République de Singapour
Singapour

Republic of Singapore (anglais)
Republik Singapura (malais)
Cingkappūrā Kudiyaracu (tamoul) சிங்கப்பூர்
Xīnjīapō Gònghégúo (chinois)
新加坡共和国

Capitale: Singapour
Population: 4,6 millions (2003) 
Langues officielles: malais, chinois, tamoul et anglais (État officiellement quadrilingue)
Groupe majoritaire: aucun (langue)
Groupes minoritaires: min nan (39,5 %), malais (11,5 %), cantonais (8,9 ), anglais (7,3 %), mandarin (4,6 %), hakka (4,5 %), tamoul (3,4 %), filipino (1,6 %), thaï (0,9 %), javanais, japonais, pu-xian, madura, malayalam, penjabi, créole portugais de Malacca, cinghalais, min bei, baba malais, kannada, bouguinais, palembang, hindi, sindhi, coréen, arabe, min dong, gujarati, bengali, allemand, batak toba, orang seletar, télougou, arménien, etc.
Langue coloniale: anglais
Système politique: république parlementaire autoritaire
Articles constitutionnels (langue): art. 44, 53, 123, 127, 150, 152, 153 et 153A de la Constitution du 9 août 1965 (modifiée en 1995)
Lois avec des dispositions linguistiques: 
Loi sur les sociétés (1961) ; Loi sur l'indépendance de la république de Singapour (1965) ; Loi sur l'administration du droit musulman (1968) ; Code de procédure criminelle (1985) ; Loi sur le contrôle des prix (1985) ; Loi sur les prêteurs sur gages (1994) ; Loi sur les valeurs mobilières et les contrats (2003) ; Loi sur les fiducies commerciales (2004) ; Loi sur les brevets d'invention (2004) ; Loi sur le contrôle des pourriels (2007) ; Loi sur les banques (2008) ; Loi sur les prêteurs (2008).

1 Situation géographique

Singapour (officiellement: république de Singapour) est un petit État du Sud-Est asiatique de 693 km² situé à l’extrémité sud de la péninsule de Malacca en Malaisie. Cette île minuscule de 40 km sur 60 est tout simplement l'un des plus petits pays au monde, près de quarante-cinq fois plus petit que la Belgique (32 545 km²). À titre de comparaison, l'île de Montréal (au Québec, Canada) s'étend sur 500 km², ce qui est légèrement moins grand. Singapour est une cité-État.

C’est un archipel formé d’une île principale (île de Singapour) et de près d'une soixantaine d'îlots (voir la carte détaillée). L'île de Singapour est séparée de la Malaisie, au nord, par le détroit de Johor. Au sud, elle est séparée de l'archipel de Riau (Indonésie) par le détroit de Singapour, une importante voie navigable qui relie l'océan Indien, à l'ouest, à la mer de Chine méridionale, à l'est.

La municipalité de Singapour elle-même se trouve à l'extrémité sud-est de l'île; c'est l'une des villes portuaires et l'un des centres commerciaux les plus importants de toute l'Asie du Sud-Est. Singapour est un ancien archipel britannique (1819), qui fit partie de l’un des 14 États de la fédération de Malaisie en 1963, mais la cité-État dut quitter la fédération en 1965 pour devenir une république indépendante.

2 Données démolinguistiques

Ce petit pays dont la population est très concentrée comptait 4,6 millions d’habitants en 2003, et renferme une grande nombre d'ethnies et de langues. De tous les groupes ethniques, les Chinois constituent l'ethnie la plus importante, même si l'on distingue divers groupes de Chinois (les Min nan ou Taiwanais, les Mandarins, les Hakka, les Cantonais, les Pu-Xian, les Min bei, les Baba, les Hui, etc.): 59,3 % de la population. Ensuite, ce sont les Malais avec 11,5 %, les Indiens (Tamouls, Anglo-Indiens, Malayali, Punjabi, Cinghalais, Kanarais, Sinds, etc.) avec 6 %, les Occidentaux (Australiens, Britanniques, Américains, Néo-Zélandais, Allemands) avec 6 %. Il y a aussi de nombreux autres étrangers tels que les Japonais, les Philippins, les Thaïs, les Siamois et un grand nombre d'autres petites communautés.

On peut résumer la situation la situation ethnique de la façon suivante: il y a les Chinois, les Malais, les Indiens et les étrangers. Les Chinois ne sont pas des Singapouriens d'origine; ils ont fui le sud de la Chine pour immigrer à Singapour avant ou immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Historiquement parlant, les Malais sont les «vrais» Singapouriens, car ils font partie d'une grande ère linguistique réunissant Singapour, la Malaisie et l'Indonésie; ils ont été minorisés sur leur territoire, mais ils ont bénéficié de l'apport des Indonésiens très proches parents des malais. Les Indiens sont en principe le troisième groupe ethnique majeur, et ils sont à majorité. Pour simplifier, on peut dire que tous les autres sont des étrangers, dont une grande partie de ceux qui parlent anglais. N'oublions pas que les Chinois, les Malais, les Indiens et les autres ne partagent ni les mêmes valeurs, ni les mêmes coutumes, ni les mêmes langues, ni les même religions.

Groupe ethnique Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Chinois min nan (Taiwanais) min nan langue sino-tibétaine  1 034 300 23,6 %
Chinois teochew min nan langue sino-tibétaine 532 450 12,1 %
Malais malais langue austronésienne 459 340 10,5 %
Chinois cantonais  cantonais langue sino-tibétaine 389 370 8,9 %
Anglo-Australiens anglais langue germanique 230 180 5,2 %
Chinois mandarins chinois mandarin langue sino-tibétaine 202 800 4,6 %
Chinois hakka hakka langue sino-tibétaine 197 730 4,5 %
Chinois de Hainan  min nan langue sino-tibétaine  169 030 3,8 %
Tamouls tamoul  langue dravidienne 152 100 3,4 %
Philippins filipino (tagalog) langue austronésienne 70 980 1,6 %
Anglo-Indiens anglais langue germanique 50 600 1,1 %
Métis (Eurasiens) anglais langue germanique 42 590 0,9 %
Siamois (Thaïs) thaï famille thaï-kadai 40 560 0,9 %
Créoles bazaar  malais langue austronésienne 35 666 0,8 %
Indonésiens malais indonésien langue austronésienne 35 660 0,8 %
Javanais javanais  langue austronésienne  35 490 0,8 %
Japonais japonais famille japonaise 25 537 0,5 %
Chinois de Pu-Xian pu-xian langue sino-tibétaine 23 320 0,5 %
Madourais madura langue austronésienne 19 937 0,4 %
Anglo-Indonésiens anglais langue germanique 18 050 0,4 %
Britanniques anglais langue germanique 17 833 0,4 %
Malayali malayalam langue dravidienne 16 977 0,3 %
Punjabi penjabi  langue indo-iranienne 16 406 0,3 %
Créoles de Malacca créole portugais de Malacca créole (portugais) 16 050 0,3 %
Cinghalais cinghalais langue indo-iranienne 15 336 0,3 %
Chinois min bei  min bei langue sino-tibétaine 15 210 0,3 %
Chinois malais baba  baba malais créole (malais)  15 210 0,3 %
Kanarais kannada  langue dravidienne 14 266 0,3 %
Hui (Dounganes) chinois mandarin langue sino-tibétaine 13 803 0,3 %
Bouguinais bouguinais langue austronésienne 10 700 0,2 %
Palembangais palembang langue austronésienne 10 700 0,2 %
Malais de Riau malais langue austronésienne 10 700 0,2 %
Indiens (Hindis) hindi langue indo-iranienne 8 596 0,2 %
Sinds sindhi  langue indo-iranienne 7 610 0,1 %
Coréens coréen famille coréenne 7 240 0,1 %
Arabes arabe langue chamito-sémitique 7 133 0,1 %
Américains anglais langue germanique 5 350 0,1 %
Chinois min dong min dong langue sino-tibétaine 4 640 0,1 %
Goujarates gujarati langue indo-iranienne 2 247 0,0 %
Bengalis bengali langue indo-iranienne 1 819 0,0 %
Anglo-Néo-Zélandais anglais langue germanique 1 783 0,0 %
Allemands allemand langue germanique 1 070 0,0 %
Bataks batak toba langue austronésienne 713 0,0 %
Juifs anglais langue germanique 713 0,0 %
Orang seletar orang seletar langue austronésienne 785 0,0 %
Télougous télougou  langue dravidienne 535 0,0 %
Arméniens arménien isolat indo-européen 357 0,0 %
Autres (non classés)    ---- ---- 385 290 8,8 %
Total = 4 374 762 habitants (2004)  

2.1 La multiplicité des langues

C'est encore plus compliqué pour les langues. Aucune langue n'est majoritaire, la langue la plus parlée rassemble les locuteurs du min nan (ou chinois taiwanais), c'est-à-dire 39,5 % de la population totale. Le malais est la langue qui suit avec 11,5 % des locuteurs, puis le cantonais (8,9 ), l'anglais (7,3 %), le mandarin (4,6 %), le hakka (4,5 %), le tamoul (3,4 %), le filipino (1,6 %), le thaï (0,9 %). Ajoutons d'autres langues très minoritaires telles que le javanais, le japonais, le pu-xian, le madura, le malayalam, le penjabi, le créole portugais de Malacca, le cinghalais, le min bei, le baba malais, le kannada, le bouguinais, le palembang, l'hindi, le sindhi, le coréen, l'arabe, le min dong, le gujarati, le bengali, l'allemand, le batak toba, l'orang seletar, le télougou, l'arménien, etc. Bref, Singapour compte donc des langues austronésiennes comme le malais (groupe malayo-polynésien occidental), sino-tibétaines comme les langues chinoises, indo-iraniennes comme l'hindi et le panjabi, dravidiennes comme le tamoul, le télougou et le malayalam, sans oublier les langues germaniques comme l'anglais et l'allemand, une langue thaï-kadai (thaï), japonaise (japonais), coréenne (coréen), chamito-sémitique (arabe), etc.

2.2 Les quatre langues officielles

Comment font tous ces gens pour se comprendre? Ils ont recours à l'une ou l'autre des quatre langues officielles du pays: le chinois mandarin est la langue véhiculaire pour tous les sinophones, le malais pour tous les Malais, Indonésiens et Philippins, le tamoul pour environ 60 % des Indo-Pakistanais, l'anglais pour tous les autres. L'ennui, c'est que les langues officielles sont surtout parlées comme langues secondes, beaucoup moins souvent comme langue maternelle: malais (11,5 %), anglais (7,3 %), mandarin (4,6 %), tamoul (3,4 %). Autrement dit, ces quatre langues comptent pour 26,8 % des langues maternelles du pays, mais permettent la communication avec la quasi-totalité des groupes ethniques, l'anglais ayant une longueur d'avance sur les autres langues. D'ailleurs, entre deux recensements, force est de constater la tendance des foyers à utiliser de plus en plus l'anglais à la maison, surtout de la part des Chinois. Bien que le malais soit considéré symboliquement comme la «langue nationale» de Singapour (et utilisé pour l'hymne national), les autorités au pouvoir ont toujours préféré promouvoir l'usage de l'anglais.

2.3 L'anglais

La langue anglaise est une langue incontournable à Singapour. C'est la langue des transactions commerciales et la langue véhiculaire entre les ethnies de la cité-État. Toutefois, l'anglais généralement parlé comme langue véhiculaire à Singapour n'est pas l'«anglais colonial» (britannique), mais l’«anglais de Singapour», également appelé le singlish (contraction de Singapore et d'English). C'est un anglais légèrement différent de l'anglais standard. Il est est issu du mélange des populations: il a subi notamment l'influence des tons du hakka et du min, développé une grammaire et une syntaxe simplifiée, et emprunté des mots au chinois, au malais et à d'autres langues parlées dans l'île. C'est l'importante minorité chinoise qui explique cette influence linguistique dans l'anglais. De plus, l'anglais parlé par les Chinois peut différer de l'anglais parlé par les Malais et celui parlé par les Indiens. Il semble que le développement du singlish ait été favorisé par deux facteurs: le fait que le gouvernement ait voulu se distancier de la Grande-Bretagne en construisant une nation indépendante et le fait qu'il a désiré promouvoir le commerce avec la Chine. On estime qu'environ 15 % des anglophones de Singapour utilisent l'anglais standard dans leurs communications quotidiennes.

L'emploi du singlish fait maintenant peur au gouvernement singapourien qui croit que cet anglais peu prestigieux fasse du tort à l'économie de l'île. C'est pourquoi le gouvernement fait régulièrement des campagnes d'information dont il a le secret avec des messages du genre «Parlez l'anglais correctement», de façon à minimiser l'importance grandissante du singlish. On le fait aussi avec le chinois mandarin: «Parlez moins les dialectes et davantage le mandarin.» Le qualificatif «dialecte» sert à décrire le min, le hakka, le cantonais et autres langues chinoises à l'exception du mandarin. En août 1999, le premier ministre Goh de Singapour a pris plusieurs minutes de son discours lors de la fête nationale soutenant que, si les Singapouriens veulent être compris par le monde extérieur, ils doivent remplacer le singlish par l'anglais standard. Le problème, c'est que le besoin des gens d'exprimer leur identité linguistique locale est trop bien enraciné pour penser à faire disparaître cette variété d'anglais.

2.4 Le cas du malais

Il convient d'ajouter quelques mots sur le malais, l'une des quatre langues officielles de Singapour. C'est que c'est aussi la langue officielle de trois États voisins: le Brunei, l'Indonésie et la Malaisie. Singapour fait également partie de cet ensemble linguistique malais. Cependant, le malais parlé en Malaisie (Singapour et Brunei) et en Indonésie est légèrement différent, surtout dans le lexique. On distingue le Bahasa Malaysia et le Bahasa Indonesia; le mot bahasa provient du sanskrit et signifie «langue».

Écriture malaise

Semua manusia dilahirkan bebas dan samarata dari segi kemuliaan dan hak-hak. Mereka mempunyai pemikiran dan perasaan hati dan hendaklah bertindak di antara satu sama lain dengan semangat persaudaraan.

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Ce sont des raisons historiques qui expliquent ces différences entre les deux variétés de malais: l'Indonésie a été colonisée par les Hollandais; la Malaisie, par les Britanniques. Alors que le malais indonésien a été influencé par la néerlandais, le malais de Malaisie l'a été par l'anglais.

Le malais a traditionnellement été écrit avec l'alphabet arabe, mais l'écriture a été latinisée dans les années soixante-dix. Il a fallu aussi développer une norme commune aux deux grandes variétés de malais. La norme linguistique officielle, définie par le Dewan Bahasa dan Pustaka (ou Conseil de la langue et de l'écriture), a été acceptée par l'Indonésie, la Malaisie et le Brunei; il s'agit de la variété dite Bahasa Riau, c'est-à-dire la langue de l'archipel de Riau (face à Singapour), celui-ci étant considéré comme «le berceau du malais». Malgré les divergences, l'intercompréhension demeure aisée entre les variétés de malais (à l'exemple de l'anglo-américain et l'anglo-britannique).

Dans le tableau qui suit, on peut comparer quelques mots en Bahasa Nalaysia (malais malaisien) et en Bahasa Indonesia (malais indonésien) de façon à évaluer quelque peu l'influence soit de l'anglais (Bahasa Malaysia) et du néerlandais (Bahasa Indonesia), dans la mesure où des mots ont été empruntés à l'une ou l'autre de ces langues (E):

Français Bahasa malaysia Anglais Bahasa indonesia Néerlandais
Mars Mac (E) March Maret (E) Maart
Août Ogos (E) August Agustus (E) Augustus
Défi cabaran Challenge tantangan Uitdaging
Parler bercakap To speak berbicara Spreken
Boutique kedai Shop toko Winkel
ticket - billet tiket (E) Ticket karcis (E) Kaartje
Pharmacie farmasi (E) Pharmacy apotik (E) Apotheek
Lundi Isnin Monday Senin Maandag
Restaurant restoran (E) Restaurant rumah makan (salle à manger) Restaurant
Parce que kerana Because karena Omdat
Hôpital hospital (E) Hospital rumah sakit (E) Ziekenhuis (dérivé)
Zoo zoo (E) Zoo kebun binatang (E) Dierentuin (dérivé)
Télévision televisyen (E) Television televisi (E) Televisie
Université universiti (E) University universitas (E) Universiteit
Bureau de poste pejabat pos (E) Post office kantor pos (E) Postkantoor
Voiture kereta Car mobil (E) Auto

On peut constater que certains mots malais ont été empruntés à l'anglais et au néerlandais: Mac/Maret, Ogos/Agustus, tiket/karcis, farmasi/apotik, televisyen/televisi, universiti/universitas. Au cours de l'histoire du malais, les mots d'origine européenne (néerlandais, anglais, portugais et espagnol) et arabe ne représentent qu'environ 5 % du total des mots; ceux d'origine sanskrite, près de 2 %. Tous les autres mots proviennent de diverses souches locales (malaises).

3 Données historiques

Singapour fut d'abord connue d'abord sous le nom de Tumasik, puis au XIVe siècle Singapura signifiant «la ville du lion», date à laquelle elle passa vraisemblablement sous la dépendance du royaume de Melaka (Malacca), puis du sultanat de Johor-Riau.

3.1 La colonisation européenne

La ville moderne de Singapour fut fondée en 1819 sur le site d'un village de pêcheurs par l'administrateur colonial sir Thomas Stamford Raffles, qui cherchait pour le compte de la Compagnie des Indes orientales un site commercial favorable. En 1826, Singapour fut incorporée à la colonie des Établissements des détroits. Sa situation avantageuse de débouché entre l'océan Indien et la mer de Chine méridionale, ainsi que son statut de port franc firent sa fortune, surtout après l'ouverture du canal de Suez, en 1869.

La population s'accrut grâce à une émigration encouragée par les Britanniques, les Chinois originaires du Guangdong et du Fujian devenant majoritaires à Singapour par rapport aux Malais et aux Indiens tamouls. Quelque 227 000 Chinois y débarquèrent en 1907, puis 270 000 autres en 1911. En 1921, la Grande-Bretagne fit de l'île sa principale base navale en Asie du Sud-Est, mais les Japonais s'en emparèrent au cours de la Seconde Guerre mondiale (février 1942), ce qui entraîna la perte de quelque 10 000 civils. Les troupes britanniques libérèrent la ville le 6 septembre 1945.  L'année suivante, Singapour fut érigée en colonie de la Couronne distincte de la Malaisie.

3.2 La république

Dans la cadre du processus de décolonisation, Lee Kuan Yew dirigeait le PAP (Parti de l'action du peuple) fondé en 1954 dans le but de se consacrer à l'autonomie de Singapour. En 1955, la responsabilité de la politique intérieure fut transférée aux ministres et à l'Assemblée législative locale. À la suite des élections de 1959, Lee Kuan Yew accéda au poste de premier ministre. Le 3 juin 1959, Singapour devint un État autonome au sein du Commonwealth. Le 16 septembre 1963, Singapour, la Malaisie, le Bornéo du Nord (renommé Sabah) et le Sarawak s'unirent pour former la fédération de Malaisie. Toutefois, la nouvelle fédération se révéla difficile à gérer. Alors que Singapour, une cité-État presque entièrement chinoise, voulait poursuivre une politique d'une stricte neutralité au plan ethnique, la Malaisie dirigée par Abdul Rahman, pour sa part, entendait adopter une politique très ferme de discrimination positive en faveur de la majorité malaise.  Or, les Malais de la Fédération craignaient que, avec Singapour, leur majorité numérique soit plus limitée et puisse porter ombrage à l'élite malaise. Après l'échec de 23 mois d'union politique et le retrait de la Fédération, Lee Kuan Yew se résigna
«à contrecœur» à proclamer l'indépendance de la cité-État de Singapour en 1965 pour devenir une république. Cette indépendance forcée de la cité-État allait marquer à jamais les relations entre la Malaisie et Singapour.

Par la suite, Lee Kuan Yew dirigea son pays d'une main de fer, avec le souci constant de maintenir l'harmonie raciale et d'éviter la répétition des conflits interethniques, comme celui de 1964. Autoritaire, ne tolérant aucune opposition, Lee Kuan Yew fit de ce petit territoire qu'est Singapour un pays prospère. Les régies d'État et les technocrates ont toujours surveillé de près le port, les banques, les télécommunications, l'aéroport de Changi et Singapores Airlines. Totalement urbanisés, les Singapouriens sont hautement scolarisés et jouissent du meilleur revenu moyen par habitant devançant le Japon.

Le premier ministre Lee Kuan Yew démissionna en 1990 et désigna Goh Chok Tong pour lui succéder, tout en conservant un poste de "senior minister" («ministre émérite») dans le gouvernement, ce qui lui permet de rester un «conseiller» très écouté.  En 2004, le fils de Lee Kuan Yew, Lee Hsien Loong, un ancien général de l'armée de Singapour, est devenu premier ministre du pays. Toutefois, malgré la réussite incontestable de la cité-État, les Singapouriens ressentent le besoin d'une certaine libéralisation du régime, afin de laisser place à l'initiative et à la créativité face aux défis du XXIe siècle. C'est que Singapour fait figure de paradoxe en Asie: le pays est devenu l'un des plus prospères de la région, mais en même temps il multiplie les entorses aux droits de l’homme.

4 Un État officiellement quadrilingue

La république de Singapour est le seul État souverain au monde à avoir adopté quatre langues officielles: il s’agit du malais (11,5 %), de l'anglais (7,3 %), du mandarin (4,6 %) et du tamoul (3,4 %).  L'un des rares autres États à être aussi multilingue demeure sans nul doute la province serbe de la Voïvodine avec cinq langues: serbe, hongrois, slovaque, roumain, croate et ruthène.

Le statut de ces quatre langues officielles de Singapour est défini de façon précise dans la Constitution de 1965, qui a été modifiée de nombreuses fois (1985, 1993, 1994, 1995, 1996, 1999, 2001, 2002, 2004, 2007 et 2008).  C'est l'article 153A qui proclame le statut officiel des quatre langues, tout en précisant que le malais constitue «la langue nationale» :

Article 153A

Official languages and national language

1) Malay, Mandarin, Tamil and English shall be the 4 official languages in Singapore.

2) The national language shall be the Malay language and shall be in the Roman script:

Provided that —

(a) no person shall be prohibited or prevented from using or from teaching or learning any other language; and

(b) nothing in this Article shall prejudice the right of the Government to preserve and sustain the use and study of the language of any other community in Singapore.

 

Article 153A

Langues officielles et langue nationale

1) Le malais, le mandarin, le tamoul et l'anglais sont les quatre langues officielles de Singapour.

2) La langue nationale est le malais et elle est en alphabet romain :

Pourvu que :

(a) nul ne soit interdit ou empêché d'employer ou d'apprendre une autre langue; et

(b) rien dans le présent article ne porte atteinte au droit du gouvernement de préserver et de soutenir l'usage et l'étude de la langue de toute autre communauté de Singapour.

Autrement dit, le malais a le double statut de langue officielle et de langue nationale en raison de la proximité de la cité-État avec le monde malais. En effet, Singapour est enclavé complètement par la Malaisie et l'Indonésie, deux pays dont la langue officielle est le malais, soit le «malais malaisien» (Bahasa Malaysia) et le «malais indonésien» (Bahasa Indonesia). Cela étant dit, le fait d'avoir quatre langues officielles ne signifie pas nécessairement que les quatre langues soient à égalité dans les faits. C'est ce qu'il reste à vérifier. 

5 La politique linguistique

La politique linguistique de Singapour en est une de multilinguisme. C'est même cette volonté du multilinguisme qui a causé la rupture de la cité-État au sein de la fédération de Malaisie en 1965. Depuis lors, Singapour est une république autonome. Il n'existe pas de loi linguistique à Singapour, mais plusieurs lois contiennent néanmoins des dispositions linguistiques. Dans les faits, c'est dans la Constitution qu'on trouve les plus importantes mesures concernant les langues en usage dans la cité-État.

5.1 Les langues de la législation

Au Parlement, les langues admises dans les débats sont les quatre langues officielles: l'anglais, le malais, le mandarin et le tamoul. C'est d'ailleurs ce que reconnaît la Constitution:

Section 44

Qualifications for Membership of Parliament

2) A person shall be qualified to be elected or appointed as a Member of Parliament if:

(e) he is able, with a degree of proficiency sufficient to enable him to take an active part in the proceedings of Parliament, to speak and, unless incapacitated by blindness or other physical cause, to read and write at least one of the following languages, that is to say, English, Malay, Mandarin and Tamil;

Section 53

Use of Languages in Parliament

Until the Legislature otherwise provides, all debates and discussions in Parliament shall be conducted in Malay, English, Mandarin, or Tamil.

Article 44

Aptitudes pour devenir membre du Parlement

2) Quiconque est apte à être élu ou désigné comme membre du Parlement si:

e) il est capable, avec un degré de maîtrise suffisante pour lui permettre de prendre part activement aux travaux du Parlement, de parler et, à moins d'être aveugle ou handicapé physiquement, de lire et écrire au moins l'une des langues suivantes, c'est-à-dire l'anglais, le malais, le mandarin et le tamoul;

Article 53

Utilisation des langues au Parlement

Jusqu'à ce que la Législature n'en décide autrement, tous les débats et toutes les discussions au Parlement doivent être menés en malais, en anglais, en mandarin ou en tamoul.

Dans les faits, la langue la plus utilisée par les parlementaires demeure l’anglais, suivie de près par le mandarin, puis plus rarement par le malais et le tamoul. Si l’on accepte les quatre langues dans les débats oraux, seul l’anglais reste la langue de la rédaction et de la promulgation des lois. Le système de traduction simultanée adopté au Parlement ne sert qu’à passer du chinois, du malais ou du tamoul vers l’anglais; il n'y a pas de traduction de l'anglais vers les autres langues. Ce privilège de l’anglais ne découle pas des prescriptions constitutionnelles puisqu’on lit à l’article 53 les dispositions suivantes: «Jusqu'à ce que la Législature en dispose autrement, tous les débats et toutes les discussions du Parlement doivent être menés en malais, en anglais, en mandarin ou en tamoul.» L’État a probablement jugé plus économique et plus efficace de rédiger les lois seulement en anglais, langue comprise par tout le monde, plutôt que d’utiliser simultanément les quatre langues écrites.

5.2 Les tribunaux

Compte tenu des quatre langues officielles, tout citoyen a le droit de demander un procès dans la langue de son choix: anglais, mandarin, malais ou tamoul. Tous les documents dans l’une ou l’autre de ces langues sont permis, mais la cour peut obliger une traduction en anglais. Quant au juge, il rend sa sentence dans la langue dans laquelle est engagé le procès. Lors d’un procès bilingue impliquant une autre langue que l’anglais (p. ex., mandarin-malais), on fera intervenir un juge pouvant s’exprimer dans ces deux langues. Tous les juges sont tenus de connaître l’anglais parce que c’est la langue dans laquelle sont rédigées les lois. Dans les cours d’appel, l’anglais est généralement la seule langue utilisée. L'article 109 du Code de procédure criminelle (version de 1985) énonce que tout témoignage rapporté dans une langue qui n'est pas comprise par l'accusé doit lui être traduit immédiatement dans une langue qu'il comprend:

Section 209

Interpretation of evidence to accused.

1) Whenever any evidence is given in a language not understood by the accused and he is present in person, it shall be interpreted to him forthwith in a language which he understands.

2) When documents are put in for the purpose of formal proof, it shall be in the discretion of the court to interpret as much of them as appears necessary.

Section 218

Judgment to be explained to accused and copy supplied.

The judgment shall be explained to the accused and, on his application, a copy of the judgment or, when he so desires, a translation in his own language, if practicable, shall be given to him without delay.

Article 109

Interprétation du témoignage à l'accusé

1) Chaque fois qu'un témoignage est rapporté dans une langue non comprise par l'accusé et qu'il est présent physiquement, il doit lui être traduit immédiatement dans une langue qu'il comprend.

2) Lorsque des documents sont apportés comme témoignage formel, il relève de la discrétion de la Cour de les traduire si cela semble nécessaire.

Article 218

Explication de la sentence à l'accusé et présentation d'un fac-similé

La sentence doit être expliquée à l'accusé et, à sa demande, il reçoit un fac-similé de la sentence ou, s'il le désire, une traduction dans sa propre langue, si possible, sans délai.

Le juge est tenu de savoir l'anglais, pas nécessairement les trois autres langues officielles, mais en général ils connaissent aussi le malais, la langue nationale, et/ou le chinois, plus rarement le tamoul, il faut l'admettre.

Évidemment, les langues non officielles, incluant les langues chinoises autres le mandarin, ne sont pas admises dans les tribunaux. Voici deux articles tirés de la Loi sur l'administration du droit musulman (1968), qui précisent bien que les tribunaux islamiques sont en malais et en anglais avec l'alphabet jawi ou rumi:

 

Administration of Muslim Law Act, 1968

Section 38

Language and record

1) The languages of the Court shall be the national language and English.

2) All documents and written proceedings may be written or typewritten in the national language (Jawi or Rumi script).

3) The Court shall keep and maintain full and proper records of all proceedings therein and full and proper accounts of all financial transactions of the Court.

Section 21

Minutes

1) The Secretary shall keep minutes of all meetings of the Majlis in the national language and in English.

2) At every meeting, the minutes of the previous meeting shall be read and confirmed, subject to any amendment which may be required.

3) Such minutes shall be entered in the minute book of the Majlis and shall include a full record of every resolution of the Majlis.

4) A copy of the minutes shall be sent to the President of Singapore.

Section 22

Order of business and voting

1) The chairman shall determine the order of business at any meeting.

4) The proceedings of the Majlis shall be conducted in the national language or in English.

Loi sur l'administration du droit musulman (1968)

Article 38

Langue et compte rendu

1) Les langues de la Cour sont la langue nationale et l'anglais.

2) Tous les documents et la procédure écrites peuvent être rédigés ou tapés à la machine dans la langue nationale (alphabet jawi ou rumi).

3) La Cour tient et conserve des rapports complets et appropriés de toute la procédure ainsi que les comptes complets et appropriés de toutes les transactions financières du tribunal.

Article 21

Procès-verbal

1) Le secrétaire tient le procès-verbal de toutes les réunions du Majlis dans la langue nationale et en anglais.

2) À chaque réunion, le procès-verbal de l'assemblée précédente est lu et approuvé, sous réserve d'Une modification qui peut être exigé.

3) Le procès-verbal est inscrit dans dans le registre des délibérations du Majlis et comprend un rapport complet de chaque résolution du Majlis.

4) Une copie du procès-verbal est envoyé au président de Singapour.

Article 22

Ordre de la cause et vote

1) Le président détermine l'ordre de la cause de toute assemblée.

4) La procédure du Majlis doit être rapportée dans la langue nationale ou en anglais.

Rappelons que le jawi est du malais transcrit en alphabet arabe, alors que le rumi est du malais en alphabet latin.

5.3 L’Administration publique

L’Administration publique utilise, en principe, les quatre langues officielles dans ses relations avec les citoyens, mais la tendance est de privilégier l’anglais et le mandarin, surtout l'anglais. Toutefois, tout citoyen peut exiger qu’on lui réponde – à l’oral et à l’écrit – dans la langue de son choix. La plupart des ministères et des agences de l’État se contentent de diffuser les documents officiels uniquement en anglais. Sur demande, les documents sont fournis dans la langue demandée. Bref, tous les services gouvernementaux offrent des services en quatre langues, mais la pratique dénie parfois cette offre de service, notamment pour le malais et le tamoul. Comme on peut le présumer, l’État n’offre aucun service dans les langues non officielles.

Néanmoins, lorsqu’on lit l’article 152 de la Constitution, on peut y retrouver cette disposition qui oblige le gouvernement de veiller aux intérêts des minorités (raciales et religieuses) de Singapour: «Le gouvernement sera constamment responsable de voir aux intérêts des minorités raciales et religieuses de Singapour.» Dans le même article, la Constitution mentionne même une minorité en particulier, les Malais qui constituent la population autochtone du territoire:

Section 152

Minorities and Special Position of Malays

(1)
It shall be the responsibility of the Government constantly to care for the interests of the racial and religious minorities in Singapore.

2) The Government shall exercise its functions in such manner as to recognize the special position of the Malays, who are the indigenous people of Singapore, and accordingly it shall be the responsibility of the Government to protect, safeguard, support, foster and promote their political, educational, religious, economic, social and cultural interests and the Malay language.

Article 152

Minorités et situation particulière des Malais

1)
Il relève de la responsabilité du gouvernement  de se soucier constamment des intérêts des minorités raciales et religieuses à Singapour.

2) Le gouvernement doit exercer ses fonctions de manière à reconnaître la situation particulière des Malais, qui forment la population indigène de Singapour; en conséquence, il a la responsabilité de protéger, sauvegarder, soutenir, encourager et promouvoir leurs intérêts politiques, éducatifs, religieux, économiques, sociaux et culturels ainsi que la langue malaise.

5.4 L’éducation

L’État a adopté une politique d’égalité dans l’accès à la langue d’enseignement. Tous les parents envoient leurs enfants dans les écoles maternelles et primaires de leur choix. De la maternelle à la fin du secondaire, il est possible de recevoir son enseignement en anglais, en mandarin, en malais ou en tamoul. Il existe aussi des écoles publiques et des écoles privées, mais toutes doivent respecter les programmes d'enseignement du gouvernement. Dès le primaire, l’enfant doit apprendre une langue seconde. Tous les élèves apprennent d’abord l’anglais, puis une autre langue au choix. À la fin du secondaire, la plupart des élèves savent au moins trois langues parce que l’anglais est devenu la seule langue d’enseignement lors de la dernière année. Si, à la fin de leurs études secondaires, plus de 87 % des élèves savent l’anglais, on estime que plus de 65 % des élèves savent et l’anglais et le chinois. En somme, Singapour favorise au moins l’éducation bilingue. On constate aussi que plus les élèves avancent dans leur cursus scolaire, plus les parents ont tendance à les envoyer à l’école de langue anglaise. Les nombreuses écoles internationales ont l'anglais comme langue d'enseignement. Dans les faits, toutes les écoles primaires et secondaires sont officiellement anglophones. Cependant, dans toutes les écoles, les élèves peuvent étudier l'une des trois «langues secondes maternelles», le mandarin, le malais ou le tamoul. La plupart choisissent d'en étudier deux.

Dans les écoles secondaires, le programme normal le plus courant comporte les disciplines suivantes: la langue maternelle (malais, chinois mandarin ou tamoul), l'anglais, les mathématiques, les sciences, l'histoire, la géographie, les arts visuels, l'économie, l'éducation morale, l'éducation physique. Une troisième langue peut être enseignée: l'allemand, le français, le japonais ou le malais. Depuis longtemps, il existe au sein de la population chinoise entre ceux dont les enfants fréquentent des écoles secondaires chinoises et ceux dont les enfants fréquentent des écoles anglaises. Les premiers, parce qu'ils sont majoritaires, veulent rendre obligatoires les écoles chinoises à toute la communauté chinoise. Mais les autorités singapouriennes ne sont pas prêtes à autoriser cette pratique, sans doute parce qu'elles ont conscience que les communautés tamoule et malaise réclameraient des mesures similaires. 

Étant donné la population plus restreinte des Malais et, surtout, des Tamouls, l’accès à l’université dans ces langues demeure strictement théorique. Depuis la colonisation britannique, la langue d’enseignement a toujours été l’anglais. Depuis 1978, les examens doivent être rédigés en anglais. Par ailleurs, depuis l’année scolaire 1983-1984, le chinois est devenu la seconde langue obligatoire pour obtenir un diplôme universitaire.

5.5 La vie économique

Grand centre économique de cette partie du Sud-Est asiatique, Singapour utilise l’anglais comme principale langue des affaires. C’est la langue dominante dans la vie économique du pays. Beaucoup d’entreprises exigent même la connaissance de l’anglais comme condition incontournable d’emploi; parfois, on ajoute le chinois mandarin. D'ailleurs, il existe plusieurs lois singapouriennes qui prévoient des dispositions à l'égard de l'anglais dans les entreprises. Ainsi, la Loi sur les sociétés (1961) énonce que les sociétés commerciales doivent produire leurs documents en anglais et, dans le cas contraire, une traduction certifiée est nécessaire:

Companies Act (1961)

Section 397

Translations of instruments, etc.

1) Where under this Act a corporation is required to lodge with the Registrar any instrument, certificate, contract or document or a certified copy thereof and the same is not written in the English language, the corporation shall lodge at the same time with the Registrar a certified translation thereof in the English language.

Loi sur les sociétés (1961)

Article 397

Traduction des documents et autres

1) Lorsqu'en vertu de la présente loi, une société est dans l'obligation de déposer auprès du greffier un document, un certificat, un contrat ou une copie conforme certifiée ou similaire, qui n'est pas rédigé en anglais, cette société doit déposer en même temps auprès du greffier une traduction certifiée de ces documents en anglais.

La Loi sur les valeurs mobilières et les contrats (2003) prévoient des mesures identiques pour l'anglais:
 

Securities and Futures Act 2003

Section 318A

Translation of instruments

1) Where a person submits or furnishes to or lodges with the Authority any book, application, return, report, prospectus, statement or other information or document under this Act (other than Subdivision (3) of Division 3 of Part IX) which is not in the English language, the person shall, at the same time or at such other time as may be permitted by the Authority, submit or furnish to or lodge with the Authority, as the case may be, an accurate translation thereof in the English language.

Loi sur les valeurs mobilières et les contrats (2003)

Article 318A

Traduction des instruments

1) Lorsqu'une personne présente, fournit ou dépose auprès des autorités un livre, une demande, un compte rendu, un rapport, un prospectus, une déclaration ou toute autre information ou un document en vertu de la présente loi (autre que la subdivision 3) du chapitre 3 de la partie IX), qui n'est pas en anglais, la personne doit, en même temps ou à tout autre moment qui peut être permis par les autorités, présenter, fournir ou déposer, selon le cas, une traduction précise de ces documents en anglais.

Il en est ainsi pour la Loi sur les fiducies commerciales de 2004 :

Business Trusts Act 2004

Section 99

Translation of instruments

1) Where a person submits or furnishes to or lodges with the Authority any book, application, return, report, statement or other information or document under this Act which is not in the English language, the person shall, at the same time or at such other time as may be permitted by the Authority, submit or furnish to or lodge with the Authority, as the case may be, an accurate translation thereof in the English language.

Loi sur les fiducies commerciales (2004)

Article 99

Traduction des documents

1) Lorsqu'une personne présente, fournit ou dépose auprès des autorités un document, une demande, un rapport, un compte rendu, une déclaration, un renseignement ou toute autre information en vertu de la présente loi, qui n'est pas en anglais, la personne doit en même temps ou à tout autre moment permis par les autorités soumettre, fournir ou déposer auprès des autorités, selon le cas, une traduction précise de ces documents en anglais.

En vertu de la Loi sur le contrôle des pourriels (spam) de 2007,  tout expéditeur peut être poursuivi en justice pour le montant de 25 $ par courriel, jusqu'à un total d'un million de dollars de Singapour pour avoir envoyé des courriels non sollicités. La loi s'applique si l'expéditeur du réside à Singapour, si l'appareil est à Singapour, si la société d'affaires est à Singapour et que le destinataire réside aussi à Singapour. L'expéditeur, en ce cas, doit prévoir une adresse de «désabonnement» facile et aisé. Le désabonnement doit être traité dans les dix jours. L'article 2 de la loi oblige à ce que la déclaration soit présentée en anglais et, lorsque celle-ci est présentée en deux langues ou plus, l'anglais doit être l'une d'elles:

Spam Control Act 2008

Section 2

Unsubscribe facility

4) The statement referred to in sub-paragraph (1)(b) shall be presented —

(a) in a clear and conspicuous manner; and

(b) in the English language and where the statement is presented in 2 or more languages, the English language shall be one of the languages.

Loi sur le contrôle des pourriels (2007)

Article 2

Désabonnement aisé

4) La déclaration visée à l'alinéa 1 (b) doit être présentée:

(a) de façon claire et visible; et

(b) en anglais et, lorsque la déclaration est présentée en deux langues ou plus, l'anglais doit être l'une d'elles.

La Loi sur les prêteurs (2008) prévoit que, outre l'anglais, l'emprunteur doit connaître les termes du contrat dans une langue qu'il comprend avant qu'il ne signe la note du contrat de prêt:

 

Moneylenders Act 2008

Section 20

Note of moneylender’s contract to be given to borrower

1) No contract for a loan granted by a licensee, and no guarantee or security given by or on behalf of a borrower for the loan, shall be enforceable and no money paid by or on behalf of the licensee pursuant to the contract for the loan shall be recoverable in any court of law unless—

(b) where the borrower or his agent does not understand the English language, the licensee or his agent explains the terms of the note of the contract for the loan to the borrower or his agent in a language the borrower or his agent, as the case may be, understands before he signs the note of the contract for the loan;

Loi sur les prêteurs (2008)

Article 20

Note du contrat de prêteur transmis à l'emprunteur

1) Aucun contrat sur un prêt accordé par un concessionnaire, ni aucune garantie ou sécurité donnée par ou au nom de l'emprunteur pour le prêt n'est exécutoire; et aucune somme payée par ou au nom du titulaire de licence en vertu du contrat sur le prêt n'est récupérable dans un tribunal, sauf:

(b) Si l'emprunteur ou son agent ne comprend pas l'anglais, le concessionnaire ou son agent explique les termes de la note du contrat sur le prêt à l'emprunteur ou son agent dans une langue que l'emprunteur ou son agent, selon le cas, comprend avant qu'il ne signe la note du contrat de prêt;


La Loi sur les prêteurs sur gages (1994) est intéressante à plus d'un titre.
L'article 14 précise qu'un prêteur sur gages doit toujours exposer ou sur la porte extérieure de son magasin une enseigne une inscription en anglais, en malais, en chinois et en tamoul, portant les mots «Échoppe de prêteur sur gages» (“Pawnbroker’s Shop”) et présenter à la vue du public les taux de bénéfice légalement acceptés et indiquant les mêmes informations en anglais, en malais, en chinois et en tamoul :

Pawnbrokers Act 1994

Section 14

1) Every pawnbroker shall — [...]

Signboards.

(b) always exhibit at or over the outer door of his shop a signboard of such size and in such position as the Registrar directs having printed thereon, in the English, Malay, Chinese and Tamil languages, the words “Pawnbroker’s Shop”; and

Copy of rates to be exhibited.

(c) exhibit in some convenient place in the shop, so as to be near to and visible to all comers, a legible copy of the rates of profit he may lawfully take under this Act, and also the same information in the English, Malay, Chinese and Tamil languages as is by rules required to be printed on pawn tickets.

Loi sur les prêteurs sur gages (1994)

Article 14

1) Chaque prêteur sur gages doit : [...]

Enseignes

(b) Toujours exposer ou sur la porte extérieure de son magasin une enseigne avec une taille et une position que le greffier prévoit en imprimant sur cette enseigne, en anglais, en malais, en chinois et en tamoul, les mots «Échoppe de prêteur sur gages»; et

Copie de taux à présenter

(c) Exposer dans un endroit adéquat du magasin, afin d'être à proximité et et visible pour tous les clients, une copie lisible des taux de bénéfice qu'il peut légalement prendre en vertu de la présente loi et également avec les mêmes informations en anglais, en malais, en chinois et en tamoul, tel qu'il est prévu par les règlements pour être imprimés sur des reconnaissances de dépôt.

Tout prêteur sur gages qui ne réussit pas à se conformer aux dispositions de l'article 14 est coupable d'une infraction. Enfin, la Loi sur les banques (2008) énonce que les banques qui désirent fusionner doivent publier un avis d'approbation, au moins une fois, dans un quotidien local en malais, en anglais, en chinois et en tamoul:
 

Banking Act 2008

Section 14A

Approval by Minister for merger of certain banks

6) Where a certificate of approval is issued under subsection (1) merging the banks, those banks shall publish a notice of the approval of the merger at least once in a local Malay, English, Chinese and Tamil language daily newspaper within one week from the date of the certificate of approval.

Loi sur les banques (2008)

Article 14A

Approbation par le Ministre pour la fusion de certaines banques

6) Lorsqu'un certificat d'approbation est émis en vertu du paragraphe 1 sur la fusion des banques, celles-ci doivent publier un avis d'approbation de la fusion au moins une fois dans un quotidien local en malais, en anglais, en chinois et en tamoul dans la semaine de la date de l'attestation de l'approbation.

Rappelons que près d’un million de personnes peuvent, à un degré ou à un autre, s’exprimer en anglais. C’est par cette langue que Singapour peut se permettre de s’ouvrir aux marchés internationaux, mais c’est aussi par la connaissance des langues chinoise et malaise, voire tamoule, que les gens d’affaires de Singapour peuvent aussi prendre leur place dans les marchés économiques de la région. L’anglais accapare, il est vrai, la première place, mais le mandarin, le malais et le tamoul conservent, tour à tour, une position non négligeable au plan des échanges commerciaux avec les pays voisins. Ainsi, aucune langue n’est exclue: la plupart des produits manufacturés portent des étiquettes en quatre langues, les modes d’emploi apparaissent en quatre langues, les raisons sociales peuvent être en anglais, mais elles également être bilingues, trilingues ou quadrilingues. Il existe des médias (presse écrite et électronique) en anglais, en mandarin, en malais et en tamoul. Il ne faut tout de même pas oublier que l’anglais reste la première langue véhiculaire pour l'ensemble des groupes ethniques.  

L’État de Singapour pratique une politique linguistique fondée sur une égalité constitutionnelle entre les quatre langues officielles. En fait, les langues ne sont pas vraiment égales. L’anglais est devenu, depuis l’indépendance, la superlangue : on pourrait même dire qu’il est devenu la langue identitaire de Singapour. Certains affirment même que la politique réelle du gouvernement consisterait à pourchasser non seulement les langues non officielles, mais également les trois autres langues officielles. C’est là le résultat de la politique volontariste du gouvernement. 

Parmi les autres langues officielles, le chinois mandarin servirait surtout à cimenter toutes les ethnies chinoises. Le malais, pour sa part, est la langue de la première ethnie originaire de l’archipel et celle du sous-continent (Singapour, Malaisie et Indonésie). Quant au tamoul, c’est la langue-phare des citoyens originaire de l’Inde.

Par ailleurs, il ne faudrait pas croire que l’État pratique une politique de non-intervention en ce qui a trait aux autres langues, les langues non officielles. L’État fait tout pour en décourager leur utilisation et les pourchasser. On les interdit même à la radio depuis de nombreuses années. La propagande gouvernementale fait en sorte que les langues chinoises autres que la mandarin sont considérées comme des dialectes et proscrites dans tout usage officiel. De plus, le gouvernement organise des campagnes afin d'obliger la grande communauté chinoise de Singapour à utiliser l’alphabet pinyin, c’est-à-dire la romanisation de l’écriture chinoise. C’est pourquoi cette écriture est enseignée à l'école primaire concurremment avec les idéogrammes chinois. L’un des messages en pinyin les plus connus est le suivant: Juing huà, y, bié yóu yù («N’hésitez pas, parlez mandarin»). Il est néanmoins clair que l’État de Singapour veut promouvoir l’usage de l’anglais comme superlangue, ce qui servirait à maintenir plus aisément l’unité nationale.

Dernière mise à jour: 27 déc. 2015

Bibliographie

DE KONINCK, Rodolphe. Singapour, la cité-État ambitieuse, Paris, Éditions Belin, 2006, 176 p.

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Singapour», pour la partie historique.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p. 

KUO, C.Y. «The Status of English in Singapore: A Sociolinguistic Analysis» dans The English Language in Singapore, Singapour, Earstern Universities Press, Sdn., 1984, p. 10-33. 

LLAMZON, Teodoro A. «Emerging Patterns in the English language Situation in Singapore Today» dans The English Language in Singapore, Singapour, Earstern Universities Press, Sdn., 1984, p. 34-45. 

NEWMAN, John. «Singapore’s Speak Mandarin Campaign» dans Journal of Multilingual ans Multicultural Development, vol. 9, no 5, Avon, England, 1988, p. 437-448.

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