Regione Autonoma
Friuli-Venezia Giulia
Région autonome
du Frioul—Vénétie-Julienne

Regione Autonoma Friuli Venezia Giulia

(Italie)

Capitale: Trieste 
Population: 1,2 million (2005)
Langue officielle: italien 
Groupe majoritaire: italien (53,5 %) 
Groupes minoritaires: frioulan (43 %), slovène (4,7 %), allemand (0,4 %)
Système politique: région autonome formée de quatre provinces: Gorizia, Trieste, Udine et Pordenone 
Articles constitutionnels (langue): art. 6 de la Constitution de 1947 ; art. 3 du Statut spécial pour la Région du Frioul-Vénétie Julienne (Statuto speciale della Regione Friuli-Venezia Giulia) ; traité d’Osimo de 1975.

Lois linguistiques nationales: Décret du président de la République du 31 mai 1974, n° 417 : Règlement sur le statut juridique du personnel enseignant, du personnel de gestion et d'inspection des écoles maternelles, primaires, secondaires et des écoles artistiques de l'État ; Loi du 14 avril 1975, n° 103 en matière de diffusion radiophonique et télévisée ;  Décret du président de la République du 20 novembre 1991 (abrogé) ; Décret législatif du 16 avril 1994, n° 297, en matière d'instruction ; Décret législatif n° 487 du 15 décembre 1998 en matière d'initiatives pour la réception de programmes de radiotélévision en ladin ; Décret législatif du 20 avril 1999, n° 161, en matière d'initiatives pour la réception de programmes de radiotélévision en ladin Loi du 15 décembre 1999, n° 482 (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques) ; Loi du 23 février 2001, n° 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne) ; Décret du président de la République, n° 345, du 2 mai 2001, portant sur les règles de protection des minorités linguistiques historiques ; Décret législatif du 12 septembre 2002, n° 223, sur le transfert des fonctions relatives à la protection de la langue et de la culture des minorités linguistiques historiques ; Loi du 3 mai 2004, n° 112 (Règles de principe en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI) ;  Loi du 3 mai 2004, n° 112, en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI ; Décret du président du Conseil des ministres du 25 septembre 2006, n° 288, portant sur la création de la Commission scolaire régionale pour l'instruction en slovène.

Lois régionales: Loi scolaire du 19 juillet 1961 (Legge del 19 luglio 1961) ; Loi régionale du 8 septembre 1981, n° 68, sur les mesures régionales pour le développement et la diffusion des activités culturelles ; Loi régionale 10 octobre 1981, n° 71, sur le renforcement et la diffusion du service public de radiotélévision ; Loi régionale du 5 septembre 1991, n° 46, sur les interventions visant à soutenir les initiatives culturelles et artistiques en faveur de la minorité slovène dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne ; Loi régionale du 22 mars 1996, n° 15 (Règles pour la sauvegarde et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, et l'institutionnalisation de services pour les langues régionales et minoritaires); Révision organique des règles de procédure du Conseil régional du 6 octobre 2005 ; Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26 (Règles régionales pour la protection de la minorité linguistique slovène) ; Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29 (Règles pour la protection, la valorisation et la promotion de la langue frioulane); Loi régionale du 20 novembre 2009, n° 20 (Règles de protection et de promotion des minorités de langue allemande dans le Frioul-Vénétie Julienne); Loi régionale du 17 février 2010, n° 5 (Valorisation des dialectes parlés dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne).

Lois historiques : loi Casati sur l'instruction publique ou loi du 13 novembre 1859, n° 3725; Décret royal du 11 février 1923, 352, sur l'application de la taxe sur les enseignes; Décret royal du 29 mars 1923, n° 800, fixant la liste officielle des noms des municipalités et des autres localités des territoires annexés; Décret-loi royal du 24 octobre 1923, n° 2185, sur les grades scolaires et les programmes pédagogiques de l'enseignement primaire; Décret royal du 22 janvier 1925, n°  432, sur l'administration locale pour l'enseignement primaire; Décret-loi royal du 15 octobre 1925, n° 1796, sur l'obligation d'employer la langue italienne dans tous les bureaux judiciaires du Royaume; Décret-loi royal du 22 novembre 1925, n° 2191, sur la langue d'enseignement dans les écoles primaires; Décret royal du 5 février 1928, 577, sur l'enseignement primaire, post-primaire et ses travaux d'intégration; Décret royal du 9 juillet 1939, n° 1238, sur l'état civil; Décret royal du 22 juillet 1939, n° 1442, sur la réduction de la forme italienne des dénominations des 32 municipalités de la province d'Aoste; Décret royal du 28 octobre 1940, n° 1443, sur le Code de procédure civile; Loi du 21 août 1939-XVII, n° 1241, sur la perte de la nationalité par des ressortissants d'origine allemande et domiciliés dans le Haut-Adige; Loi du 23 décembre 1940, n° 2042, sur l'interdiction de l'usage des mots étrangers dans les noms des entreprises et les diverses formes de publicité; Décret royal du 26 mars 1942 -XX, n° 720, sur l'interdiction de l'usage des mots étrangers dans les noms des entreprises et dans les diverse formes de publicité.

1 Situation générale de la région autonome

La Région autonome du Frioul-Vénétie-Julienne (Friuli Venezia Giulia en italien, sans trait d'union; Friûl Vignesie Julie en frioulan; Furlanija Julijska krajina en slovène) est située à l'extrémité nord-est de l’Italie. Le Frioul-Vénétie Julienne est l’une des cinq régions bénéficiant d’un statut d'autonomie avec le Val-d’Aoste, le Trentin-Haut-Adige, la Sardaigne et la Sicile. Les autres provinces italiennes n'ont pas de statut particulier. Le  Frioul-Vénétie Julienne, qui couvre une superficie de 7855 km² (Italie: 301 250 km² ; Belgique: 32 545  km²), est bordé au nord par l’Autriche, au nord par la Slovénie, à l’est et au sud par le golfe de Venise et la mer Adriatique, à l'ouest par la Vénétie (provinces de Belluno, Treviso et Venezia).

La Région autonome du Frioul-Vénétie Julienne est composée de quatre provinces administratives: Pordenone à l'ouest, Udine au centre, Gorizia à l'est et Trieste au sud-est. La capitale de la Région autonome du Frioul-Vénétie Julienne est la ville de Trieste située dans la province de Trieste. 

Province Population (2010) % Superficie Capitale Communes
Pordenone 314 774 31,4 % 2273 km² Pordenone   51
Udine 540 687 43,7 % 4904 km² Udine 137
Gorizia 142 413 11,5 % 466 km² Gorizia   25
Trieste 236 625 19,1 % 212 km² Trieste    6
Total 1 234 619 100 % 7855 km² Trieste 219

Chacune des provinces dispose d'une capitale du même nom. On constate que la province d'Udine couvre à elle seule plus de 62 % du territoire et compte pour 43 % de la population; la ville d'Udine représente 18 % de la population de cette province (pour 95 300 hab.). Les provinces de Pordenone et de Trieste présentent à peu près la même population, mais sûrement pas la même densité: on compte 125 hab./km² à Pordenone, mais 1163 hab./km² à Trieste.

Le nom de la Région autonome, Friuli Venezia Giulia, provient en partie de l'appellation latine «Forum Julli» («la marche de Jules») en hommage à la puissante famille romaine des Giulii à laquelle appartenait Jules César. C'est au milieu du Ier siècle de notre ère qu'est apparue l'agglomération de Fréjus («Forum Julli») située sur la voie Aurélienne (Via Aurélia) qui reliait le Rhône à l'Italie. Ce nom de Frioul-Vénétie- Julienne comprend deux anciennes régions: il Friuli («le Frioul») et la Venezia Giulia («la Vénétie-Julienne»). Ce toponyme de «Vénétie julienne» a été créé par le linguiste italien Graziadio Isaia Ascoli (1829-1907) parce que ce territoire avait appartenu durant plusieurs siècles (1440–1797) à la république de Venise, sauf pour ce qui est de la ville de Trieste, un port autrichien de 1382 à 1918.

Le Frioul est une région historique et géographique correspondant aux provinces actuelles d'Udine et de Pordenone et en partie aux provinces de Gorizia et de Venise. Quant à la Vénétie-Julienne, elle n'est ni une région géographique, ni une région historique, car il s'agit d'un ensemble des territoires situés entre la frontière austro-italienne de 1866 et la frontière italo-yougoslave de 1920. Dans ce territoire géographiquement hétérogène, deux irrédentismes se sont successivement développés : d'une part, un irrédentisme italien alors que les territoires étaient sous la domination autrichienne, d'autre part, un irrédentisme slave lorsque ces derniers ont été annexés après 1920 dans l'État italien. Cette région est en effet une «marche» où deux groupes nationaux s'affrontent depuis des siècles. L'expression «Marche julienne» existe en français et en anglais (Julian March), mais pas en italien (Venezia Giulia), ni en slovène (Julijska krajina), ni en frioulan (Vignesie Julie), ni en allemand (Julisch Venetien). 

2 Données démolinguistiques

Province

Population
totale (2005)

Italien

Frioulan

Slovène

Gorizia

141 088

99 184
(70,3 %)

34 707
(24,6 %)

10 440
(7,4 %)

Pordenone

299 640

161 206
(53,8 %)

110 866
(37 %)

7 491
(2,5 %)

Trieste

240 332

218 702
(91 %)

4 085
(1,7 %)

17 063
(7,1 %)

Udine

520 843

113 022
(21,7 %)

390 111
(74,9 %)

17 187
(3,3 %)

TOTAL

1 210 913
(100 %)

647 838
(53,5 %)

520 692
(43,0 %)

56 912
(4,7 %)

La région autonome du Frioul-Vénétie- Julienne comptait une population de près de 1,2 million d'habitants en 2005. Ceux-ci se répartissent en quatre langues de la famille indo-européenne: l’italien, le frioulan, le slovène et l'allemand. Les deux premières sont des langues romanes, alors que le slovène est une langue slave et l'allemand, une langue germanique.

Comme on le remarquera dans le tableau ci-dessous, on peut constater que 43 % des habitants de la Région autonome du Frioul-Vénétie-Julienne parleraient le frioulan comme langue maternelle et 4,7 %, le slovène; les autres parleraient l’italien dans une proportion de 53,5 % et une très faible minorité, l’allemand (0,4 %).

On doit également remarquer que les langues sont réparties inégalement entre les quatre provinces. Les italophones sont partout majoritaires, sauf dans la province d’Udine où ils forment une «minorité» (strictement numérique) représentant 21,7 % de la population. Les Frioulans, pour leur part, sont numériquement «majoritaires» dans cette même province avec 74,9 % de la population. Les Slovènes forment partout une petite minorité, variant entre 2,5 % (province de Pordenone), 3,3 % (province d’Udine), 7,1 % (province de Trieste) et 7,4 % (province de Gorizia). Les germanophones sont peu nombreux et présents uniquement au nord de la province d'Udine.

2.1 Les italophones et leurs dialectes

L'italien est parlé dans l'ensemble des quatre provinces. Cependant, l'italien n'est pas la langue maternelle de tous les italophones. Dans toutes les provinces, il plusieurs «dialectes» (terme utilisé par les Italiens) sont utilisés, dont les suivants sont même reconnus dans une loi (Loi régionale du 17 février 2010, n° 5) de la Région autonome: le triestino (triestin), le bisiaco (bisiac), le gradese (graisan), le maranese (maranais), le muggesano (de Muggia), le liventino (liventin), le vénitien de l'Istrie ou istrien (veneto dell’Istria) et de la Dalmatie, ainsi que le vénitien de Gorizia, de Pordenone et d'Udine (veneto goriziano, pordenonese e udinese).

Dans la ville de Trieste (capitale de la province du même nom), on parle le dialetto triestino, le dialecte triestin (entre 200 000 et 300 000 locuteurs), comparable au vénitien, mais avec ses particularités propres. Dans les municipalités voisines du mont Carso, de langue slovène, le triestin est utilisé comme langue véhiculaire entre slavophones et italophones. Quant au vénitien parlé dans la province de Gorizia, il est considéré comme un prolongement du triestin, mais cette variété a subi des influences du frioulan, du slovène, des dialectes allemands austro-bavarois et d'autres parlers locaux, ainsi que des emprunts divers d'origine grecque et française.

Le dialecte vénitien est surtout parlé dans le sud-ouest de la province de Pordenone (en particulier le long de la côte de Marano, Lagunare, Grado et Monfalcone), ainsi que dans certaines régions de la province de Gorizia. Il existe aussi des communautés parlant le vénitien istrien le long des côtes slovène et croate de l'Istrie et au Montenegro (Cataro et Quarnero).

2.2 Le frioulan

Si la filiation linguistique de l'italien en tant que langue romane et celle de l'allemand en tant que langue germanique sont généralement bien connues, le cas du frioulan est en principe plus méconnu.

À l’instar de l’italien, du français, de l’espagnol, du portugais ou du catalan, le frioulan fait partie des langues romanes dont il constitue un sous-groupe particulier avec le ladin et le romanche. Il s'agit des langues dites rétho-romanes (voir la structure arborescente et la carte linguistique). Le ladin est parlé dans les provinces italiennes de Bolzano et du Trentin; le romanche, dans le canton suisse des Grisons; le frioulan, dans la Région autonome du Frioul-Vénétie-Julienne (voir la carte linguistique des langues rhéto-romanes). Le frioulan est également appelé «ladin oriental».

Le frioulan serait parlé par quelque 600 000 locuteurs, peut-être 650 000, notamment dans 15 des 25 municipalités de la province de Gorizia, dans 37 des 51 municipalités de la province de Pordenone, et dans 125 des 136 municipalités de la province d'Udine (ainsi que, à l'extérieur de la Région autonome du Frioul-Vénétie-Julienne, dans trois municipalités de la Vénétie orientale). Une enquête sociolinguistique réalisée en 2001 révélait que 52,2 % des personnes interviewées comprenaient et parlaient régulièrement le frioulan; 20 % le comprenaient tout en le parlant seulement à l'occasion; 19,9 % le comprendraient, mais ne le parleraient pas, alors que 2,6 % ne le comprenaient pas et ne le parlaient pas du tout. De fait, les statistiques démontrent un déclin alarmant du nombre des locuteurs du frioulan.

Évidemment, le frioulan, comme le ladin dans le Trentin-Haut-Adige, n’est pas une langue homogène, car il est fragmenté en plusieurs variétés dialectales: le frioulan moyen ou central, le frioulan oriental, le frioulan occidental, le frioulan carnique, le frioulan d'Agordino et le frioulan d’Atesino.

Le frioulan moyen est celui de la province d'Udine, appelé «friulano del medio Friuli e della fascia collinare», c'est-à-dire le frioulan du Moyen Frioul et de la bande des collines; c'est la variété standard, celle qui est utilisée dans les documents officiels.

Le frioulan oriental ou frioulan de l'Isontino est appelé «friulano del goriziano», c'est-à-dire le frioulan gorizien ou celui de la province de Gorizia. Le frioulan occidental est désigné comme le «friulano del pordenonese», le frioulan de la province de Pordenone. Le frioulan carnique correspond au «friulano dell'alta Carnia occidentale», le frioulan de la Haute Carniole occidentale (les Alpes carniques).

Le frioulan d'Agordino n'est pas une variété frioulane du Frioul, car il est parlé dans la région d'Agordino, une commune de la province de Belluno située dans la région de Vénétie (Regione del Veneto). Quant au frioulan d'Atesino, il est parlé dans le territoire de la commune de Genesio San Atesino, située dans la province de Bolzano (Région du Trentin-Haut-Adige), où il est appelé ladin.  

Tout comme la langue italienne, le frioulan dérive du latin, mais les premiers écrits dans cette langue datent du XIIIe siècle. Bien qu'il n'existe pas de données officielles sur le nombre des locuteurs des langues pour la région autonome du Frioul-Vénétie-Julienne, on estimait en 1997 que les italophones constituaient le groupe majoritaire avec environ 52 % de la population. Suivaient les locuteurs du frioulan qui atteignaient peut-être les 600 000 (sur un total de 700 000 pour toute l'Italie); la plupart des Frioulans vivent dans des régions rurales. Les locuteurs du frioulan constituent, après le sarde (1,3 million de locuteurs), la seconde langue minoritaire d'Italie. Une enquête menée en 1998 par l’Université d’Udine, et dirigée par une commission de l’Observatoire de la langue frioulane, a estimé qu'il n'y avait pas de locuteurs unilingues frioulans. Il y aurait quelque 800 000 Frioulans établis à l’étranger, dont environ la moitié qui utiliserait encore le frioulan.

Dans la province d'Udine, environ 75 % de la population parle régulièrement le frioulan. Cependant, dans la ville même d'Udine, environ 17 % des familles utiliseraient cette langue quotidiennement, comparativement à 65,5 % en banlieue. Dans les autres provinces, les Frioulans constituent des minorités non négligeables (24 % à Gorizia, et 37 % à Pordenone), sauf à Trieste où ils sont quasi inexistants (1,7 %).

2.3 Le slovène

Les locuteurs du slovène, appelé slovencina (ou familièrement slavo), seraient plus de 60 000, particulièrement dans les six municipalités de la province de Trieste, dans huit des 25 municipalités de la province de Gorizia et dans 17 des 136 municipalités dans la province d'Udine (Tarvisio, Malborghetto-Valbruna Resia Lusevera, Taipana, Nimis, Attimis, Faedis, Torreano, Pulfero, Savogna, San Pietro al Natisone, San Leonardo, Grimsby, Drenchia, Streatham, Prepotto et Cividale).

À l’instar du frioulan, on distingue plusieurs variétés dialectales: le carinthien (ou korosko), le slovène du littoral (primorsko), le slovène de Rovte (rovstarsko), le haut-carniolien (gorenjsko), le bas-carniolien (dolenjsko), le styrien (stajersko) et le pannonien (panonsko). La plupart des locuteurs du slovène sont concentrés à l'est de la Région autonome, près de la Slovénie. Rappelons que le slovène est une langue slave parmi la famille indo-européenne. Le slovène de la province d'Udine est parlé dans certaines régions avec ses variétés archaïsantes, dont le resiano du Val Resia, perçu par ses propres locuteurs comme une «langue distincte». La région du Val Canale au nord-est de la province d'Udine a fait partie durant des siècles de l'Empire austro-hongrois jusqu'en 1918, alors qu'elle fut intégrée dans le Royaume d'Italie.

2.4 L'allemand

Quant aux locuteurs de l'allemand (langue germanique), ils parlent en réalité l’une des variétés dialectales de type austro-bavarois: le tyrolien du Sud (ou Südbairisch) ou bavarois du Sud. Cette variété germanique est fortement influencée par la langue italienne. Ces germanophones constituent de petits îlots linguistiques dans la province d'Udine. On peut identifier cinq communes: Sauris et Timau, dans la vallée de la Carnia, et Tarvisio, Pontebba et Malborghetto-Valbruna, dans le Val Canale. Les germanophones sont donc concentrés près des frontières de l'Autriche et de la Slovénie. En fait, on peut distinguer deux groupes: ceux qui habitent région nord de la Carnia (au nord-ouest) et ceux qui résident dans le Val Canale (au nord-est). S'ils parlent le tyrolien du Sud, ces germanophones écrivent tous en allemand standard.

On dénombrerait au total environ 2500 locuteurs parlant le saurano, le timavese ou le carinziano du Val Canale. La plupart des germanophones vivent parmi une population composite où l'on parlent l'italien, le slovène et/ou le frioulan.

- La Carnia

Dans la région avoisinante de la Carnia, la petite municipalité de Sauris, appelée Zahre dans la langue germanique locale (423 habitants), forme un îlot germanophone dans l'aire linguistique du frioulan. Cette variété d'allemand a été conservée depuis des centaines d'années grâce à l'isolement des montagnes. Ce dialecte local, le saurano, conserve des traits archaïques avec le bavarois auquel il est apparenté. La population germanophone est généralement trilingue: elle parle le saurano, l'italien et le frioulan.

Un peu plus au nord, se trouve la localité (frazione, en italien) de Timau (env. 500 habitants), appelée Tischlbong en timavese ou Tischelwang en allemand, qui fait partie de la municipalité de Paluzza (2400 hab.); cette petite localité constitue un autre îlot germanophone de type bavarois du Sud. Les locuteurs de ce dialecte, le timavese, ont conservé un certain nombre d'archaïsmes, ainsi que de nombreux emprunts de l'italien et du frioulan, sans oublier quelques traits phonétiques caractéristiques du bavarois des Alpes.

Actuellement, seuls les locuteurs les plus âgés et une forte proportion de la population adulte témoignent de leur bonne maîtrise du timavese, alors que les jeunes tendent de plus en plus à délaisser son emploi. En plus du timavese, les locuteurs utilisent aussi le frioulan et l'italienne, ce qui fait de Timau une communauté trilingue.

- Le Val Canale

Cette zone du Nord-Est, le Val Canale qui comprend les communes de Tarvisio (4800 hab.), de Pontebba (1560 hab.) et de Malborghetto-Valbruna (990 hab.), représente un ensemble linguistique unique sur la scène culturelle européenne.

En effet, on y trouve deux langues romanes, l'italien et le frioulan, une langue slave, le slovène ainsi qu'une langue germanique, l'allemand carinthien appelé le "carinziano". Le Val Canale est situé aux confins de l'Italie romane, de l'Autriche germanique et de la Slovénie slave.

Pendant des siècles, la région a été un lieu de passage et de contact entre les peuples, dont on voit encore aujourd'hui la coexistence dans ses diverses populations. Le dialecte "carinziano" ou carinthien parlé par certains germanophones ne compte que quelques centaines de locuteurs.

Bref, le Frioul-Vénétie-Julienne présente une mosaïque linguistique très particulière, très différente de l'image traditionnellement véhiculée comme unilingue italienne. 

Pour résumer, on peut utiliser le tableau suivant (d'après Wikipedia):

Répartition ethnique du Frioul-Vénétie Julienne
 
Ordre Ethnie Affiliation Pourcentage Langues parlées Province
1 Italiens langue romane 43 % - 53 % italien + vénitien Trieste, Gorizia, Pordenone
2 Frioulans langue rhéro-romane 42 % - 50 % frioulan + italien Udine, Gorizia, Pordenone
3 Slovènes langue slave 5,8 % - 10 % slovène + italien + frioulan Trieste, Gorizia
4 Cimbres langue germanique 0,2 % cimbre + allemand + italien Udine (Timau, Sauris)
5 Carinthiens langue germanique 0,1 % carinthien + allemand + italien + frioulan Udine (Tarvisio)

3 Données historiques

Nous savons que vers l'an 100 avant notre ère la région du Frioul était habitée par les Euganéens, un peuple pré-indo-européen d'origine similaire à celle des Ligures. Leur territoire s'étendait alors sur toute l'Italie du Nord ainsi que le sud de la France actuelle. À partir du XIIe siècle avant notre ère, un autre peuple, les Vénètes (de la racine celtique veni- signifiant «lignée», «race, «famille»), atteignit le territoire et refoula une partie des Euganéens vers l'ouest et assimila les autres. Ils régnèrent sur la région jusqu'en 400 avant notre ère. Ils parlaient une langue italique, le vénète, mais en fait il s'agit d'une langue d'origine celtique.

À la même époque, les Celtes dominaient une grande partie de l'Europe de l'Ouest (voir la carte). Si en France ils étaient appelés «Gaulois», en Italie ils étaient appelés «Galli» (plur. de Gallus) et dans le Frioul des «Carni» (en français Carnes).  Les Carni étaient un peuple alpin celtisé ; ils vivaient dans les montagnes du Frioul et des Alpes juliennes (les chaînes des Alpes orientales) jusqu'à l'adriatique. 

En réalité, les ancêtres des Vénètes sont issus d'un mélanges de Celtes et de peuples italiques, dont les Carni (Carnes, en français). Autrement dit, les Celtes vénètes et carnes ne constitueraient qu'une partie des ancêtres des Frioulans. On trouve aujourd'hui des traits communs aux Frioulans parmi les populations d'origine celte, en Bretagne, en Écosse et au pays de Galles. De fait, plusieurs villes et villages frioulans ont des noms d'origine celte: par exemple, les noms en -acco dans Pagnacco, Martignacco, Casacco, etc., très présents dans la région d'Udine.

3.1 La domination romaine

Deux siècles avant notre ère, les Romains exerçaient déjà leur domination sur une grande partie de la Méditerranée ainsi que sur toute l'Italie. En -181, ils fondèrent une cité du nom de Aquileia (Aquilée, en français), laquelle deviendra l'une des villes les plus importantes de l'Empire romain en raison de son intérêt stratégique. En effet, la ville était situé au nord-est de la mer Adriatique, aux confins de l'Italie, près de la Dalmatie. Plus de 3000 fantassins romains s'y établirent, ainsi que des cavaliers, afin de surveiller l'Istrie insoumise et les Gaulois transalpins. Très tôt, la forteresse construite devint importante non seulement pour son rôle militaire, mais aussi pour son commerce grâce à son port aménagé sur le fleuve Natissa. De plus, la forteresse d'Aquileia allait servir comme base de départ pour les guerres de conquête romaines.

En quelques décennies, la ville d'Aquilée devint la seconde ville d'Italie après Rome, attirant sur son territoire des Romains venus du Sud, mais aussi des Celtes du Nord et des Orientaux arrivés de la Grèce, ce qui favorisa l'établissement d'une ville très cosmopolite. Le développement de la ville à cette époque fut tel que sa splendeur lui valut d'être comparée à une «seconde Rome». Puis les Romains décidèrent de construire d'autres forteresses près des cols alpins, notamment à Forum Julii (dont dérive le nom Frioul) et Julium Carnicum (l'actuelle Zuglio). D'autres petites villes furent édifiées pendant l'occupation romaine : Reunia, Osopum, Glemona, etc.

Pendant plus de trois siècles, la Pax Romana fut maintenue dans toute la région, ce qui entraîna une grande prospérité matérielle, ainsi qu'un développement social et culturel important. Non seulement, les Romains latinisèrent toute la région, mais ils christianisèrent aussi tous les habitants. La ville d'Aquilée donna naissance au seul pape frioulan de l'Histoire en la personne de Pie Ier (v. 140 et v. 154), dixième évêque de Rome, qui siégea sous le règne de l'empereur Antonin le Pieux (entre 138 et 161). Le déclin de la ville d'Aquilée et de la région allait venir avec les invasions barbares et la chute de l'Empire romain d'Occident. Ce fait démontre l'importance d'Aquilée à cette époque.

3.2 Les invasions germaniques et le Royaume lombard

Mais il devait y avoir un déclin pour la cité d'Aquilée. Celui-ci commença par une réduction considérable des forces militaires romaines, qui elle-même fut suivie d'une diminution démographique dans toute la région. À partir de 408, Alaric Ier (370-410), le roi des Wisigoths, envahit l'Italie et brûla Rome, mais la ville d'Aquilée parvint à se défendre et à empêcher sa destruction. Mais la plupart des autres villes, dont Forum Julii, furent détruites. Quelques décennies plus tard, les troupes d'Attila (395-453), le roi des Huns, franchirent les Alpes et atteignirent Aquilée qu'ils mirent à feu et à sang. Les habitants qui échappèrent à la mort durent s'enfuir dans la forêt. Ce fut la fin de la grande ville romaine d'Aquilée qui sombra dans l'oubli. Par la suite, la ville de Forum Julii devint la ville la plus importante de la région qui prit le nom de «Frioul». Les habitants durent subir ensuite les exactions des Goths et des Francs, avant de voir arriver au VIIIe siècle les Lombards (Langobardi en latin puis Lombardi par déformation), un peuple germanique venu de la Scandinavie.

Sous la conduite de leur roi Alboïn (v. 530-v. 572), les Lombards envahirent l'Italie en 568. Ils vécurent en communauté loin des villes, ce qui leur permit de préserver leur cohésion nationale lombarde, ainsi que leur langue germanique, le lombard. Pendant un siècle, les peuples romains et lombards cohabitèrent ainsi sans mélanger leurs langues et leurs coutumes jusqu'à ce que, vers 670, les Lombards se convertirent massivement au christianisme.

À partir de ce moment, le destin des anciens Romains et des Lombard se confondit, mais ces derniers conservèrent leur caractère belliqueux, ce qui les favorisa lorsqu'ils durent combattre les Byzantins, dont l'Empire romain d'Orient s'étendait jusqu'à leur territoire. Les régions conquises par les Lombards ne se limitèrent pas au nord de l'Italie, c'est-à-dire l'actuelle Lombardie. Au contraire, les Lombards établirent leur domination sur de vastes régions de l'Italie, du nord au sud, y compris la Corse, la Sardaigne et le Sicile, jamais réussir à conquérir complètement la péninsule entière. Si les villes de Rome (Roma) et de Ravenne (Ravenna) sont restées sous contrôle des Byzantins, Milan (Milano), Pavie (Pavia), Spolète (Spoleto) et Bénévent (Benevento) ont été sous la domination directe des Lombards. En 775, le roi franc Charlemagne, profitant des rivalités internes entre les duchés lombards, réussit à anéantir leur royaume.

Ainsi, à cette époque, les habitants de la région devaient parler des langues romanes ou des langues germaniques, selon leur condition sociale. Les habitants des campagnes parlaient généralement des langues romanes, alors que dans les villes et l'administration, le lombard (germanique) était privilégié.  

3.3 Les rois francs et le patriarcat d'Aquilée
 

Sous les Carolingiens, le Frioul devint un «margraviat», une sorte de marquisat gouverné par un «margrave», comme dans les autres provinces situées sur la frontière orientale de l’Empire carolingien, lequel deviendra le Saint-Empire romain germanique. En d'autres termes, comme en Espagne, le Frioul devint une «marche» du royaume de Charlemagne. La ville la plus importante de la région fut Forum Julii (l'actuelle Cividale del Friuli), dont le nom changea en Civitas Austriae, parce qu'elle était située dans la partie la plus orientale de l'Empire carolingien. Dotée d'une garnison, elle fut chargée de tenir en respect les Avars, les Slaves et les Bulgares.

Après avoir conquis toute l'Italie, Charlemagne se fit couronner empereur du Saint-Empire romain germanique à Rome par le pape Léon III, le 25 décembre 800. Ensuite, il désigna son fils Pépin, roi d'Italie. À partir de 830, la ville de Civitas Austriae fut dotée d'une école supérieure, où l'on y enseignait en latin.

En raison sans doute de la forte présence des armées carolingiennes, le Frioul ne vécut pas de longues périodes de paix. Sous le règne de  Louis le Pieux (ou Louis le Débonnaire, 778-840), les margraves du duché de Frioul, du marquisat de Cadolah (ou Cadalaus) et du marquisat de Balderich (ou Balderic) connurent la défaite aux mains des Slovènes en 819, puis des Bulgares en 828. Le duché de Frioul fut divisé en quatre comtés : Frioul, Istrie, Carniole et Trévise. À partir de 899, et ce, jusqu'en 942, le Frioul subit les attaques répétées des troupes hongroises qui semèrent la ruine et la désolation sur leur passage. Tout le Frioul sombra dans la misère et la pauvreté, pendant que les seigneurs locaux se faisaient la guerre et construisaient des châteaux pour se défendre. En 952, le territoire du Frioul fut intégré au duché de Bavière du Saint-Empire romain germanique, avec l’Istrie, la Carinthie et la Carniole; les villes principales étaient Salzbourg (Salzburg), Triest (Trieste), Bozen (Bolzano), Trient (Trento) et Sankt Pölten. Toutefois, en 976, tous ces territoires passèrent sous l'autorité du duché de Carinthie, aujourd'hui un Land d'Autriche. Dès lors, beaucoup de riches familles allemandes arrivèrent dans la région et construisirent à leur tour des châteaux. La langue allemande devint une véhicule de communication privilégié dans les affaires administratives aux dépens du frioulan.

Dans cette époque de dévastation, c'est le patriarche d'Aquilée (568-1751) qui prit en main le pouvoir temporel de la région appelée alors la Patria del Friuli (la «patrie du Frioul»), en organisant la défense militaire et en réglant les conflits entre les seigneurs de la guerre. Le patriarche d'Aquilée étendait alors sa souveraineté sur les diocèses épiscopaux voisins et désignait les évêques. La cour comprenait des représentants des différents peuples et des diverses langues du patriarcat, réunissant ainsi les mondes latin (frioulan), germanique (allemand) et slave (slovène), bref un carrefour de civilisations. À l'origine, les patriarches d'Aquilée étaient tous allemands et soumis à l'empereur du Saint-Empire romain germanique.
 

Le patriarcat d’Aquilée devint au XIe siècle un fief impérial (1077-1420) du Saint-Empire. Le duché de Frioul s'est développé comme un curieux mélange d'un État théocratique, monarchique, pour devenir une sorte de république autonome et un fief impérial du Saint-Empire. Au sommet de la pyramide du pouvoir se trouvait le patriarche. Le patriarche étendait sa juridiction non seulement sur le duché de Frioul, mais aussi sur le margraviat de l'Istrie, le duché de Cadoré (les Dolomites), le duché de Carinthie, le duché de Carniole, le duché de Styrie, sans oublier les évêchés de Feltre, de Cénéda, de Trévise et de Padoue. Le comté de Gorizia, tout en étant rattaché au patriarcat d'Aquilée au plan religieux, put jouir d'une certaine indépendance politique. À cette époque, les nobles et les gens instruits parlaient la langue allemande, alors que la population locale s'exprimait soit en frioulan soit en vénitien en raison de la proximité de Venise qui constituait déjà une république indépendante.

En dépit des luttes intestines et des prétentions territoriales des États voisins, cette période du patriarcat fut très féconde à plusieurs égards, tant au point de vue social et religieux qu'économique. Le Frioul vit un développement florissant des villes franches telles Udine, Pordenone, Sacile et Tolmezzo. Vers 1300, le Parlement de Frioul devint l'un des plus progressistes de tout le Saint-Empire romain germanique.

Les liens avec le Saint-Empire romain germanique s'affaiblirent progressivement de sorte qu'à partir de 1250 un Italien devint pour la première fois le patriarche d'Aquilée. Mais en 1334 le pape d'Avignon, Jean XXII, désigna un compatriote français comme patriarche d'Aquilée, Bertrand de Saint-Geniès (1260-1350). Le nouveau patriarche amena avec lui de nombreux collaborateurs français. À la cour, on parlait le florentin, le français, le frioulan, l'allemand et le vénitien. De Saint-Geniès se rendit vite compte que son principal adversaire était le comte de Gorizia, allié des Habsbourg. Délaissant la crosse pour l’épée, il n'hésita pas à partir en campagne pour combattre le comte de Gorizia. Il put ensuite se consacrer à son duché de Frioul jusqu'à ce qu'il se fasse assassiner en 1350 par des soldats du comte de Gorizia, lors d'un guet-apens à San Odorico al Tagliamento. Au moment des funérailles du patriarche français, sous le prétexte de défendre l’Église d’Aquilée, le duc d’Autriche, Albert II, réalisait le vieux rêve des Habsbourg et entra avec ses troupes dans le patriarcat pour l’annexer. Un siècle plus tard, le 6 juin 1440, les Vénitiens s'emparèrent de la ville d'Udine, ce qui incita toutes les autres villes du Frioul, à l'exception de Gorizia, de se joindre à la Sérénissime République de Venise, fondée en 697. Cette annexion vénitienne entraîna la fin du patriarcat d'Aquilée. Dès lors, le Frioul délaissa l'influence allemande pour l'influence vénitienne.

3.4 La république de Venise (1440–1797)

L'annexion du duché de Frioul par la République de Venise en 1440 n'empêcha pas le patriarcat d'Aquilée de conserver son pouvoir spirituel sur le territoire, mais il dut signer avec le doge de Venise un traité de paix selon lequel il acceptait de se soumettre à la République. Quant à la noblesse frioulane, elle perdit tous ses pouvoirs politiques qui passèrent aux mains des Vénitiens, ce qui ne devait pas être de bon augure pour la langue frioulane. La population vit néanmoins d'un bon œil la mainmise de Venise sur son territoire, car elle y voyait la possibilité d'améliorer son sort, les Vénitiens ayant la réputation d'être de meilleurs commerçants que de bons guerriers. De son côté, le comte de Gorizia accepta de devenir le vassal de Venise tout en gardant le contrôle sur son territoire. Le Frioul vécut une période de paix et de prospérité aux plans culturel et économique. Cependant, la langue frioulane y perdit en prestige, car elle dut laisser la place, du moins dans les actes officiels, à la langue vénitienne. Celle-ci s'étendit dans les régions limitrophes de la Vénétie, c'est-à-dire au Frioul, dans le Haut-Adige, en Istrie et une partie de la Slovénie et de la Croatie actuelles, sur la côte adriatique.

À partir de 1472, le Frioul vit arriver les Ottomans qui mirent à sac de nombreux villages de la région. Leur œuvre de destruction se poursuivit jusqu'à la fin du siècle, incendiant des centaines de villages frioulans. En 1509, une coalition militaire appelée la «Ligue de Cambrai», regroupant le roi Louis XII de France, ainsi que l'empereur du Saint-Empire romain germanique, Maximilien Ier de Habsbourg, et le roi Ferdinand II d'Aragon, se forma pour combattre la République de Venise et lui prendre des territoires. Durant cinq années, le Frioul fut le théâtre de sanglants combats entre les belligérants.

Au cours de cette période, la noblesse frioulane quitta les terres et les châteaux qu'elle occupait depuis des siècles pour s'installer dans les cités d'Udine, de Pordenone, de Gemona, de Cividale et d'Aquilée, où avec les notables de ces villes elle s'appropria les activités les plus lucratives. Ainsi, nobles et bourgeois des villes purent bénéficier de revenus importants et construire de somptueuses résidences; ils dotèrent aussi les églises de nombreuses œuvres d'art. Cependant, le peuple frioulan était acculé à la pauvreté en raison des lourds impôts et des dévastations causées par les invasions turques et la guerre contre la Ligue de Cambrai, sans oublier les années de mauvaises récoltes.  Les paysans frioulans se révoltèrent au printemps de 1511 en attaquant les nobles et en détruisant leurs châteaux.

Les autorités vénitiennes acceptèrent que le peuple frioulan soit plus largement représenté au sein des conseils municipaux. Les paysans obtinrent le privilège de désigner des délégués pour chaque canton du Frioul, afin qu'ils puissent défendre les intérêts de la population devant le représentant de Venise, le Luogotenente. Toutefois, les lois féodales demeuraient toujours en vigueur, ce qui entraîna la paupérisation de la population paysanne, d'autant plus que des épidémies de peste, fréquentes à cette époque, ravagèrent le Frioul. Ainsi, alors que la population comptait 250 000 habitants en 1561, elle était passée à 92 000 en 1602. 

Au cours du XVIe siècle, tandis que la menace des invasions ottomanes s'estompait, la République de Venise déclara, en 1615, la guerre à l'Autriche. L'Espagne porta secours aux Autrichiens et entra elle aussi en guerre en 1617, ce qui allait obliger la République de Venise à capituler. Le 6 septembre 1617, un traité fut signé à Paris entre la République de Venise et l'archiduc d'Autriche, Ferdinand de Habsbourg, puis ratifié à Madrid le 26 septembre, ce qui mit fin à la guerre de Gradisca, appelée aussi «guerre des Uscoques» parce qu'elle fut causée par les raids des pirates uscoques de Senj en Dalmatie, soutenus par l'Autriche. Le Frioul allait donc redevenir autrichien, donc sous la domination de la langue allemande. 
 

Selon les termes du traité de 1617, la République de Venise conservait les villes de Latisana, de Marano, de Monfalcone et de Pordenone, mais Aquilée, Gradisca, Gorizia et plusieurs villages du centre du Frioul demeureraient sous la domination autrichienne. Autrement dit, l'Autriche prit le contrôle du Frioul oriental avec Trieste, alors que le Frioul occidental allait rester vénitien jusqu’en 1797. Au point de vue linguistique, une partie du Frioul allait être dominée par l'allemand, l'autre par le vénitien.

Par la suite, on prit l'habitude de distinguer, d'une part, le Frioul vénitien (ou occidental) avec comme capitale Udine, associé à la république de Venise, d'autre part, le Frioul autrichien (ou oriental), dont la capitale, Trieste, reçut le statut de «port franc» en 1719. Pendant que l'ensemble de la population parlait le frioulan, la noblesse et les classes cultivées utilisaient, selon la région, le vénitien (au Frioul vénitien) ou l'allemand (au Frioul autrichien). Entretemps, le Frioul vénitien put connaître une longue période de paix, ce qui permit un développement social et démographique.

Le 20 avril 1792, la France déclara la guerre à l'Autriche, un conflit qui allait durer quelque vingt-trois ans, presque un quart de siècle, avec quelques courtes interruptions, jusqu'à la chute définitive de Napoléon, le 22 juin 1815. En mars 1797, le général Jean-Baptiste Bernadotte entra avec son armée dans la ville d'Udine où il fut accueilli en libérateur par les Frioulans; suivirent les villes de Cividale, de Gorizia, de Gradisca, de Palmanova, etc. Durant dix mois, le Frioul entier resta sous domination française. Puis les Frioulans déchantèrent rapidement en raison des nombreuses exactions commises par l'armée française.
 

Le 17 octobre 1797, Bonaparte signait avec l'Autriche le traité de Campo-Formio. Selon les termes du traité, l'empereur d'Autriche renonçait aux provinces belges (Pays-Bas autrichiens) et repoussait sa frontière sur la rive gauche du Rhin au profit de la France. Revenaient également à la France les Îles Ioniennes (Corfou, Zakynthos, Céphalonie, etc.). La libération du général de La Fayette fut aussi l'une des conditions du traité. De plus, suite à sa campagne d'Italie, Bonaparte avait créé des États soumis : le Royaume du Piémont-Sardaigne, la République ligurienne, la République cisalpine et le duché de Parme. Comme dédommagement, l'empereur d'Autriche recevait Salzbourg, la Vénétie (ce qui mettait fin à la République de Venise), le Frioul occidental, ainsi que l'Istrie et la Dalmatie (sauf les îles qui allaient à la France). Le Frioul entier redevenait ainsi une province autrichienne.

Mais la République cisalpine, avec Milan comme capitale, allait disparaître au printemps de 1799, lorsque la ville sera reprise le 29 avril par une coalition d'Autrichiens et de Russes.

3.5 L'entrée en scène de l'Italie

Dès 1802, l'Autriche perdait à nouveau le Frioul au profit de la République italienne, créée le 26 janvier par les députés de la République cisalpine, avec pour président Napoléon Bonaparte, premier consul de la République française. Après le sacre de Napoléon comme empereur des Français, le 2 décembre 1804, et son couronnement comme «roi d'Italie» (le 26 mai 1805) à Milan, la République italienne cessa d'exister et devint pour un temps le Royaume d'Italie (1805-1814), dont faisait partie le Frioul. Les Autrichiens furent chassés des territoires cédés en 1797. La Vénétie fut incorporée au royaume créé au nord de la péninsule par Napoléon. La Carniole, l'Istrie et la Dalmatie formèrent les «Provinces illyriennes» dépendant de l'Empire français.

 
Au printemps 1809, les Autrichiens envahirent à nouveau la région, mais la défaite des troupes autrichiennes à Wagran renversa complètement la situation. Par le traité de Vienne signé le 14 octobre 1809 entre l'Autriche et la France, tout le Frioul, y compris la partie orientale avec Gorizia et Gradisca, fut alors placé sous l'administration française. L'Autriche céda un ensemble de territoires, incluant Salzburg, Trieste, la Carniole et la Dalmatie (Croatie), qui devinrent une partie de l'Empire français sous le nom de «Provinces illyriennes». La ville de Laybach (aujourd'hui Ljubljana en Slovénie) était la capitale de ces provinces.

Cette période de l'histoire du Frioul entraîna de grands bouleversements dans la vie sociale et administrative de la région. Ainsi, les privilèges de la noblesse frioulane furent abolis; le Code civil français fut appliqué; la conscription ou le service militaire obligatoire fut imposé et de nombreuses terres furent à nouveau consacrées à l'agriculture. Au plan économique, les Frioulans furent assujettis à de lourds impôts. Les lois furent promulguées en français, en italien, en allemand ainsi que dans une variété de slovène appelée «kranje», parlée dans la région de la capitale Laybach.

Puis l'Autriche déclara la guerre à la France en 1813 et envahit les Provinces illyriennes. Après la chute de Napoléon, les frontières tracées par Napoléon furent effacées par le Congrès de Vienne de 1815.

L'Autriche récupéra les anciens territoires vénitiens : le Royaume d'Italie devint le Royaume de Lombardie-Vénétie, confié à l'empereur d'Autriche, François Ier, en même temps devenu «roi de la Lombardie-Vénétie», dont faisait partie intégrante le Frioul. En réalité, l'Autriche réorganisait la Lombardie-Vénétie en une entité administrative apparemment autonome, mais la véritable solution avait été de créer un royaume unifié et deux gouvernements auxquels était donné le nom de Royaume de Lombardie-Vénétie. La Lombardie et la Vénétie bénéficièrent de leur propre gouvernement appelé «conseil du gouvernement» (Consiglio di Governo).

À cette époque l'italien était la langue maternelle de près de 30 % de la population de la Dalmatie. Vers 1830, la région comptait 23 % d'italophones, soit 70 000 locuteurs sur une population totale de plus de 300 000 habitants. La dernière ville ayant une forte présence italienne en Dalmatie fut Zadar avec quelque 70 % d'italophones.
 

En 1859, le Royaume de Lombardie-Vénétie fut amputé de presque toute la Lombardie et cessa d'exister en 1866 lors de l'annexion de la Vénétie (avec la province de Mantoue et la province d'Udine) au nouveau Royaume d'Italie, gouverné depuis 1861 par la dynastie royale de la Maison de Savoie.

En 1863, un linguiste de Gorizia, Graziadio Isaia Ascoli (1829-1907), a nommé la partie orientale du Triveneto (littéralement : «Trivénétie» ou «Trois Vénéties»: les Trois Venises), la Venezia Giulia («Vénétie julienne» ou «Marche julienne» en français), le terme Marche désignant le fait que la zone de confins est à la limite entre plusieurs États (Slovénie, Croatie, Italie). Ces territoires appelés «Trois Vénéties» regroupaient les actuelles régions du Trentin-Haut-Adige («Vénétie tridentine» / Venezia Tridentina), du Frioul et de la Vénétie («Vénétie euganéenne» / Venezia Euganea) ainsi que la Vénétie julienne ou Venezia Giilia (Gorizia, Trieste et Istrie), lesquelles appartenaient alors à l'Empire d'Autriche (ou Empire austro-hongrois après 1867). La Vénétie julienne est appelée en français «Marche julienne» ("Julian March" en anglais).

Au mois d'octobre 1866, la population du Frioul fut appelée à se prononcer sur son rattachement au Royaume d'Italie. Une proportion supérieure à 99 % se prononça en faveur du OUI. Bien que la procédure du référendum ait été quelque peu imposée, la preuve était faite qu'une majorité de Frioulans préféraient devenir italiens plutôt qu'être autrichiens; il ne fut jamais proposé que la population puisse rester frioulane et devenir un État indépendant. Par la suite, les régions d’Udine et de Pordenone furent annexées au Royaume d'Italie avec la Vénétie, alors que le Frioul oriental, appelé «comté de Gorizia et de Gradisca», allait rester autrichien jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, laquelle vit la disparition de l'Empire austro-hongrois. D'après les données du recensement de 1910, quelque 480 000 Slovènes et Croates se trouvaient à l'intérieur du Royaume d'Italie contre 15 000 Italiens devenus citoyens du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes.

- La Première Guerre mondiale (1914-1918)

Le 28 juin 1914, l'héritier du trône d'Autriche, l'archiduc François-Ferdinand, et son épouse furent assassinés par un nationaliste serbe-bosniaque (un musulman serbe de Bosnie) à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine. Le gouvernement autrichien, qui tenait la Serbie pour responsable, lui déclara la guerre et l'envahit en août, précipitant ainsi la Première Guerre mondiale. À ce moment-là, l'Italie était déjà liée à l'Allemagne et à l'empire d'Autriche-Hongrie par la «Triple Alliance», un pacte militaire signé en 1882 et régulièrement renouvelé dans le but de contrer le système d'alliance de la «Triple Entente» (Royaume-Uni, France et Russie).

Croyant retirer davantage de compensations, l'Italie décida de se rapprocher de la Triple Entente et de signer en secret le pacte de Londres du 26 avril 1915 (Patto di Londra, en italien). L'Italie s'engageait alors à entrer en guerre contre l'Allemagne et l'Autriche en échange d'importantes compensations territoriales (voir la carte). Le pacte prévoyait que l'Italie recevrait, en cas de victoire, le Trentin, le Tyrol du Sud, la Marche julienne (Vénétie julienne), l'Istrie (sans la ville de Fiume), une partie de la Dalmatie, de nombreuses îles de l'Adriatique, ainsi que la ville albanaise de Vlora (Vlorë en albanais) et la petite île de Saseno (Sazan en albanais) dans la baie de Vlorë et le bassin houiller d'Antalya dans le sud de la Turquie. De plus, elle se voyait confirmer la souveraineté sur la Libye, l'Érythrée, la Somalie et le Dodécanèse (en Grèce) et attribuer une partie de l'empire colonial allemand en Asie.

- Le traité de Versailles (1919)

Le traité de Versailles du 28 juin 1919 redessina les frontières de l'Europe en raison du démantèlement de l'ancien empire des Habsbourg et de son remplacement par une demi-douzaine de nouveaux États, conformément au principe imposé par le président américain Woodrow Wilson, du «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes», ce qui impliquait surtout les Polonais, les Hongrois, les Roumains, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Croates, les Serbes, etc., mais pas nécessairement tous les autres peuples. Au cours de la Conférence de paix, les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale décidèrent d'annexer à l'Italie une partie seulement des territoires qui avaient été promis par le pacte de Londres (1915), les États-Unis étant fermement opposés aux clauses du traité de Londres. Le président américain ne s'est pas senti lié par le traité de Londres qu'il n'avait pas signé. Cette situation provoqua de violentes protestations de la part du premier ministre italien, Vittorio Emanuele Orlando qui, déçu, quitta la conférence de paix, ce qui entraîna en Italie un mécontentement généralisé. On sait aussi que la Chambre des représentants des États-Unis n'entérina jamais le traité de Versailles signé par son président.

C'est pourquoi le traité de Saint-Germain-en-Laye du 10 septembre 1919 venait compléter celui de Versailles et en  faisait partie.
 

Toute la région orientale de l'Adriatique fut partagée entre l'Italie et le Royaume de Yougoslavie. Les Italiens reçurent l'Istrie, alors que la Yougoslavie obtint la Dalmatie située plus au sud. La ville de Trieste et le comté de Gorizia passèrent également à l'Italie, et firent partie de la Vénétie julienne. L'Italie annexa également les îles de Cherso (Cres en croate) et de Lussino (Lošinj en croate), tandis que la Yougoslavie s'emparait de la petite île de Krk (Veglia en italien).

Du jour au lendemain, quelque 200 000 Allemands du Haut-Adige devinrent italiens malgré eux. Dans la région de l'Istrie attribuée à l'Italie, les habitants italophones étaient généralement concentrés dans les villes du littoral, tandis que la population de l'arrière-pays était plutôt composée de Croates ou de Slovènes. En Vénétie julienne, on parlait donc l'italien, le frioulan, le vénitien, l'istrien (variété de vénitien), le slovène et le croate. 

- Le traité de Rapallo (1920)

Il faut ajouter aussi le traité de Rapallo, signé le 12 novembre 1920, entre la Yougoslavie (le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes) et l'Italie (Royaume d'Italie). Insatisfaite des clauses des traité de paix, qui ne lui accordaient pas les territoires qu'elle revendiquait, l'Italie négocia avec la Yougoslavie un autre traité à Rapallo, une rectification des nouvelles frontières entre les deux États. Le traité de Rapallo Il accordait à l'Italie d'importants territoires croates et slovènes, soit quelque 10 000 km².

En effet,  l'article 1 du traité modifiait les frontières d'avant la guerre à l'est: les villes de Trieste, de Gorizia et de Gradisca, ainsi que toute l'Istrie et certains districts de la Carniole (Postojna, Ilirska Bistrica, Idria, Vipava, Ajdovšcina) étaient annexés à l'Italie. Selon l'article 2, l'Italie recevait aussi l'enclave de Zadar (Zara en italien). L'article 3 attribuait les îles Cres, Losinj, Pelagia et Lastovo à l'Italie, alors que les autres îles de l'archipel, qui appartenaient auparavant à l'Empire austro-hongrois, allaient dorénavant à la Yougoslavie (Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes). Enfin, avec l'article 4, Fiume (ou Rijeka) devenait pour un temps une «ville libre»; ce nouvel État avait pour territoire un corpus separatum (en latin dans le texte) délimité par la ville et le district de Fiume, et une partie de territoire en Istrie.

Les nouvelles frontières placèrent sur le territoire italien une population de langue slovène (à Trieste, à Gorizia, à Capo d'Istria/Koper) et croate (dans toute l'Istrie, les îles dalmates et Zara), c'est-à-dire 700 000 Slaves du Sud.

3.6 Le fascisme italien

Après la Première Guerre mondiale, l'Italie constituait encore un monarchie — le Royaume d'Italie — avec Victor-Emmanuel III appartenant à la dynastie de la Maison de Savoie. Au cours de la période s'étendant de 1922 à 1943, le Royaume d'Italie était dirigé par le gouvernement fasciste de Benito Mussolini (1883-1945), sans que le régime monarchique ne soit interrompu. En fait, le fascisme italien est apparu à la suite de la Première Guerre mondiale en 1919, lorsque les espoirs italiens d’expansion territoriale furent déçus par l’issue de la guerre. En effet, les conclusions du traité de Versailles privaient l'Italie des territoires pourtant promis lors du pacte de Londres de 1915. Le fait que plusieurs des territoires «perdus» comptaient une population alors en partie italophone (en majorité ou en minorité) bouleversa une grande partie de l'opinion publique italienne en raison de la propagande conduite par la presse nationaliste et mussolinienne.

La réaction fut violente en Italie, alors qu'un mouvement révolutionnaire se mobilisait autour de Benito Mussolini. En plus de cette déception morale s'ajoutaient les problèmes économiques (industries en crise, endettement de l'État et inflation), sociaux (chômage, grèves et baisse du pouvoir d'achat) et politiques (agitation révolutionnaire communiste).

Canalisant les mécontentements, Benito Mussolini prit le pouvoir en 1922. Il devint président du Conseil du royaume d'Italie du 31 octobre 1922 au 25 juillet 1943, premier maréchal d'Empire du 30 mars 1938 au 25 juillet 1943, puis président de la République sociale italienne (RSI) de septembre 1943 à avril 1945. Mussolini institua un régime autoritaire, militariste et nationaliste. Il s'est fait désigné du titre de Duce, mot italien dérivé du latin dux et signifiant «chef» ou «guide».

- La politique linguistique

Adversaire de la démocratie, du parlementarisme, de la société libérale, du capitalisme et de la liberté économique, Mussolini appliqua une politique linguistique fasciste fondée sur le «tout-italien» et l'exclusion ou l'interdiction des autres langues. En ce sens, il fit adopter plusieurs lois pour restreindre ou plutôt pour supprimer les droits linguistiques des minorités d'Italie, notamment au Val-d'Aoste (contre le français), dans le Trentin-Haut-Adige, notamment dans la province de Bolzano (contre l'allemand) et dans le Frioul-Vénétie Julienne (contre les slovène et le croate). À Trieste, les persécutions furent particulièrement violentes à l'égard des Slovènes lors des émeutes du 13 avril 1920, qui furent organisées en représailles à l'attaque contre les troupes d'occupation italiennes par la population croate locale. De nombreux magasins slovène et d'édifices publics furent détruits pendant les émeutes qui ont culminé quand un groupe de fascistes italiens, dirigée par Francesco Giunta, brûla la "Narodni Dom" (la «Maison nationale»), la salle communautaire des Slovènes de Trieste. Benito Mussolini a salué cette action comme un «chef-d'œuvre du fascisme de Trieste» ("capolavoro del fascismo triestino"). 

Évidemment, la région du Frioul ainsi que l'Istrie et les localités dalmates n'allaient pas être laissées pour compte. Dans la région du Frioul et de l'Istrie, la répression fasciste entraîna, sur une période de dix ans, la mort de plus de 2000 Croates et Slovènes, et conduisit à l'emprisonnement plus de 20 000 autres personnes.

En 1920, Mussolini avait formé des commandos de squadristi, c'est-à-dire des groupes paramilitaires issus des "Faisceaux de combat" (en italien: Fasci di combattimento), mieux connus sous le nom de «Chemises noires». Ces commandos pourchassèrent, illégalement et en toute impunité, les grévistes, les syndicalistes, les socialistes et les démocrates que Mussolini rendait responsables de la crise du pays, mais aussi les minorités linguistiques du nord de l'Italie. Or, ces minorités parlaient le français, le franco-provençal et le piémontais au Val-d'Aoste, l'allemand, le tyrolien du Sud (ou Südbairisch), ainsi que le fersentaler ou mochène (mòcheno, en italien) et du cimbre (cimbro, en italien) au Haut-Adige, le slovène, le croate ou le frioulan au Frioul-Vénétie-Julienne, ainsi que l'istrien, le vénitien, l'italien, le slovène et le croate en Istrie.


Voici un commentaire de Mussolini en septembre 1920 concernant le slovène et le croate au cours d'une «visite guidée» au Frioul et en Vénétie-Julienne (y compris l'Istrie):
 
Di fronte ad una razza inferiore e barbara come la slava - non si deve seguire la politica che dà lo zuccherino, ma quella del bastone. I confini dell'Italia devono essere il Brennero, il Nevoso e le Dinariche: io credo che si possano sacrificare 500.000 slavi barbari a 50.000 italiani. [Devant une race inférieure et barbare comme la slave, il ne faut pas poursuivre une politique qui donne des sucreries, mais celle du bâton. Les frontières de l'Italie doivent être le Brenner, le Nevoso et les Dinarides: je crois qu'il est possible de sacrifier 500 000 Slaves barbares contre 50 000 Italiens.]

Les mesures prises par les fascistes italiens visaient à faire disparaître toute trace des langues minoritaires dans le nord-est de l'Italie, Frioul, Vénétie et Istrie. Dès 1923 furent supprimées les écoles frioulanes, slovènes et croates. En 1923, le décret-loi du 11 février 1923, n° 352, prescrivit, sous peine d'amende, la suppression de toutes les affiches en une langue slave, même les bilingues, et en 1926 tous les noms des rues de la ville d'Aosta/Aoste furent changés. À partir de 1925, les actes de l'état civil durent être rédigés exclusivement en italien. Un décret de la même année, le décret-loi du 22 novembre 1925, n° 2191 (Disposozioni riguardanti la lingua d'ensegnamento nelle scuole elementari), interdit l’enseignement, même facultatif, de toute autre langue que l'italien dans les écoles. Puis le Décret royal du 5 février 1928, 577, imposa l'enseignement de l'unique langue italienne, ce qui supprimait l'enseignement des langues minoritaires, dont le slovène et le croate:

Article 272

À
partir de l'année scolaire 1923-1924, dans toutes les premières années des écoles primaires allophones, l'enseignement doit être offert en italien. Au cours de l'année scolaire 1924-1925, même dans les deuxièmes années de ces écoles, l'enseignement doit être en italien. Au cours des années scolaires suivantes, il sera procédé de façon similaire pour les trois années jusqu'à ce que, dans le nombre d'années égal à celui de l'ensemble des cours, dans toutes les classes, l'enseignement sera donné en italien. Jusqu'à ce que le remplacement de la langue d'enseignement soit conforme aux dispositions des paragraphes précédents, aucun instituteur, sauf en cas de nécessité, ne pourra enseigner dans une autre langue que l'italien, à moins qu'il ne soit dûment autorisé.

À partir de 1918 et jusqu'en 1926, le Frioul fut témoin de la fermeture du lycée classique de Pazin, de l'école secondaire de Voloska et de la fermeture de 488 écoles primaires slovènes et croates. Le 1er octobre 1923, le ministre fasciste Giovanni Gentile avait annoncé une «réforme scolaire» dans laquelle il interdisait l'usage des langues slovène et croate dans les écoles.

L'article 1er du décret-loi royal du 15 octobre 1925, n° 1796, interdit aussi l'emploi d'une autre langue que l'italien dans les tribunaux:
 

Article 1er

1)
Dans toutes les affaires civiles et pénales qui sont traitées dans les tribunaux du royaume, l'italien doit être exclusivement employé.

2) La présentation des instances, des actes, des recours et des écritures généralement rédigés dans une autre langue que l'italien est non avenue et ne sert même pas à empêcher le commencement du calcul des échéances des délais.

3) Les procès-verbaux, les rapports d'experts, les actes d'accusation, les décisions et toutes les actions et mesures en général, qui ont un lien quelconque avec la justice civile et pénale et qui sont rédigés dans une autre langue l'italien sont nuls.

4) Quiconque n'est pas en mesure de comprendre l'italien ne peut pas être inscrit sur les listes des jurés. 

Cette politique linguistique d'interdiction visait non seulement la suppression de tous les droits linguistiques des minorités, mais aussi l'adoption systématique des mots en italien, y compris la toponymie, les patronymes ou les noms de famille.

- La répression et l'assimilation

Un dépliant de la période d'italianisation fasciste interdisait de chanter ou de parler «en langue slave» dans les rues et les lieux publics de Dignano (Vodnjan en croate). Des commandos de squadristi («chemises noires») devaient par des «méthodes persuasives» veiller à faire appliquer l'ordonnance en question venant du Parti national fasciste (PNF):
 
PNF - Commando de Chemises noires - Dignano (Traduction: Tina Célestin)

Attention!

    II est interdit de manière absolue de chanter ou de parler en langue slave dans des lieux publics et dans les rues de Dignano.
     Il en est ainsi dans les magasins de tout genre où il doit être utilisé une fois pour toute
                                    SEULEMENT LA LANGUE ITALIENNE
    Nous, les Chemises noires, nous ferons respecter la présente ordonnance par des méthodes persuasives.
                                                                                                 LES CHEMISES NOIRES

Après la Première Guerre mondiale, Benito Mussolini imposa au Frioul une politique d'assimilation ("Regio Decreto 7 aprile 1927, n. 494"), qui eut pour effet le remplacement des noms de famille et des noms de lieux par des appellations italiennes. En voici un exemple de formulaire utilisé pour tous les noms de famille à modifier:

Il Prefetto della Provincia dell’Istria
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Veduta la domanda per la riduzione del cognome in forma italiana presentata dal Signor ……………………………………………………

Veduti il regio decreto 7 aprile 1927 Nr. 494 con cui sono stati estesi a tutti i territori annessi al Regno gli art. 1 e 2 del R. D. L. 10 gennaio 1926, Nr. 17, ed il Decreto ministeriale 5 agosto 1926 che approva le istruzioni per l’esecuzione del R. D. L. anzidetto.

Ritenuto che la predetta domanda è stata affissa per la durata di un mese all’albo pretorio del Comune di …………………………………

E all’albo di questa Prefettura, senza che siano state presentate opposizioni:

Veduto l’art. 2 del R.D.L. precitato:

DECRETA

Al Signor …………………………………. di-fu ………………………….  e della …………………………………… nato a …………………………………………. addi …………………………………….. residente a ………………………………………… Via …………………………………di condizione ……………..……….. è accordata la riduzione del cognome in forma italiana da .………………………………….. in …………………………………………………………

Con la presente determinazione viene ridotto il cognome in forma italiana alla moglie ..……………………ed ai figli ……………………………………………………..................................

Il presente decreto, a cura del Capo de Comune di attuale residenza, sarà notificato all’interessato a termini del n. 6, comma terzo ed avrà ogni altra esecuzione nei modi e per gli effetti di cui ai nn. 4 e 5 delle istruzioni ministeriali anzidette.

Pola, addi …………………….. 19 ….  – Anno …….

Il Prefetto : ........................

Le préfet de la province de l'Istrie (Traduction de Tina Célestin)
------------

Compte tenu de la demande d'adaptation du nom de famille dans une forme italienne présentée par M...................................................................

Compte tenu du décret royal du 7 avril 1927, n° 494, avec lequel ont été étendus à tous les territoires annexée au Royaume les articles 1 et 2 du décret-loi royal du 10 janvier 1926, n° 17, et du décret ministériel du 5 août 1926 portant sur l'approbation des instructions pour la mise en œuvre du décret-loi royal mentionné auparavant.

Entendu que la demande mentionnée ci-dessus a été affichée pendant une période d'un mois au tableau public de la municipalité de.......................

Et au tableau de cette préfecture, sans qu'il n'y ait eu d'opposition déposée :

Compte tenu de l'article 2 du décret-loi royal ci-dessus :

DÉCRÈTE

À monsieur ........................................ de feu ............................... et de la ............................................. né à ..................................................... à ce jour .............................................. résidant à ................................. rue................................................................................................ de condition.............................. est accordée la modification du nom de famille dans une forme italienne ............................................. en.................... ........................................................................................................

Avec la présente décision le nom de famille de l'épouse est modifié dans la forme italienne ...................................... et des  enfants....................... ...........................................................................................................

Le présent décret, par les soins du chef la municipalité de la résidence actuelle, sera communiqué à l'intéressé selon les termes du n° 6, troisième paragraphe, et sera exécuté de toute autre manière suivant les modalités et aux fins visées des nos 4 et 5 des instructions ministérielles mentionnées auparavant.

Pola, le ............ jour de ..................... 19 .... - Année .......

L
e Préfet: ..................

Ce type de formulaire fut rempli des dizaines de milliers de fois. Ceux qui s'opposèrent à ces «modifications» de nom furent tout simplement emprisonnés. Cette politique d'italianisation des noms de famille commença en 1926; elle toucha particulièrement les noms allemands, slovènes et croates. Les noms ladins et frioulans furent considérés comme des noms italiens. Dans la seule province de Trieste, plus de 3000 noms furent complètement changés et 60 000 personnes ont vu leur nom modifié pour se rapprocher d'une consonance italienne. Souvent le prénom fut également italianisé.

En 1927, le gouvernement italien décida de créer la province de Gorizia, mais il ne tint pas compte des réalités historiques et ethniques de la région, avec le résultat que s'affrontèrent les Frioulans de la rive droite du fleuve Isonzo et les slavophones du Carso. L'objectif de Mussolini était d'italianiser toutes les populations qui vivaient à l'intérieur des nouvelles frontières de l'Italie. Toutes les autres langues que l'italien furent dévalorisées, y compris le frioulan, car tous les habitants furent fortement «incités» à parler italien. Beaucoup de Frioulans, surtout dans les milieux urbains, furent convaincus qu'il valait mieux abandonner leur frioulan ancestral au profit de l'italien «moderne».

La politique linguistique de Mussolini peut se résumer par les mesures qui suivent :

1) suppression de 108 écoles de hameaux (1923);
2) dépouillement des droits des eaux (1924);
3) usage exclusif de la langue italienne dans les bureaux judiciaires (
Décret-loi royal du 15 octobre 1925, n° 1796);
4) suppression de l'enseignement du français dans les écoles (
Décret-loi royal du 22 novembre 1925, n° 2191);
5) création de la «Province d'Aoste» (décret-loi royal du 2 janvier 1927, n° 1);
6) italianisation des toponymes (
Décret royal du 22 juillet 1939, n° 1442);
7) italianisation (non exécutée) de 20 000 noms de famille;
8) suppression des journaux Le Duché d'Aoste, Le Pays d'Aoste, La Patrie valdôtaine et de l'usage du français dans la presse, etc.

Évidemment, plusieurs milliers de Slovènes de Trieste, en particulier parmi les intellectuels, ont émigré dans le Royaume de Yougoslavie et en Amérique du Sud, où certains sont devenus célèbres dans leur discipline. Parmi les émigrés slovènes de Trieste, citons les écrivains de réputation internationale Vladimir Bartol (1909-1967) et Josip Ribičič (1886-1969), ainsi que le théoricien du droit Boris Furlan (1894-1954) et l'architecte Viktor Sulčič (1895-1973).

- Les excès de l'occupation italienne

Le traité de Rapallo de 1920 entre l'Italie et la Yougoslavie ne fut pas très longtemps respecté. Dès 1924, Mussolini allait annexer la ville libre de Fiume à la suite du pacte de Rome conclu avec Belgrade qui reconnaissait l'italianité de la ville, annexée le 16 février, ce qui remettait en cause le traité de Rapallo. La ville n'allait redevenir croate qu'en mai 1945, au sein de la Yougoslavie titiste. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'Italie occupa militairement la quasi-totalité de la Dalmatie. En Slovénie, le nombre total de villages détruits par les troupes italiennes en juillet 1942 fut de 104 pour un total de 60 000 personnes; quelque 18 % des habitants de la province de Ljubljana furent déportés vers les camps de concentration.

Le gouvernement italien fit alors des efforts rigoureux pour italianiser toute la région. Pour résoudre le problème de l'italianisation, le lieutenant-général Mario Robotti (1882-1955) entreprit de «relocaliser» tous les Slovènes pour les remplacer par des Italiens. C'est pourquoi les forces d'occupation italiennes ont été accusées d'avoir commis des «crimes de guerre» parce qu'elles avaient entrepris de transformer délibérément les terres occupées en territoires ethniquement italiens. Il y eut même des dizaines de camps de concentration destinés aux Slaves récalcitrants.

- La nouvelle répartition des territoires annexés

Après la mort de Mussolini, le 28 avril 1945, la Yougoslavie titiste (RFSY) décida de remettre en cause l'appartenance de la Vénétie julienne et de l'Istrie à l'Italie. En mai 1945, les partisans communistes de Tito, la IVe armée yougoslave, entrèrent dans Trieste aux cris de «Trieste est à nous». Au cours du mois de juillet 1945, le territoire contesté fut divisé en deux zones administrées par les militaires, d'une part, par l'armée yougoslave (zone B) avec  54 000 habitants, d'autre part, par une force américano-britannique (zone A) avec 311 000 habitants. Cette seconde zone comprenait les villes de Pula, de Gorizia, de Trieste, la vallée de l'Isonzo et le Carso.

En 1947, le traité de Paris créa le «Territoire libre de Trieste» sous contrôle des Nations unies, mais divisé en deux zones: la zone A, anglo-américaine comprenant la ville de Trieste, la zone B, yougoslave incluant la ville de Capodistria (Koper). En raison des tensions continuelles, le territoire fut finalement scindé: le 26 octobre 1954, la ville de Trieste et ses environs devint italienne, alors que le reste du territoire alla à la Yougoslavie. Les Italiens de la zone sous occupation yougoslave commencèrent à fuir le territoire. Entre 1945 et 1954, environ 250 000 italiens auraient quitté cette région, une épisode appelée «exode des Istriens» ("esodo istriano" en italien). 

En juin 1946, un référendum avait mis fin à la monarchie en Italie. Les résultats définitifs en date du 18 juin 1946 ont donné 12,7 millions de voix à la République et 10,7 millions de voix à la Monarchie. Il y eut 1,4 million de votes blancs ou nuls. La République italienne fut proclamée et la famille royale dut s'exiler. Depuis le 1er janvier 1948, il est interdit au roi, Victor-Emmanuel III, à son successeur Humbert II, et au fils de ce dernier, Victor-Emmanuel de Savoie, de revenir en Italie en vertu du deuxième paragraphe de la XIIIe disposition transitoire de la Constitution de la République italienne, entrée en vigueur ce jour-là : «Il est interdit aux anciens rois de la Maison de Savoie, à leurs épouses et à leurs descendants mâles d'entrer et de séjourner sur le territoire national.»

DISPOSITIONS TRANSITOIRES ET FINALES

XIII

1) Les membres et les descendants de la Maison de Savoie ne sont pas électeurs et ne peuvent remplir ni offices publics ni charges électives.

2) L’entrée et le séjour sur le territoire national sont interdits aux anciens Rois de la Maison de Savoie, à leurs épouses et à leurs descendants
mâles.

3) Les biens, existant sur le territoire national, des anciens rois de la Maison de Savoie, de leurs épouses et de leurs descendants mâles sont
transférés à l’État. Les transferts et les constitutions de droits réels sur ces biens qui sont advenus après le 2 juin 1946 sont nuls.

Cependant, l'article unique de la Loi constitutionnelle, n° 1, du 23 octobre 2002, entrée en vigueur le 10 novembre 2002, énonce que «les paragraphes premier et deux de la XIIIe disposition transitoire et finale de la Constitution cessent leurs effets à partir de la date d’entrée en vigueur de la présente loi constitutionnelle», ce qui abroge les deux premiers paragraphes. Les membres de l'ancienne famille royale de Savoie sont donc autorisés à entrer en Italie.

Le 1er mai 1945, les troupes anglo-américaines avaient atteint la ville d'Udine et sa région: elles furent reçues par toute une population en liesse, car une nouvelle ère allait commencer. C'est alors que des mouvements autonomistes virent le jour au Frioul afin de réclamer une autonomie régionale, laquelle fut accordée en 1947. En 1948, après la guerre, quatre régions autonomes furent créées: la Sardaigne, la Sicile, le Trentin-Haut-Adige et le Val-d'Aoste. L'autonomie réclamée au Frioul ne put être mise en application qu'en 1963, après qu'aient été réglées les revendications territoriales de la Yougoslavie sur le Frioul.
 

Toutefois, le Statut d'autonomie adopté ("Legge costituzionale del 31 gennaio 1963, n. 1") ne contenait qu'une seule disposition linguistique, avec une protection très vague:
 
Articolo 3

Nella Regione è riconosciuta parità di diritti e di trattamento a tutti i cittadini, qualunque sia il gruppo linguistico al quale appartengono, con la salvaguardia delle rispettive caratteristiche etniche e culturali.

Article 3 (traduction)

Dans la région, il est reconnu à tous les citoyens la parité de droit et de traitement, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent, avec la sauvegarde de leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives

Pourtant, il existait au Frioul-Vénétie Julienne (en italien Friuli-Venezia Giulia ) une importante présence des minorités linguistiques, dont la langue était le frioulan, le slovène et l'allemand. Aujourd'hui, l'ancienne «zone B» de l'ancienne Yougoslavie au sud de Trieste fait partie de la Slovénie, mais l'Istrie appartient désormais à la Croatie.

4 Les droits linguistiques définis juridiquement

Les minorités linguistiques bénéficient d'un ensemble de protection juridique assez important de la part du gouvernement central:

- art. 6 de la Constitution de 1947 ;
- art. 3 du Statut spécial pour la Région du Frioul-Vénétie Julienne (Statuto speciale della Regione Friuli-Venezia Giulia) ;
- traité d’Osimo de 1975 ;
- Décret législatif du 16 avril 1994, n° 297, en matière d'instruction ;
-
Loi du 15 décembre 1999, n° 482 (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques);
- Loi du 23 février 2001, n° 38, Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne;
- Décret du président de la République, n° 345, du 2 mai 2001, portant sur les règles de protection des minorités linguistiques historiques ;
-
Décret législatif du 12 septembre 2002, n° 223, sur le transfert des fonctions relatives à la protection de la langue et de la culture des minorités linguistiques historiques ;
-
Loi du 3 mai 2004, n° 112
(Règles de principe en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI) ;
- Loi du 3 mai 2004, n° 112, en matière d'organisation du système de radiotélévision et de la RAI ;
- Décret du président du Conseil des ministres du 25 septembre 2006, n° 288, portant sur la création de la Commission scolaire régionale pour l'instruction en slovène.

Mais le gouvernement régional n'est pas en reste, car il convient de citer les documents suivants :

- Loi régionale 10 octobre 1981, n° 71, sur le renforcement et la diffusion du service public de radiotélévision ;
- Loi régionale du 5 septembre 1991, n° 46, sur les interventions visant à soutenir les initiatives culturelles et artistiques en faveur de la minorité slovène dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne ;
- Loi régionale du 22 mars 1996, n° 15 (Règles pour la sauvegarde et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, et l'institutionnalisation de services pour les langues régionales et minoritaires) - en partie abrogée ;
- Révision organique des règles de procédure du Conseil régional du 6 octobre 2005 ;
- Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26 (Règles régionales pour la protection de la minorité linguistique slovène);
- Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29 (Règles pour la protection, la valorisation et la promotion de la langue frioulane);
- Loi régionale du 20 novembre 2009, n° 20 (Règles de protection et de promotion des minorités de langue allemande dans le Frioul-Vénétie Julienne);
- Loi régionale du 17 février 2010, n° 5 (Valorisation des dialectes parlés dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne).

Les lois les plus pertinentes sont sans contredit la Loi nationale du 23 février 2001, n° 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne) et la Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26 (Règles régionales pour la protection de la minorité linguistique slovène), sans oublier la Loi régionale du 17 février 2010, n° 5 (Valorisation des dialectes parlés dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne). Cependant, la Loi du 23 février 2001, n° 38, a connu de nombreuses ratés dans son application, parce que le Comité institutionnel paritaire prévu à l'article 3 s'est révélé généralement inopérant, ce qui a empêché l'élaboration de la liste des communes dans lesquelles la minorité slovène est traditionnellement présente et de transmettre cette même liste à la Présidence de la République pour confirmation. Heureusement, la Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26, est venue combler certaines lacunes. Retenons d'abord les trois documents à valeur constitutionnelle.

L'article 6 de la Constitution italienne de 1947 précise que la République protège les minorités linguistiques «par des mesures appropriées»:

Articolo 6

La Repubblica tutela con apposite norme le minoranze linguistiche.

Article 6

La République protège par des mesures appropriées les minorités linguistiques.

Les minorités dont il est question ici fait allusion avant tout allusion aux «minorités nationales», celles qui pouvaient être reliées à des pays voisins, comme l'Autriche et l'Allemagne (germanophones), l'ex-Yougoslavie et la Slovénie (slavophones), puis la France (Valdôtains). Il n'est pas certain que cet article 6 incluait les communautés linguistiques ladine (Trentin-Haut-Adige), frioulane (Fioul), sarde (Sardaigne), franco-provençale (Piémont) ou albanaise, grecque, etc. D'ailleurs, les faits ont démontré que, durant plusieurs décennies, certaines «minorités nationales» ont bénéficié d'un statut particulier, par exemple les Slovènes, alors que d'autres, par exemple les Frioulans, ont dû attendre longtemps avant de se voir reconnaître une protection officielle.

Le Statut spécial pour la Région du Frioul-Vénétie Julienne (Statuto speciale della Regione Friuli-Venezia Giulia), défini à l’article 3 de la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963 (Legge costituzionale del 31 gennaio 1963), ne compte qu'un seul article à «portée linguistique» et il spécifie que tous les citoyens de la région doivent bénéficier d'un traitement égal, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent, et que leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives doivent être sauvegardées:

Articolo 3

Nella Regione è riconosciuta parità di diritti e di trattamento a tutti i cittadini, qualunque sia il gruppo linguistico al quale appartengono, con la salvaguardia delle rispettive caratteristiche etniche e culturali.

Article 3

Dans la région, il est reconnu à tous les citoyens la parité de droit et de traitement, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent, avec la sauvegarde de leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives

L'article 8 du traité d'Osimo de 1975 prescrit une certaine protection pour les Slovènes d'Italie et les Italiens de Slovénie:

Articolo 8

Al momento in cui cessa di avere effetto lo Statuto Speciale allegato al Memorandum d'intesa di Londra del 5 ottobre 1954, ciascuna parte dichiara che essa manterrà in vigore le misure interne già adottate in applicazione dello Statuto suddetto e che essa assicurerà, nell'ambito del suo diritto interno al mantenimento del livello di protezione dei membri dei due gruppi etnici rispettivi previsto dalle norme dello Statuto Speciale decaduto.
Article 8

Chaque Partie déclare que, lorsque cessera d'avoir effet le Statut spécial annexé au Mémorandum d'entente de Londres du 5 octobre 1954, elle maintiendra en vigueur les mesures nationales déjà adoptées sur la base dudit Mémorandum et qu'elle assurera, dans le cadre de son droit national, le maintien du niveau de protection des membres des deux groupes ethniques, tel qu'il est prévu par les dispositions du Statut spécial qui n'est plus applicable.

Mais il faudra attendre en 1999 pour que la Loi du 15 décembre, n° 482, (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques), pour que les minorités implantées dans la Région autonome du Frioul-Vénétie Julienne soient reconnues juridiquement. Le premier paragraphe de l’article 1 rappelle que «la langue officielle de la République est l’italien». Toutefois, le second paragraphe énonce que «la République, qui valorise le patrimoine linguistique et culturel de la langue italienne, fait la promotion et la valorisation des langues et des cultures protégées par la présente loi»:
 

Article 1er

1) La langue officielle de la République est l'italien.

2) La République, qui valorise le patrimoine linguistique et culturel de la langue italienne, fait la promotion et la valorisation des langues et des cultures protégées par la présente loi.

L’article 2 de la Loi du 15 décembre, n° 482, est plus explicite, car il énumère les minorités concernées par la loi, dont les populations germaniques, slovènes et frioulanes:

Article 2

En vertu de l'article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le franco-provençal, le frioulan, le ladin, l'occitan et le sarde.

Un fait semble clair: le slovène et le frioulan, sans oublier l'allemand, sont expressément nommés parmi la liste des «langues protégées». La loi prévoit les mêmes règles d’application minimale que le Décret du président de la République du 20 novembre 1991 (aujourd'hui abrogé par la loi n° 482 du 15 décembre 1999 (Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche).en matière de protection linguistique. Il faut, d’une part, qu’une minorité forme au moins 15 % de la population d’une municipalité, d’autre part, que le Conseil provincial et le tiers au moins conseillers municipaux aient approuvé majoritairement la procédure d’adoption prévue par la loi.

En 1996, le Parlement régional adoptait la Loi régionale n° 15 du 22 mars 1996 relative aux règles pour la protection et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, ainsi que la création des services pour la langue régionale minoritaire. Cette loi poursuivait comme objectif la promotion de la culture et de la langue frioulanes considérées comme une question fondamentale pour le développement de leur autonomie particulière. Ainsi, l’article 3 stipule que la protection et la promotion de cette langue minoritaire constituent un apport important dans la reconstruction d’une nouvelle Europe fondée sur les principes de la démocratie et du respect des diversités culturelles. Des mots... qui se transposent difficilement dans la réalité. Comme il s'agit d'une loi régionale, et non d'une loi nationale, elle bénéficiait de moins de force et risquait d'être abrogée en totalité ou en partie.  Les trois premiers articles méritent d'être cités in extenso:

Article 1

But

Afin de pratiquer une politique active de conservation et de développement de la langue et de la culture frioulanes qui sont des composantes essentielles de l'identité ethnique et historique de la communauté régionale, la Région, édicte par la présente loi les principes fondamentaux de l'intervention concernant la réalisation d'une telle politique.

Article 2

Protection du frioulan

Le frioulan est l'une des langues de la communauté régionale. La Région du Frioul-Vénétie Julienne considère la protection de la langue et de la culture frioulanes comme une question centrale pour le développement de l'autonomie particulière.

Article 3

Contexte européen

1) La Région du Frioul-Vénétie Julienne, tout en reconnaissant que la protection et la promotion des diverses langues locales ou minoritaires représentent une contribution importante à la construction d'une Europe fondée sur les principes de la démocratie et du respect des diversités culturelles, maintient et développe les traditions présentes sur son territoire.

2) Dans les limites de ses compétences juridiques, la Région considère la protection et la promotion des langues parlées traditionnellement sur son territoire comme une obligation particulière à l'égard de la famille des peuples européens, en réservant une attention particulière à la langue frioulane, laquelle est parlée presque exclusivement sur son territoire.

Les articles 1 et 2 reconnaissaient le frioulan comme l'une des langues faisant partie «des composantes essentielles de l'identité ethnique et historique de la communauté régionale». L'article 11 de Loi régionale n° 15 du 22 mars 1996 prévoyait l'usage du frioulan  au sein de l'Administration régionale, des organismes locaux et leurs entités instrumentales respectives fonctionnant dans les communes:

Article 11 [abrogé]

Emploi de la langue frioulane

1) Sans préjudice au caractère officiel de la langue italienne, l'Administration régionale, les organismes locaux et leurs entités instrumentales respectives fonctionnant dans les communes dans lesquelles le frioulan est historiquement enracinée peuvent employer le frioulan, dans les limites dans lesquelles le permettent les lois de l'État et ses Statuts respectifs. 

2) Les modalités pour l'emploi du frioulan de la part des bureaux, services et organismes instrumentaux de l'Administration régionale, ayant leur siège dans les communes prévues au paragraphe 1 sont réglementées par un règlement approprié édicté avant le 31 décembre 1998 par le Comité scientifique de l'Observatoire prévu  à l'article 21.

Par la suite, de nombreux articles de cette loi ont été abrogés: 4, 11, 12, 14, 15. 16, 17, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27 et 28. Autrement dit, avec les années, la loi avait perdu une grande partie de son intérêt et de son efficacité. Cependant, en 2007, la Région a adopté la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29, appelée Règles pour la protection, la valorisation et la promotion de la langue frioulane. C'est la loi la plus importante du genre à l'égard de la minorité frioulane. La Région ne rend pas officielle la langue frioulane, mais permet son usage dans les instances administratives du gouvernement régional ainsi que dans le système d'éducation. Citons l'article 1er de la loi:

Article 1er

But

1) En conformité avec l'article 6 de la Constitution et de l'article 3 de la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963, n° 1 (Statut spécial de la Région du Frioul-Vénétie Julienne, la Région protège, valorise et promeut l'emploi de la langue frioulane dans ses différentes expressions, comme langue propre des Frioulans et partie du patrimoine historique, culturel et humain de la communauté régionale. La Région promeut la recherche historique et exerce une politique active de préservation et de développement de la culture et des traditions, lesquelles sont des composantes essentiels de l'identité de la communauté frioulane.

2) Par la présente loi la Région promeut et soutient les initiatives publiques et privées destinées à maintenir et à développer l'emploi de la langue frioulane dans le territoire de référence.

3) La présente loi est destinée à augmenter l'emploi de la langue frioulane dans le territoire de référence, dans le respect du libre choix de chaque citadin. Les services en frioulan que les organismes publics et les fournisseurs de services publics assurent sont des occasions pour les citoyens qui y adhèrent sur la base du libre choix.

4) La Région, dans le domaine de ses compétences statutaires, promeut et encourage aussi la connaissance et l'emploi de la langue frioulane auprès des communautés co-régionales en Italie et dans le monde.

5) La présente loi, en conformité avec les dispositions prévues sur la protection des minorités linguistiques slovène et germanophone, actualise les politiques de la Région en faveur de la diversité linguistique et culturelle.

Ces dispositions et les suivantes portent surtout sur l'emploi du frioulan dans l'administration régionale, le système d'éducation, l'affichage,  les moyens de communication, le monde de l'édition, la toponymie, etc. Le gouvernement régional prévoit aussi une politique linguistique reliée à la langue frioulane. Ces nouvelles mesures mises en place pour défendre le frioulan s'expliquent non seulement par le nombre élevé de locuteurs du frioulan, mais aussi par les pressions politiques exercées depuis les dernières décennies par les divers groupes voués à la défense du frioulan.

Quoi qu'il en soit, les droits ne sont reconnus, d'après la Loi régionale n° 15 du 22 mars 1996, que dans des limites territoriales établies sur la base des attestations fournies par résolution de la part des administrations communales:

Article 5

Limites territoriales dans l'application de la loi

1) En conformité avec les principes prévus à l'article 4, paragraphe 1, alinéa c), les dispositions de la présente loi s'appliquent uniquement pour la partie du territoire régional dans laquelle le frioulan est traditionnellement et significativement parlé, ainsi que sur la base des attestations fournies par résolution de la part des administrations communales. Ce territoire est déterminé par décret du président de la Junte régionale en conformité avec les délibérations de la Junte elle-même.

D'ailleurs, la  Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29, reprend la même dispositions dans son article 3: «Les dispositions de la présente loi s'appliquent dans le territoire d'implantation du groupe linguistique frioulan délimité aux sens de l'article 5 de la loi régionale n° 15/1996».

5 Les droits linguistiques en matière de législation et de réglementation

Il s'agit ici d'énumérer les doits linguistiques des citoyens de la Région autonome du Frioul-Vénétie Julienne dans le domaine de la rédaction des lois, de leur promulgation et des débats qui ont donné lieu aux lois ou aux règlements.

Il n'y a guère de texte traitant de cette question au plan régional, sauf la Révision organique des règles de procédure du Conseil régional du 6 octobre 2005. Dans cet texte, il est dit à l'article 61 qu'il est possible s'exprimer au Conseil régional, tant à l'oral qu'à l'écrit, dans l'une des langues parlées dans l'ensemble du territoire et pouvant bénéficier d'une protection en vertu de l'article 2 de la loi du 15 décembre 1999, n° 482.

Article 61

Emploi des langues autres que l'italien

1.
En ce qui concerne les activités de l'Assemblée, les conseillers peuvent s'exprimer, tant à l'oral qu'à l'écrit, dans l'une des langues parlées dans l'ensemble du territoire régional pouvant bénéficier d'une protection en vertu de l'article 2 de la loi du 15 décembre 1999, n° 482.

2. Pour les conseillers qui ne connaissent pas ces langues, il est garanti une traduction simultanée en italien des interventions produites, à la fois à l'oral et à l'écrit, dans les langues reconnues comme protégées.

3. Si les actes destinés à un usage public sont rédigées, en plus de l'italien, également dans les langues parlées et protégées sur le territoire régional, seuls les actes et les délibérations rédigés en italien ont des effets juridiques.

Il est bien clair que l'italien demeure la langue prépondérante, celle qui fait foi, les autres étant uniquement des langues traduites, sans aucune valeur légale. La traduction simultanée est autorisée à partir des langues locales, non à partir de l'italien. Les seules langues reconnues possibles en vertu de la loi du 15 décembre 1999, n° 482, sont les suivantes:

Article 2

En vertu de l'article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le franco-provençal, le frioulan, le ladin, l'occitan et le sarde.

Dans le cas du Frioul-Vénétie Julienne, il s'agit des dialectes germaniques et de l'allemand, ainsi que du frioulan et du slovène. Cela signifie qu'il est aussi possible de recourir à ces langues dans les conseils provinciaux (Pordenone, Udine, Gorizia et Trieste), ainsi que dans les communes ou municipalités.

6 Les langues dans les tribunaux

Il n'est pas facile d'avoir recours à sa langue maternelle minoritaire (autre que l'italien) dans un tribunal d'Italie.  Pourtant, l'article 122 du Code de procédure civile autorise le recours à un interprète lorsqu'un justiciable ignore l'italien:

Article 122

Emploi de la langue italienne - Désignation de l'interprète

1. Durant tout la procédure, l'emploi de la langue italienne est prescrit.

2. Lorsque quelqu'un qui ne connaît pas l'italien doit comparaître, le juge peut désigner un interprète.

3. Tout interprète, avant d'exercer ses fonctions, doit prêter serment devant le juge qu'il s'acquittera fidèlement de ses obligations.

Cette disposition du Code de procédure civile n'autorise pas en principe l'usage d'une autre langue que l'italien, sauf que, en cas de force majeure, le juge peut recourir à un interprète. Cependant, il existe en Italie, notamment au Frioul-Vénétie Julienne, des langues «reconnues». L'article 109 du Code de procédure pénale autorise l'emploi des langues reconnues, dont l'allemand, le slovène et le frioulan:

Article 109

1.
Les actes de la procédure pénale doivent être faits en langue italienne.

2. Devant l'autorité judiciaire ayant juridiction en première instance ou en appel dans un territoire où est installée une minorité linguistique reconnue, le citoyen italien qui appartient à cette minorité est, à sa demande, questionné ou examiné dans la langue maternelle et le procès-verbal applicable est rédigé dans cette même langue. Dans cette langue sont traduits les actes de la procédure qui la concernent à sa demande. Le tout sans préjudice des autres droits prévus par des lois spéciales et les conventions internationales.

3. Les dispositions du présent article doivent être respectées sous peine de nullité.

Dans les faits, les langues minoritaires ne sont employées dans les cours de justice que dans les cas de force majeure, c'est-à-dire lorsque les Slovènes ou les Frioulans ignorent l'italien, ce qui demeure très rare chez des adultes. Comme partout en Italie, la langue des jugements et la langue des cours d'appel demeurent uniquement l'italien. Il n'est pas possible d'utiliser le slovène, d'après la Loi nationale du 23 février 2001, n° 38 (Règles pour la protection de la minorité linguistique slovène dans la région du Frioul-Vénétie Julienne). Celle-ci reste plus ou moins muette sur les droits linguistiques dans les tribunaux. Néanmoins, l'article 8 mentionne l'expression «le droit d'employer le slovène dans ses relations avec les autorités administratives et judiciaires locales», ce qui suppose un certain emploi du slovène devant un juge:

Article 8

Emploi de la langue slovène dans l'administration publique

1) Conformément au caractère officiel de la langue italienne, il est reconnu à la minorité slovène présente dans le territoire mentionné à l'article 1 le droit d'employer le slovène dans ses relations avec les autorités administratives et judiciaires locales, aussi bien qu'avec les fournisseurs concernés de services d'intérêt public installés dans le territoire mentionné à l'article 1 et les compétences des autorités et municipales mentionnées à l'article 4, selon les modalités prévues à l'alinéa 4 du présent article. Il est également reconnu le droit d'obtenir une réponse en slovène:

a) dans les communications verbales, directement ou bien au moyen d'un interprète;
b) dans la correspondance, avec au moins une traduction annexée et rédigée en italien.

On doit comprendre que l'usage du slovène n'impose pas le bilinguisme à la Cour, le juge n'étant nullement obligé de connaître le slovène; un interprète suffit à rendre effectif le droit au slovène. L'usage du slovène dans ces conditions s'étend maintenant dans les provinces de Trieste, Gorizia et Udine. Précisons que le slovène ne peut devenir nullement la «langue du procès», mais seulement une langue traduite pour le juge et le personnel judiciaire. En ce qui concerne le frioulan, cette langue n'est pas interdite, mais les audiences se tiennent exclusivement en italien, les juges italiens ne parlant généralement pas du tout le frioulan. Théoriquement, toute personne impliquée dans un procès peut demander à être entendue en frioulan si elle n’en connaît pas d’autre, ce qui n’arrive jamais, les Frioulans adultes étant tous bilingues. De plus, aucune loi ne précise un emploi quelconque d'une langue minoritaire dans une cour de justice. 

7 Les langues admises dans l'Administration

Certaines lois régionales autorisent l'emploi des langues minoritaires dans l'Administration: la Loi régionale du 22 mars 1996, n° 15 (Règles pour la sauvegarde et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, et l'institutionnalisation de services pour les langues régionales et minoritaires); la Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26 (Règles régionales pour la protection de la minorité linguistique slovène); la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29 (Règles pour la protection, la valorisation et la promotion de la langue frioulane); la Loi régionale du 20 novembre 2009, n° 20 (Règles de protection et de promotion des minorités de langue allemande dans le Frioul-Vénétie Julienne).

7.1 L'emploi du frioulan

L’article 11 de la Loi régionale n° 15 du 22 mars 1996 précisait que, malgré le caractère officiel de la langue italienne, l’administration régionale du Frioul-Vénétie Julienne, les entités provinciales (Gorizia, Pordenone, Trieste et Udine et les conseils communaux pouvaient utiliser le frioulan dans les limites permises par les lois de l’État italien.

Article 11  [abrogé]

Usage du frioulan

1) Sans préjudice au caractère officiel de la langue italienne, l'Administration régionale, les organismes locaux et leurs entités instrumentales respectives fonctionnant dans les communes dans lesquelles le frioulan est historiquement enracinée peuvent employer le frioulan, dans les limites dans lesquelles le permettent les lois de l'État et ses Statuts respectifs. 

2) Les modalités pour l'emploi du frioulan de la part des bureaux, services et organismes instrumentaux de l'Administration régionale, ayant leur siège dans les communes prévues au paragraphe l sont réglementées par un règlement approprié édicté avant le 31 décembre 1998 par le Comité scientifique de l'Observatoire prévu  à l'article 21.

Ces dispositions se sont traduites par des communications orales (fréquentes) avec l’administration provinciale dans les localités où les Frioulans sont majoritaires, mais toute la documentation restait unilingue italienne.

Néanmoins, quelques conseils locaux ont installé de leur propre initiative quelques panneaux indicateurs dans les deux langues (italien et frioulan); c’est en pratique la seule présence publique du frioulan dans la région autonome. Pourtant, l'article 11 bis de la loi régionale 15/96 autorisait l'emploi du frioulan:

Article 11 bis

Statut des organismes locaux

1) Au sens et en vertu des limites du paragraphe 2 de l'article 13 du décret législatif du 2 janvier 1997, n° 9, les statuts des communes, de la province, et des autres organismes locaux doués d'une autonomie statutaire peuvent se prévaloir des dispositions de la présente loi.

2)  [abrogé] En particulier, dans les limites du paragraphe 1, le statut peut prévoir :

a) l'emploi écrit et oral du frioulan dans les différents conseils;
b) l'emploi, dans les toponymes officiels, des termes correspondants en frioulan dans toutes les situations dans lesquelles ils sont reconnues opportuns;
c) l'emploi du frioulan dans les autres situations, y compris les rapports de l'Administration avec les citoyens.

Mais le long article 6 de la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29, précise bien que l'emploi du frioulan est permis dans les relations avec les bureaux des organismes locaux et de ceux placés sous leur juridiction et installés dans le territoire prévu à cet effet:

Article 6

Emploi public du frioulan

1) L'emploi du frioulan est permis dans les communications avec les bureaux des organismes locaux et de ceux placés sous leur juridiction et installés dans le territoire prévu, conformément à l'article 3.

2) Dans les communications avec la Région et les organismes sous sa juridiction, le droit d'employer le frioulan peut être exercé à compter du territoire dans lequel les bureaux concernés sont installés.

3) Lorsqu'une requête est commencée en frioulan, la réponse est donnée par les organismes prévus aux paragraphe 1 et 2 dans cette même langue.

4) Les dispositions prévues aux paragraphes 1 et 3 s'appliquent aussi aux fournisseurs de services publics pour les organismes, mentionnés aux paragraphes 1 et 2, installés dans le territoire délimité au sens de l'article 3.

5) Les organismes prévus au paragraphe 1 assurent, même sous une forme associée, l'exercice des droits prévus aux paragraphes 1 et 3.

6) Dans aucun cas, l'emploi du frioulan dans les procédures administratives ne peut occasionner une augmentation ou un ralentissement de celles-ci.

7) Les organismes concernés pourvoient à l'application progressive des dispositions du présent article, selon l'objectif des projets annuels, dans le domaine des programmes de la politique linguistique, tel qu'il est prévu à l'article 27.

L'article 8 de la même Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29 énonce que les documents officiels doivent être rédigés aussi en frioulan en plus de l'italien, et ce, pour la région entière. De plus, tout texte en frioulan doit avoir la même taille, y compris typographique, que celui en italien:
 

Article 8

Documents et informations à caractère général

1) Les documents communiqués en général aux citoyens de la part du personnel, selon les dispositions prévues à l'article 6, sont rédigés aussi en frioulan en plus de l'italien.

2) Le personnel, selon les dispositions prévues à l'article 6, effectue les communications institutionnelles et la publication des documents destinés au territoire délimité au sens de l'article 3, en italien et en frioulan.

3) La présence du frioulan est de toute façon garantie également dans les communications institutionnelles et dans la publication des documents destinés à la région entière.

4) Le texte et la communication en frioulan doivent avoir la même taille, y compris typographique, que celui ou celle en italien.

5) Les organismes concernés veillent à appliquer progressivement les dispositions du présent article, selon les l'objectif des projets annuels, dans le domaine des programmes de la politique linguistique de l'article 27.

En vertu de l'article 9 de la Loi régionale du 18 décembre 2007, ces dispositions s'appliquent aussi aux conseillers régionaux, aux membres des conseils des associations intercommunales et des unions de communes, des communes de montagne et des provinces qui comprennent des communes dans lesquelles le frioulan est reconnu. L'article 10 de la loi régionale inclut également les panneaux, enseignes, supports visuels et toute autre indication d'utilité publique exposée au public dans les immeubles à bureaux et dans les structures opérationnelles du personnel, le tout devant être accompagné de la traduction en frioulan avec une égale taille graphique à l'italien. L'article 11 prévoit aussi le bilinguisme italien-frioulan dans les toponymes et hydronymes (rivières, lacs, etc.) pour les communes, hameaux et localités établis dans la Région. Dans la plupart des cas, l'ARLE, l'Agjenzie regjonâl pe lenghe furlane (Agence régionale pour la langue frioulane) joue un rôle essentiel de consultation et de recommandation auprès des autorités régionales.

L'article 7 de la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29, prévoit une certification linguistique pour attester la compétence du locuteurs en matière de langue frioulane.

Article 7

Certification linguistique

1) La connaissance du frioulan est attestée au moyen d'une certification linguistique émise par un personnel qualifié, public et privé.

2) La certification linguistique est offerte à tous ceux qui répondent aux qualités prévues au sens du paragraphe 3.

3) Les modalités, les critères et les qualités pour obtenir une certification linguistique sont définis en tenant compte des propositions de l'ARLF avec un règlement régional qui sera émis dans les six mois avant l'entrée en vigueur de la présente loi.

La Région encourage la formation du personnel pour acquérir leur certification linguistique. Pour ce faire, la Région compile la liste du personnel public et privé qualifié pour l'émission de la certification linguistique et encourage l'organisation de cours de formation et de recyclage.

S'il est possible de bénéficier de services bilingues dans la province d'Udine, c'est beaucoup plus difficile d'en obtenir dans les autres provinces, alors que les Frioulans sont minoritaires, surtout dans la province de Trieste. Par ailleurs, la visibilité de la langue frioulane demeure encore très rudimentaire. Les affiches sont rarement en frioulan, sauf dans certaines communes de la province d'Udine. Environ 40 % des communes de cette province présentent une signalisation routière bilingue (italien-frioulan). D'ailleurs, dans ces communes, 90 % de celles-ci prévoient des règles spéciales pour la sauvegarde de la langue et de la culture frioulanes.

7.2 L'emploi du slovène

L'article 8 de la Loi nationale du 23 février 2001, n° 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne) prévoit que  «la minorité slovène présente dans le territoire» ( provinces de Trieste, Gorizia et Udine) «a le droit d'employer le slovène dans ses relations avec les autorités administratives et judiciaires locales, aussi bien qu'avec les fournisseurs concernés de services d'intérêt public»:

Article 8

Emploi de la langue slovène dans l'administration publique

1) Conformément au caractère officiel de la langue italienne, il est reconnu à la minorité slovène présente dans le territoire mentionné à l'article 1 le droit d'employer le slovène dans ses relations avec les autorités administratives et judiciaires locales, aussi bien qu'avec les fournisseurs concernés de services d'intérêt public installés dans le territoire mentionné à l'article 1 et les compétences des autorités et municipales mentionnées à l'article 4, selon les modalités prévues à l'alinéa 4 du présent article. Il est également reconnu le droit d'obtenir une réponse en slovène:

a) dans les communications verbales, directement ou bien au moyen d'un interprète;
b) dans la correspondance, avec au moins une traduction annexée et rédigée en italien.

L'emploi du slovène dans l'administration régionale et provinciale ne peut se transposer dans la réalité que dans les provinces de Gorizia et de Trieste, là où les Slovènes sont plus nombreux. C'est la Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26 (Règles régionales pour la protection de la minorité linguistique slovène), qui régit l'emploi du slovène dans les services publics. En fait, la loi ne prévoit un personnel bilingue que dans les villes de Trieste (province de Trieste), de Gorizia (province de Gorizia) et de Cividale (province d'Udine):

Article 11

Relations entre la Région et les citoyens appartenant à la minorité linguistique slovène

1. Dans l'exercice des droits reconnus à l'article 8 de la loi 38/2001, les citoyens appartenant à la minorité linguistique slovène peuvent contacter l'administration régionale en slovène, oralement ou par écrit, et recevoir une réponse, dans les délais fixés par la législation en vigueur et dans la même langue, ou une copie en italien du texte en slovène.

2. Pour garantir l'efficacité des droits visés au paragraphe 1, l'Administration régionale doit assurer la présence d'un personnel ayant une connaissance du slovène dans les bureaux du Conseil régional, ainsi que dans ses propres bureaux et ceux des organismes qui en dépendent, et d'établir, dans les zones centrales des villes de Trieste, de Gorizia et de Cividale, en coopération avec d'autres administrations publiques, des services compétents pour la gestion de la communication institutionnelle avec le public, également en slovène.

3. Afin de diffuser les connaissances parmi le personnel de la connaissance du slovène, l'Administration régionale doit encourager l'organisation de stages de formation et de perfectionnement professionnel et en soutenir la fréquence.

4. Les bureaux du Conseil régional, de l'Administration régionale et des organismes qui en dépendant doivent communiquer aussi en slovène les informations au public, ainsi que celles d'intérêt particulier pour la minorité et veiller à ce que les informations institutionnelles et publicitaires diffusées sur le territoire régional soient publiées, ainsi que dans la presse périodique, en slovène.

5. Les formulaires et les formes d'accès aux allocations prévues par la présente loi sont mises en place dans les bureaux sous format bilingue, en italien et en slovène.

6. Dans le territoire d'implantation de la minorité linguistique slovène, conformément au paragraphe 2 de l'article 2, les enseignes et les indications exposées au public dans les immeubles des bureaux et structures opérationnelles de la Région doivent être accompagnées d'une traduction en slovène.

L'article 12 de la même loi prévoit l'emploi des noms en slovène, ainsi que l'alphabet particulier: 

Article 12

Noms, prénoms et dénominations slovènes

1. Conformément à l'article 7 de la loi 38/2001, dans les actes de la Région est garantie aux citoyens appartenant à la minorité linguistique slovène l'écriture correcte de leurs noms et prénoms, y compris les signes diacritiques de l'alphabet slovène.

2. Dans les textes de loi et de la réglementation régionale, ainsi que dans les autres actes et documents soumis à la publication dans le Bulletin officiel de la Région, à partir de la  date d'entrée en vigueur de la présente loi, les noms slovènes des provinces, municipalités et localités doivent être présents dans des formes proches de la dénomination italienne, en conformité avec le texte prévu par les statuts respectifs des provinces et des communes, y compris les signes diacritiques de l'alphabet slovène.

Le slovène est admis sans restriction dans l’Administration provinciale de Trieste, ce qui n’est pas le cas dans les trois autres provinces (Gorizia, Pordenone et Udine). Cette «reconnaissance» ne concerne que les pouvoirs locaux assurés par l’Administration provinciale, non ceux de l’Administration régionale (Frioul-Vénétie Julienne) ou de l’Administration italienne (l’État). Au sein de ces deux dernières instances, l’utilisation du slovène est simplement inexistant et s’est toujours heurtée à une fin de non-recevoir. Même dans les administrations provinciales de Trieste, le slovène reste possible seulement dans les établissements publics où les slovénophones sont concentrés (environ six communes). Les Slovènes ont en principe le droit d'apposer des inscriptions toponymiques bilingues, mais les enseignes de tous les établissements publics restent en italien. En principe, la loi du 23 février 2001 (n° 38) étend ce droit d'utiliser le slovène dans les trois provinces reconnues (Gorizia, Trieste et Udine).

Dans la province de Gorizia, les quelques communes dont le conseil municipal est aux mains de la minorité admettent le slovène dans leurs missives officielles et apposent parfois des écriteaux bilingues. Dans toutes les provinces, seul l’italien est employé dans les débats du Parlement régional et aux Conseils provinciaux, ainsi que la rédaction et la promulgation des lois ou des règlements.

8 Les langues dans l'enseignement

Historiquement, l’italien est la langue de l’éducation à tous les niveaux depuis la loi Casati de 1859, présentée comme la première loi scolaire dans l'ensemble de l'Italie (Royaume d'Italie). Contrairement au Val-d'Aoste, mais comme dans la province de Bolzano, le Frioul-Vénétie Julienne a adopté la séparation des langues dans les écoles. Ainsi, les parents sont tenus de faire un choix lors de l'inscription de leur enfant, en déclarant leur langue maternelle. Dès lors, l'enfant sera dirigé dans une école où la principale langue d'enseignement sera l'italien, le slovène ou l'allemand. Pour le frioulan, la situation est différente. 

8.1 Le frioulan

La première loi qui officialisait le frioulan fut la Loi régionale du 22 mars 1996, n° 15 (Règles pour la sauvegarde et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, et l'institutionnalisation de services pour les langues régionales et minoritaires), qui le définissait comme «l’une des langues de la communauté régionale». La loi 15 établit l’utilisation de la langue dans les établissements d'enseignement locaux, ainsi que le soutien des activités pédagogiques et des activités culturelles.

Article 27 [abrogé]

Enseignement scolaire du frioulan

1)
L'Administration régionale est autorisée à financer les dépenses encourues par les écoles obligatoires et les écoles maternelles, ayant leur siège dans le territoire régional, au sujet des projets résultant des objectifs de la présente loi, pour le déroulement des cours complémentaires sur la langue et la culture frioulanes, dans les limites prévues dans les programmes d'intervention triennaux. Parmi les dépenses admissibles, il est reconnu celles concernant les allocations versées au personnel enseignant.

De toute façon, la loi ne fut pas appliquée. L'un des éléments importants de la loi n° 15 reposait sur l’Osservatorio (Observatoire), qui devait mettre en œuvre la planification de la politique linguistique et sa réalisation. Cet Observatoire devait répartir les divers financements. Cependant, cet organisme dut faire face à de nombreux obstacles, dont la résistance de la part des fonctionnaires italiens. Ceux-ci se montrèrent peu coopératifs et n'acceptèrent pas l'autonomie accordée aux Frioulans dont ils enviaient les prérogatives. Les fonctionnaires régionaux voulurent ensuite abolir l'Observatoire sous prétexte qu'il ne servait plus à rien. Quoi qu'il en soit, l'Organisme n'a jamais été remplacé officiellement par un autre. Néanmoins, une partie des activités de l’Osservatoire fut reprise par le Centri Friûl Lenghe 2000, un consortium qui réunit une association de médias, des associations culturelles et l’Université d’Udine.

L'enseignement de la langue frioulane  fut, du moins en principe, officiellement accepté comme matière facultative dans les écoles de la région autonome avec l'adoption de la Loi du 15 décembre 1999, n° 482 (Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques). Près de 60 % des parents auraient demandé que leurs enfants reçoivent un enseignement dans cette langue;  un millier d'enseignants auraient soumis leur candidature pour pouvoir enseigner le frioulan. Il fallu adopter la Loi régionale n° 29 du 18 décembre 2007 (Règles pour la protection, la valorisation et la promotion de la langue frioulane). L'article 12 porte sur l'enseignement du frioulan:

Article 12

Langue frioulane et éducation plurilingue

1) L'apprentissage et l'enseignement du frioulan sont insérés à l'intérieur d'une parcours éducatif plurilingue qui prévoit, après la langue italienne, la compréhension des langues minoritaires historiques et des langues étrangères. Le parcours éducatif plurilingue constitue une partie intégrante de la formation à une citoyenneté européenne active et à la valorisation de la spécificité de la Région.

2) Selon les paragraphes 1, 2, 3 et 4 de l'article 4 de la loi n° 482/1999, dans les écoles maternelles, primaires et secondaires du premier cycle situées dans les communes délimitées au sens de l'article 3, la langue frioulane est insérée dans la parcours éducatif d'après des modalités spécifiques correspondant aux niveaux et degrés scolaires, en tenant compte du paragraphe 2 de l'article 1 du décret législatif 223/2002.

3) Dans le respect de l'autonomie des établissements scolaires, au moment de l'inscription, les parents ou ceux qui en tiennent lieu, après une information adéquate et sur demande écrite de l'établissement scolaire, communiquent à ce dernier leur volonté de ne pas recourir à l'enseignement en frioulan. Le choix exprimé est valable pour la durée respective de l'école maternelle, du primaire et du secondaire du premier cycle et ce choix peut être modifié, sur demande des parents ou de ceux qui en tiennent lieu, au début de chaque année scolaire.

Le frioulan n'est pas officiellement intégré dans le système scolaire. Il fait partie d'un enseignement facultatif à raison d'une heure/semaine dans quelques écoles primaires et secondaires de la province d’Udine; cet enseignement dépend de la volonté des établissements d'enseignement et des professeurs de frioulan disponibles (moins de 50 % des enseignants parlent le frioulan). De plus, il est possible de faire une demande explicite de dispense. C’est pourquoi l’enseignement en frioulan est généralement limité aux écoles de la province d'Udine.

Dans les provinces de Gorizia et de Trieste, le frioulan n'est accepté dans les écoles maternelles que sur demande formelle. Au primaire et au secondaire, seules quelques rares écoles (10 % au primaire et 8 % au secondaire) enseignent, sur une base volontaire, le frioulan comme matière d'enseignement à titre expérimental (une heure par semaine) en plus de l’italien. Il s'agit d'un programme bilingue frioulan-italien d'immersion partielle qui s'en tient au modèle «une personne-une langue».

L'article 12 de la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29, énonce maintenant que l'enseignement du frioulan est inséré à l'intérieur d'une parcours éducatif plurilingue qui prévoit, après la langue italienne, la compréhension des langues minoritaires historiques et des langues étrangères. Pour les autorités régionales, le parcours éducatif plurilingue constitue une partie intégrante de la formation à une citoyenneté européenne active et à la valorisation de la spécificité de la Région.

Article 12

Langue frioulane et éducation plurilingue

1) L'apprentissage et l'enseignement du frioulan sont insérés à l'intérieur d'une parcours éducatif plurilingue qui prévoit, après la langue italienne, la compréhension des langues minoritaires historiques et des langues étrangères. La parcours éducatif plurilingue constitue une partie intégrante de la formation à une citoyenneté européenne active et à la valorisation de la spécificité de la Région.

Il n'existe pas d'écoles où l'on enseigne seulement le frioulan. Ainsi, en raison du respect de l'autonomie des établissements scolaires, la parents ou les tuteurs des élèves doivent communiquer leur refus d'envoyer leurs enfants dans une classe de frioulan au moment de l'inscription. Ce choix exprimé est valable pour la durée respective de l'école maternelle, du primaire et du secondaire du premier cycle et il peut être modifié, sur demande des parents, au début de chaque année scolaire.

L'article 19 de la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29, précise bien le caractère facultatif et volontaire de l'enseignement du frioulan. Même les enseignants sont embauchés sur la base du volontariat:

Article 19

Enseignement volontaire du frioulan

1) Afin de favoriser l'apprentissage et l'emploi du frioulan de la part des citoyens, la Région promeut les activités de volontariat pour l'enseignement du frioulan.

2) Pour les fins du paragraphe 1, il est institué auprès de l'ARLF, un registre des volontaires pour l'enseignement du frioulan.

3) Peuvent être reconnues comme volontaires les personnes majeures de langue maternelle frioulane, qui déclarent leur disponibilité à titre gratuit, selon des modèles d'organisation et les modalités opérationnelles définies par l'ARLF, pour diriger les activités afin de répandre les connaissances et l'emploi de la langue frioulane.

Dans ces conditions, l'enseignement du frioulan ne peut que demeurer accessoire. De plus, selon l'article 14 de la loi, l'enseignement du frioulan est garanti pour au moins une heure par semaine pour la durée de l'année scolaire, dans le cadre de la portion concernant l'autonomie scolaire. L'un des problèmes, c’est que l'enseignement du frioulan à l'école est tributaire des variantes dialectales et de l’absence d’une grammaire normative ou standardisée.

L'Université des études d'Udine et l’Observatoire régional de la langue frioulane organisent des stages de formation pour lexicologues, traducteurs, journalistes et enseignants.

8.2 Le slovène

La situation est différente pour l'enseignement du slovène. En effet, la Loi du 23 février 2001, n° 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne), une loi nationale, reconnaît aux Slovènes des provinces de Trieste, de Gorizia et d'Udine le droit d'utiliser le slovène notamment dans les noms de lieu (toponymes), l'administration publique et les écoles. C'est la première fois que l'État italien accorde des droits à tous les minorités linguistiques slovènes dans trois provinces (sauf celle de Pordenone) du Frioul-Vénétie Julienne. L'article 11.4 de la Loi du 23 février 2001, n° 38, reconnaît les écoles dont le slovène est la langue d'enseignement:

Article 11

Écoles publiques avec le slovène comme langue d'enseignement

4) Dans le système des écoles avec le slovène comme langue d'enseignement, il est permis d'employer le slovène dans les rapports avec l'administration scolaire, dans les actes et les communications, les lettres officielles et les enseignes publiques.

L'article 12 se la même loi précise certaines modalités concernant l'enseignement du slovène.

Article 12

Dispositions pour la province d'Udine

1) Dans les écoles maternelles situées dans les communes de la province d'Udine comme il est indiqué dans le tableau de l'article 4, les programmes éducatifs comprendront également des sujets relatifs aux traditions locales et la culture, à être développés aussi en slovène et sans nouveaux frais ou frais majeurs pour le budget de l'État.

2) Dans les établissements d'enseignement obligatoires situés dans les municipalités mentionnées au paragraphe 1, l'enseignement de la langue slovène, de l'histoire et des traditions culturelles et linguistiques locales est compris dans le programme relatif au curriculum obligatoire déterminé par les mêmes établissements dans l'exercice de l'autonomie d'organisation et didactique prévue à l'article 21.8 et 21.9 de la loi du 15 mars 1997, n° 59. Au moment de la pré-inscription, les parents communiquent à l'établissement d'enseignement concerné s'ils ont l'intention de donner à leur enfant l'instruction dans la langue de la minorité.

3)  Les écoles secondaires des provinces de Trieste, de Gorizia et d'Udine, fréquentés par des élèves des communes mentionnées au paragraphe 1, peuvent instituer des cours facultatifs de slovène, même en dérogation au nombre minimal d'élèves prévu selon le règlement scolaire.

4) Le ministre de l'Instruction publique, après consultation auprès de la Commission mentionnée à l'article 13.3, fixe par décret, quant à aux activités relatives au curriculum mentionnées dans le deuxième paragraphe, les objectifs généraux et spécifiques du processus d'apprentissage et les standards relatifs à la qualité du service, en définissant les qualités requises pour la nomination des enseignants.

5) L'école maternelle privée et l'école primaire avec un enseignement bilingue slovène-italien, administrées par l'Institut pour l'enseignement slovène de Natisone San Pietro al Natisone dans la province d'Udine, sont reconnues comme des écoles d'État. À ces écoles annoncées, les dispositions des loi et règlements en vigueur pour les écoles d'État correspondantes s'appliquent. Pour les fins du présent paragraphe, la dépense la plus grande autorisée est annuellement de 1.436 million de lires à partir de l'an 2001.

6) Dans les communes de la province d'Udine, tel qu'indiqué au tableau mentionné à l'article 4, est prévu, après la consultation auprès du Comité, et conformément aux modalités en vigueur établies à l'article 11.2, l'établissement d'écoles d'État bilingues ou des sections de celles-ci, avec l'enseignement dans les langues italienne et slovène, sans frais nouveaux ou majeurs pour le budget de l'État. Les mesures adoptées pour le fonctionnement de ces écoles sont prévues par la Commission à l'article 13.3.

[...]

Les Slovènes de la province de Trieste (21 571) et ceux de la province de Gorizia (10 197) disposent d'un réseau d'enseignement complet au primaire (109 écoles au total). Ces écoles sont appelées Drzavna sola slovenskim ucnim jezikon en slovène ou Scuola elementare statale con lingua d’isegnamento slovena en italien («école primaire d’État dont la langue d’enseignement est le slovène). En principe, toutes les matières sont enseignées en slovène, sauf pour les cours d’italien obligatoire. Des manuels de classe rédigés en slovène sont disponibles dans ces écoles. Dans la province de Gorizia, on ne compte qu’une quinzaine d'écoles slovènes pour moins de 1000 élèves. Dans la province d'Udine et celle de Pordenone, l'État italien et la Région se refusent à considérer les Slovènes comme une minorité. Cela signifie que l'école reste entièrement unilingue italienne.

D'après la Loi nationale du 23 février 2001, n° 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne), les dispositions des lois du 19 juillet 1961, n° 1012, et du 22 décembre 1973, n° 932, continuent d'être appliquées. À l'article 2, les alinéas 1 et 2, de la loi du 22 décembre 1973, n° 932, après que les mots «de langue maternelle slovène» sont insérés les suivants «ou avec pleine connaissance de la langue slovène».  Dans les faits, la nouvelle loi ne change pas beaucoup la situation scolaire des Slovènes.

8.3 L'allemand

Les germanophones bénéficient également d'écoles dans leur langue, c'est-à-dire en allemand. Ce système ne vaut que pour la province d'Udine dans les localités où résident les germanophones. On trouve de ces écoles dans la Carnia (à Timau et à Sauris), ainsi que dans le Val Canale (à Pontebba,  à Malborghetto-Valbrun et à Tarvisio). Les germanophone sont ainsi protégés par l'article 5 de la Loi nationale du 23 février 2001, n° 38

Article 5

Protection de la population germanophone du Val Canale

Dans le cadre des dispositions de la loi du 15 décembre 1999, n° 482, et des principes de la présente loi, des formes spéciales de protection sont garanties aux populations de germanophones du Val Canale, en tenant compte de la situation quadrilingue de la zone, et sans nouveaux frais ni frais majeurs pour le budget de l'État.

Bien que la loi 38 de 2001 ne mentionne pas la région de la Carnia, l'article 2 de la Loi nationale du 15 décembre 1999, n° 482, traite de tous les germanophones, où qu'ils soient en Italie. On sait qu'ils sont concentrés surtout dans la province de Bolzano (Trentin-Haut-Adige), mais il en existe aussi dans la province du Trentin (Trentin-Haut-Adige), dans la province de Belluno (Vénétie) et dans la province d'Udine (Frioul-Vénétie Julienne). Tous ces germanophones sont protégés par la législation nationale, la législation régionale, voire provinciale, et par les règlements des communes.  L'article 11 de la  Loi régionale du 20 novembre 2009, n° 20 (Règles de protection et de promotion des minorités de langue allemande dans le Frioul-Vénétie Julienne) en est un bon exemple, car il traite particulièrement des germanophones du Frioul-Vénétie Julienne :

Article 11

Apprentissage de la langue allemande

1. L'administration régionale, dans le cadre des actions visant à accroître la diversification des établissements d'ensegnement et de formation, ainsi que la diffusion des activités culturelles de la Région, doit favoriser l'apprentissage et la connaissance de la langue et de la culture allemandes et prendre en charge, même en vertu des dispositions visées à l'article 4 de la loi 482/1999, la mise en œuvre des initiatives visant à encourager l'enseignement de l'allemand dans les écoles à tous les niveaux sur l'ensemble du territoire, là où les minorités sont présentes des minorités germanophones.

2. Par résolution de la Junte régionale sont établies les modalités des interventions visées au paragraphe 1, en accord avec les autorités scolaires régionales.

3. La Région encourage les initiatives de collaboration entre les universités du Frioul-Vénétie Julienne, les universités des autres pays européens, les Régions et les autorités locales où il sont présentes des minorités de langue allemande; cette collaboration doit être obtenue sur la base d'accords et de protocoles d'entente pour améliorer la formation et la spécialisation en allemande et dans la variété locale des citoyens appartenant aux minorités de langue allemandes présente sur le territoire régional, en particulier dans le domaine de l'enseignement universitaire et post-universitaire, ainsi que la reconnaissance des diplômes universitaires et des examens d'État, qui permettent l'exercice des professions.

4. La Région fait également la promotion des efforts de collaboration entre les entités visées aux paragraphes 1 et 3, et leurs associations, avec des bureaux situés dans la région, lesquels ont pour but la diffusion de la langue et la culture allemandes.

9 Les droits linguistiques et les médias

La situation des droits linguistiques concernant les minorités historiques de la Région du Frioul-Vénétie Julienne semble relativement convenable, tant dans les médias électroniques que dans les médias écrits. Prenons comme point de départ que les médias en italien ont toute la place qu'ils méritent pour nous en tenir à ceux destinés aux minorités. On compte plusieurs quotidiens en italien dans les quatre provinces:  Il Gazzettino, Il Messaggero Veneto, Il Friuli, Il Nuovo et Il Piccolo. Pour les stations de radio, mentionnons, outre la RAI Friuli-Venezia Giulia, les stations Radio Fragola (Trieste), Radio Metro (Cervignano del Friuli), Radio Punto Zero Tre Venezie (Trieste), Radio Spazio 103 (Udine), Radio Studio Nord (Caneva Tolmezzo), TPN Hit Energy (Pordenone). La Région autonome possède sa propre station de télé avec FVG.TV. En ce qui a trait à la télévision publique, les chaînes RAI 1, RAI 2 et RAI 3 diffusent uniquement en italien.

De plus, l'article 6 de la  Loi régionale du 17 février 2010, n° 5 (Valorisation des dialectes parlés dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne) encourage  la diffusion de programmes radiophoniques et télévisées produits par des radiodiffuseurs publics et privées pour la valorisation des dialectes de la Région:

Article 6

Mesures dans le domaine des communications

1)
Dans le domaine des communications, la Région encourage la diffusion de programmes radiophoniques et télévisées produits par des radiodiffuseurs publics et privées pour la valorisation des dialectes, conformément à l'article 2.

2) La Région soutient la rédaction et l'impression de journaux et de périodiques en dialectes, conformément à l'article 2.

En dépit de ces mesures, aucun journal ne paraît dans les dialectes.

9.1 Le frioulan

L’article 29 (en vigueur) de la Loi régionale du 22 mars 1996, n° 15 (Règles pour la sauvegarde et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, et l'institutionnalisation de services pour les langues régionales et minoritaires), autorise l’administration régionale à signer une convention avec la RAI (la Radiotélévision italienne) en vue de permettre une programmation en frioulan.

Article 29

Programmes télévisés en frioulan

1) L'Administration régionale est autorisée à prévoir un accord avec la Radiotélévision italienne (RAI) pour la réalisation de programmes télévisés en frioulan à insérer dans la programmation d'un réseau régional.

2) L'Administration régionale est aussi autorisée à prévoir des conventions avec des stations émettrices de radio ou de télévision privées pour la réalisation de programmes radiophoniques ou télévisés en frioulan.

Dans la Loi régionale du 18 décembre 2007, n° 29 (Règles pour la protection, la valorisation et la promotion de la langue frioulane), l'article 20 prévoit que la Région soutient la production et l'émission de programmes en frioulan dans ses différentes expressions et soutient également les émetteurs radiophoniques qui transmettent des programmes en frioulan. Le soutien est en proportion du pourcentage des émissions transmises en frioulan et celles produites en propre:
 

Article 20

Radio et télévision

1) La Région soutient la production du matériel audiovisuel en frioulan pour en donner une plus grande diffusion.

2) Dans le domaine de la télévision, la Région soutient la production et l'émission de programmes en frioulan dans ses différentes expressions. Le soutien est en proportion de la couverture territoriale et des modalités d'insertion dans le palimpseste. Les fonds sont engagés pour au moins 75 % dans la production, dont au moins 60 % sont réalisés par des producteurs indépendants.

3) La Région soutient les émetteurs radiophoniques qui transmettent des programmes en frioulan. Le soutien est en proportion du pourcentage des émissions transmises en frioulan et celles produites en propre.

La région compte deux stations de radio en frioulan: Radio Onde Furlane (complètement en frioulan) et Radio Spazio 103 (seulement quelques heures). De plus, trois stations privées présentent des émissions de télévision en frioulan. Il s'agit surtout d'émissions subventionnées d'informations («Lis Gnivis» - les nouvelles). La chaîne de télévision Tele Friuli diffuse des bulletins de nouvelles en frioulan durant trois minutes une fois par jour, ainsi que certaines émissions d'une durée d'une heure par jour; ces émissions sont financées par le gouvernement provincial d'Udine. Telepordenone diffuse des programmes en frioulan quinze minutes quotidiennement. Comme on le constate, la situation linguistique dans cette région à majorité frioulane est le reflet d'une population dont les droits ne sont que fort peu reconnus.

Les quelque cinq stations de radio locales émettent des émissions en frioulan, qui ne dépassent pas 10 h/semaine (à l'exception d'une seule à 45h/semaine). Mentionnons Radio-Spazio 103 (six heures par jour) et Radio-Mortegliano (quatre heures par jour). Une station de radio privée émet quelque 40 heures par semaine en frioulan: la Radio onde furlane, diffusée presque entièrement en frioulan; elle joue de temps en temps un rôle de point de contact pour différentes initiatives en faveur du frioulan . Aucune station de télévision n'émet exclusivement en frioulan, mais la chaîne de télé Tele Friuli diffuse des émission en frioulan en raison d’un après-midi par semaine, alors que Tele Pordenone émet quinze minutes par jour.

Aucun quotidien ni hebdomadaire n'est publié entièrement en frioulan, mais plusieurs périodiques sont édités soit en italien soit dans les deux langues (frioulan et italien). On compte trois mensuels (La Patrie dal Friûl, Sot la nape, La Comugne) diffusés uniquement en frioulan ainsi que cinq magazines. Le quotidien italien le Messagero Veneto contient chaque jour une brève colonne en frioulan. Un autre quotidien italien, Il Gazzettino, publie un article en frioulan une fois par semaine et l'hebdomadaire La Vita Cattolica comprend aussi une page en frioulan chaque semaine. On compte aussi différentes publications (périodiques, bulletins, etc.) publiées par des associations. La Società Filologica Friulana est la plus importante association frioulane; elle édite principalement des manuels scolaires et des publications et dispose d'une bibliothèque conséquente. Les médias entièrement en frioulan sont donc essentiellement des magazines et des publications éditées par des associations culturelles. Ces magazines sont généralement distribués gratuitement ou achetés par des membres des associations concernées.

9.2 Le slovène

 La Loi régionale du 16 novembre 2007, n° 26 (Règles régionales pour la protection de la minorité linguistique slovène) assure la réception des émissions radiophoniques et télévisées en slovène sur le territoire d'implantation de la minorité linguistique slovène.
 

Article 17

Mesures pour le service de radiotélévision en slovène

1.  Afin d'assurer la réception des émissions radiophoniques et télévisées en slovène sur le territoire d'implantation de la minorité linguistique slovène, conformément au paragraphe 2 de l'article 2, l'Administration régionale est autorisée à financer la construction et l'achèvement de travaux pour l'activation et le renforcement des systèmes de diffusion de la société du fournisseur de service public de radiotélévision, au moyen de subventions en capital aux organismes locaux de ce territoire, selon les modalités prévues par la loi régionale du 10 octobre 1981, n° 71 (Mesures régionales pour le renforcement et la diffusion la plus large possible de la diffusion du service public de radiotélévision dans le Frioul-Vénétie Julienne).

2. Pour encourager le développement de l'information et de la communication radiotélévisée en slovène, conformément au paragraphe 2 de l'article 12 de la loi 482/1999, l'Administration régionale est également autorisée à conclure, sur l'avis du Comité régional de la communication (Co.Re.Com.) des accords appropriés avec la société concessionnaire de service public de radiotélévision et avec les émetteurs de radiotélévision privés locaux, pour la mise en œuvre des programmes et de services en slovène.

La RAI-Trieste A et Radio Opcine (station privée), qui émettent aussi en Slovénie, diffusent tous deux un programme complet en slovène (en version originale ou doublée). Du côté de la télévision, les stations TV Koper et RAI 3 (la troisième chaîne de la radio-télévision italienne) diffusent quelques émissions en slovène chaque semaine.

Dans les médias écrits, les Slovènes disposent d’un quotidien, Primorski Dnevnik, de trois habdomadaires (Gospodarstvo: L’Écomonie; Katoliski glas: La Voix catholique; Novi list: Le Nouveau Journal) et de huit magazines.

Le montage des illustrations présentées à gauche montre des panneaux routiers unilingues italiens (publicité: "Chi mangi oggi"), bilingues italien- frioulan (Poffabro/Pofavri, Cervignano/Çarvignan, Tapogliano/Tapoian) ou bilingues italien-slovène (Postregna/Podsriednje, Drenchia/Dreka, Clodig/Hlodič).

L'emploi du frioulan est généralement utilisé dans la province d'Udine, alors que le slovène l'est dans la province de Trieste.

La question des droits linguistiques dans la Région du Frioul-Vénétie Julienne illustre cette inégalité dans le traitement des langues minoritaires. En effet, selon les provinces de résidences, les membres des minorités nationales ont des droits différents. Ceux-ci sont relativement étendus dans les écoles slovènes dans les provinces de Trieste et de Gorizia, mais ils sont limités dans la province d’Udine et encore plus réduits dans la province de Pordenone. Or, les italophones sont même minoritaires dans la province d’Udine. Le fait que la Loi nationale du 23 février 2001, n° 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la Région du Frioul-Vénétie Julienne) connaisse de nombreuses ratés dans son application est tout aussi inacceptable: le Comité institutionnel paritaire prévu à l'article 3 est généralement inopérant (surtout pour des raisons administratives et politiques), ce qui empêche l'élaboration de la liste des communes dans lesquelles la minorité slovène est traditionnellement présente et de transmettre cette même liste à la Présidence de la République pour confirmation. La loi régionale du 18 décembre 2007 constitue certainement une amélioration des droits linguistiques de Frioulans, mais illustre aussi les limites législatives de la part de la Région.

Ajoutons encore que toutes les minorités du Frioul-Vénétie Julienne sont soumises à de fortes doses de bilinguisme social, surtout dans l’enseignement, les services publics et les médias, ce qui réduit considérablement le droit des locuteurs de ces langues. N'oublions pas que les droits linguistiques de plus de 46 % de la population (les Frioulans) sont pratiquement ignorés, ce qui, en ce début du XXIe siècle, semble presque anachronique pour un pays d'Europe occidentale.

De plus, l'État italien semble en complète contradiction avec la protection des minorités inscrite à l'article 6 de la Constitution du 27 décembre 1947 qui proclame que «la République protège par des mesures appropriées les minorités linguistiques.» Il est vrai que le gouvernement de Rome a la mauvaise réputation d'être l'un des gouvernements occidentaux les plus inefficaces qui soient.

Dernière mise à jour: 20 juil. 2014

 


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