République de Lettonie
(
Latvijas Republikas)
Lettonie
(Latvija)

(1) Généralités

Capitale: Riga  
Population: 2,3 millions (2004)
Langue officielle: letton 
Groupe majoritaire: letton (58,7 %)  
Groupes minoritaires: russe (28,8 %), biélorusse (3,9 %), ukrainien (2,6 %), polonais (2,5 %), lituanien (1,4 %),
tsigane (0,3 %), allemand (0,2 %), tatar, moldave, azéri, estonien, arménien, etc.
Système politique: république parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 4, 18, 21, 101, 104 et 114 de la Constitution de 1922 (modifiée en 1993, 1996, 1997, 1998, 2002, 2003, 2004 et 2005) 
Lois linguistiques : Loi de la république de Lettonie sur la langue (1989, abrogée) ;
Loi sur la langue officielle (2000) ; Règlement nº 286 sur l'emploi des langues étrangères dans le texte des timbres, sceaux et en-têtes (2000) ; Règlement nº 292 sur l'emploi des langues de l'information (2000, abrogé) ; Règlement nº 294 sur la création, l'orthographe et l'emploi des toponymes, dénominations d'institutions, d'organisations non gouvernementales, de sociétés (entreprises) et d'événements (2000) ; Règlement nº 295 sur l'orthographe et l'identification des noms et prénoms (2000) ; Règlement nº 296 sur le degré de maîtrise de la langue officielle nécessaire à l'exercice des obligations de l'administration et des fonctions ainsi que sur la procédure des examens de maîtrise linguistique (2000) ; Règlement nº 293 sur le Centre de la langue officielle (2000) ; Règlement nº 130 régissant l'emploi des langues de l'information (2005).
Autres lois: Loi sur la presses et autres médias (1990) ;
Loi sur le développement sans restriction et sur le droit à l'autonomie culturelle des nationalités et groupes ethniques de Lettonie (1991) ; Loi sur les règles de procédure de la Saeima (1994) ; Loi sur le statut des anciens citoyens de l'URSS qui n'ont pas la citoyenneté lettone ni celui d'un autre État (1995) ; Loi sur l'éducation (1998) ; Loi sur l'éducation générale (1999) ; Loi sur les établissements d'enseignement supérieur (1995) ; Loi sur la citoyenneté (1998) ; Loi sur le statut des apatrides dans la république de Lettonie (1999) ; Loi sur les marques et indications de provenance géographique (1999) ; Loi sur le pouvoir judiciaire (1992-2001) ; Loi sur la radio et la télévision (2005); Loi de procédure civile (2006).

1 Situation géographique

La république de Lettonie (en letton: Latvijas Republikas; en angl.: Republic of Latvia) est un pays d’Europe du Nord-Est, bordé au nord-ouest par la mer Baltique et limité au nord par l’Estonie, à l’est par la Russie, au sud par la Biélorussie et la Lituanie (voir la carte). Par rapport à la Russie (9 725 200 km²), la Lettonie est un bien petit pays de 64 856 km², soit l'équivalent de la Lituanie (65 200 km²) ou du Sri Lanka (65 610 km²). 

La Lettonie fait partie des États baltes avec l'Estonie et la Lituanie. Les pays baltes représentent au total 175 000 km², avec une population de 7,5 millions d'habitants. Bordés par la mer Baltique à l'ouest, ils partagent leurs frontières avec la Russie, la Biélorussie et la Pologne. L'oblast de Kaliningrad, l'ancienne Königsberg allemande, enclavé entre la Lituanie et la Pologne, appartient à la Russie.

La Lettonie est divisée administrativement en neuf republikas pilsētas ("municipalités") et et 110 novadi ("régions" ou "comtés") qu'il serait inutile de citer ici: Daugavpils, Jēkabpils, Jelgava, Jūrmala, Liepāja, Rēzekne, Rīga, Valmiera et Venspils. Il existe aussi quatre grandes «régions historiques» appelées vēsturiskie novadi : Kurzeme (ou Courlande), Zemgale, Vidzeme et Latgale (ou Latgalie). Ces régions n'ont pas de réel statut officiel (voir la carte ci-dessous).

2 Données démolinguistiques

En 2004, la Lettonie comptait 2,3 millions d’habitants. Des trois pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), la Lettonie est celui où la langue de la majorité, le letton, est numériquement la plus faible: 57,7 % de la population de la Lettonie parle la langue officielle, comparativement à 61,5 % en Estonie et 75,5 % en Lituanie. 

Le pays étant fortement urbanisé, plus d'un tiers de la population habitant la capitale, Riga. On peut dire, que, selon les quatre grandes régions historiques et culturelles de la Lettonie, la population est assez également répartie : 6,4 % pour le Latgale, 13,5 % pour le Kurzeme, 12,4 % pour le Zemgale et 11,2 % pour le Vidzeme. Le Latgale est la région la plus multi-ethnique du pays, car on y trouve des latgalophones, des russophones et des polonophones.

2.1 La diversité ethnique

Les statistiques révèlent qu’en 1987 la Lettonie était composée de quelque 130 ethnies, alors que les Lettons ne formaient qu'une faible majorité de plus de 52 %. Aujourd'hui, la Lettonie ne compte plus qu'une trentaine de groupes ethniques, ce qui demeure énorme pour un pays de 2,3 millions d'habitants et c'est ce qui explique que la question linguistique puisse préoccuper autant les citoyens de ce petit pays, et ce, d'autant plus que les habitants «de souche», les Lettons, ne comptent que pour moins de 60 % de la population totale. Les habitants, quelle que soit leur origine ethnique, sont appelés Lettoniens ou, historiquement, Latviens. Cependant, pour les autorités lettones, le terme de «Lettonien» n'a aucune valeur juridique. Seuls les Lettons, les Lives (Livoniens) et les Latgaliens (habitants du Latgale) constituent une «population autochtone», les autres sont considérés comme des «étrangers», même si certaines communautés (tsigane, juive, allemande, polonaises, russe, etc.) sont installées dans la région depuis quelques siècles. La plupart des Lettons sont des chrétiens luthériens, mais les populations slaves, notamment les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses, appartiennent à l'Église orthodoxe russe.

Dès le lendemain de l'indépendance, la Lettonie a adopté, le 15 octobre 1991, la Loi sur la citoyenneté. En 1997, on comptait encore plus de 300 000 «non-citoyens» détenteurs d’un permis de résidence. Le problème de l’intégration des «non-Lettons» n’est pas facile à régler, car les russophones sont massivement concentrés dans les centres urbains industrialisés. Dans certaines villes, telles que Daugavpils, Liepaja, Rezekne, Valmiera, Talsi et Riga, la capitale, les Lettons «de souche» constituent même des minorités. Exception faite des conditions reliées à d'âge, il est exigé à quiconque est «non letton» la résidence permanente, ainsi qu'une source légale de revenus, l'abandon de la double citoyenneté (lire: russe), une connaissance de la langue lettone, de l'histoire et de la Constitution du pays et une prestation de serment à l’État letton. Pour ceux qui ne peuvent pas demander la naturalisation, la Lettonie a légiféré sur le statut des «non-citoyens» appelés maintenant «citoyens de l'ex-URSS qui n'ont pas la citoyenneté lettone ou une autre citoyenneté». Le tableau qui suit indique le nombre et la proportion des «citoyens», des «non-citoyens» et des «étrangers».

 

Le statut juridique des groupes ethniques en 2005
(Source: Institut letton)

Groupe ethnique

Citoyens de Lettonie

Non-citoyens

Étrangers

Total

Groupe ethnique en tant que pourcentage de la population totale

Pourcentage de citoyens
dans le groupe ethnique

Lettons 1 349 539    2 120   1 033 1 352 692 58,9 % 99,8 %
Russes   346 746 288 207 21 084     656 037 28,6 % 52,9 %
Biélorusses      28 551  56 829   2 024      87 404 3,8 % 32,7 %
Ukrainiens     13 812  40 952   3 813      58 577 2,6 % 23,6 %
Polonais     40 642  14 885      556      56 083 2,4 % 72,5 %
Lituaniens    17 655  12 263   1 571      31 489 1,4 % 56,1 %
Juifs     6 418    2 796      360       9 574 0,4 % 67,0 %
Estoniens    1 522      658      349       2 529 0,1 % 60,2 %
Autres   21 919  14 159  5 599      41 677 1,8 % 52,.6 %
TOTAL 1 826 804 432 869 36 389 2 296 062 100,0 % 79,6 %

Force est de constater que la politique de naturalisation de la Lettonie n'a connu qu'un succès mitigé, car à l'exception des «Lettons» qui sont «citoyens» dans une proportion de 99,8 %, et les Polonais (72,5 %), le taux est demeuré relativement bas également chez les Russes (52,9 %), les Biélorusses (32,7 %), les Ukrainiens (23,6 %), les Lituaniens (56,1 %), les Estoniens (60,2 %), etc. En moyenne, cela signifie que plus de 18 % des 2,3 millions d'habitants (soit 432 869) n'ont pas leur citoyenneté. La question des naturalisations (loi du 22 juillet 1994) et du statut des anciens citoyens soviétiques (loi du 12 avril 1995) est restée à l'ordre du jour et elle n’a pas encore été réglée de façon définitive.

Par ailleurs, la question de l'émigration  semble constituer une épine au pied pur les autorités lettones. Depuis l'adhésion de la Lettonie à l'Union européenne en 2004, le pays voit partir chaque année des dizaines de milliers de citoyens vers l'Europe de l'Ouest, surtout en Irlande, au Royaume-Uni et en Suède, là où les contraintes d'accès au travail sont minimes. La Lettonie est considérée comme l'un des pays les plus pauvres d'Europe (avec la Moldavie). Or, depuis que les Lettons ont accès aux marchés du travail de certains autres pays, ils quittent leur pays. Ce sont en général des Lettons peu instruits, disposant de peu de qualifications et qui gagnent de bas salaires, qui partent. Facteur aggravant: ceux qui partent n'ont pas l'intention de revenir.

2.2 La langue lettone

Le letton (en letton : latviešu) est la langue parlée par une faible majorité de la population: 58,7 % (en 2004). Au point de vue linguistique, le letton est une langue indo-européenne faisant partie des langues baltes (avec le lituanien). Le letton est donc une langue très apparentée au lituanien, mais il a subi davantage de transformations que le lituanien au cours de son histoire. Le letton possède  des voyelles simples brèves dans les syllabes finales des mots, tandis que le lituanien présente des diphtongues longues. Au plan grammatical, le letton, à l'exemple du lituanien, est une langue dite flexionnelle, avec des déclinaisons pour les noms (sept cas) et six groupes de conjugaison pour les verbes. En ce qui a trait au vocabulaire, le letton a emprunté de nombreux mots à l'allemand (env. 3000 mots), au russe, au polonais, au lituanien, à l'estonien, au suédois, etc., sans compter les influences dues aux anciennes langues baltes telles que le livonien (live) et le sémigalien.


 

Le letton compte trois principales variétés dialectales: les dialectes livoniens (letton: Lībiskais dialekts), les dialectes centraux ou letton occidental (letton: Vidus dialeks) et les dialectes latgaliens ou letton oriental (letton: Augšezemnieku  dialeks).

- Bas-letton ou dialectes livoniens (bas letton): dialectes de la région du Kurzeme (tamien et nedzļa) et dialectes de la région du Vidzeme.
- Moyen-letton ou dialectes centraux (moyen letton): dialectes couroniens (Courlande), dialectes sémigaliens et dialectes du Vidzeme.
- Haut-letton ou dialectes latgaliens (haut letton): dialectes séloniens et non séloniens.

Chacune des ces grandes variétés est divisée en plusieurs sous-variétés. Il resterait environ une centaine de ces dislectes toujours en usage, surtout dans la région du Latgale où on emploie régulièrement les parlers locaux. Il ne faut pas confondre les dialectes avec les langues livonienne, couronienne, sémigalienne et sélonienne (latgalienne), aujourd'hui toutes disparues comme langues maternelles, sauf le latgalien. C'est le dialecte central du Vidzeme qui, depuis 1922, constitue la base de la norme standard du letton. Le letton utilise l'alphabet latin enrichi de signes diacritiques.  

Voici un exemple des variations dialectales du letton (source: Laimute Balode et Axel Holvoet, 1999):
 

Français (trad.) En pâturage, j'ai cousu une chemise, ayant pris la mesure près du chêne.
Dialecte central Ganos gāju, kreklu šuvu, pie ozola mēru ņēmu.
Dialecte livonien Ganes gāj, krekal šuj, pe ozal mēr jēm.
Dialecte largalien Gonūs goju, kraklu šyvu, pī ūzula māru jiemu.

Les premiers documents imprimés en letton sont des documents religieux tels qu'un catéchisme romain catholique (1585), une version luthérienne (1586) et une traduction de la Bible (1685). La première grammaire du letton est apparue au XVIIIe siècle. La langue littéraire moderne s'est développée au XIXe à partir de l'une des variétés lettones du centre de la Lettonie.

Précisons que, dans le pays voisin, l'Estonie, l'estonien ne fait pas partie des langues baltes, car il appartient à la famille ouralienne – avec le finnois, le hongrois, le permiak, etc. Ainsi, seuls la Lettonie et la Lituanie peuvent, linguistiquement parlant, prétendre constituer un «État balte». Toutefois, en raison des caractéristiques géographiques, politiques et démographiques, on a l'habitude de dire que la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie font partie des «États baltes». La Lituanie est à majorité catholique, tandis que la Lettonie et l'Estonie sont protestantes. Il existe néanmoins une unité culturelle balte, visible par exemple dans l'architecture hanséatique des grandes villes comme Tallinn, Riga ou Vilnius.

- Le livonien

Soulignons que le live ou livonien est une langue ouralienne maintenant éteinte. Au recensement de 1925, il ne restait plus qu'environ 1200 locuteurs du livonien. Leur nombre était descendu à une centaine en 1989 et à moins d'une vingtaine aujourd'hui, toute des personnes âgées. L'État letton considère que le live est une «langue autochtone» en Lettonie, alors que toutes les langues autres que le letton sont des «langues étrangères». Le nombre de personnes se considérant comme des Lives (Livoniens), sans toutefois parler la langue, serait d'environ 230 individus. Rappelons qu'une assez bonne partie des Lettons ont des Livoniens comme ancêtres.

- Le latgalien

Le latgalien, appelé latgalu volûda, est une langue balte à l'instar du letton. C'est une langue à l'origine fortement apparentée au lituanien, avec lequel elle partageait des traits phonétiques, morphologiques, lexicaux et syntaxiques. À la suite de nombreux emprunts lexicaux et syntaxiques, le latgalien est progressivement devenu plus proche du letton. Au début du XXe siècle, le nombre des locuteurs du latgalien était estimé à un million. Le latgalien fut même déclaré la langue officielle de la région du Latgale en 1919. Mais il perdit aussitôt son statut de langue officielle en 1920 et ne fut plus considéré par les autorités que comme un «dialecte du letton». Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Latgaliens adoptèrent massivement le letton comme langue maternelle.

Les locuteurs du latgalien seraient aujourd'hui d'environ 150 000 à le parler comme langue maternelle, mais, ne l'oublions pas, dans les statistiques officielles le latgalien est confondu avec le letton. La plupart des Latgaliens habitent le Latgale, la partie orientale de la Lettonie.

2.2 Les langues minoritaires

La Lettonie compte de nombreuses  langues minoritaires. Selon la Direction des Affaires de la citoyenneté et de la migration (DACM) de Lettonie, les minorités les plus importantes sont constituées par les Russes (28,8 %), puis par les Biélorusses (3,9 %), les Ukrainiens (2,6 %), les Polonais (2,5 %), les Lituaniens (1,4 %), les Juifs (0,4 %), les Tsiganes (0,3 %) et les Allemands (0,2 %).
 

  Groupe ethnique

1989 2004

Lettons

 52,2 %

1 396 100

58,7 %

1 356 081

Russes

 34,0 %

  902 300

28,8 %

664 082

Biélorusses

  4,4 %

  117 200

3, 9 %

88 998

Ukrainiens

  3,4 %

    89 300

2,6 %

59 403

Polonais

  2,2 %

   59 700

2,5 %

56 798

Lituaniens

  1,3 %

   34 100

1,4 %

31 840

Juifs

  0,6 %

   16 300

0,4 %

9 820

Tsiganes

  0,3 %

    7 200

0,3 %

8 436

Allemands

  0,1 %

    2 900

0,2 %

3 311

Autres

  1,2 %

  31 900

1,2 %

28 030

 TOTAL

 

2 657000

 

2 309 339

Source: Recensement de 1989 et la Direction des affaires de citoyenneté et de migration (DACM).

- Les russes

Les Russes de Lettonie constituent une puissante minorité en Lettonie, car ils représentent près de 30 % de la population. La moitié des Russes habitent dans les grands centres urbains du pays. Ils forment, par exemple, quelque 43 % de la population à Riga, 55 % à Daugavpils (dans le Sud), 50 % à Rēzenkne (sans l'Est) et 32 % à Ventspils (près de la Baltique). Les russophones sont majoritaires dans sept des huit plus grandes villes du pays. Les autres russophones sont dispersés un peu partout dans le pays, mais seuls 5 % d'entre eux habitent dans des zones rurales ou dans de petites agglomérations comptant moins de 1000 habitants. Le russe est également une langue seconde pour presque tous les peuples minoritaires, et il est également compris par la majorité des «Lettoniens» (habitants de la Lettonie).

Ces russophones parlent une variété de russe qui a subi l'influence du letton dans son lexique et parfois dans la syntaxe. Bien que ce type de russe soit compris à Moscou, il peut sembler archaïsant par rapport au russe moscovite. Par ailleurs, on peut distinguer quatre catégories de locuteurs russophones:

1) les russophones résolument bilingues (env. 4 %);
2) les russophones qui utilisent le letton de façon occasionnelle;
3) les russophones qui l'utilisent rarement et seulement lorsqu'ils ne peuvent faire autrement;
4) les russophones strictement unilingues (la majorité).

Il ne faut pas oublier que si près de 30 % de la population parle le russe comme langue maternelle, presque tous les autres le connaissent comme langue seconde. Il en résulte que 95 % de la population peut s'exprimer en russe, soit comme langue maternelle soit comme langue seconde. Il s'agit là d'un des héritages de l’occupation soviétique, alors qu'il était obligatoire d’apprendre le russe.

- Les Biélorusses et les Ukrainiens

Comme les Russes, les Biélorusses (3,9 %) et les Ukrainiens (2,6 %) parlent des langues slaves relativement proches l'une de l'autre. Beaucoup de Biélorusses et d'Ukrainiens, installés en Lettonie depuis longtemps, ont finalement perdu leur langue et se sont russifiés. Rares sont ceux qui se sont lettonisés. Chez les Biélorusses, certains sont même des descendants de Lettons russifiés, mais qui ont conservé leurs patronymes lettons. Les mariages mixes ont souvent eu pour effet d'avantager la russe aux dépens du biélorusse. Seul un cinquième des Biélorusses auraient conservé l’usage de leur langue maternelle. Environ un dixième des Biélorusses lettons sont nés en Lettonie, et presque un tiers d’entre eux est de nationalité lettone.

Quant aux Ukrainiens (environ 60 000), la plupart sont nés en Ukraine et vivent en Lettonie depuis une ou deux décennies. Aujourd’hui, la moitié des Ukrainiens de Lettonie habitent Riga, les autres étant dispersés travers le pays, surtout dans les villes telles que Liepaja et Ventspil.

- Les Polonais

Les Polonais (2,5 %) sont installés en Lettonie depuis le XVIe siècle, alors que le territoire peuplés par les Lettons étaient sous la souverainement de la Pologne. Les historiens croient que la majorité des Polonais de la région du Latgale seraient en fait d'anciens Lettons et de Biélorusses jadis polonisés, car il n'y a jamais eu d'immigration importante des Polonais vers la Lettonie, sauf dans les années trente, alors que 20 000 ouvriers polonais ont quitté leur pays pour venir travailler dans des zones rurales comme le Zemgale, puis le Kurzeme et le Vidzeme. On estime qu'à peine 20 % des Polonais de Lettonie parlent encore leur langue ancestrale. On trouve des communautés polonaises importantes à Daugavpils (17 000) et à Riga (16 000), mais aussi dans le canton de Daugavpils (5000), où ils sont répartis dans quelques communes (Svente, Demene et Medumi).

- Les Lituaniens et les Estoniens

Étant donné que la Lettonie a comme pays voisins l'Estonie au nord et la Lituanie au sud, il est  normal qu'il y ait eu des mouvements de population entre les trois pays. On compte près de 35 000 Lituaniens (1,4 %) et 2600 Estoniens (0,1 %) vivant en Lettonie. Au point de vue culturel et historique, ces deux communautés sont bien intégrées à la société lettone, et près de la moitié de ces immigrants ont changé de langue maternelle (lituanien ou estonien) pour adopter le letton. Lituaniens et Estoniens habitent soit Riga, soit le long de la frontière avec la Lituanie ou de l'Estonie.

- Les Allemands

Rappelons qu'au XIIIe siècle la Livonie constituait le «pays des chevaliers teutoniques» et qu'ils avaient conquis le pays. Certains Allemands ont pu ainsi jouir de privilèges dans les domaines de la vie politique, de la vie économique et de l'éducation jusqu’à la fin du XIXe siècle, alors qu'ils furent progressivement remplacés par les Russes. Ce n'est qu'à la Seconde Guerre mondiale que la plupart des Allemands quittèrent la Lettonie, mais plusieurs restèrent. De nos jours, moins de 3000 Allemands vivent encore en Lettonie.

- Les Tsiganes

Les Tsiganes (0,3 %) de Lettonie sont installés dans le pays depuis longtemps, soit environ quatre siècles. Ils parlent une des variétés de tsigane, mais beaucoup d'entre eux sont bilingues (tsigane-letton), sinon trilingues (tsigane-letton-russe). Les Tsiganes sont quelque peu défavorisés au plan socio-économique dans la mesure où ils sont moins instruits et sont souvent au chômage.

- Les Juifs

Les premiers Juifs sont arrivés en Lettonie il y a moins de quatre siècles. Avant la Première Guerre mondiale, la communauté juive pouvait compter sur environ 95 000 membres, soit environ 5 % de la population totale du pays. Mais la population avait baissé à moins de 15 000 après la Seconde Guerre mondiale pour remonter autour de 35 000 dans les années soixante-dix. Puis la moitié d'entre eux ont immigré en Israël, attirés par les politiques d'immigration avantageuses dans ce pays. Aujourd'hui, on dénombre plus de 15 000 Juifs en Lettonie.

Jusqu'au début du XXe siècle, la plupart des Juifs de Lettonie parlaient le yiddish, une langue germanique, notamment dans le Latgale, mais ceux qui habitaient le Kurzeme parlaient surtout l’allemand. Plus de 800 locuteurs parleraient encore le yiddish (8 % des Juifs) aujourd'hui, les autres employant plutôt le russe (79 %) ou le letton (9 %). Le yiddish demeure surtout une langue d'enseignement pour les enfants de cette minorité religieuse.

- Les autres minorités

Quant aux autres minorités, elles sont réparties dans les centres urbains et industriels, notamment à Riga. Voici la liste de tous les groupes ethniques transmise par l'organisme ''Joshua Project 2006'' (les pourcentages peuvent différer par rapport aux statistiques gouvernementales):
 

Groupe ethnique

Population

Affiliation
linguistique

Langue
maternelle

Pourcentage

Lettons 1 324 000 groupe balte letton 57,7 %
Russes   679 000 groupe slave russe 29,5 %
Biélorusses     94 000 groupe slave biélorusse 4,1 %
Ukrainiens     62 000 groupe slave ukrainien

2,7 %

Polonais     57 000 groupe slave polonais 2,4 %
Lituaniens     32 000 groupe balte lituanien 1,4 %
Juifs     10 000 groupe balte (letton)
groupe germanique (yiddish)
letton/yiddish 0,4 %
Tsiganes de la Baltique       8 000 groupe indo-iranien tsigane 0,3 %
Allemands       3 400 groupe germanique allemand 0,1 %
Tatars       3 400 famille altaïque tatar 0,1 %
Moldaves       3 000 langue romane moldave (roumain) 0,1 %
Azerbaïdjanais (Azéris)       2 900 famille altaïque azéri 0,1 %
Estoniens      2 600 famille ouralienne estonien 0,1 %
Arméniens      2 000 isolat indo-européen arménien 0,09 %
Tchouvaches     1 600 famille altaïque tchouvache 0,07 %
Géorgiens      1 200 famille caucasienne géorgien 0,05 %
Mordves      1 100 famille ouralienne erzya 0,05 %
Kazakhs      1 100 famille altaïque kazakh 0,05 %
Roumains      1 000 langue romane roumain 0,04 %
Ouzbeks        900 famille altaïque ouzbek

0,04 %

Bachkirs        700 famille altaïque bachkir 0,03 %
Finnois        500 famille ouralienne finnois 0,02 %
Ossètes        500 groupe indo-iranien ossète 0,02 %
Oudmourtes        500  famille ouralienne oudmourte

0,02 %

Bulgares       400 groupe slave bulgare 0,02 %
Hongrois       400 famille ouralienne hongrois 0,02 %
Caréliens        400 famille ouralienne carélien 0,02 %
Mari       400 famille ouralienne mari 0,02 %
Tadjiks       400 groupe indo-iranien tadjik 0,02 %
Grecs       300 groupe grec grec 0,01 %
Lesghiens       300 famille caucasienne lesghien 0,01 %
Livoniens (Lives)         20 famille ouralienne live (livonien) 0,0 %
Total 2 295 000 -

-

100 %

Autrement dit, les Lettoniens parlent des langues appartenant à divers groupes linguistiques: aux langues slaves (russe, biélorusse, ukrainien, polonais), aux langues baltes (lituanien), aux langues germaniques (yiddish), aux langues indo-iraniennes (tsigane, ossète, tadjik), ainsi qu'aux langues des familles ouralienne (estonien), altaïque (tatar) et caucasienne (géorgien et lesghien).

2.3 La langue maternelle des minorités ethniques

De plus, il faut savoir que le recensement letton de l'année 2000 révèle la langue maternelle des membres des minorités nationales et ethniques.
 

 

Groupe ethnique

 

Nombre

 

Langue
maternelle
correspondant
à l’ethnicité

 

%


Autre
langue maternelle

 

letton

%

russe

%

autre

%

Lettons

1 370 703

1 311 093

96 %

1 311 093

96 %

48 242

4 %

11 368

1 %

Russes

703 243

664 743

95 %

31 141

4 %

664 743

95 %

7 359

1 %

Biélorusses

97 150

18 265

19 %

6 347

7 %

70 717

73 %

1 821

2 %

Ukrainiens

63 644

17 301

27 %

2 309

4 %

43 159

68 %

875

1 %

Polonais

59 505

11 529

19 %

11 727

20 %

34 340

58 %

1 909

3 %

Lituaniens

33 430

13 187

39 %

14 203

42 %

5 437

16 %

603

2 %

Juifs

10 385

825

8 %

918

9 %

8 211

79 %

431

4 %

Allemands

3 465

541

16 %

854

25 %

1 970

57 %

100

3 %

Source: Recensement letton de l'année 2000

Le tableau qui précède montre que 96 % des Lettons connaissent le letton comme , contre 4 % pour les Russes, 7 % pour les Biélorusses, 4 % pour les Ukrainiens, 20 % pour les Polonais, 42 % pour les Lituaniens, 9 % pour les Juifs et 25 % pour les Allemands. Quant au russe, il est parlé par 95 % des Russes, 4 % des Lettons, 73 % des Biélorusses, 68 % des Ukrainiens, 58 % des Polonais, 16 % des Lituaniens, 79 % des Juifs et 57 % des Allemands. Si les Lettons et les Russes parlent surtout leur langue maternelle dans une proportion de 96 % et 95 %, les Biélorusses l'ont conservée dans une proportion de 19 %, les Ukrainiens 27 %, les Polonais 16 %, les Lituaniens 39 %, les Juifs (yiddish) 8 %, les Allemands 16 %. 

De son côté, depuis 1996, l' Institut balte des sciences sociales (IBSS) publie des statistiques annuelles sur l’emploi des langues parmi les «non-Lettons».  Alors que, en 1996, quelque 36 % de ces derniers possédaient une bonne maîtrise du letton et 22 % ne connaissaient pas du tout le letton, en 2000, cette proportion était de 41 % et  de 9 % (à titre de comparaison, environ 85 % des Lettons auraient une bonne connaissance du russe). Moins de 30 % des personnes âgées de plus que 50 ans semblent connaître assez bien le letton. Les plus jeunes, qui ont passé par l'enseignement après l'indépendance, ont généralement une meilleure connaissance du letton.

3 Données historiques

La situation géographique de la Lettonie, à proximité de l'Estonie au nord, de la Lituanie au sud et de la Russie à l’est, place ce pays dans une position stratégique à la jonction des aires d’expansion des Allemands, des Polonais, des Suédois et des Russes. Ce n'est pas un hasard si cette région fut la scène au cours des siècles de nombreux conflits militaires entre les différents peuples qui ont occupé la Lettonie qu'on a appelé, selon les époques, Ordre teutonique, Livonie, Courlande, Lettonie indépendante, Ostland, Lettonie soviétique, République de Lettonie.

Les tribus baltes arrivèrent sur leur territoire actuel durant le troisième millénaire avant notre ère. La fragmentation du proto-balte (dialectes lettons et lituaniens) eut lieu aux VIe et VIIe siècles de note ère. La formation de la langue commune lettonne ne commença que vers les Xe et XIIe siècles. Les ancêtres des Lettons, les Lives, se sont installés dans la région au Xe siècle. Cependant, dès le XIIIe siècle, la Lettonie a commencé à subir la domination de ses puissants voisins.

3.1 Les Allemands, les Polonais et les Suédois

Ce fut d’abord les croisés allemands qui, de 1237 à 1561, convertirent de force les peuples baltes au christianisme, alors que la Lettonie faisait partie de la Livonie (ou «État de Livonie»), le «pays des chevaliers teutoniques». À cette époque, la Livonie comprenait la plupart des territoires de l'Estonie et de la Lettonie. En 1561, la Pologne absorba une partie du pays, mais la Livonie fut amputée de la Courlande et de l'Estonie, lesquelles passèrent sous le contrôle des Suédois. La Pologne dut rendre le pays en 1621 aux Suédois qui le perdirent à leur tour au début du XVIIIe siècle, annexé par les Russes lors du traité de Nystad (1721).

Les premiers textes écrits en letton remontent au XVIe siècle, alors que l’orthographe figurant dans les premiers ouvrages imprimés était fondée sur les principes orthographiques du bas-allemand du Moyen Âge, en recourant aux lettres gothiques. Progressivement, le letton développa une écriture quasi phonétique, les graphèmes du letton correspondant à leurs phonèmes respectifs, un système qui est demeuré dans l’orthographe lettone moderne. Enfin, après quelques guerres entre la Pologne et la Russie, l’ensemble de la Lettonie finit par être soumis au contrôle de cette dernière puissance en 1795.  Les Lettons ont tissé des liens avec différents peuples et ils ont emprunté de nombreux mots au live, à l'allemand, au suédois, au polonais, à l'estonien, au lituanien et au russe. En même temps, le latin fut utilisé pour les cérémonies religieuses de l’Église catholique. Les lettres gothiques utilisées pour transcrire le letton furent en vigueur jusqu’au début du XXe siècle, sauf pour les volumes imprimés dans la partie orientale de la Lettonie. En 1908, une nouvelle orthographe fut mise en place et remplaça les lettres gothiques par l'alphabet latin et des ensembles de trois ou quatre consonnes par une lettre d’orthographe ou par un digramme, en se servant de certains signes diacritiques. Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, le letton devint une langue normalisée, riche en publications linguistiques et en ouvrages littéraires.

Au cours du XVIIIe siècle, la Russie prit possession des régions restées polonaises. Jusqu'à 1918, la Livonie fut gouvernée par la Russie, même si les autorités locales conservèrent leur pouvoir, notamment à Riga qui appartenait aux barons baltes et/ou germaniques, les descendants des chevaliers teutoniques, ainsi qu'aux Bürger, c'est-à-dire la bourgeoisie allemande. Dans les principales villes, les Allemands, les Polonais, les Russes et les Juifs contrôlaient entièrement la vie politique et économique, alors que les Lettons étaient réfugiés dans les campagnes. C'est probablement cet isolement de la société lettone qui a permis aux Lettons de conserver leur langue et leurs traditions. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, malgré son ancienneté, le letton ne joua qu'un rôle de second plan en Lettonie. C'était une langue essentiellement orale parlée surtout par les paysans. Les grandes langues de culture du pays ont toujours été l'allemand et le russe.

3.2 L'indépendance provisoire (1918-1940)

La Livonie fut partagée entre la Lettonie et la Lituanie en 1918. La Lettonie fut proclamée indépendante, le 18 novembre 1918. Cette nouvelle entité politique réunissait un ensemble disparate regroupant les territoires de la Courlande, du Latgale et de la ville hanséatique de Riga peuplée alors majoritairement d'Allemands et de Russes. Le pays se divisa en trois camps idéologiques: d'une part, les «nationalistes lettons», d'autre part, le gouvernement de la «Lettonie soviétique» de Pēteris Stučka, puis le «gouvernement pro-allemand» d'Andrievs Niedra.

Finalement, Karlis Ulmanis, un ancien dirigeant de l'Union des paysans, fut élu chef du gouvernement provisoire de la Lettonie. Les combats entre les nationalistes, les bolcheviks et les Allemands se poursuivirent jusqu'en 1920, alors que la Russie soviétique de Lénine signait un traité de paix avec la république parlementaire de Lettonie en reconnaissant définitivement, le 11 août 1920, son indépendance.

Autoritaire et nationaliste, le président Ulmanis resta au pouvoir jusqu'en mai 1926, puis de façon épisodique en 1931-1932, ainsi qu'en 1934 (après un coup d'État) jusqu'en 1940. Au cours de cette période, Karlis Ulmanis entreprit de combattre les agressions extérieures allemandes ou russes, tout en étant appuyé par la France et le Royaume-Uni.

En même temps, Ulmanis développa une politique linguistique très nationaliste et prit tous les moyens pour promouvoir le letton, une langue parlée alors par 77 % de la population. La Constitution de 1922 ne contenait aucune disposition à l'égard du letton, ni sur aucune autre langue. Karlis Ulmanis décida que le latgale et le courlandais étaient des «dialectes du letton», ce qui lui permit de les confiner à un emploi extrêmement limité au profit du letton promu au rang de langue officielle. Karlis Ulmanis interdit aux députés du Parlement d'intervenir en russe ou en allemand, et évinça progressivement tous les représentants des autres minorités, surtout les Juifs. Les quelque vingt années d'indépendance que vécut la Lettonie permirent d'assurer au letton un statut qu'il n'avait jamais eu et de développer son expansion dans des domaines dont il avait toujours été exclu, notamment l'administration, le droit et les sciences.

Au cours de cette période, la république lettone a néanmoins accordé aux minorités le droit de maintenir leurs écoles en subventionnant les établissements d'enseignement en allemand, en polonais, en russe et en ukrainien.

3.3 L'occupation russe
 

En 1939, l'URSS plaça des bases militaires en Lettonie, avant d'occuper le pays et de proclamer, à la  suite d'un semblant d'élections, la «République socialiste soviétique de Lettonie», le 5 août 1940. La répression policière débuta, alors que plus de 30 000 habitants qualifiés de «bourgeois» ou d'«intellectuels» furent déportés en Sibérie. L'ancien président de la république lettone, Karlis Ulmanis, fut déporté le 22 juillet 1940 dans le sud de la Russie; il y mourra en 1942.

Mais l'Allemagne nazie occupa la Lettonie en juillet 1941. Croyant que c'était peut-être une bonne occasion de se libérer du «joug soviétique», de nombreux Lettons s'enrôlèrent dans la Wehrmacht. Pendant ce temps, quelque 80 000 des 95 000 Juifs lettons furent exterminés par les nazis.

La Lettonie réintégra l'URSS en 1945, qui poursuivit alors son processus de soviétisation et de russification. Au cours de ces années, le pays connut un départ massif de Lettons qui craignaient les répressions de Staline en raison de leur «collaboration» avec les Allemands : plus de 250 000 Lettons quittèrent leur pays en même temps que les Allemands. Pendant toute la période stalinienne (1930-1953), la russification forcée, les déportations massives (plus de 100 000 Lettons) et l'industrialisation – qui a amené des dizaines de milliers d'immigrés soviétiques – ont bouleversé l'équilibre démographique au point où, de tous les États baltes, la Lettonie détient aujourd’hui le plus fort taux de russophones: près de 30 %. Entre-temps, la proportion des russophones au cours du régime stalinien est passée de 18 % à 42 %.  

Il faut bien se souvenir qu’à partir de 1940 le letton a perdu son statut de langue officielle de facto au profit du russe. Le letton n’a plus été utilisé comme langue de l’administration, sauf dans les bureaux locaux; les documents juridiques étaient d’abord rédigés en russe, puis traduits en letton au besoin; l’apprentissage du letton dans les écoles russes était facultatif, etc., mais les écoles publiques ont continué d'enseigner le letton aux seuls Lettons.

Néanmoins, le russe était une matière obligatoire dans les écoles lettones. Bref, les Lettons ont été dans l'obligation d’utiliser le russe dans la vie de tous les jours, bien que, il faut l'admettre, les Soviétiques n'aient jamais interdit la langue lettone en Lettonie.

Enfin, la libéralisation politique en URSS, à la fin des années quatre-vingt, raviva le nationalisme letton. Le gouvernement letton proclama l'indépendance en mai 1990 et le gouvernement soviétique la reconnut officiellement le 6 septembre 1991. Au moment de l'indépendance, les Lettons ne formaient plus que 53 % de la population de leur pays.

3.4 Le rétablissement de l'indépendance (1991)

On comprendra que la question de la préservation de la langue lettone apparut comme une priorité avant même l'indépendance de facto. Les dirigeants lettons avait développé la conviction que le letton était une langue à la fois fonctionnellement minoritaire et en danger de disparition. Il fallait donc instaurer le letton comme langue officielle (unique) et placer son apprentissage et sa maîtrise comme une condition préalable dans une politique d'intégration et d'accès à la citoyenneté.

Dès 1988, le Parlement letton avait adopté la Loi sur la langue afin de redonner au letton son statut de langue officielle de la Lettonie. La même loi fut modifiée en 1992 pour rendre au letton son rôle dans l’économie nationale et dans la vie sociale. Mais le rétablissement de l'indépendance ne s'est pas fait sans violence. En 1991, les forces spéciales du ministère soviétique de l’Intérieur (OMON) ont pénétré en Lettonie et ont causé la mort de plusieurs Lettons, ce qui n’a fait que renforcer la volonté d'indépendance du pays. En effet, 73,7 % des Lettoniens se sont prononcés pour l'indépendance lors du référendum organisé le 3 mars 1991. 

L'actuelle république de Lettonie a succédé légalement à la république indépendante du même nom qui avait existé de 1918 à 1940. C’est pourquoi la Constitution de 1922, considérée comme le texte juridique suprême, a continué à s’appliquer bien que des modifications aient été apportées en 1993 et en 1997; d’autres modifications sont encore à prévoir dans un proche avenir.

La situation linguistique lettonne connut de nombreux changements, car les Russes refusèrent leur nouveau statut de «minorité». L'objectif principal de la politique linguistique du gouvernement letton était d'intégrer tous les citoyens et les «non-citoyens» sur la base de la langue officielle, tout en ménageant et sauvegardant les langues des minorités dites «ethniques» de la Lettonie.

Le Parlement, appelé le Saeima, a créé récemment une commission pour élaborer une deuxième partie de la Constitution devant porter sur les droits de l'homme. De nombreuses lois à incidence linguistique dans les domaines de la justice, de l'éducation de l'Administration publique et des médias furent adoptées entre 1991 et 2000. Ainsi, la Loi sur les langues de 1989, jugée trop russophile, fut abrogée en 1999 lors de l'adoption de la nouvelle Loi sur la langue officielle, résolument lettonophile. Depuis les années 1990, le letton subit davantage l'influence de l'anglais à qui il a emprunté un certain nombre de mots.

En 1994, les Forces armées russes se retirèrent définitivement de la Lettonie. En 1999, Mme Vaira Vike-Freiberga, une émigrante lettone ayant vécu quarante-cinq ans au Canada, fut élue présidente de la république de Lettonie; elle fut réélue en 2003 pour un nouveau mandat de quatre ans. Lors d'un référendum tenu le 20 septembre 2003, la population s'est prononcée dans une proportion de 67 % en faveur de l'adhésion à l'Union européenne, le 1er mai 2004, la Lettonie devenait membre de l'Union. La Lettonie a rejoint l'OTAN le 2 avril 2004. 

Par ailleurs, le gouvernement de la Lettonie a approuvé, le 29 août 2006, un projet de loi pour adhérer à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en tant qu'«observateur». Le projet ayant été approuvé par le Parlement, la Lettonie a obtenu ce ce statut lors du Sommet de la Francophonie tenu en octobre 2008 à Québec (Canada).  

Le 18 février 2012, la Lettonie devait organiser un référendum national d'initiative populaire sur l’octroi d’un statut de «seconde langue officielle» au russe, ce qui concerne les articles 4, 18, 21, 101, 104 et 114 de la Constitution. Le 22 décembre 2011, le Parlement avait rejeté cette proposition de reconnaître le russe comme seconde langue officielle. Le 19 décembre 2011, la Commission électorale centrale lettone a validé 187 378 signatures en faveur de l'officialisation de la langue russe, ce qui correspond à 12 % de l‘électorat, tous des russophones? Ce nombre était largement suffisant pour soumettre des modifications constitutionnels au Parlement,  car il fallait un minimum de 10 %. De son côté, la Cour constitutionnelle de la Lettonie a décidé de ne pas interdire le référendum sur l'octroi au russe du statut de seconde langue officielle du pays, car elle n'a pu trouver de fondements juridiques pour l'annuler. Quelque 800 000 Lettons sont attendus aux urnes. Pour que le russe soit adopté comme «seconde langue officielle», le référendum doit compter au moins 50 % du vote des inscrits des dernières élections législatives, soit 771 893 voix pour le OUI. Or, il n'y a eu que 908 214 votants à ces élections et la Lettonie compte 59 % de Lettons de souche. Il était plausible de croire que ce serait un échec. Selon les termes de la Constitution lettone, le pays n'a qu'une seule langue officielle, le letton, le russe étant considéré comme une langue étrangère. En cas de victoire du OUI au référendum, le russe deviendrait une langue officielle de la Lettonie et il pourrait donc obtenir ce statut au sein de l'Union européenne. Les nationalistes lettons étaient en colère.

Selon la Commission électorale de la Lettonie, à la question «Voulez-vous que le russe soit la deuxième langue officielle de la République balte?», 74,8 % des personnes ont voté contre l'octroi du statut de langue co-officielle au russe et 24,8 % ont voté pour ce statut à la langue russe. Le taux de participation au référendum fut de 69 %, c'est-à-dire une très forte participation pour un NON clair qui s'adresse en particulier au mouvement pro-russe de Lettonie. De son côté, la Russie a dénoncé le référendum jugeant que la victoire écrasante du non ne reflétait pas la réalité, car quelque 319 000 «apatrides» — des immigrés russes de l'époque soviétique, qui, à l’indépendance de la Lettonie en 1991, ont échoué au test de langue lettone nécessaire à l’obtention de la nationalité — ont été privés de leur droit de s'exprimer, alors que nombre d'entre eux soient nés et vivent depuis longtemps en Lettonie. Le russe ne deviendra pas la «seconde langue officielle» en Lettonie.

Dernière mise à jour: 30 déc. 2016
 

Lettonie

 


(2) La politique de valorisation de la langue officielle (letton)
 


(3) La politique à l'égard des minorités nationales
 

(4) Bibliographie
 

 

La Lituanie L'Estonie

L'Europe

 

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