Drapeau de Sardaigne Sardegna

Sardaigne 

Regione Autonoma della Sardegna
(Région autonome de la Sardaigne)

(Italie)

Capitale: Cagliari 
Population: 1,6 million  (2001)
Langue officielle: italien 
Groupe majoritaire: sarde (81,2 %) 
Groupes minoritaires: italien, catalan, corse, génois 
Système politique: région autonome à statut spécial
Articles constitutionnels (langue): art. 3 de la Constitution de 1947 et Statut d'autonomie de 1948 

Lois linguistiques nationales: Décret du président de la République du 31 mai 1974, n° 417 : Règlement sur le statut juridique du personnel enseignant, du personnel de gestion et d'inspection des écoles maternelles, primaires, secondaires et des écoles artistiques de l'État ; Loi du 14 avril 1975, n° 103 en matière de diffusion radiophonique et télévisée ;  Décret du président de la République du 20 novembre 1991 (abrogé) ; Décret législatif du 16 avril 1994, n° 297, en matière d'instruction ; Loi du 15 décembre 1999, n° 482 (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques) ;  Décret du président de la République, n° 345, du 2 mai 2001, portant sur les règles de protection des minorités linguistiques historiques ; Décret législatif du 12 septembre 2002, n° 223, sur le transfert des fonctions relatives à la protection de la langue et de la culture des minorités linguistiques historiques ; Loi du 3 mai 2004, n° 112 (Règles de principe en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI) ;  Loi du 3 mai 2004, n° 112, en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI.

Lois régionales: Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26, sur la promotion et la valorisation de la culture et de la langue de la Sardaigne.

 
1 Situation géographique

Située juste au sud de l'île de Corse, la Sardaigne (Sardegna en italien; Sardigna en sarde) est la deuxième plus grande île (24 090 km²) de la Méditerranée après la Sicile; elle se trouve à mi-chemin entre l’Italie et la Tunisie, et s'étend sur environ 267 km de long et sur 120 km de large.

La Sardaigne a obtenu son statut d’autonomie de l'Italie et forme une région «à statut spécial» depuis 1948: la Regione Autonoma della Sardegna. C'est l'une des cinq régions bénéficiant d'une autonomie politique et administrative avec le Val-d'Aoste, le Trentin-Haut-Adige, le Frioul-Vénétie Julienne et la Sicile. Les 15 autres régions n'ont pas de statut particulier. Depuis le 9 mai 2005, la Sardaigne compte huit provinces: Cagliari, Nuoro, Sassari, Oristano, Olbia-Tempio, Ogliastra, Carbonia-Iglesias et Medio Campidano (voir la carte).

2 Données démolinguistiques

Sur une population de 1,6 million d'habitants que compte la Sardaigne, près de 1,3 million de locuteurs utilisent le sarde comme langue maternelle.

2.1 Le sarde

Au même titre que l’italien, le sarde (en sarde: sardu ou sadru) fait partie des langues romanes. Par rapport aux autres langues romanes, l'un des traits essentiels du sarde est son caractère archaïque ou conservateur. C'est que la Sardaigne n'a pas connu certaines évolutions qui se sont produites au premier siècle de notre ère dans les autres langues romanes; la Sardaigne a dû se trouver linguistiquement isolée du reste du monde romain dès cette époque.

Mentionnons aussi que la Corse et la Sardaigne ont eu, à l'origine, le même parler que l'on considère parfois comme un témoin du monde romain en Afrique du Nord. Les linguistes distinguent plusieurs variétés dialectales du sarde: le campidanien (campidanesu) dans le Sud, le logoudorien (logudoresu) dans le Centre et le Nord-Ouest, le sassarien (sassaresu) dans l'extrême Nord-Ouest et le gallurien (gadduresu) dans l'extrême Nord.  Pour certains linguistes, le gallurien et le sassarien constituent des variantes méridionales du corse.

Les Sardes constituent donc l'une des plus importantes minorités linguistiques de toute l'Italie (avec les Siciliens et les Frioulans), et même l'une des plus considérables d'Europe. On estime que 85 % des habitants de l'île comprennent le sarde. Le nombre des unilingues italophones serait d'environ 10 %, alors que celui des unilingues sardes se situerait autour de 8 % à 9 %, et serait en nette régression. 

Toutefois, le sarde, plus précisément l’ensemble des variétés sardes, s’est toujours affirmé comme une langue essentiellement orale, généralement transmise de bouche à oreilles. Cette langue n'a été écrite dans le passé que par peu de Sardes qui n'ont jamais suivi de règles très précises à ce sujet.

En général, les Sardes écrivent en sarde le font sans trop se préoccuper des propositions orthographiques en vue d'établir des règles fixes. Il existe bien une  proposition de standardisation de la langue sarde, Limba Sarda Unificada, Sintesi delle Norme di base : ortografia, fonetica, morfologia, lessico, mais ces règles n'ont pas été adoptées par un organisme officiel. Pourtant, l'ouvrage a été élaboré par une commission d'experts qui n'Ont tenus compte que des variétés du logoudorien et du campidanien. Contrairement aux attentes politiques, la population n'a accueilli qu'avec de grandes réserves la proposition de la LSU (Lingua sarda unificata). La population sarde semble avoir l'impression que ces travaux se sont faits sans elle et qu’elle continue d'être tenue à l’écart d’une question qui la concerne directement.

2.2 Le catalan (alguérois)

Dans cette même île de Sardaigne, réside une petite communauté de quelque 28 500 personnes (63 %) parlant le catalan, une autre langue romane. Le catalan parlé à Alghero, appelé alguérois ou alguerès en catalan, est un catalan archaïsant, conséquences de son isolement géographique du reste de l'aire linguistique catalane, mais aussi fortement italianisé avec des influences sardes. Cette communauté catalanophone est concentrée dans la ville d'Alghero (44 000 habitants), une ville située dans une péninsule au nord-ouest de l’île. Selon une enquête approfondie menée en 2004 sur l'emploi des langues à Alghero («Enquesta d’usos lingüístics a l’Alguer 2004»), réalisée sous l'initiative du gouvernement de la Catalogne (Secretaria de Política Lingüística), la connaissance de l'alguérois correspond au résultat suivant:

Connaissance du catalan Pourcentage
Ceux qui comprennent le catalan 90,1 %
Ceux qui le lisent 46,5 %
Ceux qui le parlent 61,3 %
Ceux qui l'écrivent 13,6 %

L'enquête révélait que 22,4 % des Alguérois utilisaient le catalan local comme langue maternelle, contre 59,2 % pour l'italien et 12,3 % pour le sarde. Si l'on tient compte de la langue d'identification, 80,7 % des Alguérois s'identifient à l'italien, 14,6 % à l'alguérois et 4 % au sarde. La prédominance de l'italien, notamment à l'école, fait en sorte que le catalan tend à se transmettre de moins en moins auprès des générations plus jeunes.

Il est possible de consulter une page consacrée à la description et à l'histoire de la langue catalane.

2.3 Le génois et le tabarquin

Il se parle aussi en Sardaigne le génois et le tabarquin (en italien: tabarchino). Ces deux langues sont employées dans les petites îles du Sud-Ouest (archipel des Sulcis), notamment à Carloforte dans l'île de 51 km² de San Pietro (6400 hab.) ainsi qu'à Calasetta dans l'île de 115 km² de Sant'Antioco ou Saint-Antiochus (11 800 hab.). Le tabarquin est une forme régionale de ligure parlée dans les communes de Carloforte et de Calasetta, regroupant au total près de 15 000 personnes. Dans l'île de San Pietro, les habitants parlent une forme particulière de ligure, avec un mélange de génois, de tabarquin et de sarde. L'archipel des Sulcis fait partie de la province sarde de Carbonia-Iglesias. On compte de petites communautés parlant le corse du Sud (ou dialecte gadduresu ou gallurien) dans le nord de la Sardaigne.
Ethnie Pourcentage Langue parlée Affiliation Localisation
Sardes 81 % sarde et italien langue romane Toute l'île
Italiens 16,3 % italien (seulement) langue romane Toute l'île
Catalans 1,7 % catalan (et italien) langue romane Alghero
Tabasquins 1 % tabarquin (et italien) langue romane Sant'Antioco

3  Données historiques

L’île de Sardaigne fut successivement envahie par les Phéniciens venus du Liban (Xe-VIIe siècles avant notre ère), les Carthaginois (VIIe siècle) et les Phocéens (VIe siècle). Elle a subi successivement la domination romaine (de 238 avant notre ère jusqu’à 476 de notre ère), puis celles des Vandales (476-534), de l’Empire byzantin (534-711) et des Arabes, qui dévastèrent ses côtes de 711 à 1016.

Dans le but de se défendre, les Sardes firent appel aux républiques de Gênes et de Pise qui, après avoir éliminé les Arabes, se disputèrent l’île (entre les XIe et XIIIe siècles). Finalement, en 1297, le pape Boniface VIII attribua l’île (en même temps que la Corse) au roi d’Aragon, qui l’occupa par la force en 1300 afin d’y chasser les Génois. La couronne arago-catalane ne conquit définitivement l’île qu’en 1325.

Le catalan devint la langue de l'administration et de la culture, tandis que le sarde commençait sa période de déclin comme langue véhiculaire, puisque son rôle était réduit à celui d'une simple langue orale employée par les insulaires d’origine sarde. Les Catalans firent d’Alghero leur capitale en Méditerranée, après en avoir expulsé les Sardes. Malgré la castillanisation progressive de l’aristocratie après l’unification des couronnes arago-catalane et castillane en 1469, le catalan demeura la langue dominante sur l’île jusqu’au XVIIIe siècle.

Puis, après une brève période autrichienne (1708-1718), le traité de Londres céda la Sardaigne en échange de la Sicile en 1720 au duc de Savoie, chef d'une famille royale italienne qui  fut proclamé roi des «États sardes», ce qui eut pour effet de réduire l’emploi du catalan dans l’administration, car dès 1764 l’italien devint la langue officielle; rappelons que la Savoie comprenait alors une partie de la France (Annecy, Chambéry, etc.), le Piémont en Italie, avec Turin comme capitale, la Sicile et la Sardaigne (voir la carte de gauche). 

En 1860, l’ouest de la Savoie fut annexée à la France, alors que la Sardaigne fut incorporée au royaume d’Italie en 1861, ce qui entraîna la disparition complète du catalan dans l’administration et dans l’Église catholique au profit de l’italien. Par la suite, la généralisation du système scolaire italien fit que le sarde et le catalan restèrent des langues dénuées de prestige social. L’aire catalanophone se réduisit à la seule ville d’Alghero, au nord-ouest de l’île. La ville d'Alghero se présente donc aujourd’hui comme une petite enclave catalane en terre sarde.

La Sardaigne obtint son Statut d’autonomie en 1948, mais celui-ci ne contenait aucune disposition linguistique. Depuis le début des années 1970, des mouvements autonomistes sardes ont maintes fois tenté de réclamer auprès de Rome des droits linguistiques. Les Sardes n'ont pas cessé de réclamer un statut qui, d’une part, les reconnaîtrait comme une minorité linguistique, d’autre part, ferait du sarde la langue nationale de l’île et l'une des langues co-officielles avec l’italien. Depuis plusieurs décennies, une bonne demi-douzaine de projets de lois ont été présentés pour rendre le sarde co-officiel, mais aucun n'a été adopté, les partis politiques ne s'étant jamais entendus sur un seul des projets proposés.

Quant au gouvernement central, il revendique le droit exclusif de traiter de cette affaire et il s'est toujours opposé aux décisions du gouvernement régional qui préconise la reconnaissance de la langue sarde à égalité avec l'italien. Certaines élites sardes espèrent que l’Union européenne saura prendre en compte la spécificité des régions périphériques et insulaires comme la Sardaigne. La spécificité culturelle de cette dernière semble être mise en valeur par une partie de la population insulaire au moment même où la langue sarde régresse, alors que l’élite politique locale réclame un nouveau statut d’autonomie. Manifestement, il n'y a jamais eu de volonté politique pour régler la question linguistique en Sardaigne!

4  Un statut linguistique symbolique

La Sardaigne est donc restée depuis 1948 une région autonome dont la seule langue officielle est l’italien, alors que 81 % des habitants parlent le sarde. Les Sardes ne bénéficient que d'une faible protection linguistique spécifique.

4.1 La législation nationale

Dans la loi nationale du 15 décembre 1999, n° 482, intitulée Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche (en français: Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques), le premier paragraphe de l’article 1 rappelle que «la langue officielle de la République est l’italien». Toutefois, le second paragraphe énonce que «la République, qui valorise le patrimoine linguistique et culturel de la langue italienne, fait la promotion et la valorisation des langues et des cultures protégées»  :

Article 1

1) La langue officielle de la République est l'italien.

2) La République, qui valorise le patrimoine linguistique et culturel de la langue italienne, fait la promotion et la valorisation des langues et des cultures protégées par la présente loi.

L’article 2 est plus explicite, car il énumère les minorités touchées par la loi, dont le sarde et le catalan:

Article 2

En vertu de l'article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le franco-provençal, le frioulan, le ladin, l'occitan et le sarde.

Il semble clair que le catalan et le sarde sont expressément nommés parmi la liste des langues protégées. La loi prévoit les mêmes règles d’application minimale que la loi de 1991 en matière de protection linguistique. Il faut, d’une part, qu’une minorité forme au moins 15 % de la population d’une municipalité, d’autre part, que le Conseil provincial et le tiers au moins des conseillers municipaux aient approuvé majoritairement la procédure d’adoption prévue par la loi. En ce qui concerne la Sardaigne, l’application de la loi est laissée à l’initiative des communes. Pour le moment, il semble que seule la municipalité d’Alghero prenne des mesures timides pour promouvoir les langues locales. Dans les faits, la loi ne reconnaît pas le sarde dans la vie publique de la Région autonome, tant dans le domaine administratif que judiciaire. D'ailleurs, jamais la loi ne fait référence au sarde dans les écoles publiques, l'affichage, l'administration publique, le monde du travail, etc. Ce serait le tollé chez les Romains!  C'est une loi incitative, pas du tout coercitive! Ainsi, le paragraphe 2 de l’article 1 du Décret du président de la République du 20 novembre 1991, qui se lit comme suit: «La République protège la langue et la culture des populations frioulane et sarde.»

Article 1er [abrogé]

1) La République protège la langue et la culture des populations d'origine albanaise, catalane, germanique, grecque, slave et bohémienne ainsi que de celles qui parlent le ladin, le français, le franco-provençal et l'occitan.

2) De plus, la République protège la langue et la culture des populations frioulane et sarde.

C'est vraiment fort peu, dans la mesure où un tel libellé risque de demeurer un vœu pieux! De toute façon, ce décret a été abrogé depuis l'adoption de la loi n° 482 du 15 décembre 1999 (Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche).

4.2 La législation régionale

 En 1993, le Conseil régional avait adopté la Loi régionale du 7 octobre 1993, intitulée Protection et valorisation de la culture et de la langue de la Sardaigne (en italien: Tutela e valorizzazione della cultura e della lingua della Sardegna). Par exemple, à l’article 2, la loi précise ce qu’on doit entendre par la valorisation de la culture et de la langue sardes: tout est lié à l’histoire, la tradition populaire, la production littéraire écrite et orale, l’expression artistique et musicale, etc. Bref, du folklore, rien de solide comme protection juridique!

Cependant, le gouvernement autonome a fait adopter, en 1997, la Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26, sur la promotion et la valorisation de la culture et de la langue de la Sardaigne. Cette loi va beaucoup plus loin que celle de 1993. L'article 1er de la loi de 1997 précise ce qui suit sur les finalités:

Article 1

Finalités

1) La Région autonome de la Sardaigne assume l'identité culturelle du peuple sarde comme un bien principal à valoriser et à promouvoir, et détermine dans son évolution et dans sa croissance la fondation fondamentale de toute intervention destinée à développer le progrès personnel et social, le progrès du développement économique et de l'intégration interne, et à édifier une Europe fondée sur la diversité des cultures régionales.

2) À cette fin, il garantit, défend et valorise l'expression libre et multiforme des identités, besoins, langages et productions culturelles en Sardaigne, conformément aux principes inspirés par le Statut spécial.

Mais l'article 2 de la loi n° 26 est beaucoup plus précis en matière de reconnaissance de l'histoire, des traditions, du patrimoine culturel du peuple sarde:

Article 2

Objet

l) Au sens de la présente loi, la Région assume comme l'un des biens fondamentaux la valorisation de la langue sarde - en lui reconnaissant la parité avec l'italien - de l'histoire, des traditions de vie et de travail, de la production littéraire écrite et orale, de l'expression artistique et musicale, de la recherche technique et scientifique, du patrimoine culturel du peuple sarde dans sa spécificité et son originalité, dans ses aspects matériels et spirituels.

2) La Région considère cet engagement comme une partie intégrale de son action politique et le rend conforme aux principes de la parité et du plurilinguisme sanctionnés par la Constitution et à ceux qui sont à la base des normes internationales en la matière et, en particulier, dans la Charte européenne des langues régionales et minoritaires du 5 novembre 1992 ainsi que dans la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du 1er février 1995.

3) Par conséquent, la Région considère la culture de la Sardaigne, la langue sarde et la valorisation de son développement et de son maintien, comme des moyens caractéristiques nécessaires pour l'exercice de ses compétences statutaires en matière de biens culturels - tels les musées, bibliothèques, antiquités et beaux-arts -, de spectacles publics, de système d'éducation, d'architecture et d'urbanisme, ainsi que de toutes les autres attributions propres ou déléguées qui confirment la pleine réalisation de l'autonomie de la Sardaigne.

4) La même valeur attribuée à la culture et à la langue sardes est reconnue avec référence au territoire concerné, à la culture et à la langue catalane d'Alghero, au tabarquin des îles du Sulcis ainsi qu'aux dialectes sassarien et gallurien.

La loi précise même certaines langues sardes telles le catalan de la ville d'Alghero, le tabarquin des îles du Sulcis ainsi que les dialectes sassarien et gallurien. L'article 4 de la loi n° 26 prévoit que la Région autonome devra réglementer le régime des bibliothèques et de la documentation, des musées, des monuments et des traditions populaires de la Sardaigne.  L'article 5 crée, auprès de l'Assessorat régional de l'instruction publique, des biens culturels, de l'information, des spectacles et des sports, l'Observatoire régional pour la culture et les langues sardes, un Observatoire régional pour la culture et les langues sardes afin d'atteindre les objectifs de la loi de 1997. 

En vertu de l'article 8 de la  Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26, les communes, même en s'associant, peuvent constituer des consultants locaux pour la culture et la langue des Sardes, formés de personnes compétentes en la matière, avec la tâche d'assumer des initiatives tendant à favoriser la connaissance et la valorisation de la culture et de la langue sardes, même dans ses variantes locales, ainsi que de formuler des observations et propositions à l'Assessorat régional de l'instruction publique, des biens culturels, de l'information, des spectacles et des sports, et de présenter des programmes appropriés d'activités. C'est l'Administration régionale qui doit prévoir, au moyen de l'Observatoire, les critères pour la collaboration avec les consultants locaux. De nombreux articles portent sur des considérations d'ordre culturel, historique, archéologique, etc. L'article 15 prévoit des bourses d'études dans les disciplines qui font l'objet de la  Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26, sur la promotion et la valorisation de la culture et de la langue de la Sardaigne (1997). L'article 18 de la loi n° 26 semble caractéristique du type d'approche qu'on trouve dans la loi, c'est-à-dire la culture et la langue de la Sardaigne:

Article 18

Orientations générales pour la mise en oeuvre des projets de formation  

1) L'Assessorat régional de l'instruction publique, des biens culturels, de l'information, des spectacles et des sports, un an avant l'entrée en vigueur de la présente loi, pour la poursuite des objectifs de l'article 17, prévoit, sur proposition présentée par l'Observatoire, des orientations générales pour les activités destinées à valoriser l'étude et la diffusion de la culture et de la langue de la Sardaigne dans les écoles de chaque ordre et degré d'enseignement.

Le titre V de la loi n° 26 porte sur l'emploi du sarde dans l'Administration publique. L'article 23 précise que, dans la correspondance et dans les communications orales avec les citoyens dirigés vers l'Administration régionale et locale, il est «possible» d'employer la langue sarde:

Article 23

3) Dans la correspondance et dans les communications orales avec les citoyens dirigés vers l'Administration régionale et locale, il est possible d'employer la langue sarde.

Autrement dit, l'emploi du sarde ne constitue pas un droit, mais une simple éventualité, une sorte de privilège en quelque sorte!

Par ailleurs, l'article 24 de la  Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26 porte sur la toponymie sarde et permet le bilinguisme italien-sarde:

Article 24

Interventions pour le rétablissement des toponymes en sarde

L'Administration régionale facilite, grâce à des contributions aux organismes locaux, les recherches sur les toponymes en sarde et rétablit même l'installation de panneaux routiers qui contiennent les noms d'origine des localités, des routes, des édifices et de tout ce qui est significatif dans la mémoire historique des communes. En ce cas, lesdites indications iront s'ajouter à celles existant en italien.

La Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26, sur la promotion et la valorisation de la culture et de la langue de la Sardaigne demeure une loi strictement «culturelle», qui n'accorde que des droits symboliques aux citoyens sardes.

Ce n'est pas une loi de ce type qui permettrait, par exemple, de recevoir des services en sarde dans l'Administration judiciaire et dans l'Administration publique, et de recevoir son instruction dans cette même langue dans les écoles publiques.

5 Une non-reconnaissance dans les faits

Comme il arrive souvent en Italie, il existe une distorsion importante entre le droit théorique et les pratiques réelles. En Sardaigne, le visage linguistique reste essentiellement italien. Les poteaux indicateurs, les affiches publiques et les panneaux publicitaires apparaissent entièrement en italien, sauf de façon très occasionnelle où le sarde peut trouver une petite place. Les Sardes continuent de pratiquer un bilinguisme diglossique dans lequel la langue sarde est limitée aux conversations privées et informelles, tandis que l’italien accapare tous les fonctions sociales de la vie publique. Depuis au moins quatre décennies, le Conseil régional a bien tenté, en vain, de faire reconnaître juridiquement le sarde, mais le Parlement de Rome, qui a la juridiction finale sur cette question, s'y est toujours opposé. Depuis quelque temps, certaines délibérations se déroulent parfois en sarde au Conseil régional ainsi que dans de nombreuses séances des conseils municipaux ou communaux. Toutefois, les documents écrits ne sont rédigés qu’en italien.

5.1 La justice

En matière de justice, l’italien reste la langue de l’État, qui refuse tout document rédigé dans une autre langue que l’italien. Le sarde est une langue employée très occasionnellement dans un tribunal, notamment lorsque, dans un interrogatoire, toutes les parties impliquées parlent le sarde. Cet usage, par ailleurs peu fréquent et généralement limité aux tribunaux ruraux, ne correspond pas à un droit reconnu, mais à une simple pratique tolérée et strictement occasionnelle. Le juge, de toute façon, doit rendre sa sentence en italien puisque le sarde n’est pas officiellement permis. Quoi qu’il en soit, tous les Sardes parlent l’italien (dans une proportion d'au moins 90 %).

5.2 Les services gouvernementaux

Dans l’Administration, l'italien demeure la seule langue employée lors des communications entre l'Administration nationale italienne, l'Administration régionale et les citoyens de la Sardaigne. Les Sardes ne bénéficient officiellement d'aucun service administratif dans leur langue. Cependant, les fonctionnaires locaux, tous des Sardes, utilisent le sarde lorsque leurs concitoyens s’adressent à eux dans cette langue, une question de simple bon sens, pas de droit. Évidemment, les documents officiels ne sont rédigés qu’en italien. Dans l’affichage tant public que commercial, ainsi que dans la signalisation routière, l’italien reste la seule langue employée.

5.3 L'éducation

L'italien est la langue de l’éducation à tous les niveaux depuis la loi Casati du 13 novembre 1859. L'enseignement primaire compte deux cycles. Le programme du premier cycle comprend les matières obligatoires suivantes:  l'enseignement religieux, la lecture, l'écriture, l'arithmétique élémentaire, la langue italienne, les notions élémentaires du système métrique. Il faut avoir six ans pour être inscrit dans une école primaire du premier cycle. Cette instruction élémentaire est obligatoire et donnée gratuitement dans toutes les communes, tant aux filles qu'aux garçons.  Le système d'éducation sarde est régi par les lois italiennes et reflète donc le modèle éducatif national. Depuis 1985, l’État italien a reconnu aux Sardes le droit d’apprendre la langue locale au primaire ainsi qu’au premier cycle du secondaire. En l’absence d’une législation officielle, le gouvernement régional de la Sardaigne s'est engagé dans une politique éducative de prise en compte de la langue sarde dans l'éducation de base «en vue d'une meilleure acquisition de l'italien national» dont l'usage reste généralisé dans la sphère publique.

Dans les écoles maternelles, les enfants sardes apprennent l’italien, alors qu'ils parlent presque tous le sarde. Il n'existe aucune école primaire de langue sarde, mais les cours de sarde sont autorisés, en dehors des heures de classe, aux élèves dont les parents en ont fait la demande formelle. Cependant, lorsque les élèves suivent ces cours, ils ne peuvent pas, en pratique, bénéficier de manuels rédigés en sarde. La situation est exactement la même dans des écoles secondaires. Seulement un petit nombre d’écoles enseignent le sarde sur une base facultative, tandis que cette langue est totalement absente dans le domaine de la formation professionnelle. S’ajoute à cela la pénurie de professeurs formés pour enseigner le sarde. Avec tous ces problèmes, il n’est pas surprenant que la plupart des objectifs dans l’enseignement du sarde n’aient jamais été atteints.

5.4 Les médias

Dans les médias, il n’existe aucun quotidien en sarde, ni aucun périodique de langue sarde à l’exception des magazines culturels comme le Limbas i S'Ischiglia dont certains articles sont rédigés en sarde.

Certains journaux en langue italienne diffusent parfois des articles rédigés en sarde. L'emploi du sarde à la radio et à la télévision reste rarissime et réservé à la publicité commerciale, mais certaines stations locales privées diffusent des émissions en sarde. TeleAzzura de Nuoro diffuse une demi-heure de sarde par jour. TeleSardegna de Nuoro diffuse une heure par jour en sarde, en plus quelques émissions culturelles.

Dans l'affichage, le sarde est parfois utilisé dans la signalisation routière, avec l'italien, dans certaines municipalités. L'un des problèmes majeurs demeure cependant l'absence d'une orthographe unifiée et d'une toponymie standardisée. C'est pourquoi aucune initiative n'a pu être entreprise ni avec l'Azienda Nazionale Autonoma delle Strade ou ANAS ("Société nationale autonome des routes"), ni avec les provinces administrant le réseau routier régional.

6 Les Catalans d’Alghero

Pas davantage que le sarde, le catalan d’Alghero, appelé aussi l'alguérois, ne bénéficie de reconnaissance juridique, exception faite de la loi du 15 décembre 1999, n° 482, qui reconnaît un certain nombre de langues minoritaires et dont l’application est laissée aux conseils communaux. La Loi régionale du 15 octobre 1997, n° 26 fait référence à la protection de la langue et de la culture en Sardaigne et du catalan à Alghero. Le catalan n’est pas interdit dans les tribunaux, mais les éventuels frais d’interprète doivent être assumés par les intéressés. Évidemment, il n’est pas question de service public quelconque en catalan, ni d’école reconnue par l’État italien. Cependant, dans une seule école, une trentaine d’élèves étudient des rudiments de catalan sur une base volontaire.

La langue catalane demeure complètement invisible dans la région, sauf dans quelques plaques toponymiques et un magazine appelé L'Alguer i Revista de l'Alguer. Les Catalans sont tout de même plus «chanceux» que les Sardes dans la mesure où ils bénéficient d’une radio communautaire (Radio Sigma) et d’une télévision (Tele Ribera del Corall) diffusant 10 % de ses émissions en catalan. En somme, c’est vraiment peu par rapport à ce qui se passerait en Catalogne, mais pour l'Italie c'est pas mal, même si l'État italien a bel et bien signé (01/02/1995), ratifié (03/11/1997) et mis en vigueur (01/03/1998) la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales de l'Union européenne!

On peut affirmer que la langue sarde est très menacée dans sa vitalité par l'italien dans la mesure où elle ne jouit d’aucune reconnaissance dans la vie publique. Elle reste la langue parlée à la maison par 55 % des familles. À ce sujet, l'attitude de l'État italien est manifestement en complète contradiction avec les dispositions relatives à la protection des minorités inscrites à l'article 6 de la Constitution du 27 décembre 1947, qui proclame que «la République protège par des mesures appropriées les minorités linguistiques.» C’est également contradictoire avec l’article 1 de la loi du 15 décembre 1999 (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques), qui proclame que «la République [...] fait la promotion et la valorisation des langues et des cultures protégées par la présente loi». En tous les cas, le statut d'autonomie accordée en 1948 à la Sardaigne n’a produit aucun effet au plan linguistique, au contraire de certaines autres régions autonomes d'Italie, comme le Val-d’Aoste et la province de Bolzano dans le Trentin-Haut-Adige.

La situation sociolinguistique de la Sardaigne et les tentatives répétées et inutiles des élus locaux de faire reconnaître le sarde confirment cette mauvaise réputation qu'a le gouvernement italien d'être l'un des plus inefficaces qui soient. On pourrait se demander, par exemple, pourquoi l'État italien n'a jamais accordé pas aux Sardes ce que les germanophones ont obtenu dans la province de Bolzano, voire dans la province d'Udine (Frioul-Vénétie-Julienne)? Ou bien les Sardes ne font pas le poids devant les germanophones de Bolzano; ou bien le sarde n'est pas considéré comme une «langue» par apport à l'allemand (alors que les germanophones ne parlent pas l’allemand standard, mais l’une des variétés dialectales de type austro-bavarois). Ou plus probablement les magouilles politiques empêchent toute solution concernant la protection linguistique de cette importante minorité historique. Quoi qu'il en soit, le modèle sarde n'est certainement pas le plus bel exemple à suivre en matière de protection linguistique!  Dans d'autres pays d'Europe (Suisse, Belgique, Hongrie, Finlande, Roumanie, etc.), ce serait tout à fait inacceptable! En Italie, c'est normal. L’Unesco, pour sa part, considère que le sarde est une langue en danger.

Dernière mise à jour: 27 nov. 2014

 

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