[Flag of Laos]

République démocratique
populaire lao

Laos

Sathalanalat Paxathipatai Paxaxôn Lao

 
Capitale: Vientiane
Population: 
5,6 millions (est. 2004)
Langue officielle: 
lao ou laotien
Groupe majoritaire:
 lao (58,1 %)
Groupes minoritaires:
khmou (7,5 %), thaï phu (2,4 %), hmong njua (1,9 %), sô (1,9 %), phuan (1,8 %), kuy (1,2 %), laven (0,6 %), hani (0,5 %), iu mien (0,5 %), thaï daeng (0,4 %), lü (0,3 %), phunoi (0,3 %), sila (0,3 %) et thaï nüa (0,2 %) 
Système politique:
république socialiste communiste dirigée par un parti unique, le Parti populaire révolutionnaire lao (PPRL)
Articles constitutionnels (langue):  
art. 2, 3, 8, 9 et 75 de la Constitution modifiée le 15 août 1991
Lois linguistiques:  
aucune

1 Situation géographique

Le Laos porte comme dénomination officielle République démocratique populaire lao. C'est un pays d’Asie du Sud-Est délimité au nord par la Chine et le Vietnam, à l’est par le Vietnam, au sud par le Cambodge, à l’ouest par la Thaïlande, et au nord-ouest par la Birmanie. La superficie totale du pays est de 236 800 km², ce qui correspond à la Roumanie ou à l'Ouganda (près de la moitié de la France); plus de 1000 km séparent le nord et le sud du pays. Le Laos est le seul pays de la péninsule indochinoise à ne posséder aucun débouché sur la mer. La capitale du pays est Vientiane (avant 1975: Luang Prabang) dont la population est d'environ 150 000 habitants. Le Laos est surnommé le «royaume au million d’éléphants» en raison du grand nombre d’éléphants qui vivaient auparavant sur le territoire.

Le Laos est divisé administrativement en 16 provinces, une municipalité (kampheng nakhon) et une «région spéciale» (khetphiset): Attapeu, Bokèo, Borikhamxay, Champassack, Houaphan, Khammouane, Louang Nam Tha, Louang Prabang, Oudômxay , Phôngsaly, Saravane, Savannakhét, Vientiane (ville), Vientiane (province), Sayaboury (Xaignabury), Saysômboun (région spéciale), Sékong et Xieng Khoang (voir la carte détaillée). Les provinces sont elles-mêmes divisées de 142 districts et de 11 386 villages. Le Laos tire son nom du peuple principal, les Lao; mais les habitants du pays sont des Laotiens.

2 Données démolinguistiques

Le Laos est le pays le moins peuplé d’Indochine avec une population estimée à 5,6 millions d'habitants (en 2004), soit une densité de population de 23,8 habitants au km². La population est essentiellement rurale, 78 % des habitants vivant dans les campagnes ou  les montagnes.

Province Population 2004 Superficie
Attapeu 114 300 10 320 km2
Bokèo 149 700   6 196 km2
Bolikhamsay 214 900 14 863 km2
Champassak 575 600 15 415 km2
Houaphanh 322 200 16 500 km2
Khammouane 358 800 16 315 km2
Louang Nam Tha 150 100   9 325 km2
Louang Prabang 408 800 16 875 km2
Oudômxay 275 300 15 370 km2
Province Population 2004 Superficie
Phôngsaly 199 900 16 270 km2
Saravane 336 600 10 691 km2
Savannakhét 721 500 21 774 km2
Sékong   83 600   7 665 km2
Viantiane (ville) 692 900 3 920 km2
Viantiane (province) 373 700 15 927 km2
Xaignabury 382 200 16 389 km2
Xaisombun (Saysômboun )   70 600   7 105 km2
Xiang Khoang 262 200 15 880 km2

2.1 Les ethnies

Du point de vue ethnique, le Laos constitue constitue une mosaïque très complexe qui se répartit en quelque 130 ethnies, sous-ethnies et en nombreux clans, sous-clans et lignées.  Le Laos compte plus de minorités que n'importe quel de ses voisins immédiats (Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Vietnam), ce qui en fait le pays le plus hétérogène de tout le Sud-Est asiatique. En effet, environ 40 % de la population lao est constituée d'ethnies minoritaires d'origine montagnarde, dont les Hmong et les Khmou, qui représentent les groupes les plus importants. Le tableau qui suit ne présente que les ethnies comptant au moins 5000 individus.

Peuple

Langue maternelle Groupe linguistique Population
Laos laotien thaï-kadai 1 800 000
Khmou Ou ou austro-asiatique 506 250
Hmong Daw hmong daw hmong-mien 191 000
Hmong Njua hmong njua hmong-mien 163 800
Thaï Phu phu thaï thaï-kadai 150 400
thaï-kadai 134 100
Phuans phuan thaï-kadai 112 800
Katangs kataang austro-asiatique 107 350
Mangkong bru de l'Est austro-asiatique 103 860
Viets (Vietnamiens) vietnamien austro-asiatique 89 300
Bru bru de l'Ouest austro-asiatique 75 200
Khmou Rok khang austro-asiatique 56 250
Akha Pouly akha sino-tibétaine 50 620
Laven laven austro-asiatique 45 580
Thaï Meuly langue inconnue thaï-kadai 44 000
Phunoi phunoi sino-tibétaine 40 090
Thaï Nua thaï nua thaï-kadai 39 370
Khmou Me khang austro-asiatique 39 375
Nguan langue inconnue - 29 510
Mal mal austro-asiatique 26 090
Talieng talieng austro-asiatique 25 970
Pong hung austro-asiatique 24 060
Lü Khmou khmou austro-asiatique 22 500
Chinois han chinois yu sino-tibétaine 21 350
Lü Mien Iü mien hmong-mien 20 500
Brao lave austro-asiatique 19 730
Katou katou de l'Est austro-asiatique 19 150
Lamets lamet austro-asiatique 18 830
Saeks saek thaï-kadai 18 750
Alaks alak austro-asiatique 18 660
Phai phai austro-asiatique 16 870
Oy (Huei  Oi) oy austro-asiatique 16 810
Pacoh pacoh austro-asiatique 14 870
Cali langue inconnue - 14 625
Ngae ngeq austro-asiatique 13 710
Thaï Nyo nyaw thaï-kadai 13 500
Tong (Ta Oi ) ong austro-asiatique 10 300
Thaï Yuan (Nan) thaï du Nord thaï-kadai 9 750
Jeh jeh austro-asiatique 9 010
Khuens khuen austro-asiatique 9 000
Kassengs kasseng austro-asiatique 8 850
Khlors ngeq austro-asiatique 8 850
Akha Nuqui akha sino-tibétaine 7 870
Laos Isan thaï du Nord-Est thaï-kadai 7 870
Laosengs tareng austro-asiatique 7 370
Jengs jeng austro-asiatique 7 320
Lahu Na lahu sino-tibétaine 7 200
Halangs halang austro-asiatique 6 700
Nyahons nyaheun austro-asiatique 5 790
Glay nhang thaï-kadai 5 620
Akha Nutchi akha sino-tibétaine 5 060
Kim Mun kim mun hmong-mien 5 060

 On peut consulter un tableau des autres ethnies du Laos (moins de 5000 personnes) en cliquant ICI, s.v.p.

Cependant, les autorités politiques (principalement le Front lao d'édification nationale) ont eu du mal à établir une liste satisfaisante des diverses ethnies du pays. Le nombre officiel se situe autour de 47 à 49 ethnies, mais cette limitation se révèle factice, car la réalité est toute autre dans un pays caractérisé par une très grande diversité ethnolinguistique. En fait, le système présente une image altérée de sorte qu'il devient difficile, voire impossible, de situer l'appartenance de chacun des groupes à un ensemble ethnolinguistique le reliant à d'autres groupes voisins ou éloignés. Pour sa part, la Commission des ethnies de l'Assemblée nationale lao a, lors de son symposium d'août 2000, fixé le nombre d'ethnies à 49, subdivisées en quatre catégories principales sur la base d'un classement ethno-linguistique :

1) Les Lao-Thaïs incluant huit groupes ethniques : Lao, Phouthai, Thaïs, Lü, Gnouanes, Youngs, Saek et Thaïs Neua.

2) Les Môn-Khmers (ou Austro-Asiatiques) incluant 31 groupes ethniques : Kuemu (Khmou), Pray, Singmou, Khom, Thene, Idou, Bit, Lamed, Samtao, Katang, Makong, Try, Trieng, Ta-oi, Yeh, Brao, Harak, Katou, Oi, Krieng, Yarou, Yeh, Souai, Gnaheune, Lavy, Kabkae, Khmer, Toum, Ngouane, Meuan et Kri.

3) Les Sino-Tibétains incluant huit groupes : Akha, Sing, Sali, Lahou, Sila, Hayi, Lolo et Hor.

4) Les Hmong-Miens incluant deux groupes : Hmong et Mien (Yao).

Ce classement des minorités nationales du Laos est basé sur l'altitude de l'habitat de ces peuples: «Laos des plaines» (Lao Loum), «Laos des collines» (Lao Theung) et «Laos des montagnes» (Lao Sung). Cette classification est peut-être fort pratique pour les fonctionnaires, mais elle ne saurait répondant à des critères ethnolinguistiques. C'est pourquoi les scientifiques ont tendance à l'abandonner. On peut consulter un autre tableau des ethnies fait par M. Laurent Chazée en cliquant ICI.

2.2 Les langues du Laos

Comme il existe autant de langues que d'ethnies, il apparaît plus aisée de les classer d'abord par famille. Quatre familles linguistiques sont principalement représentées au Laos: la famille thaï-kadai, la famille austro-asiatique, la famille hmong-mien et la famille sino-tibétaine.

- La famille thaï-kadai est souvent désignée par le terme lao loum (ou «lao des plaines»), dont fait partie l'ethnie lao proprement dite qui parle le lao (ou laotien) ainsi que les ethnies similaires qui utilisent le thaï lao, le thaï dam, le thaï lü, le thaï dèng, le thaï khao, etc. Le lao est la langue officielle du Laos; il s'agit de la variété parlée et écrite à Ventiane, laquelle s'est imposée comme langue véhiculaire pour tous les groupes ethniques du pays. Le lao est fragmenté en cinq variétés principales: le lao de Vientiane (officiel), le lao du Nord (provinces de Luang Namtha, Bokèo, Oudômxai, Luangprabang, Sayaboury, Phôngsaly), le lao du Nord-Est (Xiengkhouang et Houaphan), le lao du Centre (Khammouane et Borikhamxay) et le lao du Sud (Savannakhét, Saravane, Xékong, Champasak et Attapeu). L'intercompréhension est relativement aisée entre ces différentes variétés linguistiques.

Le lao officiel diffère très peu de la langue thaïe parlée en Thaïlande, et les locuteurs des deux pays se comprennent sans problème. D'ailleurs, les Laos et les Thaïs sont considérés comme des Thaïs, qu'ils soient de la Thaïlande ou du Laos. En tout cas, beaucoup de Laotiens suivent très facilement les émissions thaïlandaises à la radio ou la télévision. Les Thaïs du Laos vivent généralement dans la vallée du Mékong et les plaines. Les communautés thaïes comptent pour environ 60 % de la population totale du pays, mais le lao à lui seul rassemble 58 % des locuteurs du Laos; c'est donc dire que, du point de vue numérique, les autres langues thaïes sont peu importantes.

-La famille austro-asiatique, désignée par lao theung (ou «lao des collines» parce que les locuteurs de ces langues furent chassés hors des plaines vers la montagne par l'arrivée des Lao), comprend essentiellement des langues môn-khmères; ce groupe de langues rassemble une trentaine d'ethnies, soit 23 % de la population totale.

- La famille hmong-mien (ou miao-yao) représente les lao soung (ou «lao des montagnes»), parlant des langues plus ou moins apparentées au chinois, et qui sont des «Laotiens des montagnes». Ce groupe se compose essentiellement des Méo (ou Hmong), des Yao, Ko, etc.; ils sont arrivés au Laos au XIXe siècle et n'ont pu s'installer que sur le sommet des montagnes. Le terme de Méo avait déjà été attribué par les Chinois aux Hmong, qui préfèrent l'appellation de Hmong («l’Homme»).

- La famille sino-tibétaine rassemble des langues chinoises telles que l'akha, le phunoi, le yu, etc.

Les langues laotiennes les plus importantes, c'est-à-dire parlées par plus de 20 000 locuteurs, sont les suivantes: le lao (58,1 %), le khmou (7,5 %), le thaï phu (2,4 %), le hmong njua (1,9 %), le sô (1,9 %), le phuan (1,8 %), le koui (1,2 %), le laven (0,6 %), le hani (0,5 %), l'iu mien (0,5 %), le thaï daeng (0,4 %), le lü (0,3 %), le phunoi (0,3 %), le sila (0,3 %) et le thaï nüa (0,2 %). Toutes les autres langues réunies rassemblent 22,8 % des locuteurs du pays. 

Langue Famille Pourcentage
lao thaï-kadai 58,1 %
khmou austro-asiatique 7,5 %
Thaï phu thaï-kadai 2,4 %
hmong njua hmong-mien 1,9 %
austro-asiatique 1,9 %
phuan thaï-kadai 1,8 %
koui austro-asiatique 1,2 %
laven austro-asiatique 0,6 %
hani sino-tibétaine 0,5 %
iu mien hmong-mien 0,5 %
thaï daeng thaï-kadai 0,4 %
thaï-kadai 0,3 %
phunoi sino-tibétaine 0,3 %
sila sino-tibétaine 0,3 %
thaï nüa thaï-kadai 0,2 %
autres langues divers 22,8 %

Les provinces du Laos accusent de grandes différences démolinguistiques (relevées en pourcentage de la population totale). La répartition des divers ensembles ethnolinguistiques par province se présente en ordre numérique décroissant de 1 % à 100 % (les pourcentages très faibles n'étant pas indiqués). Les chiffres qui suivent proviennent de l'Ambassade de France au Laos:

Municipalité de Vientiane : 9,41 % de la population totale
· lao-thaï : 96 % dont lao (phouan, lao vieng) 93,71% ; phoutaï (Thaï Dam, Thaï Deng, Taï Khao) 2,54 % ; lü 0,15 % ; nyouan 0,02 %
· vietnamiens: 1%
· mon-khmer : 0,48 % dont khmou 0,32 % ; phong 0,07 % ; souay 0,05 % ; khmer 0,04 % ; laven 0,04 % ; lavè 0,03 %
· hmong-yao : 0,47 % hmong
· tibéto-birman : 0,15 % phounoi


Province de Phongsali : 3,43 % de la population totale
· tibéto-birman : 38,96 % dont akha 21,62 % ; phounoi 17,34 %; sila ; lolo ; kheu ; hañi
· mon-khmer : 26,91 % dont khmou 26,91 % ; bit
· lao-taï : 18,69 % dont lü 9,08 % ; phoutaï (Taï Deng, Taï Dam) 5,14 % ; lao 4,47 % ; yang
· hmong-yao : 5,79  % dont yao 3,46 % ; hmong 2,33 %
· Chinois ho : 4,37 %


Province de Louang Namtha : 2,27 % de la population totale
· lao-taï : 44,48 % dont lü 17,48 % ; nyouan 15,32 % ; phoutaï (Taï Dam) 10,18% ; lao 1% ; yang 0,5%
· tibéto-birman : 33 % dont akha 26,77% ; koui 4,27 % ; mousseu (lahou) 1,06 %; phounoi 0,2 % ; sila
· mon-khmer :17,76 % dont khmou 12,49 % ; lamet 4,14% ; sam tao 1,13 % ; bit
· hmong-yao : 4,73 % dont yao 2,96 %; hmong 1,77 %


Province de Oudomxai : 5,21% de la population totale
· mon-khmer :60,37 % dont khmou 56,79 % ; lamet 3,45% ; bit 0,13%
· lao-taï : 24,97 % dont lü 12,88% ; lao 9,05 % ; phoutaï (Taï Dam) 1,78 % ; nyouan 0,64 % ; yang 0,62 %
· hmong-yao : 12,24 % dont hmong 11,71% ; yao 0,53 %
· tibéto-birman : 2,33 % dont akha et phouxang) 2,14 % ; phounoi 0,19 %


Province de Bokèo : 1,53 % de la population totale
· lao-taï : 45,13 % dont lü 26,90 % ;lao 11,58 % ; nyouan 4,55 % ; phoutaï (Thaï Dam) 2,10 % ; pa ma (khün)
· tibéto-birman : 22,33 % dont mousseu (lahou) 14,86 % ; koui 4,27 % ; akha 3,20 % ; phounoi
· mon-khmer : 20,95 % dont khmou 12,3 % ; lamet 6,48 % ; samtao 2,17 %
· hmong-yao : 10,38 % dont hmong 6,01 % ; yao 4,37 %


Province de Louang Phrabang : 8,24% de la population totale
· mon-khmer : 46,99 % dont khmou 46,99% ; thin
· lao-taï : 38,92 % dont lao 30,19% ; phoutaï (Taï Dam, Taï Deng ) 4,12 % ; lü 3,53% ; nyouan 1,08 %
· hmong-yao : 13,34 % dont hmong 13,06 % ; yao 0,28 %
· tibéto-birman : 0,19 % phounoy
· Chinois : chin
· Vietnamiens : vietnamien


Province de Houa Phan : 5,58% de la population totale
· lao-thaï : 65,27 % dont phoutaï (Thaï Dam, Thaï Deng, Thaï Vat, Thaï Khao, Thaï Phout) 36,21 % ; lao 29,06 %
· hmong-yao : 18,88 % hmong 18,08 % ; yao 0,80 %
· mon-khmer : 15,43 % dont khmou 10,35 % ; phong 4,84 % ; môn 0,24 %
· Chinois : chin
· Vietnamiens: vietnamien


Province de Xaiyabouri : 6,23 % de la population totale
· lao-thaï : 80,32 % dont lao 64,69 % ; lü ( et khün) 10,50 % ; nyouan 4,38 % ; phoutaï (Thaï Dam) 0,75 %
· mon-khmer : 12,57 % dont khmou 6,49 % : thin (lao maï, pray) 6,08 %; mlabri
· hmong-yao : 6,94 % dont hmong 5,96 % ; yao 0,98 %


Province de Xieng Khouang : 4,50 % de la population totale
· lao-thaï : 53,12 % dont lao (phouan) 39,28 % ; phoutaï (Thaï Dam, Thaï Khao ) 13,72 % ; lü 0,12 %
· hmong-yao : 35,59 % Hmong 35,59 %
· mon-khmer : 10,42 % Khmou 9,63 % ; Phong 0,50% ; Mon 0,23 % ; Thin 0,06 %
· vietnamien: 0,3 % 
· Chinois 0,1% Chin 0,10 %
· tibéto-birman : 0,04 % Phounoy 0,04 %


Province de Vientiane : 7,37% de la population totale
· lao-thaï : 69,98 % lao (phouan) 55,86 % ; phoutaï (Thaï Dam, Thaï Deng, ) 13,65 % ; nyouan 0,47 % ; lü ; thaï
· hmong-yao : 16,24 % hmong 15,35 % ; yao 0,89 %
· mon-khmer : 12,55 % khmou 12,55% : phong ; souay ; sedang
· tibéto-birman : phounoi
· Chinois : chin


Province de Borikhamxai : 3,41% de la population totale
· lao-thaï : 77,51% dont phoutaï (Thaï Kouan, Thaï Theng, Thaï Muey ; Thaï Mène ; Phou Thaï, Thaï Nyo ) 43,93 % ; lao (kaleung) 33,22 % ; sek 0,36 %
· hmong-yao : 9,71% dont hmong 9,29 % ; yao 0,42 %
· mon-khmer : 11,66 % dont phong 5,07 % ; khmou 4,69 % ; toum 1,32 % ; môn 0,35 % ; xingmoun (ksing moul) 0,23 % ; mang kong ; souay


Province de Khammouane : 5,95 % de la population totale
· lao-thaï : 79,11% dont phoutaï (Thaï Bo, Thaï Nyo, Phou Thaï ; Thaï Muey, Thaï Mène, Thaï Theng, Thaï Khang, Thaï So ) 42,12 % ; lao (kaleung) 35,91 % ; sek 0,93 % ; thaï 0,15 %
· mon-khmer : 19,06 % dont mang; kong 16,37 % ; tri 1,49 % ; ngouan 0,46 % ; môn 0,28 % ; katang 0,28 % ; khmou 0,23 %; phong 0,18 % ; toum ; souay
· vietnamien: 1,38 %
· Chinois : chin


Province de Savannakhét : 15,16 % de la population totale
· lao-thaï : 72,85 % dont lao 52,20 % ; phoutaï (Phou Thaï) 20,65 %
· mon-khmer : 19,63 % dont katang 7,57 % ; mang kong 6,29 % ; tri 3,25 % ; paco' 1,45 % ; ta'oy 0,66 % ; lavè 0,41 % ; lavi ; ta'lieng ; katou
· ietnamien: 0,50 %
· Chinois chin
· hmong-yao : hmong


Province de Saravane : 5,23 % de la population totale
· lao-thaï : 64,3 % dont lao 61,63 % ; phoutaï 1,45 % ; thaï 1,22 %
· mon-khmer : 35,17 % dont katang 13,13 % ; souay 8,02 %; ta'oy 7%; lavén 5,22 % ; ngè' 1,14 % ; katou 0,37 % ; alak 0,18 % ; mang kong 0,11 %
· vietnamien :0,21 % 


Province de Xékong : 1,42 % de la population totale
· mon-khmer : 95,99 % dont ta'lieng 31,48 % ; katou 26,95 % ; alak 16,33 % ; ngè' 10 %; yè' 3,91 % ; souay 2,96 %; ta'oy 1,96 % ; lavén 1,56 %; lavi 0,84 %
· lao-thaï : lao 3,56 %


Province de Champassak : 11,21 % de la population totale
· lao-thaï : 87,73 % dont lao 86,69 % ; phoutaï () 0,97 % ; lü 0,07 %; nyouan
· mon-khmer : 9,95 % dont lavén 4,37 % ; souay 2,02 %; ta'oy 1,61 % ; nyaheun 0,88 % ; ngè' 0,39 % ; lavè 0,35 % ; katang 0,35 % ; alak 0,33 %; khmou ; khmer
· vietnamien: 1,43 %
· Chinois chin


Province d'Attapeu : 1,94 % de la population totale
· mon-khmer : 60,13 % dont lavè 17,80 % ; oi 15,96 % ; ta'lieng 10,50 % ; chiéng 6,46 % ; lavén 4,51 % ; alak 4,37% ; yè' 1,79% ; nyaheun 0,53 %
· lao-thaï : lao 36,91 %


Région spéciale de Xaisômboun
· miao-yao
· mon-khmer

Il faudrait ajouter aussi que le pays compte au moins 1000 Français résidant en permanence au Laos; ils sont concentrés à Ventiane.

2.3 La langue lao (officielle)

Le lao (ou laotien), à l'exemple du thaï, du vietnamien et du chinois, est une langue à système tonal. Elle compte six tons, proches du thaï, tout en demeurant une langue monosyllabique: ton grave, ton médian, ton aigu, ton ascendant, ton aigu descendant et ton grave descendant. Le lao comporte néanmoins des mots polysyllabiques hérités du sanskrit, du pâli, du français, de l'anglais, voire du russe. Les tons servent à distinguer phonologiquement des mots qui, pour un Occidental, pourraient être perçus comme semblables. Un même mot peut donc se prononcer de plusieurs façons : [pèèt] => «huit», [pèt] => «canard», [phèèt] => «piment», etc. Par exemple, le mot khao peut signifier «riz», «information», «corne» ou «eux», selon le ton employé. Un autre exemple: le mot sao peut signifier, selon le ton, «vingt», «fille», «pilier» ou «matin».

 

Syllabes ouvertes

Syllabes fermées*

  sans marque tone marker tone marker voyelle courte voyelle longue
Classe 1 grave médian aigu descendant aigu grave descendant
Classe 2 grave ascendant médian grave descendant aigu grave descendant
Classe 3 aigu médian aigu descendant médian aigu descendant
Le ton grave correspond au ton le plus bas, généralement uniforme et plat.
Le ton médian est également plat, mais il correspond au registre moyen du locuteur; le mot se prononce sans inflexion.
Le ton aigu, plat lui aussi, correspond au ton le plus haut du registre (voix de tête).
Le ton ascendant commence un peu en-dessous du ton médian et rejoint ou dépasse le ton aigu.
Le ton aigu descendant commence au ton aigu et redescend au niveau médian.
Le ton grave descendant commence à peu près au niveau médian et redescend au niveau du ton grave.

* Les syllabes fermées se terminent par [p], [t] ou [k].

Trois des tons sont dits «plats» (grave, médian et aigu), tandis que les trois autres concernent l'inflexion (ascendant, aigu descendant et grave descendant). Ces six variations de ton sont évidemment fonction du registre de la voix du locuteur.

Du côté de l'écriture, le lao est doté d'un alphabet ressemblant à l'alphabet thaï, mais avec 33 consonnes, 28 voyelles et quatre signes diacritiques pour marquer le ton. Mais parmi ces quatre signes, deux seulement sont couramment utilisés pour indiquer les six tons différents. Il existe aussi 15 symboles pour indiquer les diphtongues, ce qui permet de multiples combinaisons.  Beaucoup de phonèmes identiques ne se distinguent que par le ton. L'écriture, de type curviligne, peut paraître relativement complexe. Elle se lit de gauche à droite et de haut en bas. Avant 1975, il existait au moins quatre systèmes d'écriture. Depuis le régime imposé par le Phathet Lao, l'alphabet a été normalisé et unifié.

Les consonnes sont divisées dans trois classes afin de déterminer le ton d'une syllabe (indiquée par les numéros ci-dessous). Les sons représentés par certaines consonnes changent lorsqu'ils sont employés à la fin d'une syllabe. Les consonnes peuvent être employées au commencement d'une syllabe, mais seulement certaines d'entre elles peuvent en usage à la fin d'une syllabe. Les consonnes dans la rangée du bas (voir le tableau ci-dessous) finale sont des amalgames employés comme des alternatives aux consonnes de base.


Quant aux voyelles (avec k), le tableau est le suivant : 
 

Si le système phonétique et phonologique peut paraître fort complexe, en revanche la grammaire se révèle d'une grande simplicité. Ainsi, les mots sont invariables et il n'y a ni genre, ni nombre, mais seulement des termes génériques pour définir les hommes, les animaux, les végétaux, etc. Par exemple, il existe une catégorie propre aux feuilles et à tout ce qui est plat, une autre pour les objets à forme ronde et allongée (arbres et colonnes), etc. Au total, on compte une vingtaine de de catégories grammaticales de ce type. Comme les autres mots, le verbe reste invariable et le temps verbal est inconnu, même s'il existe des auxiliaires marquant l'action accomplie. Quant aux pronoms personnels, ils diffèrent selon que l'on s'adresse à un subordonné, un égal ou un supérieur. La syntaxe du lao correspond à l'ordre connu du français: le sujet, puis le verbe suivi du complément.

À l'instar du pronom personnel, certains mots sont différents selon que l'on s'adresse à ses amis, à des administrateurs, bonzes ou hauts dignitaires. Au cours de son histoire, le lao a emprunté, à l'exclusion du thaï, au sanskrit, au pâli, au vietnamien, au français, au russe et à l'anglais.

2.4 La religion officielle

La religion officielle est le bouddhisme theravada. Les peuples montagnards sont en général animistes, mais pratiquent parfois aussi le bouddhisme. Les bouddhistes sont les plus nombreux (57,8 %), devant les adeptes des religions traditionnelles (33,6 %). Le christianisme (1,8 %) et l'islam (1 %) ont peu de fidèles.

Le ministère laotien de l’Intérieur, à travers le Front lao pour la construction nationale (FLCN), encadre et dirige les moines bouddhistes. C'est pourquoi le clergé bouddhique a dû adopter une nouvelle charte en avril 1998. Le FLCN exige que les moines étudient le marxisme-léninisme, envoient des rapports hebdomadaires au ministère de l’Intérieur, obéissent aux directives du Parti de l’État et enseignent un «bouddhisme revu et corrigé» par le Font lao pour la construction nationale. On peut considérer que l'attitude du gouvernement laotien à l'égard de la religion a évolué ces dernières années. Par exemple, la majorité des membres du politburo du Parti populaire révolutionnaire du Laos participent ouvertement aux plus grandes cérémonies bouddhistes du pays. Il faut dire que, dans les pagodes, c'est l'enseignement de Marx et non celui du Bouddha qui est dispensé.

Malgré les différentes déclarations officielles des autorités laotiennes, la pratique du christianisme et des religions autres que le bouddhisme, est difficile, voire risquée, et plus généralement impossible, sauf pour le Lao Evangelical Church et le Seventh Day Adventist Church (adventiste du Septième-Jour) qui ont choisi de faire allégeance au Parti populaire révolutionnaire lao. L'État interdit de distribuer des documents religieux, autres que des documents bouddhiques approuvés par le gouvernement; ceux qui le font sont arrêtés et condamnés «pour incitation aux troubles sociaux et à la sécurité nationale». Il n'est pas possible pour les chrétiens de se rendre à l'église, car les portes sont barricadées et les églises fermées.

En somme, quand le gouvernement n’arrive pas à encadrer les minorités religieuses comme il le fait avec le clergé bouddhique, il choisit délibérément de laisser les autorités locales réprimer ces minorités religieuses. Ce n'est pas un hasard que ces minorités religieuses soient principalement des minorités ethniques et linguistiques.

3 Données historiques

AVIS: Certaines parties historiques de cette section sont tirées presque intégralement de l'Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, art. «Laos».

Les premiers occupants du Laos appartiennent au groupe ethnique des Kha (littéralement «sauvages», «esclaves») qui vivaient déjà sur le territoire de l’actuel Laos au Ve siècle de notre ère. Vers le XIe siècle, les Thaï, originaires du royaume de Nan Zhao (aujourd’hui province du Yunnan, au sud de la Chine), émigrèrent et refoulèrent peu à peu les Kha. Vers le XIIe siècle, ils auraient établi leurs propres principautés. Parmi ces peuples Thaï, les Lao fondèrent la principauté de Muong Xa avec comme capitale Xien Tong (Luang Prabang devenue aujourd'hui Vientiane). Cette période de l’histoire du Laos est liée à celle du Cambodge. Le royaume khmer de Funan s’étendait sur une grande partie du Laos. Le royaume de Tchen-la, puis le royaume khmer d’Angkor firent des Lao leurs vassaux.

3.1 Le royaume au million d’éléphants

Au milieu du XIVe siècle, le roi khmer d’Angkor, Jayavarman Paramesvara, maria sa fille à un prince lao exilé, Fa Ngum. En 1353, Fa Ngum fonda le royaume indépendant du Lan Xang («Million d’éléphants»). Roi guerrier, Fa Ngum réalisa l’unité des principautés lao et fut constamment en guerre avec le royaume d’Ayuthya et l’Annam (Vietnam). Son fils lui succéda sur le trône et continua la consolidation et l’organisation du royaume. Le royaume de Lan Xang connut une très forte expansion territoriale au XVIe siècle. Le roi revendiqua, puis annexa le royaume de Chiang Maï, ce qui marqua le début d’une longue période de conflits avec les Birmans; ce fut aussi une période durant laquelle la capitale du royaume fut transférée par prudence à Vientiane. La renaissance du Laos se fit sous le règne de Suriya Vongsa (1637-1694), mais cet âge d’or ne dura que le temps de son règne. À sa mort, les prétendants au trône s’affrontèrent et le pays se scinda en deux royaumes fratricides ayant pour capitales respectives Vientiane et Luang Prabang.

Les États voisins tentèrent de profiter de cet affaiblissement du Laos. Le Siam (aujourd'hui la Thaïlande), la Birmanie et le Vietnam cherchèrent à placer le Laos sous leur souveraineté. Vientiane, occupée par les Thaï en 1778, dut reconnaître la souveraineté siamoise, alors que Luang Prabang fut contrainte de reconnaître la suzeraineté du Siam. Lorsque Vientiane tenta de reconquérir son indépendance en 1827, les Siamois détruisirent complètement la ville dont la population fut déportée. Cette dépendance dura jusqu’en 1887.

3.2 L’intervention française

De nouvelles migrations, telles que celle des tribus hmong venues du Yunnan (Chine) et celle des Ho, vinrent modifier évoluer la situation. Comme les nouveaux venus dévastaient les régions frontalières, le Siam chercha à établir sa souveraineté jusqu’aux frontières du Vietnam; une partie de la population laotienne accepta de se placer sous la protection des Siamois (Thaïs). C'est en 1861 que le premier français, le naturaliste Henri Mouhot (en mission pour le British Museum), pénétra au Laos. Une mission d'exploration du fleuve Mékhong permit aux Français d'avoir de plus amples renseignements sur le pays. En 1885, les Français avaient pris le pouvoir au Vietnam et continuaient d’étendre leur empire en Indochine.

- Le protectorat français

Par la suite, la cour de Huê demanda la protection de la France pour se défendre du Siam. En 1893, une expédition militaire française prit le contrôle des principales villes du pays et contraignit les Siamois à reconnaître le protectorat français sur l’ensemble du territoire situé sur la rive gauche du Mékong. A ce moment, le Laos ne représentait pas encore une entité politique; seul le royaume de Luang Prabang conservait encore, bien que profondément affaibli, l'apparence d'un État.

En 1897, les Français réunirent les différentes régions qui forment le Laos actuel et définirent les frontières du nouveau territoire. La population comprenait différents groupes laos, mais excluait un bon nombre de Laotiens qui vivaient dans l’actuelle Thaïlande. En 1904, la France étendit son contrôle sur le reste du territoire laotien jusqu’alors resté aux mains des Siamois. Laissant en place les souverains de Luang Prabang, la France leur adjoignit un résident général au Laos. Tardivement occupé, le Laos ne fut complètement «pacifié» que vers 1936. Sous le protectorat français, la culture et la langue lao furent méprisées par les Français. La langue française fut enseignée comme langue véhiculaire et le lao fut oublié. Toute l'Administration ne fonctionna qu'en français. Juste avant la Seconde Guerre mondiale, on ne comptait au Laos que cinq écoles primaires et un seul lycée français pour l'ensemble du pays demeuré analphabète à 95 %. Les écoles secondaires avaient davantage d’élèves vietnamiens que laotiens avec le résultat que le français et le vietnamien étaient plus utilisées que le lao dans les communications gouvernementales et commerciales.

Toutefois, depuis 1930, la fondation du Parti communiste indochinois (PCI) par Nguyên Ai-Quôc, le futur Hô Chi Minh, avait donné une nouvelle impulsion à la lutte anticolonialiste non seulement au Vietnam, mais aussi dans toute l'Indochine (incluant donc le Laos). Des grèves secouèrent l'Indochine française et furent la cause du décret Blum-Moutet (30 décembre 1936) qui réglementait le travail libre en Indochine et interdisait le «travail obligatoire». Le décret mit fin aux «corvées» en vigueur au Laos.

- L'occupation japonaise et la fin du protectorat

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Japon occupa l’Indochine et, le 9 mars 1945, mit fin provisoirement au pouvoir colonial français, puis proclama l'indépendance du Laos.  Cependant, le drapeau français continua de flotter sur les édifices et les administrateurs français conservèrent leur poste, même si les Japonais dirigèrent le pays jusqu'au 26 août (1945). Une sorte de bilinguisme franco-japonais s'installa dans l'administration japonaise. Des accords franco-japonais prévoyaient une défense commune et une coopération économique; ils permettaient le stationnement des troupes japonaises en Indochine et facilitaient l’occupation japonaise. De son côté, l’administration coloniale française fournissait du riz, du maïs, du caoutchouc, du charbon et du minerais aux Japonais. Cette attitude conciliante permit aux Japonais de contrôler l’Indochine et de l’intégrer dans son dispositif de guerre. C'est pourquoi les Américains considérèrent les membres de l’administration coloniale française comme des ennemis.

En octobre 1945, un gouvernement provisoire (représenté par le Pathet Lao) fut formé. Au printemps de 1946, les forces françaises, s’appuyant sur le prince Boun Oum, réoccupèrent le Laos et éliminèrent les mouvements antifrançais.  Un accord fut alors signé avec le roi de Luang Prabang par un traité qui le proclamait «roi du Laos unifié au sein de l’Union française». Une nouvelle constitution fut adoptée le 11 mai 1947, qui fit du Laos une monarchie constitutionnelle. L'article 6 énonçait que «la langue officielle est la langue lao». En juillet 1949, la France accorda une large autonomie au Laos. Puis les partisans du communisme, sous la direction du prince Souphanouvong, fondèrent en août 1950 le Front uni du Laos libre (Neo Lao Isara) sur le modèle du Vietnam. En avril 1953, des militants nationalistes et communistes — ces derniers regroupés au sein du Pathet Lao «l’État ou le pays lao» — prirent rapidement le contrôle de larges portions de territoire laotien.

Conformément aux accords d’armistice signés à Genève en 1954, les troupes vietnamiennes et les soldats français se retirèrent du Laos. L’Union soviétique, la Chine et le Vietnam du Nord entérinèrent le régime royal en échange d’une neutralisation militaire du pays et de l’intégration politique du Pathet Lao. Une commission internationale de surveillance fut mise en place pour veiller au respect des accords. En décembre 1955, le Laos fut autorisé à siéger à l’ONU en tant qu'État souverain.

3.3 L'indépendance

Mais l'indépendance ne fut pas facile, car des conflits de préséance dans l'attribution du pouvoir virent le jour. Le pays resta divisé, le Pathet Lao contrôlant le Nord et le prince Souvanna Phouma, neutraliste soutenu par les Occidentaux, occupa le Sud.

- Le temps de la monarchie

En novembre 1957, le premier ministre du Laos, le prince Souvanna Phouma (neutraliste), et son demi-frère, le prince Souphanouvong (chef du  Pathet Lao), parvinrent à un accord qui invitait le Pathet Lao à participer au gouvernement de coalition approuvé par l’Assemblée nationale laotienne. Cette arrivée en politique du Pathet Lao fut aussitôt mise en échec par l’apparition d’un nouveau groupement politique conservateur, qui renversa en août 1958 le gouvernement de Souvanna Phouma avec le soutien des États-Unis, qui payaient le salaire de l’armée royale.


Sa Majesté le roi Sisavangvong sur un billet de 100 kip
du Laos, avant 1975

Pendant que le Pathet Lao bénéficiait de l’appui de l’URSS, de la Chine et du Vietnam, les États-Unis soutenaient les forces de droite. Dès lors, la reprise de la guerre était inévitable. En 1960, le capitaine Kong Le, appuyé par des militaires neutralistes, s’empara de Vientiane, la capitale officielle du Laos. Dans la lutte entre factions rivales qui s’ensuivit, le prince Souvanna Phouma (neutraliste) fut réinstallé au pouvoir. Il décida de faire participer les communistes à son gouvernement de coalition. Un fragile équilibre régna jusqu’en 1964, alors que, sous la pression des militaires, les négociations furent définitivement rompues. Le prince Souphanouvong (le chef du Pathet Lao) cessa de reconnaître la légitimité du pouvoir de Souvanna Phouma. À partir de 1964, le pays fut coupé en deux: pendant que le Nord et les hauts plateaux restaient contrôlés par le Pathet Lao, Vientiane était protégée par les Américains. Le Laos se préparaient à changer de protectorat pour un autre: celui des Américains.  En 1969, le Pathet Lao et les Nord-Vietnamiens occupaient les deux tiers du pays.

L’intervention américaine dans la guerre du Vietnam entraîna le Laos dans la débâcle, car l'aviation américaine bombardait régulièrement les régions frontalières où passait la piste Hô Chí Minh. Au sol, les Américains formèrent une armée de Méo (ou Hmong) afin de soutenir l’armée royale; on recruta même des mercenaires en Thaïlande. De vastes opérations se déroulèrent impliquant les forces cambodgiennes, américaines et sud-vietnamiennes dans la région.  Devant les échecs militaires et l’épuisement des adversaires, le prince Souvanna Phouma négocia avec le Pathet Lao. Les accords de Paris signés en janvier 1973 eurent des répercussions immédiates au Laos. Un cessez-le-feu fut conclu et, quelques mois plus tard, une Assemblée nationale provisoire fut constituée. Le 3 avril 1974, «le prince rouge» Souphanouvong revint à Vientiane; le Pathet Lao profitant de sa situation de force étendit son influence sur l'ensemble du pays. Jusqu'à ce moment, le français restait la langue seconde des élites et de l'aristocratie laotienne. Une partie de l'enseignement se faisait en français et l'Administration était rigoureusement bilingue (lao-français), de même que l'affichage.

- L'autoritarisme du Pathet Lao et la démocratie populaire

Les victoires décisives remportées par les communistes au Cambodge et au Vietnam en avril 1975 vinrent conforter la suprématie du Pathet Lao et portèrent le coup de grâce à Souvanna Phouma et à ses partisans. Au mois de décembre suivant, la monarchie laotienne était abolie par le Pathet Lao et la République démocratique populaire lao officiellement proclamée. Souphanouvong devint le président de la nouvelle république révolutionnaire. Le gouvernement nationalisa les entreprises et créa des fermes collectives. Les dirigeants de l’ancien régime furent envoyés en camp de rééducation.

À partir de 1975 (jusqu,en 1982), près de 400 000 Laotiens, des opposants au nouveau régime révolutionnaire, quittèrent le Laos, ce qui représentait environ 10 % de la population totale. Les Hmong constituaient la majorité des émigrants: ils furent 120 000 à fuir, dont 85 000 partirent vers des pays occidentaux (65 000 aux États-Unis, 8000 en France, 2000 au Canada, etc.).  Les autres opposants traversèrent le Mékong pour rejoindre la Thaïlande. Par ailleurs, quelque 100 000 Laotiens ont été envoyés dans des goulags laotiens; plus de 30 000 personnes y ont péri assassinées ou dans la torture, parmi lesquels le roi Sri Savang Vatthana, la reine Khamphoui, le prince héritier Vong Savang, des ministres, des officiers supérieurs et des fonctionnaires du gouvernement royal, sans oublier de nombreux représentants de la minorité hmong et d’autres minorités ethniques. Parmi les personnes arrêtées et disparues, beaucoup sont des Hmong; ils sont généralement chrétiens et réputés anticommunistes.

Puis le Laos s'est engagé dans une «marche vers le socialisme» qui devait échouer en raison du blocus économique et de la résistance de la paysannerie. Dès 1977, environ 100 000 soldats vietnamiens, ainsi que des Soviétiques, furent dépêchés au Laos afin de réduire la rébellion déclenchée dans les régions montagneuses par les Méo. La même année, le Laos signait le Traité d'amitié et de coopération avec le Vietnam, ce qui officialisait la présence des troupes vietnamiennes et assurait un protectorat de fait du Vietnam sur le Laos. En 1979, confronté à de graves difficultés économiques, le gouvernement arrête brutalement la collectivisation. En même temps, les camps de rééducation sont fermés et le régime politique adapté petit à petit au nouveau régime économique. Au cours des années quatre-vingt, des villages entiers de Hmong et de Khmou  — des peuples des montagnes  — furent déplacées vers les plaines afin de mieux les surveiller; mais peu habitués à la chaleur des plaines, beaucoup moururent de maladies.

Au plan linguistique, l'enseignement du français devint facultatif dans les écoles, ce qui entraîna une constante régression de cette langue au profit de l'anglais. Néanmoins, l'Administration continua d'utiliser le français dans ses textes officiels...  à côté de l'anglais et du lao. En général, le français resta la marque de la grande majorité des Laotiens qui avaient fait leurs études secondaires avant 1975. Depuis, la langue anglaise a gagné bien du terrain. On peut donc toujours trouver un interlocuteur francophone lorsque l'on s'adresse à l'Administration ou à certains cadres commerciaux. Cependant la langue anglaise a gagné bien du terrain. Par ailleurs, le Laos participe aux Sommets de la Francophonie depuis les débuts en 1986. Toutefois, il ne participe pas aux conférences des ministres de l’Éducation nationale (CONFEMEN), ni à celles des ministres de la Jeunesse et des Sports (CONFEJES).

Le retrait en 1990 des dernières troupes vietnamiennes et l’effacement de la Russie permirent une détente avec la Thaïlande) et la Chine. La première Constitution née de la révolution de 1975 fut officiellement adoptée en 1991. Nouhak Phoumsavanh devint président de la République en 1992, tandis que le général Khamtai Siphandonh cumulait la direction du Parti populaire révolutionnaire lao et du gouvernement. La mort de l'ancien président Souphanouvong, le 6 juillet 1995, n’entrava pas le processus d’ouverture économique et politique. Les réfugiés continuèrent de rentrer au pays, tandis que les investisseurs étrangers, surtout thaïlandais, affluèrent. Depuis 1991, lors du Sommet de la Francophonie de Chaillot, le Laos fait partie des «pays ayant en partage la langue française».

Le processus d’ouverture se poursuivit avec l’admission du Laos, en juillet 1997, au sein de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (Ansea). En 1998, Nouhak Phoumsavanh fut remplacé à la tête de l’État par le général Khamtai Siphandonh, renforçant ainsi un peu plus la présence de l’armée au sein de l'appareil de l’État. Cependant, malgré la réduction de l’inflation — grâce en partie à l’abandon de la parité fixe avec le dollar —, la situation économique demeura très difficile, en raison notamment de la forte dépendance envers la Thaïlande. La crise asiatique, en 1997, qui a touché de plein fouet la Thaïlande, affecta ainsi par contrecoup le pays. Ce très lourd contexte économique se doubla également, à partir de 1999, d’un début de contestation des autorités laotiennes: manifestation d’étudiants demandant la libéralisation du régime et surtout attentats perpétrés en 1999 et 2000, à l’encontre des infrastructures touristiques et révolte des Hmong. Une telle situation entraîna le limogeage du premier ministre Sisavath Keobounphanh et son remplacement par Boungnang Vorachit en mars 2001.

4 La politique linguistique

La Constitution du 15 août 1991 donne une idée de la politique linguistique du Laos. L'article 2 mentionne que le Laos est un «État de démocratie populaire» composé d'un «peuple pluriethnique»; l'article 3 par d'une «Patrie pluriethnique».

Article 2

La République démocratique populaire lao est un État de démocratie populaire. Tout le pouvoir est au peuple, pratiqué par le peuple, pour les intérêts du peuple pluriethnique de toutes les couches sociales dont les ouvriers, les agriculteurs et les intellectuels forment le pivot.

Article 3

Le droit du peuple d'être maître de la Patrie pluriethnique est exercé et garanti  par le fonctionnement du système politique dont le Parti populaire révolutionnaire lao constitue le noyau dirigeant.

De fait, l'article 3 reconnaît, institue et impose le monopole du Parti communiste, ce qui démontrerait ainsi une incompatibilité avec les valeurs démocratiques et les conventions Internationales que le parti au pouvoir a signées. On verra plus loin que les pouvoirs, droits et libertés appartiennent exclusivement aux seuls membres du Parti populaire révolutionnaire lao.

L'article 8 est apparemment plus éclairant, car il affirme que «l'État applique une politique de solidarité et d'égalité entre les diverses ethnies» et que «toutes les ethnies ont le droit de préserver et de développer leurs belles moeurs, traditions et cultures ainsi que celles de la Nation.»

Article 8

1) L'État applique une politique de solidarité et d'égalité entre les diverses ethnies. Toutes les ethnies ont le droit de préserver et de développer leurs belles moeurs, traditions et cultures ainsi que celles de la Nation. Est interdit tout acte de division et de discrimination entre les ethnies.

2) L'État applique toutes les mesures destinées à développer et rehausser continuellement le niveau économique et social de toutes les ethnies.

Il est possible que la réalité soit toute autre, mais ces dispositions constitutionnelles semblent bien reconnaître l'égalité des nombreux groupes ethniques du Laos. Dans la même veine, l'État reconnaît aux citoyens, à l'article 9, le droit de pratiquer la religion de leur choix:

Article 9

L'État respecte et protège les activités légales des pratiquants de la religion bouddhique et des autres religions; il mobilise et encourage les bonzes, bonzillons, ainsi que les prêtres des autres religions, à participer aux activités servant les intérêts de la Patrie et du peuple. Est interdit tout acte de nature à diviser les religions et à diviser le peuple.

En même temps, l'article 75 proclame que le lao est la langue officielle de l'État: «La langue et l'écriture lao sont la langue et l'écriture officielles.» Il reste à voir comment l'État réussit à concilier le statut officiel du lao et l'égalité entre les ethnies, car la loi constitutionnelle ne précise pas si l'égalité concerne les langues et/ou les ethnies. Si les dispositions constitutionnelles ne protègent pas les langues, on pourra conclure que l'égalité n'est pas réelle dans la mesure où un peuple se définit en grande partie par la langue.

4.1 La langue de l'État

Le Parlement du Laos se compose d'une Chambre unique, l'Assemblée nationale, dont les membres sont élus au suffrage universel, direct et secret, pour cinq ans. Les lois sont rédigées et proclamées en lao. Les débats parlementaires se découlent aussi en lao. Mais les anciennes lois demeurées en vigueur et rédigées en français sont toujours légales. Après les élections législatives du 21 décembre 1997, la répartition ethnique des députés révélait que seuls les Thaïs étaient représentés: 64 «Lao Loum» (Lao des plaines), 26 «Lao Theung» (Lao des plateaux) et 9 «Lao Soung» (Lao des sommets).

Puisque la langue de l'État est le lao, il est normal que l'Administration l'utilise dans ses rapports avec les citoyens et les documents officiels. Toutefois, l'Administration continue d'utiliser le français dans certains de ses textes officiels,mais les fonctionnaires sont de moins en moins bilingues. L'Administration a tendance à employer de plus en plus l'anglais, surtout dans les affaires et les relations internationales, sauf pour ce qui concerne la Francophonie. Les langues des minorités nationales autres que thaïes ne sont pas employées.  Il faut dire que la corruption est généralisée au Laos et que ce système ne favorise pas les «compromis linguistiques», chacun essayant de profiter au maximum de son poste. Dans ces conditions, le bien-être du peuple laotien est oublié et n'est pris en compte par personne.

Dans l'affichage, les inscriptions officielles sont, pour la plupart, bilingues, c'est-à-dire en lao et en français avec prédominance du français. La signalisation routière utilise les symboles internationaux, mais les langues utilisées sont encore le laotien et le français. La toponymie et l'odonymie sont largement laotiennes; les autres langues locales sont également permises à la condition d'être «normalisées», c'est-à-dire adaptées au lao.

L'affichage commercial est fréquemment multilingue, bien que le lao et le français prédominent. De nombreuses affiches sont rédigées en plusieurs langues, généralement en lao, en thaï, en français, en vietnamien, en chinois ou en anglais. Évidemment, toutes sortes de combinaisons sont possibles à partir de ces langues. En ce qui concerne l'anglais, il semble que le gouvernement encourage beaucoup son utilisation auprès de la population. Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas les langues minoritaires qui sont en cause, mais les langues des pays voisins (thaï, vietnamien et chinois) ou les langues internationales (français et anglais).

4.2 La justice laotienne

Si certaines dispositions de la Constitution (articles 30 et 31) garantissent les droits fondamentaux des Laotiens, l’article 3 reconnaît, institue et impose le monopole du Parti unique, démontrant une incompatibilité évidente avec les valeurs démocratiques et les conventions internationales que la République démocratique populaire lao a signées. De plus, si le Code de procédure pénale du Laos ( 1990) établit des règles bien définies comme le droits des détenus d’être informés des accusations à leur encontre, d’avoir un représentant reconnu pour sa défense ou de faire appel (art 18), rien n'est précisé en matière de langue. Le droit d'être informé des motifs de son arrestation, lorsqu'il s'applique, ne concerne pas le droit à la langue de son choix. Tout se fait en lao. Le recours à d'autres langues peut être perçu comme une provocation ou un abus de pouvoir destiné à «falsifier la politique du Parti et de l’État» (art. 59) ou à «propager de fausses nouvelles […] visant à affaiblir le pouvoir de l'État».

De toute façon, il existe une pratique arbitraire des lois par l’appareil judiciaire du Laos. Le Code de procédure pénale est généralement utilisé pour justifier les arrestations arbitraires à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme, des minorités religieuses, des minorités ethniques ou linguistiques et des opposants au Parti unique. Tout ce qui constitue un danger pour le Parti est considéré comme une grave menace contre la sécurité nationale et est passible d'une peine allant jusqu’à 14 ans de prison. Le droit de connaître ses droits individuels, incluant les droits linguistiques, et le droit à la défense ne sont pas reconnus au Laos.

4.3 Le système scolaire

Le Laos est un pays pauvre et le budget consacré à l'éducation laisse à désirer. Les écoles manquent de tout, que ce soit de manuels, de papier, de crayons, etc.  Le peu de matériel existant provient de l'aide des organisations non gouvernementales (ONG), des associations humanitaires ou de bienfaiteurs particuliers. Dans la capitale, Vientiane, il existe un grand nombre d'écoles privées pour suppléer au manque chronique d'établissements, ce qui peut sembler une contradiction pour un régime communiste. Toutefois, dans les villages éloignés, les écoles sont généralement construites par la population elle-même. De plus, l'accès à ces écoles est très difficiles pour les ethnies montagnardes, souvent très pauvres. Dans ces conditions, les enfants sont la plupart du temps livres à eux-mêmes et préfèrent pêcher, chasser plutôt que d'aller à l'école. C'est pourquoi la fréquentation scolaire reste très inégale en fonction de la répartition géographique, les provinces reculées étant moins bien ou mal desservies. Les taux de scolarisation sont très différents selon les provinces, l'appartenance sexuelle et les groupes ethniques. Dans certaines provinces, on estime que seulement environ 30 % des enfants sont scolarisés dans les régions rurales. Évidemment, le niveau d'alphabétisation des adultes varie pour les mêmes raisons, allant de 48 % à 74 %. Malgré les efforts du gouvernement pour vaincre l'analphabétisme, le taux national d’alphabétisation n’était encore que de 71,9 % en 2001.

Au Laos, le système éducatif comprend un enseignement primaire (cycle de cinq ans) et un enseignement secondaire (collèges et lycées) répartis sur deux cycles de trois ans chacun. Le Laos compte peu de structures d'accueil pour les enfants d'âge préscolaire (jusqu'à cinq ans) et ces structures ne sont implantées que dans les zones urbaines. Quoi qu'il en soit, le taux d'abandon est d'environ 25 % et le taux de réussite d'un tiers.

En matière linguistique, rappelons que l'article 75 de la Constitution proclame que «la langue et l'écriture lao sont la langue et l'écriture officielles». Par conséquent, seul le lao est légalement autorisé et l'enseignement des langues des minorités nationales (40 %) n'est ni permis ni toléré. Bref, les minorités linguistiques sont loin du droit à l'intégrité culturelle ou au libre exercice d'une tradition ou d'une langue.

Dans les écoles laotiennes, les écoles dispensent leur enseignement en lao ou en français. Dans certaines écoles, les enfants débutent l'apprentissage du français à 10 ans; dans d'autres écoles, les parents ont le choix entre le français et l'anglais. Depuis quelques années, le gouvernement encourage l’apprentissage de l’anglais comme langue seconde au lieu du français. Néanmoins, la France demeure encore très présente, car elle fournit beaucoup de subventions pour aider le Laos à se reconstruire. À la suite d'un entente de coopération avec la France, l'enseignement du français au secondaire est dispensé en raison de trois heures par semaine, mais également dans l'enseignement supérieur (de trois heures à cinq heures/semaine) ainsi que dans le cadre de la formation continue des professeurs de français (stages et bourses d'études). On estime que près de 40 000 élèves et étudiants apprennent le français comme langue seconde. Après le français, les langues étrangères enseignées sont l'anglais, le thaï, le chinois et le vietnamien.

Le Laos compte une seule université, celle de  Sisavangvong (ouverte en 1958), située à Vientiane. L'enseignement est dispensé en lao, en français et en anglais. Différents programmes de coopération internationale interviennent auprès des facultés. L'Organisation nationale d'études politiques et administratives (ONEPA) dispense des cours en français pour les cadres et les étudiants désireux de se tourner vers le secteur de l'administration ou de la gestion des entreprises. L'ONEPA bénéficie d'une double coopération tant allemande que française et de façon ponctuelle, de la coopération thaïlandaise. Certains étudiants vont étudier au Vietnam, au Cambodge ou en France pour parfaire leur formation universitaire. 

4.4 Les médias

Le gouvernement exerce un monopole total sur la presse écrite et audiovisuelle. Les journaux laotiens sont des porte-parole du gouvernement et du Parti unique. D'ailleurs, ils publient souvent les mêmes articles, mot pour mot. Tous les journalistes laotiens sont des employés du ministère de l’Information et de la Culture. Il est interdit de critiquer la politique du Parti, ainsi que les pays amis du Laos, c'est-à-dire les gouvernements de la Birmanie, de la Chine, de la Corée du Nord, du Vietnam et de Cuba.

L’article 3 de la Loi sur la presse (2000) «interdit aux groupes ou aux individuels de se servir de leur droit d’expression pour parler ou écrire en public contre les intérêts de l’État». L’article 4 exige de la presse d'«informer, faire la propagande, défendre la ligne et la politique du Parti, les lois de l’État». L’article 13 demande aux associations de journalistes d'«être solidaires dans leurs professions pour servir la politique du Parti». L’article 24 interdit aux journalistes de «critiquer et attaquer la République démocratique populaire lao». Depuis le 24 octobre 2000, le Comité national de l’Internet du Laos a décrété:

Il est interdit à tout individu, toute organisation, toute société au Laos de mentir, de décevoir, ou de persuader les gens à l’intérieur ou à l’extérieur du Laos en vue de protester contre le Parti populaire révolutionnaire lao et contre le gouvernement du Laos […] sous peine d’amende, de rééducation, d’expulsion ou de condamnation selon la loi de la République démocratique populaire lao.

Depuis le mois d'octobre 2000, les communications par Internet sont régulièrement contrôlées par le gouvernement; de nombreux internautes reçoivent par courriel des avertissements du ministère de l’Intérieur.  

- La presse écrite

En ce qui concerne les langues, la presse écrite laotienne diffuse surtout en lao. Il en est ainsi du Passasson, du Vientiane May, les quotidiens national de Vientiane, ainsi que des l'hebdomadaire tels que Vientiane Tulakit, Sieng Khen, Khao San Pathet Lao, Mai Gning Lao, Vanasin Magazine, etc. On compte en tout une soixantaine de journaux en lao, surtout des hebdomadaires. Tous ces journaux ont en commun une politique d'utiliser une langue rigide et formaliste axée sur l'information. L'Agence nationale de presse, le Khaosan Pathet Lao, publie des bulletins en lao, en français et en anglais. Le KPL couvre l'ensemble du territoire, souvent en partenariat avec la radio nationale lao. D'une présentation peu attrayante, les nouvelles locales se résument souvent à l'actualité diplomatique, alors que ses pages internationales reprennent les dépêches de l'agence chinoise Xinhua.

Des publications en langues étrangères, comme Le Rénovateur en français (financé par la France et l'Agence intergouvernementale de la Francophonie) et Vientiane Times en anglais, sont aussi diffusés. Ces journaux s’autocensurent et rapportent essentiellement des traductions officielles des textes du Khao San Pathet Lao, l’agence officielle du ministère de l’Information du Laos.

- La presse électronique

La Radio nationale lao diffuse en principe en lao, mais aussi un bulletin quotidien en français (de 12 h 30 à 13 h et de 20 h à 20 h 30). Le même type d'émission existe aussi en anglais, en vietnamien, en thaï et en chinois (mandarin). Par ailleurs, un dimanche sur deux, à 20 h, on peut écouter une émission bilingue de chansons françaises; il est possible de capter avec certaines difficultés un programme de trente minutes sur Radio France Internationale (RFI) en français et en anglais. Les Laotiens peut capter facilement des stations thaïlandaises, surtout qu'elles leur paraissent plus intéressantes que les stations nationales.

C'est encore la Télévision nationale lao qui demeure le meilleur canal pour obtenir des informations sur le Laos. Cependant, les débats interminables et les films chinois lamentablement doublés y sont fréquents. L'autre télévision nationale, Chanel 3, émet de 16 h à minuit;  l'origine thaïlandaise de la majorité de ses émissions rend cette station plus attrayante. Beaucoup de Laotiens préfèrent regarder des émissions en provenance de la Thaïlande parce que la programmation est davantage orientée sur le divertissement. Il existe aussi une chaîne francophone, TNL5, qui diffuse à Ventiane. De plus, TV5 est retransmis sur ondes hertziennes dans la région de Vientiane de 8 h à 22 h et 24 h sur 24 dans les hôtels équipés de parabole.

La politique linguistique du Laos en est une de dénégation des droits des minorités linguistiques laotiennes, et ce, malgré les dispositions constitutionnelles qui proclament l'«égalité égalité entre les diverses ethnies» qui «ont le droit de préserver et de développer leurs belles moeurs, traditions et cultures ainsi que celles de la Nation.» Il est vrai que le texte ne mentionne pas la langue, mais les «belles moeurs, traditions et cultures». Pourtant, le Parti uique (Pathet Lao) et le gouvernement ont des membres issus des minorités ethniques, mais tous sont soumis aux diktats du Pathet Lao qui ne souffre aucune critique.

Parmi les minorités ethniques au Laos, la minorité Hmong, formant un peu moins de 10 % de la population, rencontre le plus de discriminations. La plupart des Hmongs ont servi les Américains durant la guerre du Vietnam. D'une part, l’anticommunisme farouche bien connu des Hmong, d'autre part, le fait que les Hmong sont souvent des chrétiens font qu’ils sont considérés avec une extrême méfiance par les autorités. Le gouvernement utilise généralement comme raison de son action la déforestation (culture par brûlis) au nom aussi de la lutte antidrogue; c'est pourquoi des villages entiers de Hmong et de Khmou ont été délocalisés des montagnes vers les vallées et les plaines. Les forces armées du Laos attaquent régulièrement les villages des Hmong enclavés dans les montagnes de la région spéciale de Saysômboun, massacrant hommes, femmes et enfants. Le trafic des enfants (prostitution juvénile), dès l’âge de 13 ans, est pratiqué autant dans les villes que les villages où résident des minorités ethniques. Non seulement les Hmong, mais d'autres minorités ethniques sont persécutés en permanence par le gouvernement communiste lao qui affiche une ferme volonté de les exterminer. Ce n'est pas pour rien que, depuis que le Laos a signé en décembre 2000, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (art. 26 et 27) et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (art. 1), le gouvernement a toujours différé la ratification de ces deux conventions internationales. En somme, la politique linguistique du Laos en est une d'assimilation et de valorisation de langue officielle (le lao), avec des compromis à l'égard du français et de l'anglais. Au chapitre des droits linguistiques des minorités, le Laos affiche un tableau extrêmement sombre, mais ce n'est guère surprenant avec un gouvernement qui pratique un régime de terreur!

 

Dernière mise à jour: 27 déc. 2015

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HAUT-COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES DROITS DE L’HOMME. Deuxièmes rapports périodiques présentés par les États parties en vertu de l’article 40 du pacte, Genève, Organisation des Nations unies, 22 novembre 1996, CCPT/C/42/Add. 14.

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WOEHRLING, José. «Les trois dimensions de la protection des minorités en droit constitutionnel comparé» dans Rapport spécial de droit public interne aux Journées mexicaines de l'Association Henri Capitant, Mexico et Oxaca, 18-25 mai 2002.

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