Royaume de Norvège

Norvège

1) Situation géographique
2) Données démolinguistiques

 

Capitale: Oslo 
Population: 4,9 millions (2011)
Langues officielles: bokmål et nynorsk
Groupe majoritaire: bokmål (80 %)
Groupes minoritaires: nynorsk (17,5 %), same, tsigane, finnois (kvène)
Système politique: monarchie constitutionnelle
Articles constitutionnels (langue): art. 92 de la Constitution du 17 mai 1814
Lois linguistiques: Résolution royale du 31 mai 1957 ou Directives pour l’orthographe des noms de lieu de 1957 ; Loi sur l'usage des langues dans les services publics (1980); Loi same (1987);
Convention linguistique du Conseil nordique (1987);  Règlement sur l'usage des langues dans les services publics (1988) ; Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ; Convention-cadre pour la protection des minorités nationales ; Convention relative aux peuples indigènes et tribaux ; Loi relative à l'enseignement primaire et secondaire (Loi sur l'éducation) (2005) ; Loi relative au programme d'initiation et de formation en norvégien pour les immigrants nouvellement arrivés (2003) ; Loi sur la nationalité norvégienne (2005) ; Loi sur les litiges (2005) ; Loi sur les toponymes (2005) ; Règlement du 20 avril 2005 no 341 sur la formation en norvégien et en études sociales pour les immigrants (2005).

Le mot bokmål se prononce [bouk-môl] en français, comme dans bouc et pôle. Dans les langues scandinaves, la lettre å correspond au son [ô] en français et non [a]. Quant au mot nynorsk, la lettre y renvoie approximativement à la voyelle française [u] comme dans flûte; le mot nynorsk se prononce donc comme [nu-norsk] et non comme [ni-norsk].

1 Situation géographique

État de l'Europe du Nord, la Norvège forme la bordure occidentale de ce qu'on appelle la Scandinavie (voir la carte détaillée). Baignée par l'Atlantique à l'ouest et au nord, et par la mer du Nord au sud, la Norvège est limitée à l'est par la Russie, la Finlande et la Suède avec laquelle la Norvège partage la plus longue frontière (Suède: 1619 km; Finlande: 729 km; Russie: 167 km). Le pays occupe une superficie de 323 879 km², soit environ l'équivalent de l'Italie.

Le territoire norvégien comprend également l'archipel du Svalbard (62 160 km²), et l'île Jan Mayen dans l'océan Arctique, l'archipel des Lofoten-Vesterålen (4 044 km²) et l'île Bouvet (inhabitée) dans l'océan Atlantique ainsi que l'île Pierre-Ier, au large de l'Antarctique. La terre de la Reine-Maud en Antarctique est également rattachée à la Norvège.

La Norvège est divisée en 19 «comtés» administratifs (fylker, singulier-fylke): Akershus, Aust-Agder, Buskerud, Finnmark, Hedmark, Hordaland, Møre og Romsdal, Nordland, Nord-Trøndelag, Oppland, Oslo, Østfold, Rogaland, Sogn og Fjordane, Sor-Trøndelag, Telemark, Troms, Vest-Agder. Un fylke est divisé en kommuner ou communes (municipalités).

On peut consulter la carte des comtés en cliquant ICI. La population est répartie assez inégalement selon les comtés. Les plus populeuses sont Oslo, Akershus, Hordaland, Rogaland et Østfold. Notons que la lettre [ø] renvoie au son français [eu] comme dans heureux ou encore pneu.

2 Données démolinguistiques

 
Comtés administratifs Population 2003 Superficie
Akershus 483 400 4 587 km2
Aust-Agder 103 400 8 485 km2
Buskerud 241 500 13 856 km2
Finnmark 73 500 45 879 km2
Hedmark 188 400 26 120 km2
Hordaland 440 600 14 962 km2
Møre og Romsdal 244 300 14 596 km2
Nordland 237 100 36 302 km2
Nord-Trøndelag 127 600 20 777 km2
Oppland 183 500 23 827 km2
Oslo 515 800  427 km2
Østfold 255 100 3 889 km2
Rogaland 385 700 8 553 km2
Sogn og Fjordane 107 200 17 864 km2
Sør-Trøndelag 268 100 17 839 km2
Telemark 166 200 14 186 km2
Troms 152 000 25 147 km2
Vest-Agder 159 200 6 817 km2
Vestfold 218 400 2 140 km2
Norvège 4 551 100  

Au 1er janvier 2003, la population norvégienne s’élevait à 4,5 millions d'habitants. La majorité des Norvégiens parlent l’une des deux langues norvégiennes (langues germaniques du Nord) officielles du pays: le bokmål (env. 80 %) et le nynorsk (env. 17,5 %). Le bokmål signifie littéralement «langue des livres», alors que le nynorsk signifie «nouveau norvégien». Historiquement, le bokmål est issu du riksmål («langue du royaume»), c'est-à-dire du dano-norvégien élaboré lors de la domination danoise. Quant au nynorsk, il est l'héritier du landsmål, la «langue des campagnes» (appelé aussi «langue nationale»).

Quant aux minorités nationales (Nasjonale minoriteter) recon-nues, elles sont peu nombreuses et constituent de petites communautés: les Sames (appelés auparavant Lapons), les Tsiganes, les Kvènes (personnes d’origine finlandaise vivant dans le nord du pays), les Skogfinn (personnes de souche finlandaise habitant le sud du pays), sans oublier les Juifs. Au sens strict du terme, les Sames ne se considèrent pas «une minorité nationale» parce que, en tant qu'autochtones (peuple indigène), ils jouissent, selon le Sámediggi (Assemblée same), de droits juridiques et politiques plus étendus que ceux couverts par les dispositions de la législation norvégienne.  

Il n’existe pas en Norvège d’estimation précise du nombre de personnes appartenant aux minorités nationales, puisque aucune statistique officielle n’est tenue sur la base de critères strictement «ethniques». En se basant à la fois sur les représentants des groupes ethniques eux-mêmes et les recherches effectuées par des spécialistes, on peut estimer que le pays abrite actuellement environ 10 000 à 15 000 Kvènes (Kven), 1500 à 2000 Juifs, quelques centaines de Skogfinn, 2000 à 3000 «Romani / Voyageurs» et 300 à 400 Rom / Tsiganes.

Soulignons que ces nombres restent imprécis, car ils correspondent aux personnes qui «pourraient» se considérer comme appartenant aux groupes minoritaires en question et non aux individus qui parlent couramment la langue d'un groupe donné; comme toujours, le nombre des locuteurs d'une langue minoritaire et plus faible que celui du groupe ethnique correspondant. En réalité, très peu de Kvènes, de Skogfinn et de Tsiganes parlent encore leur langue ancestrale; la plupart se sont assimilés au cours des siècles précédents, surtout aux XIXe et au XXe siècles lors des politiques de norvégianisation pratiquées par les différents gouvernements.

2.1   Les deux variétés norvégiennes

Norvège

Il existe deux variétés norvégiennes officielles, la variante bokmål (prononcer [bouk-môl]) et la variante nynorsk (prononcer [nu-norsk]). Ces deux variétés de la même langue sont mutuellement intelligibles, sans le recours à la traduction. Étant donné qu'au moins 97 % des Norvégiens utilisent le norvégien comme langue maternelle, en fait l’une des deux variantes (bokmål ou nynorsk), on peut dire que la Norvège est un pays relativement homogène au plan linguistique.

Le bokmål, jadis très influencé par le danois, est généralement utilisé dans les centres urbains, ainsi que dans les régions où la densité de la population est assez élevée (p. ex., autour du fjord d'Oslo et dans la province d'Østlandet).

On peut consulter la carte linguistique des municipalités norvégiennes en cliquant ICI, s.v.p.

Pour sa part, le nynorsk, dérivé des anciens dialectes norvégiens, est plus répandu dans les zones rurales (p. ex., le long des fjords de la côte ouest et dans les villages de montagne à l'intérieur du pays). Les règles concernant le choix de la langue enseignée sont fixées par la loi. On peut recourir à quelques exemples pour montrer les ressemblances entre les deux variantes norvégiennes:

Bokmål

Nynorsk

Français

Gammel
Hammer
Bånd
Hånd
Våkne
Gammal
Hammar
Band
Hand
Vakne

vieux
marteau
bande
main
se réveiller

Aske
Datter
Hilse
Kilde
Melk
Oske
Dotter
Helse
Kjelde
Mjølk (mjø)[mel]

cendres
fille
saluer
source
lait

Glemme
Bunn
Brudd
Skudd
Hul
Glømme
Botn
Brott
Skott
Hol

oublier
fond
fracture
coup de feu
creux

Hull
Hule
Kull
Dyp
Myk
Hol
Holle
Kol
Djup
Mjuk

trou
grotte
charbon
profond
mou

Syk
Tykk
Øke
Øst
Løs
Sjuk
Tjukk
Auke
Aust
Laus

malade
gros
augmenter
est (point cardinal)
lâche 

Ørret
Blek 
Mene 
Skje
Fløte
Aure
Bleik
Meine
Skei
Fløyte

truite
pâle
vouloir dire
cuillère
crème fraîche

Løse
Hviske 
Hvit 
Hvor 
Løyse
Kviskre
Kvit
[Kor]

détacher
chuchoter
blanc

Source: d'après Comparación entre Bokmål y Nynorsk
http://meltingpot.fortunecity.com/ormonde/795/bokny.htm

Le norvégien (dans sa variété bokmål ou nynorsk) est une langue scandinave du groupe germanique du Nord, comme le suédois, le danois et l'islandais:

Norvégien Danois Suédois Islandais Français
skjorte
hanske
far
mann
hus
dør
kurv
flaske
blomst
sort
hands
keskjort
fader
mand
hus
dør
kurv
flaske
blomst
sort
skjorta
handske
fa(de)r
man
hus
dörr
korg
flaska
bloma
svart
skyrta
hanzki
faðir
eiginmaður
hús
dyr
karfa
flaska
blóm
svartur
chemise
gant
père
mari (époux)
maison
porte
panier
bouteille
fleur
noir

De toutes les langues scandinaves, c'est l'islandais qui est la langue la plus différenciée, mais le suédois suit tout de suite après. Les Danois, les Norvégiens et les Suédois se comprennent mutuellement sans trop d'efforts. Mais aucun des locuteurs de ces langues ne comprend ni ne lit l'islandais, tandis qu'un islandophone comprend assez aisément les trois autres langues.

- Deux variantes d'une même langue

Ces deux langues officielles (ou variantes officielles) de la Norvège sont, rappelons-le, relativement proches et l'intercompréhension entre les deux, rappelons-le, est quasi totale. À cela s'ajoute le fait qu'une partie des Norvégiens, qui écrivent le bokmål, parlent dans la vie courante un bokmål teinté de formes dialectales que l'on retrouve en nynorsk. Précisons qu'en Norvège on ne parle jamais de deux «langues», mais de deux «variantes» d'une même langue. Même la loi utilise souvent les expressions de «variante linguistique» ou de «variante majoritaire» dans ses textes. Ci-dessous, on peut lire en français, en bokmål et en nynorsk l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme :

Français

Bokmål

Nynorsk

Article 1er

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Artikkel 1

Alle mennesker er født frie og med samme menneskeverd og menneskerettigheter. De er utstyrt med fornuft og samvittighet og bør handle mot hverandre i brorskapets ånd.

Artikkel 1

Alle menneske er fødde til fridom og med same menneskeverd og menneskerettar. Dei har fått fornuft og samvit og skal leve med kvarandre som brør.

Si les deux variantes officielles sont sur un pied d'égalité au plan juridique, elles ne le sont guère au point de vue social. Les grands journaux et les médias en général sont dominés par le bokmål, qui demeure la langue enseignée dans tous les centres urbains et la plupart des zones industrielles; c'est donc la langue des affaires et de la publicité. La variété bokmål a toujours joui d'un prestige certain sur la variété nynorsk, car elle a été la langue commune des citoyens plus instruits. Le bokmål bénéficie aussi du grand avantage d'être parlé par plus de 80 % de la population dont la norme utilisée est en pleine expansion. Il faut aussi ajouter que le système morphologique du bokmål est un peu plus simple que celui du nynorsk, ce qui fait que «le système le moins compliqué est celui qui est présent partout» (cf. Eyvind Fjeld Halvorsen). Bref, le bokmål bénéficie du même statut qu'une langue officielle par rapport à une langue non officielle; c'est donc dire qu'en Norvège le bokmål est plus officiel que le nynorsk, car il symbolise un niveau social.

Il existe aussi une langue écrite officieuse, le høgnorsk («haut-norvégien»), qui correspond à une variante du nynorsk et du landsmål.

- Le nynorsk minoritaire

Cependant, la législation qui régit le statut des deux variétés linguistiques impose aux administrations locales, aux établissements d'enseignement et aux médias des «quotas» pour l'emploi du nynorsk. En Norvège, parce que le nynorsk est minoritaire, il faut le protéger. Le nynorsk est massivement parlé dans les zones rurales, particulièrement dans les régions où la population est stable et où les locuteurs parlent un dialecte local traditionnel. Ainsi, le nynorsk dans sa forme normalisée et utilisée dans les écoles n'est pas parlé par les communautés locales, qui préfèrent leur «nynorsk dialectal». Lorsque les locuteurs du nynorsk provenant de différentes régions se regroupent, ils utilisent alors le «nynorsk normalisé». Et voici un petit exemple de mots dans leur contexte (en français: «Il ne criait plus, il avait peur des réponses qu'il avait reçues»).

En dialecte local En nynorsk En bokmål
Han rope kje lenger, var rædd dei svar han fekk. Han ropar ikkje lenger, var redd dei svara han fekk. Han roper ikke lenger, var redd for de svarene han fikk.

Selon Eyvind Fjeld Halvorsen de l'Université d'Oslo, les rapports entre les deux langues norvégiennes sont stables depuis plusieurs années. Le bokmål continue de dominer et d'exercer des pressions sur le nynorsk, ce qui fait que le nynorsk est devenu une langue ou variété norvégienne minoritaire. Dans tous les cas, le bokmål et le nynorsk sont officiellement appelés «langue norvégienne» ou Norske språk ou simplement Norsk.

- Statut linguistique des communes selon les variantes

Toutefois, la minorisation du nynorsk ne signifie nullement qu'il va bientôt s'éteindre, voire reculer. N'oublions pas que le nynorsk reste la langue principale des Norvégiens habitant la plus grande partie géographique du pays. Quand on consulte la carte linguistique (voir le document) des communes à statut officiel bokmål, nynorsk et «neutre», on doit constater qu'il y a 162 communes dont la langue officielle est le bokmål, 116 est le nynorsk et 156 sont «neutres» (sans décision sur leur statut linguistique). De plus, en terme de superficie, les communes du nynorsk sont loin d'être en déficit et elles sont toutes situées dans le sud-ouest. 

Le statut linguistiques par province
des communes neutres, du bokmål et du nynorsk

2006 Nombre Pourcentage
  Total Bokmål Nynorsk Neutre Bokmål Nynorsk Neutre
TOTAL  431 160 115  156 39,5 % 11,5 % 49,0 %
Østfold 18 16 - 2 87,4 % - 12,6 %
Akershus 22 17 - 5 79,9 % - 20,1 %
Oslo 1 - - 1 - -  100,0 %
Hedmark 22 15 - 7 68,2 % - 31,8 %
Oppland 26 9 7 10 65,9 % 11,7 % 22,4 %
Buskerud 21 13 3 5 67,6 % 4,5 % 27,9 %
Vestfold 14 14 - -  100,0 % - -
Telemark 18 - 8 10 - 12,8 % 87,2 %
Aust-Agder 15 4 4 7 71,0 % 5,1 % 23,9 %
Vest-Agder 15 7 2 6 80,5 % 1,5 % 18,0 %
Rogaland 26 3 12 11 40,3 % 16,5 % 43,2 %
Hordaland 33 - 30 3 - 39,9 % 60,1 %
Sogn og Fjordane 26 - 26 - -  100,0 % -
Møre og Romsdal 37 2 23 12 8,3 % 48,5 % 43,1 %
Sør-Trøndelag 25 9 - 16 14,9 % - 85,1 %
Nord-Trøndelag 24 4 - 20 7,2 % - 92,8 %
Nordland 44 23 - 21 32,0 % - 68,0 %
Troms Romsa 25 9 - 16 15,2 % - 84,8 %
Finnmark / Finnmárku 19 15 - 4 78,1% - 21,9 %
Source: 2006, Ministère norvégien de la Culture et des Affaires religieuses.

Par ailleurs, la pression exercée par le bokmål dans les zones rurales est bien moindre. On pourrait même dire que le sentiment d'identité des locuteurs du nynorsk est plus grand que chez ceux du bokmål. En général, les locuteurs du nynorsk demeurent plus combatifs que ceux du bokmål, car pour changer de langue il est plus facile de passer du nynorsk au bokmål que l'inverse. Il est rare en effet qu'un Norvégien perde le bokmål pour adopter le nynorsk. En général, les locuteurs du bokmål semblent indifférents comparativement aux locuteurs du nynorsk dont la conscience linguistique est plus forte. Les locuteurs du nynorsk affirment que leur langue est «la seule langue véritablement norvégienne», alors que le bokmål ne serait pas norvégien, mais «danois». Enfin, en Norvège, la question linguistique passe très vite au plan émotif et qu'elle fait régulièrement dans les médias l'objet de querelles et de caricatures. La langue étrangère la plus connue est l'anglais.

2.2    Les minorités nationales

Les Sames, les Kvènes, les Skogfinn, les Juifs et les Tsiganes (Roms) constituent les minorités nationales de la Norvège. Elles ne parlent pas toutes leur langue ancestrale, mais lorsque c'est le cas elles utilisent respectivement le same (Sames), le finnois (Kvène et Skogfinn) ou le tsigane

- Les Sames

Sapmi

Les Sames, appelés anciennement «Lapons» mais Sâmidiggi en langue same, parlent le same, une langue de la famille ouralienne, à l’instar du finnois, de l’estonien et du hongrois. Depuis quelques années, le terme Lapon servant à désigner les autochtones est remplacé par Sábme, Same ou Sami. La communauté same considère que le mot Lapon revêt une connotation méprisante et étrangère et se qualifie elle-même de Same. En français, on utilise de préférence le mot same (adjectif) ou Same (nom).

Soulignons que la plupart des Sames vivent dans les régions septentrionales de la Finlande, de la Norvège, de la Suède et de la Russie, mais la plus grande partie de la Laponie (Sápmi) se trouve en territoire norvégien. Quelque 70 000 à 100 000 Sames sont installés dans cette grande région nordique appelée Sápmi (voir la carte détaillée) dans laquelle on dénombre dix langues sames. Quelque 30 000 Sames vivent en Norvège; la plupart vivent dans la province du Finnmark, tout au nord du pays. Aux quelque 20 000 Sames de Norvège, il faut ajouter quelque 3000 autres en Finlande, 10 000 en Suède et environ 1000 en Russie.

Au point de vue linguistique, les Sames de Suède se répartissent en trois grands groupes linguistiques (le groupe central, le groupe oriental et le groupe méridional) et cinq sous-groupes au total (voir la carte et le tableau détaillés), dont deux variétés (same de Pite et same d'Um) sont pratiquement éteint :

1) le same du Nord  (groupe central): env. 15 000 en Norvège.
2) le same de Skolt (groupe oriental) : env. 100 locuteurs en Norvège.
3) le same de Lule (groupe central): env. 500 locuteurs en Norvège.
4) le same de Pite (groupe central): considéré comme étaient en Norvège.
5) le same d'Um (groupe méridional): considéré comme étaient en Norvège.
6) le same du Sud (groupe méridional): env. 300 locuteurs en Norvège.

Au point de vue de la législation, ces divers dialectes sont considérés comme formant une seule et même langue minoritaire, le same. Il est relativement aisé pour les Sames appartenant à un même groupe (central ou méridional) de se comprendre, chacun parlant sa variété linguistique. Mais c'est plus difficile entre, par exemple, le same du Nord et le same du Sud.

En Norvège, le same de Lule est parlé dans une partie du Nordland (Tysfjord étant la municipalité comptant la plus grande concentration de locuteurs du same de Lule), le same méridional dans le Nordland au Trøndelag. Dans le Finmark oriental, à Varanger (près de la Russie), les Sames s’expriment en same de Skolt. La plupart des Sames de Norvège sont bilingues (same-norvégien); il s’agit généralement du bokmål puisque c’est cette langue (variété) qui est enseignée dans les écoles sames. Outre l'élevage des rennes, la pêche, l'agriculture, les Sames vivent, pour une bonne part, de leurs activités dans le secteur tertiaire. Faute de recensement récent des Sames en tant que groupe ethnique, le gouvernement norvégien ne dispose d'aucune statistique permettant d'évaluer le nombre exact de locuteurs natifs pratiquant l’une des variétés du same; les données numériques déjà mentionnées ne correspondent donc qu’à des approximations.

Présentement, le district administratif samophone comprend les communes de Karasjok, Kautokeino, Nesseby, Porsanger, Tano et Kåfjord. Les municipalités de Tysfjord et de Snåsa ont demandé de faire partie du district administratif samophone. Ce statut est important, car le same est devenu ainsi une langue officielle au même titre que le norvégien dans ce district administratif.  

- Les Tsiganes

La Norvège compterait aussi deux communautés assez proches l'une de l'autre: environ de 2000 à 3000 «Romani / Voyageurs» et de 300 à 400 Rom / Tsiganes. Il s'agit de populations plus ou moins dispersées à travers tout le pays, bien que la plupart soient concentrés dans les grandes villes du Sud. Au sens de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, il s’agit de minorités «dépourvues de territoire». On ignore le nombre réel des membres de ces communautés; pour ce qui est de la connaissance de la langue, c'est le mystère le plus complet. 

- Les Kvènes et les Skogfinn

Pas davantage que pour les autres minorités, il n’existe pas de statistique officielle pour les finnophones (famille ouralienne) résidant en Norvège. On croit qu'il peuvent compter sur un total de 10 000 à 15 000 personnes, dont quelques centaines pour les Skogfinn, mais le gouvernement norvégien les estime entre 2000 et 8000. On les appelle Kven (ou Kvènes en français et Kveeni en finnois et en anglais) lorsqu'ils sont concentrés au nord, le long de la frontière finno-norvégienne, ou Skogfinn lorsqu'ils résident dans le Sud. 

Aujourd'hui, la plupart des locuteurs de la langue kvène résident surtout dans les petites municipalités norvégiennes du Nord-Est, dans le comté de Finnmark, telles Bugøynes (230 hab.), Neiden (250 hab.), Vestre Jakobselv (527 hab.), Vadsø (6186 hab.) et Børselv (4000 hab.). Dans le comté de Troms, situé à l'ouest du Finnmark, quelques locuteurs âgés se trouvent encore dans les municipalités de Nordreisa (4600 hab.) et de Storfjord (1900 hab.). Cependant, c'est la municipalité de Bugøynes (Finnmark) qui demeure la localité la plus importante pour les Kvènes de Norvège.

Dans le nord-est, la langue parlée est assez similaire au finnois, alors qu'à l'ouest d'Alta les quelques locuteurs de cette langue présentent beaucoup de particularités, en raison d'un isolement plus profond par rapport à la Finlande.

Même au sein de la communauté kvène, les opinions diffèrent divergent sur l’appellation de kvène ou de finnois qu’il convient de donner à la langue de ce groupe. L’État norvégien a souvent choisi la double forme kvène/finnois. Il existe également un désaccord, non seulement chez les Kvènes mais aussi chez les spécialistes, sur la question de savoir si le kvène constitue une langue «à part entière» ou une «variante du finnois». Certains Kvènes rédigent leurs textes en restant le plus près possible du kvène parlé; il s'agit alors de textes «écrits en kvène». Toutefois, la plupart des Kvènes écrivent leur langue en respectant la forme traditionnelle (en finnois standard) utilisée en Finlande, que ce soit pour les conjugaisons, les déclinaisons, le choix des mots, etc.; dans ce cas, les autorités avaient décidé qu’il s’agissait du «finnois» et non du «kvène». En avril 2005, le gouvernement norvégien a reconnu le kvène comme une «langue distincte», non comme un dialecte du finnois. On ignore le nombre réel des locuteurs de ce «finnois norvégien», mais les estimations laissent croire que ce serait autour de 5000 locuteurs (entre 2000 et 8000) pour le finnois kvène et 200 personnes pour le finnois skogfinn, ce qui en fait une langue menacée.

2.3 Les immigrants

Les immigrants forment un groupe non négligeable en Norvège. Jusque dans les années 1970, la Norvège était un pays extrêmement homogène. Puis il y a eu la découverte du pétrole dans la mer du Nord, ce qui a rendu le pays plus cosmopolite. En raison de l'exploitation pétrolière, le pays a eu d'immenses besoins en main-d'œuvre. Pour les combler, le nombre d'immigrants a triplé, juste entre 1995 et 2010.  En 1999, le nombre de personnes immigrantes s'élevait en effet à 260 700, soit 5,89 % population totale. En 2006, le Bureau central de la statistique, le Statistisk sentralbyrå, avait comptabilisé quelque 45 800 immigrants sur le sol norvégien, soit 30 % de plus qu'en 2005. Au début de l'année 2009, il y avait 508 200 personnes d'origine immigrante en Norvège (immigrants et enfants d'immigrants), soit 10,6 % de la population totale.

Dans le tableau ci-dessous (2008), le nombre d'immigrants  (immigrants et enfants d'immigrants) est établi à 459 614, soit 9,7 % de la population du pays

1995 2008
Population immigrante1 Immigrés et nés en Norvège de parents immigrants2 Population immigrante1 Immigrants et nés en Norvège de parents immigrants2
186 039 215 048 380 644 459 614
       
4,3 5,0 8,0 9,7
       
92 887 99 737 185 517 203 098
13 860 14 414 25 081 26 244
17 265 18 489 17 775 19 220
5 015 5 576 30 636 32 069
9 409 9 664 13 130 15 649
6 761 7 134 16 348 17 472
10 247 10 756 11 145 11 784
788 807 11 869 12 823
4 173 4 399 6 057 6 528
2 872 3 197 5 422 5 998
2 349 2 542 3 225 3 586
1 904 1 980 2 981 3 171
1 260 1 602 1 532 1 923
1 096 1 176 1 677 1 789
922 977 1 514 1 597
7 580 9 064 . .
. . 8 238 11 052
. . 2 302 2 807
7 386 7 960 26 585 29 386
       
14 433 17 579 43 036 56 376
3 328 3 995 16 208 21 795
3 026 4 194 4 636 7 553
1 875 2 261 3 148 3 856
43 46 2 608 3 440
1 099 1 322 1 362 1 809
5 105 5 807 15 074 17 923
       
60 918 78 485 128 409 174 040
11 507 18 773 16 110 29 134
2 337 2 536 18 132 22 881
10 520 13 331 12 571 19 226
7 099 7 793 12 626 15 134
5 951 7 113 8 264 13 063
3 974 4 513 9 671 10 817
1 925 1 996 9 448 9 750
3 704 5 161 5 849 8 484
359 430 7 054 8 012
2 728 3 073 5 160 6 124
964 1 166 1 543 2 248
5 922 8 043 9 819 15 003
3 928 4 557 12 162 14 164
10 028 10 405 10 967 11 494
8 078 8 350 6 918 7 171
1 018 1 053 1 322 1 362
932 1 002 2 727 2 961
6 993 8 034 11 300 13 157
5 074 5 961 5 797 7 279
502 519 2 081 2 150
1 919 2 073 3 422 3 728
778 808 1 415 1 449

Les nationalités les plus représentées parmi la population d'origine immigrante, outre les Suédois et les Danois, sont les Polonais, les Bosniaques, les Allemands, les Russes, les Somaliens, les Pakistanais, les Irakiens, les Iraniens, les Vietnamiens, les Sri Lankais et les Turcs. L'Europe constitue encore le continent d'origine de la majorité des immigrants, mais le nombre de nouveaux arrivés originaires de l'Asie (incluant la Turquie) va probablement dépasser celui des immigrants européens. Pour le moment, sept immigrants sur dix sont des Européens. Suivent ensuite les immigrants en provenance de l'Afrique et de l'Amérique. L'immigration des citoyens des pays africains est d'environ 3000 au tournant du millénaire, mais elle a depuis augmenté et a atteint 5700 en 2010. 

Au final, on peut dénombrer plus de 150 langues différentes. Parmi les plus grand langues de l'immigration. telles que mesurées en fonction du nombre des locuteurs en Norvège, il faut mentionner l'ourdou, le panjabi, le suédois, l'anglais, le danois, le vietnamien, le serbo-croate (bosniaque, croate et serbe) et l'albanais, le tout avec plus de 15 000 locuteurs pour ces seules langues. 

Oslo est la ville avec le plus grand pourcentage d'habitants d'origine immigrante, avec plus de 150 100, soit 25 % de sa population totale.  Les autres villes sont Rogaland et Hordaland avec 4900 et 4400 respectivement. Oslo, Rogaland et Hordaland rassemblent ensemble près de la moitié du solde migratoire total de la Norvège. Cette situation a entraîné l'apparition de partis de droite, voire d'extrême-droite, en Norvège, qui dénoncent l'immigration massive.  Par exemple, le Parti du progrès, réputé pour être nationaliste et xénophobe, a recueilli plus de 22 % des voix aux élections législatives de 2009; son chef a fait de l'islamophobie la matrice de son discours politique. Depuis la tragédie de juillet 2011, faisant plus de 80 morts, la plupart des partis politiques norvégiens se sont dissociés de la tuerie et ont dénoncé ceux qui, dans leur rang, la minimisent. La thèse d'une attaque islamiste a été avancée à tort, car le tueur était un Norvégien, pas un musulman. S'il est vrai que les immigrants adultes apprennent peu le norvégien, les petits enfants, eux, l'apprennent tôt dans les garderies en bonne partie subventionnées par l'État.

Dernière révision: 13 décembre 2015


(1) Situation générale
 


(2) Données historiques
 


(3) La politique de bilinguisme institutionnel
 


(4) La politique à l'égard des minorités nationales

 

Norvège
 

(5) Bibliographie
 

Europe

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