L'anglais

L'anglais a acquis, au cours du XXe siècle, le statut de première langue internationale. Cette langue est devenue, à l'échelle de la planète, ce qu'était le latin au Moyen Âge dans le monde méditerranéen. Il s'agit donc d'une première mondiale. Dans l'histoire de l'humanité, cette puissance de la langue anglaise demeure relativement récente.

Carte reproduite avec l'aimable autorisation de M. Mikael Parkvall de l'Institutionen för lingvistik, Université de Stockholm. 

1 Les racines historiques

C’est en 55 avant notre ère que Jules César débarqua au sud de l’île de Grande-Bretagne, habitée alors par des populations celtes (Bretons, Gallois, Écossais, Irlandais, etc.). Débuta alors une lente romanisation de l’île et de ses habitants, mais c’est en 43 de notre ère que l’empereur Claude en fit une province romaine appelée la Britannia (ou «Bretagne», en français). Celle-ci ne couvrait pas toute l'île de Grande-Bretagne, car elle ne s'étendait pas au nord du mur d'Adrien, qui sépare aujourd'hui l'Angleterre de l'Écosse (voir la carte de la Britannia). De façon générale, la romanisation des habitants de l'île resta superficielle et le vieux fond celtique perdura. Aux IIIe et IVe siècles, le déclin de l'Empire romain se trouva accéléré par les premières incursions des tribus germaniques d’origine scandinave sur l’île: les Vikings.  Les légions abandonnèrent définitivement l'île en 407.

Puis, au Ve siècle, les Angles, un peuple germanique venu du Schleswig-Holstein actuel (au sud du Danemark), s’installèrent sur les côtes méridionales de la Britannia (Bretagne) et repoussèrent les Celtes jusqu'en Cornouailles et au pays de Galles. La légende du roi Arthur a conservé le souvenir de cette résistance acharnée des «Bretons». La langue bretonne parlée en France fut d'ailleurs introduite à cette époque par une partie des Celtes de Grande-Bretagne qui s'enfuirent sur le continent.

Les envahisseurs, les Angles, les Saxons, les Frisons, les Jutes et même les Francs, bien que d'origines diverses (mais issus d'une même civilisation) s'identifièrent indifféremment comme des Angles ou des Saxons, ce qui leur valut par la suite le nom d'Anglo-Saxons. Au VIIe siècle, on dénombrait sept principaux royaumes germaniques: la Northumbrie, la Mercie, l'East Anglia, l'Essex, le Wessex, le Sussex et le Kent. Toute la société anglo-saxonne était alors subdivisée en clans puissants que régissaient le droit coutumier et un système de compensation financière (wergeld) dans le cas d'un décès, d'une blessure ou d'un vol. Elle pratiquait ses propres religions polythéistes, n'entretenait pas de langue écrite et avait développé une économie mixte fondée sur l'agriculture, la chasse et l'élevage des animaux domestiques.

1.1 L'anglo-saxon

Bientôt, d’autres peuples germaniques les rejoignirent: les Saxons de l’Allemagne du Nord et les Jutes du Jutland, puis un certain nombre de Frisons. Ainsi, c’est d’après les noms de ces guerriers venus de l’Allemagne et du Danemark qu’on désigna comme «l'anglo-saxon» la langue germanique qui représente la première période de l’anglais (ou Old English). La langue anglo-saxonne de ces peuples restait fragmentée en diverses variétés dialectales.

Tandis que les anciens peuples celtes étaient refoulés à l’ouest de la Britannia (voir la carte), les Vikings revinrent aux VIIIe et IXe siècles en apportant de nouveaux mots nordiques. Au IXe siècle, grâce en partie à l'influence d'Alfred le Grand, le roi des Saxons occidentaux et le premier souverain de toute l'Angleterre, le saxon occidental devint la langue dominante de la littérature en prose. Pendant ce temps, l’Église catholique avait commencé la christianisation de la région et ramené le latin. Il s'ensuivit une période de grand rayonnement pour l'Église dont saint Bède le Vénérable, auteur d'une Histoire ecclésiastique des Angles, est devenu la personnification. L’anglais qui résulte de ce croisement fut alors mêlé de mots du latin, du saxon et du vieux norrois (langue nordique).

Les royaumes germaniques fusionnèrent à la suite des guerres. À partir du règne d'Ethelbert de Kent (560-616), un roi pouvait être reconnu comme Bretwalda, c'est-à-dire «roi de Bretagne». De manière générale, le titre revint, au VIIe siècle, aux rois de Northumbrie, au VIIIe siècle à ceux de Mercie et enfin au IXe siècle à Egbert de Wessex dit le Grand. Au cours du siècle suivant, l'Angleterre resta sous la domination de cette famille. Par la  suite, les Danois s'installèrent dans l'est de l'Angleterre et créèrent un royaume, le Danelaw. Pendant les IXe et Xe siècles, la rivalité fut permanente entre le royaume danois et la dynastie anglo-saxonne, jusqu'à ce qu'Édouard le Confesseur, après avoir restauré la prépondérance saxonne, noue des relations avec les ducs de Normandie.

1.2 Le franco-normand

C'est à cette époque que débuta la «deuxième période» de l'anglais (appelé aussi Middle English ou moyen anglais) avec la conquête du pays par Guillaume de Normandie. À la mort d'Edouard d'Angleterre en 1066, son cousin, le duc de Normandie, appelé alors «Guillaume le Bâtard», débarqua en Angleterre pour faire valoir ses droits sur le trône. Lors de la bataille d'Hastings, il battit Harold, comte de Wessex, qui avait été désigné comme successeur. Guillaume le Bâtard (the Bastard, en Angleterre) devint Guillaume le Conquérant. Le jour de Noël, il fut couronné roi d'Angleterre en l'abbaye de Westminster.

Guillaume le Conquérant et les membres de sa cour parlaient une sorte de français appelé aujourd’hui le franco-normand, un français teinté de mots nordiques apportés par les Vikings qui avaient, un siècle auparavant, conquis le nord de la France. La conséquence linguistique de Guillaume le Conquérant fut d’imposer le franco-normand comme langue officielle en Angleterre. Alors que les habitants des campagnes parlaient l’anglo-saxon, la noblesse locale et l’aristocratie conquérante utilisaient le franco-normand, le clergé, les savants et les lettrés, le latin.

Jusqu’au XIVe siècle, trois langues furent donc employées dans le pays sans se faire une réelle concurrence. Le français dit franco-normand (appelé aussi «anglo-normand») resta la langue de l’administration, de la loi et de la justice; il fut enseigné dans les écoles dès le niveau primaire. L’Église utilisa même le franco-normand dans la prédication auprès des fidèles, bien qu’elle se servît du latin dans son administration interne. Le peuple anglo-saxon, lui, continua de parler sa langue anglo-saxonne qui s’imprégna de nombreux mots latins, franco-normands et français.

Le premier roi de la dynastie des Plantagenêts, Henri II, du fait de son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, englobait, outre l'Irlande et l'Écosse, plus de la moitié de la France. Le conflit entre les deux pays était inévitable. Par la suite, Philippe Auguste reprit aux fils d'Henri II, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, la majeure partie des possessions françaises des Plantagenêts (Normandie, Maine, Anjou, Touraine, Poitou). Ce recul anglais entraîna un soulèvement des barons qui, appuyés sur les Communes, obtinrent la Grande Charte (1215). Ce document renforçait les droits féodaux, limitait l'arbitraire royal et offrait des garanties judiciaires.

Toute la monarchie anglaise parlait français, et ce, d'autant plus que les rois anglais épousaient des reines françaises. En 1328, le dernier des Capétiens (Charles IV) mourut sans héritier. Le roi d'Angleterre fit valoir ses droits à la succession, mais Philippe VI de Valois fut préféré par les princes français (1337). Dès lors, deux rois de langue française se disputèrent le royaume de France jusqu'en 1453, ce fut la guerre de Cent Ans. Cette longue guerre fit naître un fort sentiment nationaliste, tant en France qu'en Angleterre, ce qui eut des conséquences sur la langue française de la monarchie anglaise. La bourgeoisie anglaise s’insurgea contre l’utilisation de plus en plus grande du français et réclama l’utilisation de l’anglais dans les actes de justice. En 1362, le Statute of Pleading établit l’anglais comme langue unique des tribunaux. Puis le français perdit la place privilégiée qu’il avait dans l’enseignement. À partir de 1349, l'université d'Oxford dispensa son enseignement en anglais. Or, auparavant, c'est en français que se faisait l'enseignement universitaire. C’est seulement sous le règne de Henry IV (1399-1413) que le premier roi d’Angleterre parla, comme langue maternelle, l’anglais.

Si l'on résume cette période du Middle English, on peut dire que l'anglais acquit une grande simplification. En effet, à partir du XIIIe siècle, les trois ou quatre déclinaisons des noms au singulier avaient été ramenés à deux et la terminaison en -es pour indiquer le pluriel du nom avait été adoptée. Les distinctions de genre grammatical furent remplacées par des distinctions de genre «naturel», contrairement au français qui pratiqua la façon arbitraire d'attribuer le genre des noms. Le nombre duel tomba en désuétude et le datif et l'accusatif des pronoms furent ramenés à une forme commune. La conjugaison des verbes fut simplifiée par l'omission de terminaisons et par l'emploi d'une forme commune pour le singulier et le pluriel des temps passés des verbes forts.

Le vocabulaire se transforma radicalement, surtout en raison de ses emprunts au franco-normand. La noblesse et le clergé anglais, qui connaissaient généralement le français et l'anglais, y introduisirent des mots français relatifs au gouvernement, à l'Église, à l'armée, à la vie à la cour ainsi qu'aux arts, à l'éducation et à la médecine. Un siècle après l'arrivée de Guillaume le Conquérant, plus de 1000 mots normands avaient été introduits en moyen anglais. Par la suite, ce fut des mots français, de l'ordre de quelques milliers de mots. On peut affirmer que l'anglais de cette époque, en raison des emprunts massifs au latin et au français, s'était tout à fait démarqué des autres langues germaniques comme l'allemand, le néerlandais, le danois, etc. Encore de nos jours, il existe une forme de franco-normand ou d’anglo-normand parlé dans les îles Anglo-Normandes sous la forme du jersiais et du guernesiais.

1.3 L'anglais moderne

L’anglais moderne commença avec le XVe siècle: le franco-normand et l’anglo-saxon se fondirent pour donner naissance à l’anglais d’aujourd’hui: le Modern English. C’est à cette époque que l’orthographe commença à se fixer et que la grammaire acquit les caractéristiques qu’on lui connaît aujourd'hui. Sur le plan du vocabulaire, l’anglais emprunta de très nombreux mots au français et au latin, langues qui ont exercé sur lui une influence considérable. En même temps, l'anglais moderne fit des emprunts à plus d'une cinquantaine d'autres langues différentes.

Puis, la puissance politique de l'Empire britannique réussit à imposer l'anglais dans leurs colonies. Tout au cours du XVIIIe siècle, le Canada et les États-Unis sont devenus des colonies de peuplement anglaises. Dès le début du XIXe siècle, l'Australie ainsi que le sud et l'est de l'Afrique ont suivi. Entre 1815 et 1860, plus de sept millions d'Anglais, d'Écossais et d'Irlandais ont immigré non seulement aux États-Unis, mais aux Antilles, en Australie, en Afrique, en Inde, à Hong-Kong, aux îles Fidji, etc., toutes des colonies de cet empire dont on disait que «le soleil ne se couchait jamais».

Rappelons aussi le rôle colonial des États-Unis à la fin du XIXe siècle. Ceux-ci se sont implantés en Asie du Sud-Est (Philippines), puis dans les Caraïbes (îles Vierges, Porto Rico, etc.) et, après la Seconde Guerre mondiale, dans une grande partie du Pacifique. Depuis lors, les États-Unis ont joué un rôle prédominant grâce à leur puissance politique, militaire, économique et culturelle. L'internationalisation des économies nationales et la conquête des marchés extérieurs ont engendré l'utilisation de langues véhiculaires internationales (dont l'anglais a le plus profité avec le russe, le français, l'espagnol, le chinois). La chanson, le cinéma et la recherche scientifique ont continué à favoriser l'expansion de l'anglais, sans compter les communications et la technologie informatique.

Aujourd'hui, l'ensemble des pays qui ont subi, d'une façon ou d'une autre, la colonisation britannique ou américaine comprend une soixantaine de nations comptant au moins 1,6 milliard de personnes. Bien que l'implantation de la langue anglaise dans ces pays soit très inégale, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là de l'ensemble géolinguistique le plus important au monde, et ce, tant par la quantité des locuteurs concernés que par la dispersion de ceux-ci sur la planète. Après l'anglais, c'est le français qui bénéficie de la meilleure dispersion démolinguistique.

2 L'anglais langue maternelle

Les pays où l'anglais est utilisé majoritairement comme langue maternelle sont les États-Unis (230/281 millions), le Royaume-Uni (55/59 M), le Canada (18/32 M), la république d'Irlande (3,9/4 M, l'Australie (19/20 M) et la Nouvelle-Zélande (3,2/3,5 M). Ces cinq pays constituent, à proprement parler, la base de l'anglais langue maternelle dans le monde. Cet ensemble compte environ 325 millions de locuteurs réels pour un potentiel de 400 millions de locuteurs qui, de toute façon, vivent très proches de l'anglais.

Dans aucun autre pays, la langue anglaise ne constitue la langue maternelle d'une fraction importante de la population, à l'exception de l'Afrique du Sud (8,2 % ou 3,6 millions de personnes). Toutefois, si l'on compte tous les locuteurs ayant l'anglais comme langue maternelle dans les pays précédents, mais aussi en Inde, en Afrique et en Océanie, le total des locuteurs passe de 400 millions à plus de 500 millions. Dans le monde, c'est là le nombre de parlants anglais (d'anglophones) au sens strict du mot.

3 L'anglais langue seconde

Le second groupe d'«anglophones», au sens large du mot, comprend des communautés très diverses. Ces communautés dont la langue maternelle peut être le créole, l'hindi, l'ourdou, le bengali, le yorouba, l'ibo, le swahili, etc., comptent des pays de très grande importance démographique (Inde, Bangladesh, Nigéria) et de tout petits pays (Bahamas, Barbade, Grenade, Sainte-Lucie). On peut distinguer quatre sous-ensembles où l'anglais est langue officielle ou co-officielle et enseigné comme langue seconde, parfois dès le primaire.

3.1 Les petits pays créolophones

Le premier sous-ensemble comprend des petits pays créolophones dont l'anglais est langue officielle: Antigua et Barbuda (73 000), les Bahamas (325 00), la Barbade (274 000), le Belize (249 000), la Dominique (76 000), la Grenade (96 000), Guyana (865 000), la Jamaïque (2,7 millions), Saint-Vincent-et--les-Grenadines (116 400), Sainte-Lucie (172 000), Trinité-et-Tobago (1,3 M), les îles Vierges britanniques (21 200), les îles Vierges américaines (122 000). Ce groupe compte près de six millions de locuteurs dont l’anglais constitue pour la plupart une langue seconde.

3.2 Les anciennes colonies d'Afrique

Dans le second sous-ensemble, se trouvent les anciennes colonies britanniques du continent africain: l'Afrique du Sud (45 millions), le Botswana (1,6 M), le Cameroun (16,4 M), la Gambie (1,5 M), le Ghana (22,5 M), le Kenya (30,8 M), le Lesotho (2,1 M), le Liberia (2,8 M), le Malawi (12,8 M), l'île Maurice (1,2 M), la Namibie (1,7 M), le Nigeria (130 M), l'Ouganda (25,4 M), les îles Seychelles (80 000), la Sierra Leone (4,9 M), le Swaziland (1,1 M), la Tanzanie (34,8 M), la Zambie (10,1 M) et le Zimbabwe (14,3 M). On pourrait ajouter à ces pays l'île de Malte (400 800 hab.) située dans la mer Méditerranée entre la Sicile (Italie) et l'Afrique, sans oublier le Rwanda (8,5 M), qui vient de basculer du côté anglophone sans avoir quitté pour autant la Francophonie.

Ce sous-ensemble représenterait plus de environ 322 millions de personnes dont l'apprentissage de l'anglais se fait à des degrés très variables, car cette langue n'est apprise que dans la mesure où les enfants fréquentent l'école durant plusieurs années. Or, on sait que dans ces pays l'analphabétisme peut atteindre 60 %, voire 80 % de la population. Ainsi, on peut estimer probablement à 20 % le nombre des enfants apprenant l'anglais et on peut supposer que 10 % de la population peut connaître plus ou moins bien l'anglais. On peut donc estimer à quelque 30 millions ceux qui parlent l'anglais (à des degrés divers) comme langue seconde dans ce groupe de pays.

3.3 Les États de l’Océanie

Le troisième sous-ensemble est constitué de petits États de l'Océanie: les îles Fidji (893 000), Kiribati (94 000), la Micronésie (107 000), la Papouasie-Nouvelle-Guinée(4,5 millions), les Samoa américaines (63 000), les Samoa (187 000), les îles Salomon (581 000), les îles Tonga (119 000), les îles Tuvalu (11 100), le Vanuatu (220 000). Au total, on compte 6,4 millions de locuteurs qui parlent tous une langue austronésienne ou une langue papoue. Compte tenu du fait que 20 % au plus peuvent apprendre l'anglais, on dénombrerait environ un peu plus d’un million de personnes scolarisées dans cette langue.

3.4 Le Sud-Est asiatique

Le quatrième sous-ensemble englobe des pays du Sud-Est Asiatique. Il s'agit de l'Inde (1 milliard), du Pakistan (163 M), de Singapour (4 M) et des Philippines (69,9 millions) Dans tous ces pays, l'anglais jouit d'un statut de langue co-officielle avec une langue nationale, mais il y est enseigné parfois tout autant que la langue nationale.

Ce sous-ensemble très important compte près de 1 237 millions de personnes dont près de 200 millions apprennent l'anglais bien que, il faut encore ici le souligner, de façon très variable.

Bref, le monde «anglophone» regroupe un ensemble de 1,6 milliard de locuteurs qui, de près ou de loin, sont en contact réel avec la langue anglaise. On peut imaginer, pour les années à venir, l'énorme potentiel que constitue cette formidable masse de locuteurs pour la diffusion de l'anglais. Certes, celui-ci ne remplacera pas les langues nationales, mais son enseignement connaîtra une expansion considérable dans le domaine de l'éducation en général, mais aussi dans celui de la recherche scientifique, de la consommation des produits culturels et informatiques.

4 L'anglais langue étrangère

L'anglais est enseigné dans de nombreux pays où cette langue ne possède aucun statut spécifique. Distinguons deux grands ensembles:

1) les pays où l'anglais a obtenu une place équivalente à celle que l'on accorderait à une ancienne langue coloniale;
2) les pays où l'anglais ne constitue qu'une langue étrangère enseignée au secondaire.

4.1 Le statut de langue coloniale

Dans le premier cas, mentionnons Israël, l'Égypte, le Soudan, le Koweit, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le sultanat d'Oman, puis le Bangladesh, le Sri Lanka et la Malaysia. Cet ensemble disparate comprend 230 millions de personnes dont 20 % de la population, en moyenne, a appris l'anglais à des degré divers.

4.2 Le statut dans l’enseignement

Dans les autres pays, l'anglais ne constitue qu'une langue étrangère enseignée au secondaire. Ici, on distingue toutefois deux grands blocs: l'Europe et l'Afrique francophone.

En effet, c'est en Europe où l'on compte le plus d'élèves apprenant l'anglais. L'enseignement de l'anglais est obligatoire au Danemark, en Suède, en Norvège et aux Pays-Bas. Si cet enseignement n'est pas obligatoire dans les autres pays, il s'est tellement généralisé qu'il l'est presque devenu dans les faits. À titre d'exemples, 99 % des enfants apprennent l'anglais en Allemagne, 90 % en France et en Grèce, 75 % en Belgique, 60 % en Italie et en Espagne. Le phénomène s'amplifiera dans les pays de l'Est avec comme conséquence probable une dégringolade du russe.

Le second bloc comprend les pays francophones d'Afrique. Sur ce continent, l'enseignement de l'anglais est obligatoire dans tous les pays ayant des frontières communes avec un État anglophone. Il est enseigné comme langue facultative dans les autres pays francophones. Les pays de langue officielle portugaise, comme l'Angola et le Mozambique, enseignent également l'anglais aux élèves du secondaire.

Enfin, l'anglais est enseigné comme langue seconde obligatoire dans la province de Québec ainsi que dans toutes les écoles de langue française au Canada anglais. Précisons aussi que l'anglais est enseigné, à des degrés divers, dans la quasi-totalité des pays du monde, que ce soit au Groenland, en Argentine, en Chine ou en Iran.

5 Le statut juridique de l'anglais

L'anglais est la langue officielle ou co-officielle de quelque 63 États et 54 pays dans le monde, ce qui en fait, de loin, la langue la plus importante de ce point de vue. Au plan démographique, on se trouve en présence d'une masse de 1,6 milliard d'anglophones même si, rappelons-le, les véritables locuteurs de langue anglaise totaliseraient dans la réalité 400 millions.

En Europe, l'anglais est la langue officielle de trois pays: le Royaume-Uni, la république d'Irlande et l'île de Malte (maltais-anglais) en Méditerranée. En Amérique, il est l'unique langue officielle de 14 États souverains: les États-Unis, Antigua et Barbuda, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Dominique, la Grenade, la Guyana, la Jamaïque, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, les îles Saint-Christophe-et-Niévès (St. Kitts and Nevis), Trinité-et-Tobago, les îles Vierges britanniques. L'anglais est co-officiel avec le français au gouvernement fédéral du Canada, mais l'unique langue officielle de huit provinces dans ce pays; il est également co-officiel avec l'espagnol à Porto Rico.

Sur le continent africain, l'anglais est l'unique langue officielle dans 11 États: le Botswana, la Gambie, le Ghana, le Libéria, le Malawi, l'île Maurice, le Nigeria, l'Ouganda, le Sierra Leone, la Zambie et le Zimbabwe. Cette même langue est co-officielle dans 9 autres États: l'Afrique du Sud (avec l'afrikaans), le Cameroun (avec le français), le Kenya (avec le swahili), le Lesotho (avec le sesotho), la Namibie (avec l'afrikaans), le Rwanda (avec le kinyarwanda et le français), les îles Seychelles (avec le français et le créole), le Swaziland (avec le swazi), la Tanzanie (avec le swahili).

En Océanie, 13 États (sur un total de 17) ont l'anglais comme langue officielle ou l'une des langues officielles. La plupart sont des micro-États, mais l'Australie et la Nouvelle-Zélande constituent des entités politiques importantes. Il s'agit des États suivants: l'Australie, les îles Fidji, le Kiribati (anglais-kiribati), les États fédérés de Micronésie, l'île Nauru (anglais), la Nouvelle-Zélande (anglais-maori), la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon, les Samoa américaine, les Samoa occidentales (samoan), les îles Tonga (anglais-tongau), les îles Tuvalu (anglais-tuvaluan), le Vanuatu (anglais-français-bichlamar).

En Asie, le statut de l'anglais s'avère nettement privilégié dans cette partie du monde, car les langues occidentales y ont rarement maintenu un statut juridique. Cependant, l'anglais a conservé un statut de langue officielle à Hong Kong (avec le cantonais), au Pakistan (avec l'ourdou), aux Philippines (avec le filipino) et à Singapour (avec le chinois, le malais et le tamoul).

Dans toute l'Asie, l'Inde constitue certainement un cas à part. Depuis l'indépendance, l'anglais est demeuré l'une des langues officielles (avec l'hindi) de l'État fédéral. Il est l'unique langue officielle des États d'Arunachal Pradesh (860 000), du Meghalaya (1,8 million), du Nagaland (1,2 million) et il est co-officiel dans les États du Tamil Nadu avec le tamoul (56 millions) et du Sikkim avec le népali et le bhotia (400 000). Ce statut ne révèle pas néanmoins toute la réalité. Tous les États de l'Inde peuvent communiquer en anglais avec l'État central, une pratique adoptée par tous les États du Sud (Karnataka, Kerala, Tamil Nadu, Andra Pradesh) et plusieurs États du Nord (Arunachal Pradesh, Sikkim, Nagaland, Manipour, Mizoram). Pour un grand nombre d'États de l'Inde, l'anglais est ainsi devenu non seulement une langue administrative prédominante, mais aussi une langue diplomatique, une langue d'enseignement, une langue des affaires et du commerce, une langue des médias, etc.

Avec ses 63 États et 54 pays (voir le tableau des États où l'anglais est langue officielle), le statut juridique de l'anglais s'étend donc sur le quart des États du monde (pour une population de 1,8 milliard de personnes). Ainsi, par le nombre et la répartition de ses locuteurs, la dominance de cette langue repose sur des bases solides. Elle se retrouve sur les cinq continents et est aussi bien implantée en Europe qu'en Amérique et en Océanie.

Les autres langues internationales:

arabe chinois espagnol
français portugais russe
Dernière mise à jour: 03 mai 2010

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