marrakech, Fès, Essaouira, etc. Autrement dit, cette carte illustre davantage l'aire historique des parlers berbères que la réalité actuelle qui est devenue plus complexe avec le temps. Il faut aussi considérer que l'emploi des langues berbères tend à diminuer dans les grandes villes au profit de l'arabe marocain. Dans les zones rurales, les variétés berbères sont exclusivement utilisées par les berbérophones, y compris au sein de l'Administration, dans la mesure où les employés sont berbérophones. De plus, les provinces du Haut Atlas, du Rif et de l’Anti-Atlas se classent régulièrement parmi les plus pauvres du pays, avec des taux d’analphabétisme, de chômage et d’insécurité alimentaire bien supérieurs à la moyenne nationale.

En ce qui a trait à l'écriture, l'emploi de l'amazigh est exclusivement oral, rarement écrit en dehors des dénominations officielles. Tous les Marocains écrivent soit en arabe standard moderne soit en français. On n’écrit pas en arabe véhiculaire ni généralement en berbère, bien que ce dernier possède une écriture: l'alphabet tifinagh. Au point de vue linguistique, l'arabe et l'amazigh, ainsi que leurs variétés, sont des langues afro-asiatiques (ou chamito-sémitiques).

Depuis la Constitution de 2011, le tamazigh est aussi «une» langue officielle avec l'arabe (art. 5), mais ce statut n'est pas tout à fait équivalent. En effet, il fallait attendre l'adoption d'une loi organique, promulguée seulement en 2019, qui devait définir les modalités et le processus de la mise en œuvre de l’officialisation de la langue amazighe, ainsi que son intégration dans l’enseignement, dans les médias et dans l'administration de l'État.

2.4 Le français

Depuis la signature du traité de Fès, le 30 mars 1912 jusqu'à la proclamation de l'indépendance le 2 mars 1956, le français était la langue officielle du régime du protectorat et de ses institutions. Même après cette date, le français a conservé un rôle privilégié en tant que première langue étrangère — langue seconde généralisée — du Maroc. Les dirigeants marocains ont pourtant entamé une ambitieuse politique d'arabisation qui s'est poursuivie avec effort jusque vers 1976, avant de connaître un certain essoufflement. Aujourd’hui, un certain pragmatisme semble avoir pris la relève, qui a fait place à la «cohabitation linguistique». Le Maroc compte encore quelque 80 000 Français et 20 000 Espagnols. Il y a aussi un certain nombre de Marocains qui ont perdu leur langue arabe marocaine: ce sont ceux qui ont émigré en France et qui sont revenus après plusieurs années.

- Une langue sans statut officiel

Le français n'a aucun statut officiel de droit au Maroc, puisque la Constitution déclare dans son préambule que l'arabe est la langue officielle du Maroc. Mais le français est la seule langue au Maroc, qui puisse prétendre d'être à la fois lue, écrite et parlée, tout en étant la langue de toutes les promotions sociales et économiques. La langue française a gardé des positions importantes dans l'éducation, les tribunaux, la politique, l'Administration et les médias, ce qui est beaucoup, il va sans dire, car il faut mentionner aussi la visibilité de cette langue dans l'espace et l'environnement graphique marocain. Le français a donc acquis un statut de fait (de facto) au Maroc. Il ne faut pas oublier que la France est demeurée le principal partenaire économique du Maroc, voire le premier client, le premier investisseur, et le premier formateur de cadres marocains à l'étranger. De son côté, le Maroc participe aux Sommets de la Francophonie et adhère à l'Agence universitaire francophone (AUF), à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), ainsi qu'à divers autres organismes internationaux francophones.  

Cela étant dit, le français n'est pas connu par tous les Marocains. Pour parler et lire le français, il faut avoir fréquenté l'école jusqu'à la fin du secondaire. Comme près de 50% des enfants marocains ne terminent pas leur secondaire, il arrive qu'ils oublient ensuite le peu de français qu'ils ont appris. Bref, le français est connu et utilisé par tous ceux qui ont fait des études universitaires, qui tiennent des commerces importants, qui font des affaires, qui jouent un rôle primordial dans la vie culturelle de la nation ou qui sont en contact régulier avec les touristes.

- Le français «rudimentaire»

Il existe au Maroc un français «rudimentaire» qui a une fonction essentiellement pratique et limitée. Il sert d'instrument de communication pour les Marocains peu alphabétisés, sinon pas du tout, qui sont en contact avec une population francophone vivant au Maroc ou le visitant en tant que touriste. C'est le cas en général des employés de maison ou des domestiques, des jardiniers, des gardiens de piscine, des laquais dans les hôtels, des guides touristiques de fortune, des agents de service des diverses sociétés privées franco-marocaines, des vendeurs itinérants, des femmes de chambre, etc. Ce type de français rudimentaire est caractérisé par un vocabulaire très limité, une syntaxe simplifiée et une phonétique influencée par l'arabe dialectal. C'est un français strictement utilitaire qui ne peut soutenir une conversation élaborée.  

Beaucoup de Marocains peu instruits ne parlent donc que l'arabe local. Dans les zones rurales, il est fréquent d'aborder des Marocains qui n'ont aucune connaissance du français ni de l'arabe standard moderne, et qui ne parlent que l'arabe marocain. Quant aux Berbères, il est plus rare qu'ils ne parlent que leur variété locale. Ils parlent en général au moins l'arabe marocain comme langue seconde. Le bilinguisme arabo-amazigh est propre aux seuls amazighophones (ou berbérophones); il est rare qu'un arabophone tentera d'apprendre l’amazigh parce qu’il n'en voit pas la nécessité. Un Marocain instruit parle généralement l'arabe marocain, l'arabe standard, le français et, parfois, l'anglais et l'espagnol. Dans les hôtels, le personnel en contact directement avec le public peut être polyglotte et s'exprimer en arabe marocain, en arabe standard, en français, en anglais, en espagnol et parfois en allemand.

2.5 L'espagnol et l'anglais

L'espagnol est présent sur le territoire marocain depuis la chute de Grenade en 1492 et ensuite l'arrivée des Maures et des Juifs chassés d'Espagne. Cette langue est devenue plus «populaire» à la suite de la colonisation espagnole à la fin du XIXe siècle, surtout dans le Sahara occidental.  La conférence d'Algésiras (1906), qui entérinait l'intervention des puissances occidentales au Maroc, reconnut à l'Espagne et à la France des droits particuliers. En dépit de l'opposition de l'Allemagne, le traité de protectorat, finalement imposé au sultan du Maroc, fut signé à Fès le 30 mars 1912. Mais, en novembre 1912, la convention de Madrid plaçait le nord du pays (Sahara occidental) sous protectorat espagnol.

Après l'indépendance du Maroc en 1956, la récupération du Rif au nord, d'Ifni et du Sahara occidental en 1975, l'espagnol perdit beaucoup de sa vitalité. Aujourd'hui, l'espagnol n'a gardé qu'une faible position dans des centres comme Tanger, Tétouan, Nador. Par contre, le Sud demeure encore très influencé par l'espagnol qui est enseigné au secondaire et à l'université en tant que langue étrangère. Dans de nombreux cas, l'espagnol prévaut sur le français dans le Sud. La présence de nombreux médias espagnols, sans compter  les milliers d'Espagnols qui, pour des raisons liées au commerce ou de travail, doivent voyager dans ces régions ou qui résident à Ceuta ou à Melilla. D'autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la proximité avec le territoire espagnol et la très importante quantité de touristes espagnols qui choisissent le Maroc pour y passer leurs vacances ou simplement comme un pays à visiter, ce  qui encourage les Marocains à apprendre l'espagnol.

Depuis quelques années, il existe un mouvement pour promouvoir l'usage de l’anglais au Maroc afin de supplanter l’usage du français. Cela dit, le Maroc semble avoir renouvelé la controverse sur les langues étrangères, après qu'une page spécialisée dans la publication d'un contenu scolaire en anglais ait lancé une campagne électronique pour exiger que l'anglais soit la première langue étrangère dans le système d'éducation au lieu du français. Les progrès du Maroc dans l’emploi de l’anglais ces dernières années ont été limités, mais ces progrès restent freinés par la forte présence de la langue française dans l'éducation, l’administration et l’économie.

Il faut reconnaître que la position de l'anglais reste encore faible sur le «marché linguistique» marocain, mais sa force augmente lentement et sûrement en raison de son statut au plan international. L'intelligentsia marocaine, formée à l'école anglo-américaine, estime que le français n'a pas le monopole de la modernité. L'anglais pénètre dans des champs traditionnellement tenus par le français, comme l'éducation, la recherche et les médias. Ce désir de passer à l’anglais se manifeste à chaque fois que les relations avec la France se tendent.

Certains croient qu'il faudrait que le Maroc passe de la francophonie à la francophilie et à l'anglophonie, mais c'est sans compter sur la force d'inertie, et les ressources limitées en matière d'éducation (en personnel et en financement).    

2.6 L'ensemble des langues

Si l'on rassemble les statistiques démo-linguistiques, on aura le tableau suivant:

Ethnie

Langue maternelle Population

Pourcentage

Affiliation linguistique

Religion principale

Arabe

arabe + variétés

28 502 000

71,8 %

langue sémitique

islam

Berbère

amazigh + variétés

10 868 000

27,3 %

langue berbère

islam

Espagnol

espagnol

     7 200

0,0 %

langue romane

christianisme

Français

français

    5 800

0,0 %

langue romane

christianisme

Autres

diverses

312 000

0,7 %

-

-

Total

-

39 695 000

100 %    

On peut affirmer que le Maroc est un pays multilingue, avec trois variétés d'arabe (véhiculaire, coranique et standard) et trois variétés de berbère (tachelhit, amazigh et tarifit), ainsi que, comme langue secondes, le français un peu partout ou l'espagnol dans le Nord, sinon l'anglais.

-  Les langues transmises à la maison (2017)

En dépit de la politique d'arabisation prônée par le gouvernement marocain, le français est présent au sein du cercle familial, à l’école, au travail et dans les activités de loisirs. Le taux d’usage du français, comparativement au taux des autres langues (arabe vernaculaire, arabe standard, amazigh) est significatif, même s’il connaît certaines variations. En général, le foyer maghrébin est plurilingue et le français y occupe une place de choix.

En 2017, l'enquête DUFRAM (Dynamique d’usage, de la transmission et des représentations du français dans l’espace arabo-francophone au Maghreb et au Moyen-Orient) était une enquête réalisée par une équipe internationale soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’Agence universitaire francophone (AUF). Cette enquête de 2017 cherchait à décrire et à répondre aux questions d’usage et de pratiques des langues généralement et du français particulièrement au Maroc, en Algérie, en Tunisie et au Liban. Les données disponibles du projet DUFRAM au Maroc portaient sur six villes : Agadir, Casablanca, Fès, Marrakech, Rabat et Tanger. En dépit de la politique d'arabisation, pratiquée par le gouvernement, c'est l'arabe vernaculaire qui était le plus employé à la maison dans une proportion de 90 %, contre 34% pour l'arabe standard, 21 % pour l'amazigh et 27 % pour le français. Quoi qu'il en soit, le français est partout présent, y compris dans la transmission de la langue.

Mais une enquête menée en 2024 est venue modifier ces résultats.

- L’enquête de Sunergia en 2025 sur les pratiques linguistiques au Maroc

Depuis plus de 30 ans, le Groupe Sunergia est devenu un acteur majeur des études de marché et du conseil stratégique au Maroc et en Afrique. Son expertise réside dans sa capacité à fournir des analyses précises et fondées sur les données, ce qui permet aux décideurs dans tous les domaines d'agir en conséquence.

En 2024, Sunergia a réalisé une enquête sur les langues employées au Maroc. Il s'est limité à sept langues : la ''darija'' (ou arabe marocain), l’arabe standard (appelé ''arabe classique''), l'amazigh (sans distinction des variétés appelées ''dialectes''), le français, l’anglais, l’espagnol et l’allemand. Les personnes interrogées provenaient de manière représentative des principales régions du Maroc, dont Casablanca, Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Marrakech, Agadir, etc.

Si Sunergia a distingué l'arabe marocain (la darija) et l'arabe officiel (arabe classique), le recensement de 2024 ne mentionnait que l'arabe tout en faisant la différence entre les «langues locales» (darija, tachelhit, tamazight, tarifit et hassanya). Le recensement emploie l'expression «autres langues» pour faire référence aux langues européennes.

Pour l'arabe:

Au contraire du recensement de 2014, l'enquête de Sunergia montre une très grosse différence entre l'arabe marocain et l'arabe officiel: seuls 2% des sondés emploient l’arabe standard dans leurs communications orales personnelles contre 94% pour la ''darija''. Au niveau professionnel, la ''darija'' est utilisée par 69% des Marocains à l’oral et 39% à l’écrit, contre seulement 8% et 10% pour l’arabe standard (juristes, journalistes, etc.). Seulement 12,6% des Marocains se considèrent bilingues dans ces deux langues, c'est-à-dire les deux variétés d'arabe.

Pour l'amazigh

Quant à l'amazigh, 25% des Marocains le parlent couramment selon l'enquête, 21% comme langue maternelle, avec une concentration élevée dans le sud du pays (39%). Son usage reste stable à travers les générations, ce qui témoigne de sa pérennité dans la culture marocaine.

Pour le français

Quelque 19 % des Marocains parlent couramment le français qui n’a aucun statut officiel, mais qui demeure omniprésent dans l’administration, l’éducation et le monde des entreprises. Seulement 10% des Marocains sont bilingues ou trilingues avec le français. Dans le monde professionnel, le français est employé par 31% des utilisateurs à l’oral et 32% à l’écrit, presque la même proportion que pour la ''darija''. Et un énorme écart existe entre oral et écrit dans un contexte personnel : 9% à l’oral contre 22% à l’écrit, l’inverse de la ''darija''. Selon les dernières données de l’ Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Maroc occupe la 4e place mondiale en nombre de locuteurs francophones, derrière la France, le Congo-Kinshasa et l’Algérie.

Pour l'anglais

En ce qui concerne cette langue, 9% des Marocains disent la parler couramment, mais à peine 3% de ceux-ci parlent l’anglais en plus de l’arabe. La croissance de l'anglais s’explique par son intégration dans l’éducation, mais également par son poids dans les activités professionnelles, particulièrement dans les secteurs du numérique et du commerce international; l’attrait des jeunes pour les contenus anglophones – séries, musique, jeux vidéo et plateformes en ligne – contribue également à cette dynamique.

- Des usages différents à l'oral et à l'écrit

Le tableau «Les langues les plus parlées au Maroc en 2024» révèle les différences entre l'emploi des langues à l'oral et à l'écrit, ainsi qu'entre les relations personnelles et professionnelles:

 

Langues

Personnel
à l'oral
Personnel
à l'écrit
Professionnel
à l'oral
Professionnel
à l'écrit

Darija (arabe marocain) 94 % 69 % 69 % 39 %
Arabe officiel standard 2 % 9 % 8 % 10 %

Amazigh 19 % 8 % 8 % 3 %

Français 9 % 22 % 31 % 32 %

Anglais 3 % 4 % 7 % 7 %

Espagnol 1 % 1 % 1 % 0 %

Allemand 0 % 0 % 1 % 1 %

Ce tableau révèle deux faits indéniables: la darija (arabe marocain) et le français constituent les deux principales langues au service de la vie quotidienne et de la vie professionnelle. L'enquête démontre des tendances évidentes dans l’usage des langues:

1. La darija domine largement à l’oral, que ce soit dans les échanges personnels (94%) ou professionnels (69%), soulignant son rôle central comme langue du quotidien.

2. La darija reste majoritaire à l'écrit dans les communications personnelles (69%) par rapport à 22% pour le français). Dans les communications professionnelles, cette prédominance est moins marquées (39% contre 32% pour le français).

3. L’arabe officiel (2% et 8%) et l’amazigh sont moins employés, mais l’amazigh conserve une présence significative à l’oral (19% en usage personnel), reflétant son importance culturelle.

4. L’anglais, l’espagnol et l’allemand restent marginaux, bien que l’anglais soit plus présent en milieu professionnel (7%).

Par ailleurs, selon les données du recensement de 2024, 24,8% des Marocains sont analphabètes; presque la totalité de la population alphabétisée, âgée de 10 ans et plus, sait lire et écrire la langue arabe (99,2%, sans distinction) ; mais près de neuf personnes sur dix (91,9%) utilisent la darija (96,3% en milieu urbain contre 84,5% en milieu rural).

2.8 Les religions

L'islam sunnite est la religion dominante au Maroc, mais le pays possède également des communautés juives et chrétiennes, avec une histoire de coexistence et de tolérance religieuse.  De fait, la Constitution marocaine stipule également à l'article 3 que l’islam est la religion officielle de l’État, tout en garantissant la liberté de pratiquer des rituels religieux aux non-musulmans.

- L'islam

L'islam est la religion d'État au Maroc, et le roi porte le titre de «commandeur des croyants» (''Amir al-Muminin'') afin de garantir le respect de l'islam dans le pays.  La plupart des Marocains pratiquent l'islam sunnite, soit 98,5 %, bien que la pratique religieuse soit relativement modérée, avec environ un tiers des hommes se rendant à la mosquée chaque vendredi. Néanmoins, les cinq piliers de l'islam — profession de foi, prière, aumône, jeûne du ramadan et pèlerinage — sont généralement respectés et intégrés dans la vie quotidienne.

- Le judaïsme

Le judaïsme bénéficie d'une longue histoire au Maroc, avec des communautés présentes depuis l'Antiquité, donc avant l'apparition de l'islam, et renforcées par l'arrivée des juifs d'Espagne après la Reconquista au XVe siècle. Aujourd'hui, la population juive est très réduite, puisqu'elle représente environ 0,2 % de la population, soit environ 20 000 personnes pour tout le pays. Cela dit, les anciens quartiers juifs, appelés ''mellahs'', et les synagogues historiques témoignent de cet héritage, notamment dans des villes comme Fès, Grenade, Marrakech et Essaouira.

- Le christianisme

Le christianisme est une autre religion grandement minoritaire au Maroc, car elle représente environ 1 % de la population. Ce sont principalement de communautés catholiques et protestantes, en général issues de résidents étrangers ou de la diaspora marocaine. Il existe quelques communautés chrétiennes arabes et berbères, elles sont très minoritaires.

 

Dernière mise à jour: 13 août 2026
 
- Maroc -
(1) Données démolinguistiques
(2) Données historiques et conséquences linguistiques

 
(3) La politique d'arabisation

(4)
Les droits linguistiques des berbérophones
 
Sahara occidental  (5) Bibliographie

Afrique

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