Collectivité territoriale française

Saint-Pierre-et-Miquelon

 (France)

Capitale: Saint-Pierre 
Population: 6316 habitants (août 2000) 
Langue officielle: français 
Groupe majoritaire: français (100 %) 
Groupes minoritaires: aucun 
Statut politique: collectivité territoriale de la République française
Articles constitutionnels (langue): art. 2 et 75-1 de la Constitution de 1992 de la République française (modifiée par la Loi constitutionnelle no 92-554 du 25 juin 1992
Lois linguistiques: loi no 75-620 du 11 juillet 1975 relative à l'éducation (loi Haby) ; loi no 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur ; loi d'orientation no 89-486 du 10 juillet 1989 sur l'éducation (loi Jospin) ; décret no 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision française pour l'outre-mer (RFO) ; loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française (1994) ; Code de l'éducation (2000) ; Loi d'orientation pour l'outre-mer (2000) ; Loi no 2005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école (loi Fillon).

1 Situation géographique

Les îles de Saint-Pierre et de Miquelon constituent un petit archipel de 242 km² situé à quelque 25 km au sud-ouest de la province canadienne de Terre-Neuve (superficie de 112 200 km²), à 300 km de Sydney (Nouvelle-Écosse), à 1800 km de Montréal (Québec) et à 4279 km de Paris.

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Cet archipel compte deux îles principales, l’île de Saint-Pierre au sud-est et l’île de Miquelon (reliée à l’île de Langlade par une bande de sable), auxquelles s’ajoutent quelques îlots (voir la carte agrandie) qui ont été tour à tour occupés, puis abandonnés, tels l'île aux Pigeons, l'île aux Vainqueurs et l'île Verte (Green Island).

Saint-Pierre-et-Miquelon a obtenu le statut de département français d’outre-mer (DOM) en 1976 et celui de collectivité territoriale de la République française en 1985, puis en 2003 celui de COM ou collectivité d'outre-mer territoriale. Il n’existe que deux villes: Saint-Pierre, le chef-lieu, avec 5800 habitants, et Miquelon avec 710 habitants.

D'ailleurs, le drapeau de cette collectivité territoriale française rappelle l'histoire de la colonisation de l'archipel par les Français. Le bleu représente l'océan Atlantique et le voilier jaune commémore le voyage de l'explorateur Jacques Cartier en 1535. Sur la hampe de gauche, on peut observer (de haut en bas) le drapeau du Pays basque (l'Ikurrin), puis celui de la Bretagne (l'hermine) et celui de la Normandie (les deux léopards), rappelant ainsi les origines principales des colons français. Rappelons que le léopard est dans le bestiaire médiéval un «cousin du lion». En effet, le léopard se disait mot à mot: "lion" (<leo) et "panthère" (<pard), ce qui signifie «bâtard du lion». Le mot «léopard» vient du  latin "leopardus", issu de "leo" («lion») et de "pardus" («panthère»).

Historiquement, l'héraldique française a désigné les «lions» d'Angleterre par le mot «léopard», un animal «bâtard» et «mauvais», sans aucun doute par allusion aux rois d'Angleterre, bâtards, et ne pouvant revendiquer le trône de France. Rappelons aussi que le duc Guillaume II de Normandie (1027-1087) fut appelé en Angleterre «William the Bastard» (Guillaume le Bâtard); il devint ensuite «William the Conqueror» (Guillaume le Conquérant) et roi d'Angleterre de 1066 à 1087.
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2 Données démolinguistiques

Ce petit archipel français d’Amérique du Nord ne compte que 6316 habitants, tous francophones. La quasi-totalité de la population (87,7 %) habite à l’île Saint-Pierre (5539 habitants), juste longue de huit kilomètres (26 km²). L’île de Miquelon et l’île de Langlade, d’une superficie totale de 216 km², ne comptent que 777 habitants.

Les habitants actuels des îles de Saint-Pierre et de Miquelon sont les descendants de Français (provinces du Pays basque, de Bretagne et de Normandie) et d’Acadiens arrivés dans l’archipel à partir de 1763, bien que la recolonisation de l'archipel ne soit datée que de 1816. En réalité, les Saint-Pierrais d’origine acadienne constituent la souche la plus ancienne de la population, même s'ils sont aujourd’hui minoritaires dans l’archipel. L’histoire de Saint-Pierre-et-Miquelon est là pour nous rappeler la présence ancienne des Acadiens à travers les déportations successives et les nombreux rapatriements qu’ils ont subis.

Quant aux descendants d’origine basque qui habitent encore l’archipel, ils ont perdu leur langue depuis de nombreuses décennies. D’après certains témoignages, il semble que plusieurs d’entre eux parlaient encore le basque au XIXe siècle, et ce, jusqu’au début du XXe siècle. La plupart des Basques qui se sont établis dans l’archipel devaient sans doute parler le labourdin étant donné qu’ils venaient de la province basque du Labourd (en basque: Lapurdi).

Enfin, pour ce qui est des descendants bretons et normands, ils ont vite adopté le français, comme le firent d’ailleurs tous les colons établis en Nouvelle-France au XVIIe et au XVIIIe siècles. Cependant, plusieurs centaines de Normands sont aussi venus s'établir lors d'une vague plus tardive au XIXe siècle; ils venaient majoritairement de la région de la baie du Mont-Saint-Michel, ainsi que des villes de Grandville et d'Avranches. Aujourd’hui, même si l’accent des habitants de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon semble s’apparenter parfois à celui des Acadiens et des Normands, les Saint-Pierrais et les Miquelonnais parlent un français qui n’a rien à envier à celui de la Métropole.

3 Données historiques

Longtemps avant l'arrivée des Européens, les îles de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon avaient été habitées par des populations amérindiennes, les Béothuks. Nous savons qu'ils habitaient l'île de Terre-Neuve en 200 avant notre ère et qu'ils furent progressivement chassés par les Européens à partir du XVe siècle. Les Français, pour leur part, encouragèrent leurs alliés micmacs de Terre-Neuve à liquider les Béothuks, car les pêcheurs voulaient ainsi protéger leurs propriétés et leurs biens. Quant aux Britanniques du XVIIe siècle, ils menèrent la vie dure aux Béothuks en se livrant à des massacres systématiques, afin de les refouler vers l'intérieur des terres jusqu'à leur disparition complète, la dernière Béothuk connue s'étant éteinte en 1829 à St. John's de Terre-Neuve.

Avant toute exploration officielle, des pêcheurs bretons et normands s’établirent vers 1504 sur une base saisonnière à Saint-Pierre et vinrent pêcher dans les eaux de Terre-Neuve où la morue était abondante; des Basques sont venus chasser la baleine sur les bancs de Terre-Neuve à la même époque. Mais c’est le navigateur portugais João Alvares Fagundes (ou José Alvarez Faguendes) qui, après avoir abordé les côtes de la Nouvelle-Écosse, le golfe Saint-Laurent et la côte sud de Terre-Neuve, découvrit officiellement, le 21 octobre 1520, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon qu’il appela alors l’île des Onze Mille Vierges (Ilhas do Arcepelleguo das Onze Mil Virgens) en souvenir d’une légende attribuée à sainte Ursule et à ses compagnes. Les Portugais conservèrent très peu longtemps ces îles qui, d’ailleurs, ne gardèrent pas leur nom originel («archipel des Onze Mille Vierges»), car en 1530 l'appellation des îles de Saint-Pierre fit son apparition sur les cartes marines.

3.1 Une possession française

L’archipel passa rapidement sous souveraineté française lorsque, le 5 juin 1536, Jacques Cartier y aborda avec deux bateaux, la Grande Hermine et l'Émérillon, au retour de son second voyage au Canada. Il y séjourna six jours et constata la présence de plusieurs navires «tant de France que de Bretagne». Il profita de son séjour pour en prendre officiellement possession au nom de François Ier, roi de France. Cartier écrivit en 1536:

Nous fumes ausdictes yles sainct Pierre, où trouvasmes plusieurs navires, tant de France que de Bretaigne, depuis le jour sainct Bernabé, XIe de juing, jusques au XVIe jour dudict moys, que appareillasmes desdictes ysles sainct Pierre et vynmes au cap de Raze.

Ce n'est pas Jacques Cartier qui avait nommé ainsi l'île Saint-Pierre, car il n'avait fait que reprendre une dénomination déjà connue sur des cartes de 1530. Dans les années qui suivirent, les prêcheurs basques et malouins utilisèrent les dénominations isle de sainct Pierre et isle de Miquetõ ou Miclon ou Miquelu (plus tard: Miquelon) pour désigner l'archipel.

Pour sa part, il semble que le mot Miquelon ait une origine basque espagnole, puisque San Miguel (saint Michel ou Michaël) est le patron des Basques espagnols. D'ailleurs, Samuel de Champlain employa en 1612 les dénominations de «ile Miquelon-Langlade» et de «ille aux basques». Selon cette théorie, le nom de San Miguel aurait été modifié successivement en Micqueto, Micquelle, Micklon, Miclon, Miquelo, Miquetongo, Micquelu, Miquellon, Milchon, Maquelon et enfin Miquelon.

Enfin, le toponyme Langlade ne proviendrait aucunement du nom du chevalier français Charles Michel de Langlade, qui vécut de 1729 à 1801 et effectua de longs séjours au Canada et aux États-Unis. Le mot Langlade est plutôt un dérivé d'un autre toponyme correspondant jadis au «cap d'Angleterre» ou England (selon une carte de Denis de Rotis, datée de 1674) ou encore «cap de Langlais» ou Langlois (selon une carte de Belleorme, datée de 1694). Le terme se serait progressivement modifié en «Langland», puis «Langlade» à la française. D'ailleurs, des cartes très anciennes témoignent d'une île baptisée «Terra England» dès 1610.

Cependant, c’est seulement vers 1604 que des établissements sédentaires furent fondés, dont la ville de Saint-Pierre, par des pêcheurs bretons, normands et basques. Après le passage de Cartier, de nombreux Bretons, tout particulièrement de Saint-Malo, continuèrent à utiliser Saint-Pierre comme base de pêche saisonnière.

3.2 La colonie de Plaisance

À partir de 1650, l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon fit partie de la colonie française de Plaisance. L'archipel passa sous la juridiction directe du gouverneur qui résidait, depuis 1662, à Plaisance. Cette colonie formait alors une entité distincte du Canada, de l'Acadie et de la Louisiane en Nouvelle-France. Située au sud-ouest de la péninsule d'Avalon, la ville de Plaisance (aujourd'hui Placentia) fut choisie par Louis XIV pour servir de capitale administrative pour les habitants français de l’île de Terre-Neuve, afin de ne pas laisser toute la grande île aux Anglais. À ce moment-là, pêcheurs français et anglais vivaient dans une certaine harmonie; les Français occupaient surtout le sud, alors que les Basques, les Normands et le Bretons s'étaient réservé la côte ouest. De leur côté, les Anglais exploitaient la côte est où ils avaient fondé St John's. Le baron Louis-Armand de Lahontan (1666-1715) résume ainsi l'importance du port de Plaisance:

C'est le seul port de toute l'Amérique d'où les François puissent tirer de la morue seche en temps de guerre, puisque les autres endroits à sçavoir Saint Pierre, l'ile Percée, &c sont des ports ouvers sans fortifications, si apparence d'i pouvoir en faire.

À l'apogée de leur présence à Terre-Neuve (Plaisance), soit entre 1678 et 1688, les Français (incluant les Basques) consacraient à la pêche environ 20 000 personnes (environ le quart de tous les marins de la Nouvelle-France) et quelque 300 navires, ce qui représentait en gros le double de l'effort des Britanniques sur l'île. Mais la colonie de Terre-Neuve s’avéra d'une grande fragilité et, malgré tous les efforts financiers et militaires du roi, elle fut considérée comme perdue dès 1690. En fait, des problèmes internes d'ordre économique, l'incompétence des gouverneurs français, les maigres ressources agricoles du territoire, ainsi que des tensions ethniques entre Basques, Malouins, Rochelais et Normands contribuèrent à affaiblir la colonie de Plaisance, donc du petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. La perte de Terre-Neuve en 1713 constituera la première phase d'encerclement des colonies du Canada et de l'Acadie par les Britanniques.

3.3 Les chassés-croisés franco-britanniques

Dès la fin du XVIIe siècle et lors de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713), tous les établissements français en Amérique du Nord, donc celui de Saint-Pierre-et-Miquelon, connurent une situation d’instabilité en raison des incessants conflits entre la Grande-Bretagne et la France. En effet, de 1690 à 1814, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon fut pris et repris neuf fois alternativement par les Anglais et les Français, et, à quatre reprises, il fut totalement dévasté et tous les habitants déportés. Un véritable chassé-croisé de déportés, de maisons et de terres brûlées durant un siècle et demi pour un si minuscule territoire de 242 km² (principauté de Monaco aujourd'hui : 1,95 km².

Période Nombre d'années Régime
1604-1713  109 France
1713-1763   50 Grande-Bretagne
1763-1778   25 France
1778-1783    5 Grande-Bretagne
1783-1793   10 France
1793-1796     2 Grande-Bretagne
1696-1802     6 Inoccupé
1802-1803     1 France
1803-1816   13 Grande-Bretagne
1816- - France

Les Basques et les Malouins n'ont jamais conservé leur langue dans l'archipel, car non seulement ils parlaient généralement le français, mais ils furent constamment déportés par les Anglais, ce qui excluait toute permanence de la population.  

En 1697, le traité de Ryswick (aujourd'hui Rijswijk, ville hollandaise de la région de La Haye) mit fin à la guerre de la ligue d'Augsbourg entre Louis XIV et la Grande Alliance. Le traité confirma la puissance de la France en Amérique. Les Français conservèrent donc l'Acadie et Plaisance, tandis que les Anglais retrouvaient leurs anciens établissements de Terre-Neuve; les Anglais retrouvaient aussi les postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson, sauf les trois de la baie James pris par Pierre Le Moyne d'Iberville entre 1686 et 1697. L'île de Terre-Neuve resta donc sous une double administration: anglaise au nord avec St John's, française au sud avec Plaisance. Mais les conflits entre Français et Anglais recommencèrent de plus belle. Il y eut des attaques de la part des Français ou des Anglais presque tous les ans, sauf en 1707, entre 1702 et 1708. En 1711, la marine britannique attaqua Plaisance; bien qu'elle disposât de 15 bâtiments, de 900 canons et de 4000 hommes, elle ne réussit pas à prendre la ville. Si les Français de Plaisance avaient gagné presque toutes les batailles sur l'île, la France avait perdu la guerre en Europe.

Puis, par le traité d’Utrecht de 1713, la France perdait l'île de Terre-Neuve (incluant la ville et le fort de Plaisance), les pêcheries du Labrador et l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon devenu St. Peter's Island. Elle ne conservait que l'île du Cap-Breton rebaptisée île Royale pour le ravitaillement de ses escadres et de ses flottilles de pêche, ainsi que l'île Saint-Jean (l'actuelle île du Prince-Édouard), qui devait servir de colonie agricole pour la garnison de la forteresse. La construction de la forteresse de Louisbourg ne commença qu'en 1719 et elle ne sera achevée qu'en 1743, mais le gros œuvre était terminé en 1728. Une partie de la population de Saint-Pierre-et-Miquelon fut alors déportée à l'île Royale restée française avec l'île Saint-Jean. Parmi les Saint-Pierrais et Miquelonnais qui vécurent l’exode de 1713, certains furent déportés en Nouvelle-Angleterre ou en Grande-Bretagne. Saint-Pierre devint un petit port de pêche terre-neuvien anglais. Dès la cession de Terre-Neuve à l'Angleterre, les pêcheurs anglais héritèrent des installations des Français et l'île vit arriver de nombreux colons venus du sud-ouest de l'Angleterre; à partir de 1720, d'autres immigrants vinrent en grand nombre du sud-est de l'Irlande. De majoritairement française, l'île de Terre-Neuve devint très majoritairement anglo-irlandaise, y compris le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Néanmoins, la France a pu conserver encore longtemps le droit de pêcher dans les eaux de Terre-Neuve et de sécher la morue sur les côtes, sans y construire d'établissements permanents. À partir de 1713, les activités des pêcheurs français furent limitées à ce qu'on appellera plus tard le "French Shore", c'est-à-dire la côte nord de l'île, entre Bonavista et jusqu'à la pointe Riche à l'ouest. Le traité de Paris de 1763 agrandira la zone de pêche en incluant l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon comme point de ravitaillement. En 1783, le traité de Versailles allait entraîner d'autres modifications de la zone de pêche française. Le "French Shore" s'étendrait désormais entre le cap St John et le cap Ray, et les droits des Français sur cette zone seraient inscrits dans une déclaration. En 1904, les droits de pêche français allaient être furent définitivement abolis.

Après la défaite des Plaines-d’Abraham à Québec en 1759 et la fin de la guerre de Sept Ans en Europe (1763), la France perdit toutes ses colonies d’Amérique du Nord, mais récupéra le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui avait été perdu lors du traité d’Utrecht (1713). La France réussit à conserver ses privilèges sur le «French Shore» terre-neuvien, tout en utilisant Saint-Pierre comme base des opérations pour maintenir son lucratif commerce sur de vastes secteurs de la côte de Terre-Neuve.

Par le traité de Paris de 1763, c’est le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, le duc de Choiseul, qui avait réussi à obtenir, en guise de «dédommagement» de la part du gouvernement britannique, la restitution des deux petites îles au sud de Terre-Neuve. Après de longues négociations, la Grande-Bretagne accepta la restitution de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon à certaines conditions. Voici les clauses des articles 5 et 6 du traité (en version originale française):

Article 5

Les Sujets de la France auront la Liberté de la Pêche, & de la Secherie, sur une Partie des Côtes de l'Isle de Terre-Neuve, telle qu'elle est specifiée par l'Article 13. du Traité d'Utrecht [...] Et Sa Majesté Britannique consent de laisser aux Sujets du Roy Très Chretien la Liberté de pêcher dans le Golphe St Laurent, à Condition que les Sujets de la France n'exercent la dite Pêche, qu'à la Distance de trois Lieues de toutes les Côtes appartenantes à la Grande Bretagne, soit celles du Continent, soit celles des Isles situées dans le dit Golphe St Laurent.[...]

Article 6

Le Roy de la Grande Bretagne cede les Isles de St Pierre & de Miquelon, en toute Proprieté, à Sa Majesté Très Chretienne, pour servir d'Abri aux Pêcheurs François; Et Sa dite Majesté Très Chretienne s'oblige à ne point fortifier les dites Isles, à n'y établir que des Batimens civils pour la Commodité de la Pêche, & à n'y entretenir qu'une Garde de cinquante Hommes pour la Police.

Cependant, les déclarations annexées au traité et présentées dans un langage ambigu allaient entraîner d'autres conflits dans les années ultérieures.

Dès 1763, quelque 800 Acadiens victimes du «Grand Dérangement» (déportation) de 1755 vinrent trouver refuge dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon et s’installèrent pour la plupart à Miquelon. Certains Acadiens de la Nouvelle-Écosse avaient été déportés en Virginie en 1755, expédiés en Angleterre en 1756, puis dirigés vers la France en 1763 avant de venir s'installer dans le petit archipel français. En 1767, le gouvernement français rapatria les Acadiens en France sous prétexte que les ressources des îles ne suffisaient pas pour subvenir aux besoins des nouveaux habitants. Dès l'année suivante, le gouvernement français changea d’avis et les renvoya à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Pour une seconde fois depuis le traité d'Utrecht, la France conserva ses droits de pêche sur les côtes terre-neuviennes. D’ailleurs, l’opinion publique britannique a longtemps reproché à son gouvernement d’avoir cédé, malgré la défaite française de 1760, ce minuscule territoire en Amérique du Nord, ainsi que des droits de pêche jugés trop considérables dans des eaux territoriales «anglaises» réputées comme les plus poissonneuses du monde.

Au moment de la guerre de l’Indépendance américaine (1775-1782), la France prit parti pour les Américains, ce qui justifia une nouvelle invasion britannique, par vengeance. En 1778, une escadre anglaise dirigée par l’amiral anglais Montaguë s'empara des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, détruisit toutes les installations de l’archipel et déporta tous les habitants (au nombre d’environ 1300) vers la France. Par voie de conséquence, les malheureux Acadiens furent à nouveau déportés vers la France; ils s’installèrent sur le long du littoral atlantique.

Quelques années plus tard, le traité de Versailles de 1783 restitua l’archipel à la France et quelque 600 Acadiens retournèrent à Saint-Pierre...  pour peu de temps. Les droits de pêche français se poursuivirent sur presque toute la côte nord de Terre-Neuve à partir de 1713, puis furent modifiés en 1783 pour se restreindre sur la côte ouest de l'île jusqu'en 1904, avant de cesser complètement. 

En 1789, la Révolution française éclata. Alarmé par le sort réservé au clergé français, le missionnaire Jean-Baptiste Allain décida d'émigrer aux îles de la Madeleine (au Québec) avec de nombreux paroissiens. Le 14 mai 1793, les Anglais dirigés par l’amiral King attaquèrent à nouveau l’archipel. Les Français durent capituler et la population de 1200 habitants, dont forcément tous les Acadiens, fut encore une fois déportée, d’abord en Nouvelle-Écosse (Halifax), aux îles Anglo-Normandes et en Angleterre, puis partiellement rapatriée en France. Saint-Pierre redevint un petit port de pêche à la fois terre-neuvien et anglais, car les Britanniques s’installèrent une nouvelle fois en lieu et place des Français. 

En 1796, en guise de représailles, l’amiral français Richerie reprit l’archipel, chassa lui aussi les occupants anglais cette fois-là et détruisit toutes les installations des pêcheurs. Pendant une vingtaine d’années, seuls les oiseaux et les mammifères sauvages habitèrent pacifiquement le petit archipel.

À l'article 15, le traité d’Amiens (1802) rendait Saint-Pierre-et-Miquelon à la France:

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS, BONAPARTE, premier Consul, PROCLAME loi de la République le décret suivant, rendu par le Corps législatif le 30 floréal an X, conformément à la proposition faite par le Gouvernement le 16 du même mois], communiquée au Tribunat le lendemain.

XV.
Les pêcheries sur les côtes de Terre-Neuve, des îles adjacentes, et dans le golfe de Saint-Laurent, sont remises sur le même pied où elles étaient avant la guerre. Les pêcheurs français de Terre-Neuve, et les habitans des îles Saint-Pierre et Miquelon, pourront couper les bois qui leur seront nécessaires, dans les baies de Fortune et du Désespoir, pendant la première année, à compter de la notification du présent traité.

Toutefois, la France perdit à nouveau son archipel en 1803, parce que la Grande-Bretagne était en guerre contre la France de Napoléon. Après la défaite de Waterloo de juin 1815, les diplomates français réussirent à faire inclure, dans les clauses du second traité de Paris de 1815, la rétrocession définitive? à la France des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon. En effet, le second traité de Paris, daté du 20 novembre 1815 et motivé par la résurgence napoléonienne des Cent Jours, aggrava pour la France les conditions du traité du 31 mai 1814 (premier traité), car l'article 1er indiquait que, sauf stipulation contraire, «les frontières de la France seront telles qu'elles étaient en 1790». Au cinquième alinéa, on lit le texte suivant : «Tous les territoires et districts enclavés dans les limites du territoire français, telles qu'elles ont été déterminées par le présent article, resteront réunis à la France.» En ce qui concerne les colonies, les territoires sont composés notamment de la Martinique, de la Guadeloupe et ses dépendances (la Marie-Galante, la Désirade, les Saintes et la partie française de Saint-Martin), de la Guyane française, de l'île de La Réunion et des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon.

En juin 1816, les anciens colons et leurs familles revinrent s’installer dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, mais ils débarquèrent sur «une terre aussi nue qu’au jour de sa découverte», car tout avait été rasé par les Britanniques. On peut donc affirmer que la population actuelle de Saint-Pierre-et-Miquelon tire son origine de la recolonisation de 1816 et que les Acadiens constituent la souche de la population la plus ancienne.

Il faut toutefois préciser que les Acadiens de l’île de Saint-Pierre sont issus des Acadiens installés dans la colonie de Terre-Neuve, plus précisément de la «capitale française» de Plaisance. Ces Acadiens se sont réfugiés à Louisbourg en 1713 avant de parvenir à Saint-Pierre en 1758. Quant aux Acadiens de Miquelon, ils sont surtout originaires de Beaubassin et de Beauséjour, en Nouvelle-Écosse. On peut aussi affirmer que les Acadiens des îles Saint-Pierre-et-Miquelon furent ceux qui ont subi le plus grand nombre de déportations: en effet, par quatre fois, ils ont été délogés.

3.4 Une petite colonie définitivement française

Depuis cette époque, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est toujours resté sous juridiction française, mais les destructions dans l’archipel continuèrent autrement. En effet, à trois reprises, soit en 1844, en 1865 et en 1867, de graves incendies anéantirent chaque fois soit une grande partie soit la quasi-totalité de la ville de Saint-Pierre. Bref, la colonisation française sur ce petit archipel n’a jamais été facile, car à plusieurs reprises dans le passé les colons français n’ont trouvé que «le vide et le désert». À cela s’ajoute le fait que l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon s’est fréquemment trouvé dans un environnement hostile puisque les pêcheurs de Terre-Neuve ont souvent contesté les droits de pêche français en arrêtant les pêcheurs saint-pierrais et miquelonnais, et en confisquant leurs chaloupes.

En 1783, le traité de Versailles avait entraîné des modifications dans la zone de pêche française. La France, alliée des États-Unis, avait obtenu que le "French Shore" s'étende désormais entre le cap St John et le cap Ray, et les droits des Français sur cette zone devaient être inscrits dans une déclaration. L'article 5 du traité de Versailles de 1783 modifiait la zone de pêche, alors que l'article 6 cédait en toute propriété les îles de Saint-Pierre et de Miquelon au roi de France :

Article 5

[Le roi de France] pour prévenir les querelles qui ont eu lieu jusqu'à présent entre les deux nations […], consent à renoncer au droit de pêche […] depuis le cap de Bonavista jusqu'au cap Saint-Jean […] et [le roi de Grande-Bretagne] consent de son côté que la pêche […] s'étende jusqu'à l'endroit appelé Cap Ray […].

Article 6
 

De son côté, la Déclaration du roi de Grande-Bretagne précisait ce qui suit:

[…] S. M. le Roi de Grande-Bretagne prendra les mesures les plus positives pour empêcher ses sujets d'interrompre de quelque façon que ce soit leur concurrence, la pêche des Français (…) et, à cette fin, demandera à ce qu'on retire les établissements fixes qui s'y sont installés […].

L'article 13 du traité d'Utrecht, et la façon de pratiquer la pêche reconnue de tout temps devra être le plan selon lequel la pêche sera pratiquée à cet endroit, et ne devra pas être modifiée par l'une ou l'autre des parties […].

S. M. le Roi de Grande-Bretagne, en cédant les îles de Saint-Pierre et Miquelon à la France, les considère cédées aux fins d'abri pour les pêcheurs français, et en pleine confiance que ces possessions ne deviendront pas motif de jalousie entre les deux nations […].

Pour les Français, la déclaration signifiait que la Grande-Bretagne avait accepté, sans l'affirmer en toutes lettres, le principe d'une pêche côtière exclusive, et avait cédé les îles de Saint-Pierre et de Miquelon sans aucune condition. Mais pour les Anglais, il importait que la pêche côtière exclusive ne soit pas reconnue formellement, tandis que le texte imposait comme condition que les îles de Saint-Pierre et de Miquelon ne pourraient jamais constituer une menace pour les intérêts britanniques. Au cours du siècle qui allait suivre, les traités entre la France et la Grande-Bretagne suscitèrent de nombreux conflits entre les gouvernements de France, du Royaume-Uni et de Terre-Neuve.

À partir de 1892, l'île aux Marins (alors «île aux Chiens» jusqu'en 1931) fut érigée en commune et disposa d'une mairie, d'une église, d'un phare, d'écoles primaires, de lavoirs, de séchoirs, de monument aux morts, etc. On y dénombrait une population d'environ 700 habitants et de quelque 150 bâtiments.

En 1904, la France finit par perdre ses droits d'employer les rivages de la côte ouest de Terre-Neuve, le French Shore, en vertu d'une «entente cordiale», qui permettait à la France de conserver seulement le droit de pêcher dans les eaux terre-neuviennes, situées entre le cap St John et le cap Ray. Autrement dit, les pêcheurs français conservaient le droit de pêcher concurremment entre les mêmes limites, mais n'étaient plus autorisés à accoster ou à utiliser la côte. Voici les articles 1 et 2 de la Convention anglo-française sur la pêche à Terre-Neuve de 1904:

Article 1er

La France renonce aux privilèges à elle consentis en vertu de l'article 13 du traité d'Utrecht, tels que confirmés et modifiés par les dispositions ultérieures.

Article 2

La France conserve pour ses ressortissants, sur un pied d'égalité avec les sujets britanniques, le droit de pêcher dans les eaux territoriales de la partie de la côte de Terre-Neuve située entre le cap St. John et le cap Ray […], ce droit devant être exercé durant la saison de pêche habituelle […].

En réalité, cette «entente cordiale» du 8 avril 1904 limitait les droits de pêche des Français aux Grands Bancs et dans les eaux territoriales de Saint-Pierre-et-Miquelon. Cette entente allait rester en vigueur jusqu'en 1972.

La décennie de 1930 avait entraîné le déclin de l'île aux Marins et la disparition de la municipalité. La population de l'île émigra progressivement vers l'île Saint-Pierre, mais la dernière école ne ferma qu'en 1963; le dernier habitant quitta l'île aux Marins en 1965.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Canada voisin prépara, avec l'accord des États-Unis, un projet de débarquement pour prendre possession des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon. Certains croyaient que des émissions radiophoniques pro-Vichy aidaient les U-Boot allemands présents sur les bancs de Terre-Neuve. Toutefois, la grande prudence du premier ministre canadien, William Lyon Mackenzie King (1935-1948), ne permit pas de mettre ces plans à exécution. En 1941, Charles de Gaulle demanda à l'amiral Émile Muselier de libérer Saint-Pierre-et-Miquelon à l'insu des autorités canadiennes et au grand scandale des États-Unis, ce qui suscita la méfiance de Franklin Roosevelt à l'égard du général de Gaulle. Le 20 juillet 1967, de Gaulle, alors président de la République française, exprima sa reconnaissance aux insulaires en faisant escale, sur le croiseur Le Colbert, à Saint-Pierre, avant de poursuivre son voyage vers Québec (le 23 juillet) et Montréal (le lendemain) où il prononcera son célèbre «Vive le Québec libre». Seize ans plus (1982), tard, François Mitterrand deviendra le second président de la République à visiter l'archipel. Le 7 septembre 1999, ce fut le tour de Jacques Chirac de se rendre à Saint-Pierre-et-Miquelon en tant que président de la République.

Les habitants de Saint-Pierre, en grande partie, ont aujourd'hui délaissé la pêche; c'est maintenant la fonction publique qui occupe la plupart des Saint-Pierrais. Sur une population de quelque 6000 habitants, près de 60 % des gens travaillent d'une façon ou de l'autre pour la fonction publique. Les fonctionnaires français qui acceptent de quitter la France pour venir travailler dans l'archipel voient leur salaire majoré de 70 % pour la durée de leur contrat.

3.4 Un département français d’outre-mer

En 1976, l’archipel obtint le statut de département français d’outre-mer. Par la loi du 17 juillet 1976, Saint-Pierre-et-Miquelon passa du statut territorial fixé par le décret d'octobre 1946 et par la loi-cadre dite Gaston Deferre de 1956-1957, à celui de département d'outre-mer. Conçu comme une «promotion» symbolique et comme une affirmation vis-à-vis du Canada, ce nouveau statut fut mal accueilli dans l’archipel, notamment parce que l’instauration d’une sorte de «cordon douanier européen» perturba l'économie locale qui ne pouvait plus fonctionner librement avec l’Amérique du Nord, et contribua ainsi à augmenter le coût de la vie. La Métropole permit certaines dérogations en ce qui a trait aux échanges commerciaux avec l'Amérique (Canada et États-Unis), mais il aurait fallu tellement de concessions que la départementalisation s’avéra un échec.

À partir de 1977, un long conflit opposa le Canada et la France au sujet des 200 milles marins que réclamaient les deux pays autour de leurs côtes. Le tout se termina le 10 juin 1992 lorsque, dans un jugement sans appel (sentence arbitrale), la Cour internationale de justice de La Haye accorda à Saint-Pierre-et-Miquelon un couloir de 12 milles marins de largeur et de 200 milles marins de longueur orienté en direction nord-sud (voir la carte). Enfin, en 1985, Saint-Pierre-et-Miquelon obtint le statut de collectivité territoriale de la République française.

4 La collectivité territoriale

En France, les lois dites de décentralisation (loi du 2 mars 1982) ont instauré une nouvelle répartition des compétences entre l’État et l’organisation territoriale. Cette «organisation territoriale» repose principalement sur trois niveaux d'administration: la commune, le département et la région. Sur le plan juridique, une collectivité territoriale est une personne morale de droit public (avec une dénomination, un territoire, un budget, du personnel, etc.), disposant de compétences propres et d'une certaine autonomie par rapport au pouvoir central. Autrement dit, commune, département et région disposent d'une liberté d'administration dans le cadre des lois de la République qui délègue des pouvoirs de décision à des élus afin qu'ils administrent eux-mêmes les communes, le département ou la région. Quant aux collectivités territoriales, elles disposent d’une plus large autonomie de décision, notamment les collectivités territoriales à statut particulier comme Paris, Marseille, Lyon, mais aussi l’île de Corse, l’île Mayotte et l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Dans ce dernier cas, c’est la loi du 11 juin 1985 qui érigea Saint-Pierre-et-Miquelon au statut de collectivité territoriale de la République française. Le gouvernement français légalisa officiellement l'autonomie fiscale et douanière, et élargit encore certaines compétences. Depuis, l'archipel est doté d'un Conseil général de 19 membres élus: Miquelon-Langlade élit quatre conseillers et Saint-Pierre, quinze. Le Conseil général, qui est assisté d'un comité économique et social, a des compétences propres en matière fiscale et douanière ainsi qu’en matière d'urbanisme et de logement. La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon compte deux communes: Saint-Pierre et Miquelon-Langlade. L'archipel est représenté par un député, un sénateur et un conseiller au Conseil économique et social; le préfet réside à Saint-Pierre. Quant à l'administration judiciaire, elle comprend un tribunal supérieur d'appel, un tribunal de première instance et un conseil de contentieux administratif.

5 Une politique linguistique de non-intervention

L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est à la fois un département français et une collectivité territoriale à statut particulier. Par rapport à la France, seules certaines adaptations ont été prévues par la loi du 11 juin 1985. Cependant, celles-ci ne concernent pas la langue puisque les habitants de l’archipel parlent le français. Cela étant dit, Saint-Pierre-et-Miquelon fait partie de la France et la politique linguistique qui y est appliquée tient compte de cette réalité juridique incontournable. En vertu de l’article 2 de la Constitution, le français demeure la langue officielle de Saint-Pierre-et-Miquelon: «La langue de la République est le français.» Dans les faits, c’est la politique du laisser-faire que l’on pratique dans l’archipel puisque aucune intervention n’est nécessaire.

Toute l’ADMINISTRATION LOCALE fonctionne uniquement en français. Les tribunaux ne procèdent également qu’en français. Il en est de même pour le Conseil général, le Comité économique et social, la gendarmerie nationale, les commerces, les loisirs, la radio-télévision, etc.

L’ENSEIGNEMENT à Saint-Pierre-et-Miquelon est le même qu'en France (métropole) et suit un calendrier identique. En 1994, d’après les données du Secrétariat d’État à l’outre-mer du gouvernement français, les effectifs s'élevaient à 1506 élèves et recevaient un enseignement exclusivement français, sauf pour les cours de langues étrangères (anglais). L'archipel comptait, cette année-là, huit écoles maternelles et primaires, un collège privé, un lycée d'État et un lycée professionnel permettant aux jeunes de poursuivre leurs études jusqu'au baccalauréat. Pour les études supérieures, les jeunes se rendent en France; il existe un système de bourses financé par le Conseil général.

Il faut ajouter également une loi adoptée par l’Assemblée nationale française: la Loi d'orientation pour l'outre-mer (ou loi 2000-1207 du 13 décembre 2000) entrée en vigueur le 14 décembre 2000. Ce sont les articles 33 et 34 de cette loi qui concernent tous les DOM-TOM. À l’article 33, on apprend que «l’État et les collectivités locales encouragent le respect, la protection et le maintien des connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales fondées sur leurs modes de vie traditionnels et qui contribuent à la conservation du milieu naturel et l'usage durable de la diversité biologique» et qu’à l’article 34 que «les langues régionales en usage dans les départements d'outre-mer font partie du patrimoine linguistique de la Nation» et qu’elles «bénéficient du renforcement des politiques en faveur des langues régionales afin d'en faciliter l'usage». D’après la Loi d’orientation d’outre-mer, la loi n° 51-46 du 11 janvier 1951 relative à l'enseignement des langues et dialectes locaux leur est applicable.

Pour ce qui est des MÉDIAS, ils fonctionnent tous en français. Le service public de la radio-télévision est assuré par la station de RFO (Société nationale de radio-télévision pour l'outre-mer). Saint-Pierre-et-Miquelon dispose également de deux canaux de télévision, l'un réservé à la diffusion des programmes de France 2 retransmis par satellite, l'autre à la diffusion de ceux conçus sur place par la station régionale de RFO. Les programmes radio de RFO sont constitués d'émissions reprises de Radio-France et d'autres produites sur place. Une radio locale privée émet aussi sur Saint-Pierre depuis 1984 (Radio-Atlantique). Enfin, la presse écrite compte un hebdomadaire L’Écho des caps, et un mensuel Le Vent de la liberté, auxquels s'ajoutent les journaux de métropole.

En ce qui a trait aux territoires d'outre-mer (DOM-TOM), le Cahier des missions et des charges de Réseau-France outre-mer (RFO) fait aussi allusion «à la promotion et à l'illustration de la langue française». Voici ce qu'énonce l'article 7 du décret no 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de programme Réseau France Outre-mer (JO-28/03/93-p.5146):

Article 7

La société contribue à la promotion et à l'illustration de la langue française dans le respect des recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Elle veille à la qualité du langage employé dans ses programmes.

L’AFFICHAGE COMMERCIAL est exclusivement français. En fait, c’est «la France en terre d’Amérique», comme le dit la publicité. Même les édifices de l’administration publique ont conservé une architecture d’allure métropolitaine. Bien sûr, les Saint-Pierrais peuvent parler en anglais aux touristes, mais leur insularité et leur statut de collectivité territoriale française les mettent à l’abri de toute assimilation et de toute insécurité linguistique. On comprendra que les lois linguistiques françaises s’avèrent peu utiles dans cet archipel en raison de l’homogénéité linguistique des habitants et de leur insularité. Il est tout de même insolite qu'il n'existe presque pas de liens touristiques entre l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon et le Québec francophone. Il est certes possible de prendre un vol à partir de Montréal à titre strictement individuel, mais le tarif est encore plus élevé que celui de Montréal-Paris aller-retour. Les vols directs entre le Canada et l'archipel ne sont possibles que pour Montréal, Halifax (Nouvelle-Écosse), Moncton (Nouveau-Brunswick) et St. John's (Terre-Neuve). L'aéroport n'est utilisé que par une seule compagnie, Air Saint-Pierre, ce qui exclut les gros transporteurs. Le nombre total annuel de passagers est d'environ 26 000, dont près de 10 000 pour la seule liaison Saint-Pierre/Saint-Jean de Terre-Neuve, parce que cette ville sert de «centre urbain» pour les habitants de l'archipel.

Dernière mise à jour: 11 mai 2013

Bibliographie

BONIN, Henriette. Saint-Pierre-et-Miquelon, Montréal, Éditions Leméac, 1970, 127 p.

LANDRY, Nicolas. Plaisance - Terre-Neuve 1650-1713, Québec, Les Éditions du Septentrion, 2008, 406 p.

LEHUENEN, Joseph. Le rôle des pêcheurs morutiers basques, bretons et normands dans la découverte de l'Amérique du Nord, du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, Congrès de Rome, 8 octobre 1981,
[http://209.205.50.254/encyspmweb/musee/lehuenen.html].

POIRIER, Michel. Les Acadiens aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon, 1758-1828, trois déportations, trente années d'exil, Moncton, Éditions d'Acadie, 1984, 523 p.

POULET, Georges. Histoire: Saint-Pierre-et-Miquelon, Paris, Académie des sciences d'outre-mer,
[http://209.205.50.254/encyspmweb/gp/].

 

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