Royaume du Maroc

Maroc

(1) Situation démolinguistique

Remarque: tous les sites portant sur cette question et qui ressemblent au présent site sont des plagiats non autorisés de ce dernier. 

 
Capitale: Rabat
Population: 34,8 millions (2016)
Langues officielles: arabe classique et amazigh (plus restrictif)
Groupe majoritaire: arabe dialectal ou arabe marocain (60 %)
Groupes minoritaires: amazigh ou berbère (40 %), français, espagnol, arabe hassanya, turc, russe, biélorusse,
Langue coloniale: français
Système politique: monarchie parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 5 de la Constitution de 2011.
Lois linguistiques: Dahir portant promulgation de la loi portant création de l'académie Mohammed VI de la langue arabe (2003).

Lois scolaires: Dahir n° 1-59-049 du 1er juin 1959 formant statut de l'enseignement privé (1959, abrogé); Dahir n° 1-63-071 du 13 novembre relatif à l'obligation de l'enseignement (1963); Décret n° 2-78-452 du 2 octobre 1978 portant réforme du régime des études et des examens en vue de la licence en droit (1978); Loi n°15-86 formant statut de l'enseignement privé (1991, abrogée); Charte nationale d'éducation et de formation (1999);  Loi n° 01-00 portant organisation de l'enseignement supérieur (19 mai 2000); Loi n° 06-00 formant statut de l’enseignement scolaire privé (2000); Décret n° 2-02-376 du 17 juillet portant statut particulier des établissements d'éducation et d'enseignement public (2002); Convention de partenariat pour la coopération culturelle et le développement entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc (2010).

Lois sur l'amazigh: Dahir portant création de l'Institut royal de la culture amazighe (2001).

Lois à portée linguistique: Dahir portant loi n° 1-74-447 approuvant le texte du Code de procédure civile (1974); Dahir portant loi n° 1-77-230 du 19 septembre relatif à la réorganisation du Centre cinématographique marocain (1977);  Dahir n° 1-96-97 du 2 août 1996 portant promulgation de la loi n° 35-95 complétant le dahir du 8 mars 1950 portant extension du régime de l'état civil institué par le dahir du 4 septembre 1915 (1996); Loi n° 20-99 relative à l'organisation de l'industrie cinématographique (1999);  Dahir n° 1-02-239 portant promulgation de la loi n° 37-99 relative à l'état civil (2002);  Code de la presse et de l'édition (2003); Dahir n° 1-04-257 du 7 janvier 2005 portant promulgation de la loi n° 77-03 relative à la communication audiovisuelle (2005); Code de la nationalité (2007); Circulaire n° 41/G/2007 du 2 août 2007 relative à l’obligation de vigilance incombant aux établissements de crédit (2007); Loi 31/08 édictant des mesures de protection du consommateur (2011).

1 Situation géographique

Le Maroc est un État d’Afrique du Nord limité au nord-ouest par l’océan Atlantique, au nord par le détroit de Gibraltar et la Méditerranée, à l’est et au sud par l’Algérie et au sud-ouest par la Mauritanie (voir la carte détaillée). Le Maroc est donc situé à l’extrême nord-ouest de l’Afrique, juste en face de l’Europe, dont il n’est séparé que par les 17 km du détroit de Gibraltar. Le Maroc fait partie des États du Maghreb dont c'est le pays le plus occidental. Avec ses 446 550 km², sans le Sahara occidental dont il revendique le territoire, le Maroc est le plus grand pays de la région après l'Algérie.

Pour l'instant, le Sahara occidental n'a pas encore trouvé de statut définitif au plan juridique, soit plus de trente ans après le départ des Espagnols en 1976. Selon l'ONU, le Sahara occidental figure sur la liste des «territoires non autonomes». Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc, qui le désigne maintenant comme le «Sahara marocain», et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), fondée par le Front Polisario en 1976. Dans les faits, le Maroc contrôle et administre aujourd'hui environ 80 % du territoire, alors que le Front Polisario, pour sa part, n'en contrôle que 20 %. Le Maroc revendique également les enclaves espagnoles de Ceuta (18,5 km²) et de Melilla (20 km²) situées au nord des côtes méditerranéennes.

Le Maroc est découpé en wilayas, provinces et préfectures. Le royaume du Maroc comprend 16 «régions administratives» divisées en 17 wilayas, ces dernières sont subdivisées en 71 provinces et préfectures (sans compter les 1547 communes urbaines et rurales):

Les régions administratives

Régions administratives

1) Oued Eddahab-Lagouira 
2) Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra 
3) Guelmim (Es Smara) 
4) Souss-Massa-Draâ 
5) Gharb-Chrarda-Béni Hssen 
6) Chaouia-Ourdigha
7) Marrakech-Tensift-El Haouz 
8) Oriental 
9) Casablanca 
10) Rabat-Salé-Zemmour-Zaër 
11) Doukkala-Abda 
12) Tadla-Azilal
13) Meknès-Tafilalt
14) Fès-Boulmane
15) Taza-Al Hoceima-Taounate
16) Tanger-Tétouan  

Le Maroc

Afin de résoudre le problème lié au développement disproportionné des grandes villes, l'État marocain a, au début des années 1980, subdivisé l'espace urbain en plusieurs provinces dont la coordination administrative est assurée par la wilaya, alors que la représentation de la population est assurée par la Communauté urbaine. La formule de la wilaya a été appliquée à Casablanca en 1982 avant d'être étendue aux grandes villes du pays au cours des années 1980 et 1990 (Rabat-Salé, Fès, Meknès, Marrakech, Oujda,Tétouan, Agadir ainsi que Laayoune).  Le Maroc qui ne comptait que 17 provinces en 1959 en compte aujourd'hui 71 et 17 wilayas. Pour le Maroc, le Sahara occidental est désormais «intégré» au découpage administratif du territoire national. 

Par ailleurs, le Maroc compte quatre régions géographiques naturelles: les montagnes du Rif au nord-est, la côte atlantique à l'ouest avec ses villes importantes (Agadir, Essaouira, Safi, Casablanca, Rabat, Tanger, etc.), à l'est les montagnes du Moyen-Atlas et du Haut-Atlas, ainsi que au sud-ouest les terres sahariennes (voir la carte détaillée).

Le Maroc a été nommé par les géographes arabes al-maghreb al-aqsâ, c'est-à-dire «le pays de l'extrême couchant», puis Al Mamlakah al Maghribiyah («royaume du Maroc»). Le Maroc est doté d'une monarchie, mais ce n'est pas une monarchie parlementaire ni constitutionnelle; il s'agit plutôt monarchie de type «exécutif», aux pouvoirs très étendus. De plus, le roi actuel, Mohammed VI, possédait une fortune personnelle estimée à 500 millions de dollars au moment de son intronisation, une somme qu'il aurait été multipliée par cinq, ce qui constitue une richesse quelque peu inconvenante quand on sait qu'au Maroc plus de cinq millions de personnes vivent avec moins d’un euro par jour (10 dirhams) et que le pays est classé, selon l'ONU, au 108e rang mondial sur 194 en terme de richesse par habitant. Le Maroc est resté un État autoritaire dans lequel l'autoritarisme royal et la démocratie réelle sont relativement limités. La réforme constitutionnelle de juillet 2011 va peut-être modifier considérablement la donne politique dans ce pays.   

2 Données démolinguistiques

Le pays comptait 34,8 millions d'habitants en 2016. Des trois principaux pays du Maghreb, le Maroc est celui qui présente la situation linguistique la plus complexe: l'arabe classique et l'arabe moderne pour les plus instruits, l'arabe dialectal ou arabe marocain pour quasiment toute la population, le berbère, appelé amazigh (le rifain dans le Rif, le tamazight dans le Moyen-Atlas, le tachelhit dans le Souss), pour environ 40 % des Marocains, le français pour ceux qui fréquentent les écoles, l'espagnol pour une faible partie de la population du Nord, et l'anglais qui tend à s'imposer en tant que véhicule de la modernité. La Constitution du Maroc ne fait aucune mention de ces langues, sauf pour l'arabe (dans le Préambule). Dans le cadre cet article, le terme «arabe» employé seul renvoie toujours à l'arabe classique ou standard. L'expression «arabe dialectal» désigne toujours l'arabe marocain.

La répartition de cette population est très inégale au Maroc: 90 % des habitants vivent dans le nord du pays. La capitale, Rabat (1,7 million d'habitants en 2007), se classe derrière l'agglomération de Casablanca (3,2 millions d'habitants), mais devant Fès (1,0 million), Marrakech (872 000 habitants), Agadir (739 000 habitants), Tanger (727 000 habitants), Meknès (565 000 habitants) et Tétouan (337 000 habitants). Les musulmans (98,7 %), principalement sunnites, constituent la quasi-totalité de la population.

2.1 L'arabe

La langue arabe s'est introduite au Maroc au VIIe siècle, notamment dans la partie nord-ouest du pays. L'arabe s'est implanté encore davantage auprès des populations berbères à la suite de la fondation de la ville de Fès par Idris II en 808. À partir du 1118, le Maroc vit arriver un flux massif de tribus hilaliennes qui arabisèrent profondément la population locale. Puis, suite à la Reconquista espagnole du XVe siècle, le pays reçut des centaines de milliers d'Andalous arabophones qui s'installèrent dans des centres urbains comme Rabat, Fès, Salé et Tétouan.  C'est alors que le processus d'arabisation s'amplifia et atteignit tout le nord du pays.

On estime que 65 % de la population actuelle du Maroc parle l'arabe comme langue maternelle. Mais le Maroc, à l'instar des autres pays arabophones, compte trois types d'arabe: l'arabe dialectal, l'arabe classique et l'arabe moderne standard. 

- L'arabe marocain

L'arabe dialectal (ou arabe marocain) reste la langue maternelle de tous les Marocains arabophones, soit 60 % de la population. Cette langue est appelée au Maroc Addarij ou darija, c'est-à-dire «langue courante». Elle sert généralement d'outil de communication entre les locuteurs arabophones et berbérophones. Bien qu'il soit socialement dévalorisé, l'arabe dialectal constitue la langue la plus employée dans tout le Maroc.

Comme pour presque toutes les variétés d'arabe dialectal, l'arabe marocain connaît plusieurs formes régionales. Certains linguistes distinguent ainsi les dialectes urbains aux dialectes ruraux (ou bédouins), les dialectes orientaux (Tanger, Tétouan, etc.) aux dialectes du Gharb (Casablanca, Kénitra, etc.), les particularismes de type rbati (Rabat), fassi (Fès), marrakchi (Marrakech), etc. D'autres différencient cinq catégories:

1) les dialectes urbains employés dans les anciennes cités impériales  — Fès, Marrakech, Rabat, Meknès — démontrant des similarités avec l'arabe andalou;
2) les dialectes des montagnes du Nord-Ouest ;
3) les dialectes bédouins de l'Ouest;
4) les dialectes bédouins de l'Est;
5) les dialectes sahariens ou hassanya. 

Le fait qu'il existe des volumes pour apprendre l'arabe marocain (L'arabe marocain de poche) témoigne de la vitalité de cette variété d'arabe. De cette façon, chaque variété ou sous-variété de l'arabe marocain est identifié avec une ville ou une région. Mais ces variantes n’altèrent pas pour autant la compréhension langagière entre les différentes régions. Il existe aussi des groupes qui proposent des cours de "Speak Moroccan": on y offre des expressions utiles utilisables dans la vie de tous les jours, ainsi que des cours simples de grammaire. C'est utile lorsqu'on planifie un voyage touristique ou un voyage d’affaires au Maroc, ou qu'on veuille simplement impressionner ses amis marocains.

L'arabe marocain et le berbère, et leurs variétés, demeurent les langues maternelles de la quasi-totalité des Marocains. L'arabe marocain (ou une variété de berbère) demeure la première langue que tout Marocain apprend dans sa famille et dans la vie quotidienne du quartier. Outre sa présence dans le milieu familial et le quartier, cet arabe est utilisé dans la littérature populaire, les pièces de théâtre, la radio et lors de certains débats parlementaires. À l'école, l'emploi de l'arabe marocain est courant en dehors de la classe (cour, bureaux, réunions, etc.), dans la cour), mais la plupart des enseignants utilisent cette variété dans les classes, même si les directives du ministère de l'Éducation interdisent cette pratique.

Dans ses pratiques quotidiennes, l’arabe marocain est non seulement imprégné de l’arabe moderne, mais a emprunté aussi de très nombreux termes français et berbères (amazigh). Il s’agit donc d'un métissage entre l’arabe standard, le français et l'amazigh, ce qui n'altère nullement les valeurs culturelles et spirituelles des locuteurs marocains, car son usage s'étend à toute la nation, même parmi les Berbères. L'arabe marocain, y compris ses variétés locales, constitue en quelque sorte une langue nationale illégale, qui n'est pas reconnue par la loi, mais utilisé de facto par toute la population arabophone.

En plus de l'arabe marocain, il se parle dans le pays d'autres variétés d'arabe: l'arabe libanais, l'arabe algérien, l'arabe tunisien, l'arabe saharien, l'arabe hassanya, etc.  

- L'arabe classique

Quant à l'arabe classique ou littéraire, il n'est la langue maternelle d'aucun Marocain et il n'est pas utilisé comme véhicule spontané de communication, pas plus au Maroc que dans tout autre pays arabe. L'arabe classique demeure pour tout arabophone la langue de la prédication islamique et de l'enseignement religieux (la langue du Coran), puis celle de la langue écrite en concurrence surtout avec le français. Mais c'est également la référence et l'outil symbolique de l'identité arabo-musulmane, une langue supranationale réservée à des usages formels et limités à certaines situations particulières. Aux yeux des nationalistes, l'arabe classique représente le moyen de lutte contre l'oppression linguistique exercée par l'Occident à travers ses langues, que ce soit le français, l'espagnol ou l'anglais. Enfin, l'arabe classique demeure «la» langue officielle de l'État, d'après l'article 5 de la Constitution de 2011.

- L'arabe moderne standard

L’arabe moderne standard, ou simplement «arabe standard», correspond à la variante moderne de la langue arabe, soit celle qui est enseignée dans les écoles, par opposition à l'arabe classique ancien associé à l'arabe du Coran.  Au Maroc, comme dans d'autres pays arabophones, l'arabe moderne standard sert de véhicule dans l'enseignement à tous les les niveaux, sauf dans l'enseignement supérieur scientifique. L'arabe moderne standard est également la langue des productions littéraires, de la presse écrite, de la presse électronique, et de toute sorte de brochures et de documents administratifs et judiciaires. Surtout, c'est la langue qui est utilisée dans les manifestations officielles et institutionnelles, notamment au Parlement. Au niveau supranational, l'arabe moderne standard est la langue de communication par excellence dans le monde arabe, à la fois à l'écrit et à l'orale. Pour cette raison, c'est une variété de référence pour toute la communauté arabe, parce que, à travers elle, sont véhiculées la culture arabe en général et une partie de la culture marocaine en particulier.

L'arabe marocain, présent partout dans la vie quotidienne, n'a aucun statut constitutionnel, mais l'arabe classique, totalement absent de la vie quotidienne, est la langue officielle du pays, celle dont le statut est reconnu dans la la Constitution de 2011.  Dans les faits, c'est l'arabe moderne standard qui sert de langue officielle, l'arabe classique n'étant qu'un symbole. Qu'il soit dialectal, classique ou moderne, l'arabe fait partie de la famille des langues chamito-sémitiques (ou afro-asiatiques).

2.2 Le berbère (amazigh)

Si les arabophones parlent diverses variétés dialectales, les berbérophones utilisent également une grande variété de dialectes et de parlers régionaux. Il ne faut pas oublier que les berbérophones sont présents dans une dizaine de pays couvrant près de cinq millions de kilomètres carrés et compte près de 20 millions de locuteurs (voir la carte linguistique berbérophone).

Au Maroc, les berbérophones comptent pour au moins 40 % de la population et constituent le minorité linguistique la plus importante du pays. Dans certaines zones rurales, cette proportion se situerait entre 80 % et 100 %. Parmi les berbérophones, plus d’un tiers ne maîtriserait pas l’arabe standard. Les Berbères parlent principalement trois grandes variétés : le tachelhit (2,3 millions), le tamazight (1,9 million), le tarifit (1,5 million) ou le ghomara (50 000), mais il existe beaucoup d'autres variétés ne comptant qu'un nombre restreint de locuteurs. De façon habituelle, on distingue les variétés suivantes:

- le rifain (ou zenatiya ou tarifit), parlé dans le Rif, au nord-est;
- le tamazight (ou braber) parlé dans le Moyen-Atlas, une partie du Haut-Atlas et plusieurs vallées; il dispose d’un alphabet, le tifinagh (prononcé [tifinar],  également utilisé par les Touaregs;
- le tachelhit pratiqué par les Chleuhs du Haut-Atlas, du Souss et du littoral du sud du Maroc.

Au Maroc, la langue berbère est appelée amazigh dans la mesure où l'on parle du «berbère standardisé». En ce cas, on ne fait plus la distinction entre le rifain, le tamazight ou le tachelhit. En français, le mot berbère est dérivé du grec barbaroi et retenu par les Romains dans barbarus, puis récupéré par les Arabes en barbar et enfin par les Français avec berbère, puis par les Espagnols avec beréber, par les Catalans avec berber et par les Italiens avec berbero. Étymologiquement, ce terme désigne avant tout les «gens dont on ne comprend pas la langue», c'est-à-dire les étrangers considérés comme des «barbares». Autrement dit, le mot berbère avait une signification bien négative, puis par extension le mot a même signifié «sauvage» ou «non civilisé». Avec le temps, le mot berbère a fini par perdre son sens péjoratif pour désigner les Amazighes. Pour les linguistes francophones, le mot berbère renvoie à un groupe linguistique parmi les langues chamito-sémitiques. Quant aux Berbères, ils préfèrent se désigner eux-mêmes par le terme amazigh, ce qui signifie «homme noble» ou «homme libre». La terminologie officielle du gouvernement marocain utilise aussi le terme amazighe (ou amazigh). Bref, l'appellation «berbère» n'appartient ni à la population concernée ni à sa langue, car ce terme a été apporté de l'extérieur. Dans les faits, les mots «Berbère» et «Amazighe» sont synonymes.

Il est possible également de consulter une carte linguistique plus grande des langues berbères au Maroc, en cliquant ICI, s.v.p.  Cependant, il convient de préciser que la berbérophonie au Maroc, contrairement à celle de l'Algérie, n'est pas aussi clairement territorialisée que cette carte le laisse supposer. En réalité, il existe des arabophones partout au Maroc, y compris dans les aires berbérophones, notamment tout autour de ces zones où les langues sont davantage mélangées. Par ailleurs, dans toutes les grandes villes du pays, on compte de très nombreux berbérophones, que ce soit Rabat, Tanger, Casablanca, Marrakech, Fès, Essaouira, etc. Autrement dit, cette carte illustre davantage l'aire historique des parlers berbères que la réalité actuelle qui est devenue plus complexe avec le temps. Il faut aussi considérer que l'emploi des langues berbères tend à diminuer dans les grandes villes au profit de l'arabe marocain. Dans les zones rurales, les variétés berbères sont exclusivement utilisées par les berbérophones, y compris au sein de l'Administration, dans la mesure où les employés sont berbérophones. Quoi qu'il en soit, l'emploi de l'amazigh est exclusivement oral, jamais écrit.  Tous les Marocains écrivent soit en arabe classique soit en français. On n’écrit pas en arabe dialectal ni généralement en berbère qui possède néanmoins une écriture: l'alphabet tifinagh. Au point de vue linguistique, l'arabe et l'amazigh, ainsi que leurs variétés, sont des langues chamito-sémitiques (ou afro-asiatiques).

Depuis la Constitution de 2011, l'amazigh est aussi «une» langue officielle avec l'arabe (art. 5), mais ce statut n'est pas tout à fait équivalent. En effet, il faut attendre l'adoption d'une loi organique qui devrait définir les modalités et le processus de la mise en œuvre de l’officialisation de la langue amazighe, ainsi que son intégration dans l’enseignement, dans les médias et dans l'administration de l'État.

2.3 Le français

Depuis la signature du traité de Fès, le 30 mars 1912 jusqu'à la proclamation de l'indépendance le 2 mars 1956, le français était la langue officielle du régime du protectorat et de ses institutions. Même après cette date, le français a conservé un rôle privilégié en tant que première langue étrangère langue seconde généralisée du Maroc. Les dirigeants marocains ont pourtant entamé une ambitieuse politique d'arabisation qui s'est poursuivie avec effort jusque vers 1976, avant de connaître un certain essoufflement. Aujourd’hui, un certain pragmatisme semble avoir pris la relève, qui a fait place à la «cohabitation linguistique». Le Maroc compte encore quelque 80 000 Français et 20 000 Espagnols. Il y a aussi un certain nombre de Marocains qui ont perdu leur langue arabe marocaine: ce sont ceux qui ont émigré en France et qui sont revenus après plusieurs années.

- Une langue sans statut officiel

Le français n'a aucun statut officiel de droit au Maroc, puisque la Constitution déclare dans son préambule que l'arabe est la langue officielle du Maroc. Mais le français est la seule langue au Maroc, qui puisse prétendre d'être à la fois lue, écrite et parlée, tout en étant la langue de toutes les promotions sociales et économiques. La langue française a gardé des positions importantes dans l'éducation, les tribunaux, la politique, l'Administration et les médias, ce qui est beaucoup, il va sans dire, car il faut mentionner aussi la visibilité de cette langue dans l'espace et l'environnement graphique marocain. Le français a donc acquis un statut de fait (de facto) au Maroc. Il ne faut pas oublier que la France est demeurée le principal partenaire économique du Maroc, voire le premier client, le premier investisseur, et le premier formateur de cadres marocains à l'étranger. De son côté, le Maroc participe aux Sommets de la Francophonie et adhère à l'Agence universitaire francophone (AUF), à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), ainsi qu'à divers autres organismes internationaux francophones.  

Cela étant dit, le français n'est pas connu par tous les Marocains. Pour parler et lire le français, il faut avoir fréquenté l'école jusqu'à la fin du secondaire. Comme près de 50 % des enfants marocains ne terminent pas leur secondaire, il arrive qu'ils oublient ensuite le peu de français qu'ils ont appris. Bref, le français est connu et utilisé par tous ceux qui ont fait des études universitaires, qui tiennent des commerces importants, qui font des affaires, qui jouent un rôle primordial dans la vie culturelle de la nation ou qui sont en contact régulier avec les touristes.

- Le français «rudimentaire»

Il existe au Maroc un français «rudimentaire» qui a une fonction essentiellement pratique et limitée. Il sert d'instrument de communication pour les Marocains peu alphabétisés, sinon pas du tout, qui sont en contact avec une population francophone vivant au Maroc ou le visitant en tant que touriste. C'est le cas en général des employés de maison ou des domestiques, des jardiniers, des gardiens de piscine, des laquais dans les hôtels, des guides touristiques de fortune, des agents de service des diverses sociétés privées franco-marocaines, des vendeurs itinérants, des femmes de chambre, etc. Ce type de français rudimentaire est caractérisé par un vocabulaire très limité, une syntaxe simplifiée et une phonétique influencée par l'arabe dialectal. C'est un français strictement utilitaire qui ne peut soutenir une conversation élaborée.  

Beaucoup de Marocains peu instruits ne parlent donc que l'arabe dialectal. Dans les zones rurales, il est fréquent d'aborder des Marocains qui n'ont aucune connaissance du français ni de l'arabe classique, et qui ne parlent que l'arabe marocain. Quant aux Berbères, il est plus rare qu'ils ne parlent que leur variété dialectale. Ils parlent en général au moins l'arabe marocain comme langue seconde. Le bilinguisme arabo-amazighe est propre au seuls amazighophones (ou berbérophones); il est rare qu'un arabophone tentera d'apprendre l’amazigh parce qu’il n'en voit pas la nécessité. Un Marocain instruit parle généralement l'arabe marocain, l'arabe standard, le français et, parfois, l'anglais et l'espagnol. Dans les hôtels, le personnel en contact directement avec le public peut être polyglotte et s'exprimer en arabe marocain, en arabe standard, en français, en anglais, en espagnol et parfois en allemand.

2.4 L'espagnol et l'anglais

L'espagnol est présent sur le territoire marocain depuis la chute de Grenade en 1492 et ensuite l'arrivée des Maures et des Juifs chassés d'Espagne. Cette langue est devenue plus «populaire» à la suite de la colonisation espagnole à la fin du XIXe siècle, surtout dans le Sahara occidental.  La conférence d'Algésiras (1906), qui entérinait l'intervention des puissances occidentales au Maroc, reconnut à l'Espagne et à la France des droits particuliers. En dépit de l'opposition de l'Allemagne, le traité de protectorat, finalement imposé au sultan du Maroc, fut signé à Fès le 30 mars 1912. Mais, en novembre 1912, la convention de Madrid plaçait le nord du pays (Sahara occidental) sous protectorat espagnol.

Après l'indépendance du Maroc en 1956, la récupération du Rif au nord, d'Ifni et du Sahara occidental en 1975, l'espagnol perdit beaucoup de sa vitalité. Aujourd'hui, l'espagnol n'a gardé qu'une faible position dans des centres comme Tanger, Tétouan, Nador. Par contre, le Sud demeure encore très influencé par l'espagnol qui est enseigné au secondaire et à l'université en tant que langue étrangère. Dans de nombreux cas, l'espagnol prévaut sur le français dans le Sud. La présence de nombreux médias espagnols, sans compter  les milliers d'Espagnols qui, pour des raisons liées au commerce ou de travail, doivent voyager dans ces régions ou qui résident à Ceuta ou à Melilla. D'autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la proximité avec le territoire espagnol et la très importante quantité de touristes espagnols qui choisissent le Maroc pour y passer leurs vacances ou simplement comme un pays à visiter, ce  qui encourage les Marocains à apprendre l'espagnol.

Pour ce qui est de la langue anglaise, il faut reconnaître que sa position reste encore faible sur le «marché linguistique» marocain, mais sa force augmente lentement et sûrement en raison de son statut au plan international. L'intelligentsia marocaine, formée à l'école anglo-américaine, estime que le français n'a pas le monopole de la modernité. L'anglais pénètre dans des champs traditionnellement tenus par le français, comme l'éducation, la recherche et les médias. Certains croient qu'il faudrait que le Maroc passe de la francophonie à la francophilie et à l'anglophonie, mais c'est sans compter sur la force d'inertie, et les ressources limitées en matière d'éducation (en personnel et en financement).    

On peut dire que le Maroc est un pays multilingue, avec trois variétés d'arabe (dialectal, classique et standard), trois variétés de berbère (tachelhit, tamazight et tarifit), le français et, jusqu'à un certain point, l'espagnol.

Dernière mise à jour: 27 avr. 2017
 
- Maroc -
(1) Données démolinguistiques
(2) Données historiques et conséquences linguistiques

 
(3) La politique d'arabisation

(4)
Les droits linguistiques des berbérophones
 
  (5) Bibliographie

Afrique

Accueil: aménagement linguistique dans le monde