L'arabe

L'arabe est une langue chamito-sémitique ou afro-asiatique attestée dès le VIIe siècle. Elle fait partie de la branche sémitique avec l'hébreu et l'amharique en Éthiopie. L'arabe doit son expansion à la propagation de l'islam, à la diffusion du Coran et à la puissance militaire des Arabes à partir du VIIe siècle. Ces trois facteurs sont intimement liés au point qu'on ne peut que difficilement les dissocier.

Carte reproduite avec l'aimable autorisation de M. Mikael Parkvall de l'Institutionen för lingvistik, Université de Stockholm. 

1 Arabe dialectal et arabe classique

La langue arabe se présente sous deux formes principales: l'arabe dialectal et l'arabe littéraire (ou classique).

L'arabe dialectal résulte à la fois de la fragmentation de l'arabe du VIIe siècle et de la fusion des parlers provenant des conquêtes militaires et des brassages de population des langues sud-arabiques, berbères, africaines, etc. Ces variétés dialectales sont, de nos jours, extrêmement nombreuses et persistent dans tout le monde arabe. L'arabe dialectal est la langue que chacun des 240 millions d'arabophones utilise toute sa vie et qui véhicule toute une culture populaire, traditionnelle et contemporaine. Il est fortement dévalorisé au plan social et est souvent perçu comme «vulgaire» ou «abâtardi». C'est donc une langue quasi exclusivement parlée dont les variétés sont rarement incompréhensibles entre les arabophones.

On distingue principalement deux types d'arabe dialectal, c'est-à-dire deux grands groupes: le groupe occidental et le groupe oriental.  Le groupe occidental correspond aux variétés d'arabe parlées en Andalousie (Espagne), dans les pays du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc, Libye, Mauritanie et Sahara occidental) ainsi que dans l'île de Malte.  Le groupe oriental correspond aux variétés parlées en Égypte, à Djibouti, au Soudan, au Tchad, dans les États dits du Machrek (Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Palestine et Koweït) et ceux de la États de la péninsule Arabique (Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Qatar, Émirats arabes unis, Koweït et Bahreïn). Il faudrait ajouter aussi certaines variétés d'arabe parlées par de petites communautés en Turquie, en Afghanistan, au Tadjikistan, en Iran, etc. 

Comme chaque pays a son arabe particulier, que ce soit l'arabe algérien, l'arabe égyptien, l'arabe irakien, l'arabe jordanien (levantin), l'arabe libanais (ou syro-libanais), l'arabe libyen, l'arabe marocain, l'arabe mauritanien, l'arabe omanais, l'arabe palestinien, l'arabe saoudien, l'arabe syrien (ou syro-libanais), l'arabe tchadien, l'arabe tunisien, l'arabe yéménite, etc., la réalité peut paraître relativement complexe. Dans plusieurs pays arabes, il peut exister des variétés dialectales différentes en usage selon les régions. Par exemple, l'arabe parlé à Damas, la capitale de la Syrie, est différent de celui d'Alep, la seconde ville du pays. Certains diront aussi que, en Algérie, il existe plusieurs arabes algériens.

Cependant, si certaines variétés dialectales sont relativement compréhensibles entre elles (p. ex., l'arabe égyptien et l'arabe libanais), d'autres le sont beaucoup moins (p. ex., l'arabe algérien et l'arabe jordanien). De façon générale, les variétés d'arabe parlées au Maghreb et autour de la Méditerranée sont difficilement intelligibles pour les Arabophones du Proche-Orient le Machrek, et vice versa. À l'exception de l'arabe égyptien qui a connu une certaine diffusion (notamment par le cinéma), les différentes variétés d'arabe ne sont guère diffusées au-delà de leur pays d'origine.

L'arabe classique, pour sa part, est une langue diffusée dans tous les pays arabes et c'est cette langue qui est enseignée dans le monde entier. C'est donc une langue prestigieuse associée à la religion et à l'écrit, c'est-à-dire à la culture littéraire, à la science et à la technologie et aux fonctions administratives. L'arabe classique est aussi appelé arabe coranique, arabe moderne standard, arabe grammatical ou arabe éloquent. Très peu d'Arabes dans le monde parlent cette variété d'arabe comme langue maternelle. Ainsi, seulement 120 millions de personnes connaissent l'arabe classique en tant que langue seconde. Cependant, l'arabe classique ne correspond pas exactement à la langue dans laquelle fut écrit le Coran il y a quatorze siècles, bien que les règles fondamentales n'aient pas varié depuis cette époque. La langue arabe est née plusieurs siècles avant l'apparition de l'islam.

Cela étant dit, l'arabe classique moderne utilisé de nos jours a subi certaines modifications commencées au cours des dernières décennies du XIXe siècle, ce qu'on a appelé la «période de la Nahda», ce qui signifie «Renaissance», une renaissance à la fois politique, culturelle et religieuse. Ce mouvement fut principalement l'œuvre d'un groupe d'intellectuels du Liban, puis de l'Égypte et aussi de la Syrie et de la Palestine. Ces réformateurs entreprirent de moderniser la langue arabe en modifiant et en simplifiant quelque peu la syntaxe originale du VIIe siècle, mais surtout en ajoutant des mots modernes tels que «train», «compagnie», «démocratie», «socialisme», etc. Pour ce faire, il fallut puiser dans les ressources grammaticales de l'arabe, en recourant notamment au procédé de l'analogie (al-qiyas). Aujourd'hui, près de 60 % du vocabulaire moderne provient de cet arabe réformé. Néanmoins, l'arabe classique a conservé ses caractéristiques essentielles éloquentes qui permettent aux locuteurs habiles de se livrer à de véritables créations stylistiques, d'où l'expression «arabe éloquent». Alors que certains Arabes très religieux croient que, parmi toutes les langues, l’arabe est celle qui dispose des ressources les plus vastes et du lexique le plus riche, d'autres n'y voient là que du remplissage, de la verbosité ou du vain étalage. C'est peut-être pourquoi il est presque impossible d'écrire et de parler l'arabe classique de façon totalement irréprochable. Autant l'arabe dialectal peut être une langue simple à pratiquer, autant l'arabe classique peut paraître complexe et difficile. C'est un peu ce qui explique qu'aucune population arabophone ne l'ait adopté comme langue maternelle. Toutes les tentatives de changement et de réforme de la langue arabe classique ont avorté en raison des protestation de la part des protecteurs de la tradition. Il existe dans le monde musulman un certain courant dominant pour reconnaître que, parmi toutes les langues du monde, seul l'arabe, «la langue sacrée du Coran», ne peut être sujet à la révision. Pour certains Arabes, toucher à la langue arabe reviendrait à porter atteinte au Saint Coran. Comment, en effet, comprendre encore le Saint Coran et la Sunna du prophète si l'on change les règles de la grammaire et de la syntaxe? Pour certains, les appels à la suppression des règles actuelles de la grammaire arabe sont «des signes de l'existence du complot impérialo-sioniste».

Malgré les controverses au sujet des deux grandes formes d'arabe — l'arabe dialectal et l'arabe classique —, il existe de très forts liens historiques et idéologiques qui unissent les deux, ainsi que de nombreuses similitudes linguistiques. Ainsi, les lettres sont souvent identiques, de même que l'ordre des mots ou la syntaxe. Toutefois, les mots et la prononciation peuvent être très différents dans la mesure où l'arabe classique perd toute trace dialectale locale. C'est pourquoi les communautés arabes ont toujours considéré qu'il n'existe qu'une langue arabe. On écrit seulement en arabe classique, bien que l'arabe dialectal puisse théoriquement s'écrire. Cela étant dit, on estime que le taux d'analphabétisme dans le monde arabe serait de 50 % environ.

2 Les variétés d'arabe et la diglossie

De façon réductrice, on peut dire que les Arabes disposent de trois «langues» ou plutôt de variétés de langues différentes: l'arabe dialectal, l'arabe classique et l'arabe simplifié des médias. L'enseignement de l'arabe comme langue seconde se révèle très différent de celui des langues européennes comme l'anglais ou le français. En effet, seul l'arabe classique est enseigné, et ce, dans les pays où l'arabe est non seulement la langue officielle, mais la langue de la grande majorité de la population. Pour tous les arabophones, l'arabe qui est enseigné dès le primaire constitue une langue seconde, l'arabe dialectal demeurant la langue spontanée.

Cela signifie que l'apprentissage de l'arabe à l'école constitue un moyen de valorisation sociale au même titre que le sont le français et l'anglais en Afrique noire. On parle l'arabe dialectal en famille, avec ses intimes, dans ses loisirs. Mais on lit les journaux en arabe classique, parfois en arabe intermédiaire, et on n'écrit qu'en arabe classique; l'administration de l'État fonctionne en arabe classique, ce qui n'empêche pas les fonctionnaires de parler l'arabe dialectal entre eux et de rédiger des rapports en français (ou en anglais).

De façon générale, les fonctions de prestige sont remplies en arabe classique, les relations interpersonnelles privilégiant l'arabe dialectal. Sur une population de 200 millions d'arabophones, on estime à 160 millions le nombre d'arabophones ne pratiquant que l'arabe dialectal; c'est donc dire qu'à peine quelque 40 millions d'arabophones connaissent l'arabe classique. Au point de vue numérique, l'arabe dialectal a donc supplanté l'arabe classique. De plus, l'élite arabophone est le plus souvent bilingue: elle parle soit le français (le long de la Méditerranée) soit l'anglais (tout le Proche-Orient), parfois les deux (Égypte, Liban, Syrie).

La situation de l'arabe dans le monde s'avère fondamentalement différente de celle des autres grandes langues internationales. Soulignons encore une fois que son aire d'extension géographique est limitée à deux continents limitrophes et que le caractère diglossique de cette langue nuit à l'expansion dans sa forme officielle. De plus, l'arabe classique n'a pas réussi encore à se moderniser complètement et sa dépendance à l'égard de l'anglais ou du français demeure très grande. N'oublions pas que l'analphabétisme chronique de certains pays arabophones (Yémen, Qatar, Soudan, etc.) entrave aussi la propagation de l'arabe classique. S'il est relativement aisé de créer des commissions de terminologie en arabisation, il est beaucoup plus difficile de s'organiser pour faire appliquer les décisions. En général, toutes les décisions des commissions de terminologie restent lettre morte, et ce, d'autant plus qu'il est dans la pratique impossible de normaliser les travaux de chacune des commissions nationales, chacune étant jalouse de ses prérogatives.

Toutefois, la force de l'islam dans le monde assure une extension de l'arabe comme langue seconde dans tous les pays où vivent de nombreux musulmans, contribuant ainsi à une certaine unité idéologique du monde arabe. À l'exception du monde arabe, on n'enseigne à peu près pas cette langue dans aucun pays en tant que langue étrangère, sauf dans les universités et départements spécialisés. L'enseignement des langues étrangères semblent être l'apanage de l'anglais, puis du français et de l'espagnol, voire du russe.

3 L'arabe et l'islam

L'arabe doit sa fortune, soulignons-le encore, à l'expansion de l'islam, qui s'est étendu en l'espace de quelques siècles (entre le VIIe siècle et le XIIe siècle), de l'Afrique du Nord à l'Espagne, puis au Proche-Orient et en Asie. C'est ce lien puissant entre une grande religion et une langue qui a contribué à sacraliser l'arabe et à maintenir une unité linguistique à travers le temps et l'espace. C'est pourquoi, dans le monde occidental, on associe facilement l'islam et les musulmans à la langue arabe, croyant que religion islamique et monde arabophone forment un tout quasi indissociable. Il s'agit là d'une généralisation semblable à celle qui consisterait, par exemple, à croire que tous les anglophones du monde sont de religion protestante ou anglicane.

Il est vrai que 80 % des musulmans sunnites parlent l'arabe : ils habitent l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l'Égypte, le Soudan, la Jordanie, l'Irak et toute la péninsule Arabique (Arabie Saoudite, Yémen, Oman, etc.). La Syrie parle aussi l'arabe, mais la majorité des habitants sont des musulmans sunnites (avec des minorités chiites, alaouites, druzes et chrétiennes).


Source: L'Histoire, no 260, décembre 2001, p. 37.

Bien que les liens entre l'arabe et l'islam soient manifestes et que l'islamisation d'une population ait souvent entraîné son arabisation, certaines populations islamisées n'ont pas adopté l'arabe et certaines populations arabisées ne se sont jamais islamisées. Les autres peuples de religion musulmane (sunnite ou chiite) non arabophones habitent la Turquie, l'Iran, le Pakistan, le Bangladesh et l'Indonésie. En Afrique, les musulmans non arabophones couvrent le Mali, le Niger, la Somalie et les Comores. Ces peuples font usage d'une bonne vingtaine de langues dont le turc, l'amharique (Éthiopie), le farsi (Iran), le berbère (Algérie), l'indonésien ou bahasa indonesia (Indonésie), le pashtou (Afghanistan), l'ourdou (Pakistan), le singhalais et le tamoul (Sri Lanka), le comorien (Comores), etc.

De façon plus accidentelle, certains peuples arabisés ne se sont pas islamisés. C'est le cas des Maltais de l'île de Malte au sud de la Sicile. Le maltais est apparenté à l'arabe, mais la population de l'île est demeurée chrétienne. Au Liban, beaucoup de Libanais parlent l'arabe mais demeurent chrétiens; il en est ainsi en Égypte où l'on retrouve des chrétiens coptes (mais aussi des communautés catholiques). 

À l'heure actuelle, on dénombre 1,25 milliard de musulmans dans le monde. Mais seulement 240 millions sont arabophones et 120 millions ont une connaissance réelle de l'arabe classique comme langue seconde. Autrement dit, 90 % des musulmans ne peuvent lire le Coran dans le texte original. Comme quoi les mots «musulmans», «Arabes» et «arabophones» ne sont pas équivalents.

4   Les pays arabophones

Les pays arabes sont regroupés aujourd'hui dans une sorte de fédération appelée la Ligue arabe, fondée en Égypte le 22 mars 1945 à Alexandrie. Les pays fondateurs furent l'Égypte, l'Irak, le Liban, l'Arabie Saoudite, la Syrie, la Transjordanie et le Yémen (Nord). Avec la fin de la domination coloniale, la Ligue arabe s'est élargie et compte désormais 22 membres: en plus des membres fondateurs, on y trouve la Libye, le Soudan (ancien Soudan au nord), la Tunisie, le Maroc, le Koweït, l'Algérie, les Émirats arabes unis, Bahreïn, Oman, la Mauritanie, la Somalie, Djibouti et les Comores, plus la Palestine qui est membre à part entière depuis 1976. Bien qu'exprimant l'aspiration unitaire des Arabes, la Ligue n'a jamais été un instrument de mise en œuvre de la langue arabe. D'ailleurs, ses statuts ne prévoient pas d'efforts en ce sens.

Au Proche-Orient, l'arabe, ou l'une de ses variantes dialectales, est la langue maternelle de la grande majorité de la population. L'arabe est majoritaire à plus de 80 % en Syrie (16,7 millions d'habitants) et en Irak (25,5 M). Il est à peu près la seule langue au Liban (3,5 M), en Jordanie (5,3 M), en Arabie Saoudite (23,5 M), au Yémen (18,7 M), au Koweït (2,3 M), au Qatar (0,7 M), à Oman (3,3 M), à Bahreïn (0,7 million), dans les Émirats arabes unis (2,4 M) et la Palestine (3 M). Ainsi, dans cette région du monde, 90 millions de personnes ont l'arabe ou une forme d’arabe comme langue maternelle.

Sur le continent africain, la situation de la langue arabe est un peu plus complexe qu'au Proche-Orient. Les seuls pays où l'arabe avec ses variantes dialectales est parlé presque par 100 % de la population sont les suivants: l'Égypte (78,8 M), la Libye (5,6 M) et la Tunisie (9,3 M). Les arabophones constituent 83% de la population (de 34,8 M) en Algérie, 65 % au Maroc (29,1 M), 66 % en Mauritanie (3,2 M), 65 % au Soudan (36,3 M).

5    Les minorités arabophones

Les minorités arabophones sont le plus souvent bilingues et habitent surtout des pays où l'islam est la religion principale; néanmoins, certaines populations immigrées vivent en Europe et en Amérique du Nord. On trouve d'importantes minorités arabophones au Tchad (1,2 million/ 28 % de la population) et en Israël (1,3 million/33 %). D'autres petites minorités habitent l'Iran (1,2 million/1,3 %), la Turquie (400 000/1 %), Djibouti (52 000), la Somalie (50 000), le Mali (106 000), le Niger (270 000), le Sénégal (5000), l'Afghanistan (5000) et le Tadjikistan (1000). Ces minorités arabophones comptent environ 15 millions de locuteurs.

On compte également près de trois à quatre millions d'arabophones du Maghreb en Europe, principalement en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique. Étant donné que l'Europe tend à limiter l'immigration maghrébine, beaucoup d'arabophones ont commencé à choisir les États-Unis et le Canada comme terre d'accueil.

6    Le statut juridique de l'arabe

L'arabe est la langue officielle ou co-officielle de 25 États dans le monde. Les États arabophones occupent deux aires géographiques limitrophes: l'Afrique du Nord et le Proche-Orient. En Afrique, l'arabe est l'unique langue officielle en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Libye, en Égypte et au Soudan. Il est co-officiel avec le français en Mauritanie, à Djibouti, au Tchad et dans l'archipel des Comores. L'arabe est la langue majoritaire en Mauritanie, mais une langue minoritaire à Djibouti et au Tchad; aux Comores, il n'a que le statut de langue religieuse, puisque la grande majorité de la population parle le comorien, une variante du swahili.

Au Proche-Orient, le statut de l'arabe est nettement mieux défini. À l'exception d'Israël où l'arabe est co-officiel avec l'hébreu, il constitue l'unique langue officielle des États de la région: Syrie, Irak, Liban, Jordanie, Arabie Saoudite, Yémen, Koweït, Qatar, Oman, Bahreïn, Émirats arabes unis et Palestine.

Dans plusieurs pays arabes, des mesures politiques, parfois vigoureuses, ont été prises pour renforcer le statut juridique de l'arabe, particulièrement là où cette langue s'était trouvée dans un état de subordination. Ce fut le cas au Maroc et en Tunisie, mais particulièrement en Algérie où les campagnes d'arabisation ont été aussi virulentes qu'incessantes.

Soulignons que l’arabe n’a aucun statut «civil» dans les grands pays musulmans où l’arabe ne constitue pas une langue officielle, mais simplement une langue religieuse, comme en Turquie, en Iran, au Pakistan, au Bangladesh, en Indonésie, etc. 

Cependant, dans l'île de Malte, les habitants de ce pays parlent le maltais (co-officiel avec l'anglais), une variété d’arabe maghrébin fortement marquée par le sicilien, l’italien, l’anglais et un peu de français. C'est pourquoi le maltais est associé aux pays arabes, mais il diffère de l'arabe coranique. 

On pourra consulter le tableau des pays où l'arabe est une langue officielle.

7 La Ligue des États arabes

La Ligue des États arabes, appelée officiellement Ligue arabe, fut fondée, le 22 mars 1945, à Alexandrie, par l’Arabie Saoudite, l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Liban et le Yémen du Nord. Ces pays désiraient collaborer entre eux, sans perdre pour autant leur souveraineté respective.

Ensuite, adhérèrent à la Ligue arabe la Libye, le Soudan, la Tunisie, le Maroc, le Koweït, l’Algérie, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le sultanat d’Oman, la Mauritanie, la Somalie et Djibouti. L’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en est membre à part entière depuis 1976. Le siège de la Ligue arabe fut transféré du Caire (Égypte) à Tunis en 1979, après la signature des accords de paix entre l’Égypte et Israël, mais depuis le 31 octobre 1990 le siège fut de nouveau rendu au Caire.

Aujourd’hui, la Ligue arabe compte en principe 22 États membres provenant à la fois de l’Afrique du Nord, de la Corne de l'Afrique, de la péninsule Arabique et du Levant (région du littoral oriental de la mer Méditerranée, comprenant la Syrie, le Liban et Israël). Tous ces États compte au moins 300 millions d’habitants. De tous les États arabophones, seul Malte ne fait pas partie de la Ligue arabe. Voici la liste des États de la Ligue arabe: Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Comores, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Mauritanie, Maroc, Oman, Palestine, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie, Yémen. Parmi tous les pays dont l'arabe est une langue officielle, seul Israël ne fait pas partie de la Ligue arabe.

L'organisation de la Ligue arabe repose sur quatre organismes principaux: le Sommet des chefs d'État, le Conseil des ministres, les Comités permanents et le Secrétariat général. De plus, divers organismes ont été créés en application de traités qui complètent le Pacte de 1945 et plusieurs agences spécialisées travaillent en étroite collaboration avec elle.

Contrairement au Commonwealth et à la Francophonie, la Ligue arabe constitue une organisation «régionale» d'États géographiquement contigus, dont les membres partagent une même langue: l’arabe. En effet, l'arabe et un patrimoine culturel commun ont permis aux membres de la Ligue arabe, dont bon nombre ont déjà été des colonies ou des protectorats français, britanniques et italiens, de se regrouper. La Ligue arabe favorise les liens culturels et économiques, ainsi que les communications, et sert de médiateur dans les cas de différends entre les membres.

Dans le domaine de l’éducation, la langue commune a permis aux pays dotés d'une population active plus scolarisée d'en faire bénéficier les pays moins. Les pays arabes riches aident les pays moins riches, par l'intermédiaire du Fonds de la Ligue arabe pour le développement économique et social et de la Banque arabe pour le développement agricole et industriel. Les échanges commerciaux et économiques entre les membres de la Ligue sont facilités par des tarifs intérieurs réduits et la mise en place de tarifs extérieurs communs, ainsi que par des organismes comme l'organisation du transport aérien et le tourisme. Cependant, la réputation de la Ligue arabe a été quelque peu ternie en raison de son efficacité douteuse. En est témoin la passivité relative de la Ligue face aux nombreux conflits qui opposent les États membres et le peu d’entrain qu’elle manifeste à mettre un terme aux multiples dissensions.

À l’heure actuelle, la religion musulmane reste dominante dans les pays arabophones. Pourtant, l'islam est aussi pratiqué dans plusieurs autres pays qui ne font pas partie de la Ligue arabe et qui ne sont pas de culture arabe. En principe, la Ligue arabe est composée d'États contigus géographiquement, parlant la même langue, partageant la même culture et dont les populations partagent majoritairement la même foi. La Ligue demeure avant tout un instrument de concertation et de recherche d'un consensus vis-à-vis des grands problèmes auxquels ces pays sont confrontés.

8 L'apport de l'arabe au français

L'apport important de l'arabe au lexique français peut s'articuler en trois temps: au Moyen Âge, à la Renaissance et au XIXe siècle. Ces sources sont tirées du dictionnaire Le Petit Robert.

9.1 Le Moyen Âge

Les savants arabes ont fourni au français, directement ou par l'intermédiaire d'autres langues (notamment latin médiéval et espagnol), des termes d'origine arabo-persane, comme échec (jeu), jasmin, laque, lilas, safran ou timbale. C'est essentiellement aux XIIe et XIIIe siècles, plus rarement au XIVe siècle, que les emprunts à l'arabe pénètrent en français :

1) soit par l'intermédiaire du latin médiéval, de l'espagnol (plus rarement du catalan) ou de l'italien. C'est ainsi que le français emprunta à l'arabe des mots des sciences et des techniques, ainsi que du commerce: abricot, alambic, alchimie, algèbre, almanach, ambre, azur, chiffre, coton, douane, girafe, hasard, épinard, jupe, magasin, matelas, nénuphar, orange, satin, sirop, sucre, tare.

2) soit directement comme dans cuscute, élixir, gazelle, nadir, tasse, truchement, zénith, etc. 

9.2 La Renaissance 

Le domaine des sciences (mathématiques, chimie, botanique) et des techniques s'enrichit de nouveaux termes.  L'arabe fournit au français, par l'intermédiaire de l'italien, des mots comme arsenal, artichaut, calibre, massepain, massicot, nacre, tarif, zéro. Le français emprunta directement à l'arabe des mots comme alcool, algorithme, alcali, amalgame, marcassite, sinus (terme de mathématiques), sofa, soude, talc, talisman, usnée.

9.3 Les XIXe et XXe siècles 

Les emprunts seront étroitement liés aux circonstances historiques. Avec la campagne d'Égypte de Napoléon et les conquêtes coloniales de la France en Afrique du Nord, le français emprunta aux variétés régionales d'arabe, essentiellement à l'arabe maghrébin (algérien, marocain, tunisien), des mots qui seront véhiculés par les militaires et trouveront leur place dans l'argot ou le langage familier. Par exemple, baraka, barda, bésef, caoua, chouia, clebs, droper « courir vite », fissa, kif-kif, maboul, macache, moukère, niquer, zob. D'autres mots désignent des réalités locales comme bled, casbah, djebel, djellaba, erg, gandoura, harissa, méchoui, merguez, oued, reg, sarouel, souk, taboulé, tajine, zellige.

Enfin, les conflits nationaux et internationaux qui secouent le monde musulman à la fin du XXe siècle (guerre du Golfe, conflit israélo-palestinien, révolution islamique en Iran) favoriseront l'introduction en français (et dans d'autres langues) de mots comme ayatollah, charia, djihad ou intifada.

Les autres langues internationales:

anglais chinois espagnol
français portugais russe

Dernière mise à jour: 07 sept. 2012

Retour à Vitalité et mort des langues

 Les langues du monde

Accueil: aménagement linguistique dans le monde